Festival de Cannes 2022 : Armageddon Time, de James Gray

Armageddon Time est une autobiographie à coeur ouvert du réalisateur James Gray, sur la dureté de l’enfance à travers une recherche d’identité qui le mènera dans ce qui semble être sa première liberté.

Après les étendus sauvages de The Lost City of Z ou encore la beauté spatiale d’Ad Astra, James Gray revient avec une œuvre extrêmement personnelle sur son enfance dans le Queens des années 80.

Vers l’infini…

C’est assez naturellement que le film nous fait participer à l’aventure du petit Paul, enfant dont l’imaginaire fait à la fois sa dissemblance et son authenticité.
D’une belle amitié entre un afro-américain et un juif, aux relations compliquées de la sphère familiale, le réalisateur raconte à son public une aventure pleine de sensibilité, sous les traits de revers qui préfèrent répondre aux souvenirs du metteur en scène plutôt qu’à un rythme prédéfini.

Nous avons déjà eu ce genre de candeur cette année avec l’excellent Belfast de Kenneth Branagh. A croire qu’avec le temps, les cinéastes ont envie de se confier sur l’origine de leur génie. Mais à vouloir trop se livrer, le film sonne un peu trop personnel et le spectateur a du mal à se fondre réellement dans le tableau. Ce n’est pas le cas par contre pour une époque parfaitement représentée, véritable mine de souvenirs où la mort du disco laisse place au hip-hop des Sugarhill Gang.

Figure de style sur la perte d’innocence, Armageddon Time nous porte jusqu’aux limites des inégalités sociales et de la dureté des corrections qu’un parent peut affliger à un enfant qui a pour seul réconfort les bras d’un grand-père et meilleur ami chevaleresque, brillamment construit par Sir Anthony Hopkins.

A travers Paul, nos sentiments se font avoir par les rêves d’un gamin insouciant et trop sûr de lui, il veut à la fois résister à ses parents et trouver un quelconque point d’accroche pour toutes les questions qu’il trouve sur son passage, mais la tentation d’une autonomie à part entière est trop grande pour le convaincre de suivre un chemin déjà construit.
Contre toutes les scènes poignantes, la douceur que propage Darius Khondji avec sa photographie nous installe sur un petit nuage en sucre, prêt à écouter tous les doutes que le réalisateur a dû traverser avant de s’affirmer dans un univers qu’il aime découvrir et partager dans chacun de ses films.

…et au delà.

En somme, la couverture est un délice avec un humour subtil dont le cinéma sait s’éprendre depuis quelques années, mais nous sommes de trop dans cette famille pleine de force et de maladresse. Anne Hathaway a beau toujours être parfaite, le personnage de la mère est un peu trop linéaire et pondérée, quand du côté de Jeremy Strong qui offre au film une de ses plus belles scènes, sa poigne et sa décadence nous rappellent que l’acteur de Succession a du beau monde sous le capot.

Pour autant, on arrive à s’émouvoir avec le personnage principal (devenu un véritable petit mensch), à le comprendre et à notre tour, nous redevenons tous des enfants d’une dizaine d’années à la conquête du monde, d’un monde d’artistes, loin de tout apocalypse.

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2022.

Armageddon Time – fiche technique :

  • Titre original : Armageddon Time
  • Réalisation et scénario : James Gray
  • Photographie : Darius Khondji
  • Distribution : Anne Hathaway, Jeremy Strong, Anthony Hopkins, Michael Banks Repeta, Jaylinn Webb…
  • Montage : Scott Morris
  • Production : James Gray, Anthony Katagas, Rodrigo Teixeira, Alan Terpins
  • Sociétés de distribution : Focus Features (États-Unis)
  • Pays de production :  États-Unis
  • Langue originale : anglais
  • Format : couleur
  • Genre : drame
  • Durée : 115 minutes
  • Date de sortie : 2022

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.