Critiques Séries : Vinyl, Saison 1

Après un premier épisode exceptionnel, tant du point de vue de la longueur (quasiment deux fois plus long qu’un épisode), que de la structure (le rise and fall si cher à Scorsese, surprenant pour un pilote), Vinyl s’est achevée cette semaine avec un dixième épisode, celui-ci très classique. Entre les deux, huit épisodes pour nous raconter les déboires d’un producteur de musique autant en proie à ses démons qu’à ses concurrents.en

Synopsis : New York, 1973. Richie Finestra, producteur de musique, décide au dernier moment de ne pas vendre sa compagnie American Century Records, pourtant sur le point de couler. Persuadé qu’il peut encore révolutionner le monde de la musique, il va tenter de dénicher de nouveaux talents pour faire renaître son label de ses cendres.

La musique que j’aime

En découvrant Vinyl, la première chose qui saute aux yeux (et aux oreilles) c’est la reconstitution des années 70, qui fait des merveilles. À l’image, cela se traduit par des chemises chatoyantes, des décors somptueux et des objets délicieusement rétros. Le Terence Winter de Boardwalk Empire n’est pas loin. Dans la bande-son, ce sont les plus grands classiques de l’année 1973 qui s’enchaînent quasiment sans interruption que ce soit sur scène, à travers un transistor ou en musique extra-diégétique. L’influence du parrain David Chase, fin collectionneur de musique américaine sur Les Soprano, se fait sentir. Toute cette reconstitution, et particulièrement le choix des morceaux entendus, rend la série très agréable à visionner, mais est aussi l’un des éléments centraux de ce qu’elle raconte.

La multitude de musiques rencontrées par Finestra au cours de ses affaires, vise à représenter l’ensemble du spectre musical présent à cette époque : blues, hard-rock, reggae, pop, rock’n’roll, tout y passe. La série insiste particulièrement, et l’on sent bien que cela va constituer le cœur des saisons suivantes, sur les tendances émergentes que sont le début du punk et du hip-hop. C’est une vraie leçon de musique qui est dispensée ici par Scorsese, Jagger, Winter et Cohen. L’éventail atteint cependant ses limites lorsqu’au cours d’une seule saison, on croise les visages de David Bowie, Elvis Presley, Bob Marley, Lou Reed, Alice Cooper, John Lennon, Robert Plant (de Led Zeppelin)… À défaut de namedropping, la série invente le facedropping et malgré la précision des reconstitutions, difficile de s’empêcher de penser que ça fait beaucoup. Mais assez parlé de ce qui les entoure, intéressons-nous aux personnages.

Le blues du businessman.

Richie Finestra est un homme d’affaires. L’épisode pilote le place dans une situation délicate, et il décide de tout miser quitte à tout perdre. C’est assez intéressant comme positionnement pour un personnage principal, car il n’est ni au sommet (comme peut l’être Nucky Thompson au début de Boardwalk Empire par exemple) ni totalement un nouveau concurrent parti de rien. Il est juste entre les deux. De ce fait, il cumule les enjeux de l’outsider qui doit tout inventer pour se faire sa place dans le milieu ; et ceux du boss qui doit résister à la folie des grandeurs et aux attraits de la drogue et de l’argent facile.

Dans le premier cas, c’est très intéressant, car on est là au cœur de ce qui fait un producteur de musique : il doit à la fois tenter de garder un maximum d’intégrité et mettre en avant des groupes de qualité, songer à faire rentrer de l’argent et sortir des tubes, ainsi qu’ anticiper sur les tendances futures, pour être le premier à signer avec les artistes à succès de demain. C’est là que se jouent les enjeux vraiment passionnants de la série, notamment avec le groupe Nasty Bits, dont le leader est incarné par James Jagger (fils de Mick) parfait punk torturé venu d’Angleterre, et dont la manager en herbe est incarnée par Juno Temple.
Dans le deuxième cas, c’est tout de suite moins excitant. Même si les excès de Finestra s’incarnent parfaitement dans le physique et le jeu bigger than life de Bobby Cannavale, difficile de ne pas voir dans ses magouilles une énième déclinaison d’intrigues mafieuses. Prêt d’argent, chantage, drogue, enquête policière, meurtre… la série ne semble parfois être qu’une version vintage et musicale d’un film de mafia. Et c’est dommage, car les enjeux musicaux sont souvent relégués aux personnages secondaires, alors qu’on aimerait précisément les voir plus souvent.

