La collection « La Véritable Histoire du Far West » des éditions Glénat se penche sur le trappeur et guide des montagnes Jim Bridger. Aidé en cela par le conseiller historique Farid Ameur, l’auteur et illustrateur Pierre Place raconte, à travers les yeux ridés d’un Mountain Man nostalgique, les évolutions qui ont cours dans l’Ouest américain durant le XIXe siècle.
Wyoming, décembre 1866. Un vieux Mountain Man accueille dans son fort femmes, enfants et soldats, pendant qu’une colonne armée en découd avec des Amérindiens plus farouches qu’escompté. Très vite, les invités prennent langue avec leur hôte ; en même temps qu’il immobilise les hommes, le blizzard invite à la conversation et à l’évocation des nombreux souvenirs de l’ex-trappeur. En se penchant sur Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur offrent à la collection « La Véritable Histoire du Far West » une occasion inespérée d’énoncer les mutation en cours dans l’Ouest américain du XIXe siècle. Car celui qui a commencé en tant que forgeron avant de partir à l’aventure pour récolter de la peau de castors et ensuite devenir le guide le plus convoité des montagnes a tout vu, ou presque : il a combattu contre et avec les Indiens, il a croisé de nombreuses icônes du Far West (dont Kit Carson ou William Ashley), il a documenté toutes les voies praticables des environs, il a connu l’émulation des « rendez-vous » où tout le monde se mélangeait et commerçait, il a emmagasiné ces légendes orales qu’on s’échange habituellement autour d’un feu de camp…
À lui seul, Jim Bridger est une invitation à la tolérance et à l’humanité. Durant son récit, qu’il rapporte à une gamine curieuse et fascinée, il relate les rapports complexes qu’il a entretenus avec les Indiens. Ces derniers ont été, tour à tour, des partenaires commerciaux, des proches, des ennemis… Des Sioux avec lesquels il a combattu aux Arikaras redoutables et menaçants, l’ex-trappeur a connu de nombreuses tribus, dont il a contribué, à son corps défendant, à modifier les modes de vie. Car en échangeant des informations précieuses avec les « visages pâles », colons, mormons ou soldats, le Mountain Man n’a pas seulement gagné de quoi vivre : il a aussi favorisé toute une série de mutations qui ont profondément bouleversé l’Ouest qu’il chérissait tant. En cela, le personnage portraituré par Pierre Place, auquel un dossier didactique est consacré en fin d’album, se constitue de l’étoffe des hommes amers, pétris de regrets, déchirés entre leurs actes nécessaires et leurs conséquences involontaires. La convocation de ses souvenirs, bien que nostalgiques, donne lieu à des tableaux du Far West tout sauf romantiques : ici, c’est un grizzly qui met en lambeaux le corps d’un trappeur ; là, ce sont des Pieds-Noirs victimes d’une épidémie de variole dévastatrice…
Avec Jim Bridger, le lecteur explore les Rocheuses, les territoires reculés de l’Ouest, le Grand Lac salé, les montagnes de verre, les plaines investies de marchands ou encore les geysers de Yellowstone. Il découvre les dessous des convois de pionniers, des détachements de cavalerie et des familles composées et redéfinies en fonction des événements et des tragédies. L’épopée des trappeurs, la raréfaction des bonnes fourrures, le mythe des Mountain Men, les premiers tracés ferroviaires figurent tous en bonne place dans l’album, créditant ainsi Jim Bridger, s’il le fallait encore, d’une position idéale dans le récit devenu mythique de l’Ouest.
Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur Glénat, janvier 2023, 56 pages
Au menu de cette fin de la 30e édition du festival International du film fantastique de Gérardmer, Memory of Water et sa dystopie nordique, La Montagne, véritable méditation métaphysique, et Irati, un film d’aventure espagnol qui a envie d’avoir envie. Nous terminerons par un petit bilan de l’évènement.
Compétition – Memory of Water
Réalisé par Saara Saarela (Finlande, Estonie, Norvège, Allemagne, 2022)
Nous voici dans le futur, au cœur de la toundra. L’eau est devenue une ressource rare qui est de ce fait rationnée par les autorités locales. Noria, dont le père vient de mourir, se voit chargée de prendre sa place en tant que maîtresse du thé, une figure traditionnelle et ancestrale.
Le film ressemble basiquement à Divergente chez les Nordiques. Il est naïf, plein de bons sentiments et de personnages manichéens, avec cette esthétique futuriste « cheapos » censée représenter un état fasciste. La photo ressemble un peu à celle de Blade Runner 2049, avec ses reflets de bleu et son traitement de la poussière comme élément de vie de la population. Le rendu n’est cependant pas du tout aussi impactant qu’a su l’être la photographie magnifique de Roger Deakins.
La Finlande ne semble pas non plus être le meilleur endroit pour un film post-apo traitant d’une pénurie d’eau, (SPOILER) même s’il s’agit d’un complot de la part du gouvernement : en même temps il s’agirait de se poser des questions quand on vous dit que l’eau manque mais que vous voyez de l’herbe à 100m de chez vous.
Le film paraît porter un message écologique, même s’il n’a pas l’air de savoir ce qu’il veut dire. La cause de cette crise est en effet une action préméditée, et pas la faute du manque de considération lié à l’activité humaine. Personne ne détruit la nature par plaisir. Il y a pourtant de l’amour palpable dans ce projet, qui ne le rend pas détestable, juste mou et hermétique.
Compétition – La Montagne
Réalisé par Thomas Salvador (France, 2023)
Pierre, un ingénieur parisien, se rend dans les Alpes afin de présenter l’un de ses projets quand il ressent une soudaine attirance pour les sommets qu’il aperçoit. Dès lors, il décide de ne plus rentrer et part installer un bivouac en altitude. Là-haut, il fait la rencontre de Léa et découvre de mystérieuses lueurs.
Commençons par déclarer que La Montagne est un coup de cœur, comme si le festival avait gardé le meilleur pour la fin. Le film ne propose rien d’extravagant, avec une introduction plutôt classique, se rapprochant même du reportage, avant que le récit n’exécute une sorte d’adieu au langage, laissant Pierre seul avec ce paysage qui l’entoure.
Et puis, à l’apparition des lueurs, le film plonge Pierre en même temps que le spectateur dans une réflexion métaphysique, touchant à ce que les mots ne peuvent décrire, mais la poésie si. C’est le troisième monde de Tsvetaïeva, celui où vivent les anges, celui de la beauté du réel que seules les âmes poétiques peuvent apercevoir. C’est une matérialisation de la splendeur des paysages en même temps qu’un retour à soi, de la part de cet ingénieur qui plaque tout pour cette montagne, sans même savoir au fond pourquoi.
Avec cet instant touché par la grâce, le film offre la plus belle séquence du festival. A son retour dans le monde de raison, Pierre a changé. Ce changement est marqué par sa main qui brille de mille feux, comme une lueur le guidant dans l’obscurité du doute qu’était son existence. Il retrouve Léa, et semble entamer un nouveau chapitre de sa vie, désormais en paix avec son être.
