Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
Premier long-métrage de Michael Shanks, "Together" mêle horreur organique et drame conjugal dans une fable grotesque sur la fusion amoureuse. Porté par Dave Franco et Alison Brie, ce huis clos explore la dépendance affective, la perte d’identité et les tensions du couple avec une audace formelle aussi troublante que touchante.
"Karate Kid : Legends" tente de réunir les générations avec Jackie Chan et Ralph Macchio, mais se perd dans une formule sans surprise. L’absence de Dre, des personnages peu développés et une mise en scène maladroite sabotent toute émotion. Ce nouvel opus, calibré pour la nostalgie, peine à retrouver l’âme et la puissance inspirante des premiers films de la saga.
Entre récit d’apprentissage, réflexion sur la violence dans une société embryonnaire, et triangle amoureux à bas bruit, L’homme des vallées perdues (Shane) ne répond guère aux canons du western traditionnel. Face à la chaîne Teton, dans le Wyoming, l’âpre conflit entre éleveurs et colons gâte la magnificence des paysages. Dans ce monde ouvert et qui se cherche encore, à l’instar du jeune Joey qui est irrésistiblement attiré par la brutalité des hommes, surgit un cavalier solitaire dont on ne sait rien. Vestige d’un passé violent en voie de disparition, il se mue paradoxalement en berger qui protègera les brebis de la future civilisation.
Avec "Évanouis", Zack Cregger confirme son talent dans un second film audacieux mêlant horreur, thriller et comédie noire. Une mise en scène maîtrisée, un scénario captivant et un univers unique font de ce long-métrage l’un des plus marquants de l’année. Entre frissons, satire sociale et virtuosité narrative, "Évanouis" s’impose comme un incontournable du cinéma de genre.
Vingt-cinq ans après sa sortie, "Yi Yi" d’Edward Yang demeure un chef-d’œuvre bouleversant sur la famille, le deuil, le temps qui passe et la quête de sens. À travers une mise en scène d’une rare délicatesse, le cinéaste taïwanais signe un récit choral d’une humanité profonde, reflet d’une société en mutation. À (re)découvrir dans sa somptueuse restauration 4K.
Gangs de Taïwan de Keff mêle néo-polar et drame romantique dans une île en sursis. Entre scènes de gangs déglingués et amours fragiles, le film explore la jeunesse taïwanaise tiraillée entre traditions et violence. Hommage visuel à Kitano et Wong Kar-wai, c'est un thriller politique brûlant, porté par un héros muet en quête de rédemption
Blida-Joinville, 1953. Frantz Fanon fait de l'hôpital psychiatrique un laboratoire de décolonisation. Zahzah filme cette révolution à hauteur d'homme : plans serrés sur des mains qui tremblent, silences chargés, rituels du café transformés en actes politiques. Un cinéma de la sobriété radicale, où la folie devient langage et l'asile, miroir craquelé du colonialisme.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.