Cœur de rocker.

Malgré cela, il faut bien avouer que la sympathie dégagée par la série la rend rapidement addictive, et ses paresses scénaristiques sont vite oubliées au rythme de l’air d’ « un bon vieux rock bien rétro ». La série préfère mettre en avant la sensation plutôt que la narration. Cela peut être perçu un peu rapidement comme un défaut de fond, pourtant c’est certainement une de ses qualités. Nous l’évoquions plus haut, la reconstitution de l’époque est un point primordial. Et elle s’y emploie aussi dans l’esprit et la dynamique qu’elle met en place. De toute manière condamnée à faire cohabiter l’historique et le fictif, la série abandonne régulièrement le réalisme pour des séquences plus oniriques. Le but ici est moins de raconter l’époque que de la faire (re)vivre par procuration aux spectateurs.

Cela semble confirmé par le discours de Richie à la fin du dernier épisode : la génération de cette époque avait une voix à faire entendre, et la musique (et ici la série) sont là pour s’en faire le relais. L’énergie de l’esprit « sexe, drogues et rock’n’roll » traverse la série de part en part, et vous aurez la sensation d’en faire partie, pour peu que vous y soyez sensible. En y repensant, c’est aussi tout l’objet de l’épisode pilote. La dernière scène de celui-ci, c’est ce que la série cherche à recréer à tout prix : un moment unique, une sorte d’épiphanie, de révélation, cette sensation que la musique peut parfois provoquer, celle d’entendre la bonne chanson au moment exact où l’on voudrait l’entendre, la bande originale qui donnera un sens à votre vie.

Vinyl est une série qui mise sur les sensations et le rythme, plus que sur la narration. Comme son personnage principal, elle déborde d’énergie et d’ambitions. Comme lui également, elle est un peu traumatisée par l’épisode pilote, et peine parfois à se montrer à son niveau. Si plusieurs arcs narratifs promettent une deuxième saison (déjà confirmée) excitante, le renvoi par HBO du showrunner Terence Winter n’annonce malheureusement rien de bon.

Vinyl Saison 1 : Bande annonce

Vinyl Saison 1 : Fiche technique

Création/Scénario : Rich Cohen, Mick Jagger, Martin Scorsese, Terence Winter
Réalisation : Allen Coulter, Jon S. Baird, S.J. Clarkson, Carl Franklin, Nicole Kassell, Mark Romanek, Martin Scorsese, Peter Sollett
Producteurs Exécutifs : Mick Jagger, John P. Melfi, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff, terence Winter, Allen Coulter…
Interprétation : Bobby Cannavale, Paul Ben-Victor, P.J.Byrne, Max Casella, Ato Essandoh, James Jagger, J.C. MacKenzie, Jack Quaid, Ray Romano, Birgitte Hjort Sørensen, Juno Temple, Olivia Wilde…
Décors : Ellen Christansen, Regina Graves, Devon O’Leary
Costumes : John Dunn, Mark Bridges
Photographie : Reed Morano, David Franco, Rodrigo Prieto
Montage: Kate Sanford, Tim Streeto, David Tedeschi, Perri B. Frank, Eric Lorenz
Musique (supervision) : Meghan Currier, Randall Poster
Casting : Meredith Tucker, Ellen Lewis
Genre : Musique, Drame
Format : 10 épisodes de 60 minutes
Diffusion: HBO (USA), OSC (France)

Auteur : Amaurych

Festival

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