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« Histoires de sororité » : des femmes unies pour l’émancipation

Dans son ouvrage Histoires de sororité, publié aux éditions Glénat, Caroline Cohen Ring explore les récits méconnus et inspirants de femmes qui, à travers les siècles, ont favorisé l’émancipation collective par la solidarité et le partage.

L’ouvrage débute par la dame du Cavillon, une femme de la préhistoire que les archéologues avaient initialement confondue avec un homme. Cette chasseuse et bâtisseuse illustre la robustesse et l’implication active des femmes au sein des sociétés anciennes. Ce premier récit rappelle que, dès la préhistoire, les femmes ont contribué aux tâches essentielles de leur communauté.

Les femmes scythes, guerrières émérites, sont également mises en lumière. Enterrées avec des armes et des harnais de chevaux, elles étaient cavalières et recevaient une formation militaire similaire à celle des hommes. Une découverte de 2019 a révélé qu’une des femmes scythes possédait probablement un rôle de commandement au sein de son groupe, prouvant ainsi leur importance dans cette société.

Au 7e siècle avant J.-C., sur l’île de Lesbos, Sappho incarne une autre figure de la sororité. Poétesse renommée, elle crée un cercle d’instruction où elle enseigne le théâtre, la danse, la poésie, mais aussi la musique, la géographie et l’histoire. Son établissement, dédié à la déesse Aphrodite, offre aux jeunes femmes un accès inédit au savoir dans l’Antiquité. Sappho leur transmet également une vision de liberté, où l’amour et le plaisir entre femmes trouvent leur place.

Au Moyen Âge, Christine de Pizan, autrice de La Cité des dames, supporte une autre facette de cette quête d’émancipation. Autodidacte, elle échappe au destin imposé aux femmes de son époque – le couvent ou le mariage – pour gérer elle-même ses finances et défendre le rôle des femmes dans la société. Elle s’attaque aux discours misogynes et lutte pour la reconnaissance de la valeur des œuvres écrites par des femmes.

Histoires de sororité souligne également l’importance du pantalon comme symbole d’émancipation. Plus qu’un simple vêtement, le pantalon est un outil de protection et de désexualisation qui permet aux femmes d’évoluer avec une plus grande liberté de mouvement. Cette adoption du pantalon marque une rupture symbolique avec les contraintes vestimentaires imposées par le patriarcat. L’imprimerie, de son côté, a offert une autre planche de salut : la possibilité de s’instruire seule.

Autre registre. Caroline Cohen Ring revient sur l’histoire bien connue des suffragettes, ces militantes qui ont lutté pour obtenir le droit de vote. Elle met en perspective leur combat avec celui d’autres figures féministes parfois méconnues. Dans les années 1920, les sœurs Nardal, premières étudiantes noires inscrites à la Sorbonne, ont par exemple joué un rôle crucial dans l’émergence du mouvement de la Négritude. Leur salon littéraire accueille des figures telles qu’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, permettant une réflexion sur l’émancipation des peuples colonisés et des femmes noires.

L’ouvrage se clôt avec des figures contemporaines telles que Mahsa Amini, symbole de la révolte iranienne, et les militantes féministes égyptiennes Huda Shaarawi et Ceza Nabarawi, qui ont levé le voile en revenant d’un congrès pour le suffrage des femmes à Rome…

Avec cet ouvrage, Caroline Cohen Ring met en lumière des récits de femmes unies par la sororité à travers les siècles. Elle démontre que l’image de la rivalité féminine, souvent véhiculée dans les œuvres de fiction, est l’un des socles du patriarcat. Histoires de sororité est une œuvre inspirante qui prouve que la solidarité entre femmes est l’une des clés de l’émancipation féminine. Cette dernière prend des formes plurielles mais est toujours mue par l’abnégation, le courage et une volonté ferme de s’affranchir.

Histoires de sororité, Caroline Cohen Ring
Glénat, février 2025, 160 pages

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« Chère maman » : une emprise maternelle toxique

Dans Chère maman, Sophie Adriansen et Mlle Caroline s’attaquent à un sujet délicat et douloureusement universel : l’emprise toxique d’une mère sur sa fille. Ce roman graphique, publié aux éditions Glénat, décortique les mécanismes insidieux d’une relation empoisonnée, et les conséquences psychologiques durables qu’elle entraîne.

Alix, mère de trois enfants, épouse aimante et épanouie, styliste accomplie, a tout pour être heureuse. Mais derrière cette façade envieuse se cache une souffrance réelle, ancienne et tenace. Tout bascule le jour où sa propre mère adresse une remarque désobligeante à sa petite-fille. Cet incident ravive chez Alix des souvenirs d’humiliations et de maltraitances subies durant son enfance. Peu à peu, elle prend conscience de l’emprise que sa mère continue d’exercer sur elle. Une thérapie ne suffira pas à en atténuer les effets, alors la jeune femme décide, non sans peine, de prendre de la distance…

À travers l’histoire d’Alix, Sophie Adriansen explore le parcours douloureux d’une femme qui lutte pour se libérer de l’influence d’une mère manipulatrice, culpabilisatrice et hypercontrôlante. Ce type de parent toxique désapprouve constamment les choix de vie de ses enfants. Mais ce n’est pas tout : on verra Anne-Catherine minimiser les problèmes de santé d’Alix et s’immiscer dans l’éducation de ses enfants. Alix se retrouve ainsi prisonnière d’un cercle vicieux de culpabilisation, d’humiliations répétées et de dévalorisation constante.

Les exemples concrets de la toxicité maternelle abondent dans le récit : la mère d’Alix tourne en dérision son cancer de la thyroïde, critique son choix de laisser ses enfants regarder des écrans pendant les trajets en voiture et s’approprie même le mérite des réussites de sa fille, allant jusqu’à prétendre l’avoir inspirée dans la confection de ses nouveaux modèles de vêtements.

Le mari d’Alix, kinésithérapeute, la soutient dans sa démarche pour retrouver son autonomie, souvent à bout de bras. Avec l’aide d’une psychologue, Alix cherche à comprendre et à se défaire des chaînes qui l’empêchent de vivre pleinement sa vie. Mais elle se heurte aussi aux injonctions de son entourage, qui lui répète sans cesse qu’« on n’a qu’une seule mère » et qu’elle devrait en profiter malgré tout.

Le trait expressif de Mlle Caroline vient sublimer la narration de Sophie Adriansen. La mère d’Alix est représentée en noir, un choix graphique fort qui symbolise son côté néfaste et permet au lecteur de percevoir immédiatement la menace qu’elle représente. Cette silhouette inquiétante contraste avec la douceur des autres personnages et semble accentuer l’emprise qu’elle exerce sur sa fille. Le dessin traduit avec justesse le vertige et le malaise provoqués par cette relation toxique. Les expressions des personnages, la mise en scène des situations et la palette de couleurs contribuent à renforcer l’impact émotionnel du récit.

Chère maman est un témoignage puissant et libérateur qui met en lumière un sujet capital mais souvent passé sous silence : la toxicité parentale. D’après les chiffres rapportés dans l’ouvrage, 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent toxique. Le roman graphique donne une voix à ces enfants devenus adultes, prisonniers d’une relation destructrice qu’ils peinent à comprendre et à surmonter. Une BD indispensable qui rappelle que l’amour maternel, lorsqu’il devient poison, n’est pas une fatalité à laquelle il faut se résigner.

Chère maman, Sophie Adriansen et Mlle Caroline
Glénat, février 2025, 256 pages

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3.5

Black Box Diaries : survivre et espérer

Elle seule peut nous raconter son histoire et elle le fait en connaissance de cause. La journaliste japonaise Shiori Itō revient sur un sombre épisode traumatique dans un documentaire qu’elle a réalisé. Fruit d’une enquête soutenue de huit ans, au cours de laquelle elle déplore l’impuissance et les défaillances du système judiciaire de son pays, qui protège les hommes de pouvoir, Black Box Diaries témoigne ainsi de la douleur de toutes les victimes de violence et de harcèlement sexuel à travers la voix d’une survivante.

Synopsis : Depuis 2015, Shiori Itō défie les archaïsmes de la société japonaise suite à son agression sexuelle par un homme puissant, proche du premier ministre. Seule contre tous et confrontée aux failles du système médiatico-judiciaire, la journaliste mène sa propre enquête, prête à tout pour briser le silence et faire éclater la vérité.

Du mouvement #MeToo à celui des Femen en Ukraine, en passant par le #KuToo (une protestation contre l’obligation tacite du port de chaussures à talons pour les femmes sur leur lieu de travail), les groupes féministes et les voix des femmes ne cessent de se multiplier et de se manifester publiquement. Elles sont représentatives d’un mal ambiant, passif et invisible, si bien que peu de lois, voire aucune, ne leur garantissent leurs droits ou leur sécurité. Si la lutte a eu raison de l’ex-PDG de Fox News, Roger Ailes, ou du producteur de cinéma, Harvey Weinstein, d’autres cas similaire à celui de Shiori Itō existent également chez nous. Les diffamations, harcèlements et diverses menaces ont été le prix à payer pour les aveux publics d’Adèle Haenel et de Judith Godrèche, qui ne sont que des exemples dans la multitude de victimes encore piégées dans le silence. Pour Itō, se taire est inconcevable et son documentaire nous démontre en quoi ses efforts, sa patience et sa détermination à faire entendre son histoire méritent qu’on s’y attarde pleinement.

