Isabelle Collet et Phiip publient aux éditions Lapin un opuscule intitulé Seximsme Man fait du sport et interrogeant les inégalités plurielles dont souffrent les sportives.
Après avoir examiné les disciplines scientifiques à l’aune du sexisme, Seximsme Man se penche sur le sport, haut lieu des inégalités de genre. Pour en attester, il suffit de se pencher sur le texte introductif de Cécile Ottogalli, qui énonce avec économie les inégalités d’accès, de traitement et de reconnaissance qui continuent, aujourd’hui encore, d’affliger nombre de sportives, en comparaison avec la réalité vécue par leurs homologues masculins. Seximsme Man fait du sport objective, à l’aide de dessins humoristiques et de courts textes édifiants, la manière dont les femmes demeurent enserrées et parfois assignées dès lors qu’elles embrassent une carrière dans le sport, ou choisissent de pratiquer une activité considérée comme atypique pour elles. Cela prend différentes formes, sur lesquelles Phiip, dessinateur et fondateur des éditions Lapin, et Isabelle Collet, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, reviennent abondamment.
Seximsme Man fait du sport s’inscrit en complément idéal à l’essai Du sexisme dans le sport de Béatrice Barbusse, paru aux éditions Anamosa. Ils se recoupent d’ailleurs en certains points, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer les tenues des sportives ou les accusations gratuites de lesbianisme. Ces dernières trouvent probablement leurs origines dans la manière dont furent balisés les sports féminins : les Jeux olympiques de Pierre de Coubertin étaient par exemple initialement fermés aux femmes, car des olympiades féminines étaient considérées comme inesthétiques et inintéressantes. Il faut attendre 1912 pour la première participation officielle des femmes, en natation, puis le combat d’Alice Milliat, qui engage un bras de fer avec le Comité olympique et finit par organiser une compétition parallèle (les Jeux mondiaux féminins), pour qu’une femme intègre enfin le jury olympique. On a tendance à l’oublier à l’heure où les politiques de quotas renforcent en France la présence des femmes dans les comités exécutifs des fédérations sportives, mais ces dernières n’ont eu, longtemps, le droit de pratiquer que des sports jugés acceptables, car conformes à la bonne société (golf ou tennis, par exemple) ou n’impliquant ni grimaces ni risques gynécologiques ou obstétricaux.
Le petit ouvrage proposé par Isabelle Collet et Phiip ne laisse place à aucun doute : le sport est sous-tendu par des discriminations systématiques dont les hommes demeurent les uniques bénéficiaires. Bien que la féminisation progresse partout, la mixité dans le sport reste réduite à sa portion congrue et on continue de porter sur les femmes un regard condescendant, voire infériorisant (on les juge généralement moins capables que les hommes). Certaines disciplines sont genrées, comme la lutte gréco-romaine, la gymnastique rythmique ou la natation synchronisée. Et quand des femmes se révèlent meilleures que les hommes, à l’instar de Shan Zhang, on les empêche de concourir sur un pied d’égalité (en les séparant, en adaptant les règles à leur sexe, etc.).
Considérations médiatiques, tests de féminité et procès à l’emporte-pièce, basés sur des idées reçues, complètent cet opuscule à la fois sérieux et humoristique. Le cas de la coureuse sud-africaine Caster Semenya est évoqué : on lui a demandé de suivre un traitement pour pouvoir concourir face aux autres sportives car son taux de testostérone était trop élevé. Et les auteurs de se questionner : puisque les athlètes noirs se révèlent plus performants que les blancs, faudrait-il, selon le même principe d’équité sportive, les séparer, comme on le fait pour les hommes et les femmes ? Cette question, volontairement naïve, témoigne des grilles de lecture biaisées que l’on a volontiers plaquées, sans examen préalable, sur le sport et ses pratiquant.e.s. Un état de fait qu’Isabelle Collet et Phiip contestent avec conviction et esprit.
Seximsme Man fait du sport, Isabelle Collet et Phiip
Lapin, mai 2022, 70 pages
No Zombies : « Le Livre de Lila ». Ce troisième tome de la série
Monte-Cristo : « Le Prisonnier ». Dans un triptyque dont « Le Prisonnier » constitue le premier tome, Jordan Mechner et Mario Alberti prennent le parti de réinventer Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Pour ce faire, ils s’appuient sur le personnage de Sam Castillo, tout juste fiancé à la belle Abigail et promu dans sa société, mais injustement jeté en prison suite à des accusations de terrorisme. Le récit, échevelé, se déploie sur fond de conspiration et comporte une amitié initiatique avec un détenu. L’erreur de Sam a été d’apporter aux États-Unis des lettres en provenance d’Irak, d’être un peu trop menaçant quant aux relations étroites entre son collègue Dalgleish et l’entreprise Greendale, elle-même en cheville avec le général Northrup depuis des contrats d’assistance logistique conclus du temps du Vietnam. « Le Prisonnier » se conçoit dès lors comme la perdition extraordinaire d’un homme ordinaire, lequel fera les frais de la corruption militaro-politique mais aussi, dans une moindre mesure, de la jalousie amoureuse. Dans une Amérique encore caractérisée par la paranoïa post-11 septembre, et très bien restituée par Mario Alberti, Sam Castillo va voir son existence laissée en jachère durant quinze années, avant de reprendre pied. Mais pour quoi faire ?
Dino Park (T.02). Le Dino Park comprend une dizaine d’attractions et est dirigé par un homme d’affaires très soucieux de son portefeuille. Il n’hésite pas à renommer les dinosaures pour des raisons commerciales, à les transformer en animaux-sandwichs arborant des pancartes publicitaires, voire à faire passer leur santé après ses propres intérêts financiers. Ce dernier aspect est matérialisé à l’occasion d’un clin d’œil manifeste à Jurassic Park et à sa séquence du tricératops malade (avec cette désormais fameuse fouille fécale). Ce n’est d’ailleurs pas la seule allusion au chef-d’œuvre de Steven Spielberg. Ce second tome, d’Arnaud Plumeri et Bloz, comporte de nombreuses fiches signalétiques de dinosaures, mais aussi plusieurs dossiers pédagogiques, glissés entre des récits humoristiques à une ou deux planches. Destiné aux enfants, didactique, reposant pour partie sur le comique de répétition (notamment les gags impliquant un stagiaire martyr), l’album ravira les jeunes passionnés de dinosaures avec sa tonalité légère et ses informations distillées de manière ludique. Au programme : un élasmosaure ayant inspiré le monstre du Loch Ness, un microraptor ailé pesant à peine un kilo, un spinosaure capable de poursuivre ses proies de la terre à la mer ou encore un gasosaure au nom pas tout à fait innocent…
The Plot : 1674. « Tout ce qu’ils touchent se transforme en or. Tous ceux qu’ils touchent deviennent poussière. » Cette assertion issue du premier tome de

