Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
La colline où rugissent les lionnes est un film de jeunesse, de désir, d'été, mais c'est aussi un film hanté par l'avenir, la mort. Trois héroïnes le peuplent dans un Kosovo hostile aux rêves d'émancipation des jeunes filles. Leur quête de liberté devient alors aussi enflammée que dangereuse.
Force est de constater que Robert Eggers aime raconter des histoires. Dans sa nouvelle odyssée peuplée de vikings, le folklore n'a de cesse d'habiller ses récits et piétine graduellement les marches du tragique-obscur, avec une esthétique de plus en plus homérique.
Loin du périph débarque sur Netflix et reprend l'idée première de De l'autre côté du périph : mêler les classes, les mondes, les opposer pour mieux les rassembler (sic!). Or, le film y va à coups de pied dans la tronche. Entre castagne infinie et blagues infâmes plus que soulignées, pas grand chose à se mettre sous la dent. Quelqu'un leur a dit que nous étions en 2022 ?
Limbo, de l’Écossais Ben Sharrock, a choisi l’Absurdistan loufoque pour dénoncer une sombre réalité de nos contrées : l’immigration forcée de nombreux êtres humains, échoués en terre inconnue, si ce n’est hostile.
Après « Amanda », en 2018, Mikhaël Hers propose un nouvel univers, plus personnel, autobiographique sans jamais vraiment l'être. Si le film est agréable, il reste trop proche de ce qui est attendu que de ce qui est vraiment voulu.
Relatant un fameux succès de désinformation militaire des Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, "La Ruse" restitue impeccablement les faits et l’époque, mais échoue à traduire le génie et la créativité des officiers du renseignement britannique qui mirent au point ce plan invraisemblable.
Si on est loin de la révolution Sam Raimi scandée par ses fans purs et durs, reste que Doctor Strange In The Multiverse of Madness est suffisamment imprégné du style et des questionnements de son auteur pour se démarquer du reste des productions du MCU. A cela, on pourra ajouter un recours tout sauf déguisé à l'horreur et l'effroi, qui permet le temps d'un film d'investir un genre jusque ici jamais traité et donc d'y insuffler un côté inédit qui commençait à faire défaut. Bref, un spectacle des plus réjouissants en somme.
Le cinéaste Jorge Riquelme Serrano nous livre une synthèse sombre et alarmiste d'une société chilienne inégalitaire et malade. Algunas Bestias est un film d'une grande maîtrise technique sur la décadence des élites.
Avant l’Hermione, avant le héros célébré des deux côtés de l’Atlantique, il y eut La Victoire et une première traversée clandestine. Avec Amériques, Esther Gil et Laurent Paturaud racontent cette aventure française dans la guerre d’Indépendance américaine en déplaçant légèrement le regard : Lafayette est là, mais le véritable guide se nomme Charles-François du Buysson.
Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour referment leur diptyque sur Newland Arrow, héritier de la haute finance new-yorkaise qui persiste à préférer aux salons bourgeois la poussière des trains et la compagnie des hobos. Une belle idée de personnage, une Amérique saisissante, mais un second volume qui avance parfois un peu trop vite.
« - Est-ce que tu savais que « famille » venait du dialecte primitif du centre de l’Italie ?
- Et ça y est… C’est reparti avec les théories…
- C’est dérivé du mot « famel ». Et « famel » dans ce dialecte, ça veut dire « esclave ». Étymologiquement, la famille, c’est l’ensemble des esclaves qui vivent sous le même toit.
- Hahaha !
- N’importe quoi !!
- Alors que « tribu » ça vient du sanskrit, d’un mot qui veut dire « naissance ». Avouez que ça a plus de gueule… »
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.