La boîte à secrets

Le film commence par la voix de Shiori Itō, aussi douce et rassurante que l’eau calme en arrière-plan, en s’adressant d’abord aux « survivantes » à qui elle dédie son œuvre. Puis, la première pièce à conviction nous est dévoilée, une vidéo de surveillance au pied de l’hôtel Sheraton Miyako de Tokyo. Même sans audio, sans une qualité d’image optimale et sans avoir à nommer les protagonistes, nous comprenons instantanément en quoi les accusations envers Noriyuki Yamaguchi paraissent crédibles. En 2015, année de l’agression d’Itō, l’âge du consentement au Japon était de 13 ans, une des plus basses au monde. Une réforme s’imposait d’autant plus que les agresseurs n’étaient pas condamnés en l’absence de consentement explicite des victimes, selon cette législation. Les affaires de « chikan » (attouchements non consentis en public, notamment dans les transports) sont également courantes au Japon, de même que de porter plainte dans l’anonymat. Cette démarche ne suffit pourtant pas à freiner ces comportements abusifs.

« Vous n’êtes pas assez bouleversée, donc nous ne pouvons vous croire. » Telle est la réponse récurrente de la police, a priori désarmée par les cas de violence sexuelle et leur résolution. Aucune procédure, par manque de preuves « tangibles », ne peut renverser un homme aussi influent que Yamaguchi, proche du Premier ministre de l’époque, Shinzō Abe. Le documentaire remonte chronologiquement et méticuleusement les faits marquants, grâce aux d’enregistrements au smartphone, donc par le prisme du numérique. Nous découvrons alors Shiori Itō qui se filme et se livre à des réflexions spontanées sur l’affaire pénale, puis civile, et qui aborde également l’aspect social de l’affaire. Il s’agit d’une gigantesque mosaïque, où chaque captation à vif donne le sentiment au spectateur de se sentir concerné par ses appels de détresse. Pourtant nous sommes là, à contempler la résurrection d’une femme qui n’abandonne pas et qui, surtout, ne remonte pas la pente seule. En effet, c’est en étant entourée de personnes convaincues de la véracité de ses accusations qu’elle espère annoncer une victoire essentielle à l’évolution du code pénal du Japon, quitte à laisser des éditeurs instrumentaliser son roman, intitulé Black Box, afin d’influencer la future élection du pouvoir exécutif du pays, à savoir celui du Premier ministre.

She will survive

Plus on avance dans l’enquête, plus les couches de cette fameuse boîte noire juridique se délitent. En plus de révéler des éléments décisifs en faveur d’Itō, elle expose la haine de l’opposition. Présentée comme une coupable et non une victime, le silence médiatique sur son agression et la réaction à ses aveux publics du 29 mai 2017 ont suscité plusieurs réactions à chaud, dont un courriel particulièrement virulent où une femme déclare avoir « honte » de sa résistance. Cela témoigne encore d’un manque de souplesse et de modernité dans une culture bridée par le patriarcat et le patronat. Tout ceci montre qu’elle a dû utiliser son statut privilégié de femme influente et internationale pour mettre à mal le pouvoir toxique des hommes et pour faire bouger les choses. En revanche, le documentaire co-réalisé par Léa Clermont-Dion et et Guylaine Maroist, Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique, opte pour la solidarité sans frontières de quatre femmes de profils différents. Chacune de leur parole alimente le même discours et celle de Shiori Itō complète également leur sentiment d’injustice, bien que la misogynie ne soit pas le sujet.

On peut lire l’errance, l’agonie et la solitude de Shiori Itō à travers des plans de Tokyo, une ville qui semble l’observer le jour et qui l’ignore la nuit tombée. Il y a toujours ce sentiment d’angoisse et d’urgence qui apparaît en filigrane à l’écran, comme une sorte d’avertissement. L’idée est de quitter la nuit (dans la même optique qu’un film de Delphine Girard), de surmonter le déni de ses aînés et d’affirmer son autorité, quitte à faire l’impasse sur l’éthique journalistique, notamment en ne protégeant pas ses sources à la diffusion clandestine d’images et d’enregistrements audio. Cela aurait probablement été applaudi en Iran, où ces éléments servent l’intérêt public, mais ce manque de confiance divise encore les professionnels quant à la frontière entre le public et le privé. Et là encore, il s’agit d’un nouvel obstacle pour obtenir la reconnaissance des crimes et de rendre justice aux victimes.

N’ayant remporté aucun prix lors de la dernière cérémonie des Oscars, Black Box Diaries n’a pas à bouder de sa portée politique et de ses engagements envers la défense des droits de femmes. Le film de clôture de la dernière saison de Hanabi ne peut qu’encourager les victimes à prendre le même risque que Shiori Itō, en se défendant à visage découvert. En échange d’une carrière journalistique de rêve, peut-être même à l’international, comme elle s’exprime sans peine en anglais, elle a finalement ouvert la voie à la justice pour toutes. Mais ce n’est qu’un début, marquant et intime certes, mais la lutte continue toujours après Black Box Diaries, cette fois-ci avec une saveur nettement plus optimiste. Reste à trouver un distributeur pour que le public japonais puisse en faire sa propre opinion, mais le pari semble déjà réussi au-delà du pays du soleil levant.

Black Box Diaries – Bande-annonce

Black Box Diaries – Fiche technique

Réalisation : Shiori Itō
Image : Hanna Aqvilin, Yuta Okamura, Shiori Itō, Yuichiro Otsuka
Étalonnage : Fumiro Sato
Montage : Ema Ryan Yamazaki, Mariko Montpetite
Assistant montage : Maya Daisy Hawke
Musique : Mark degli Antoni
Son : Andrew Tracy
Effets : Keke Shiratama
Producteurs : Eric Nyari, Hanna Aqvilin, Shiori Itō
Coproducteurs : Takashi Shinomiya, Ryo Yukizane, Ryo Nagai
Producteurs délégués : Robina Riccitiello, Josh Peters, Nina L. Diaz, Liza Burnett Fefferman
Producteur exécutif : Mitsunobu Kawamura
Sociétés de production : Stars Sands Production, Cineric Creative, Hanashi Films
Pays de production : Japon, Royaume-Uni, États-Unis
Distribution France : Art House Films
Durée : 1h42
Genre : Documentaire
Date de sortie : 12 mars 2025

Black Box Diaries : survivre et espérer
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Éviter Les Arnaques : Conseils Pour Identifier Les Nouveaux Casinos En Ligne Légitimes

L’essor des casinos en ligne a ouvert un monde de commodité et de divertissement pour les joueurs. Cependant, avec cette expansion rapide vient le risque d’escroqueries et de plateformes frauduleuses. De nombreux nouveaux casinos en ligne émergent chaque année, et bien que certains offrent un jeu équitable et des transactions sécurisées, d’autres sont conçus pour tromper les joueurs naïfs. 

Si vous cherchez à jouer en ligne, il est essentiel de vous assurer que vous utilisez une plateforme légitime. Voici des conseils essentiels pour vous aider à identifier un casino en ligne sûr et digne de confiance.

1. Vérifiez une Licence de Jeu Valide

Les casinos en ligne légitimes opèrent sous la juridiction d’autorités de régulation reconnues. Parmi les organismes de réglementation les plus réputés, on trouve :

  • Malta Gaming Authority (MGA)
  • UK Gambling Commission (UKGC)
  • Curacao eGaming
  • Gibraltar Regulatory Authority
  • Kahnawake Gaming Commission

Une licence valide garantit que le casino suit des réglementations strictes en matière d’équité du jeu, de sécurité financière et de jeu responsable. Vérifiez toujours les informations de licence sur le site Web du casino, généralement dans le pied de page. Vous pouvez également vérifier la licence sur le site officiel de l’organisme de réglementation.

2. Recherchez le Chiffrement SSL et les Paiements Sécurisés

La sécurité doit être une priorité absolue lors du choix d’un casino en ligne. Les casinos réputés utilisent le chiffrement SSL (Secure Socket Layer) pour protéger vos informations personnelles et financières. Pour confirmer cela, recherchez une icône de cadenas dans la barre d’adresse de votre navigateur. Cela signifie que le site est crypté et sûr pour les transactions.

De plus, les casinos légitimes proposent des options de paiement sécurisées, telles que :

  • Visa & Mastercard
  • PayPal
  • Skrill & Neteller
  • Cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, etc.)
  • Virements bancaires

Si un casino ne permet que des dépôts via des méthodes de paiement obscures ou des virements bancaires directs sans mesures de sécurité, considérez cela comme un signal d’alerte.

3. Lisez les Avis en Ligne et les Retours des Joueurs

Avant de vous inscrire à un nouveau casino en ligne, renseignez-vous sur ce que disent les autres joueurs. Les sources fiables pour les avis sur les casinos incluent :

  • Trustpilot
  • Forums et communautés de joueurs
  • Sites d’évaluation des casinos (ex. AskGamblers, Casino.org)

Évitez les casinos ayant un grand nombre de plaintes non résolues, en particulier en ce qui concerne le non-paiement des gains, les jeux truqués ou un mauvais service client. Méfiez-vous des casinos n’ayant que des avis excessivement positifs, car ils peuvent être faux.

4. Évaluez l’Équité des Jeux et les Fournisseurs de Logiciels

Les casinos légitimes collaborent avec des fournisseurs de logiciels renommés garantissant un jeu équitable. Parmi les noms de confiance dans l’industrie, on trouve :

  • Microgaming
  • NetEnt
  • Playtech
  • Evolution Gaming
  • Pragmatic Play

Ces fournisseurs utilisent des générateurs de nombres aléatoires (RNG) pour garantir l’impartialité des résultats des jeux. Si un casino propose des jeux de développeurs inconnus ou non vérifiés, il existe un risque de jeu truqué.

5. Vérifiez les Conditions des Bonus

De nombreux casinos frauduleux attirent les joueurs avec des offres de bonus irréalistes, telles que « Recevez 500 € de bonus sans dépôt » ou « Bonus de correspondance de 1000% ». Bien que les promotions soient courantes, vous devez toujours vérifier les exigences de mise et les conditions.