Une superbe conclusion donc, d’une sélection moyenne voire mauvaise comparé aux autres éditions selon un avis général.
Hors-compétition – Irati
Réalisé par Paul Urkijo Alijo (Espagne, 2023)
Nous voici au VIIIème siècle. Les Francs de Charlemagne sont en route afin de pacifier les Pyrénées et de les soumettre au christianisme. Afin de l’arrêter, le chef local demande de l’aide à la déesse ancestrale, Mari, en échange de sa vie. Avant de mourir, il fait promettre à son fils Eneko de protéger la vallée à tout prix. Des années plus tard, et après une éducation chrétienne, Eneko vient honorer la promesse faite à son père, dans ce monde mêlant Histoire et mythologie.
Un synopsis très prometteur donc, sur le passage de l’Europe au christianisme. Le résultat n’est cependant pas des plus satisfaisant avec une pelletée de défauts, à commencer par le scénario. Son intérêt est de faire passer le message de l’oubli comme étant la véritable cause de changement du monde. En effet, les anciens dieux devenus païens meurent littéralement si personne ne se souvient de leur nom. Le problème, c’est que si un film rappelle de vive voix son principe toute les dix minutes, c’est juste long et très laborieux. L’occasion de rappeler que le cinéma est le média du « ne le dis pas, montre-le ».
Les acteurs ne sont pas non plus en reste, avec un jeu soit mauvais soit excessif, dans un film qui surfe entre The Witcher 3 et Vikingdom. Car oui, au scénario et aux acteurs s’ajoute l’ambiance qui aurait pu être très sympathique avec ce mélange entre Histoire et mythologie, mais qui finit par ressembler à un épisode de Xéna, la guerrière. Les décors enfin, sympathiques mais réutilisés vingt fois car il faut rentabiliser, sont édulcorés d’effets de lumière et de fumée, comme si Jésus était de retour.
C’est tout de même petit de taper sur un tel film, qui n’a visiblement pas eu les moyens de ces ambitions. Les costumes sont sympathiques et l’audace visuelle est vraiment présente. Le film tente d’être une aventure d’Heroic fantasy européenne avec panache. Mais autant faire quelque chose de plus intimiste si l’on ne peut se permettre quelque chose d’aussi complexe, car les effets numériques sont franchement immondes. C’est donc dommage que ce film qui était une vraie attente personnelle ne soit en réalité qu’un flop.
Palmarès : Festival de Gérardmer 2023
Grand Prix : La Pietà de Eduardo Casanova
Prix du Jury : La Montagne de Thomas Salvador et Piaffe d’Ann Oren
Prix de la Critique : La Montagne de Thomas Salvador
Prix du Public : La Pietà de Eduardo Casanova
Prix du jury jeunes de la Région Grand Est : La Pietà de Eduardo Casanova
Grand Prix du court métrage : Il y a beaucoup de lumière ici de Gonzague Legout
Bilan :
Avec une sélection moyenne et une organisation catastrophique, cette 30ème édition du festival de Gérardmer laisse un goût amer, bien que je sois ravi d’avoir pu y participer. Le festival offre une ambiance décontractée avec une atmosphère particulière très plaisante qui participe à l’immersion pendant cette semaine de visionnage.
Je suis un peu déçu du succès de La Pietà, que je trouve toujours aussi médiocre, mais me satisfais de celui de La Montagne, qui est selon moi la meilleure expérience de tout le festival. Je n’ai pas pu voir les courts-métrages, faute de temps mais aussi d’un système de réservation ridicule.
Car c’est ici que se trouve le point noir de l’organisation : impossible d’aller voir des films sans réservation préalable. C’est du jamais vu et il faut que les organisateurs réagissent et prévoient pour l’année prochaine. Les gens qui ont payé doivent pouvoir en profiter, sinon à quoi bon. A refaire de mon côté, mais pas pour la ville qui doit faire quelque chose et ne pas abandonner ce festival, véritable trésor du patrimoine cinématographique français.
Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se passe lorsque vous appuyez sur la pédale de frein de votre voiture et pourquoi il est si important de maintenir les freins correctement entretenus ? Dans cet article, nous décomposerons les composants d’un système de frein à disque, son fonctionnement et pourquoi un bon entretien est essentiel pour une conduite sûre. Comment fonctionne un disque de frein ? Afin de comprendre le fonctionnement d’un disque de frein, il est d’abord important de comprendre les principes de base des freins. Les freins fonctionnent en utilisant la friction pour ralentir ou arrêter un véhicule. Lorsque la pédale de frein est enfoncée, le liquide hydraulique est envoyé du maître-cylindre aux freins. Cette pression hydraulique force alors les plaquettes de frein contre le rotor de frein en rotation. Le frottement entre les plaquettes et le rotor ralentit la rotation du rotor, et finalement du véhicule.
Les disques de frein sont utilisés conjointement avec les plaquettes de frein afin de créer la friction nécessaire pour ralentir ou arrêter un véhicule. Le disque lui-même est attaché à la roue et tourne avec elle. Lorsque la pédale de frein est enfoncée, le liquide hydraulique est envoyé du maître-cylindre aux freins. Cette pression hydraulique amène alors l’étrier de frein à presser les plaquettes de frein contre les deux côtés du disque en rotation. Le frottement entre les plaquettes et le disque ralentit ou arrête la rotation du disque, et finalement ralentit ou arrête le véhicule.
Comment fonctionnent les plaquettes et les disques de frein dans une voiture ? Lorsque vous appuyez sur la pédale de frein de votre voiture, vous activez les freins. Mais comment fonctionnent-ils réellement ? Les disques eux-mêmes sont montés à l’intérieur des roues de votre voiture. Lorsque vous appliquez une pression sur la pédale de frein, le liquide de frein pousse un piston contre l’étrier, l’amenant à presser les plaquettes contre le disque. Cela ralentit à son tour la roue qui tourne et, par conséquent, la voiture vers le bas.
Il est important de garder un œil sur vos plaquettes et disques de frein, car ils peuvent s’user avec le temps et doivent être remplacés. S’ils ne sont pas entretenus correctement, ils peuvent causer de graves problèmes, non seulement pour votre voiture, mais aussi pour votre sécurité. Assurez-vous donc de les faire vérifier régulièrement !
