En bref : Le Comte de Monte-Cristo, Le Journal, Les Futurs de Liu Cixin et Marécage

En bref : Le Comte de Monte-Cristo, Le Journal, Les Futurs de Liu Cixin et Marécage.

Monte-Cristo-Tome-02-avisLe Comte de Monte-Cristo (T02). Dans le roman Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, le jeune marin Edmond Dantès se trouve injustement emprisonné dans le sinistre Château d’If après avoir été accusé de conspiration. Il s’échappe après une longue captivité, découvre un trésor sur l’île de Monte-Cristo et adopte la nouvelle identité du Comte de Monte-Cristo. Grâce à sa fortune nouvellement acquise, il peut entamer une vengeance froide et méthodique dirigée contre ceux qui l’ont trahi, tout en aidant les innocents et en cherchant la rédemption. Le récit est sous-tendu par une histoire d’amour avortée avec une belle jeune femme prénommée Mercédès, qu’il retrouve des années plus tard aux bras de Fernand Mondego, l’un des conspirateurs responsables de sa chute. Ces éléments, de la romance à la vengeance en passant par le désir de justice, tapissent l’adaptation graphique proposée par le scénariste Jordan Mechner et le dessinateur Mario Alberti. Sam Castillo a beaucoup changé durant sa détention ; il a aussi hérité d’un trésor qui lui permet désormais de prendre sa revanche sur ceux qui l’ont trahi. Ce second tome introduit par conséquent un personnage complexe, caractérisé comme un aristocrate, intervenant dans les hautes sphères et capable de mystifier des notables issus du monde industriel, politique ou bancaire. Sous l’identité de Victor Sirin, il sauve le fils d’un procureur général adjoint, suscite la curiosité et la méfiance de l’agent du FBI Danica Jorjevic, qui enquête sur lui durant son temps libre (et est appelée à prendre de l’étoffe dans la suite du récit), manœuvre habilement de manière à exercer sa vengeance sur ceux qui s’en sont pris à lui. Bien ficelé, très dense, parfois même un peu alambiqué de par sa choralité, cet album donne à voir des puissants pathétiques, désireux d’objets symboliques (comme un tableau de Modigliani) et prêts à saisir au bond les balles financières les plus illusoires. Médicaments douteux, investissements peu éclairés, politique de bas étage, la haute société est décrite de manière cynique et mordante. En attendant que tous les pièges se referment sur leurs victimes…

Le Comte de Monte-Cristo (T02), Jordan Mechner et Mario Alberti
Glénat, mars 2023, 72 pages

Le-Journal-vol-02-histoire-complete-avisLe Journal (T.02). Le Richmond News et le Liberty Herald ne sont pas faits pour s’entendre. Après des débuts difficiles matérialisés par plusieurs crises et trahisons, c’est une nouvelle génération qui s’affronte, en pleine conquête de l’Ouest, avec en ligne de mire l’or californien et ses promesses de richesse. Seymour Peabody, le directeur du Richmond News, prendra la porte s’il ne répond pas aux attentes de Philip Ellis, héritier de 24 ans à peine, aux faux airs de Hugh Grant. Ce dernier, à la rancune tenace, aimerait traîner dans la boue Alexandre Prius et ses ascendants, suspectés de s’être montrés un peu trop près d’anciens ennemis hispaniques. Au Liberty Herald, les ambitions sont d’une autre nature : il s’agit d’obtenir un prêt bancaire pour financer une expédition vers la Californie. Certes, les métaux précieux attisent les convoitises, mais il s’agit surtout de conter aux lecteurs une réalité encore méconnue – ou fantasmée –, celle des orpailleurs se rendant dans l’Ouest afin d’y faire fortune. Ce second tome, toujours arrimé à la presse et à deux familles en conflit, se penche abondamment sur le racisme, à travers la romance interdite entre Joséphine, une illustratrice noire, et Alexandre Prius, qui se distingue par son éthique. Les auteurs ne font pas non plus l’économie d’une autre conflictualité, celle qui met aux prises Blancs et Indiens. Ainsi, les enjeux territoriaux, l’expertise des Comanches dans la guerre, les chocs bactériologiques, les différentes appréhensions de la nature se trouvent en bonne place dans ce second tome très dialogué. Une nouvelle fois, ce sont des pans entiers de l’histoire américaine qui se voient éventés à travers deux journaux concurrents. Astucieux et passionnant.