Les casinos légitimes imposent des conditions de mise raisonnables (ex. 25x-40x). Cependant, si un casino a des exigences de mise excessivement élevées (ex. 100x ou plus), il s’agit probablement d’une arnaque visant à vous piéger dans un jeu interminable sans possibilité de retrait.

6. Testez la Réactivité du Service Client

Un casino en ligne réputé doit fournir un service client réactif et professionnel. Avant de déposer de l’argent, testez leur service en :

  • Envoyant un e-mail et en vérifiant le temps de réponse.
  • Utilisant le chat en direct (si disponible) et en évaluant leur efficacité.
  • Appelant leur support si un numéro est fourni.

Si un casino manque de détails de contact clairs ou met trop de temps à répondre, il vaut mieux l’éviter.

7. Vérifiez les Politiques de Retrait

Les casinos frauduleux imposent souvent des politiques de retrait injustes pour empêcher les joueurs d’encaisser leurs gains. Recherchez les signaux d’alerte suivants :

  • Limites de retrait déraisonnables (ex. autoriser uniquement de petits retraits hebdomadaires malgré de gros gains).
  • Processus de vérification long retardant les paiements.
  • Frais excessifs sur les retraits.

Un casino fiable a des politiques de retrait transparentes et équitables, généralement précisées dans ses termes et conditions.

8. Vérifiez les Fonctionnalités de Jeu Responsable

Les casinos en ligne légitimes encouragent le jeu responsable et proposent des outils tels que :

  • Limites de dépôt – Pour aider à gérer les dépenses.
  • Auto-exclusion – Pour faire une pause dans le jeu si nécessaire.
  • Alertes de réalité – Pour rappeler aux joueurs le temps passé sur les jeux.

Si un casino ne propose pas ces fonctionnalités ou décourage le jeu responsable, il peut fonctionner de manière non éthique.

9. Recherchez les Récompenses et Reconnaissances de l’Industrie

Certains des meilleurs casino en ligne nouveau reçoivent des prix de la part d’organismes de surveillance, tels que :

  • EGR Awards
  • Global Gaming Awards
  • iGaming Awards

Ces distinctions indiquent la crédibilité et la reconnaissance du casino dans l’industrie du jeu.

10. Faites Confiance à Votre Instinct

Enfin, si quelque chose vous semble étrange dans un casino en ligne—qu’il s’agisse d’un design de site peu professionnel, de conditions peu claires ou d’une incitation agressive à déposer de l’argent—faites confiance à votre intuition et partez.

Conclusion

Alors que l’industrie des casinos en ligne continue de croître, les risques d’escroquerie augmentent également. En prenant le temps de vérifier les licences, les mesures de sécurité, les fournisseurs de logiciels et les avis des joueurs, vous pouvez éviter d’être victime de plateformes frauduleuses. Privilégiez toujours la sécurité aux promotions tape-à-l’œil et rappelez-vous : un casino en ligne légitime valorise l’équité, la sécurité et la satisfaction du client.

En suivant ces conseils, vous pourrez profiter des jeux en ligne en toute confiance et sérénité. Bon jeu !

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La Vie devant moi : Survivre coûte que coûte

La Vie devant moi nous enferme avec Tauba Zylbersztejn, 16 ans, recluse avec ses parents dans un réduit parisien pour échapper à la rafle du Vel d’Hiv. Nils Tavernier capte avec une justesse poignante l’étouffement, la solitude, mais aussi la force vitale de l’adolescence qui refuse de plier. Un film émouvant et éprouvant, hanté par le silence et la peur, qui nous confronte à une question vertigineuse : qu’aurions-nous fait à leur place ?

Pour son cinquième long-métrage, l’acteur et réalisateur français Niels Tavernier (fils du « grand » Bertrand) choisit de mettre en scène, en l’adaptant, l’histoire vraie et terrible de Tauba Zylbersztejn (plus connue sous le nom de Thérèse Birenbaum), contrainte de se terrer avec ses parents, Moshe et Rywka, pendant l’occupation allemande à Paris, de juillet 1942 à août 1944.

Thérèse avait relaté cette tragédie en 1997 dans le cadre de l’initiative de Steven Spielberg, Survivors of the Shoah Visual History Foundation, créée en 1994 en prolongement de son célèbre film La Liste de Schindler. Pour situer le contexte de l’époque et la situation des Zylbersztejn, le réalisateur montre en introduction, avec à-propos, un extrait de l’enregistrement.

Ce film profite d’un important travail de co-écriture avec Guy Birenbaum, le fils que Thérèse a eu avec Robert Birenbaum, ce résistant français qu’elle rencontre en août 1944 à la libération de Paris, et dont Guy publie en parallèle de la sortie un roman éponyme.

Déjà évoqué dans le documentaire Les Enfants du 209 rue Saint-Maur Paris Xe de Ruth Zylberman en 2018, cet extrait de la vie de Tauba et de ses parents est ici présenté comme un huis clos intense et psychologique, voire étouffant, de cette famille juive d’origine polonaise cloîtrée pendant deux ans dans une chambre de bonne d’à peine 10 m², prêtée par la famille Dinanceau. Cette famille est représentative, dans le film, de ces Français qui ont pris des risques immenses à protéger des juifs sous l’occupation allemande. C’est ainsi que les Zylbersztejn échappent d’un rien à la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942, suspense très bien rendu au début du film, dont le prolongement nous montre que, finalement, pour eux, c’est tomber de Charybde en Scylla.

Heureusement entrecoupé d’images d’archives, le scénario linéaire et sans rebondissements (sauf la douloureuse question autour du fils Dinanceau, ce collabo déserteur, ainsi qu’un séjour du père très risqué à l’hôpital) pourra cependant rebuter certains spectateurs, mais l’intérêt du film est bien ailleurs.

C’est tout d’abord, dans un espace exigu et parfaitement reconstitué, de sentir les questions, les angoisses, les émotions, les sentiments contradictoires et les conditions de vie quasiment insupportables de Tauba et ses parents : combien de temps seront-ils ainsi confinés ? Que deviennent les gens raflés dans les camps de destination ? Les enfants qui ne devraient pas travailler ? Pourquoi le père n’est-il pas devenu un résistant ? La promiscuité forcée sans aucune intimité, l’ennui déprimant, la grande chaleur en été, et l’extrême froid en hiver, l’angoisse du coût de leur subsistance, le tout avec une minuscule lucarne comme fenêtre sur l’extérieur, permettant d’épier les allées et venues de soldats et d’habitants dans la cour de l’immeuble. Et c’est aussi cette nécessité absolue du silence imposé pour ne pas éveiller les soupçons des habitants qui pourraient les dénoncer, avec quelques rares visites de Madame Dinanceau et de la grand-mère qui habite l’immeuble, les personnes âgées n’étant pas raflées.

Dans cette vie cauchemardesque, ce qui est beau et intéressant, c’est de voir la montée en confiance progressive de Tauba, dans une quasi-émancipation et une foi en l’avenir qui la porte, et qui aide indéniablement ses parents à tenir. Le symbole elliptique de cette transformation réside dans son audace à se promener sur les toits de l’immeuble comme une ouverture vers sa vie devant elle, alors qu’elle ne peut être sûre de rien.

Comme ça, pendant deux ans, est-ce imaginable ? Car l’autre intérêt du film est, pour le spectateur, le questionnement et l’inconfort du « Qu’aurais-je fait ? » Aurais-je pu tenir aussi longtemps ? Aurais-je pris le risque de cacher cette famille comme le font les Dinanceau ? Et plus largement, comment me serais-je comporté dans ces moments si sombres pour l’humanité ?

Pour ce film très émouvant, Niels Tavernier a su s’entourer d’un casting haut de gamme, avec Guillaume Gallienne et Adeline d’Hermy, tous deux sociétaires de la Comédie-Française, dans le rôle des parents de Tauba, tout en retenue et profondeur des sentiments, jouant habilement sur les non-dits. Au milieu d’eux, la jeune actrice Violette Guillon interprète une Tauba qui semble à l’aise et facilite ainsi sa mise en confiance. À noter aussi l’excellente participation de Sandrine Bonnaire, qui incarne une Madame Dinanceau soucieuse du sort des Zylbersztejn.

Ce n’est certes pas le seul film de ce genre sur la Shoah et ses survivants. On pense au terrible Journal d’Anne Frank et à ses adaptations cinématographiques. Mais il participe du nécessaire devoir de mémoire, en ces temps troublés, et s’installe comme une piqûre de rappel pour les jeunes générations, à l’instar du récent La Plus Précieuse des Marchandises de Michel Hazanavicius.

Et la fin du métrage nous offre un enregistrement précieux et émouvant, en écho à l’introduction de Thérèse Birenbaum, dont on ne saurait se priver !

Bande-annonce : La Vie devant moi

Fiche technique du film La Vie devant moi

  • Réalisation : Nils Tavernier
  • Scénario : Nils Tavernier, Guy Birenbaum, Laurent Bertoni
  • Musique : Baptiste Colleu, Pierre Colleu
  • Photographie : Vincent Gallot
  • Décors : Mathieu Menut
  • Montage : Thomas Beard
  • Costumes : Alice Cambournac
  • Sociétés de production : Apollo Films Production, Echo Studio Production, Federation Studios Production, Bonne Pioche Cinéma Production
  • Distribution : Apollo Films (France)
  • Pays de production : France
  • Langue originale : Français
  • Genre : Drame biographique et historique
  • Durée : 93 minutes
  • Date de sortie en France : 26 février 2025

Distribution des rôles

  • Guillaume Gallienne : Moshe Zylbersztejn, le père
  • Violette Guillon : Tauba Zylbersztejn
  • Adeline d’Hermy : Rywka, la mère
  • Sandrine Bonnaire : Rose, l’épouse Dinanceau
  • Laurent Bateau : Désiré
  • Rod Paradot : Alfred
  • Claude Mathieu : Marta
  • Bernard Le Coq : Le médecin de l’hôpital
  • Xavier Mathieu : Le médecin du débarras
  • Éric Savin : Le propriétaire de l’appartement.
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3.5

L’âge imminent : interview du Col·lectiu Vigília

Dans un premier long-métrage poignant, L’âge imminent, le collectif Col·lectiu Vigília explore avec une rare sensibilité les thèmes de la dépendance et des relations intergénérationnelles, dans une approche presque documentaire. Rencontre avec ses créateurs.