À quoi faut-il faire attention avec un disque de frein ? Si vous remarquez que votre voiture fait un bruit de grincement ou de grattage lorsque vous utilisez les freins, il est probable que vos disques de frein soient déformés ou endommagés. C’est l’un des signes les plus courants indiquant que vos disques de frein doivent être remplacés. Si vous ignorez ce problème, cela peut entraîner des problèmes plus graves tels qu’une diminution des performances de freinage ou même une défaillance complète des freins. Donc, si vous remarquez des problèmes avec vos freins, assurez-vous de les faire vérifier par un mécanicien qualifié dès que possible. Comment monter un disque de frein ? Il existe plusieurs façons de monter un disque de frein, mais la méthode la plus courante consiste à utiliser une cloche de montage. Il est généralement fabriqué à partir d’un alliage d’aluminium de haute qualité, bien que d’autres matériaux puissent être utilisés. La cloche de montage se fixe au moyeu ou à la fusée et fournit une surface sur laquelle le disque de frein peut être fixé. Dans la plupart des cas, le disque de frein sera fixé à la cloche de montage avec des boulons ou des vis.
L’année dernière, Squid Games a participé à l’augmentation de 4,4 millions d’abonnés sur Netflix. Dans le sillage de ce succès mondial, Netflix a offert aux utilisateurs un panel de séries 100% coréennes. Découvrons l’une d’elles: All of Us Are Dead, une série de Kim Nam-soo et Lee Jae-gyoo.
Cet article contient des spoilers.
Synopsis : « On va tous mourir. Il n’y a plus aucun espoir. »
All of Us Are Dead est une série de science-fiction. Une classe de lycéens se barricade dans leur bâtiment scolaire après qu’un virus mortel ait frappé la ville de Hyosan. Une fois contaminés par le virus, les habitants de la ville se transforment en zombies.
Les protagonistes vont faire face à des situations extrêmes de survie, tout en luttant pour comprendre ce qu’il s’est passé. Leur objectif est simple : s’échapper de cette situation en vie. Les lycéens apprennent à vivre en communauté pour s’en sortir, malgré la peur et les choix difficiles.
La série est riche en tensions, suspense et émotions. Pendant 12 épisodes, elle mêle un univers post-apocalyptique avec des thématiques sociales portant sur les responsabilités collectives et individuelles en temps de crise. La série a été saluée pour son scénario captivant, le développement de ses personnages et sa réalisation.
All of Us Are Dead est un mélange entre Dernier train pour Busan et The Breakfast Club. Elle se base également sur le Webtoon sud-coréen Now At Our School.
Saison 2 : un succès attendu
Le récapitulatif d’ExpressVPN des meilleures séries de l’année montre que All of Us Are Dead a été le show le plus regardé en France en février 2022. De plus, d’après BFMTV, la série a atteint 124,79 millions d’heures de visionnage seulement trois jours après sa sortie. Sans surprise, Netflix a annoncé l’arrivée prochaine de la saison 2.
Pour l’anecdote, le créateur avait déjà envisagé le renouvellement de saison avant l’annonce officielle de Netflix : en effet, il souhaite intégrer une nouvelle race de zombies. Au niveau du casting, la plupart des acteurs de la première saison ne reviendront pas.
Seuls les survivants de la crise pourront peut-être faire leur grand retour. Parmi eux, les spectateurs s’attendent à revoir Im Jae-hyuk (Dae-su), Park Solomon (Su-hyeok) ou Ha Seung-ri (Ha-ri). Quant aux nouveaux arrivants, le réalisateur souhaite mettre à l’écran des jeunes comédiens peu connus du grand public.
All of Us Are Dead prouve que les séries coréennes ont un avenir radieux devant elles. Également connues sous le nom de «K-dramas », ces séries ont gagné en popularité car elles proposent des histoires captivantes et originales. Elles sont aussi reconnues pour leur production rigoureuse.
De plus, la culture coréenne a gagné du terrain en Occident, grâce aux groupes de K-pop et à la K-Fashion. Les fans des séries coréennes sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, ce qui ajoute un sentiment de communauté à l’expérience de visionnage.
Netflix a investi 500 millions de dollars pour augmenter la production de séries coréennes. Par exemple, le 23 décembre dernier, la plateforme a sorti la série The Fabulous, un show coréen pour les fans de mode.
Tamasa célèbre un des classiques signés Dino Risi, Parfum de femme via cette nouvelle édition en tout point recommandable. On y retrouve le génial Vittorio Gassman dans un de ses rôles phares, celui d’un aveugle tour à tour féroce, charmeur, cynique, goujat et pitoyable. Sublime et détestable, le personnage est à l’image d’un film qui porte la marque unique du maître de la comédie italienne. Une comédie ambigüe, contrastée, mélancolique, où l’on rit finalement peu. Ce cocktail doux-amer représente une espèce en voie de disparition sur grand écran, alors savourons sans compter ce moment de nostalgie…
Si la comédie selon Dino Risi s’est toujours distinguée par son relief mêlant, tour à tour, satire, mélancolie, critique sociale et politique, romantisme ou encore tragédie, les années 1970 furent l’époque où il assuma le plus volontiers cette hybridité. Il le fit notamment via deux adaptations d’œuvres du romancier Giovanni Arpino, Parfum de femme en 1974 et Âmes perdues en 1977, avec lequel il versa carrément dans le style gothique pour un résultat très surprenant. Son comédien fétiche Vittorio Gassman l’accompagna dans cette affirmation de style, ce qui n’a rien d’étonnant car la star génoise avait déjà réalisé grâce à Risi une évolution couronnée de succès du théâtre et du cinéma dramatique vers la comédie. Bref, à l’époque, metteur en scène et acteur se rejoignent parfaitement dans l’exploration de la comédie à plusieurs niveaux, quitte à provoquer dans les salles beaucoup moins d’éclats de rire que les comédies italiennes populaires.
Dans Parfum de femme, Gassman atteint le sublime (il remporta d’ailleurs le Prix d’interprétation masculine à Cannes) dans un rôle d’antihéros que le spectateur ne parviendra jamais à détester complètement, avant même sa rédemption finale où il tombe enfin le masque. Irascible officier en retraite depuis un terrible accident qui l’a rendu aveugle et lui a coûté une main, Fausto Consolo accueille un nouvel ordonnance, Giovanni (qu’il a tôt fait de surnommer « Ciccio », ne souhaitant pas prendre la peine de retenir son vrai nom), chargé de l’accompagner dans un voyage à Naples. Celui-ci ne sera pas de tout repos, c’est le moins que l’on puisse dire ! Pas un seul instant le guerrier handicapé ne provoque-t-il la compassion, tant son comportement ingérable n’épargne personne. Intolérant, capricieux, libidineux, Fausto fait tout pour se rendre détestable aux yeux de tous, y compris de la belle Sara (Agostina Belli) qu’il retrouve à Naples. Celle-ci est en effet amoureuse de lui depuis l’enfance, et semble prête à subir toutes les vexations de ce goujat de compétition.
Sacré personnage de cinéma que Fausto ! Il fallait le génie de Gassman et la direction d’acteurs de Risi pour l’installer dans la nuance adéquate : celle d’un homme qui, en définitive, ne renvoie aux autres que sa détestation de soi et son désespoir. Quand vient le moment du sacrifice, préparé de longue date, le mythe tragique fantasmé s’écroule et Fausto, enfin prêt à s’accepter, daigne appeler à l’aide. Trêve de sentimentalisme. Dino Risi coupe court au happy end : certes Sara se précipite auprès de Fausto, mais quel avenir peut-on imaginer à un couple aussi improbable ?
