Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
Inspirée des grands films d'espionnage, la comédie Le Parfum vert se veut un pastiche non plombé par ses écrasantes références. Dommage que le film ne suive pas, jusqu'au bout, l'énergie de ses débuts. Au final, une comédie policière légère et plaisante, sans plus.
En 1985, Fredi M. Murer dévoilait L'Âme soeur, un long-métrage suisse qui s'intéressait à l'isolement, la famille, le désir, l'amour et la fraternité, mais aussi l'interdit, le tout situé dans une vie au coeur de la nature, puisque les quatre protagonistes vivent toute leur existence ou presque dans une ferme sur les pentes désertées d'une montagne.
Le 21 décembre 2022, L'Âme soeur ressort au cinéma, en version restaurée. C'est l'occasion pour nombre d'entre nous de se plonger ou se replonger dans cette oeuvre singulière et extraordinairement subtile...
C’est tout le problème au fond avec La Voie de l’eau : ses qualités sont bien trop élevées pour ne pas éclairer ses défauts plein-phares. Le spectateur et Eywa se regardent toujours droit dans les yeux, mais désormais à travers l’interface parfois intrusive des ambitions sérielles de son auteur.
Il est coutume dans le cinéma de Guillermo Del Toro d'avoir des histoires à la fois teintées de beauté et de noirceur. Ceci dit avec l'oeuvre de Carlo Collodi, le créateur de La forme de l'eau parcourt la voix de l'innocence avec une sensibilité et une douceur nouvelles. Un triomphe certes mais plus encore.
Avec Nos Frangins, Rachid Bouchareb revient sur les évènements de la nuit du 5 ou 6 décembre 1986, en choisissant de raconter l'incompréhension, l'absence, la douleur, soit les heures de silence qui ont suivi ces deux mises à mort. L'espace du film est aussi feutré qu'étouffant, percé de larmes et de questions. Seules les images d'archives se tournent vers l'ampleur de la foule, toutes les autres scènes sont intimistes, révélatrices d'une violence d'autant plus grande qu'elle éclate en marge, presque comme une erreur.
Auréolé du prix d'interprétation masculine au dernier Festival de Cannes, Les Bonnes étoiles est une nouvelle perle dans une filmographie remplie de bijoux. Cette fois installé en Corée du Sud, le cinéaste approfondi les thématiques chères à son cœur, et les entremêlent à un vrai sujet de société coréen.
Scènes après scènes et une pièce à conviction après l'autre, Maestros écrit le réquisitoire pour son euthanasie en Ré ultra-majeur. Pas un plan, pas un instant qui ne se gratte les couilles sur le front de la décence cinématographique élémentaire. Bruno Chiche ose tout comme un major texan en rodéo sur une bombe nucléaire, où Yvan Attal agitant sa baguette pour choper des Pokemon Go.
Depuis quelques années, le tabac a disparu de nos écrans. La cigarette entretient pourtant une longue histoire avec le septième art. Quentin Dupieux, que l'on connaît pour ses incursions remarquées dans le registre comique, dézingue les codes du cinéma d'auteur d'antan à la faveur de son dernier né Fumer fait tousser.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.