À travers l’histoire de Bruno, un jeune homme de 18 ans confronté à la décision déchirante de placer sa grand-mère Natividad en maison de retraite, le film nous plonge dans un quotidien empreint de mélancolie et d’incertitude, entre le désir d’indépendance de la jeunesse et l’obligation de prendre soin des générations plus âgées. À l’occasion de cette interview, nous avons interrogé les membres du collectif – Laura Corominas Espelt, Laura Serra Solé, Clara Serrano Llorens, Gerard Simó Gimeno, Ariadna Ulldemolins Abad et Pau Vall Capdet – pour évoquer leur démarche artistique, leurs choix narratifs et l’impact émotionnel de ce projet audacieux, qui se démarque par sa sincérité et son humanité.

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Copyright Outplay Films | Antonia Fernandez Mir, Miquel Mas Martinez | L’Âge imminent

L’âge imminent est le fruit de votre projet de fin d’études. Qu’est-ce qui vous a motivé à créer le Col·lectiu Vigília pour y parvenir et quelles sont ses ambitions ? Était-ce difficile de produire une telle œuvre ?

L’idée initiale de L’âge imminent est née d’un projet de fin de diplôme. Pour cette raison, nous nous sommes d’abord réunis en groupe, puis avons décidé du film que nous voulions réaliser. Nous nous sommes désignés comme un collectif plus tard, lorsque nous avons commencé à présenter le film dans des laboratoires de développement et des festivals. C’était une façon de nommer notre manière horizontale de travailler, quelque chose que nous faisions depuis le début du projet.

Notre ambition était de créer un projet où les six membres se sentaient également investis, quel que soit leur rôle spécifique. Nous avons réussi cela en partageant collectivement les décisions artistiques fondamentales.

Le film a été difficile à produire car, bien que nous ayons eu une société de production, il s’est développé de manière assez non conventionnelle dans l’industrie cinématographique espagnole et avec très peu de ressources financières. Malgré ces défis, si nous n’avions pas travaillé collectivement, aucun de nous n’aurait pu terminer le film individuellement.

Comment avez-vous défini les rôles au sein de votre groupe ? Avez-vous rencontré des difficultés dans les prises de décisions, particulièrement au niveau du scénario coécrit par trois personnes ?

Nous avons défini nos rôles en fonction de nos intérêts personnels. Il y a eu des difficultés à écrire le scénario, ainsi que dans d’autres départements, mais rien d’extraordinaire. Une fois que nous nous sommes engagés à travailler ensemble, nous étions tous très conscients de la nécessité de gérer nos égos et de comprendre quand insister ou lâcher prise. C’était la clé pour faire fonctionner un projet comme celui-ci et pour rester amis !

Votre film explore l’apprentissage et la délivrance de Bruno, qui sacrifie son temps pour prendre soin de Natividad, sa grand-mère. Pouvez-vous expliquer le choix d’une telle thématique, à la fois actuelle et universelle ? Avez-vous apporté une part de vous-même dans l’écriture du personnage ?

Pour trouver un thème auquel nous nous sentions tous connectés, nous avons organisé de nombreuses séances de brainstorming où nous avons partagé nos préoccupations, questions et peurs. Nous avons réalisé que les relations intergénérationnelles, les soins et les histoires de passage à l’âge adulte étaient des intérêts communs à tous.

À partir de là, nous avons commencé à définir les personnages et l’histoire, où le quartier de Nou Barris est devenu un élément central. Trois des six membres du collectif y vivent, et nous savions que nous voulions tourner dans la région. Nous voulions en faire un personnage du film.

Les personnages, en particulier Natividad, ont été construits à travers des anecdotes et des expériences de nos membres d’équipe, ainsi que de la personnalité d’Antonia Fernández, l’actrice qui l’a interprétée, qui a finalement façonné le personnage.

Comment avez-vous trouvé vos acteurs, Miquel Mas Martínez et Antonia Fernández Mir, pour incarner Bruno et Nati ? Est-ce que l’idée d’un duo avec un jeune garçon comme personnage central était présente dès le départ ?

L’idée d’avoir un jeune garçon comme protagoniste était présente dès le début, car nous voulions explorer notre thème d’un point de vue plus proche du nôtre. Normalement, une telle histoire serait racontée du point de vue de quelqu’un de plus proche de l’âge de nos parents.

Nous avons trouvé Miquel Mas lors d’un casting ouvert à tous. Il a envoyé une vidéo, nous l’avons adorée, et il s’est avéré qu’il vivait dans le même quartier où nous allions tourner. Il correspondait parfaitement au personnage. Nous l’avons rencontré quand il avait 16 ans, et nous avons tourné quand il en avait 18.

Antonia Fernández a été trouvée grâce à une relation personnelle – elle était la grand-mère d’un ami d’un frère d’un membre de notre collectif. Trouver une actrice âgée était difficile. Nous avons auditionné des professionnels, des amateurs de théâtre et même des non-professionnels, mais aucun d’entre eux ne convenait. Finalement, nous l’avons trouvée là où nous nous y attendions le moins. Elle avait 85 ans lorsque nous avons tourné le film.

Tourner avec des personnes qui jouent pour la première fois n’est pas facile, mais Antonia a montré de la volonté et de l’enthousiasme dès le premier instant, ce qui n’était pas toujours le cas avec les personnes âgées.

Comment avez-vous réussi à rendre leur complicité authentique ? Certaines scènes ont-elles été improvisées ?

Les répétitions se sont davantage concentrées sur la création d’un véritable lien grand-mère/petit-fils plutôt que sur le perfectionnement des scènes individuelles. Nous voulions qu’ils développent une confiance authentique devant la caméra, même s’ils ne disaient pas exactement les répliques du script.

Par exemple, nous avons joué à de nombreux jeux de société pour renforcer leur connexion, toujours avec une caméra présente pour qu’ils puissent s’y habituer.

Toutes les scènes étaient scénarisées, mais Antonia n’a jamais lu le script. Nous avons travaillé avec elle oralement et par répétition pour l’empêcher de se fixer sur la manière de livrer ses répliques. Cela l’a aidée à maintenir son naturel tout en suivant les moments clés de chaque scène.

Quels étaient vos objectifs esthétiques, notamment avec les teintes rouges, chaudes et réconfortantes suivant les lieux ?

Depuis les départements de la réalisation, de la photographie et de la direction artistique, nous avons décidé que le rouge serait la couleur de Bruno. Nous voulions également maintenir l’atmosphère chaleureuse de la maison de la grand-mère et assurer une uniformité visuelle tout au long du film.

Avoir une couleur spécifique pour un personnage nous aide à transmettre des aspects plus subtils et à maintenir la cohésion. Il y a une scène clé pour nous où le protagoniste peint un mur en rouge, et ce n’est pas une coïncidence. C’est une référence à Girlfriends de Claudia Weill et une façon de montrer que Bruno traverse un changement intérieur.

Quelles étaient vos intentions lorsque vous avez choisi de filmer dans les banlieues barcelonaises ? On comprend un certain désir de mettre en lumière une jeunesse en plein épanouissement, mais également celui de rendre compte des différentes crises auxquelles des personnes démunies, vivant dans la précarité, sont confrontées.

Dès le début, nous savions que l’histoire se déroulerait à Nou Barris, un quartier en périphérie de Barcelone. Nous voulions montrer la vie dans la région – les centres de jeunesse où les gens se rassemblent, les festivals communautaires et, en général, une réalité qui n’est pas typiquement associée à l’image grand public de Barcelone. C’est là que vivent certains membres de notre équipe et acteurs, et nous avons estimé qu’il était important de la représenter authentiquement.

En ce moment, Barcelone traverse une période où les jeunes font face à des emplois précaires, des problèmes de logement, et tout le monde n’a pas les mêmes conditions pour vieillir. Même si nous ne faisons pas de déclaration explicite, nous voulons refléter ces réalités et défis.

Votre film a très bien été accueilli dans les festivals, avec quelques prix à la clé. Cela constitue-t-il une forme de réussite pour votre collectif ? Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’encourager ce genre d’initiative à l’avenir ?

L’industrie cinématographique est très hiérarchisée et suit des modèles qui ne nous convenaient pas pour réaliser ce projet. Nous croyons que le cinéma peut prendre de nombreuses formes, et certaines structures – et égos – le limitent souvent.

Encourager les œuvres créées par des méthodes alternatives apportera de nouvelles perspectives et idées à l’industrie, ce qui ne peut être qu’une bonne chose.

Qu’attendez-vous du public qui verra L’âge imminent à l’international ?

Nous espérons que le public international se connectera à l’histoire et aux personnages autant que nous l’avons fait. Nous voulons qu’ils voient un portrait de la périphérie de Barcelone tout en le reliant à leur propre vie.

Le vieillissement est inévitable et imminent. Nous vivons dans une société qui exclut de plus en plus les personnes âgées, nous forçant à adopter des modes de vie dont elles ne peuvent pas faire partie. Nous espérons que le film suscitera des débats et des réflexions sur nos relations avec nos grands-parents et sur la manière dont nous voulons vieillir nous-mêmes.

Cette expérience vous a-t-elle motivé à renouveler votre collaboration pour de futurs projets ?

