Critiques films

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Hiver à Sokcho : les âmes déracinées

À la croisée des frontières nationales, "Hiver à Sokcho" compose une quête identitaire empreinte de poésie et d'émotions à l'état brut. Porté par un Roschdy Zem au charisme sauvage et l'interprétation à fleur de peau de Bella Kim, le drame franco-sud-coréen, premier long-métrage du réalisateur franco-japonais Koya Kamura, séduit par son esthétisme et son mélange des cultures. Adapté du roman éponyme d'Elisa Shua Dusapin, le film, au rythme lent et aux images oniriques, se perd dans la psyché labyrinthique des personnages égarés qu'il met en scène.

Maja, une épopée finlandaise : une scandinave au XIXe

Réalisé par Tiina Lymi, actrice finlandaise et metteuse en scène de théâtre, "Maja, une épopée finlandaise" est son premier long métrage visible en France, après en avoir écrit et dirigé cinq autres. Il s’agit d’une grosse production où elle adapte librement une saga familiale écrite par Anni Blomqvist dans les années 60 et très réputée en Finlande.

Bird : La sincerité au service de l’émotion

Dernier film d'Andrea Arnold, "Bird" mêle réalisme social et poésie à travers l'histoire d'une jeune fille, Bailey, en quête de liberté et de sens. Loin de la norme, ce film initiatique explore les thèmes de l'amitié, de l'amour et de la résilience au milieu de la pauvreté et du chaos. À travers une bande-son énergique et un réalisme frappant, Arnold signe une œuvre émouvante, portée par des personnages atypiques et une symbolique forte de l'oiseau, symbole de liberté et d'évasion.

Nosferatu : un hommage visuel signé Robert Eggers

Nouveau cru gothique en forme d'hommage appuyé à ses parents, le comte Orlok fait-il toujours peur ? Le "Nosferatu" de Robert Eggers prend donc des allures de conte macabre qu'il semble revendiquer avec gourmandise : à ceux qui sont venus prendre leur dose de vampirisme, ils repartiront gavés d'un cinéma de genre qui se pourlèche de son raffinement revendiqué.

Les Feux sauvages : La Chine en mutation, le cinéaste en question

Dans "Les Feux sauvages", Jia Zhangke continue son rôle de témoin des mutations de la Chine à travers les âges. Mais ici, il semble plus inquiet. Pas tant pour ses personnages, habitués à être perdus dans des espaces qu’ils ne reconnaissent plus, que pour lui-même. Le cinéaste, dans ce dernier opus, regarde non seulement les fissures d’un monde qui s’accélère, mais aussi celles qui s’ouvrent sous ses propres pieds. Il n’utilise plus seulement la société chinoise comme matériau, mais aussi et surtout ses films.

Quiet Life : la grande dépression

Dans "Quiet Life", Alexandros Avranas explore le "syndrome de la résignation", une pathologie psychique rare, à travers le récit poignant d'une famille russe réfugiée en Suède. À la croisée de la tragédie sociale et de l'immigration, le film dépeint les luttes internes et les conséquences du rejet d'asile sur une jeunesse traumatisée. Un drame social puissant, métaphorique et visuellement marquant, qui interroge la rigidité des institutions dans un monde souvent déshumanisé.

Sonic 3 : c’est plus fort que toi

"Sonic 3 : le film" est une agréable surprise après un second opus décevant. Plus sombre, émouvant et centré sur Sonic et Shadow, ce troisième film séduit par une réalisation soignée, des scènes d’action captivantes et une interprétation de Jim Carrey mémorable. Une véritable réussite visuelle qui relance la franchise, malgré des thèmes classiques et une intrigue prévisible.

Wicked : « Surrender Jon M. Chu »

Retour en petite forme pour le réalisateur de "Crazy Rich Asians" et "In the Heights" qui, la faute à une mise en scène à la fois confuse et désincarnée, ne parvient pas à transposer à l’écran l’amplitude de la métaphore sociopolitique de "Wicked", roman préquel du Magicien d’Oz, qui conte l'improbable rencontre d'Elphaba et Glinda, deux apprenties sorcières à l’Université de Shiz, et dévoile les raisons de leur rancune. Principal argument marketing de cette libre adaptation signée Universal, la magie du tandem Erivo-Grande, vocalement irréprochable, n’opère hélas qu’au terme d'un premier acte fastidieux étirant inutilement le livret de Stephen Schwartz, pour ouvrir sur un second volet qu’on imagine plus obscur.

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Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

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