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Evil Dead Rise : la tour de la terreur

Le mal ne meurt jamais, tout comme le petit diablotin qui a donné l’impulsion à Sam Raimi et sa saga Evil Dead. Ce « Rise » est loin de sonner faux dans son approche du gore jouissif, là où l’écriture semble plus convenue.

À plus d’un titre, le livre des Morts de Sam Raimi a bâti la solide réputation d’Evil Dead, une saga qui innove dans son langage visuel, où les protagonistes affrontent leurs démons de l’intérieur et de l’extérieur. Un pseudo-remake cartoonesque et Bruce Campbell à la barre de nouvelles nuits de terreurs, Evil Dead II et Evil Dead III : l’Armée des morts désamorcent l’angoisse viscérale du premier volet, jusqu’à tomber dans la parodie. Et quand bien même les mimiques du comédien restent inoubliables pour les fans d’horreur, son retour sur le câble fin 2015 fait le plein d’humour et d’hémoglobine, afin de dégraisser la tronçonneuse et le fusil à canon scié dans la série Ash vs. Evil Dead. Cet élan nostalgique interrompu, il ne restait plus grand-chose à inventer.

Délivrer le mal

Ce nouveau-né vient alors s’immiscer dans la même tambouille que le remake de 2013, de Federico Álvarez, un hommage bien gore qui n’empiète pas pour autant sur le montage nerveux et burlesque de Raimi. Autant dire que Lee Cronin a du pain sur la planche pour exister dans une saga très identifiée. Son expérience sur The Only Child, dont une mère doit délivrer son fils du mal qui le consume, lui vaut tout de même ce privilège, celui de relancer les Deadites sur le spectateur, dans un huis clos un peu maladroit dans sa démarche, mais admirable pour sa générosité. En somme, ce film est possédé par le désir de plaire au public avant toute chose, quitte à marcher dans les mêmes pas que ses prédécesseurs.

Il ne faudra pas très longtemps pour comprendre que Cronin lorgne beaucoup du côté du remake d’Álvarez, préservant le premier degré du frisson et loin du slapstick de Bruce Campbell, tout en surfant sur les relations entre les personnages. Moins sentimental que le volet précédent, on mise tout sur un nouvel environnement. À l’image de Scream VI, on déménage la vieille cabane dans les bois dans un appartement tout aussi délabré, au cœur de Los Angeles. Si le décor s’y prête bien, il faudra un temps d’acclimatation considérable avant que les festivités ne commencent.

Outre cette ouverture dont on retiendra un scalp particulièrement cruel, on nous fait comprendre que l’héritage de Raimi ne sera plus qu’un outil au service d’un manège démoniaque. La caméra n’est plus ce personnage à part entière qui dévore ses victimes de l’intérieur, mais tient davantage du clin d’œil. Et comme pour toutes les autres citations, la comparaison ne tourne pas à l’avantage du cinéaste irlandais.

Quand la terreur revi-gore

L’âme du projet réside bien dans un enrobage sanguinolent. La soirée de retrouvailles d’une famille va tourner au vinaigre pour peu que l’on ait la curiosité et l’audace de réveiller les morts. Cronin nous fait ainsi l’exposition d’une multitude de « fusils de Tchekhov », entre tensions familiales et d’éventuelles armes de déchiquetage massif, de la cuisine au salon et en passant par les hobbies décomplexés d’une petite fille (Nell Fisher) qui décapite ses propres poupées. Ellie (Alyssa Sutherland) est par ailleurs débordée de tâches ménagères et a donc toujours quelque chose dans la main pour s’occuper. Ce qu’elle en fera dans le deuxième acte n’a donc rien de rassurant, sachant où l’on met les pieds.

À l’opposée, la vaillante Beth (Lily Sullivan) n’a pas à pâlir de la performance des précédents survivors badass et recueille tout un tas de réflexes bienvenus. Elle aussi combat une détresse invisible, mais bien palpable, sur une maternité dont elle apprendra les usages dans un mode d’emploi express. Les trois enfants de l’appartement lui serviront ainsi de guide, mais également de comburant pour ce qui suit, à savoir une lutte acharnée contre une malédiction qui ne peut être vaincue que par une violence démesurée, old school et so groovy. Ce genre de mets nous fait digérer la dernière décennie de torture porn, dont Saw s’imposait comme la colonne vertébrale. De ce fait, l’intrigue ne perd pas l’occasion de faire grimacer le spectateur à chaque utilisation d’un ustensile de cuisine ou autres objets du quotidien, de la manière la plus indésirable possible. Ni femmes ni enfants ne sont épargnés dans ce jeu de possession et de massacre.

Ce genre de « remake du remake » reste une incantation qui porte encore ses fruits dans une entreprise qui n’hésite pas à verser autant de litres de faux sang qu’il faudra (pensée évidente à Stephen King). Et malgré des faiblesses évidentes, qui ne contournent aucun cliché, il s’agit ici d’un simulacre du dernier volet, sans pour autant s’éloigner des codes qui font d’Evil Dead Rise une honnête série B, celle qui tâche l’écran d’un plaisir gore, et que les fans apprécieront peut-être autant que l’impérial The Sadness l’an passé. C’est pourquoi Cronin pense à laisser le Necronomicon ouvert pour de potentielles nouvelles sensations.

Bande-annonce : Evil Dead Rise

Fiche technique : Evil Dead Rise

Réalisation & Scénario : Lee Cronin
Photographie : Dave Garbett
Musique : Stephen McKeon
Décors : Nick Bassett
Costumes : Sarah Voon
Montage : Bryan Shaw
Production : Warner Bros., New Line Cinema, Ghost House Pictures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h36
Genre : Épouvante-horreur
Date de sortie : 19 avril 2023

Synopsis : Alors que Beth n’a pas vu sa grande sœur Ellie depuis longtemps, elle vient lui rendre visite à Los Angeles où elle élève, seule, ses trois enfants. Mais leurs retrouvailles tournent au cauchemar, quand elles découvrent un mystérieux livre dans le sous-sol de l’immeuble, dont la lecture libère des démons qui prennent possession des vivants…

Evil Dead Rise : la tour de la terreur
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En bref : Le Comte de Monte-Cristo, Le Journal, Les Futurs de Liu Cixin et Marécage

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En bref : Le Comte de Monte-Cristo, Le Journal, Les Futurs de Liu Cixin et Marécage.

Monte-Cristo-Tome-02-avisLe Comte de Monte-Cristo (T02). Dans le roman Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, le jeune marin Edmond Dantès se trouve injustement emprisonné dans le sinistre Château d’If après avoir été accusé de conspiration. Il s’échappe après une longue captivité, découvre un trésor sur l’île de Monte-Cristo et adopte la nouvelle identité du Comte de Monte-Cristo. Grâce à sa fortune nouvellement acquise, il peut entamer une vengeance froide et méthodique dirigée contre ceux qui l’ont trahi, tout en aidant les innocents et en cherchant la rédemption. Le récit est sous-tendu par une histoire d’amour avortée avec une belle jeune femme prénommée Mercédès, qu’il retrouve des années plus tard aux bras de Fernand Mondego, l’un des conspirateurs responsables de sa chute. Ces éléments, de la romance à la vengeance en passant par le désir de justice, tapissent l’adaptation graphique proposée par le scénariste Jordan Mechner et le dessinateur Mario Alberti. Sam Castillo a beaucoup changé durant sa détention ; il a aussi hérité d’un trésor qui lui permet désormais de prendre sa revanche sur ceux qui l’ont trahi. Ce second tome introduit par conséquent un personnage complexe, caractérisé comme un aristocrate, intervenant dans les hautes sphères et capable de mystifier des notables issus du monde industriel, politique ou bancaire. Sous l’identité de Victor Sirin, il sauve le fils d’un procureur général adjoint, suscite la curiosité et la méfiance de l’agent du FBI Danica Jorjevic, qui enquête sur lui durant son temps libre (et est appelée à prendre de l’étoffe dans la suite du récit), manœuvre habilement de manière à exercer sa vengeance sur ceux qui s’en sont pris à lui. Bien ficelé, très dense, parfois même un peu alambiqué de par sa choralité, cet album donne à voir des puissants pathétiques, désireux d’objets symboliques (comme un tableau de Modigliani) et prêts à saisir au bond les balles financières les plus illusoires. Médicaments douteux, investissements peu éclairés, politique de bas étage, la haute société est décrite de manière cynique et mordante. En attendant que tous les pièges se referment sur leurs victimes…

Le Comte de Monte-Cristo (T02), Jordan Mechner et Mario Alberti
Glénat, mars 2023, 72 pages

Le-Journal-vol-02-histoire-complete-avisLe Journal (T.02). Le Richmond News et le Liberty Herald ne sont pas faits pour s’entendre. Après des débuts difficiles matérialisés par plusieurs crises et trahisons, c’est une nouvelle génération qui s’affronte, en pleine conquête de l’Ouest, avec en ligne de mire l’or californien et ses promesses de richesse. Seymour Peabody, le directeur du Richmond News, prendra la porte s’il ne répond pas aux attentes de Philip Ellis, héritier de 24 ans à peine, aux faux airs de Hugh Grant. Ce dernier, à la rancune tenace, aimerait traîner dans la boue Alexandre Prius et ses ascendants, suspectés de s’être montrés un peu trop près d’anciens ennemis hispaniques. Au Liberty Herald, les ambitions sont d’une autre nature : il s’agit d’obtenir un prêt bancaire pour financer une expédition vers la Californie. Certes, les métaux précieux attisent les convoitises, mais il s’agit surtout de conter aux lecteurs une réalité encore méconnue – ou fantasmée –, celle des orpailleurs se rendant dans l’Ouest afin d’y faire fortune. Ce second tome, toujours arrimé à la presse et à deux familles en conflit, se penche abondamment sur le racisme, à travers la romance interdite entre Joséphine, une illustratrice noire, et Alexandre Prius, qui se distingue par son éthique. Les auteurs ne font pas non plus l’économie d’une autre conflictualité, celle qui met aux prises Blancs et Indiens. Ainsi, les enjeux territoriaux, l’expertise des Comanches dans la guerre, les chocs bactériologiques, les différentes appréhensions de la nature se trouvent en bonne place dans ce second tome très dialogué. Une nouvelle fois, ce sont des pans entiers de l’histoire américaine qui se voient éventés à travers deux journaux concurrents. Astucieux et passionnant.