Avant tout, nous sommes amis. En ce moment, nous nous concentrons sur la sortie et la réception du film. À l’avenir, nous déciderons de ce que nous ferons ensuite.

Cela a été un processus long et quelque peu épuisant. Bien que nous ne soyons pas sûrs de réaliser un autre long métrage collectivement, nous savons que nous continuerons à travailler ensemble d’une manière ou d’une autre. Nos vies ont beaucoup changé au cours des quatre dernières années, et peut-être que nous explorerons d’autres formats, comme un court-métrage.

L’âge imminent : bande-annonce

L’âge imminent : une vie après l’autre

Vivre sans regrets, c’est aussi renoncer à ses dépendances. Dans une approche quasi documentaire, L’âge imminent joue sur cet équilibre en abordant les conflits et la cohabitation intergénérationnelle. Ce premier long-métrage du collectif Col·lectiu Vigília possède une formidable capacité à capturer l’instant dans tout ce qu’il a d’imparfait, de mélancolique et d’éphémère. Une œuvre émouvante et universelle racontée du point de vue de la jeunesse et par la jeunesse, en hommage à nos aînés.

Synopsis : Bruno, 18 ans, s’occupe de sa grand-mère Natividad, qui devient de plus en plus dépendante. Le petit-fils doit faire face à la décision la plus difficile de sa vie : doit-il placer sa grand-mère dans une maison de retraite ?

Rares sont les projets de fin d’études à marquer durablement les esprits, ce qui confirme d’autant plus la prouesse du collectif Col·lectiu Vigília, composé de six étudiants espagnols en Communication Audiovisuelle. Ainsi, Laura Corominas Espelt, Laura Serra Solé, Clara Serrano Llorens, Gerard Simó Gimeno, Ariadna Ulldemolins Abad et Pau Vall Capdet ne forment qu’un à chaque niveau de cette production soutenue par Ringo Media (Matria, Le Journal de ma sextorsion). Ils racontent le futur incertain de deux protagonistes, constamment tournés l’un vers l’autre mais dont la complicité est parasitée par la quête identitaire du jeune adolescent. Entre son désir de vivre sa vie et celui de rester auprès de sa grand-mère en manque d’autonomie, son cœur balance.

La terreur de vivre

Bruno a désormais atteint l’âge charnière de sa vie en société. En passe d’apprendre à conduire une voiture, de rédiger un CV pour se trouver un emploi durable, de connaître ses premiers émois amoureux, le jeune homme découvre une multitude d’opportunités pour se forger sa propre identité. Il incarne cette jeunesse pleine d’espoir, mais ce dernier ne peut pleinement s’épanouir car il revient sans cesse sur ses pas pour prendre soin de Natividad, qu’il surnomme Nati. Du haut de ses 85 ans, elle trouve autant de moyens de se divertir et d’interagir avec le monde extérieur depuis son appartement quand son petit-fils ne vadrouille pas avec ses amis ou qu’il n’enchaine pas les livraisons de pizza sur son vélo. On nous donne ainsi à les observer dans leurs gestes quotidiens, à travers de longs et gros plans immersifs. La musique de Laura Casaponsa enrobe le tout avec discrétion. Dans des teintes chaudes, où le grain de la pellicule se superpose, le spectateur contemple avec tendresse et impuissance la solitude de deux êtres livrés à eux-même, malgré leur affinité inébranlable.

On y reconnaît là les qualités et les subtilités d’un brillant film d’auteur, car toutes les images qui défilent à l’écran porte la marque de l’effort, de la sincérité et de l’humilité. Sans avoir la prétention d’être politiquement engagé, le collectif Col·lectiu Vigília prend simplement le pouls d’une relation qui est amené à évoluer en parallèle d’une société espagnole contemporaine en pleine mutation. Les fractures sociales et économiques se font sentir, jusque dans le traitement accordé aux personnes âgées. Les établissements publics peinent autant que Bruno à survivre à cette impitoyable réalité. Il résiste comme il peut, à sa façon, pour surmonter sa crise existentielle et pour se défaire des contraintes sociétales, en se laissant guider par ses pulsions, tout en revenant auprès de Nati la nuit tombée. Cette relation, silencieuse, épuisante et douloureuse par moments, est abordée avec énormément d’âme et de justesse qu’on peut y projeter des fragments de soi dans ce somptueux segment de vie.

D’un néoréalisme confondant, à l’instar de Ken Loach ou des frères Dardenne dans leurs diverses études sociétales au cœur des classes populaires et ouvrières, on reconnaît dans L’âge imminent cette même volonté de capturer des réactions sincères et spontanées de ses personnages. Toutefois, le collectif adopte une atmosphère plus chaleureuse en restituant la vitalité rayonnante de la banlieue barcelonaise. Que ce soit dans une scène de repas ou dans un moment d’évasion furtif au crochet face à la télé, ce film parvient à exister au-delà de son visionnage, par sa force de suggestion et de réflexions qui nous hantent et nous bouleversent. Le dénouement en atteste, malgré un sentiment d’inachevé au premier abord, sans véritable épilogue. Mais c’est justement dans la brutalité du montage que le dernier cut succédant à l’échange entre Bruno et Natividad gagne en pertinence. Elle nous renvoie à ce genre de souvenirs « troués » auxquels on se raccroche en vain, alors qu’on s’en sépare inéluctablement, tel ce jeune adolescent et cette grand-mère qui, entre lettres d’amour et confessions testamentaires, doivent accepter une nouvelle vie sans l’autre, dans une solitude enfouie que jamais d’autres rencontres ne pourront supplanter. En définitive, L’âge imminent commence et se termine par des promesses contraires, comme une fatalité où se mêlent les notions d’aimer, de grandir et de laisser partir. Une passionnante et enrichissante réussite !

Pour en savoir davantage, retrouvez notre interview avec le collectif.

L’âge imminent – Bande-annonce

L’âge imminent – Fiche technique

Titre original : L’edat imminent
Titre international : The Imminent Age
Réalisation : Clara Serrano Llorens, Gerard Simó Gimeno, Col.lectiu Vigília
Scénario : Laura Corominas Espelt, Clara Serrano Llorens, Ariadna Ulldemolins Abad, Col.lectiu Vigília
Interprètes : Miquel Mas Martínez, Antonia Fernández Mir, Nunu Sales, Tessa Dela Merced, Jan Mediavilla, Claudia Jara, Albert Caro Aguilera
Image : Pau Vall Capdet
Première assistante réalisatrice : Ariadna Ulldemolins Abad
Direction artistique : Arnau Aizpitarte Ramon
Montage : Gerard Simó Gimeno, Celeste Barria Balma (AMMAC)
Son : Roger Cerdan Buil
Montage son : Ángel Bañuelos, Cora Delgado
Création des costumes : Marta Torra Cabau
Maquillage et coiffure : Aina Proyects
Musique : Laura Casaponsa
Direction de production : Àlex Serra, Laura Serra Solé
Production exécutive : Laura Corominas Espelt, Pau Vall Capdet, Col.lectiu Vigília
Productrice : Mireia Graell Vivancos
Sociétés de production : Ringo Media
Pays de production : Espagne
Distribution France : Outplay Films
Durée : 1h14
Genre : Drame
Date de sortie : 12 mars 2025

L’âge imminent : une vie après l’autre
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L’Enfer : vraie BD pour film fantôme

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Pour les cinéphiles, L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot a acquis au fil des années un statut de mythe, puisque le tournage de ce film, en 1964, n’a jamais pu parvenir à son terme. Stoppé pour raison médicale (infarctus du cinéaste) il n’a jamais pu reprendre, pour des raisons techniques inhérentes au site utilisé voué à des modifications profondes et irréversibles. Pourtant, Clouzot bénéficiait de conditions exceptionnelles, avec un budget illimité de la part de sa société productrice, la Columbia. En effet, le projet s’annonçait révolutionnaire et pouvait marquer le public.

Le tournage ayant capoté, toute exploitation commerciale devenait impossible et les bouts de pellicule enregistrés ont failli sombrer dans l’oubli. Il faut quand même citer le documentaire L’Enfer d’Henri -Georges Clouzot (2009) par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea qui évoque le tournage et ses conditions et présente des extraits. Il faut dire aussi que Claude Chabrol a repris le scénario original pour son film L’Enfer (1994) avec François Cluzet et Emmanuelle Béart dans les rôles principaux. Mais, comme d’habitude, Chabrol a fait du Chabrol et le film ne pouvait absolument pas marquer les esprits comme ce que Clouzot avait en tête. Ce que propose cette BD est justement de nous montrer cela.

