Accueil Blog Page 625

La La Land: Musique, B.O. de Justin Hurwitz

0

Musique de La La Land: une imitation presque parfaite de l’univers du duo Demy/Legrand, sans l’inspiration et l’exigence des deux maitres de la comédie musicale française.

B.O/Trame sonore/Soundtrack

C’est toute auréolée de son Golden Globe pour la meilleure bande originale, que la musique de La La Land vient poser les jalons d’un succès écrit d’avance et vendu par des médias unanimes. Oui mais non. Il n’est pas question ici d’une quelconque entreprise de démolition, seulement d’un rappel aux principes de la comédie musicale, dictés pour la postérité dans les années 50, âge d’or du genre à Hollywood.

Certes, l’inspiration de Justin Hurwitz se situe plutôt du côté de Jacques Demy et Michel Legrand. Il n’empêche que la bande originale d’une comédie musicale ne peut être un demi-succès, tant elle y est primordiale. Mais voilà, Justin Hurwitz est, quoi qu’on en dise, un débutant et sa trame sonore pour Whiplash ne peut être une référence, le film comportant surtout des reprises. Hurwitz est avant tout scénariste, La La Land n’est que sa deuxième composition et cela se ressent tout au long de l’écoute. Cette bande-originale souffre de trois principaux problèmes. Tout d’abord une unité musicale qu’elle peine à trouver, oscillant entre jazz, swing et boogie, le tout en singeant un Michel Legrand un jour sans inspiration. Les arrangements sont parfois étouffants, en voulant à tout prix « faire comme », il en oublie de laisser une place aux chanteurs qui subissent une balance parfois trop en faveur des musiciens. Pour finir, artiste musical est un métier et Ryan Gosling a certainement beaucoup travaillé, mais il vient allonger la liste des acteurs ayant poussé (pas trop haut) la chansonnette le temps d’un film (même s’il a aussi poussé cette chansonnette au Mickey Mouse Club). Il chante bien, mais il n’est pas chanteur ça se confirme. Emma Stone, sans atteindre la performance, a pour elle une tessiture qui, non seulement est douce à l’oreille, mais en plus correspond à l’image que cette actrice donne d’elle-même.

La bande-originale de La La Land est jolie, propre et certainement pas désagréable à écouter, mais elle n’est ni inspirante ni inspirée. Elle ne rentrera pas au Panthéon comme l’ont fait Fame, Chantons Sous La Pluie, Hair, Yentl ou encore Brigadoon. Quand on sait que pour ce genre cinématographique qu’est la comédie musicale, la musique compte au minimum pour la moitié de la qualité du film, le reste a cette fois intérêt à être hors norme. Sauf bien sûr si les critiques et les médias continuent leur matraquage, dans ce cas tout est possible…

Lalaland : Bande Originale

Sortie: 9 décembre 2016

Distributeur: Interscope Records

Durée: 45:47

1. « Another Day Of Sun” (La La Land Cast) 3:48
2. Someone In The Crowd » (Emma Stone, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno, Jessica Rothe) 4:19
3. « Mia & Sebastian’s Theme” (Justin Hurwitz) 1:37
4. « A Lovely Night” (Ryan Gosling, Emma Stone) 3:56
5. « Herman’s Habit” (Justin Hurwitz) 1:51
6. « City of Stars” (Ryan Gosling) 1:51
7. « Planetarium” (Justin Hurwitz) 4:17
8. « Summer Montage / Madeline” (Justin Hurwitz) 2:04
9. « City of Stars” (Ryan Gosling, Emma Stone) 2:29
10. « Start A Fire” (John Legend) 3:12
11. « Engagement Party” (Justin Hurwitz) 1:27
12. “Audition (The Fools Who Dream)” (Emma Stone) 3:48
13. « Epilogue » (Justin Hurwitz) 7:39
14. “The End” (Justin Hurtwitz) 0:46
15. « City of Stars (Humming)” (Justin Hurwitz featuring Emma Stone)

Rétro Stephen King : Les Tommyknockers, un film de John Power

Malgré les apparences, ces Tommyknockers se révèlent une bonne surprise.

Synopsis : Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, une romancière qui vit seule au milieu de la forêt trébuche un jour sur un objet métallique enfoui dans le sol. Obsédée par ce souvenir, elle va cherché à déterrer ce qui va s’avérer être une soucoupe volante.

D’emblée, on peut émettre des réserves sur l’adaptation d’un roman plutôt faible de Stephen King, sous la forme d’un téléfilm en deux parties de 85 minutes chacune. Et il est vrai que le réalisateur de ces Tommyknockers est bien obligé de se limiter à un certain cahier des charges.

D’abord, faire un téléfilm, cela signifie que le réalisateur n’a pas la maîtrise de la durée de son œuvre. Il faut que ça rentre dans 85 à 90 minutes environ. La longueur du roman de King (environ 600 pages) obligeaient donc à faire deux parties, mais le résultat est le même : il faut parfois combler les vides. Et c’est bien l’impression que donne John Power dans son téléfilm. Certaines scènes n’ont vraiment aucun intérêt, sinon de faire fonction de remplissage.

Autre inconvénient du genre : le budget, pour le moins fauché. Alors, on prend au casting des « têtes d’affiche » sur le retour (Jimmy Smits, surtout connu pour avoir tenu un des rôles principaux de la superbe série NYPD Blue au début des années 90, mais qui n’a pas fait grand chose depuis, ou Joanna Cassidy, que l’on avait vue dans Blade Runner ; et que dire de la présence de Traci Lords, ancienne star du porno ?). Et surtout, on fait les trucages que l’on peut.

Clairement, dès que les effets spéciaux apparaissent, le film sombre dans la laideur infâme. Les extraterrestres sont ridicules, la couleur verte qui envahit l’écran au fur et à mesure du déroulement de l’histoire est d’une grande laideur. Et on ne parle même pas du vaisseau spatial lui-même…

Malgré tous les défauts inhérents au genre, Les Tommyknockers constituent une bonne surprise pour les amateurs de Stephen King.

Finalement, les défauts du film, qui sont surtout concentrés dans la seconde partie, laissent au réalisateur le temps de développer l’ambiance et d’implanter le décor. Et là, on retrouve avec plaisir ce qui fait la saveur des romans de Stephen King.

Les Tommyknockers se déroulent dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, et le scénario va s’attarder sur plusieurs personnages principaux qui vont être pris par l’obsédante invasion mentale extraterrestre. Cela va permettre au film de développer les liens compliqués, parfois conflictuels, entre les personnages, et de lever le voile sur une petite communauté pas aussi sage qu’elle en a l’air.

Autre thème typiquement kingien : la drogue, dans son sens le plus large, c’est-à-dire l’addiction. Bien entendu, il y a le personnage principal, Jim Garner, pour qui chaque jour est une lutte contre l’alcoolisme (souvenir de King lui-même, ex-alcoolique, thème qui apparaît dans de nombreux romans).

Mais l’addiction va plus loin. Avec cette lueur verdâtre qui va envahir progressivement la vie du village, au point de devenir une obsession pour tous les habitants, le cinéaste livre, comme le romancier avant lui, une allégorie sur l’addiction qui prive les individus de leur personnalité, les change en monstres.

Une dernière méthode typiquement kingienne apparaît également : les objets du quotidien se transforment en sources d’angoisse. Alors, certes, ça ne fait pas peur un seul instant (la faute à une réalisation qui bannit toute inventivité et qui va trop souvent à la facilité), mais la façon qu’ont les objets les plus familiers à être assimilés par la lueur verte est une bonne idée.

Les Tommyknockers, d’ailleurs, ne se contente pas de respecter l’univers de Stephen King. On peut y voir de nombreuses allusions aux classiques du genre, depuis Le Village des Damnés jusqu’à L’Invasion des Profanateurs de sépulture.

Au final, ce long téléfilm est loin de décevoir ceux qui cherchent la fidélité à l’œuvre de King. Par contre, la fin reste plombée par des trucages à deux sous.