Le Journal (T.02), Patrice Ordas et Philippe Tarral
Bamboo, mars 2023, 56 pages

Les-Futurs-de-Liu-Cixin-Au-dela-des-montagnes-avisLes Futurs de Liu Cixin : Au-delà des montagnes. Le géologue Feng Fan ne saurait trahir son humanité. Quand un astronef extraterrestre vient stationner au-dessus de l’océan qu’il sillonne, il est en train d’éventer le deuil inconsolable qui le maintient éloigné, par culpabilité, des monts qu’il aime pourtant tant gravir. Ce penchant pour l’alpinisme trouve un écho dans la montagne d’eau engendrée par une soudaine absence de gravité. Un sommet qu’il prend le parti d’explorer et où il va entrer en contact avec une créature dont le vécu renvoie, par analogies, à nos problèmes de ressources (un monde fini), d’environnement (gestion de l’espace et des pollutions) et de politique (les conflits entre les explorateurs et les administrateurs de cette société encore inconnue). Une fois de plus, Les Futurs de Liu Cixin se saisit de thématiques très actuelles, dont il irrigue son univers science-fictionnel, pour en extirper les lignes de force et les enjeux. En revanche, le récit manque cette fois de conflictualité et de souffle, si ce n’est à travers les propos rapportés par cette entité venue d’ailleurs. Eduard Torrents et Ruben Pellejero sont loin de démériter, mais ils peinent cependant à conférer une réelle épaisseur narrative à une construction dramatique trop scolaire et attendue.

Les Futurs de Liu Cixin : Au-delà des montagnes, Liu Cixin, Eduard Torrents et Ruben Pellejero
Delcourt, avril 2023, 94 pages

Marecage-Tome-1-Sombra-avisMarécage : Sombra. Le Marécage, zone maudite et mystérieuse peuplée de créatures étranges, sert de refuge à Ysaut, héritière du trône de Palantia, cachée par le capitaine Ariston Bergère pour la protéger des conspirations. Malheureusement, la mission tourne mal. Ses ennemis sortent alors de l’ombre pour la traquer, et cela implique une aventurière masquée, Sombra, au centre du récit. Dessinateur, scénariste, producteur et réalisateur espagnol, Antonio Zurera transpose dans l’univers fantasy des intrigues de palais, fait cohabiter les figures héroïques et corrompues mais donne surtout corps et vie à un monde inventif et une ronde de personnages tous plus fascinants les uns que les autres. Si le lecteur prend plaisir à suivre les pérégrinations d’Ariston et Ysaut, à évaluer les menaces qui se dressent sur leur route et à explorer les tensions politiques de Palantia, il regrettera peut-être le caractère relativement convenu des enjeux, moins engageants que le microcosme qui les accueille en son sein. Le trait graphique, lui, fait pleinement sens et sert à merveille la fantaisie plus amère que douce de ce conte sur le pouvoir, le courage, la trahison et la bassesse.

Marécage : Sombra, Antonio Zurera
Dupuis, avril 2023, 112 pages

Les billes du Pachinko roulent vers leur destin

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Claire, presque trente ans, vient de Suisse où elle vit, pour retrouver ses grands-parents à Tokyo. Elle compte partir avec eux en voyage pour la Corée, pays dont ils sont originaires et qu’ils ont fui au moment de la guerre. À Tokyo, ils gagnent leur vie en tenant un Pachinko.

Élément central de la narration, le Pachinko du titre ressemble vaguement au flipper qu’on trouve dans les cafés français (différence fondamentale, le Pachinko se tient à la verticale). Typiquement coréen, ce jeu me semble relever surtout du hasard, même si Elisa Shua Dusapin indique que les meilleurs joueurs utilisent quelques mouvements subtils de la main pour tenter de le contrôler. Qu’ils tiennent un Pachinko me semble donc particulièrement révélateur de la vie des grands-parents de Claire qui aimaient et aiment encore leur pays – la Corée – mais que le destin (à mettre en parallèle du hasard gouvernant le jeu) leur a fait quitter définitivement pour faire leur vie au Japon.

En attendant l’escapade en Corée

Claire s’occupe en venant voir régulièrement, à la demande de la mère, Mieko une Japonaise de 10 ans, pour lui donner des cours de français. Trouvant Mieko trop renfermée, la mère profite de la présence de Claire pour la faire sortir un peu. De ce fait, entre Mieko et Claire une relation de confiance s’instaure, un peu de grande sœur à petite sœur. Ayant appris ce qu’ils font, Mieko demande à Claire de prévoir une visite au Pachinko de ses grands-parents. Claire promet, mais assez mollement, probablement parce qu’elle considère que ce n’est pas vraiment un lieu pour une fille de cet âge. Elle préfère l’emmener au zoo où dans un parc du genre Disney.

À Tokyo

Claire ne se contente pas de cette activité d’employée de maison. En retrouvant ses grands-parents qu’elle n’avait plus vus depuis longtemps, elle se rapproche de ses racines, même si les vraies racines sont à l’étranger. Et elle s’intéresse à tout ce qu’elle observe sur place, à Tokyo, ville qui apparaît très vivante sous la plume d’Elisa Shua Dusapin. Claire observe comment les expatriés coréens sont considérés. On apprend ainsi que pour les employés du Pachinko, la retraite sera différente pour les Coréens qui toucheront quelque chose contrairement au Japonais qui ont donc tout intérêt à y travailler tant qu’ils le peuvent. De plus, Claire a des échanges par messagerie Internet avec son compagnon resté en Suisse, un enseignant.

Impressions

Celles laissées par ce livre sont étonnantes, car il ne s’y passe pas grand-chose de vraiment marquant, sauf à la fin quand Claire s’apprête à s’envoler avec ses grands-parents vers la Corée. Par contre, avec une grande économie de moyens (le livre ne fait que 140 pages tout compris), Elisa Shua Dusapin s’arrange pour faire sentir beaucoup de choses. Son art est donc de profiter de chaque circonstance pour glisser des détails révélateurs au passage. C’est un peu comme une succession de séquences cinématographiques où on verrait un personnage déambuler dans une ville et y rencontrer un certain nombre de personnes sans que rien d’autre ne se passe que quelques instants de la vie du personnage. Elisa Shua Dusapin s’intéresse bien évidemment à ce qui constitue la personnalité de Claire qui doit beaucoup à ses propres origines (née en Dordogne d’un père français et d’une mère sud-coréenne, elle s’est installée en Suisse et en a obtenu la nationalité), sans qu’on puisse identifier précisément si quoi que ce soit lui ressemblerait plus particulièrement. Elle nourrit son personnage des situations qu’elle lui fait vivre, des lieux où elle passe et des personnages qu’elle croise et rencontre. Le style est donc plutôt simple, avec des phrases courtes dans l’ensemble, sans grandes envolées, mais une justesse de description qui fait qu’on sent bien tout ce qui se passe, y compris dans les esprits. La confrontation entre les cultures européenne, japonaise et coréenne est au cœur du roman, dans tout ce qui apparaît au fil des échanges et rencontres de Claire.

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin
Éditions Zoé, août 2018
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4

Le Grand Tournoi de Joffrey Lebourg

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Joffrey Lebourg, un écrivain français passionné d’heroic-fantasy, a récemment publié une œuvre de 340 pages qui ravira les amateurs de ce genre « niche » en France. En réalité, ce livre est le troisième opus d’une série de sept tomes en cours nommée Les 7 Reliques. Ce texte destiné avant tout à un jeune public saura convaincre par sa dose d’aventure et ses messages humanistes subtilement introduits par son créateur…

Inspiré par le maître absolu en la matière, J.R.R Tolkien, Joffrey Lebourg inclut une carte du monde de l’Alkymia, où se déroule le récit. À la manière d’une ancienne légende, le lecteur suit Cordélia, la belle et brave héroïne, élue par l’ange Luxdel pour vaincre le Mal : le démon Entropia, qui est sur le point de s’éveiller et de tout corrompre… Pour cela, elle doit rassembler différents compagnons, guider par le destin divin et récupérer les 7 artefacts…

Ce troisième épisode de la série commence là où le second s’était arrêté et c’est pourquoi il est fortement recommandé d’avoir découvert les deux premiers tomes avant de vous atteler à celui-ci. Les personnages principaux de la saga, Cordélia, Amber, Seth, Louane et Liam, sont de retour pour continuer leur aventure épique.