Du film à la BD

Le projet se montait donc avec Serge Reggiani et Romy Schneider interprétant Marcel et Odette, couple propriétaire d’un hôtel sur le site du viaduc de Garabit, édifice monumental en fer dû à Gustave Eiffel. A l’époque du tournage, Reggiani a 42 ans et Romy Schneider en a 26 et cherche probablement à casser l’image qu’elle traine depuis Sissi (elle n’a pas encore été sollicité par Claude Sautet). La différence d’âge est fondamentale. En effet, l’histoire met en scène un couple où la jalousie s’installe. Situation vieille comme le monde, que Clouzot veut montrer de façon très personnelle. L’intérêt de cette BD est de nous montrer l’intégrale de l’histoire comme s’il avait pu mener son projet à terme, en intégrant ses intentions. On voit donc la jalousie s’installer et progresser irrésistiblement. Odette est jeune et aime la liberté, s’amuser et voir du monde. De plus, elle a un tempérament assez joueur et elle a tendance à avoir réponse à tout. Enfin, elle n’aime pas se sentir surveillée, ce qui l’incite à mentir à l’occasion, réponse dans son rôle au jeu du chat et de la souris. Tout cela déstabilise complètement Marcel qui observe de nombreux détails troublants, ne sait plus que croire dans ce que lui dit Odette, celle-ci minimisant régulièrement tout ce qu’il lui reproche de plus en plus ouvertement. N’oublions pas que le couple tient un hôtel, avec des habitués qu’Odette fréquente quand et comme cela lui chante. Enfin, Odette et Marcel ont un jeune enfant, ce qui constitue le point faible du scénario, car il n’intervient que rarement. Et puis, Odette va voir sa mère en ville de temps en temps. Les raisons de douter de la fidélité d’Odette ne manquent donc pas pour Marcel qui ne sait plus que croire ni où donner de la tête. Son malaise se traduit d’abord par des insomnies…

Coup d’essai, coup de maître

L’auteur de cette BD ayant eu accès à ce qui reste du tournage (pellicule, scénario, etc.) il a pu se faire une idée précise de ce qu’aurait pu être ce film si Clouzot avait pu aller au bout du projet. Bien entendu, cette BD s’est matérialisée à partir de ce qu’il s’est mis en tête selon les impressions qu’il s’est faites des idées de Clouzot (à relativiser, puisque Clouzot modifiait le scénario au fil du tournage). Le résultat est donc la vision de quelqu’un qui aurait eu accès aux intentions du cinéaste et qui mène le projet à son terme, avec ses moyens et avec un autre medium. Mon ressenti est la parfaite crédibilité du résultat qui donne la très agréable sensation au cinéphile frustré d’avoir enfin pu voir ce film fantôme (ou disons une excellente interprétation, à la manière d’un chef d’orchestre qui enregistre une œuvre méconnue, en tenant compte des intentions profondes du compositeur). Dès l’illustration de couverture, le dessinateur fait sentir qu’il s’approprie le projet, puisque si on reconnaît Reggiani, c’est clairement une caricature. Mais cela colle parfaitement avec le scénario, car il faut faire sentir le cheminement intérieur d’un homme qui, dévoré de jalousie, se dirige inexorablement vers la folie. Quant à Romy Schneider, si on ne la reconnaît pas d’emblée, son attitude est typique de son personnage. De plus, Reggiani est dessiné en noir et blanc alors que Romy est en couleurs, opposition particulièrement significative. Et, ce que l’auteur nous montre du film, c’est que Clouzot voulait utiliser la couleur par petites touches, pour attirer l’attention du spectateur sur certains points. On sent également l’importance des cadrages et du montage qui contribuent largement à faire monter la tension. Le jeu des acteurs est sous-entendu par les aspects caricaturaux des visages. Les déformations qui s’accentuent au fur et à mesure indiquent la montée de la jalousie qui s’accompagne d’une fureur grandissante chez Marcel. En contrepoint, nous avons la désinvolture d’Odette qui fait place progressivement à une inquiétude incontrôlable (les larmes de Romy, même si l’effet est trop accentué à mon avis). On peut imaginer justement qu’aux yeux des spectateurs, les larmes de Romy seraient insupportables. Le dessinateur utilise des effets étonnants, avec des yeux qui, par moments, envahissent le fond de l’image (à l’image de ce que Hitchcock utilise dans la séquence du rêve illustré par Dali, de Spellbound), les déformations de visages qui indiquent le malaise du personnage en question, un dialogue intérieur qui accentue le malaise, etc. Tous ces effets intégrant ce qu’on appelait alors l’art cinétique, justifiaient le budget illimité du film. Ils se fondent ici dans une mise en scène qui produit exactement l’effet voulu. On arrive ainsi à la conclusion que ce roman graphique met en évidence de manière impressionnante les liens entre le cinéma et la bande dessinée qui sont souvent conçus de manière assez équivalente, avec un scénario, un storyboard, etc. L’élément nouveau ici est donc que la situation incite l’auteur à dessiner l’album avec les images des acteurs prévus pour interpréter le film. Le résultat est franchement convainquant et séduisant, avec des moyens infiniment plus raisonnables, financièrement parlant, qu’avec le film. Bien évidemment, le résultat est une BD signée Nicolas Badout (pour ses débuts dans le neuvième art) et non le film prévu par Clouzot. Mais le résultat est plus que troublant, puisqu’il nous permet à nous spectateurs, de nous mettre en tête ce film fantôme. Le style graphique est à l’image de ce que montre l’illustration de couverture, avec un trait réaliste combiné aux points qui apportent le malaise. A noter une façon de dessiner les chevelures notamment, qui rappelle la manière de Charles Burns. On sent également très bien l’atmosphère de l’époque. C’est donc une vraie réussite qui nous vaut une fin marquante, car elle laisse la porte ouverte à diverses interprétations. Petit regret quand même, avec l’absence de générique indiquant les noms des différents interprètes.

L’Enfer, Nicolas Badout – Adapté du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot – Adaptation, dialogues d’Henri-Georges Clouzot et José-André Lacour
Sarbacane : sorti le 5 mars 2025
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A Real Pain : la quête de sens de deux Américains en Pologne

« A Real Pain » de Jesse Eisenberg suit les pas de David et Benji, deux cousins que tout oppose, dans un voyage en Pologne. Entre visites de lieux de mémoire et affrontements personnels, le film questionne la transmission des traumatismes et la quête d’identité. Un film parfois drôle, souvent subtil, mais qui ne va pas totalement au fond de son sujet.

Voyez l’affiche !

Une affiche réussie raconte souvent le film qu’elle annonce. Que voit-on sur la version française, traitée façon BD ? David, identifiable à la casquette rouge qu’il ne quitte jamais, porte un lourd sac à dos sur lequel est juchée son cousin Benji. Le sac à dos, c’est la mémoire familiale de juifs polonais persécutés, incarnée par cette grand-mère qui échappa par miracle aux camps d’extermination. Son cousin, c’est ce type décontracté, reconnaissable à son bermuda rouge, qui se laisse porter par la vie. Tous deux effectuent en effet un pèlerinage à Varsovie, suite au récent décès de leur grand-mère qui leur a laissé de quoi le financer. Ledit pèlerinage va être l’occasion pour les deux cousins de se confronter l’un à l’autre.

L’argument rappelle un roman de Yasmina Reza, Serge : une fratrie réglait ses comptes à la faveur d’un retour sur les lieux où périt la famille de leur mère, Auschwitz. Jesse Eisenberg l’a-t-il lu ? On ne le saura pas, mais les enjeux du film sont les mêmes : comment un trauma refoulé peut faire éclater des rancœurs ou une rivalité enfouies.

Le groupe : un miroir pour nos deux protagonistes

David (Eisenberg lui-même) et Benji (Kieran Culkin) ont opté pour un voyage organisé. En petit groupe, que Jesse Eisenberg a finement composé, afin qu’il résonne par rapport à notre duo. On y trouve :

– Marcia, une quinqua fraîchement marquée par une rupture difficile, qui revient sur les terres de son ancêtre disparu en Pologne ; elle représente la solitude de Benji, plus subie qu’il veut bien le montrer

– un couple sage de taiseux qui se fond dans le groupe, monsieur ne parlant que pour tenter un bon mot ; ils représentent la banalité des deux cousins dans leur propre monde, les USA

– un Rwandais rescapé de son génocide à lui, converti au judaïsme ; il rappelle à David, qui s’en est éloigné, ses racines religieuses.

C’est au sein de ce groupe, animé par un guide aussi compétent que compréhensif, que vont évoluer nos frères ennemis.

Des cousins opposés

La recette des buddy movies repose toujours sur une opposition de personnalités. Qu’on pense chez nous à la trilogie de Francis Veber, La Chèvre, Les Compères et Les Fugitifs, mettant en scène la confrontation d’un Pierre Richard gaffeur-fragile et d’un Gérard Depardieu efficace-costaud. Mais le film d’Eisenberg n’est une comédie qu’à la marge. On pense plutôt à un autre film, Old Joy de Kelly Reichardt – qui engagea d’ailleurs Eisenberg pour son Night Move. On y suivait deux amis lors d’une escapade en forêt : l’un installé dans la vie, père de famille contraint, raisonnable ; l’autre électron libre, audacieux, imprévisible. Le film montrait la façon dont cette virée bucolique avait, imperceptiblement, changé l’un et l’autre.

Jesse Eisenberg reprend tout à fait ce schéma. David est le prototype du New-Yorkais mal dans sa peau tel que l’a immortalisé Woody Allen à ses débuts. La référence est même assumée lorsqu’il jette négligemment dans une poubelle, tout en discutant, le yaourt que lui a gardé son cousin : on la trouve dans Annie Hall, Woody se débarrassant comiquement d’un cadeau que vient de lui faire son amoureuse. On découvre David multipliant les messages téléphoniques à son cousin, d’un débit précipité. Benji, lui, est à l’aéroport depuis deux heures car il trouve cet endroit fascinant par la population qu’on y croise. Celle-ci est à son image : non fixée, toujours en transit. Libre, mais aussi d’un équilibre précaire, ce que le film nous fera ressentir. Comme dans Old Joy, chacun reviendra à son point de départ, Benji refusant l’invitation de David de venir dîner dans sa famille, préférant reprendre sa place parmi les passagers en attente. Le film d’Eisenberg a pour lui cette part de non-dit qui permet au spectateur de prolonger la réflexion. Long en bouche.

A Real Pain, le titre comporte une polysémie malicieuse : il signifie à la fois « un vrai chagrin » et « une personne pénible ». C’est tout Benji, sur qui s’ouvre et se clôt le film : à la fois inconsolable et insupportable. Sa peine s’exprime par une sensibilité à fleur de peau, que cet extraverti ne réprime pas : de la blague déplacée à la crise de larmes, en passant par l’agressivité et même le rot sonore. Tout voyage organisé comporte ce genre de trublion, aussi agaçant qu’attachant. Les autres participants sont aussi des archétypes, mais A Real Pain a le bon goût de ne pas virer à la satire convenue d’un voyage organisé. Il n’en reprend que quelques éléments, pour les faire résonner par rapport à son sujet.