Les Tommyknockers : bande-annonce

Les Tommyknockers : fiche technique

Titre original : The Tommyknockers
Réalisation : John Power
Scénario : Lawrence D. Cohen, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : Jimmy Smits (Jim Garner), Marg Helgenberger (Roberta Anderson), E. G. Marshall (Grand-père Hillman), Traci Lord (nancy Voss)…
Photographie : Danny Burstall, David Eggby
Musique : Christopher Franke
Montage : Tod Feuerman
Production : Jayne Bieber, Jane Scott
Société de production : The Konigsberg/Sanitsky Company
Société de distribution : ABC
Budget : 12 millions de dollars
Genre : science-fiction
Durée : 180 minutes
Date de diffusion en France : 11 février 1995

Etats-Unis- 1993

La Grande Muraille, un film de Zhang Yimou : Critique

Alors qu’il était en droit d’attendre une fresque épique, le public se retrouve avec La Grande Muraille face à une série B abrutissante qui rappelle fortement la débâcle qu’avait été 47 Ronin en 2013.

Synopsis : Alors qu’ils étaient partis avec quelques compagnons dans le but de trouver une mystérieuse poudre noire afin d’en faire une arme, deux guerriers, William Garrin et Pero Tovar, se retrouvent face à une gigantesque muraille, un édifice construit il y a de cela plusieurs décennies grâce auquel la Chine peut tenir éloignés les Tao Tei, des monstres sanguinaires qui reviennent à l’assaut après 60 ans de silence…

Une série B nanardesque au lieu d’une fresque épique…

Une histoire prenant place en Asie, avec au menu batailles épiques, guerriers en armure et créatures fantastiques. Le tout principalement mené par des studios hollywoodiens, fiers de sortir un tel projet avec une très grande célébrité en tête d’affiche. Cela ne vous rappelle rien ? Remontez quatre ans en arrière et vous vous souviendrez de 47 Ronin. Une œuvre charcutée par les producteurs qui avaient pour le coup démoli les ambitions du cinéaste (Carl Rinsch) car n’étant pas suffisamment lucratives à leurs yeux, au point de rajouter au casting – et en tant que personnage principal – un Keanu Reeves tout aussi inutile qu’un ordinateur sans écran. Avec La Grande Muraille, les mêmes craintes se ressentaient rapidement, surtout avec le fait d’avoir une histoire chinoise en pleine période médiévale, avec Matt Damon en héros. Mais avoir quelqu’un de la trempe de Zhang Yimou (Hero, Le secret des poignards volants, La cité interdite…) pour diriger le projet pouvait rassurer un minimum sur le résultat final. Peine perdue…

Pour les moins difficiles, La Grande Muraille peut être un divertissement tout à fait honorable. Et pour cause, le film se montre plutôt généreux en matière de séquences explosives, de moments de bravoure, de panoramas agréables pour la rétine (en matière de décors naturels) et d’effets spéciaux à gogo. D’autant plus que d’un point de vue technique, le long-métrage utilise son budget pour le moins conséquent (soit 135 millions de dollars) pour tout ce qui est accessoires et costumes. Tout ce qu’il faut pour faire de cette aventure un spectacle efficace. Durant les premières minutes, c’est ce que va également croire le spectateur le plus averti, surtout face à cette première bataille qui se révèle être une récréation amusante – notamment avec ses pirouettes et monstres tombant au combat –… jusqu’à ce que la véritable nature du film lui saute aux yeux.

Alors que Zhang Yimou avait toutes les cartes en mains pour livrer au public une fresque épique haute en couleurs comme il sait si bien les faire, le réalisateur chinois est venu se perdre dans la machinerie hollywoodienne en se contentant d’une série B à gros budget. Oui, La Grande Muraille n’est ni plus ni moins qu’un blockbuster de seconde zone qui aurait très bien pu sortir directement dans les bacs, à l’instar d’Outlander : Le dernier Viking. Et pour cause, le film cumule les facilités et défauts à tel point que le statut d’œuvre nanardesque n’est vraiment pas loin. Si le cinéaste parvient le temps de quelques plans à imposer sa présence par des mouvements de caméra qui lui sont propres et un panel de couleurs plutôt alléchants (même si, question armures, cela peut faire penser aux Power Rangers), il s’est littéralement englué dans un système commercial qui le dépasse, s’adonnant pour le coup aux pires vices qu’un long-métrage puisse subir.

Beaucoup de scénaristes pour finalement pas grand-chose… Juste une ribambelle de personnages archétypaux au possible, s’adonnant à de piètres enjeux histoire de croiser le fer avec des monstres sortis tout droit du jeu vidéo Starcraft. Avec sa durée rachitique de 107 minutes, La Grande Muraille fait fi de toute humanité, tout travail d’écriture, pour apparaître au public comme un insipide bousin durant lequel la débauche visuelle (effets spéciaux et effets 3D gratuits) et les compositions excessivement tonitruantes de Ramin Djawadi (Game of Thrones, Pacific Rim et Warcraft) risquent de vous donner des maux de tête. Même si, d’entrée de jeu, le long-métrage annonçait son parti pris de narrer une légende et non une histoire vraie afin de justifier le côté « fantastique », cela ne lui permettait pas pour autant de plonger avec grossièreté dans la bêtise la plus totale !

Un constat des plus navrants qui se trouve renforcé par ce que l’on redoutait le plus avec ce projet, à savoir l’américanisation du film. Si le personnage joué par Matt Damon a plus de raisons d’être là que Keanu Reeves dans 47 Ronin, il reste cependant tout aussi dispensable. Et concernant ses compagnons (Pedro Pascal et Willem Dafoe), ce n’est guère mieux ! Ils pourraient être supprimés de l’intrigue que cela n’y changerait rien. Ils sont juste là pour meubler l’histoire. Pour apporter une touche d’humour à la limite du lourdingue. Tout simplement pour attirer le public occidental, qui découvrira par la même occasion une vision peu flatteuse des Chinois. S’ils ont également les héros, la plupart d’entre eux sont représentés tels des bouffons (mention spéciale au jeune empereur). Un peuple certes organisé et à cheval sur le règlement, mais parlant étrangement le latin/l’anglais et la plupart se conduisant comme de gros benêts qui applaudissent à la moindre action des têtes d’affiche (tuer un monstre, faire tenir un bol en l’air avec des flèches…). Pathétique !

Alors que le public était en droit d’attendre en ce début de l’année 2017 une fresque épique, il se retrouve face à une série B abrutissante. Un amoncellement invraisemblable de clichés et autres idioties que l’on aurait préféré découvrir à la télévision plutôt que sur grand écran. Un blockbuster loupé de bout en bout, qui risque fort d’être un flop au box-office, pour ne pas dire un échec commercial cuisant. Peut-être qu’avec une telle déchéance, les studios hollywoodiens arrêteront de faire n’importe quoi et tenteront d’aborder des projets semblables avec plus de sérieux et d’intérêt. Car honnêtement, même avec son histoire de monstres sanguinaires, La Grande Muraille méritait sur le papier bien plus que ce nanar fort coûteux.

La Grande Muraille : Bande-annonce

La Grande Muraille : Fiche technique

Titre original : The Great Wall (長城)
Réalisation : Zhang Yimou
Scénario : Tony Gilroy, Doug Miro et Carlo Bernard, d’après une histoire de Max Brooks, Edward Zwick et Marshall Herskoviz
Interprétation : Matt Damon (William Garrin), Jing Tian (le commandant Lin Mei), Pedro Pascal (Pero Tovar), Willem Dafoe (Ballard), Andy Lau (Wang), Eddie Peng (soldat), Numan Acar (Najid), Han Lu (soldat)…
Photographie : Stuart Dryburgh et Zhao Xiaoding
Décors : John Myhre
Costumes : Mayes C. Rubeo
Montage : Mary Jo Markey et Craig Wood
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : Jon Jashni, Peter Loehr, Charles Roven et Thomas Thull
Productions : Legendary East, Atlas Entertainment, China Film Group, Kava Productions, Le Vision Pictures et Legendary Entertainment
Distribution : Universal Pictures International
Budget : 135 M$
Durée : 107 minutes
Genres : Fantastique, aventure
Date de sortie : 11 janvier 2017

États-Unis, Chine – 2016

[irp]

Rétro Stephen King : La Part des ténèbres, un film de George A. Romero

La Part des ténèbres est la preuve qu’au-delà du simple aspect fantastique, il est possible d’adapter avec intelligence et profondeur un roman de Stephen King.

Synopsis : Thaddeus Beaumont est un professeur de littérature dont les romans ne rencontrèrent pas leur public. Par contre, sous le pseudo de George Stark, il a signé quelques œuvres violentes et brutales qui furent de vrais succès de librairie. Alors qu’un lecteur menace de le faire chanter, il décide d’enterrer ce pseudonyme devenu gênant.