Avant cette note d’espoir finale, Risi et Gassman s’en donnent à cœur joie pour offrir une représentation du handicap à mille lieues du pathos. On ne compte plus les gags où Fausto profite de sa cécité pour obtenir des avantages (souvent lubriques), ou au contraire ceux où les autres personnages en tirent profit pour se moquer de lui ou échapper à son contrôle. En ne tenant jamais compte (sauf dans la dernière séquence) de son infériorité physique, notre antihéros provoque la stupeur de ses adversaires, soudain désarmés – par exemple à l’idée de se battre avec un aveugle. C’est par son côté bravache et inconscient que Fausto finit par emporter l’adhésion du spectateur… alors que ces mêmes caractéristiques le rendent détestable. Formidable ambiguïté d’une comédie qui ne se laisse pas apprivoiser facilement.
Si Gassman porte son rôle de fanfaron (cf. le film de Risi sorti en 1962) à de nouveaux sommets en ne snobant pas le surjeu, ses collègues à l’écran ne s’en sortent pas mal non plus. Dans le rôle de l’amoureuse transie, Agostina Belli (auquel Risi offrira le rôle principal dans La Carrière d’une femme de chambre, en 1976) ne se contente pas de tabler sur son physique avantageux – dans un rôle il est vrai assez caricatural, nous sommes dans l’Italie des années 1970 – en donnant une épaisseur supplémentaire à un personnage auquel la différence d’âge avec Gassman se teinte d’une ambiguïté étonnante. Quant à Alessandro Momo, 17 ans à l’époque du tournage, il réussit le tour de force d’exister aux côtés d’un personnage aussi haut en couleur et d’un comédien brillant, en supportant de moins en moins les frasques de l’officier aveugle et en n’hésitant plus, au fil du récit, à manifester son agacement. Son parcours prometteur se terminera hélas tragiquement la même année, dans un accident de moto…
SUPPLEMENTS
Cette belle édition proposée par Tamasa est complétée par un seul supplément vidéo, mais il est de qualité puisqu’il s’agit d’un entretien d’une grosse demi-heure avec Aurore Renaut, enseignante en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Lorraine. Rompue à l’exercice, la spécialiste aborde nombre de sujets passionnants pour qui souhaite prolonger le plaisir éprouvé à la vision du film. Contextualisation de ce dernier dans les carrières respectives de Dino Risi et Vittorio Gassman, analyse des personnages et thèmes principaux, liens avec d’autres œuvres, mise en perspective… Tout y est et Aurore Renaut sait transmettre sa passion pour le cinéma transalpin. Elle rappelle également que Parfum de femme fut adapté aux Etats-Unis en 1992, sous le titre Le Temps d’un week-end (Scent of a Woman/Martin Best). Elle n’hésite pas à comparer les deux œuvres, au détriment de l’américaine qui, même si elle valut un Oscar à Al Pacino qui reprenait le rôle de l’officier aveugle (même si le comédien livre une prestation marquante, on ne peut s’empêcher de penser que la distinction lui fut remise pour compenser une victoire tardive après une brochette de rôles iconiques…). Aurore Renaut estime en effet, à juste titre, que l’opus de Martin Best gomme bon nombre d’aspérités et, surtout, d’ambiguïtés du personnage principal, et cède à un romantisme hollywoodien bon teint…
Le plaisir visuel est enfin prolongé par un livret de 32 pages d’excellente facture. Compilant des textes de Michel Boujut et Yves Alion, qui offrent de nouvelles analyses intéressantes du personnage de Fausto et de la carrière de Risi, il vaut surtout par un long entretien avec le cinéaste, mené par Alion en 1993. On y découvre un artiste d’une modestie peu commune et d’une honnêteté sans tabou, qu’il s’agisse de son art (« Qu’est-ce qui peut donner envie de faire du cinéma ? L’argent et les jolies filles ! Je ne parlerai pas de vocation. »), de l’apprentissage (« Il n’était pas écrit que je devais faire des chefs-d’œuvre. Je faisais tout. Parce qu’il faut faire tout. Le travail permet d’apprendre le métier. Même si on fait des mauvais films. »), de sa relation avec Vittorio Gassman (« C’était un homme d’une très grande complexité, aux prises avec des démons intimes très présents. En apparence, il semblait fort, despotique, égoïste. En réalité il était solitaire et vulnérable… »), de ses influences (« L’humanité des personnages est un terrain formidable pour le rire. C’est pour cela que, pour moi, Chaplin restera inégalé. ») ou encore de politique (« Quitte à paraître iconoclaste, je suis certain que la postérité jugerait Mussolini différemment s’il n’avait pas été subjugué par Hitler et s’il ne l’avait pas suivi dans sa folie. »). Une longue interview passionnante de bout en bout, qui nous permet de conclure que les amateurs ne devraient pas rater cette magnifique édition combo DVD/Blu-ray ; elle vaut le détour !
Synopsis : Il y a sept ans, Fausto a perdu sa main gauche et ses yeux dans un accident. Il recrute Giovanni (qu’il surnomme rapidement « Ciccio »), un jeune ordonnance, pour l’accompagner pendant une semaine jusqu’à Naples. Fausto y retrouve Sara qui depuis l’adolescence se consume d’amour et d’adoration pour lui qui la rudoie, la repousse et l’humilie sans cesse…
Suppléments de l’édition Blu-ray
Livret 32 pages : Dino Risi, entretien avec Yves Alion
« Dino, Vittorio et Agostina » par Aurore Renaut (36 min)
Films annonce 1975 français et italien + film annonce 2021 VOSTF
Astérix est là ! Ça va faire mal ! Oui, malheureusement. Après un premier épisode sympathique et un second exceptionnel, les aventures du célèbre Gaulois ont perdu de leur superbe avec les deux opus suivants, l’un moyen et l’autre vraiment mauvais. Mais, finalement, Astérix et Obélix : L’empire du Milieu pourrait presque les réhabiliter !
Oh chic, des Chinois !
Comme le suggère le titre de l’article, les aventures de notre célèbre duo se déroulent en Chine, dans l’Empire du Milieu. Pas originale pour un sou (ce n’est pas vraiment ce qu’on demande, on peut le reconnaitre), l’histoire place nos compères en pleine mission d’escorte, de libération et de reconquête. Pour le reste, tout y passe. Méchants envahisseurs, traitres, combattants chinois qui défient la gravité les yeux dans les yeux. Enfin, le coup classique. Le scénario, pour tout dire, est tellement décousu que ça en devient comique. Difficile même de parler de scénario, tant le seul but du film consiste à enchainer les caméos. On suit le même schéma : Caméo, vanne liée à la célébrité en question, scène suivante. Paronamix, incarné par Pierre Richard, va se laisser emporter par des sables mouvants. Falbala (Angèle) va paraphraser ses chansons, ce genre de choses. A un moment, on est presque dedans. On veut deviner qui va avoir tel rôle, dans cet Empire du milieu de personnalités françaises. On a bien un fil rouge qui relie le tout, mais c’est d’une platitude qui feraient fantasmer nos plus grands platistes. D’ailleurs, petit cours d’Histoire pour le film, à cette époque, on savait déjà que la terre était ronde.