Joffrey Lebourg fait un choix classique mais sympathique, qu’est la thématique en fonction des éléments. Par exemple, le deuxième livre, La Bouche de l’Enfer, mettait en avant la chaleur des flammes. Dans ce troisième livre, l’accent est davantage posé sur le vent et l’eau… Mais attention ! Malgré ses airs idylliques, ces plages ne sont pas si calmes et un combat n’est jamais bien loin. Grâce à un rythme bien maîtrisé, entrecoupé de dîners, visites, exploration et affrontements, l’auteur installe une espèce de « jeu vidéo » à lire. Le lecteur découvre — en même temps que Cordélia tous les secrets de ce nouveau continent. Tout en conservant une certaine dose d’humour, le livre va surtout s’attarder sur un événement qui fait honneur à l’Histoire mais aussi à tous les grands classiques de la littérature épique : le tournoi !

Trois jours pour vaincre des adversaires redoutables…

Cet événement important dure trois jours… Cela semble court, mais les épreuves ne manquent pas d’originalité. Tout débute d’ailleurs très mal pour les protagonistes, qui vont devoir redoubler d’imagination et d’ingéniosité pour se dresser contre des rivaux effrayants ! Cette décision de l’auteur est intéressante. Souvent, les lecteurs se plaignent de l’aisance avec laquelle les personnages triomphent… Mais Cordélia et son équipe réussiront-ils à s’en sortir, cette fois ?

L’œuvre de Lebourg stimule l’imaginaire, puisqu’il s’est indubitablement inspiré de l’Écosse, des Lochs et de paysages nordiques pour planter son décor. En mélangeant ces climats de la sorte, l’écrivain parvient vraiment à faire voyager son lecteur. Pas une seconde pour s’ennuyer, au cours de ces jeux qui exposent les faiblesses des uns, mettant en lumière les forces des autres… Qu’est-ce que la clef pour triompher de tous ces dangers ? Il est certain que l’amitié, l’entraide et la solidarité paieront. Apprendre à se connaître, admettre ses erreurs et progresser. Cette équipe gagne en solidité : un message important à transmettre aux adolescents qui liront ce livre.

Joffrey Lebourg : engagé malgré lui

Même si les 7 Reliques ne forment pas une saga politique ou à vocation moraliste, elle comprend pourtant de nombreux messages qui se destinent à la jeunesse. Aujourd’hui plus que maintenant, il est crucial d’intégrer des personnages forts, qui jusqu’alors étaient des hommes blancs, qui luttaient pour sauver la princesse. Cette fois, les clichés sont envoyés au placard. Les éléments les plus puissants de l’équipe sont de genre féminin. De plus, il semblerait qu’une romance entre deux femmes soit sur le point de se concrétiser… Qu’en sera-t-il vraiment ? Avec des protagonistes colorés qui renversent la tendance, Joffrey Lebourg a compris l’importance de la visibilité de celles et ceux que l’on occultait par le passé.

Une intrigue qui fonctionne et donne envie de poursuivre…

Le Tournoi en question n’est pas le seul événement autour duquel évolue la saga des 7 Reliques. Joffrey Lebourg injecte dans son récit de nombreux chapitres emplis d’action et de retournements de situation. Tout n’est pas rose dans ce monde de l’Alkymia, puisque Cordélia est chassée par des mercenaires, souvent trompée, observée. Heureusement, elle peut compter sur ses amis : qu’ils soient elfes, humains ou créatures étranges. À la fin de l’ouvrage, le lecteur en demande plus. Chaque livre de cette saga se base sur un schéma narratif similaire. Cela peut rassurer un lecteur qui aime se sentir dans sa zone de confort, même si cela peut sembler répétitif. Un titre à suivre de près et à aborder avec bienveillance, afin d’encourager l’heroic fantasy à la française !

Le Grand Tournoi, Joffrey Lebourg
Des Auteurs Des Livres, mars 2022, 340 pages

La Conférence : les Apôtres du Mal

La Conférence de Matti Geschonneck donne à voir, transcrit au cinéma, le moment historique de la Conférence de Wannsee, qui organisa la mise en œuvre de la « Solution Finale » visant le peuple juif. Un filmage serré, sans fioritures, mais d’une intensité glaçante.

Synopsis du film La Conférence Au matin du 20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires du IIIe Reich se retrouvent dans une villa cossue, conviés par Reinhard Heydrich à une mystérieuse conférence. Ils en découvrent le motif à la dernière minute : ces représentants de la Waffen SS ou du Parti, fonctionnaires des différents ministères, émissaires des provinces conquises, apprennent qu’ils devront s’être mis d’accord avant midi sur un plan d’élimination du peuple juif, appelé Solution Finale. Deux heures durant vont alors se succéder débats, manœuvres et jeux de pouvoir, autour de ce qui fera basculer dans la tragédie des millions de destins.

Comment filmer l’Histoire ? Les documentaires, montages d’archives, fictions tentent chacun à leur manière une réponse. Le réalisateur allemand Matti Geschonneck (8 mai 1952, Potsdam -) opte clairement pour la dernière solution, afin d’approcher la conférence de Wannsee (le titre original désigne d’ailleurs explicitement ce moment historique : Die Wannseekonferenz), qui réunit, au matin du 20 janvier 1942, quinze dignitaires nazis dans la Villa Marlier, près de Berlin, afin d’y mettre concrètement en œuvre la « Solution Finale », visant l’éradication du peuple juif, non seulement en Allemagne mais dans toute l’Europe de l’Ouest et les territoires où s’étendait l’influence d’Hitler. Un tel projet ne devrait relever que de la fiction pure, sortie d’un cerveau malade, comme le suggère la très belle nouvelle de Vercors qui a pour titre « Le Songe ». Il s’est pourtant bel et bien inscrit dans le réel, et l’on sait comment. A tel point que cette fiction cinématographique s’est très précisément édifiée sur la base documentaire du procès verbal de cette réunion, établi par Adolf Eichmann (ici incarné par Johannes Allmayer) à partir des notes prises pas sa secrétaire, Ingeburg Werlemann (Lilli Fichtner), et classé « Hautement confidentiel ».

Cette « conférence » qui devait décider du destin de plusieurs millions d’êtres humains désignés comme ennemis essentialisés de la race aryenne s’étendit sur à peine deux heures. Une durée à laquelle Magnus Vattrodt et Paul Mommertz s’emploient à superposer leur scénario, dans un souci de réalisme, et pour souligner la béance entre la cause et ses effets… Dans ce même souci de fidélité historique, le tournage eut lieu, du moins pour les extérieurs, à la Villa Marlier elle-même, devenue depuis la Villa de la Conférence de Wannsee, mémorial et centre éducatif. Il se déroula entre novembre et décembre 2020, donc en plein reconfinement, dans la luminosité crépusculaire d’un hiver privé de soleil. L’image de Theo Bierkens évolue dans un clair-obscur, avec des éclairages intérieurs plus que parcimonieux, qui rend compte du climat d’aveuglement et d’enténèbrement dans lequel de pareils plans purent s’élaborer. Les décors de Bernd Lepel, qui reconstituent aussi précisément que possible les intérieurs de l’époque en studio, contribuent, dans la grisaille vaguement bleutée d’un demi-jour, à éteindre et à faire paraître froides les couleurs les plus chaudes, tels les bruns profonds des boiseries ou de certaines pièces du mobilier.

Présidée par le SS Reinhard Heydrich (Philipp Hochmair), la réunion peut ainsi voir se développer, sous des dehors faussement technocratiques, les discours les plus fous, déshumanisant et réifiant les futures victimes afin de mieux s’absoudre, voire s’héroïser, se camper en sauveur du peuple germanique. Le ton est feutré, très urbain, comme dépassionné. La « banalité du mal », dans toute sa stupéfiante horreur. Et conduite par des hommes qui ne portent pas la désignation de « Monstre » tatouée sur leur front, des hommes qui, à la pause, évoquent leur femmes et leur progéniture ; de bons pères de famille. Un écart entre l’être humain et son action effective, voire son rôle historique, déjà exploré de façon très intéressante par La Chute (2004) de Oliver Hirschbiegel. On assiste bien aux habiles tentatives du Dr Wilhelm Stuckart (Godehart Giese), pour essayer de soustraire au sort des Juifs les « demi-Juifs », avec des échanges surréalistes autour des questions de délimitation de ces différents groupes. Et aux prudents questionnements de Friedrich Wilhelm Kritzinger (Thomas Loibl), tirant sans doute parti de sa relative maturité pour oser quelques interrogations. Mais malheur à celui qui aurait laissé transparaître le moindre soupçon de compassion pour le peuple honni. Les seuls aménagements envisagés devaient prendre l’apparence de mesures visant à préserver l’intégrité psychique des bourreaux…

Quinze hommes, donc, et une seule femme, la secrétaire d’Eichmann, réunis autour d’une table de travail, avant la promesse d’un bon déjeuner… « Ainsi, nul ne pourra dire qu’il ne savait pas… », énonce l’un des responsables, en annonçant la diffusion ultérieure du compte-rendu. Un éclairage saisissant, glaçant, jeté, sans aucune musique, tout autant sur un moment historique décisif que sur les procès bien postérieurs qui suivirent. Se trouvent ainsi sérieusement mises à mal les protestations si ce n’est d’innocence, du moins d’ignorance, que l’on a pu voir s’étaler dans l’inoubliable documentaire, magnifique et monstrueux, d’Eyal Sivan et Rony Brauman, Un Spécialiste, portrait d’un criminel moderne (1999).