Durant la première moitié des années 80, Stephen King a publié cinq romans sous le pseudonyme de Richard Bachman. Il a même poussé la supercherie jusqu’à donner une identité véridique à ce pseudo, avec une photo officielle (c’était l’agent d’assurance de King qui a joué le jeu), puis il l’a fait mourir d’une tumeur au cerveau (ultérieurement, King publiera encore deux autres romans sous ce pseudo, mais sans cacher sa véritable identité pour autant).

C’est ici que se situe le point de départ du roman La Part des ténèbres, publié en 1989 et qui sera adapté deux ans plus tard. Une adaptation qui marque la rencontre de deux figures majeures de l’univers horrifique : Stephen King et George A. Romero, réalisateur cultissime de La Nuit des morts-vivants et Zombie.

Double identité

La scène d’introduction donne le ton : Romero montre clairement une volonté de retranscrire fidèlement le roman de King, jusque dans ses thèmes les plus complexes.

Thaddeus Beaumont est dans la même situation que King : il subit un pseudo devenu trop envahissant et dont il cherche à se débarrasser. Sauf que le pseudo revient à la vie et commet une série de meurtres dont Beaumont est le principal suspect.

Très vite, le thème du double apparaît comme essentiel au film. Lors de son cours, Beaumont explique à ses élèves que chaque personne est double : un être introverti, qui constitue notre véritable personnalité, et un être social, une image que l’on donne aux autres. L’écrivain est celui qui laisse s’exprimer pleinement le personnage enfoui, qui reste normalement caché.

Évidemment, la référence au Docteur Jekyll et à Mr. Hyde s’impose vite. Thaddeus Beaumont écrit des romans bien policés, très intelligents, des romans très bien accueillis par les critiques mais complètement ignorés des lecteurs. George Stark est une célébrité, ses romans se vendent très bien, mais il écrit de la violence brute, des pulsions morbides. Beaumont lui-même change de personnalité lorsqu’il est Stark : il fume et il boit (référence à l’alcoolisme passé de Stephen King), ce que Beaumont ne fait plus. Thad est le bon petit mari, l’Américain moyen tel que les films ou les séries aiment nous le présenter, là où Stark est un être qui laisse se déchaîner ses pulsions. Beaumont le dira lui-même : Stark est sa part des ténèbres, sa moitié maléfique.

Romero aborde ce thème dès le début, avec une scène d’introduction qui est une des grandes réussites du film. En 1968, le jeune Thad, qui n’est alors qu’au début de son adolescence, commence sa carrière d’écrivain et, en même thème, développe en lui ce frère jumeau qui prendra vie par la suite.

Car si l’opposition entre la personnalité enfouie et le masque social (alma et persona, diraient les psychanalystes) est vraie pour toute personne, elle est rendue encore plus évidente par le travail de l’écriture. Toujours dans cette scène d’introduction, la mère de Thad est persuadée que le garçon se rend malade à force d’écrire. Et Stark ne désire, en fin de compte, qu’une chose : que Beaumont écrive encore, parce que c’est ça qui le maintient en vie. L’écriture semble donc accentuer ce rapport conflictuel entre le moi caché et le moi social.

Tout au long du film, le spectateur sent facilement que c’est ça qui intéresse Romero. Le cinéaste insiste sur cet aspect et le met en valeur. Par contre, les meurtres commis par Stark sont rapidement expédiés, voire bâclés même pour certains. Romero, fidèle à sa conception plutôt intellectuelle et symbolique du film d’horreur (voir les interprétations politiques de ses films de zombie), ne cherche pas forcément à dégoûter ses spectateurs. Son Stark est plus ridicule qu’effrayant, avec sa façon de rouler des mécaniques comme un blouson noir des années 50.

Par contre le réalisateur insiste sur l’ambiance glauque et morbide. Les oiseaux, qui valent bien ceux d’Hitchcock, contribuent à implanter cette atmosphère sombre. Des oiseaux qui nous permettront d’avoir une scène finale plutôt réussie, la seule scène d’horreur du film à proprement parler.

Au final, ceux qui attendront un simple film d’horreur seront déçus, mais les amateurs de Stephen King verront là une des rares adaptations fidèles de ses romans, un de ces trop rares films qui ne se contentent pas de voir en lui un romancier d’horreur mais qui savent dénicher des thématiques plus intellectuelles. Le résultat est certes inégal et aurait peut-être mérité d’être un peu condensé, mais il est largement supérieur à la moyenne des adaptations de King.

La Part des ténèbres : bande-annonce

La Part des ténèbres : Fiche technique

Titre original : The Dark Half
Réalisateur et scénariste : George A. Romero, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : Timothy Hutton (Thaddeus Beaumont / George Stark), Amy Madigan (Liz Beaumont), Michael Rooker (Sheriff Alan Pangborn)…
Photographie : Tony Pierce-Roberts
Montage : Pasquale Buba
Musique : Christopher Young
Producteur : Declan Baldwin
Société de production : Orion Pictures, George A. Romero Productions
Société de distribution : Columbia TriStar
Budget : 15 millions de dollars
Genre : fantastique, horreur
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 18 août 1993
Film interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en France

États-Unis-1993

Born to be blue, un film de Robert Budreau : Critique

Le titre de la chanson Born to be Blue illustre parfaitement ce besoin viscéral qui animait le jazzman Chet Baker à se faire reconnaitre par ses pairs. C’est sur cette thématique de l’addiction musicale que s’est bâtie cette quête de rédemption artistique qui manque pourtant terriblement de swing.

Synopsis : Los Angeles, 1966. Chet Baker est au paroxysme de sa carrière, au point d’être embauché pour jouer son propre rôle dans un film qui lui est consacré. Alors qu’il essaie de mettre fin à son addiction à l’héroïne et qu’il entame une relation avec sa partenaire de jeu, il est agressé par son ex-dealer qui lui brise la mâchoire et plusieurs dents. Il est désormais incapable de jouer de la trompette mais refuse d’en rester là. Il lui faudra plus de 6 ans et le soutien de son amie pour revenir sur le devant de la scène.

Passage à vide

Après pas moins d’une vingtaine de courts-métrages réalisés en 12 ans, le canadien Robert Budreau s’est décidé à consacrer son premier long à l’une de ses premières passions, le jazz. Son choix s’est porté sur l’une des légendes les plus emblématiques du genre, le trompettiste Chet Baker, aussi bien connu pour ses performances musicales que pour sa consommation abusive de drogues qui lui fut fatale. Le genre de personnage au fort potentiel cinégénique. Par un heureux hasard du destin, Ethan Hawkes avait plusieurs années plus tôt préparé le rôle en vue d’un projet de biopic avec son acolyte Richard Linklater. Il ne lui manquait alors que de choisir sous quel angle aborder le parcours chaotique de cet artiste qui se plaisait à raconter des histoires à propos de son passif. L’idée de prendre à revers le schéma classique du « rise and fall » est tout à la fois ce qui rend son film singulier et qui lui fixe ses limites. Se concentrer sur la traversée du désert qu’a connu Baker entre 1966 et 1973 prive les spectateurs de ce qu’ils étaient légitimement en passe d’attendre d’un biopic musical.

En plus d’être les scènes les mieux filmées du long-métrage, les cinq premières minutes et le concert final sont les seuls passages où l’on profite pleinement du génie artistique de Baker. Au-delà de ça, seuls quelques rares souvenirs en noir et blanc (un dispositif des plus basiques et fort mal exploité) nous permettront d’entendre le son de son jazz. Le travail sur la dimension métafilmique, bénéficiant d’une magnifique photographie le rapprochant de l’imagerie underground de l’époque, qui fait office d’ouverture laisse trop vite sa place à une mise en scène bien plus plate. On n’en tirera finalement que le regret de ne pas pouvoir assister à la place au projet avorté de Dino de Laurentiis qui sert ici de point de départ rapidement mis de coté.

Malgré l’excellente prestation d’Ethan Hawke, qui interprète pour l’occasion quelques chansons, cet hommage consacré à Chet Baker ne parvient pas se calquer sur l’esprit tourmenté et frondeur du célèbre trompettiste héroïnomane.