Pour le reste ? Le néant. Dommage, car certaines idées sont intéressantes. Asterix, par exemple, qui refuse de prendre de la potion magique et qui révèle un complexe d’infériorité. Ah, bah c’est tout. Pardon, une idée intéressante, qui ne mène à rien. Car oui, malheureusement, le duo se révèle finalement très secondaire dans sa propre aventure. Ils ne se parlent finalement que très peu. Quand c’est le cas, c’est pour ne rien dire. Le film préfère leur coller à chacun une histoire d’amour. C’est d’un ennui insultant. Certains seconds rôles, comme Cohen ou Cassel, sont bien mieux traités qu’eux. Un comble ! On suit les péripéties sans jamais décrocher un sourire et quand c’est le cas, c’est nerveux. Les références, s’enchainent, sans logique. La Chèvre, Brice de Nice, les Monty Python, Dior, Jul, tout y passe, et c’est nul. Le pire, sans doute, ce seront les vannes anachroniques, qui ne fonctionnent pas. Elles sont là, et voilà.
Budget taille large, naufrage XXL
Avec le casting du film, on pouvait espérer, a minima, une interprétation de qualité. Eh ben vous pouvez avaler d’une traite le whisky qui vous sert de potion magique puisque tous, absolument tous les acteurs principaux du film, sont catastrophiques. Guillaume Canet, formidable acteur d’ordinaire, est totalement à côté de son personnage. On ne reconnait jamais Asterix, ni dans le fond, ni dans les mimiques. Vincent Cassel s’en fout, Cotillard offre certainement l’une des pires interprétations de sa carrière, Julie Chen (la princesse) n’a quasiment aucune réplique qui tombe juste. Elle est juste réellement magnifique, et aucun personnage n’oublie de le souligner. Deux acteurs s’en sortent : Gilles Lellouche, qui fait un Obélix très convainquant et Jonathan Cohen, qui fait du Jonathan Cohen, donc ça fonctionne. Cet homme est formidable.
Puis, il faut parler du budget. 65 Millions, soit l’un des films français les plus chers jamais produits (mais pas autant qu’Astérix aux Jeux Olympiques et ses 76 Millions). Pour quel résultat ? Visuellement, le film tient la route et offre quelques plans vraiment magnifiques. Certaines idées sont vraiment bien trouvées, particulièrement concernant les paysages. Oui, car pour le reste, la mise en scène frôle le néant absolu, malgré une ou deux fulgurances pour les passages d’action. Pire, certaines scènes ne respectent même pas les règles basiques de la réalisation, dans le cadrage ou dans le choix des plans lors du montage. Le budget, il est dans Angèle, qui apparait environ une minute, dans Orelsan, qui apparait le double. Bref, il est dans les caméos. La palme revient à Zlatan, objet marketing à lui seul qui propose le seul moment du film qui a un peu de gueule… pour finir sur une vanne anachronique liée à son statut de footballeur. Non, désolé, mais il n’y a rien à sauver dans ce naufrage artistique, à part peut-être quelques moments drôles et sa musique, réellement sympathique.
Bande-annonce : Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu
Fiche Technique : Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu
Réalisateur : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet / Julien Hervé / Philippe Mechelen
Casting : Guillaume Canet / Gilles Lellouche / Vincent Cassel / Jonathan Cohen / José Garcia / Marion Cotillard / Julien Chen / Pierre Richard / Audrey Lamy / Ramzy Bedia / Bigflo et Oli / Orelsan / Manu Payet
Musique : Matthieu Chedid (M)
Production : Pathé / Tresors Films
Genre : Comédie d’aventures
Durée : 111 minutes
Sortie : 1er Février 2023 en salles
En janvier, pour compenser les nominations aux César 2023, nous avons découvert trois films de femmes : Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar, Nos Soleils de Carla Simon et Brillantes de Sylvie Gautier.
Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar Synopsis : À 17 ans, Zahia Ziouani rêve de devenir cheffe d’orchestre. Sa sœur jumelle, Fettouma, violoncelliste professionnelle. Alors comment peut-on accomplir ces rêves si ambitieux en 1995 quand on est une femme, d’origine algérienne et qu’on vient de Seine-Saint-Denis ?
Date de sortie : 25 janvier 2023
Avec : Oulaya Amamra, Lina El Arabi, Niels Arestrup
Le 7e film de Marie Castille Mention Schaar est certainement le plus réussi, le plus solaire. Porté par l’excellente interprétation des comédiennes Oulaya Amamra et Lina El Arabi, l’histoire évite d’être trop clichée, tirée pourtant d’une histoire vraie transposée à l’écran. Ancré dans l’art, porté par la musique, les mains des musiciennes, le film est doux, peu misérabiliste (la famille soutient les deux soeurs, la banlieue n’est pas ici montrée comme un lieu de division, mais de vivre ensemble). C’est un beau portrait de femmes, surtout un esprit de collectif magnifique, qui dit que la musique symphonique ne doit pas être élitiste en ce qu’elle sépare les gens, mais en ce qu’elle va chercher le meilleur d’eux.
Nos Soleils de Carla Simon Synopsis : Depuis des générations, les Solé passent leurs étés à cueillir des pêches dans leur exploitation à Alcarràs, un petit village de Catalogne. Mais la récolte de cette année pourrait bien être la dernière car ils sont menacés d’expulsion. Le propriétaire du terrain a de nouveaux projets : couper les pêchers et installer des panneaux solaires. Confrontée à un avenir incertain, la grande famille, habituellement si unie, se déchire et risque de perdre tout ce qui faisait sa force… Date de sortie : 18 janvier 2023
Avec :Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset
Carla Simon revient filmer la saison chaude, six ans après le très solaire Été 93. Encore une histoire de collectif, de croyance en un monde qui peut résister à l’appât du gain. Pourtant, c’est bien la fin d’un monde que filme la réalisatrice, celui d’une agriculture non intensive. Nos Soleils n’est qu’une tentative de résistance, un maigre espoir en la lutte pour conserver une liberté de produire sans détruire. C’est aussi un film familial qui a ses excès d’amour et de colère, ses personnalités, toutes magnifiquement dépeintes. Même si toute la terre est arrachée à ces cultivateurs, nous espérons qu’ils persistent, qu’ils ne baissent pas les bras. La fin entre joie et destruction le suggère fortement. On pense au film Les Merveilles d’Alice Rohrwacher et on espère que ces terres fruitières ne demeurent pas des utopies passées… Les acteurs, non professionnels, sont tous formidables et particulièrement les enfants que la réalisatrice considère comme des « acteurs nés » et qu’elle sait si bien diriger. Ils nous entraînent dans leur univers de jeux et de conscience du monde où l’on voudrait se perdre à jamais, pour ne pas voir la fin, le gâchis industriel monumental de notre monde moderne.
