Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
"Planète B", le nouveau film de science-fiction d'Aude Léa Rapin, explore un univers carcéral virtuel et un futur dystopique où la résistance est réprimée. Malgré des promesses d'anticipation poignantes et un casting de qualité, le film peine à créer une immersion forte, en raison d'une narration déséquilibrée et d'un manque de tension dramatique. Une réflexion sur la surveillance, le totalitarisme et la solidarité, mais qui échoue à concrétiser son potentiel visuel et émotionnel.
"Le Seigneur des Anneaux : La Guerre des Rohirrim" est un film d'animation qui fusionne l'univers de Tolkien avec l'esthétique des studios Ghibli. Ce préquel aux événements de La Communauté de l'Anneau, situé 183 ans avant la quête de l'anneau, explore un conflit humain dramatique dans le royaume du Rohan. Bien que visuellement séduisant et rempli de fan service, ce film manque de véritable innovation et de créativité, se contentant de réutiliser des décors familiers et des scènes iconiques. Un bon moment pour les fans, mais un projet globalement oubliable.
L'échec était prémonitoire pour "Mufasa : Le Roi Lion", un préquel photoréaliste qui peine à capturer l'émotion et les vertus du film d'animation culte de 1994. Malgré des décors impressionnants et une bande-son emblématique, le film de Barry Jenkins échoue à renouveler l'histoire et les personnages. Entre fan-service, manque de profondeur et une narration prévisible, ce remake de Disney laisse un goût amer, confirmant la fin d'une époque créative chez Disney.
Pour le dernier film du Spiderverse de Sony, "Kraven the Hunter" surprend malgré des défauts. Un agréable et sympathique divertissement du samedi soir réalisé avec soin, porté par un Aaron Taylor-Johnson charismatique, doté de scènes d’action plus que correctes voire impressionnantes et qui remplit sa mission d’origin story (même si elle ne mènera nulle part au final).
"My Sunshine" est un film japonais touchant qui raconte l’histoire de Takuya, un adolescent timide et bègue, et de Sakura, une patineuse talentueuse, qui se rapprochent à travers la danse sur glace. Entre émotion, maladresse et quête de confiance, ce film explore les premiers amours et les ambitions personnelles dans un décor hivernal. Une romance douce-amère où la glace fond à mesure que le printemps approche, mais où les sentiments restent fragiles.
"Une histoire d'amour parfaite où tout va bien ou… ?" est un road-movie métaphorique et émouvant signé Emina Kujundzic. Ce film indépendant explore les thèmes de l'amour, de la mémoire et de l'émancipation à travers un couple en quête de liberté. La réalisatrice nous plonge dans un récit introspectif et visuellement unique, mêlant culture bosnienne, histoire et réflexions sur la production cinématographique. Disponible en VOD à partir du 10 décembre 2024.
Avec "En fanfare", Emmanuel Courcol propose une fable moderne où la musique unit des mondes opposés, à travers le destin croisé de deux frères. L'émotion est là, au prix de quelques facilités.
Dans son dernier film, prix de la mise en scène à Cannes, Miguel Gomes nous propose un voyage autour de l'Asie, mais un voyage impossible, car désespérant d'en capter quelque chose de vrai. Mêlant une histoire pétrie d'imaginaire orientaliste, pour ne pas dire coloniale, à des captations du monde asiatique contemporain, Grand Tour nous raconte son échec et, au fond, le nôtre : l'échec d'un Occident qui a cru révéler le globe, mais au prix de la rencontre avec l'Autre.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »