Algunas Bestias : lutte des classes générationnelle et contemporaine

À l’aube d’un nouveau projet ambitieux de relance économique annoncé par le jeune président social-démocrate Gabriel Boric, Algunas Bestias de Jorge Riquelme Serrano agit comme une synthèse sombre et alarmiste d’une société chilienne inégalitaire et malade.

Cartographie sociétale

Algunas Bestias s’ouvre sur une île iconisée comme un territoire, une terre. L’intention est palpable et pénétrante, dresser une société chilienne au bord du précipice en enfermant un couple de nantis avec la famille de leur fille dans un huis-clos étouffant. Se refusant à financer le projet de leur gendre racisé, Dolores et Antonio, campés par les fabuleux acteurs que sont Paulina García et Alfredo Castro, s’incarnent comme miroir de la décadence des élites. Prenant racine dans la structure familiale et son institution, Algunas Bestias dresse le portrait d’une maisonnée s’abandonnant à un vertige glaçant. Bloqués sur un îlot reculé du continent, les membres de la famille vont alors s’entredévorer, rappelant le brutal Festen de Thomas Vinterberg. Des premiers émois abusifs d’un jeune frère pour sa sœur aux dérives pédophiles de l’aïeul, Jorge Riquelme Serrano nous livre ici un constat terrifiant sur la société chilienne gangrénée par sa violence machiste.

Prépondérance technique

Pour son troisième long métrage, le cinéaste chilien séquestre ses personnages dans une technique stridente et imposante. Faisant le choix de se consolider autour du plan séquence, son Algunas Bestias nous rappelle, par moments, l’aisance de Steve McQueen et Hunger. Tout juste, s’appuyant sur un cadrage méthodique quasiment aliénant, Jorge Riquelme Serrano laisse s’incarner le temps dans des séquences diffuses et très verbales. Un dispositif qui permet la confrontation de ses personnages, détaillant le rapport de classe séparant les aïeux de leur gendre mais également un choc générationnel cynique et révoltant.

Pourtant, il est évident que Algunas Bestias souffre d’un trop plein technique. Difficile de s’identifier à cette famille décadente, bien souvent rendue à l’état d’objet d’un récit désireux de dresser des pans entiers de la société chilienne. Semblable à une descente misanthrope dans les tréfonds de la noirceur humaine, Jorge Riquelme Serrano peine à contrebalancer les ambitions de son film. En ressortira un long métrage brutal mais apathique et jalonné par ses intentions, rappelant un autre film choc du continent américain avec Nouvel Ordre de Michel Franco.

Bande Annonce – Algunas Bestias

Synopsis : Dolores et Antonio, couple de nantis sont invités sur une île reculée par leur fille Ana, son mari Alejandro et leurs deux adolescents pour concrétiser un projet financier. Les plans tournent court quand ils se retrouvent abandonnés par le gardien de l’île. Désormais sans moyen de communication, les menbres de la famille tentent de survivre dans un climat hostile, la tension s’installe et libère de sombres démons…

Fiche Technique – Algunas Bestias

Titre original : Algunas Bestias
Chili – 2022 – 94 mns – Visa 155580
Avec Paulina García, Alfredo Castro & Andrew Bargsted
Sortie le 20 avril 2022

Note des lecteurs1 Note
3.5

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