L’Exorciste, une série de Jeremy Slater : Critique du pilote

Chapter One : « And Let My Cry Come Unto Thee » (« Et que mon cri parvienne jusqu’à toi »)

Synopsis : Rien ne va plus chez la famille Rance : le père commence à perdre la tête, la fille aînée est recluse dans sa chambre depuis son retour de l’université et même la cadette entend des voix dans les murs de la maison. Pour la mère, Angela, tout ceci est l’œuvre d’une force démoniaque. Persuadée que sa famille est en danger, elle fait appel au Père Tomas Ortega, qui lui-même sera amené à croiser la route du mystérieux Père Marcus Lang. 

Rome ne répond plus

Rien ne sert de présenter le classique dont est issu ce remake audiovisuel tant le film de Friedkin a marqué des générations entières et les actrices Linda Blair et Ellen Burstyn. Le projet peut être certes critiqué comme à chaque déclinaison (Scream, Rush Hour, L’Arme fatale…), mais la curiosité est belle et bien présente. La série ne s’appuie non pas sur le long-métrage d’horreur de 1973 – et nous soupirons de soulagement -, mais sur le roman original de William Blatty paru 2 ans plus tôt. L’écrivain, se basant sur des faits réels de lorsqu’il était étudiant, à également réalisé le troisième opus de 1990. Devenue une franchise à part entière, l’une des plus rentables de l’histoire avec plus de 402 milliards de dollars, et classée par l’American Film Institute comme le troisième meilleur thriller derrière Psychose et Les Dents de la mer, la série a su convaincre la Fox avec un pilote relativement surprenant. Réussira-t-elle, sur 13 épisodes, à toucher le cœur des sériephiles ? Elle a réuni peu de fidèles (moins de 3 millions), sachant que la case du vendredi soir est traditionnellement désertée, devant le reboot Mac Gyver (critique à venir). La rédaction est emballée par le premier épisode. Décryptage…

Créée par Jeremy Slater*, scénariste de formation (The Lazarus Effect, Fantastic Four et Death Note à venir) L’Exorciste débute sur l’arrivée d’un prêtre, par un remarquable travail sonore (entre aboiements de chiens, grondement d’engins ou climatique et cris enfantins) et des éclairages tranchées (l’écho à la photographie de Daredevil de Netflix est soudain). Identifiable tout d’abord uniquement par son chapeau et sa sacoche de médecin, tel une ombre, le Père Marcus arrive au pied d’une villa défavorisée suspendue au cœur d’une bourgade hispanique où le christianisme règne en maître. Dans ces jardins de Babylone démoniaques, un petit garçon du nom de Gabriel sera en proie à des forces inconnues. En parallèle, nous suivons (c’est le cas de le dire, par un agréable travelling introductif) le discours messianique du Père Tomas, d’origine mexicaine. Le choix n’est, par ailleurs, pas anodin. L’acteur Alfonso « Poncho » Herrera, récompensés aux MTV Movie Awards pour son rôle de méchant dans le soap Amar te duele en 2002, et surtout Hernando, le petit ami de Lito dans Sense8, incarne avec sympathie et contrastes ce nouveau personnage principal. Nous ne savons guère si, du reste, il est le héros de cette histoire car le père Marcus est également prépondérant. Sa tête nous est familière, Ben Daniel est l’amant de Claire Underwood dans la première saison de House of Cards et le remarquable et charismatique Paul Grayson, directeur homosexuel de la New York City’s School of American Ballet dans Flesh and Bones (dont une saison 2 est sûrement à prévoir pour 2017). Sa performance virile et torturée est saisissante. Le glissement de l’un à l’autre s’opère insidieusement et de cet habile tour de main scénaristique naît une véritable addiction. Une autre surprise pour les cinéphiles, une Geena Davis (Thelma et Louise, The Fly, Beetlejuice) sous chirurgie plastique incarne la mère d’Angela Rance, préoccupée par la réclusion de sa fille aînée.