La volonté de reconstruction et surtout le combat intérieur de ne pas retomber dans la drogue deviennent dès lors les enjeux majeurs dans la vie de Chet Baker, sans pour autant parvenir à la grâce de L’Homme au Bras d’Or (Otto Preminger, 1955) qui reposait sur une thématique parfaitement similaire. Budreau n’a pas eu d’autre choix, pour donner vie à ce moment d’existence morose, que de l’accompagner d’une histoire d’amour, au risque de faire prévaloir un certain classicisme romanesque sur son drame psychologique. La sous-intrigue romantique qui entretient cette relation fictive entre Chet Baker et une jeune actrice devient rapidement le principal fil conducteur de ce scénario qui perd alors de vue la problématique de la création artistique au profit d’un académisme mielleux.

La force de cet hommage restera inéluctablement le jeu très intériorisé d’Ethan Hawke sur les épaules de qui repose toute la difficulté propre à cet ancien junkie à ne pas replonger dans la drogue et surtout l’ambition qui le ronge. La sensibilité et la maladresse dont il fait preuve tout du long sont à l’image de l’ensemble du film, permettant paradoxalement de faire des imperfections de la réalisation autant d’arguments allant dans le sens de la fidélité à laquelle elle prétend. Et pourtant, il eut été fort préférable que ce parti-pris se concentre davantage sur les exubérances du personnage que sur ses douloureuses introspections. Définitivement, on reste dans l’attente de voir un jour un film entièrement consacré à la gloire qu’a connu Chet Baker à la fin des années 50 au sein d’un milieu dominé par la communauté afro-américaine. Ceci aboutira assurément à un spectacle bien plus plaisant, tant pour sa musique que pour l’exploitation de cet artiste plein de contradictions, que de le voir ainsi hanté par la nostalgie de cette époque tandis qu’il s’habitue à son dentier et essaie d’épouser sa dernière muse. Malheureusement, il semble que ce ne soit pas à l’ordre du jour.

Born to be blue : Bande-annonce (VO)

Born to be Blue : Fiche technique

Réalisation : Robert Budreau
Scénario : Robert Budreau
Interprétation : Ethan Hawke (Chet Baker), Carmen Ejogo (Jane), Callum Keith Rennie (Dick Bock), Kedar Brown (Miles Davis)…
Photographie : Steve Cosens
Montage : David Freeman
Musique : David Braid, Todor Kobakov, Steve London
Décors : Aidan Leroux
Production : Robert Budreau, Leonard Farlinger, Jennifer Jonas, Jake Seal
Sociétés de production : New Real Films
Sociétés de distribution : Kinovista
Genre : Biopic
Durée : 97 minutes
Dates de sortie : 11 janvier 2017

Canada/Royaume-Uni – 2015

[irp]

Edito : L’année cinéma & séries 2016 vue par un mec vraiment sympa !

0

Pour ce premier édito de l’année, afin de commencer celle-ci de façon positive, on a fait le choix logique de le confier au fou furieux de la bande. Celui qui n’aime rien, qui râle tout le temps, se gave de séries un peu nazes et met 0/5 à des blockbusters pleins aux as pour faire son intéressant. Et en plus, il trouve que l’année 2016 était nulle. Un chic type qu’on vous dit. 

Enfin ! Ça y est, la voilà ! L’année 2017 commence. Bonne année à tous donc. Bon ça c’est fait, que dire de plus ? Qu’on vous la souhaite longue et bonne ? Un peu daté comme blague non ? Santé mais pas des pieds ? Encore pire. Non en fait on ne va pas tenter la vanne foireuse de tonton, histoire de commencer cette série d’éditos mensuels sur des bases saines. On va faire classique, simple, léger pour commencer.

Mais avant d’entamer le sujet qui nous intéresse, regardons un peu en arrière : qu’était-ce que 2016 ? En terme d’image il s’entend, on n’est pas là pour parler choucroute (évidemment). Côté cinéma, s’il est tout à fait possible de trouver son compte, on ne peut nier que cette année aura été clivante pour beaucoup. Un palmarès cannois qui (une fois de plus) déçoit en choisissant d’introniser pour la deuxième fois un taulier du tapis rouge (Ken Loach avec Moi, Daniel Blake), quelques films qui n’arrivent pas à mettre d’accord comme Ma loute de Bruno Dumont, The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, Elle de Paul Verhoeven ou, plus fascinant encore, Les 8 salopards (Tarantino) chef d’œuvre pour les uns, indécrottable navet pour les autres. 2016 était-elle l’année du débat cinématographique enflammé ? Pas vraiment ( ni celle de la reconnaissance des cannibales et des violeurs apparemment… qu’est-ce qu’on est méchant avec eux quand même).

Mais malgré ces quelques films toujours propices à une discussion brûlante, on ne peut s’empêcher d’observer cette année comme une fournée assez pauvre. Il y a quelques consensus étonnants (Zootopie ou Rogue one qui semblent avoir mis la majorité d’accord et le girl power au premier plan) mais, comme les années précédentes, les salles se sont gorgées de déclinaisons toujours plus clinquantes de franchises à succès. Marvel continue son plan bien rodé (au risque de créer une certaine lassitude) et on se demande où va DC/Warner avec ses histoires de super-héros bancales et montées à la truelle (Batman V Superman et Suicide Squad). Adaptation de marques à succès (Warcraft et Assassin’s Creed) succèdent à l’exhumation de madeleines oubliées (Jem et les hologrammes, Les Trolls) sur lesquelles s’enfilent des continuations de longs métrages dont tout le monde se fout (Insaisissables 2 qui se lance dans les soldes flottantes nous offrant deux Woody Harrelson sous xanax pour le prix d’un) etc. Et si Ma loute et La loi de la Jungle (Peretjatko) laissaient espérer un regain de folie dans la comédie française, c’était sans compter sur le retour des Tuche, A fond ou Les Visiteurs : la révolution. A côté de ce florilège d’humour facile et de pouet-pouet pompier, même La Tour 2 contrôle infernale passerait pour un bijou d’humour dada (sauvée par un Philippe Katerine délirant en Alan Rickman bedonnant… on se contente de peu parfois). Dans tout ce foutoir, même si l’on a pas vu tous les films, il semble difficile de déterminer un mouvement ou une force qui s’éveille. Que diront les générations futures en regardant l’année cinéma 2016 ? Où est le nouveau réalisateur que l’on attendait plus ? Le film générationnel qui fascine les ados ? L’œuvre qui porte un regard acide sur le monde d’aujourd’hui ? Nulle part.

Sinon il parait que le dernier Alex de la Igelsia (Mi gran noche) est sorti directement sur Netflix et que Sono Sion n’est toujours pas correctement distribué en France (on attend toujours ne serait-ce qu’une VHS de Tag sorti en 2015). Monde de merde qu’on vous dit.

L’année télévisée ne s’en porte pas mieux. Outre les séries déjà bien installées (Game of Thrones, The Walking Dead), difficile de trouver son bonheur dans le tout venant des nouveautés. Parmi celles qui ont tiré leur épingle du jeu nous pouvons citer Stranger Things (Netflix), dont l’envie de patine retro frôle le fétichisme malsain et Westworld (HBO) qui réadapte à sa sauce un film de 1973 (ça sent un peu la naphtaline mais bon). On ne compte plus les adaptations en longueur de classiques du cinéma (L’Exorciste, Ash vs Evil Dead qui piétine en saison 2). Côté mastodonte censé faire péter la caisse, Luke Cage (Netflix) semble être sorti dans l’indifférence générale (succès correct toutefois) et le duo Martin Scorsese/Mick Jagger s’est planté avec Vinyl (HBO)… Sinon, on pourrait toujours se reporter sur la CW qui blinde sa programmation de séries de super héros (Arrow, The Flash, Supergirl, Legend of Tomorrow, respire…) et risque bien d’écouler les réserves mondiales de cuir moulant. Et pendant ce temps là, American Horror Story se met au found footage quand même la saga Cloverfield est passée à autre chose (toujours dans le coup, Ryan, on croit en toi !).

