« L’Âge de déraison » : se réinventer

Avec son titre à la fois ironique et évocateur, L’Âge de déraison, de Dounia Georgeon au scénario et Pascal M. au dessin, interroge avec subtilité et sensibilité le regard que nous portons sur le vieillissement, la liberté retrouvée et la réinvention de soi à l’aube du grand âge. Parue chez Steinkis, cette bande dessinée s’inscrit parfaitement dans une époque où l’âge ne doit plus être synonyme de renoncement mais au contraire, de renaissance.

Au cœur de l’intrigue : Corinne, une septuagénaire au quotidien marqué par la monotonie. Elle vit une retraite paisible aux côtés de Gilles, son mari depuis près d’un demi-siècle. Son existence semble toute tracée : des habitudes immuables semblent forgées dans le marbre et une douce torpeur habite ses journées. Jusqu’au jour où un simple détour dans ses promenades quotidiennes lui permet de retrouver Marthe, une vieille amie perdue de vue depuis longtemps. Cette dernière est l’incarnation flamboyante d’une vieillesse assumée, libre et joyeusement insoumise, à mille lieues de ce que semble vivre Corinne.

Ce hasard heureux ouvre un nouveau chapitre dans la vie de notre hérorïne, en la confrontant directement à son passé lors d’une soirée mémorable où elle renoue avec sa bande de jeunesse. À travers l’humour et les confidences complices, le récit prend une tonalité joyeuse mais jamais naïve, oscillant entre nostalgie tendre et éveil à une nouvelle manière de percevoir la vie. Corinne remet profondément en question ses choix, elle réapprend la spontanéité et le désir de partage, mais questionne aussi l’ombre d’un mariage devenu pesant. En effet, par contraste, Gilles apparaît résigné à la passivité.

Dounia Georgeon, sans jamais empeser son récit, le parsème toutefois de réflexions universelles : sur l’émancipation tardive et les aspirations à une vie authentiquement choisie. Le trait graphique de Pascal M. accompagne idéalement cette histoire grâce à une esthétique sobre, légèrement stylisée. Ses dessins, soutenus par une colorisation volontairement délavée, traduisent admirablement les nuances émotionnelles du troisième âge, où joie, mélancolie et sérénité cohabitent harmonieusement.

On ne va pas en faire mystère : le propos général de cet album peut sembler familier et attendu, mais L’Âge de déraison n’en demeure pas moins juste et touchant. Le récit dédramatise avec légèreté les aspects moins glorieux du vieillissement tout en célébrant discrètement ses potentialités de liberté retrouvée, de plaisir et d’amitié durable. Corinne ne vit rien de moins qu’une seconde jeunesse, sans en faire des tonnes, juste en réveillant son désir de découverte, de sortie…

L’Âge de déraison constitue une ode tendre et optimiste à l’âge mûr, un rappel précieux que la vie ne cesse jamais de réserver des surprises, pour peu qu’on sache s’y abandonner avec courage et curiosité. Une chronique douce-amère de l’automne de la vie, sensible et sans prétention.

L’Âge de déraison, Dounia Georgeon et Pascal M.
Steinkis, février 2025, 128 pages

Note des lecteurs4 Notes
3

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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