Brillantes de Sylvie Gautier
Synopsis : Karine, femme de ménage, partage sa vie entre son travail de nuit avec ses collègues et Ziggy, son fils de 17 ans. Lorsque l’entreprise qui l’emploie est rachetée tout bascule pour Karine. La pression sociale va la pousser dans ses retranchements et la mettre face à un dilemme : dévoiler un secret ou mentir pour se protéger.
Date de sortie : 18 janvier 2023
Avec : Céline Sallette, Thomas Gioria, Camille Lellouche
A l’image de l’héroïne d’A plein temps (interprétée par Laure Calamy), celle jouée par Céline Sallette dans Brillantes est entrée dans une course contre la montre. Propulsée déléguée du personnel parce qu’elle devra se taire, Karine peine à sortir la tête de l’eau. La caméra ne la lâche jamais et Céline Sallette offre à cette femme sans voix une partition vibrante, bien que souvent un poil trop misérabiliste, le personnage s’ouvre peu à peu, sans miracle, pour apprendre simplement à dire non. La réalisatrice saisit la solidarité du groupe de femmes, leurs failles, mais fait surtout grandir son personnage de Karine, qui relève peu à peu la tête, prend la parole, sans grand effet, simplement pour l’amener vers un cri libérateur.
Qui dit meurtre dit enquête. Mais avec un dessinateur comme Paul Kirchner (qui travaille sur un scénario de Janwillem van de Wetering), il faut s’attendre à quelque chose d’un peu spécial.
Le prologue nous présente le meurtre annoncé par le titre. Alors qu’il pêche dans une barque au milieu d’un lac (dans l’état du Maine), le promoteur immobilier Jones est attaqué par un avion miniature télécommandé. Après quelques passages, l’avion finit par atteindre sa cible en pleine tête ! Devenu propriétaire de terrains sur la côte, un endroit paisible où la nature est encore reine, Jones s’apprêtait à y implanter un complexe industriel propre ( ! ) à dénaturer complètement le coin. Or, parmi ses voisins, la suite nous présente quatre personnes (chacune faisant l’objet d’une planche), qui apprécient le calme, loin de l’agitation des grandes villes. Le shérif du comté commence à peine les constatations d’usage quand il apprend qu’un inspecteur de la police d’état, Jim Brady, arrive sur place pour mener l’enquête. Nous suivons Jim dès ses premiers pas sur place. On note qu’il est amené à côtoyer deux des principaux suspects, puisque c’est chez le vieux Kane qu’il achète une voiture et chez la belle Valérie qu’il sera hébergé. Bien entendu, ces contacts sont pour lui l’occasion de poser quelques questions pour entamer son enquête. Du genre misanthrope, Kane vit seul, entouré de souvenirs de guerre dans une ferme où il s’occupe de ses animaux et de ses engins. Il n’aimait pas Jones et ne regrette pas sa disparition. Valérie Courtin est une femme encore belle, ancienne artiste (Kirchner affirme qu’il a pris l’actrice Maud Adams comme modèle de ce personnage), qui vit de ses rentes tout en profitant des plaisirs que la vie lui offre. Elle affirme n’avoir rien entendu ou observé au moment du meurtre. Joe est un quadragénaire paraplégique entouré de jolies filles. Il a toujours aimé la vitesse, jusqu’à provoquer le diable. Ce dernier l’a rattrapé en provoquant l’accident (bête) qui lui vaut de rester dans un fauteuil roulant, ce qui ne l’empêche pas de continuer à circuler et vivre retiré dans son univers, entouré de ses amies aux allures de pin-up. Quant à Steve Goodrich, c’est un acteur ayant fait fortune grâce à quelques rôles de premier plan. Il s’est retiré en pleine gloire et vit dans une sorte de manoir où il s’amuse à prendre la pose comme s’il jouait encore, mais pour son seul majordome et homme à tout faire, Erik. Steve a l’allure de Clark Gable et Erik celle d’Erich von Stroheim. Steve a de gros moyens et vole en ULM à ses heures perdues. Il se fait d’ailleurs un plaisir d’emmener Jim avec lui pour lui donner quelques sensations.
Une enquête prétexte
Jim se contente d’écouter et observer ses interlocuteurs, se bornant à leur demander s’ils ont tué Jones. Il ne faut donc pas attendre de cet album une enquête mémorable. Elle intéresse si peu les auteurs qu’ils s’en débarrassent rapidement avec l’arrestation par le shérif d’un homme qui avoue le meurtre. Peu importe que cet homme soit un déséquilibré. Jim poursuit néanmoins ses investigations, tout en répondant par exemple à l’invitation de Goodrich pour une nouvelle promenade dans les airs. Il tombe également sous le charme de Valérie qui l’incite à goûter à ses tisanes aux herbes aux effets bien particuliers. Il y aura également un repas avec concert chez Joe. Et Jim arrive à la conclusion de son enquête par une déduction simpliste. À sa demande, la personne qu’il accuse lui fournit les éléments qui lui manquaient. Il est intéressant d’observer que, de retour à Augusta où il rend compte à son supérieur, Jim s’éclipse ensuite… dans un placard. À mon avis, les auteurs nous signifient ainsi qu’ils n’ont plus besoin de lui, ultime détail indiquant que l’enquête elle-même n’est qu’un prétexte pour cet album.
Aux origines de l’œuvre
L’illustration de couverture avec ce troisième œil donne déjà un indice. La lecture du dossier avec documents photographiques qui figure en fin d’album le confirme. L’œuvre résulte de la rencontre en 1981 (soit avant Le bus et donc la notoriété), de Paul Kirchner (dessinateur) avec l’écrivain d’origine hollandaise Janwillem van de Wetering (spécialiste des polars). Leurs discussions les rapprochent au point de souhaiter travailler ensemble. C’est ainsi que le Hollandais propose un scénario à l’Américain sur la base de ce qui lui tient à cœur (nombreuses influences dont le zen), laissant à Kirchner toute liberté de retravailler tout cela selon son inspiration, ce qu’il ne manque pas de faire. Ce qui intéresse Kirchner, c’est de donner libre cours à ses associations d’idées pour imbriquer le réel du récit avec des souvenirs, fantasmes et histoires de ses personnages. Il trouve donc ici un champ qui lui convient bien pour utiliser son savoir-faire technique (un dessin particulièrement élégant et soigné mis en valeur par un magnifique noir et blanc à l’encre de chine, mais aussi une belle maîtrise dans l’organisation de ses planches). De son côté, le scénario fait la part belle à certaines réflexions concernant notamment les buts qu’on se donne dans la vie, les influences du vécu, ainsi que les relations qu’on entretient avec les autres. Bien évidemment, on ne peut que remarquer un certain souci pour la préservation de l’écosystème de l’endroit, menacé par le projet de Jones. Les cinéphiles devraient apprécier les références au cinéma hollywoodien de la grande époque. Comme si les auteurs cherchaient à faire sentir que le cinéma et la bande dessinée entretiennent des relations étroites. À noter que cet album constitue la première édition en français (première parution aux Pays-Bas en 1984 et enfin en 1986 aux États-Unis).