Bande-annonce : La Conférence

Fiche Technique : La Conférence

Titre original Die Wannseekonferenz
Réalisateur : Matti Geschonneck
Scénario : Magnus Vattrodt, Paul Mommertz
Avec Johannes Allmayer, Maximilian Brückner, Matthias Bundschuh…
Production : Reinhold Elschot, Friederich Oetker
Image : Theo Bierkens
Son : Max Meindl
Décors : Bernd Lepel
Costume : Esther Walz
Maquillage : Nicole Förster, Jeanne Gröllmann
Montage : Dirk Grau
En salle le 19 avril 2023 / 1h 48min / Drame, Historique

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3.5

Misanthrope : satirique mais conventionnel

Pour son premier film américain, le réalisateur Damián Szifron désire nous livrer une critique de notre société fragile et conformiste. Mais à devoir lui-même rester dans les clous d’un genre cinématographique qu’est le thriller policier, le cinéaste fait de Misanthrope une œuvre maladroite. Un film hésitant, ne sachant choisir entre la satire sociale et le divertissement en bonne et due forme. 

Synopsis de Misanthrope : Eleanor, une jeune enquêtrice au lourd passé, est appelée sur les lieux d’un crime de masse terrible. La police et le FBI lancent une chasse à l’homme sans précédent, mais face au mode opératoire constamment imprévisible de l’assassin, l’enquête piétine. Eleanor, quant à elle, se trouve de plus en plus impliquée dans l’affaire et se rend compte que ses propres démons intérieurs peuvent l’aider à cerner l’esprit de ce tueur si singulier…

Il aura fallu près de neuf ans pour le que le réalisateur argentin Damián Szifron nous revienne. Neuf ans après avoir marqué les esprits avec son film Les Nouveaux Sauvages. Un patchwork de récits sur la vengeance qui avait remporté bon nombres de récompenses – dont le prix du public au festival du film de Saint-Sébastien de 2014. Tout en participant à de grands événements cinématographiques qui avaient pu le mettre en avant : le Festival de Cannes 2014 et les Oscars 2015 (nominé pour la catégorie Meilleur film en langue étrangère). Le cinéaste nous revient donc avec Misanthrope, son tout premier long-métrage en Anglais. Un film policier somme toute classique sur le papier, mais révélant quelques surprises quant à son déroulé et les thématiques qu’il désire traiter.

Car à première vue, Misanthrope n’est qu’une banale chasse à l’homme. Une enquête durant laquelle le FBI doit retrouver un tueur de masse imprévisible avant qu’il ne récidive. Et qui verra une policière sur ses traces, étant la seule à comprendre son fonctionnement de par son vécu personnel… pour le moins tortueux. Rien de neuf à l’horizon, nous diriez-vous ! Tant vous auriez l’impression de revoir un énième Se7en, Le Silence des Agneaux et consorts. Ou même un épisode d’Esprits Criminels ou encore des Experts. Et c’est là où Misanthrope se détache quelque peu de ses prédécesseurs, car son intérêt est ailleurs. En effet, bien qu’elle soit le fil conducteur du récit, la chasse à l’homme est reléguée au second plan. Ici, c’est tout bonnement la société qui intéresse Damián Szifron. Ou plutôt ses multiples déboires, qui donne à l’appellation « la connerie humaine » toute son ampleur.

Et pour cause, en suivant la venue d’une policière dans les rangs du FBI, nous entrons avec elle dans un univers conformiste et déséquilibré. Dès le début, l’héroïne est repérée pour son flair, son intuition. Malheureusement, elle va très vite apprendre qu’il faut rester dans les cases pour pouvoir réussir aux yeux de sa hiérarchie. Et surtout découvrir que pour certains, ce n’est pas de trouver le tueur et de l’arrêter qui importe. Mais plutôt de rapidement mener une enquête à son terme et ce, peu importe sa finalité, quitte à entraîner des guerres entre les services. Juste pour le prestige, la réussite professionnelle. C’est ce que veut ainsi dénoncer Misanthrope : la fragilité et le manque de logique touchant de nombreuses structures sociétales, qui se veulent pourtant carrées et organisées. Le film s’arrête principalement sur l’organisation du FBI, mais il se permet quelques petits apartés illustratifs. Comme la politique, l’armée, un centre commercial ou encore une décharge. Tout dans le film est appuyé en ce sens pour que celui-ci se présente à nous comme une satire pour le moins mordante. Un constat qui se remarque jusqu’à l’écriture des protagonistes, notamment le tueur. Un homme présentant une certaine aversion pour notre société, cette dernière ayant causé sa « naissance ». Et qui sera donc poursuivi par cette policière, une asociale suicidaire pouvant le comprendre de par sa mentalité anticonformiste. Mais alors qu’il peut lui-même être vu comme un film voulant sortir du carcan d’un genre codifié, Misanthrope se prend les pieds dans le tapis de son ambition.

Car pour faire avancer son récit, le long-métrage est par moment obligé de délaisser son aspect critique et de revenir à son fil conducteur. Mais à aucun moment il ne parvient à reprendre convenablement les rênes, le film continuant sur sa lancée en pilotage automatique. L’intrigue avance mollement tout en cochant les cases du thriller policier sans trop se fouler. Sans jamais parvenir à décoller. Et ce jusqu’à un dénouement qui traine tout autant la patte, pour partir dans un plébiscite philosophique un peu trop artificiel. Les personnages, eux, semblent faire du surplace, tout comme leurs interprètes. Surtout l’héroïne (jouée par Shailene Woodley), qui n’a pas vraiment d’explication quant à son passif. Est-ce la société qui l’a transformée ainsi ? Ou une personne en particulier ? Ne serait-ce que pour lui donner une similarité avec le tueur, cela n’apporte finalement pas grand-chose à l’intrigue. Et même mise à part cela, l’enquête avance avec mollesse. Si la tension se fait ressentir lors d’une introduction prenante – grâce à une mise en scène et un montage très énergiques – elle ne repointera le bout de son nez que trop rarement. Faisant de Misanthrope un film un chouïa longuet, pour ne pas dire vain et ennuyeux.

Vous l’aurez compris, le réalisateur argentin fait des débuts dans le cinéma américain pour le moins mitigés. Bien qu’il propose une œuvre qui ne soit pas sans âme et sans propos – comme la plupart des titres hollywoodiens –, celle-ci reste beaucoup trop sage et conventionnelle pour réellement sortir du lot. Un comble, pour un film qui pointe du doigt toute notion de conformisme, n’est-ce pas ?

Misanthrope – Bande-annonce

Misanthrope – Fiche technique

Titre original : To Catch A Killer
Réalisation : Damián Szifron
Scénario : Damián Szifron et Jonathan Wakeham
Interprétation : Shailene Woodley (Eleanor Falco), Ben Mendelsohn (Geoffrey Lammark), Ralph Ineson (Dean Possey), Jovan Adepo (Mackenzie), Rosemary Dunsmore (Mme. Possey), Michael Cram (Gavin), Jason Cavalier (Marquand), Mark Camacho (chef Karl Jackson)…
Photographie : Javier Julia
Décors : Jason Kisvarday
Costumes : Aieisha Li
Montage : Marta Velasco
Musique : Carter Burwell
Producteurs : Stuart Manashill, Aaron Ryder et Shailene Woodley
Maisons de Production : FilmNation Entertainment et RainMaker Films
Distribution (France) : Metropolitant Filmexport
Durée : 119 min.
Genre : Thriller
Date de sortie :  26 avril 2023
Etats-Unis – 2023

Note des lecteurs5 Notes

2.5

Donnez vie à votre série préférée : conseils pour créer une décoration d’intérieur inspirée des séries télévisées dans votre location à Beaune

Si vous avez déjà regardé une série télévisée et rêvé de vivre dans cet univers, vous avez de la chance ! La clé pour créer une décoration intérieure parfaite pour votre location à Beaune est d’utiliser des petites touches inspirées de votre série préférée. Si vous souhaitez ramener quelques souvenirs de vos vacances, c’est aussi un moyen facile de personnaliser votre nouvelle maison. Voici quelques conseils pour combiner ces deux idées en un look cohérent !