Visuellement, la série se démarque clairement en puisant dans l’original, tête rotative à 180°, dents de scie putréfiées et pustules infectées… Ainsi va la photographie, froide et électrique, « au grain de poussière », couplée à une mise en scène moderne. Le nom de Rupert Wyatt fait sûrement écho, il a réalisé La Planète des singes : Les Origines et reçu le Hitchcock d’or et le Hitchcock d’Argent du public au Festival du film britannique de Dinard en 2008 pour son deuxième long métrage Ultime Evasion. La séquence onirique dans la chambre du petit possédé dégage une atmosphère virtuelle, comme tirée d’un jeu vidéo et une deuxième, sombre, dans le grenier impressionne. Jonglant entre implicite et explicite par l’effet d’un maquillage suffisamment tape-à-l’œil sans être vulgaire (ce qui faisait notamment l’originalité du premier film). Être ou (ne) paraître, tel est le leitmotiv de cette mise à jour télévisuelle. Lorsque le père de famille « simple d’esprit » – on ne sait encore par quel accident – devient lucide et que le sensé rejoint les fous, il est légitime d’admettre que la frontière s’enfonce au-delà du réel. Point trop n’en faut, on n’en sait assez peu sur Tomas, oncle aimant, frère attentionné et honnête homme au cœur brisé. Le mal s’abattra, comme à l’usage, sur son entourage et on devine que son neveu ne sera guère épargné. Pauvre communauté latino-américaine ! L’empathie est juste et le frisson de plaisir hérisse le poil lorsque sonne le thème composé par Mike Oldfield, introductif de son album « Tubular Bells ».** Rappelons que Lalo Schiffrin, a qui l’on doit le thème de Mission Impossible et La Panthère rose, avait commencé à composer . Vous voulez savoir à quoi aurait ressemblé la bande originale ? Entre Bernard Herrmann aux cordes grinçantes et aiguës et ballade aux pianos rythmée seventies, bref beaucoup moins marquée et synthé…

En somme, la possession l’emporte sur le risible et la foi dépasse le dogme religieux. Il faut se faire une raison, athée ou croyant, pratiquant ou incrédule, ce pilote détonant de L’Exorciste ouvre sur une incroyable dualité inversée où la religion, pauvre opium du peuple, n’est pas là où on le croit. L’oxymore est équilibrée. Mais rien n’est acquis, le blasphème se cache peut-être derrière cette fameuse porte blanche. Béni soit ce démarrage, car le divertissement est sacré.

*aucun rapport avec Christian, l’acteur, ni Kelly, le surfeur.

** lire à ce sujet l’article sur les symphonies d’outre tombe

L’Exorciste : Fiche Technique

Créateur : Jeremy Slater
Réalisation : Rupert Wyatt
Scénario : Jeremy Slater (basé sur le roman de William Peter Blatty)
Interprétation : Alfonso Herrera (Père Tomas Ortega), Ben Daniels (Père Marcus Keane), Geenna Davis (Angela Rance), Hannah Kasulka (Casey Rance), Brianne Howey (Charlotte as Kate Rance), Kurt Egyiawan (Père Bennett), Alan Ruck (Henry Rance), Isaac Linares (Gabriel)
Image : Alex Disenhof
Effets spéciaux maquillage : Cary Ayers, James MacKinnon et Sabrina Wilson
Effets spéciaux visuels : Jim Hawkins, Jeffrey Edward Baksinski et Tyler Nathan
Production : Rolin Jones, David C. Robinson, James G. Robinson, Jeremy Slater, Barbara Wall, Rupert Wyatt
Sociétés de production: Morgan Creek Productions, New Neighborhood, 20th Century Fox Television
Genre : thriller, drame, horreur
Format : 13 épisodes de 42 minutes
Chaîne d’origine : Fox
Diffusion aux USA : tous les vendredi soir – 23 septembre 2016

 

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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