Tout ça pour dire que 2016 fut beaucoup de choses et surtout une année particulièrement morbide pour le monde culturel (de Alan Rickman à Debbie Reynold en passant par la carrière de Will Smith et la street cred des dieux égyptiens), mais elle ne fut pas l’année du renouveau et de l’originalité. Espérons que 2017 soit plus surprenante si l’on passe outre cette nouvelle fournée de films de super-héros qui déboule (et qui commence sérieusement à nous gaver) ou le retour de franchises dont on se cogne un peu (au hasard XXX, Pirates des Caraïbes, Transformers et Underworld). C’est sur que côté grand spectacle que c’est un peu la tuile pour trouver du bon, du bio et du frais, mais, allez savoir, peut-être que Le roi Arthur : La légende d’Excalibur par Guy Ritchie ne sera pas si mal… Il faudra donc encore se rabattre sur le cinéma « d’auteur » pour trouver du fou, du nouveau, de l’original. Peut-être qu’un film cette année créera la surprise en offrant enfin aux spectateurs l’œuvre qui parle de leur époque avec les modes d’expression d’aujourd’hui ? A voir. L’année cinéma commence dès maintenant et la plus grosse attente de ce début d’année est donc La La Land de Damien Chazelle présenté comme… « une lettre d’amour au cinéma classique ».

Et merde…

Pourquoi tant de haine ?La La Land (Damien Chazelle)

Rocco et ses frères, un film de Luchino Visconti : critique

Entre film choral et portrait social de l’Italie des années 60, Luchino Visconti signe avec Rocco et ses frères un chef d’œuvre aux accents de tragédie antique.

Synopsis : la famille Parondi fuit le Sud de l’Italie et débarque à Milan. Autour de la mamma, on trouvera Vincenzo, qui va se marier avec Ginetta, Simone qui va devenir boxeur, Rocco, Ciro et Luca.

L’année 1960 fut vraiment une année bénie pour le cinéma italien. Le jury du festival de Cannes, sous la direction de Georges Simenon, attribua le Prix spécial à L’Avventura, de Michelangelo Antonioni, et la Palme d’or à La Dolce Vita, tandis que la Mostra de Venise décerna son Prix Spécial du Jury à Rocco et ses frères. Ces différents films, tous devenus des classiques incontournables du cinéma transalpin, montrent que nous sommes à une époque charnière, où l’arrivée d’Antonioni marque une sorte de Nouvelle Vague à l’Italienne (qui sera d’ailleurs mal comprise à sa sortie).

L’ancien monde et la modernité

C’est justement ce thème qui paraît central dans le cinéma de Visconti en général. Le cinéaste aime s’attacher à montrer la transition entre un monde ancien déclinant et un monde moderne qui écrase tout sur son passage. Et Rocco et ses frères est un film emblématique sur ce sujet-là.

L’ouverture du film est, à ce titre, très significative. Dans le bus, la mère Parondi essaie de comprendre comment fonctionnent les transports en commun pendant que ses fils s’extasient devant les vitrines et les enseignes des magasins. Alors qu’ils semblent tous unis, on devine déjà les lignes de fractures qui se dessinent.

La fracture, elle est d’abord et avant tout entre le Nord et le Sud de l’Italie. En ce début d’années 60, le Sud est extrêmement pauvre, la vie y est difficile et le progrès n’a pas encore atteint ces contrées arides. Milan, au contraire, est la ville moderne par excellence, et la caméra de Visconti ne cesse de s’attarder sur les innombrables chantiers de construction, les usines, les industries qui fleurissent tout autour des personnages. Le Nord est synonyme de travail, d’argent plus ou moins facile, de loisirs, etc. Mais tout cela a un prix : cette modernisation rapide entraîne un abandon des traditions et un isolement des habitants. En arrivant à Milan, la famille Parondi est condamnée à éclater, à s’atomiser. C’est en cela que le film est une tragédie : on va suivre pendant un peu moins de trois heures le déroulement inéluctable de l’éclatement d’une famille.

Rocco sera le seul, finalement, à rester attaché au Sud et à ses traditions. Lui seul parle encore le dialecte et son rêve reste de revenir habiter dans la province d’origine dont il garde le souvenir ému d’une sorte de paradis.

Cependant, on devine facilement que ce rêve ne sera pas réalisable. En permanence, les horizons sont bouchés, les lignes de fuites ou les perspectives sont rompues. Il y a toujours un immeuble, un mur, du béton pour emprisonner les personnages. Les cadrages savamment travaillés par Visconti enferment la famille Parondi dans la ville et coupent toute espérance. Les nombreux plans en plongée écrasent les personnages. Comme dans une tragédie (et Visconti avait avoué s’inspirer des tragédies grecques pour faire son film), une sorte de fatalité s’abat sur eux.

La confrontation de deux frères

Rocco-et-ses-freres-critique-film-Luchino-Visconti-Alain-Delon-Renato-Salvatori

En 1960, on n’appelait pas encore cela un film choral. Pourtant, Rocco et ses frères peut s’apparenter à ce genre, puisque la narration va suivre chacun des frères un par un, depuis l’aîné Vincenzo jusqu’au benjamin Luca. Mais le film va surtout se pencher sur l’opposition entre Simone (Renato Salvatori, qui tient là le rôle de sa vie, extraordinairement bestial et pitoyable) et Rocco (Alain Delon, marmoréen, splendide et divin comme une statue grecque), en un jeu savamment construit de vases communicants. Simone, le voleur, le petit truand, face à Rocco le Saint. L’un abandonnera la boxe, obligeant l’autre à prendre sa place. L’un va s’enfoncer dans la bestialité alors que l’autre s’efforcera à s’élever spirituellement.

Mais l’opposition la plus marquée tournera autour du personnage de Nadia (Annie Girardot), la prostituée qui ne vit qu’une petite aventure avec Simone, devenue une femme follement amoureuse de Rocco.

Le titre est significatif : c’est principalement autour du personnage incarné par Delon que la tragédie se noue. C’est lui le personnage tragique du film, celui qui perd tout, petit à petit. Constamment, Rocco va se sacrifier pour sauver la famille, étant encore le seul à croire qu’il y a quelque chose à sauver, le seul à penser que l’on peut aller contre la fatalité. Et alors que la famille se réunit à nouveau à la fin dans un semblant de bonheur, on comprend que ce n’est qu’un trompe-l’œil, une illusion qui s’effondre vite. La famille est détruite, les rêves sont brisés.

Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une condamnation de la modernité. Le discours final de Ciro est, là-dessus, dénué de la moindre ambiguïté. Il s’agit simplement d’une transposition de l’univers de la tragédie antique dans le cadre du l’Italie de ce début d’années 60. Visconti est un témoin de son temps, il rend compte des troubles de son pays, comme il l’avait déjà fait dans Ossessione ou Bellissima. Et, ce faisant, il signe un de ses plus grands films, d’une intensité dramatique remarquable, et nous donne quelques scènes terribles (dont une scène de viol qui, encore de nos jours, est d’une violence inouïe).

Rocco et ses frères : Bande annonce

Rocco et ses frères : Fiche Technique

Titre original : Rocco e i suoi fratelli
Réalisateur : Luchino Visconti
Scénario : Suso Cecchi D’Amico, Pasquale Festa Campanile, Massimo Franciosa, Enrico Medioli et Luchino Visconti
D’après le roman Il ponte della Ghisolfa, de Giovanni Testori
Interprètes : Alain Delon (Rocco), Renato Salvatori (Simone), Annie Girardot (Nadia), Claudia Cardinale (Ginetta), Paolo Stoppa (Cerri), Roger Hanin (Morini), Katina Paxinou (Rosaria, la mère), Max Cartier (Ciro), Rocco Vidolazzi (Luca), Spiros Focas (Vincenzo).
Directeur de la photographie : Giuseppe Rotunno
Montage : Mario Serandrei
Musique : Nino Rota
Producteur : Goffredo Lombardo
Sociétés de production : Titanus, Les Films Marceau
Société de distribution : Manenti Film
Genre : drame
Récompenses : Lion d ‘Argent et Prix Spécial du Jury, Venise 1960
Date de sortie en France : 10 mars 1961
Durée : 175 minutes

Italie – 1960

Rétro Stephen King : Misery, un film de Rob Reiner

En 1990, Misery était déjà la 17ème adaptation d’un roman de Stephen King ! Sa réussite est aussi et surtout la preuve que tout ce qui, dans l’œuvre de l’auteur, ne relève pas du fantastique est ce qu’il y a de plus simple à porter à l’écran.

Synopsis : Le romancier Paul Sheldon vient d’achever le dernier tome de la saga littéraire Misery qui l’a fait connaitre. Après un brutal accident de voiture, il est recueilli par Annie Wilkes, une ancienne infirmière qui ne cache pas être fan de ses livres. Mais en découvrant que son nouveau manuscrit s’achève par la mort de son héroïne, elle commence à insister de plus en plus brutalement auprès de Paul, alité, d’en rédiger la suite qui inclurait la résurrection de Misery.