Types de locations à Beaune

Il existe de nombreux types de locations à Beaune. Les plus courantes sont les appartements et les maisons, comme vous le constaterez ici. Les appartements meublés sont populaires parmi les voyageurs qui ne prévoient pas de rester très longtemps, car ils sont entièrement équipés de meubles et d’autres commodités. Cependant, si vous prévoyez de rester à Beaune plus longtemps, vous pouvez envisager de louer une maison traditionnelle. Ceux-ci peuvent être loués à court ou à long terme et offrent plus d’espace et d’intimité qu’un appartement. Certaines maisons sont également dotées d’un jardin ou d’une terrasse, ce qui les rend idéales pour ceux qui aiment le plein air.

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Max Vakhtbovych, Canva.com

La décoration façon série TV, c’est facile et peu coûteux !

Créer une décoration d’intérieur avec des éléments inspirés de vos séries préférées est plus facile que vous ne le pensez. Le plus beau, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être architecte d’intérieur ou de s’y connaître en design ! Vous pouvez intégrer des éléments inspirés de vos séries télévisées préférées dans votre location, quelle que soit la taille ou la forme de l’espace.

Introduisez de petites touches de manière discrète

Vous n’avez pas besoin d’y aller à fond, mais il existe de petites façons d’intégrer la série dans votre maison. Par exemple, s’il y a une plante dans l’une des scènes de votre série préférée, pensez à l’utiliser comme point central dans votre salon. S’il y a une peinture ou une gravure à l’écran qui correspond à la palette de couleurs de votre maison, essayez de l’accrocher au-dessus de la cheminée comme élément d’accentuation. Enfin (et surtout), les coussins sont très importants dans la création d’une décoration d’intérieur inspirée des séries télévisées car ils sont utilisés très souvent dans chaque épisode ; choisissez donc judicieusement !

Inspirez-vous des couleurs et des textures des décors de la série.

Si vous êtes un fan de série, c’est une bonne idée de vous inspirer des couleurs et des textures de ses décors. Vous pouvez utiliser la même palette de couleurs que les décors de la série, ou même essayer de trouver des matériaux similaires à ceux utilisés dans la production. Si les fenêtres de votre location donnent sur un espace extérieur, pensez à ajouter un peu de verdure autour comme dans les séries américaines.

Utilisez une table comme table basse et exposez des objets de collection dessus.

Utilisez des lampes pour exposer des œuvres d’art (elles sont idéales pour cela). Vous pouvez y accrocher des tableaux s’ils sont assez hauts, ou y placer des objets plus petits comme des photographies ou des figurines.

Utilisez les meubles qui ne servent à rien d’autre pour exposer des œuvres d’art de manière originale ! Vous pouvez même utiliser un meuble plusieurs fois au cours d’un projet de décoration d’intérieur s’il fonctionne suffisamment bien pour différents usages : il s’agit de s’assurer que tout s’harmonise parfaitement lorsque vous aménagez des pièces dans votre espace de location de maison.

Accrochez une œuvre représentant une scène de votre épisode préféré.

Si vous êtes fan d’une série particulière et que vous souhaitez l’intégrer à votre espace, pensez à accrocher une œuvre, une affiche ou une reproduction représentant une scène de votre épisode préféré. Choisissez une œuvre qui corresponde au thème de la pièce et qui soit suffisamment grande pour avoir un impact à elle seule. Veillez à ce que les couleurs de cette œuvre correspondent à celles utilisées dans l’ensemble de votre location à Beaune. Enfin, choisissez quelque chose d’approprié pour cet espace : s’il n’y a pas d’espace mural disponible au-dessus ou au-dessous de l’endroit où vous accrochez votre télévision (ou s’il n’y en a pas assez), envisagez de placer l’image ailleurs afin d’éviter toute distraction lorsque vous regardez la télévision avec des amis ou des membres de votre famille.

Ramenez à la maison des souvenirs de votre voyage sur le lieu de tournage !

Les objets de collection sont une façon amusante de ramener votre série culte à la maison, et peuvent être trouvés dans des boutiques de souvenirs ou sur Internet. Il se peut même que certains acteurs vendent leurs propres objets de collection, ce qui est un excellent moyen d’obtenir quelque chose d’unique et de personnalisé. Si possible, essayez de demander s’il y a des souvenirs qui traînent sur le plateau et qui n’ont pas encore été vendus – ils seront peut-être prêts à s’en séparer pour un certain prix !

Créer une décoration d’intérieur inspirée de la télévision est en fait très simple et amusant ! Avec quelques petites touches ici et là, vous pouvez donner vie à votre série préférée dans votre appartement.

Guest post

Tout savoir sur les études de cinéma

De plus en plus de personnes font des études de cinéma car c’est un domaine vraiment passionnant et prometteur. Cette démarche leur permet  de développer de nouvelles connaissances et de bien s’intégrer dans ce milieu si difficile bien que très intéressant aussi!

Pourquoi serait-ce judicieux de faire des études de cinéma et quels avantages cela pourrait vous apporter sur le plan personnel et professionnel ? C’est ce que nous allons essayer de vous expliquer dans les paragraphes ci-dessous. Suivez-nous pour en savoir plus !

Pourquoi étudier le cinéma ?

Beaucoup de personnes ont tendance à croire que le cinéma n’est pas une discipline sérieuse qui peut déboucher sur un métier stable et rentable. Cette fausse idée est certainement due à des préjugés ancrés dans l’esprit de chacun et qui orientent tous les raisonnements dans le même sens !

Il existe cependant plusieurs raisons pour lesquelles on fait (et on devrait faire) des études de cinéma :

Parce que ce sont de vraies études

Comme nous vous l’avons expliqué antérieurement, étudier le cinéma n’a rien de futile. C’est même très sérieux. Il s’agit d’un programme académique bien défini qui nécessite toute l’attention et la concentration de l’étudiant, tout autant que n’importe quel autre domaine.

En plus, en choisissant cette option, vous aurez droit à un apprentissage solide et approfondi qui vous préparera à faire votre entrée dans le monde du 7ème art en toute confiance.

Pour se faire plaisir !

Avant de se demander quel est l’objectif derrière la décision de poursuivre des études dans telle ou telle spécialité, il faut d’abord se dire que l’on doit avant tout étudier quelque chose qui nous passionne et qui corresponde à ses préférences et à sa personnalité.

En outre, un étudiant qui opte pour le cinéma doit y trouver un certain plaisir; sinon, cela n’aurait pas de sens, comme c’est le cas pour toutes les autres filières, d’ailleurs.

Pour en faire son métier

Il est clair que toute personne qui choisit de faire des études de cinéma a forcément un objectif professionnel en tête. Or, le cinéma offre de nombreuses perspectives pour ceux qui voudraient en faire leur métier.

En effet, ce genre de formation vous permet de devenir réalisateur, scénariste, accessoiriste, producteur, décorateur, ingénieur de son, chargé de décoration, …

Bien entendu, chaque branche nécessite des études spécifiques. Il convient donc de choisir les études à suivre en fonction de l’activité que vous désirez pratiquer à l’avenir.

Le cinéma, un métier d’avenir !

Comme nous l’avons mentionné plus haut, le cinéma attire un maximum de jeunes étudiants qui souhaitent en faire leur profession plus tard. Mais pourquoi est-ce donc un métier d’avenir ? Lisez la suite de ce passage pour mieux comprendre.

Pour commencer, le cinéma est un secteur prospère surtout en France. Il n’y a qu’à voir les recettes (1 milliard d’euros” qu’il rapporte pour s’en rendre compte. De plus, c’est un milieu qui aide à créer de l’emploi- des milliers de nouveaux emplois par an.

N’oublions pas non plus que ce métier est très vaste et ne se limite pas uniquement à une seule activité. Ce qui offre beaucoup d’opportunités pour l’avenir qui sont parfaitement accessibles et prometteurs.

Enfin, il est important de souligner que malgré l’avènement du numérique, qui semble avoir une emprise incroyable sur notre quotidien, le cinéma a su conserver sa place auprès de la population mondiale comme étant une principale source de distraction. Ce qui a largement contribué à protéger l’industrie du cinéma envers et contre tous !

Comment et ou faire des études de cinéma ?

Le meilleur endroit pour faire des études de cinéma, c’est évidemment dans une Ecole de Cinéma !

Il existe plusieurs établissements de ce genre qui proposent un programme de formation très intéressant pour les mordus de cinéma et d’audiovisuel. Que ce soit dans le secteur privé ou publique, tout est mis en place pour que vous ayez la base nécessaire pour lancer votre carrière dans les meilleures conditions.

En ce qui concerne la formation elle-même, le côté pratique l’emporte un petit peu sur la théorie, bien que celle-ci soit tout aussi importante. Cela est dû au fait que les pratiques soient capables de vous introduire dans le cœur du métier avec toutes ses réalités. Cela est entre autres, le rôle des stages en milieu professionnel.

Cela vous permet de :

  • Intégrer le monde du cinéma et de l’audiovisuel de manière simple et graduelle.
  • Acquérir des compétences techniques et technologiques indispensables à la réussite de votre projet.

