« Catmask Boy » : chronique d’une enfance héroïque au cœur du chaos hongkongais

Avec Catmask Boy, Linus Liu livre une immersion rafraîchissante et trépidante dans le Hong Kong bouillonnant des années 1970. Ce premier ouvrage, auréolé dans le cadre du programme de soutien à la bande dessinée de Hong Kong, traduit avec talent la vitalité artistique d’un auteur émergent, qui choisit de nous inscrire dans le sillage d’un enfant téméraire.

Le récit s’ancre dans le quotidien de Tao Tigrou, un garçon espiègle et insouciant, aux antipodes de l’élève modèle. Son obsession du moment ? Devenir un super-héros, chose pour laquelle il a confectionné lui-même un masque de chat, symbole ingénieux de son imaginaire bouillonnant. Mais lorsque l’enfant égare son bulletin dans le tristement célèbre quartier de Kowloon, il se voit obligé d’en arpenter les rues pour éviter le courroux de sa mère.

Le bidonville labyrinthique de Kowloon, véritable protagoniste à part entière, est magistralement retranscrit par Linus Liu. Son dessin dépeint avec talent un univers étouffant, où règnent en maîtres jeux clandestins, fumeries d’opium et trafics en tous genres. Ce quartier est loin d’être une simple toile de fond : il fait écho à une réalité historique complexe, celle de Hong Kong, partagée entre Chinois et Britanniques, plus précisément dans un espace densément peuplé, en déshérence, où des dentistes exerçaient sans diplômes reconnus, au milieu d’une anarchie organisée par les mafias locales.

La force narrative de Catmask Boy réside dans l’habile équilibre trouvé par l’auteur entre légèreté enfantine et profondeur sociale. Tao Tigrou, attachant par son intrépidité naïve et son énergie débordante, évolue au gré d’aventures rocambolesques aux côtés d’un compagnon d’infortune, lui aussi masqué, formant une improbable mais touchante « bromance » féline. Cette solidarité face au danger offre au lecteur des moments d’humour et d’émotion sincères, rythmés par des péripéties où se mêlent ingénuité et gravité.

Linus Liu confronte l’innocence de l’enfance à la violence urbaine. Il parvient ainsi à créer un récit accessible mais jamais simpliste, enrichi de réflexions fines sur la valeur relative de l’éducation formelle comparée aux enseignements de la rue et des épreuves réelles. Tao Tigrou se remémore les conseils de sa mère et les problématise en découvrant par l’expérience de quelle étoffe est faite la vie ordinaire.

Visuellement dynamique, narrativement fluide et porté par une sincérité palpable, Catmask Boy nous transporte dans les ruelles d’un Hong Kong aujourd’hui disparu (Kowloon a depuis été rasé). À la croisée des genres, cet album constitue une belle réussite, promettant à Linus Liu une place méritée parmi les nouvelles voix marquantes du neuvième art asiatique.

Catmask Boy, Linus Liu
La Boîte à bulles, mars 2025, 192 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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