Anzu, chat-fantôme : entre deux mondes

De la Quinzaine des Cinéastes au Festival d’Annecy, Anzu, chat-fantôme arrive enfin sur nos écrans. Endeuillée de sa mère, abandonnée par son père, une jeune fille doit confronter leur absence et faire équipe avec cet Anzu, un esprit aussi farceur qu’un félin et aussi malotru qu’un humain. À la force d’une esthétique qui rappelle Mes voisins les Yamada et d’une ribambelle de personnages secondaires séduisants, le film s’embourbe malheureusement dans une narration si étirée qu’on perd de vue les enjeux initiaux.

Synopsis : Karin, 11 ans, est abandonnée par son père chez son grand-père, le moine d’une petite ville de la province japonaise. Celui-ci demande à Anzu, son chat-fantôme jovial et serviable bien qu’assez capricieux, de veiller sur elle. La rencontre de leurs caractères bien trempés provoque des étincelles, du moins au début…

La rotoscopie constitue une denrée rare dans le paysage cinématographique, car son processus en deux étapes distinctes reste éminemment chronophage. Les studios Disney en ont fait leur fer-de-lance depuis Blanche-Neige et les Sept Nains et la première adaptation du Seigneur des anneaux en 1978 est également passée par là. Ce concept n’a donc jamais cessé de revenir pour casser les codes vers une animation qui souhaitait mêler plusieurs tons, réalités ou temporalités dans le même plan. Cela n’aurait pas été possible avec une simple caméra et c’est pourquoi cette technique a souvent servi de levier pour explorer au-delà du réalisme et des codes de notre monde (Valse avec Bachir, A Scanner Darkly, Téhéran Tabou, Sky Dome 2123).

Adapté du manga éponyme de Takashi Imashiro, la technique d’animation employée s’est rapidement imposée comme un défi pour les co-réalisateurs. Nobuhiro Yamashita a ainsi supervisé les prises de vue réelles avec des acteurs de chair et de sang, tandis que l’équipe de Yoko Kuno s’est chargée d’y superposer le trait caractéristique de l’œuvre originale. Cette audacieuse combinaison a pour but de mieux capter les expressions faciales sur les visages, même si le personnage d’Anzu et d’autres créatures fantastiques tiennent plus du cartoon. La fluidité des images témoigne ainsi d’une fructueuse collaboration dans cette production franco-japonaise, reste à savoir si le récit tient la route de son côté.

L’amitié contre l’espérance

Ce qui ressemble à un voyage commémoratif tourne rapidement à une étude sur le deuil du point de vue d’une enfant. Lorsque Tetsuya revient dans sa ville provinciale natale pour résoudre ses problèmes de dettes, il laisse seule sa fille Karin entre les griffes d’un matou atypique. Il marche sur deux pattes, conduit une mobylette, effectue des massages, flatule sans gêne et urine à la vue de tous dans le premier buisson du coin. N’oublions pas qu’Anzu reste un chat par nature. Il reste libre et imprévisible dans ses actions. Son comportement transgressif ne manque pas non plus de susciter de vives réactions. Le duo de cinéastes en profite donc pour jouer sur ce décalage pour en tirer des railleries enfantines. Cependant, et contrairement aux œuvres d’Hayao Miyazaki, cet humour reste en grande partie dédié au jeune public, dont on cherche à stimuler leur approche des Yōkai, des créatures surnaturelles issues du folklore japonais. Anzu en fait également partie, même son aspect et son caractère s’éloignent des monstrueux « chats-fantômes » (Bakeneko) dont on s’inspire librement. En effet, ce dernier incarne davantage une figure positive et agit comme le grand frère ou le parent (plus ou moins) responsable que Karin n’a pas eu la chance d’avoir dans son enfance, d’où son impertinence caractéristique.

Dans un monde où des esprits en tout genre cohabitent avec les humains, rien ne surprend Karin, constamment pourchassée par des enfants et par le Dieu du malheur en personne. Son parcours est ainsi jalonné de plusieurs étapes qui mènent à la rédemption. Elle se perd dans une forêt, une grotte, et finit par s’ouvrir aux autres. Attristée et en colère, la jeune fille est ensuite amenée à quitter la campagne pour la capitale pour enfin prendre sa revanche sur le deuil qu’elle traverse. Cette dernière se repose ainsi sur une amitié inattendue pour conjurer le sort et enfin se relever de cette situation qui la conditionnait à une attente sans fin. Déterminée à chasser ses fantômes et à se relever, Karin s’arme ainsi de son aura positive et de son Yōkai poilu comme guide pour se lancer vers l’inconnue, probablement la plus grande aventure de son adolescence. Dommage qu’il n’y ait que le dernier tiers qui lui soit consacré. Dès l’instant où un portail vers l’au-delà est traversé, c’est un déluge et une débauche de personnages qui se compilent dans ce un « carnaval » des enfers. La démonstration esthétique vaut bien le détour, même s’il sacrifie une approche émotionnelle du dénouement.

Solaire et sans pour autant manquer de ludisme, Anzu, chat-fantôme souffre toutefois d’un sérieux problème de rythme. En effet, ça ronronne tellement fort dans la première heure qu’on finit par se perdre dans les aléas du présent et dans une banalité qui ne justifie pas qu’on y stagne aussi longtemps. Dégraissé de ses longueurs et en canalisant mieux l’énergie et la bienveillance des Yōkai, le film aurait pu constituer un fabuleux court-métrage. Reste que la quête initiatique de l’héroïne offre une bonne porte d’entrée pour les spectateurs qui n’espèrent rien de plus que de partager un sourire sincère en sa compagnie.

Bande-annonce : Anzu, chat-fantôme

Fiche technique : Anzu, chat-fantôme

Titre international : Ghost Cat Anzu
Réalisation : Yoko Kuno, Nobuhiro Yamashita
Scénario : Shinji Imaoka
Histoire originale : Takashi Imashiro
Direction artistique : Julien De Man
Montage : Toshihiko Kojima
Musique originale : Keiichi Suzuki
Production : Shin-Ei Animation (Japon), Miyu Productions (France)
Pays de production : Japon, France
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h34
Genre : Animatio, Drame, Fantastique
Date de sortie : 21 août 2024

Anzu, chat-fantôme : entre deux mondes
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Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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