Melancholia, de Lars Von Trier : la planète ennemie en elle

Chez Lars Von Trier, la robe de la mariée n’est plus que lambeaux échevelés, à l’instar des embryons de son esprit que la vie a déjà délaissés. Les cheveux pèsent sous le poids de l’eau salée du désespoir et de l’abandon. Le courant amer de la souffrance qui, en apparence semble bercer cette femme, la mène en réalité vers l’océan de l’oubli et de la disparition. La mélancolie va nous heurter, la mélancolie va nous tuer…

Melancholia confronte l’infiniment petit (l’être humain), à l’infiniment grand (l’Univers), la dépression à la fin du monde, la peur de vivre à la peur de mourir… Il se lit comme un tableau, se subit comme la confrontation avec une phobie. Il faut connaître la souffrance pour la comprendre. Lars Von Trier invite à suffoquer, à se vider de tout instinct de vie pour comprendre ce que cela représente de ne plus avoir la force de lutter contre les pulsions de mort. Et pourtant…  Il dit aussi le caractère irréversible et déchirant de la fin du monde. De la fin du monde et de la fin de son monde surtout.

Le film possède aussi un caractère biblique certain. Il se scinde en deux parties. Deux parties qui conduisent inéluctablement à l’Apocalypse. Apocalypse qui est le connecteur logique entre ces deux chapitres, entre ces deux histoires, lorsque l’on a compris que la seconde est tout simplement l’allégorie de la première. L’être écrasé et vidé par le poids de sa souffrance est-il autre chose que cette Terre frappée de plein fouet par cette mystérieuse Melancholia qui grossit à vue d’œil et qu’on ne peut stopper ? Qu’on ne peut stopper…On en revient forcément à Justine. Justine et les stupides et si violentes injonctions au bonheur dont on jonche son chemin déjà si boueux. Comme si la tristesse ne s’installait qu’en des situations « propices » ! Ah, qu’elle serait belle et douce alors cette tristesse… Qu’il serait aisé de lutter contre la souffrance si on pouvait l’étouffer sous un bonheur de façade. Et puis, comment donc vous faire comprendre à vous, « sains d’esprit », que nous, « les claudicants », « les tarés » et autres « brisés »,  rien ne nous effraie plus que le néant… Pardon, nous nous égarons… Difficile de faire autrement lorsque l’on rencontre de tels frères et sœurs de fiction il faut dire…

Melancholia n’est pas un film sur la mort. C’est un film sur la vie qui nous échappe. C’est un film qui confronte, en deux actes donc,  deux états d’esprits face à ce sentiment précis, la volonté de disparaître (Justine) et la peur que cela arrive (Claire). C’est un mariage entre deux luttes opposées, mais aussi entre deux âmes vouées à la même fin. Le lien des deux chapitres, outre l’aspect allégorique évoqué plus haut, est alors aussi d’ordre narratif. C’est d’abord Claire qui tente d’apaiser Justine, de faire taire sa souffrance en déguisant le réel. Mais c’est finalement bel et bien cette dernière qui assumera ce rôle. Un moyen pour Von Trier de faire taire le pathos en montrant que la personne qui l’on voudrait secourir en apparence est parfois celle qui nous protégera le mieux. Un malade peut-être un héros (on pense par là même à Donnie Darko, de Richard Kelly), et cela passe par le délaissement de cette vulgaire étiquette de victime qu’on voudrait lui imprimer sur la peau.

Melancholia est une cabane dans laquelle il faut se préparer à se sentir à l’étroit. C’est un cauchemar bleu déliquescent où la menace est autant dissimulée entre les entrailles que dans l’infini du ciel qui nous recouvre tel un couvercle de pénitence. Si le passage sur Terre est pour certains semblable au chemin de croix qui sépare tristement Tristan et Iseult, il ne faut pas oublier que les plantes qui s’épanouissent sur leurs tombes finissent par s’entrelacer…

Synopsis : À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

Melancholia : Bande-Annonce

Melancholia : Fiche Technique

Titre : Melancholia
Réalisation : Lars von Trier
Scénario : Lars von Trier
Direction artistique : Simone Grau
Décors : Jette Lehmann
Costumes : Manon Rasmussen
Photographie : Manuel Alberto Claro (en)
Montage : Molly Marlene Stensgaard, aidée de Morten Højbjerg
Supervision des effets spéciaux : Peter Hjorth
Musique : Prélude de Tristan und Isolde de Richard Wagner (pour le thème principal)
Production : Meta Louise Foldager et Louise Vesth (de)
Sociétés de production : Zentropa, Memfis Film, Slot Machine, BIM Distribuzione et Trollhättan Film AB, en coproduction avec arte France Cinéma et une aide au financement de Eurimages
Sociétés d’effets spéciaux : Dansk Speciel Effekt Service et Filmgate
Société de distribution : Nordisk Film
Pays d’origine : Danemark, Suède, France, Allemagne, Italie et Espagne
Langue originale : anglais

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