Le Journal (T.02), Patrice Ordas et Philippe Tarral
Bamboo, mars 2023, 56 pages

Les-Futurs-de-Liu-Cixin-Au-dela-des-montagnes-avisLes Futurs de Liu Cixin : Au-delà des montagnes. Le géologue Feng Fan ne saurait trahir son humanité. Quand un astronef extraterrestre vient stationner au-dessus de l’océan qu’il sillonne, il est en train d’éventer le deuil inconsolable qui le maintient éloigné, par culpabilité, des monts qu’il aime pourtant tant gravir. Ce penchant pour l’alpinisme trouve un écho dans la montagne d’eau engendrée par une soudaine absence de gravité. Un sommet qu’il prend le parti d’explorer et où il va entrer en contact avec une créature dont le vécu renvoie, par analogies, à nos problèmes de ressources (un monde fini), d’environnement (gestion de l’espace et des pollutions) et de politique (les conflits entre les explorateurs et les administrateurs de cette société encore inconnue). Une fois de plus, Les Futurs de Liu Cixin se saisit de thématiques très actuelles, dont il irrigue son univers science-fictionnel, pour en extirper les lignes de force et les enjeux. En revanche, le récit manque cette fois de conflictualité et de souffle, si ce n’est à travers les propos rapportés par cette entité venue d’ailleurs. Eduard Torrents et Ruben Pellejero sont loin de démériter, mais ils peinent cependant à conférer une réelle épaisseur narrative à une construction dramatique trop scolaire et attendue.

Les Futurs de Liu Cixin : Au-delà des montagnes, Liu Cixin, Eduard Torrents et Ruben Pellejero
Delcourt, avril 2023, 94 pages

Marecage-Tome-1-Sombra-avisMarécage : Sombra. Le Marécage, zone maudite et mystérieuse peuplée de créatures étranges, sert de refuge à Ysaut, héritière du trône de Palantia, cachée par le capitaine Ariston Bergère pour la protéger des conspirations. Malheureusement, la mission tourne mal. Ses ennemis sortent alors de l’ombre pour la traquer, et cela implique une aventurière masquée, Sombra, au centre du récit. Dessinateur, scénariste, producteur et réalisateur espagnol, Antonio Zurera transpose dans l’univers fantasy des intrigues de palais, fait cohabiter les figures héroïques et corrompues mais donne surtout corps et vie à un monde inventif et une ronde de personnages tous plus fascinants les uns que les autres. Si le lecteur prend plaisir à suivre les pérégrinations d’Ariston et Ysaut, à évaluer les menaces qui se dressent sur leur route et à explorer les tensions politiques de Palantia, il regrettera peut-être le caractère relativement convenu des enjeux, moins engageants que le microcosme qui les accueille en son sein. Le trait graphique, lui, fait pleinement sens et sert à merveille la fantaisie plus amère que douce de ce conte sur le pouvoir, le courage, la trahison et la bassesse.

Marécage : Sombra, Antonio Zurera
Dupuis, avril 2023, 112 pages

Festival

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

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Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Ryukyu Buccaneer » : la faim, puis l’or

Un garçon qui volait des bentos pour nourrir sa mère se retrouve pris dans une chasse au trésor où chacun avance masqué. Rainy Kamitsuki et Nau Doi situent leur aventure dans les Ryukyu du XIXᵉ siècle, au bord d’un monde qui vacille. C'est à découvrir aux éditions Glénat.

« Dragon Ball SD » : la saga des cyborgs, avec quelques grains de folie

Le tome 12 reprend le fil des androïdes et de Cell, mais s’autorise des sorties de route savoureuses : conseils de yoga, leçon sur les cigales et personnages qui commentent occasionnellement leur propre manga.

L’Insensé – Ça va Francis ?

« Après tout, une œuvre n’est qu’une obsession que l’on structure. »