Fan des années 80

Parmi les obsessions de Stephen King, le sentiment d’être prisonnier de ses propres créations se pose là. Cette thématique du pouvoir démiurgique de vie et de mort qu’a l’artiste sur ses personnages est d’ailleurs l’une des bases de sa saga La Tour Noire (sera-t-elle incluse dans l’adaptation ? C’est peu probable). En 1987, son roman Misery exploite cette interrogation en mettant un auteur à succès face à ce que son lectorat peut avoir de plus radical, puisqu’il se retrouve séquestré auprès d’une fan psychopathe. Trois ans plus tard, cette histoire atterrit entre les mains de Rob Reiner, tout juste auréolé du succès international de Quand Harry rencontre Sally, mais qui surtout avait déjà en 1986 signé Stand By Me, la première adaptation d’une œuvre de King déchargée de sa délicate dimension horrifique. Peu enclin à filmer la violence, Reiner a vu en ce thriller psychologique en huis-clos le matériau idéal pour renouveler le coup… à la condition d’abroger les passages les plus sanglants du livre. Ainsi débuta sa seconde collaboration, après Princess Bride, avec le scénariste William Goldman (Butch Cassidy et le Kid, Marathon Man…), chargé de l’adaptation de ce récit dont la théâtralité pouvait sembler difficile à retranscrire sur grand écran.

Dans Misery, King s’est créé un avatar, Paul Sheldon, qui s’est autorisé de se dédouaner de la franchise auquel son nom est attaché pour se permettre de passer à autre chose. Sans doute, King avait-il alors en tête choix similaire fait par Sir Athur Conan Doyle de tuer Sherlock Holmes puis, pour des raisons financières et sous la pression des lecteurs, de le faire revenir dix ans plus tard. Dans le film, l’écrivain a les traits de James Caan (Le parrain, Rollerball…), qui comme son habitude met son physique viril au profit d’une sobriété de jeu qui l’impose comme une figure forte. Mais même le plus fort des hommes ne saurait résister au personnage magistralement incarné par Kathy Bates (Dick Tracy, Titanic). L’aisance dont elle fait preuve à passer du statut de guérisseuse bienveillante à celui de groupie hystérique, pour finalement se révéler être une redoutable schizophrène, sans perdre en crédibilité à aucune phase de sa déviance lui fait amplement mériter son Oscar de la meilleure actrice. La multiplication des gros plans en contre-plongées l’impose de plus comme une figure horrifique aisément comparable au Jason Bates de Psychose.

Alors que son travail est habituellement rattaché à des films légers, Rob Reiner est parvenu avec Misery à mettre en place un suspense si intense qu’il s’est imposé comme une référence en termes de huis-clos horrifique.

D’ailleurs la comparaison au cinéma d’Alfred Hitchcock ne s’arrête pas là car Rob Reiner parvient, comme le maitre du suspense avant lui, à tirer parti de l’unicité du décor pour faire monter crescendo la tension. Tandis que le film va avancer, et au fur et à mesure que Paul va prendre conscience de la dangerosité d’Annie, la mise en scène, tout en restant d’une sobriété remarquable, va habilement parvenir à nous faire ressentir cet étouffant effet de claustrophobie dans cette chambre qui va nous sembler de plus en  plus étroite. L’idée même que l’unique accès visible sur l’extérieur, la fenêtre, ne laisse à voir qu’un vaste paysage d’un blanc immaculé par la neige renforce encore cette irrépressible sensation de réclusion. Les ruptures de ton, subtilement appuyées par la musique, illustrent parfaitement les brusques changements d’humeur d’Annie. C’est ainsi que nous partageons pleinement la peur de Paul à l’égard de sa geôlière et, par extension, sa volonté de fuir, source de toute la tension dramatique et du suspense lors de ses tentatives d’évasion. Là où Stephen King avait 350 pages pour faire évoluer en douceur la relation entre les deux personnages, Rob Reiner mise donc sur la brutalité de son évolution pendant la centaine de minutes à sa disposition pour en faire ressortir la dimension horrifique. Le défi est gagnant, on ne peut le nier.

Mais, puisque Misery n’est pas entièrement un huis-clos, il lui arrive de nous faire respirer en s’éloignant quelque peu du carcan de Paul. C’est ainsi que certaines scènes se concentrent sur le personnage du shérif Buster (Richard Farnsworth) chargé par l’éditrice (Lauren Bacall) de retrouver son auteur disparu. Cet arc narratif représente la principale différence entre le livre et le film, car William Goldman a bien saisi que, au regard de la durée du long-métrage, s’attarder sur les recherches de la Police se serait traduit par des ruptures de ton regrettables, mais son choix n’en est guère plus astucieux. Ainsi, alors que l’enquête  policière est, dans le livre, dépourvue d’une figure pour l’incarner mais n’en reste pas ressentie comme pouvant être l’unique chance de survie à Paul, ainsi que le prétexte à un meurtre sanglant de la part d’Annie, elle n’a, dans le film, droit qu’à quelques passages qui n’ajoutent en rien au suspense ressenti dans le noyau de l’action et par conséquent ne servent à rien de concret. A sa façon, la conclusion est elle aussi très amputée, mais parvient, en un seul jeu de regard, à parfaitement faire ressortir le traumatisme de Paul après cette expérience entre les mains de la terrifiante Annie, qui restera également dans la mémoire des spectateurs l’un des personnages les plus redoutables du cinéma.

Telle une malédiction, le sort a voulu que ni les acteurs, ni le réalisateur, ni même le scénariste (qui pourtant adapta d’autres romans de Stephen King… sans succès), ne parvinrent par la suite à retrouver une occasion de briller à travers un film aussi marquant que Misery.

Misery : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=7riXLLrFcmg

Misery : Fiche technique

Réalisation : Rob Reiner
Scénario : William Goldman, d’après le roman Misery, de Stephen King
Interprétation : James Caan (Paul Sheldon), Kathy Bates (Annie Wilkes), Lauren Bacall (Marcia Sindell), Richard Farnsworth (Buster)…
Photographie : Barry Sonnenfeld
Montage : Robert Leighton
Musique : Marc Shaiman
Direction artistique : Mark W. Mansbridge
Producteurs : Rob Reiner, Andrew Scheinman
Sociétés de Production : Castle Rock Entertainment, Nelson Entertainment
Distributeur :  UGC Ph
Budget : 20 000 000 $
Récompenses : Oscar de la meilleure actrice et Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique pour Kathy Bates en 1991
Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Genre : Thriller
Durée :  107 minutes
Date de sortie : 13 février 1991

Etats-Unis – 1990

[irp posts= »82992″ name= »Rétro Stephen King : Simetierre, de Mary Lambert »]

Rétro Stephen King : Ça – « Il » est revenu, un téléfilm de Tommy Lee Wallace

Ce téléfilm en deux parties (difficile d’énoncer la mini-série en deux épisodes et pourtant citons un Emmy Award en 91 pour meilleure musique et nomination pour meilleur montage) qui a très mal vieilli, a surtout marqué deux générations entières. Retour sur Ça – « Il » est revenu, une légende du petit écran qui sera adaptée à son tour au cinéma à la fin de cette nouvelle année… .

Synopsis : Une créature sans nom, Ça, répand la terreur et la mort dans la petite ville de Derry. Jusqu’à ce qu’une bande d’enfants mette fin aux agissements du monstre. Trente ans plus tard, les sept amis se réunissent à Derry : Ça est revenu…

Le vrai faux visage de la peur

Il faut savoir dès à présent que l’adaptation a énormément lissé l’oeuvre originale du maître, passant sous silence la violence du livre. Ce n’est pas un homosexuel qui est sauvagement assassiné dans l’introduction à l’époque actuelle, mais une fillette qui disparaît sous un drap en hors champ. Dans le roman, Henry Bowers essaie de graver son propre nom au couteau sur l’abdomen de Ben. Dans le téléfilm, Ben s’enfuit avant que Henry ne passe à l’acte. Aucune connotation sexuelle entre les enfants non plus… etc. Il faut donc s’attendre à un film grand public de deux fois 1h30. Mais jusqu’où Tommy Lee Wallace, réalisateur informel sans grande ambition (Halloween 3 et Vampire, vous avez dit vampire ? 2), pousse-t-il le vice en édulcorant une épopée existentielle sur deux temporalités ?

