Festival de Gérardmer 2023 : Memory of Water, La Montagne, Irati et bilan général

Au menu de cette fin de la 30e édition du festival International du film fantastique de Gérardmer, Memory of Water et sa dystopie nordique, La Montagne, véritable méditation métaphysique, et Irati, un film d’aventure espagnol qui a envie d’avoir envie. Nous terminerons par un petit bilan de l’évènement.

Compétition – Memory of Water

Réalisé par Saara Saarela (Finlande, Estonie, Norvège, Allemagne, 2022)

Nous voici dans le futur, au cœur de la toundra. L’eau est devenue une ressource rare qui est de ce fait rationnée par les autorités locales. Noria, dont le père vient de mourir, se voit chargée de prendre sa place en tant que maîtresse du thé, une figure traditionnelle et ancestrale.

Le film ressemble basiquement à Divergente chez les Nordiques. Il est naïf, plein de bons sentiments et de personnages manichéens, avec cette esthétique futuriste « cheapos » censée représenter un état fasciste. La photo ressemble un peu à celle de Blade Runner 2049, avec ses reflets de bleu et son traitement de la poussière comme élément de vie de la population. Le rendu n’est cependant pas du tout aussi impactant qu’a su l’être la photographie magnifique de Roger Deakins.

La Finlande ne semble pas non plus être le meilleur endroit pour un film post-apo traitant d’une pénurie d’eau, (SPOILER) même s’il s’agit d’un complot de la part du gouvernement : en même temps il s’agirait de se poser des questions quand on vous dit que l’eau manque mais que vous voyez de l’herbe à 100m de chez vous.

Le film paraît porter un message écologique, même s’il n’a pas l’air de savoir ce qu’il veut dire. La cause de cette crise est en effet une action préméditée, et pas la faute du manque de considération lié à l’activité humaine. Personne ne détruit la nature par plaisir. Il y a pourtant de l’amour palpable dans ce projet, qui ne le rend pas détestable, juste mou et hermétique.

Compétition – La Montagne

Réalisé par Thomas Salvador (France, 2023)

Pierre, un ingénieur parisien, se rend dans les Alpes afin de présenter l’un de ses projets quand il ressent une soudaine attirance pour les sommets qu’il aperçoit. Dès lors, il décide de ne plus rentrer et part installer un bivouac en altitude. Là-haut, il fait la rencontre de Léa et découvre de mystérieuses lueurs.

Commençons par déclarer que La Montagne est un coup de cœur, comme si le festival avait gardé le meilleur pour la fin. Le film ne propose rien d’extravagant, avec une introduction plutôt classique, se rapprochant même du reportage, avant que le récit n’exécute une sorte d’adieu au langage, laissant Pierre seul avec ce paysage qui l’entoure.

Et puis, à l’apparition des lueurs, le film plonge Pierre en même temps que le spectateur dans une réflexion métaphysique, touchant à ce que les mots ne peuvent décrire, mais la poésie si. C’est le troisième monde de Tsvetaïeva, celui où vivent les anges, celui de la beauté du réel que seules les âmes poétiques peuvent apercevoir. C’est une matérialisation de la splendeur des paysages en même temps qu’un retour à soi, de la part de cet ingénieur qui plaque tout pour cette montagne, sans même savoir au fond pourquoi.

Avec cet instant touché par la grâce, le film offre la plus belle séquence du festival. A son retour dans le monde de raison, Pierre a changé. Ce changement est marqué par sa main qui brille de mille feux, comme une lueur le guidant dans l’obscurité du doute qu’était son existence. Il retrouve Léa, et semble entamer un nouveau chapitre de sa vie, désormais en paix avec son être.

Une superbe conclusion donc, d’une sélection moyenne voire mauvaise comparé aux autres éditions selon un avis général.

Hors-compétition – Irati

Réalisé par Paul Urkijo Alijo (Espagne, 2023)

Nous voici au VIIIème siècle. Les Francs de Charlemagne sont en route afin de pacifier les Pyrénées et de les soumettre au christianisme. Afin de l’arrêter, le chef local demande de l’aide à la déesse ancestrale, Mari, en échange de sa vie. Avant de mourir, il fait promettre à son fils Eneko de protéger la vallée à tout prix. Des années plus tard, et après une éducation chrétienne, Eneko vient honorer la promesse faite à son père, dans ce monde mêlant Histoire et mythologie.

Un synopsis très prometteur donc, sur le passage de l’Europe au christianisme. Le résultat n’est cependant pas des plus satisfaisant avec une pelletée de défauts, à commencer par le scénario. Son intérêt est de faire passer le message de l’oubli comme étant la véritable cause de changement du monde. En effet, les anciens dieux devenus païens meurent littéralement si personne ne se souvient de leur nom. Le problème, c’est que si un film rappelle de vive voix son principe toute les dix minutes, c’est juste long et très laborieux. L’occasion de rappeler que le cinéma est le média du « ne le dis pas, montre-le ».

Les acteurs ne sont pas non plus en reste, avec un jeu soit mauvais soit excessif, dans un film qui surfe entre The Witcher 3 et Vikingdom. Car oui, au scénario et aux acteurs s’ajoute l’ambiance qui aurait pu être très sympathique avec ce mélange entre Histoire et mythologie, mais qui finit par ressembler à un épisode de Xéna, la guerrière. Les décors enfin, sympathiques mais réutilisés vingt fois car il faut rentabiliser, sont édulcorés d’effets de lumière et de fumée, comme si Jésus était de retour.

C’est tout de même petit de taper sur un tel film, qui n’a visiblement pas eu les moyens de ces ambitions. Les costumes sont sympathiques et l’audace visuelle est vraiment présente. Le film tente d’être une aventure d’Heroic fantasy européenne avec panache. Mais autant faire quelque chose de plus intimiste si l’on ne peut se permettre quelque chose d’aussi complexe, car les effets numériques sont franchement immondes. C’est donc dommage que ce film qui était une vraie attente personnelle ne soit en réalité qu’un flop.

Palmarès : Festival de Gérardmer 2023

Grand Prix : La Pietà de Eduardo Casanova

Prix du Jury : La Montagne de Thomas Salvador et Piaffe d’Ann Oren

Prix du 30e Festival de Gérardmer : Watcher de Chloé Okuno

Prix de la Critique : La Montagne de Thomas Salvador

Prix du Public : La Pietà de Eduardo Casanova

Prix du jury jeunes de la Région Grand Est : La Pietà de Eduardo Casanova

Grand Prix du court métrage : Il y a beaucoup de lumière ici de Gonzague Legout

Bilan :

Avec une sélection moyenne et une organisation catastrophique, cette 30ème édition du festival de Gérardmer laisse un goût amer, bien que je sois ravi d’avoir pu y participer. Le festival offre une ambiance décontractée avec une atmosphère particulière très plaisante qui participe à l’immersion pendant cette semaine de visionnage.

Je suis un peu déçu du succès de La Pietà, que je trouve toujours aussi médiocre, mais me satisfais de celui de La Montagne, qui est selon moi la meilleure expérience de tout le festival. Je n’ai pas pu voir les courts-métrages, faute de temps mais aussi d’un système de réservation ridicule.

Car c’est ici que se trouve le point noir de l’organisation : impossible d’aller voir des films sans réservation préalable. C’est du jamais vu et il faut que les organisateurs réagissent et prévoient pour l’année prochaine. Les gens qui ont payé doivent pouvoir en profiter, sinon à quoi bon. A refaire de mon côté, mais pas pour la ville qui doit faire quelque chose et ne pas abandonner ce festival, véritable trésor du patrimoine cinématographique français.

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