Meurtre télécommandé, Paul Kirchner (dessin) et Janwillem van de Wetering (scénario) Éditions Tanibis, novembre 2022
Les éditions Glénat publient L’Arme à gauche, de Pierre Maurel. Le scénariste et dessinateur français y narre l’histoire de Mario, personnage secondaire issu de la série Michel et principal protagoniste de ce préquel.
Quand il traverse la place du village, Mario polarise les attentions. Taiseux, solitaire, mystérieux, il fait l’objet de toutes sortes de rumeurs. Il est rustre et marginal. On le dit ex-criminel, on le soupçonne d’avoir perpétré des actes répréhensibles. Si Pierre Maurel met du temps à délivrer des informations à son sujet, le lecteur comprend d’emblée qu’il a affaire à un personnage en rupture avec son environnement, dont la place dans le monde est précaire. Quelques flashbacks lui donneront un background sulfureux : il a fui une Italie conservatrice au sein de laquelle il s’était distingué par ses activités clandestines et criminelles pour le compte de l’extrême gauche. Il a profité des libéralités offertes par François Mitterrand pour rejoindre la France et y fonder une famille, avant que Nicolas Sarkozy ne menace, en collaborant avec les autorités transalpines, la pérennité de cette dernière, et le pousse à fuir et à vivre en vagabond.
L’Arme à gauche, c’est l’histoire d’une vie qui bascule presque par mégarde. Une grève ouvrière qui aboutit à une radicalisation politique. Une errance en France qui trouve résonance dans la précarité qui frappe les réfugiés syriens. Mario est un homme entier, sincère, dont la naïveté exacerbe le caractère attachant. Il marche des centaines de kilomètres pour rejoindre d’ex-compagnons d’armes sans même soupçonner que l’un d’entre eux a depuis endossé le costume du petit patron tyrannique qu’il s’attachait à souiller autrefois. Son logiciel apparaît cependant obsolète : il mène une lutte qui n’existe plus en ces termes-là, il se tient à distance d’une société dans laquelle se sont fondus ses anciens acolytes, il a payé deux fois des agissements clandestins qui ont eu pour seul effet de l’enrichir quelque peu. Mais qu’est-ce qu’une enveloppe de billets quand on peut être privé du jour au lendemain de ce qu’on en tirerait hypothétiquement ?
De l’effervescence italienne des années 1970 au vagabondage en France à l’époque contemporaine, la vie de Mario a été tout sauf un long fleuve tranquille. Le récit de Pierre Maurel consiste à en raconter les tenants et aboutissants, avec cette sensation diffuse de vanité et de tragédie. Le regard que l’auteur porte sur son antihéros a quelque chose qui tient de Tim Burton scrutant Edward aux mains d’argent ou Ed Wood. Par-delà leur marginalité, tous les trois ont en commun une authenticité mêlée à une forme d’ingénuité. Cela contribue beaucoup à la réussite de L’Arme à gauche.
L’Arme à gauche, Pierre Maurel Glénat, janvier 2023, 96 pages
Les éditions Delcourt publient Djarabane : Au petit marché des amours perdues, d’Adjim Danngar. Inspiré de l’histoire politique du Tchad, l’album met en scène Kandji, un jeune enfant rêvant de devenir peintre dans un pays soumis à des tensions militaires et une précarité permanente.
« Sarh empeste le militaire. » On y trouve aussi des groupes d’ivrognes, des chiens errants, des vendeurs de toutes sortes, une précarité aussi ardente que le soleil qui brûle le sable sur lequel marche Kandji, sept ans au début de Djarabane : Au petit marché des amours perdues. Dans un noir et blanc précis et soigné, seulement contrarié par des essais graphiques ponctuellement différenciés, Adjim Danngar narre sa ville natale, ses vulnérabilités, ses protagonistes hauts en couleur et leurs désillusions. Nous sommes en 1984, la radio recrache les dernières nouvelles du front libyen et des soldats de rang subalterne, appelés « Gobis », patrouillent dans les rues de Sarh.
Pour un enfant comme Kandji, dont le lecteur épouse le point de vue, les lieux sont à la fois vivifiants et terriblement instables. Tout le monde semble marcher sur une corde raide qui s’effiloche un peu plus jour après jour. Le régime de Hache-Hache peut s’imposer à vous sans prévenir, vous expédier à l’autre bout du pays, prendre des décisions qui vous engagent de manière irrémédiable. Pour s’évader, Kandji développe sa vie intérieure. Celle d’un artiste en germe, fasciné par un tableau (en couleurs), obnubilé par un singe qu’il désire si puissamment qu’il soudoie une petite frappe pour l’aider à le voler à son propriétaire, le peu avenant Absakine.
L’aspect autobiographique de Djarabane : Au petit marché des amours perdues ne fait aucun doute. « Allons loin de cette guerre sans nom », pourraient scander tous les personnages croisés, tant leur existence est arrimée à l’arbitraire et l’absurde. Le récit d’Adjim Danngar repose pourtant sur un espoir né dans un océan de désillusion. Kandji veut s’accomplir en tant qu’artiste. Il poursuit, obstiné, cet objectif. On veut le payer en coupes de cheveux, en chaussures, en fruits et en légumes. Il accepte ou dispose, selon les circonstances. Mais cette abnégation invite à deux réflexions, profondes : sur la vie et le statut d’artiste d’abord, sur ses conditions d’exercice dans un pays caractérisé par ses failles ensuite.
Doué de sensibilité et d’authenticité, l’album d’Adjim Danngar raconte une histoire (encore) inachevée. Celle d’un illustrateur en devenir, qui se construit peu à peu dans un monde qui s’écroule (à sa façon, parfois silencieusement, souvent insidieusement). Un rêveur a-t-il sa place dans un milieu où le désespoir affleure ? Quelle importance donner à une représentation quand tout le reste vacille ? Et pourtant, on comprend Kandji, on s’attache à lui, on partage ses espérances. Et c’est peut-être en cela que Djarabane fait sens.
Djarabane : Au petit marché des amours perdues, Adjim Danngar Delcourt, janvier 2023, 192 pages
Les éditions Dupuis publient Yézidie !, d’Aurélien Ducoudray et Mini Ludvin. D’une actualité brûlante, le récit s’appuie sur l’histoire de Zéré, jeune adolescente prise à partie – et en otage – en raison de sa religion.