En amorçant l’épisode telle une énième enquête d’une série calibrée grand public, le spectateur s’attend à trouver quelques repères d’une certaine inquiétante étrangeté dès qu’apparaît Grippe-Sous joué par Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show). L’acteur aux traits à la fois doux et acérés campe le personnage comme jamais, aussi habité que Max Schreck incarnait Nosferatu, Boris Karloff la créature de Frankenstein ou Christopher Lee, Dracula… Malgré quelques lenteurs liées aux choix relativement maladroits scénaristiques sur la foisonnante oeuvre de King, le premier épisode dresse le portrait de chacun des personnages principaux. Un a un, par un tendre flashback, le club des 5 (sauf qu’ils sont 7) est réuni un peu trop conventionnellement. Reprochons donc un rythme effréné par rapport à la mise en place du deuxième épisode qui s’étendra entre émotions « soapopera-esques » à la limite du surjeu par les adultes et coups portés au villain à grand renfort d’effets fantastiques bon marché. Mais de cette énumération, le genre glisse insidieusement vers le slasher. Nous nous attendions dès l’ouverture en mouvement sur la bicyclette de la fillette à ce type d’horreur, mais en nous décrivant de soi-disant tendres personnages hantés, enfermés dans des peurs enfantines, le téléfilm est rattrapé par le drame psychologique que le réalisateur ne maîtrise guère.

Le tournage s’est déroulé à Anmore, Chicago, New Westminster, New York et Vancouver. Le paysage de la crypte est éblouissant de simplicité, sauf que l’effet de fumée est clairement produit par une machine probablement artisanale. Et il en va de ce paradoxe entre grandeur et élémentarité, volonté de surprendre et échec de narration tout au long des 3 heures et quart de film. Nous déconseillons le binge watching, car l’exaspération qui découle du mélange des genres et du surjeu des adultes finit par tuer la magie que propose en filigrane l’oeuvre de King. Par ailleurs, pour en revenir à Tim Curry, son personnage de clown effrayant a sans doute été inspiré de John Wayne Gacy Jr., tueur en série américain. Il avait été surnommé le clown tueur en raison de ses activités bénévoles à l’hôpital de son comté, où il se déguisait pour faire plaisir aux enfants. Il fut déclaré coupable du viol et du meurtre de 33 jeunes hommes et fut exécuté en 1994. La pédophilie est un sous-texte explicite tandis qu’elle reste comme pommadée par la mise en scène classique télévisuelle de cette époque, figée entre compréhension expéditive et divertissement au premier degré. Cependant, l’ultime force, et qui contribuera au caractère mythique de ce trop long téléfilm, provient de ses propres défauts. Si l’on met de côté la fabuleuse interprétation de l’acteur britannique (qui n’est pas mort malgré la rumeur qui a enflammé le web en ce début d’année. Non mais trop de grands sont partis ces derniers 365 jours!), il faut recontextualiser la diffusion originale. En cette fin d’année 1990, les spectateurs américains, puis français trois ans après, ont été nourris de classiques grandiloquents tel que Les Gremlins, Star Wars, Retour vers le futur, Blade Runner ou Alien sans oublier les nombreuses suites Halloween, Evil Dead, Les Griffes de la nuit… La décennie suivante verra le jour sur des œuvres plus émotionnellement sensibles, stylistiquement osées ou à la narration en tiroirs, plus subtile et tout aussi puissante. Ne citons que Zemeckis, Fincher, Singer, Scorsese, Spielberg, Burton ou Tarantino pour rester outre-Atlantique. Ça – « Il » est revenu s’inscrit donc dans cette transition charnière. Malheureusement, on a l’amère impression d’assister à une mauvaise scène de Dallas lorsque Annette O’Toole, actrice du petit écran prolifique entre 1970 et son rôle de Martha Kent dans Smallville, et Dennis Christopher* (La Bande des quatre de Peter Yates, aucun rapport avec David, en 1979) se disputent ou se réconcilient. Mais la principale thématique ne devrait-elle pas être les peurs enfantines? Les blocages qui découlent d’autres plus antérieurs? N’appelons pas Freud au risque de faire un hors sujet, mais plongeons nous dans ce thème premier.

« L’enfant et le sortilège »,  selon Guy Astic dans l’ouvrage collectif Stephen King : Premières Approches, est le thème préféré de l’auteur qui déclinera à de multiples reprises l’imaginaire enfantin/adolescent comme fourmillant d’items et de peurs identitaires (Shining et la suite sur l’enfant Danny dans Doctor Sleep, Carrie, Peur Bleue…). Décrivant utopiquement un passé trop vite disparu au travers d’une certaine peur de grandir, King élabore autour de ce paradoxe décrit plus haut, entre culture classique et culture de masse/populaire, des récits initiatiques questionnant la véritable nature de l’être humain sur des concepts fantastiques. Et c’est pour cela que King a tant touché la deuxième génération, dite Y par les sociologues, (ceux nés entre 80 et 90), au point de faire de la coulrophobie** un véritable problème de société, plus qu’un gage amusant pour un film dit aussi d’horreur. Cette deuxième génération a toujours baigné dans un fantastique grandiloquent, surréaliste et hautement divertissant. Si King a autant touché cette génération, c’est en partie car le terrain était déjà conquis. La première génération reconnait une corrélation avec les effets oniriques et les décors baroques des œuvres de Roger Corman et peut-être ceux de son cycle Edgar Poe paru entre 1960 et 1965 (La Chute de la maison Usher, Le Corbeau ou Le Masque de la mort rouge..). N’est-ce pas un hasard s’il confie l’écriture des scénarios à l’écrivain de romans d’épouvante et de science-fiction Richard Matheson, référence ultime pour Stephen King?

Les Goonies, véritable ode à l’épopée enfantine de Richard Donner (d’après une histoire de Steven Spielberg) laisse une empreinte indélébile sur Ça – « Il » est revenu qui a été très bien reçu par le public. Demandons aujourd’hui la même chose, il est fort probable que la réception ne sera pas la même, dû à l’écart technique et aux actuelles habitudes des spectateurs d’aujourd’hui. Les héros adolescents permettent au jeune public une meilleure identification pour une plus efficace emphase. Et par ailleurs, il n’est pas anodin de retrouver les mêmes personnages sur deux temporalités, car cela permet à deux générations de se retrouver. La volonté de King de capter un plus large public est-elle donc évidente? Quant à Tommy Lee Wallace, sa veine ne se démarque guère et l’adaptation, à 5 ans d’écart, n’est pas un bon cas d’étude littéraire et cinématographique, tant l’intemporalité du roman est trahie par une volonté de plaire et les impératifs des studio de Warner Television avec un très maigre budget. Demandez à un ouvrier de vous construire un château de cartes avec trois allumettes et vous verrez que le résultat ne sera pas à la hauteur des premières attentes. Peut-on seulement, comme en amour, s’abandonner en refrénant l’expectative? Difficile d’espérer un plaisir certain ici et non ! le film ne reste pas une bonne adaptation pour la simple et sublime interprétation de Tim Curry consoeurs mesdames les plumes autres critiques qui couvrent sur le net (combien de fois vous lirez aussi ces inepties).

*qui, âgé de 24 ans, a reçu un BAFTA et nommé aux Golden Globes!

**peur exagérée des clowns

 Ça – « Il » est revenu : Bande Annonce

Ça – « Il » est revenu : Fiche Technique

Réalisation : Tommy Lee Wallace
Scénario :  Lawrence D. Cohen d’après le roman  de Stephen King
Interprétation : Harry Anderson (Richie Tozier), Dennis Christopher (Eddie Kaspbrak), Richard Masur (Stanley Uris), Annette O’Toole (Beverly Marsh), Tim Reid  (Mike Hanlon), Jonathan Brandis (Bill Denbrough adolescent), Brandon Crane (Ben Hanscom adolescent), John Ritter (Ben Hanscom), Richard Thomas (Bill Denbrough), Adam Faraizl (Eddie Kaspbrak adolescent), Tim Curry (le clown Grippe-Sous/ Pennywise), Emily Perkins (Beverly Marsh adolescente), Marlon Taylor (Mike Hanlon adolescent), Seth Green (Richie Tozier adolescent), Ben Heller (Stanley Uris adolescent)…
Photographie : Richard Leiterman
Montage : David Blangsted, Robert F. Shugrue
Décors : Douglas Higgins
Musique : Richard Bellis
Production : Green/Epstein , Konigsberg/Sanitsky Company, Lorimar Television, Warner Bros. Television
Durée : 3h12
Genres : Fantastique, horreur, slasher
Date de sortie : 18 et 20 novembre 1990 (USA) – 16 octobre 1993 (France/ M6) ( 12 octobre 2016 (réédition dvd))

Etats-Unis – 1990

La nouvelle vidéo promo de Riverdale promet une série mystérieuse

0

La nouvelle vidéo promo de Riverdale promet une série mystérieuse, remplie de secrets.