Notez qu’il est préférable de vous rendre dans une école agrée par l’état ou qui dispense un titre reconnu RNCP, car cela vous fera bénéficier en plus du statut d’étudiant. Vous devez aussi vous renseigner sur son réseau pédagogique pour être certain de ne pas faire le mauvais choix.

Pour ce qui est des conditions d’accès à une formation cinéma, sachez qu’il faut d’abord être bachelier, peu importe dans quelle filière ! Ensuite, vous devez aussi en avoir vraiment envie !

Pour être admis, il sera question d’une étude de votre dossier scolaire, puis d’un entretien de motivation.

Le cinéma vous fait vibrer plus que tout autre chose dans la vie ? Trouvez-vous une bonne école et partez à l’aventure !

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L’Établi ou la révolution en marche

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Adaptation du livre éponyme de Robert Linhart (paru en 1978), L’Établi, ce film réalisé par Mathias Gokalp (coscénariste avec Nadine Lamari et Marcia Romano), constitue une sorte de témoignage de son expérience de la période juste après mai 1968. Les dix années de recul permettent une vraie réflexion sur tout ce qui s’est passé

La phrase d’accroche sur l’affiche résume parfaitement la situation « Infiltré, il prépare la révolution ». Le film commence par un panneau explicatif indiquant que, juste après mai 1968, un certain nombre (plusieurs centaines) de personnes convaincues du bien-fondé de leur action, se sont fait embaucher dans des usines pour tirer parti des impressions laissées par le mouvement de mai 68. Robert est donc un intellectuel (agrégé de de philosophie, normalien) aux convictions ancrées très à gauche. Avec tout ce qu’il a observé pendant cet historique mois de mai 1968, il a acquis la conviction que les esprits sont mûrs pour la révolution. Il décide donc de battre le fer tant qu’il est encore chaud. Renonçant à son poste d’enseignant en fac, il se fait embaucher dans l’usine Citroën de Choisy en région parisienne en laissant croire qu’il ne dispose que du certificat d’études (avec une explication très plausible pour justifier ses mains non abimées). Il intègre la chaine de montage de la 2CV.

Le film

Il nous montre l’intégration de Robert (Swann Arlaud) dans cette usine, aussi bien parmi les ouvriers que dans son travail. On entre rapidement dans le vif du sujet et Robert entre naturellement dans son personnage en affrontant les multiples difficultés qui se présentent. Le travail est difficile, épuisant physiquement et moralement (il faut tenir la cadence, sur le long terme) et Robert ne perd jamais son objectif de vue : convaincre ses collègues qu’ils peuvent améliorer leur condition par des revendications. D’abord discret, les circonstances lui permettent de faire la connaissance des uns et des autres. Il aura rapidement l’occasion d’avancer (timidement), une première revendication : que l’usine fournisse une paire de gants de protection à tout un chacun. En effet, n’ayant pas tenu le rythme dans la chaine principale, Robert se trouve vite affecté sur un poste en marge de la chaine : inspecter les portières arrivant de la production, pour sélectionner celles qui ne présentent aucun défaut et les placer sur un autre support. Ces manutentions d’objets lourds et métalliques lui valent de nombreuses coupures aux mains, qu’il protège comme il peut par des bandelettes, ce qui lui vaut le surnom de « La Momie ». Son côté revendicatif lui permet de rencontrer les personnes dans le même état d’esprit et notamment Klatzman (Olivier Gourmet), prêtre-ouvrier et délégué CGT, ce qui lui permet de mieux évaluer le rapport de forces du moment entre la direction et les ouvriers. Dans les esprits, mai 68 appartient désormais au passé et, en gros, tout reste à faire. Mais un début d’organisation permet de monter un petit groupe décidé à faire bouger tout cela. Et puis, Robert qui maîtrise le français, aide un collègue dans des démarches administratives, etc. C’est alors que la direction (représentée par le seul Junot : Denis Podalydès) décide de frapper un grand coup. Un beau matin, les ouvriers trouvent une affiche placardée sur un mur dans l’usine. Le texte indique qu’à partir d’une certaine date et pendant plusieurs semaines, la journée de travail s’arrêtera à 17h45 au lieu de 17h, pour compenser les heures perdues pendant le mois de mai 1968. Concrètement, on ne sait pas comment les choses se sont passées dans l’usine à cette période. Mais, Robert et « son » groupe sont atterrés par cette façon de passer outre les accords de Grenelle. Ils rappellent qu’en France, la grève est un droit. Ce que demande la direction est de travailler 45 minutes par jour gratuitement ! Voilà quelque chose d’inadmissible qui peut justifier une grève et tout ce que Robert prépare depuis longtemps.

Une histoire vraie

Même si on peut imaginer que certains détails soient un peu arrangés pour le cinéma, L’établi (et son astucieux titre à double sens), montre l’essentiel en faisant sentir la dure condition des ouvriers que la direction considère comme des exécutants corvéables à merci, une sorte d’esclavage. Ce que le film montre mais sans parvenir jusqu’au côté insupportable, c’est l’aspect répétitif de certaines tâches qui va jusqu’à l’abrutissement de la personne. Pour cela, il aurait fallu allonger la durée du film qui serait devenu tout autre, moins rythmé par les relations qui s’y tissent. Reste à évaluer la façon dont on voit la progression des revendications, puis de la proportion de grévistes. Là encore, tout cela est convainquant, avec de petits progrès au début, jusqu’au moment où on sent que suffisamment de monde débraye pour que le mouvement évolue vers une vraie grève paralysante, malgré les pressions exercées par la direction qui ne manque pas de moyens et d’idées. On voit quand même que ce mouvement s’essouffle assez rapidement, ce qui amène bien des questions, dont quelques-unes fondamentales.

La grève est-il le seul moyen de démarrer une révolution ?

L’Histoire incite à la prudence. La grève est un moyen de manifester du mécontentement. Sans chercher la révolution, elle peut permettre des avancées. On voit dans le film que la CGT de l’époque louvoie pour progresser, sans imaginer une seconde que la révolution puisse démarrer sur le site de Choisy. Il faut dire qu’inciter à la grève des personnes qui ne touchent que de maigres salaires se révèle fort délicat. Concrètement, il faut vraiment un élément déclencheur, la goutte d’eau qui fait déborder le vase et fait le lien entre les intérêts individuels. Quand les forces physiques vont dans le même sens que celles de l’intellect, tout devient possible.

Une révolution, oui mais pourquoi ?

Une révolution est un moyen radical pour changer de système sans phase de transition. Celles et ceux qui la souhaitent n’en peuvent plus. Mais, lors d’une révolution, les événements peuvent s’emballent et la situation devenir incontrôlable, alors la question du ou des buts ne se pose plus de manière précise. Un ras-le-bol se manifeste et il peut devenir plus ou moins violent. L’objectif est généralement avant tout de détruire les bases du système en place. Pour un révolutionnaire comme Robert, la question qui se pose est à mon avis de savoir si une révolution peut aboutir à quelque chose de positif et durable. En effet, si 1789 a vu l’abolition des privilèges, deux siècles plus tard la société française a évolué et comporte d’autres privilégiés. Philosophiquement parlant, on peut se demander si une révolution n’est pas un simple soubresaut de l’Histoire, celle-ci les enchainant naturellement.

Y a-t-il une recette pour enclencher une révolution ?

Si une telle recette existait, cela se saurait. Certains facteurs peuvent évidemment favoriser son émergence, ce qu’un intellectuel comme Robert sait parfaitement, d’où son engagement en forme de pari, car il accepte de donner de sa personne et de son temps.

Qu’est-ce qui fait craquer Robert, finalement ?

Reste la façon dont tout cela se termine, parce qu’il faut bien une fin. Comme un proche le lui dit au début « Mais après, toi tu retrouveras ta place de prof. Et eux ? » Ce que Robert craint par-dessus tout, c’est d’être considéré comme un menteur. En fait, et même s’il le fait pour la « bonne cause », il agit bel et bien en manipulateur. Quand l’information se diffuse, elle ne fait que s’ajouter à la fatigue (physique et mentale)…

Avec le recul

Et puis cette voiture, la 2CV, longtemps considérée par beaucoup comme l’instrument de leur liberté… Oui mais à quel prix ? Robert sait, mais que dira-t-il à sa fille le jour où elle aura les moyens et l’envie d’en avoir une (entre autres parce qu’elle aura pu faire des études) ? Renvoyé face à ses contradictions, le philosophe risque un constat amer. Alors, si ce film ne présente aucun aspect révolutionnaire ( ! ) dans sa forme, il compense très largement par la force de son sujet porté par toute une équipe et par les réflexions qu’il entraine.

