Take Shelter : anticiper l’apocalypse au cinéma

Sur le chemin de l’apocalypse au cinéma, Take Shelter se situe en début de chaîne. En effet, le film parle d’une préparation à l’apocalypse, de son anticipation et non de sa réalisation effective. A l’écran, cela donne un grand film paranoïaque dans lequel se perd Curtis alias Michael Shannon. Dans le genre du ciné apocalyptique, le film fait presque figure d’exception, se situant avant l’action de survie pure et héroïque vue et revue.

Et si le pire était à venir ?

L’apocalypse est ici représentée sous forme de rêves ou devrait-on dire de cauchemars que le protagoniste pensent prémonitoires. Il y voit une tempête tout détruire sur son passage. L’apocalypse est ici symbolique puisqu’elle sera visible à travers l’abri que se construit tout au long du film le personnage de Curtis. Le réalisateur analyse ici les prémisses de la catastrophe, sans jamais décider si elle arrivera vraiment. Contrairement au traitement classique de l’apocalypse qui voit un héros émerger et sauver des vies, Curtis incarne un à-côté de la société, un paria paranoïaque qui s’isole même de sa propre famille. La pensée de l’apocalypse à venir est donc plus forte que sa réalisation à l’écran, presque plus prégnante pour le spectateur. Un peu à l’image de cette planète peu à peu menacée d’explosion telle qu’imaginée par Lars Von Trier dans Melancholia. La catastrophe semble inévitable ou imminente et il semble très vain que les personnages tentent de s’en prémunir. On les regarde alors comme des petits bâtons qui s’agitent au vent et tentent d’y résister. Mais n’est pas bambou qui veut.

Le monde pré-apocalyptique selon Jeff Nichols

Ce qui est passionnant dans ce film pré-apocalyptique (car on ne saura jamais ce qui advient), c’est que la menace est puissante. Tels des baigneurs qui ne voyant pas les requins arriver n’osent plus mettre un pied dans l’eau dans Les Dents de la mer, Curtis s’égosille en regardant le ciel qui peut-être s’effondrera sur lui. L’occasion est comme dans toute bonne apocalypse en marche de laisser la part belle au paysage. Comme si, chaque fois que nous pensions tout perdre, nous avions besoin de grandiose. Curtis devient donc tel le Sol de Soleil Vert, en quête d’images mentales rassurantes de ce qui était avant. Ce qui est à l’œuvre dans le genre apocalyptique au cinéma est qu’il nous met face à nos propres images mentales d’un monde idéal. Nous sommes dans des sociétés d’anticipation de l’effondrement qui pourtant ne bougent pas beaucoup pour les éviter. Ainsi, nos JT nous abreuvent d’images d’apocalypse chaque jour, mais nous tournons la tête pour regarder ailleurs. Dans les films apocalyptiques, les personnages n’ont plus le choix, ils sont complètement dans l’engrenage. C’est ainsi ce que pense Curtis en dormant, qu’il se prépare quelque chose que personne d’autre ne voit, qu’il est en plein dans un engrenage et ne peut en sortir.

L’individu au centre de l’apocalypse

Sa paranoïa envahit tout le film et entraîne le spectateur avec elle. Il est ainsi question de  faire entrer ce spectateur, lui aussi, dans l’engrenage apocalyptique comme s’il y était. Pourtant, Take Shelter ne repose que sur une peur, une anticipation peut-être réelle et cette volonté de se protéger. Le projet d’abri semble pourtant moins vain que celui utilisé comme un faux recours dans le déjà cité Melancholia. Ici, c’est une véritable guerre qui se prépare en souterrain dans l’esprit de Curtis. Bien souvent l’apocalypse est déjà advenue quand nous retrouvons nos personnages au cinéma, ils sont donc dans l’action. Ils ont souvent été pris au dépourvu et doivent donc survivre. Il est donc assez rare de ne voir ici avec Take Shelter l’apocalypse que d’un point de vue « ressenti » qui va peu à peu s’étendre à l’ensemble de la famille et donc des personnages, aucun n’ayant véritablement de clef pour sauver le monde.

Avec Take Shelter, Jeff Nichols prouve que l’apocalypse au cinéma n’est pas qu’une affaire de grands effets et de supers-héros, elle est aussi une question d’intime, de repli sur soi, de peur tout simplement. La peur humaine, trop humaine, de devoir un jour disparaître à jamais…

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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