Une vidéo promo tease encore plus les mystères concernant la nouvelle série Riverdale. Adaptation d’après les personnages de l’éditeur Archie Comics, Riverdale porte le nom du lieu où se déroule l’action. Mené par le producteur Greg Berlanti ( Arrow ), la série s’annonce comme une adaptation plus mature et sombre du comics d’origine. Au casting on retrouvera notamment Cole Sprouse, l’un des jumeaux de La Vie de Palace de Zack et Cody.

L’intrigue se déroule autour de la bande d’Archie qui vont mener l’enquête suite à un meurtre ayant lieu dans la ville, à l’apparence tranquille de Riverdale. Si méconnu en France, le personnage d’Archie est un pilier de la BD américaine et existe depuis 1941. Archie et sa bande ont le droit à leur série de comics dès 1942. L’adaptation en série par la CW est donc fortement attendue. Les péripéties de la bande d’adolescents ont déjà eu le droit à un téléfilm en 1990, ainsi que de nombreux adaptations dessins-animés sur le petit écran.

Synopsis :

Les aventures du jeune Archie Andrews et de ses amis dans la petite ville de Riverdale. Sous son apparence idyllique, elle cache de sombres secrets qui ne demandent qu’à être révélés et perturber la tranquillité de ses habitants.

Le premier épisode sera diffusé le 26 janvier 2017 sur CW et Netflix Canada

Riverdale : Teaser promo

Une série créee par Roberto Aguirre-Sacasa et Greg Berlanti avec au casting :

Archie Andrews: K.J. Apa
Betty Cooper: Lili Reinheart
Jughead Jones: Cole Sprouse
Veronica Lodge: Camilla Mendes
Josie McCoy: Asleight Murray
Cheryl Blossom: Madelaine Petsch
Fred Andrews: Luke Perry
Hermione Lodge: Marisol Nichols
Alice Cooper: Mädchen Amick
Reggie Mantle: Ross Butler
Moose Mason: Cody Kearsley
Dilton Doiley: Daniel Yang
Kevin Keller: Casey Cott

Primaire, un film de Hélène Angel : Critique

Retour à l’école avec Primaire ! Sara Forestier serait-elle la professeure parfaite ?

Synopsis : Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre…

Avec Primaire, Hélène Angel signe son 5ème long-métrage. Si ce film ne fait pas dans la nouveauté en s’intéressant au quotidien d’une professeure de primaire, interprétée par Sara Forestier, il n’en est pas moins agréable, aux personnages attachants.

Faire jouer des enfants au cinéma est toujours une valeur sure. Ces petits bouts de chou ne peuvent qu’être attendrissants tant leur visage angélique parviennent à ravir le cœur du spectateur. Attendrissants certes, mais compliqué à faire jouer. Dans Primaire, Hélène Angel y arrive avec brio. Chaque enfant est parfaitement dirigé, et aucun ne fait dans la fausseté, ce que l’on pouvait redouter, avec une mention spéciale pour Jules Gaboriau qui interprète Jean-Philippe. Évidemment, impossible d’échapper à deux trois regards caméra, mais cela n’ôte rien au charme du film. En complément, les adultes sont tout autant excellents, Sara Forestier en tête. L’actrice, découverte dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, ne cesse d’exceller au fil de ses interprétations filmiques. On se souvient de Suzanne, Le nom des gens ou encore La tête haute, qui ne cesse de confirmer le talent de la jeune comédienne. Vincent Elbaz est un parfait complément à  cette dernière, mais ne sort toutefois pas des sentiers battus.

Là où réside toute l’ingéniosité du scénario d’Hélène Angel, c’est dans son portrait qu’elle livre de l’école primaire en ne se concentrant pas sur une seule professeure. S’offre à nous toute une équipe pédagogique : de nombreux seconds rôles, parfois attachants, parfois détestables, viennent donner vie à cette école. Impossible de se lasser et on prend du plaisir à découvrir le quotidien de ces divers professeurs.
Mais elle ne s’arrête pas là et ne se contente pas d’être approximative dans les propos tenus. Hélène Angel s’est renseignée, a côtoyé une équipe pédagogique de primaire et parvient à donner toute véracité à son propos. On parle de RASED, de redoublement et de tous les nouveaux termes imaginés par l’éducation nationale pour compliquer chaque jour un peu plus le travail, déjà difficile, des professeurs. Et impossible d’échapper au traditionnel spectacle de fin d’année ! Même au cinéma, on ne peut éviter cette (douloureuse ?) épreuve, mais il est ici tellement touchant et drôle qu’on ne peut que se laisser entrainer dans l’Histoire.

Toutefois, Primaire n’est pas exempt de défaut. Dans le scénario d’Hélène Angel, tout est un petit trop précipité. Les différentes amourettes sont bien trop rapides, les résolutions également. La relation entre Sara Forestier et Vincent Elbaz prend forme tellement vite qu’elle met presque mal à l’aise. Le comportement d’Elbaz vis-à-vis de Sara Forestier parait bien trop irréel pour être crédible. Dommage, il aurait été possible de faire légèrement plus dans la finesse, sans pour autant créer des longueurs.
Mais quand on y réfléchit, le côté fleur bleue de l’intrigue est-il réellement utile ? Enrichit-il la progression du récit ? On se rend compte que la romance est en fait bien trop superficielle. Se concentrer sur la vie de l’école primaire aurait été plus trépidant, sans hésitation.
On soulignera également quelques clichés dans les relations entre enfants, avec ces amis qui se transforment en ennemis, et vice versa.

Avec Primaire, Hélène Angel nous offre une œuvre qui frôle le documentaire, s’entourant d’acteurs livrant le meilleur d’eux-mêmes. Même s’il ne renouvelle pas le genre, être guidé au long du film par des enfants tous plus attachants les uns que les autres est un réel plaisir.

Primaire : Bande-annonce

Primaire : Fiche technique

Réalisateur : Hélène Angel
Scénario : Yann Coridian, Hélène Angel
Interprétation : Sara Forestier, Vincent Elbaz, Guilaine Londez, Olivia Côte, Lucie Desclozeaux, Ghillas Bendjoudi…
Photographie : Yves Angelo
Montage : Sylvie Lager, Christophe Pinel, Yann Dedet
Musique : Philippe Miler
Direction artistique : Michel Schmitt
Productrice : Hélène Cases
Sociétés de production : Lionceau Films
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 105 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 4 janvier 2017

France – 2017

Kirsten Dunst et Yorgos Lanthimos au cœur de la nouvelle série de George Clooney

0

La nouvelle série On Becoming A God In Central Florida produite par Georges Clooney retient de plus en plus l’attention à travers l’annonce de Kirsten Dunst au casting et Yorgos Lanthimos à la réalisation.

Le réalisateur Yorgos Lanthimos, a qui l’on doit The Lobster primé au Festival de Cannes, aura la tâche de réaliser et diriger la série On Becoming A God In Central Florida, produite par Georges Clooney. L’artiste derrière le très attendu The Killing of a Sacred Deer, s’attaque pour la première au petit écran et sait pour l’occasion bien s’accompagner.

En effet, au cœur de ce nouveau projet, on retrouve l’actrice Kirsten Dunst. Connue du grand public pour avoir incarné Mary Jane dans la trilogie Spiderman de Sam Raimi, elle a récemment joué dans la seconde saison de la série Fargo. Elle incarnera le rôle de Krystal Gill, une femme veuve, prête à réaliser son rêve américain dans une Amérique des années 90. Employé dans un parc aquatique, elle va vouloir gravir les échelons de l’entreprise Founders Americain Merchandise, responsable de sa situation financière désastreuse. La série se voudra être une subtile comédie plutôt sombre. Kirsten Dunst ne se contente pas d’être actrice sur le projet. Elle porte désormais également la casquette de productrice exécutive.

Si la série n’a pas encore de date de diffusion, elle part sur la bonne voie avec une équipe de talent. Elle sera diffusée sur la chaîne AMC.