Un pèlerinage sur fond de décalage culturel

Les deux cousins cherchent à donner du sens à ce voyage organisé. Dans un cimetière juif, Benji reproche ouvertement au guide de continuer à fournir des informations historiques dans ce lieu chargé de douleurs : gonflé, puisque qu’il ne fait qu’accomplir sa mission ! Mais notre guide le prend bien : il s’adapte, proposant que chacun dépose une pierre sur la plus vieille tombe du cimetière pour marquer un geste qui fasse sens. Une ancestrale tradition juive qui revêt ici un caractère un peu dérisoire, la scène dégageant un côté ludique. Cette idée va faire bien davantage sens lorsque les deux cousins, ayant quitté le groupe, vont se retrouver cette fois devant l’ancienne maison de leur grand-mère. L’endroit est décevant par sa parfaite banalité – une situation très réaliste. David et Benji décident alors de reprendre le geste du cimetière pour conférer au lieu sa solennité perdue. C’est alors qu’ils auront leur seul contact avec un Polonais – on se souvient que Benji avait aussi reproché au guide l’absence de rapport avec les Polonais dans sa harangue au cimetière. L’échange est rude : aidé par son fils qui parle anglais, l’homme leur signifie que les pierres qu’ils ont déposées là risquent de faire chuter la personne âgée qui y réside lorsqu’elle sortira. Le pragmatisme face à la mémoire.

Les deux cousins sentent bien qu’ils sont décalés par rapport au tragique des lieux qu’ils visitent. David le dit devant la maison de sa grand-mère : il est gêné de dire qu’il est « Américain« . Les Etats-Unis, c’est ce côté cool en permanence qui tranche avec la dureté des Polonais. Un côté superficiel aussi, qui sied très mal au pèlerinage qu’ils ont entrepris. Est-ce pour cela qu’ils dorment encore au moment de partir pour les sites, arrivant à chaque fois en retard ? Comme s’ils cherchaient à fuir l’épreuve.

L’épreuve des visites : la question de la banalisation des camps

Les visites du groupe sont d’abord bien montrées, par ces plans d’immeubles que le capitalisme a invisibilisés. David et Benji ne peuvent que constater que la culture globalisante de leur pays a presque tout effacé. Seuls quelques pans de mur en ruine évoquent, de façon poignante, l’histoire des juifs persécutés.

Et puis arrive la visite du camp de Majdanek, qui appelle une grosse réserve.

Filmer les camps n’est pas un acte anodin. La question de l’irreprésentable se pose forcément. Or Jesse Eisenberg fait de cette visite quelque chose de presque banal. On eût pu y voir une dénonciation d’un tourisme voyeur mais pas du tout : les participants se montrent plutôt recueillis et se diront remués de retour à Varsovie. Dès lors, il ne restait au cinéaste que deux options : soit laisser le camp hors champ, soit parvenir, par la mise en scène, à conférer au lieu toute sa puissance. Jonathan Glazer, dans le renversant La zone d’intérêt, a clairement choisi la première option. Jesse Eisenberg échoue dans la seconde, d’autant que le guide continue, malgré ses bonnes intentions de sobriété, à commenter chacune des pièces, indiquant par exemple que le bleu sur les murs correspond à des traces du gaz utilisé par les nazis. De quoi banaliser un peu plus ces lieux, qui ne réclament que le silence.

Au-delà de cette séquence contestable, le problème majeur du film est de ne pas faire suffisamment ressentir l’effet du pèlerinage sur la relation entre David et Benji. Il se contente de montrer comment l’un et l’autre réagissent à l’épreuve, ne traitant que la moitié – la plus facile – du sujet.

Divergences des deux héros face aux lieux de mémoire

Les visites sont l’occasion, pour Jesse Eisenberg, de mettre en exergue les traits de caractère antagonistes des deux cousins.

L’un des pensums des voyages organisés ce sont les interminables photos devant chaque site. Face à une sculpture monumentale, Benji a l’idée de créer une reconstitution. Tout le monde finit par se prendre au jeu, même le guide. Tout le monde sauf, bien sûr, David qui de ce fait peut prendre les photos, passant d’un smartphone à l’autre pour que chacun ait son souvenir. Cette insoutenable légèreté le paralyse par son obscénité. Lorsque cette obscénité frappe Benji, celui-ci réagit fort différemment : dans le train qui les mène à Lublin, Benji interpelle tout le groupe sur le fait de voyager en première alors que leurs ancêtres juifs firent le trajet entassés dans des wagons à bestiaux. L’indécence du décalage, propre à toute visite des camps, se voit accentuée par la judéité des participants.

David semble sans cesse mal à l’aise, tandis que Benji évolue constamment comme un poisson dans l’eau. Alors que Marcie chemine seule, David suggère qu’elle a peut-être besoin de solitude. « Personne ne veut être seul », tranche Benji avant de la rejoindre — renforçant ainsi l’idée que le personnage de Marcia reflète sa propre solitude. Après une nuit où David s’inquiète de ne pas voir rentrer son cousin, il apprend au petit matin, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, que Benji « étai[t] avec Marcia ».

Le fonctionnement de Benji échappe au très raisonnable David : ainsi, dans le train, alors que ce dernier s’est endormi, il est effaré que son cousin ne l’ait pas réveillé. Mais Benji a pour lui le charme de l’audace : David finira par s’amuser du voyage sans ticket en jouant au gendarme et au voleur avec le contrôleur. Les deux finiront en première, ce que rejetait Benji. « Oui, mais là on l’a mérité » lance le trublion jamais à court d’une bonne réplique. La frustration de David vis-à-vis de son cousin culmine dans la scène d’adieu au guide : celui-ci ne tarit pas d’éloges sur le si franc Benji qui a fait preuve de courage et lui a permis ainsi de s’améliorer. La scène s’étire, se conclut par l’accolade chaleureuse dont Benji est coutumier, avant que le guide se contente d’un amical mais lapidaire « salut » à David. Cruel.

Un David tiraillé : entre affection et rancoeur

L’ambivalence des sentiments de David vis-à-vis de son cousin éclate dans la scène finale où les deux se séparent à l’aéroport. David balance une claque à Benji, sous le prétexte que celui-ci lui a raconté être reconnaissant à sa grand-mère de l’avoir ainsi corrigé enfant. Le geste était refoulé par le jeune homme, à qui Benji en aura fait voir : l’angoisse d’être pris avec de la drogue ce fut pour David, le siège du milieu dans l’avion ce fut aussi pour lui, le premier à la douche ce fut Benji., etc., sans compter les nombreuses fois où ses saillies incontrôlées lui firent honte. Mais Benji fut aussi celui qui déclara à son cousin qu’il avait des pieds « canons » et lui manifesta maintes fois son amour. C’est cette ambiguïté qui fait, en grande partie, le charme du film. Dès lors, une accolade chaleureuse s’imposait pour finir, avant que chacun ne reprenne sa place, David dans son chez-lui, Benji dans son absence de chez-lui.

Tout cela est riche, mené de surcroît sur une jolie ligne de crête, entre légèreté et gravité. Un bonbon acidulé.

Trois réserves viennent toutefois atténuer cette impression positive.

Trois limites du film

D’abord une surcharge scénaristique inutile et des scènes bavardes. On pense ici aux deux dialogues sur le toit en fumant la weed que Benji s’est fait envoyer à l’hôtel. Et à cette histoire de tentative de suicide récente de Benji. Trop peu creusée, elle nuit au rythme et dilue le propos.

Le deuxième travers réside dans l’utilisation de la musique. Quasi exclusivement Chopin, pourquoi pas mais, outre qu’avec Schubert c’est un peu la tarte à la crème de la B.O., la musique est ici envahissante. On se croirait par moments chez Emmanuel Mouret. Bien des scènes, y compris dialoguées, se déroulent sur fond de Chopin, conférant au film un côté clip assez banal. Trop de musique tue la musique.

Enfin, formellement ce n’est guère passionnant. Bien peu de beaux plans à se mettre sous la dent. C’est même parfois assez laid, notamment lorsque David est filmé de près, façon selfie.

Conclusion : un film inutile ?

Ainsi A Real Pain ne tient-il pas toutes ses promesses. La seule promesse tenue est finalement celle de l’affiche : on suivra en effet un gars accablé par son brillant cousin, tentant d’avancer sous ce poids. Traînant son boulet. Et, contrairement à ce que racontait Old Joy, pas sûr que l’un et l’autre ressortent changés en quoi que ce soit de l’escapade. Tout ça pour ça. Un joli petit film, mais inutile ?…

Bande-annonce : A Real Pain

Fiche technique du film : A Real Pain

Réalisation et scénario : Jesse Eisenberg
Acteurs principaux :

  • Jesse Eisenberg : David Kaplan
  • Kieran Culkin : Benji Kaplan
  • Jennifer Grey : Marcia
  • Will Sharpe : James
  • Kurt Egyiawan : Eloge

Musique : Compositions de Frédéric Chopin interprétées par Tzvi Erez
Photographie : Michał Dymek
Montage : Robert Nassau

Sociétés de production :

  • Topic Studios
  • Fruit Tree
  • Extreme Emotions

Société de distribution : Searchlight Pictures

Pays de production : États-Unis, Pologne
Langue originale : Anglais
Genre : Comédie dramatique
Durée : 90 minutes

Dates de sortie :

  • Première mondiale : 20 janvier 2024 (Festival du film de Sundance)
  • États-Unis : 1ᵉʳ novembre 2024
  • France : 26 février 2025 en salle | 1h 29min | Comédie dramatique

Synopsis : Après le décès de leur grand-mère, David et Benji, deux cousins américains aux personnalités opposées, entreprennent un voyage en Pologne pour explorer leurs racines familiales. Ce pèlerinage les conduit à revisiter l’histoire de leur famille et à confronter leurs propres divergences, le tout sur fond de mémoire historique.