Bande-annonce : L’Établi

Fiche technique : L’Établi

Réalisateur : Mathias Gokalp
Scénaristes : Mathias Gokalp, Nadine Lamari et Marcia Romano : adaptation du livre « L’Établi » de Robert Linhart, publié aux Editions de Minuit (1978)
Avec : Swann Arlaud : Robert Linhart, Denis Podalydès : Junot, Olivier Gourmet : Klatzman, Mélanie Thierry : Nicole, compagne de Robert Linhart, Marie Rivière : mère de Robert Linhart, Lorenzo Lefebvre : Yves, Malek Lamraoui : Ali, Eric Nantchouang : Boubacar, Félix Vannoorenberghe : Jean-Louis, Yasin Houicha : Sadok, Zéli Marbot : fille de Robert et Nicole
Coproduction : France 2 Cinéma – Karé Productions – Scope Pictures – Auvergne-Rhône-Alpes-Cinéma
Distribution : Le Pacte
Sortie française : le 5 avril 2023  – 117 minutes

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4

« Elle s’appelait Sarah » : deux femmes face à l’Histoire

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Les éditions Marabulles publient l’adaptation graphique du roman Elle s’appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay. Le scénariste Pascal Bresson et le dessinateur Horne présentent, de manière alternée, deux arcs narratifs se déroulant à soixante années d’écart et reliés entre eux par la rafle du Vél’ d’Hiv’.

Sarah
Sarah Starzynski est une jeune fille juive de dix ans, qui traverse des épreuves impitoyables, profondément marquantes, durant la Seconde Guerre mondiale. Son parcours, jonché d’émotions, de drames et de résilience, nous est conté avec une sensibilité et une urgence vertigineuses.
En plein Paris, en juillet 1942, a lieu la tristement célèbre rafle du Vélodrome d’Hiver. Les autorités françaises, en collaboration avec les nazis, arrêtent des milliers de Juifs. Dans la précipitation, Sarah prend la décision d’enfermer son petit frère Michel dans un placard, pensant le protéger ainsi d’un danger imminent. Elle lui promet de revenir rapidement, sans se douter qu’elle manquera à sa parole. Ce geste, qu’elle pensait salvateur, marquera sa vie à jamais.
Au Vélodrome d’Hiver, Sarah est confrontée à la dure réalité d’une humanité déchue. Entassée avec des milliers d’autres personnes, elle découvre un environnement rance où la peur, la faim et l’humiliation règnent en maîtres. La promiscuité, l’insalubrité et l’absence d’hygiène brisent peu à peu les esprits et les corps. En quelques heures, la mère de Sarah, résignée, semble avoir pris dix années. Certaines personnes préfèrent gravir les gradins et se jeter dans le vide plutôt que se soumettre à la violence concentrationnaire nazie.
C’est dans les camps, précisément, que Sarah, séparée de ses parents, va s’improviser grande sœur auprès des autres enfants, leur offrant un peu de réconfort et de soutien dans un quotidien devenu sombre et cruel. Malgré la souffrance et la peur, elle fait preuve d’une force de caractère qui lui permet de survivre et de protéger les plus faibles. Ses yeux d’enfant scrutent l’horreur environnante, mais une idée fixe continue de l’obséder : s’échapper pour honorer la promesse faite à Michel et le délivrer enfin de ce placard dans lequel il croupit depuis un temps indéterminé.
La résilience de Sarah s’affirme encore lorsqu’elle parvient à s’échapper du camp avec une autre détenue prénommée Rachel. Sa détermination à retrouver Michel guide chacun de ses pas, tandis que le poids de la culpabilité l’accompagne et ne cesse de se renforcer. Ensemble, Sarah et Rachel affrontent les dangers de la cavale, l’indifférence des fermiers qu’elles croisent, la faim, la fatigue et la maladie.
Les mots de Tatiana de Rosnay, mis en vignettes par Pascal Bresson et Horne, peignent avec justesse et mélancolie un portrait touchant de Sarah, dont le courage et l’amour transcendent les horreurs de la guerre.

Julia
Julia Jarmond, journaliste américaine vivant à Paris, est l’autre protagoniste du roman graphique Elle s’appelait Sarah. Sa vie bascule lorsqu’elle est chargée d’écrire un article sur la rafle du Vélodrome d’Hiver. Son enquête va la mener sur les traces de Sarah Starzynski et, bien malgré elle, la faire plonger dans les abysses de l’histoire française et de sa propre famille.
Mariée à un Français et mère d’une fille adolescente, Zoé, Julia mène une vie apparemment paisible et épanouie. Pourtant, son mariage semble battre de l’aile et elle se sent manifestement de plus en plus déconnectée de la vie parisienne, dont elle s’émancipe par le biais de son enquête journalistique. Au fil de ses recherches, Julia découvre avec stupéfaction et horreur les événements qui ont bouleversé la vie de la jeune Sarah. Elle réalise aussi que sa propre belle-famille a un lien insoupçonné avec cette jeune Juive disparue et les événements tragiques de 1942. Cette révélation la bouleverse. Julia se sent désormais personnellement investie dans une quête de vérité et de justice. Cette histoire, si lointaine et pourtant si proche, résonne en elle jusqu’à polariser toute son attention.
D’un point de vue personnel, Julia fait face à une grossesse inattendue, mal accueillie par son compagnon Bertrand. Les révélations sur le passé de sa belle-famille la troublent et l’amènent à s’interroger sur les agissements des Parisiens sous le régime de Vichy.
Dans Elle s’appelait Sarah, Julia Jarmond incarne la quête de vérité et de réconciliation avec le passé, qu’il soit historique ou familial.

Subtilités graphiques et narratives
Dans cette adaptation dessinée, les Juifs et ceux qui les aident se voient nantis de couleurs, éclairant les pages d’un récit enveloppé de ténèbres. Ces éclats de vie, phares dans la nuit, révèlent des âmes courageuses et solidaires, bravant les tourments de l’époque.
Les silhouettes grises et indistinctes des policiers, gardes et collaborateurs, contrastent avec la vibrance de ceux qui résistent. Leurs ombres et silhouettes, parfois écrasantes, voire surdimensionnées, semblent vouloir étouffer l’espoir et la force de Sarah et ses proches.
Dans cette danse d’ombres et de lumières, le poids du passé s’impose, incontournable. La vie et la résilience brillent, malgré les ombres qui les assaillent.
Le récit met en balance deux arcs narratifs exposés en alternance, qui explorent les destins, entrecroisés à travers le temps, de deux femmes unies par la tragédie historique. Chacune des mésaventures de l’une vient en appui des pérégrinations journalistiques et personnelles de l’autre.

Le passé occulté
Les auteurs dépeignent les méandres de la mémoire collective française et l’amnésie sélective qui entoure certains événements tragiques, ici la rafle du Vél’ d’Hiv’ de juillet 1942. Le récit, en juxtaposant les histoires de deux protagonistes, l’une vivant dans le présent, l’autre dans le passé, en tant que victime de cette rafle, met en lumière l’oubli volontaire et la méconnaissance d’un pan important de l’histoire française.
La France, patrie des Lumières et des droits de l’homme, apparaît paradoxalement dans ce roman graphique comme une nation qui a choisi d’occulter une partie sombre de son histoire. Loin de se confronter à la réalité de la collaboration de l’État français avec l’occupant nazi lors de la Seconde Guerre mondiale, la société française préfère se réfugier dans une amnésie collective, niant ainsi la souffrance et le destin tragique des milliers de Juifs arrêtés et déportés vers les camps de la mort.
Dans cet esprit de déni, le sort des appartements parisiens a son importance. Ils ont appartenu aux familles juives expropriées durant l’Occupation. De nombreux Parisiens, souvent sans même le savoir, ont ensuite emménagé dans ces logements marqués par l’histoire, se contentant d’une existence tranquille et insouciante sans chercher à connaître le passé des lieux qu’ils habitaient. Une manière pudique, commode, de ne pas se confronter aux fantômes du passé et de faire fi d’un héritage historique douloureux.
Elle s’appelait Sarah met en lumière, à travers le périple de la journaliste Julia Jarmond, la nécessité de s’emparer, accepter et mieux comprendre le passé, notamment pour pouvoir en tirer les leçons essentielles permettant de ne pas reproduire les mêmes erreurs. En cherchant à dévoiler la vérité sur Sarah, Julia met à nu les mécanismes de l’oubli et de la méconnaissance qui entourent la rafle du Vél’ d’Hiv’ et le sort des Juifs en France durant la guerre.
Se souvenir devient un acte de résistance face à l’oubli.

Elle s’appelait Sarah, Tatiana de Rosnay, Pascal Bresson et Horne
Marabulles, avril 2023, 208 pages

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4.5

« Ce fantôme en toi » : Reckless sans Reckless

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Dans le quatrième tome de la série Reckless, intitulé « Ce fantôme en toi », le duo Ed Brubaker-Sean Phillips nous transporte dans un récit complexe et fascinant, qui explore les méandres psychologiques et familiaux de ses personnages, et en premier lieu d’Anna. En l’absence quasi-totale d’Ethan, parti en mission à San Francisco, cette dernière se retrouve, seule, confrontée à une enquête personnelle, ainsi qu’à ses propres démons.

L’enquête en question, menée à la demande de Lorna Valentine, une ancienne scream queen de séries B, l’emmène au cœur d’une maison prétendument hantée. Héritée par Lorna, la majestueuse demeure, aujourd’hui en jachère, a été le théâtre d’événements troublants. L’intrigue se déploie alors sur plusieurs niveaux, mêlant l’enquête policière à des révélations sur le passé des personnages et leurs relations complexes.

