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« Chère maman » : une emprise maternelle toxique

Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray

Dans Chère maman, Sophie Adriansen et Mlle Caroline s’attaquent à un sujet délicat et douloureusement universel : l’emprise toxique d’une mère sur sa fille. Ce roman graphique, publié aux éditions Glénat, décortique les mécanismes insidieux d’une relation empoisonnée, et les conséquences psychologiques durables qu’elle entraîne.

Alix, mère de trois enfants, épouse aimante et épanouie, styliste accomplie, a tout pour être heureuse. Mais derrière cette façade envieuse se cache une souffrance réelle, ancienne et tenace. Tout bascule le jour où sa propre mère adresse une remarque désobligeante à sa petite-fille. Cet incident ravive chez Alix des souvenirs d’humiliations et de maltraitances subies durant son enfance. Peu à peu, elle prend conscience de l’emprise que sa mère continue d’exercer sur elle. Une thérapie ne suffira pas à en atténuer les effets, alors la jeune femme décide, non sans peine, de prendre de la distance…

À travers l’histoire d’Alix, Sophie Adriansen explore le parcours douloureux d’une femme qui lutte pour se libérer de l’influence d’une mère manipulatrice, culpabilisatrice et hypercontrôlante. Ce type de parent toxique désapprouve constamment les choix de vie de ses enfants. Mais ce n’est pas tout : on verra Anne-Catherine minimiser les problèmes de santé d’Alix et s’immiscer dans l’éducation de ses enfants. Alix se retrouve ainsi prisonnière d’un cercle vicieux de culpabilisation, d’humiliations répétées et de dévalorisation constante.

Les exemples concrets de la toxicité maternelle abondent dans le récit : la mère d’Alix tourne en dérision son cancer de la thyroïde, critique son choix de laisser ses enfants regarder des écrans pendant les trajets en voiture et s’approprie même le mérite des réussites de sa fille, allant jusqu’à prétendre l’avoir inspirée dans la confection de ses nouveaux modèles de vêtements.

Le mari d’Alix, kinésithérapeute, la soutient dans sa démarche pour retrouver son autonomie, souvent à bout de bras. Avec l’aide d’une psychologue, Alix cherche à comprendre et à se défaire des chaînes qui l’empêchent de vivre pleinement sa vie. Mais elle se heurte aussi aux injonctions de son entourage, qui lui répète sans cesse qu’« on n’a qu’une seule mère » et qu’elle devrait en profiter malgré tout.

Le trait expressif de Mlle Caroline vient sublimer la narration de Sophie Adriansen. La mère d’Alix est représentée en noir, un choix graphique fort qui symbolise son côté néfaste et permet au lecteur de percevoir immédiatement la menace qu’elle représente. Cette silhouette inquiétante contraste avec la douceur des autres personnages et semble accentuer l’emprise qu’elle exerce sur sa fille. Le dessin traduit avec justesse le vertige et le malaise provoqués par cette relation toxique. Les expressions des personnages, la mise en scène des situations et la palette de couleurs contribuent à renforcer l’impact émotionnel du récit.

Chère maman est un témoignage puissant et libérateur qui met en lumière un sujet capital mais souvent passé sous silence : la toxicité parentale. D’après les chiffres rapportés dans l’ouvrage, 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent toxique. Le roman graphique donne une voix à ces enfants devenus adultes, prisonniers d’une relation destructrice qu’ils peinent à comprendre et à surmonter. Une BD indispensable qui rappelle que l’amour maternel, lorsqu’il devient poison, n’est pas une fatalité à laquelle il faut se résigner.

Chère maman, Sophie Adriansen et Mlle Caroline
Glénat, février 2025, 256 pages

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