Distinctions :

  • BAFTA 2025 : Meilleur scénario original pour Jesse Eisenberg
  • Golden Globes 2025 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Kieran Culkin
  • Oscars 2025 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Kieran Culkin
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3.5

« L’Âge de déraison » : se réinventer

Avec son titre à la fois ironique et évocateur, L’Âge de déraison, de Dounia Georgeon au scénario et Pascal M. au dessin, interroge avec subtilité et sensibilité le regard que nous portons sur le vieillissement, la liberté retrouvée et la réinvention de soi à l’aube du grand âge. Parue chez Steinkis, cette bande dessinée s’inscrit parfaitement dans une époque où l’âge ne doit plus être synonyme de renoncement mais au contraire, de renaissance.

Au cœur de l’intrigue : Corinne, une septuagénaire au quotidien marqué par la monotonie. Elle vit une retraite paisible aux côtés de Gilles, son mari depuis près d’un demi-siècle. Son existence semble toute tracée : des habitudes immuables semblent forgées dans le marbre et une douce torpeur habite ses journées. Jusqu’au jour où un simple détour dans ses promenades quotidiennes lui permet de retrouver Marthe, une vieille amie perdue de vue depuis longtemps. Cette dernière est l’incarnation flamboyante d’une vieillesse assumée, libre et joyeusement insoumise, à mille lieues de ce que semble vivre Corinne.

Ce hasard heureux ouvre un nouveau chapitre dans la vie de notre hérorïne, en la confrontant directement à son passé lors d’une soirée mémorable où elle renoue avec sa bande de jeunesse. À travers l’humour et les confidences complices, le récit prend une tonalité joyeuse mais jamais naïve, oscillant entre nostalgie tendre et éveil à une nouvelle manière de percevoir la vie. Corinne remet profondément en question ses choix, elle réapprend la spontanéité et le désir de partage, mais questionne aussi l’ombre d’un mariage devenu pesant. En effet, par contraste, Gilles apparaît résigné à la passivité.

Dounia Georgeon, sans jamais empeser son récit, le parsème toutefois de réflexions universelles : sur l’émancipation tardive et les aspirations à une vie authentiquement choisie. Le trait graphique de Pascal M. accompagne idéalement cette histoire grâce à une esthétique sobre, légèrement stylisée. Ses dessins, soutenus par une colorisation volontairement délavée, traduisent admirablement les nuances émotionnelles du troisième âge, où joie, mélancolie et sérénité cohabitent harmonieusement.

On ne va pas en faire mystère : le propos général de cet album peut sembler familier et attendu, mais L’Âge de déraison n’en demeure pas moins juste et touchant. Le récit dédramatise avec légèreté les aspects moins glorieux du vieillissement tout en célébrant discrètement ses potentialités de liberté retrouvée, de plaisir et d’amitié durable. Corinne ne vit rien de moins qu’une seconde jeunesse, sans en faire des tonnes, juste en réveillant son désir de découverte, de sortie…

L’Âge de déraison constitue une ode tendre et optimiste à l’âge mûr, un rappel précieux que la vie ne cesse jamais de réserver des surprises, pour peu qu’on sache s’y abandonner avec courage et curiosité. Une chronique douce-amère de l’automne de la vie, sensible et sans prétention.

L’Âge de déraison, Dounia Georgeon et Pascal M.
Steinkis, février 2025, 128 pages

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3

« Regards » : le nôtre, empêché ou intérieur, et celui des autres

Avec Regards, publié aux éditions Glénat, J. Personne échafaude une œuvre singulière, d’une grande audace graphique, et qui, à travers le destin de Luc, jeune aspirant réalisateur, brutalement plongé dans l’obscurité après un accident de voiture, propose une réflexion autour de la cécité. Ce roman graphique interroge la résilience humaine, les limites de nos ambitions et notre rapport à la société lorsqu’elle se détourne ou s’apitoie.

Luc voit son avenir basculer alors même qu’il vient de remporter un prix prestigieux pour un court-métrage dans lequel il a placé beaucoup d’espoir. Cet accident soudain coupe court à son ascension, mais pas immédiatement à son optimisme. Profondément attachant, le jeune homme se persuade rapidement qu’il ne s’agit là que d’un état provisoire, une parenthèse douloureuse qu’il pourra vite refermer grâce à une volonté inébranlable. Pourtant, il comprend, chemin faisant, que cet état pourrait persister et mettre en échec ses projets professionnels, tués dans l’oeuf.

L’auteur, lui-même ancien orthoptiste, exploite avec justesse son expérience professionnelle pour livrer un récit authentique et très sensoriel. La cécité de Luc est en effet rendue palpable à travers une esthétique graphique travaillée : partiellement plongées dans un noir profond, les pages laissent toutefois apparaître des silhouettes aux contours flous et des impressions visuelles fugitives, renforcées à mesure que Luc affine ses autres sens. Le procédé permet notamment au lecteur de ressentir intimement les étapes d’adaptation à la perte de la vue. Luc est diminué, et nous adoptons son point de vue tout au long du récit.

La force narrative de Regards tient autant à la complexité psychologique de Luc qu’à la richesse de ses interactions avec un entourage bouleversé par son handicap. Les moments d’espoir alternent avec la brutalité du quotidien : démarches administratives éprouvantes, rendez-vous médicaux incessants, rééducation difficile à obtenir mais aussi longue et douloureuse. Luc oscille constamment entre désespoir et combativité, solitude et nouvelles rencontres amicales ou sentimentales, notamment au sein du centre de réadaptation. Mais si le mot regards est porté au pluriel dans le titre, c’est aussi parce que Luc sent que celui des autres change à son égard : on s’apitoie, on est gêné par sa présence, on ne sait comment se comporter en présence de l’ancien apprenti cinéaste qui électrisait les soirées…

Particulièrement remarquables sont les passages dans lesquels Luc construit mentalement l’apparence des personnes autour de lui en fonction d’indices sensoriels comme l’odeur, la voix ou le prénom. J. Personne offre ainsi des moments à la fois humoristiques et tendres, évitant le piège du pathos pour préférer l’humanité pure et la légèreté salvatrice. Le personnage de Martine, assistante sociale initialement perçue comme une figure austère, évolue ainsi dans l’esprit du héros, symbolisant le processus même d’acceptation et d’ouverture à la différence.

Avec Regards, J. Personne réussit le pari risqué de traiter visuellement de la cécité tout en offrant une réflexion sensible sur une condition humaine diminuée. Ni Luc ni le lecteur ne sortiront indemnes de cette plongée dans l’obscurité, mais chacun en ressortira sans doute grandi, avec un regard renouvelé sur la vie et ses possibilités infinies de se réinventer.

Regards, J. Personne
Glénat, mars 2025, 192 pages

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3.5

« Catmask Boy » : chronique d’une enfance héroïque au cœur du chaos hongkongais

Avec Catmask Boy, Linus Liu livre une immersion rafraîchissante et trépidante dans le Hong Kong bouillonnant des années 1970. Ce premier ouvrage, auréolé dans le cadre du programme de soutien à la bande dessinée de Hong Kong, traduit avec talent la vitalité artistique d’un auteur émergent, qui choisit de nous inscrire dans le sillage d’un enfant téméraire.

Le récit s’ancre dans le quotidien de Tao Tigrou, un garçon espiègle et insouciant, aux antipodes de l’élève modèle. Son obsession du moment ? Devenir un super-héros, chose pour laquelle il a confectionné lui-même un masque de chat, symbole ingénieux de son imaginaire bouillonnant. Mais lorsque l’enfant égare son bulletin dans le tristement célèbre quartier de Kowloon, il se voit obligé d’en arpenter les rues pour éviter le courroux de sa mère.

Le bidonville labyrinthique de Kowloon, véritable protagoniste à part entière, est magistralement retranscrit par Linus Liu. Son dessin dépeint avec talent un univers étouffant, où règnent en maîtres jeux clandestins, fumeries d’opium et trafics en tous genres. Ce quartier est loin d’être une simple toile de fond : il fait écho à une réalité historique complexe, celle de Hong Kong, partagée entre Chinois et Britanniques, plus précisément dans un espace densément peuplé, en déshérence, où des dentistes exerçaient sans diplômes reconnus, au milieu d’une anarchie organisée par les mafias locales.

La force narrative de Catmask Boy réside dans l’habile équilibre trouvé par l’auteur entre légèreté enfantine et profondeur sociale. Tao Tigrou, attachant par son intrépidité naïve et son énergie débordante, évolue au gré d’aventures rocambolesques aux côtés d’un compagnon d’infortune, lui aussi masqué, formant une improbable mais touchante « bromance » féline. Cette solidarité face au danger offre au lecteur des moments d’humour et d’émotion sincères, rythmés par des péripéties où se mêlent ingénuité et gravité.

Linus Liu confronte l’innocence de l’enfance à la violence urbaine. Il parvient ainsi à créer un récit accessible mais jamais simpliste, enrichi de réflexions fines sur la valeur relative de l’éducation formelle comparée aux enseignements de la rue et des épreuves réelles. Tao Tigrou se remémore les conseils de sa mère et les problématise en découvrant par l’expérience de quelle étoffe est faite la vie ordinaire.

Visuellement dynamique, narrativement fluide et porté par une sincérité palpable, Catmask Boy nous transporte dans les ruelles d’un Hong Kong aujourd’hui disparu (Kowloon a depuis été rasé). À la croisée des genres, cet album constitue une belle réussite, promettant à Linus Liu une place méritée parmi les nouvelles voix marquantes du neuvième art asiatique.

Catmask Boy, Linus Liu
La Boîte à bulles, mars 2025, 192 pages

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4