Celles liant Anna et sa mère s’inscrivent au frontispice du récit. La description minutieuse des tensions, des non-dits et des reproches entre les deux femmes donne une épaisseur psychologique à Anna et renforce l’intérêt du lecteur pour le personnage et ses évolutions. On la découvre ainsi sanctuarisant l’image de son père, regrettant les choix de vie de sa mère et capable de tout, ou presque, pour en apprendre davantage sur les amants de cette femme instable et anciennement alcoolique.

Au fil de l’enquête, le récit, qui se nappe (en apparence) de surnaturel, dévoile les secrets du manoir Lamour, un lieu marqué par des événements tragiques et des histoires d’amour contrariées. C’est une jeune femme enceinte rejetée par le pensionnat de bonnes sœurs qui l’accueille et finissant dans une institution spécialisée. C’est la star de cinéma Laszlo Lamour offrant un coin de paradis, hors de vue mais près des studios, à sa femme Maria, avant d’être tous deux victimes d’un destin funeste. C’est un ancien chirurgien accusé d’avoir assassiné, sans motif apparent, sa femme et ses enfants un matin de Noël. Tout cela ajoute une dimension dramatique et captivante à l’intrigue.

Les références cinématographiques sont évidemment nombreuses et s’étendent jusqu’au nom d’un chien disparu : Gremlin. Les personnages secondaires, tels que le policier corrompu ou Dimitri, l’ex-petit ami d’Anna, passionné par le manoir Lamour, participent également à la construction d’un récit dense et prenant. Leur présence contribue à renforcer les enjeux de l’histoire et à la mise en place d’une atmosphère à la fois sombre et envoûtante.

S’il fait son deuil (relatif) d’Ethan, « Ce fantôme en toi » prend place dans la droite ligne de la série Reckless. Profondeur des personnages, richesse de l’intrigue et de ses enjeux, style graphique : rien ne sort d’un rang bien ordonné où les déceptions brillent par leur absence.

Ce tome, axé sur le personnage d’Anna, permet de mettre en lumière les failles et les forces d’une femme déterminée, complexe, confrontée à des défis personnels et professionnels. En s’éloignant momentanément d’Ethan Reckless, les auteurs prennent certes le risque de déstabiliser le lecteur habitué à la présence du détective, mais ce choix audacieux se révèle payant puisqu’il offre un éclairage nouveau et passionnant sur Anna, autre personnage central de la série.

Reckless : « Ce fantôme en toi », Ed Brubaker et Sean Phillips
Delcourt, avril 2023, 144 pages

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4

« Dictionnaire du cinéma britannique » : voyage en terres cinéphiliques

Les éditions Vendémiaire publient un très complet Dictionnaire du cinéma britannique, signé par le professeur en études cinématographiques Jean-François Baillon et le critique à la revue Positif N.T. Binh, ancien maître de conférences en cinéma.

À travers une histoire riche et complexe, le cinéma britannique a marqué de son empreinte l’industrie cinématographique mondiale, avec des personnalités devenues incontournables et des films inoubliables. L’essor de ce cinéma s’est notamment construit autour de réalisateurs tels que Ken Loach, Alfred Hitchcock et Ridley Scott, d’acteurs comme Anthony Hopkins, Daniel Craig, Sean Connery et Carey Mulligan, et de films marquants comme Trainspotting, Le Pont de la Rivière Kwaï et Harry Potter. Les BAFTA Awards, l’équivalent britannique des Oscars, ont également joué un rôle important dans la reconnaissance et la promotion de ces talents.

Le présent Dictionnaire du cinéma britannique se propose d’explorer, par le biais de notices plus ou moins étayées, ce qui a fait l’essence et la renommée de la Grande-Bretagne sur grand écran. Figure emblématique s’il en est, Ken Loach, fort d’une carrière longue de six décennies, y est dépeint comme un cinéaste engagé, célèbre pour ses films sociopolitiques, ancrés dans un « réalisme social » confondant, qui abordent des problématiques universelles telles que la pauvreté, le chômage et les droits de l’homme. Ses œuvres, parmi lesquelles Moi, Daniel Blake, témoignent selon les auteurs d’une sensibilité et d’une empathie exacerbées envers les nombreux laissés-pour-compte de la société. De l’influence du jeune cinéma tchèque sur ses films à son penchant pour le documentaire, l’ensemble de sa filmographie est minutieusement scrutée.

De son côté, Alfred Hitchcock, anobli par la reine quelques mois avant sa mort, acclamé à Hollywood et surnommé « maître du suspense », a révolutionné le genre du thriller avec des films cultes comme Psychose ou La Mort aux trousses. Bien que son apport semble indéniable dans la construction d’une identité propre au cinéma britannique, son départ pour les États-Unis, où il a enchaîné les chefs-d’œuvre, a quelque peu contrarié ses rapports avec la mère patrie. Les auteurs notent toutefois que son style visuel sophistiqué, son sens aigu de la mise en scène, ses transitions inventives ou encore sa construction dramatique et narrative étaient déjà contenus en germe dans ses premières réalisations britanniques.

Ridley Scott est un autre cas passionnant. Grand nom du cinéma britannique, il a marqué l’imaginaire collectif avec des films de science-fiction séminaux tels qu’Alien ou Blade Runner, mais a rapidement intégré, dès 1982 et ce dernier film, la cohorte des cinéastes britanniques ayant émigré aux États-Unis pour y faire carrière. Legend ou Gladiator témoigneront ensuite d’une filmographie hybride empruntant çà et là ses inspirations, financements, petites mains ou grandes stars. De leurs côtés, Ben Wheatley et Antonia Bird ont, chacun à leur manière, su apporter un certain renouveau au cinéma britannique, grâce à des œuvres audacieuses et innovantes.

Mais ce cinéma a (évidemment) également été caractérisé par l’humour décalé et absurde (« non-sensique ») de certains de ses ambassadeurs, dont les incontournables Monty Python, qui ont révolutionné la comédie avec des films, à sketchs ou à récit, comme Sacré Graal !, La Vie de Brian ou Le Sens de la vie. Leur humour particulier, souvent situé aux abords de l’absurde et du satirique, a permis aux productions britanniques de se démarquer des autres cinématographies, une identité notamment perpétuée par la suite par l’ineffable trilogie Cornetto d’Edgar Wright et Simon Pegg.

On le comprend aisément à la lecture de ce Dictionnaire du cinéma britannique, la Grande-Bretagne a enfanté une industrie appréhendée comme une véritable mosaïque de genres, de styles et d’influences, qui se caractérise par son éclectisme et sa capacité à capturer l’essence de la culture britannique tout en proposant des récits universels. Parmi les acteurs britanniques les plus emblématiques, souvent mis au service de cette mosaïque, on compte Anthony Hopkins, qui a su captiver les spectateurs avec son interprétation glaçante du psychopathe Hannibal Lecter, ou Daniel Craig, connu pour son incarnation moderne et charismatique de l’agent secret James Bond. Carey Mulligan, quant à elle, a brillé dans des rôles divers et exigeants, allant de Drive à Une éducation. Tous ont en commun une riche carrière américaine, confirmant les nombreux ponts filmiques entre les deux pays anglophones.

Des films tels que Le Pont de la Rivière Kwaï, réalisé par David Lean, et Le Troisième Homme, de Carol Reed, constituent des exemples évidents de la richesse et de la diversité du cinéma britannique. En outre, Roman Polanski, bien que Franco-Polonais, a également marqué ce cinéma avec des œuvres telles que Répulsion ou des adaptations ayant la Grande-Bretagne pour théâtre, à l’instar de Macbeth ou Tess. Spectacle, histoire, relativisme moral, violence, reliefs psychologiques, nombreux sont les ressorts d’un cinéma aux humeurs versatiles. La Hammer Films, société de production spécialisée dans les films d’horreur et les thrillers gothiques, occupera un autre registre avec ses fondateurs Dracula et La Malédiction de Frankenstein, qui ont non seulement démontré une capacité certaine à créer des histoires captivantes et effrayantes, mais également lancé la carrière d’acteurs emblématiques comme Christopher Lee et Peter Cushing.

Les BAFTA Awards ont joué un rôle crucial dans la reconnaissance et la promotion des talents britanniques, qui concourent depuis longtemps dans des catégories spécifiques. Ils permettant à des réalisateurs, acteurs et films d’être récompensés et honorés pour leur travail. Créés en 1947, les BAFTA contribuent à la fois à la célébration du cinéma britannique et à l’établissement de passerelles entre les talents nationaux et internationaux. Cependant, comme l’indiquent les auteurs, ils n’ont pas échappé, ces dernières années, aux critiques émanant du mouvement #MeToo ou se plaignant du manque de diversité.

Quoi qu’il en soit, cet exhaustif et didactique ouvrage (plus de 700 pages) permet de prendre le pouls d’une cinématographie dont les richesses ne cessent de sculpter nos imaginaires filmiques.

Dictionnaire du cinéma britannique, Jean-François Baillon et N.T. Binh
Vendémiaire, avril 2023, 720 pages

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4.5