Les faits sont largement documentés : les combattants de Daech ont commis des atrocités massives contre les Yézidis, une minorité religieuse notamment installée en Irak et en Syrie. Considérés comme des infidèles en raison de leurs croyances païennes, ces derniers ont fait l’objet de persécutions systématiques, comprenant des exécutions, des enlèvements, des viols et des formes multiples d’esclavage, y compris sexuel. Les femmes et les jeunes filles yézidies ont été particulièrement visées, tandis que les hommes étaient assassinés ou forcés de se convertir à l’islam… Dans leur one-shot Yézidie !, Aurélien Ducoudray et Mini Ludvin narrent l’histoire d’une famille géographiquement éclatée, mais soumise aux agissements mortifères de ces terroristes religieux aveuglés par des dogmes dévoyés.
La couverture de l’album constitue un premier indice quant au récit à venir : une adolescente habillée à l’occidentale jette un regard apeuré derrière elle, où se tient – comme l’annonce l’ombre projetée sur le sol – un combattant armé et menaçant. Les montagnes et la poussière environnantes n’offrent aucun échappatoire à l’héroïne : l’obscurantisme qui s’impose à elle va conditionner son existence sans que rien puisse intercéder en sa faveur. Yézidie ! prend pour cadre un village du Nord de l’Irak. L’irruption des combattants de Daech y jette un profond trouble. Les habitants locaux savent à quoi s’en tenir : la télévision a depuis longtemps éventé les crimes perpétués par les terroristes dans des situations analogues. La peur le dispute à la confusion, la colère et la détresse. Si les Peshmergas organisent la résistance armée, les Yézidis qui espéraient un modus vivendi acceptable en auront pour leurs frais : leur choix se limite en réalité à la conversion à l’islam, la mort ou une spoliation complète.
En adoptant le point de vue d’une jeune héroïne courageuse et résiliente, Aurélien Ducoudray et Mini Ludvin lèvent le voile sur les horreurs vécues par les Yézidis (et, par extension, par toutes les victimes de Daech, quelle que soit leur religion). Avec justesse et sensibilité, le lecteur se voit immergé dans une série d’affects douloureux : l’horizon se referme sur les victimes de l’État islamique, leur quotidien vole en éclats, leurs espoirs se réduisent comme peau de chagrin, l’existentialisme le plus élémentaire est écrasé sous le poids des déterminismes religieux et terroristes. Les rues où Zéré a grandi et vécu sont maintenant remplies de la terreur effroyable de Daech. Certaines personnes sont contraintes de fuir, laissant derrière elles tout ce qu’elles ont connu et aimé. Les familles sont séparées, les enfants sont enlevés et utilisés comme esclaves ou soldats. L’humanité s’amenuise à chaque instant, la peur et l’incertitude dominent l’existence des survivants.
Yézidie ! met en exergue la modernité de ces femmes insoumises tout autant que les lâchetés et l’ignorance de combattants djihadistes manipulés et… apeurés par des menstruations féminines. Sa dernière partie, déchirante, renferme son lot de surprises. Elle raconte par ailleurs comment la résistance locale a pu altérer le cours des événements, par exemple en organisant des réseaux clandestins de secours aux femmes enlevées. Éminemment actuel, doté de personnages attachants à forts reliefs humains, l’album se rapproche, dans son appréhension des conséquences de l’occupation de Daech sur des communautés, de films tels que Timbuktu ou Les Filles du soleil. Il constitue en tout cas un témoignage précieux et très touchant.
Yézidie !, Aurélien Ducoudray et Mini Ludvin Dupuis, janvier 2023, 144 pages
Auteur du Photographe et de La Guerre d’Alan, le scénariste et dessinateur français Emmanuel Guibert a volé, le temps de quelques trajets en transports en commun, des instantanés de la vie quotidienne. Après Dessiner dans les musées et autres lieux de culte, il prend le parti de dédier le second volume de ses Légendes aux voyageurs endormis, qu’il croque avec le matériel qu’il a sous la main.
Asseyez-vous dans un bus, montez dans un train, sillonnez la ville en tram ou en métro. À chaque fois, ou presque, vous assisterez à la même scène : des quidams somnolents ou endormis, profitant d’une parenthèse d’inactivité pour se laisser submerger par le sommeil. Des individus qui se soustraient d’une communauté aléatoire et improvisée, qui s’abandonnent, qui s’exposent aux regards indiscrets sans défense ni contenance. Ils ignoraient qu’Emmanuel Guibert allait saisir l’opportunité de les croquer, au crayon, au pastel ou au marqueur, le temps de quelques secondes, de manière sommaire, ou de plusieurs minutes, d’un geste plus précis et sophistiqué.
Second tome de ses Légendes, « Dormir dans les transports en commun » fait cohabiter des dessins d’individus éteints, en sommeil, avec des textes portant sur la mort. La mise en parallèle de ces deux états ne doit évidemment rien au hasard. Quoi de plus proche en effet d’une vision de la mort que le dessin d’un individu endormi, les yeux fermés, la posture lâche ? N’appelle-t-on pas d’ailleurs le sommeil « la petite mort » ? Dans la mythologie grecque, Hypnos et Thanatos ne sont-ils pas frères jumeaux ? La littérature médiévale et les contes populaires n’ont-ils pas souvent traité les deux en parents ?
Il y a parfois du pathétique dans le sommeil, mais toujours beaucoup d’humanité. Emmanuel Guibert restitue avec énormément de justesse et de talent les scènes qu’il capture dans les transports en commun. Mais là où l’émotion affleure, c’est surtout à travers le texte. Difficile de nier qu’on touche à quelque chose d’universel, sur laquelle se projettent nombre de fantasmes, de craintes, de cérémonies et de croyances. L’auteur français raconte la mort selon différents points de vue. Il évoque ses lieux de prédilection (l’hôpital en est un exemple), les affects qui en découlent (incompréhension, douleurs, mélancolie…), la manière dont on s’y prépare (ou pas), ce qui lui succède (démarches administratives, dons d’organe, traitement du corps…).
Esthétique, humain et philosophique, « Dormir dans les transports en commun » démontre une nouvelle fois les rapports accidentés qu’entretiennent les hommes avec la mort. Sur le plan politique et législatif, la question de l’euthanasie, évoquée dans l’album, vient ponctuellement le rappeler. Mais plus généralement, et Emmanuel Guibert l’exprime avec poésie et sensibilité, la mort constitue une finitude absolue que rien ne permet d’apprivoiser. C’est le moment, forcément tardif, où s’effectue la comptabilité des occasions manquées, des souvenirs à conserver, des joies et des regrets. C’est un chapitre qui se referme, en nous laissant inévitablement sur notre faim, avec la douloureuse certitude que l’histoire en restera là, bouclée et parfois bâclée.
Légendes : Dormir dans les transports en commun, Emmanuel Guibert Dupuis, janvier 2023, 240 pages