Rétro Tim Burton : Beetlejuice – Critique

Synopsis : Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.

SOS, Fantôme

Cela pourra surprendre les plus jeunes, mais il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…) où Burton faisait des films vraiment originaux, où son égérie ne s’appelait pas Helena Bonham Carter mais Winona Ryder, et son acteur fétiche était Michael Keaton et non Johnny Depp. Les temps ont bien changé.

En 1988, le réalisateur n’a à son actif que quelques courts métrages et un seul long, Pee-Wee Big Adventures, qui n’a guère rencontré le succès. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui devait mettre en scène le film, mais Wes Craven, tout juste sorti du succès des Griffes de la Nuit, et qui déclina finalement car le scénario n’était pas assez horrifique pour lui.

Esprits frappés

D’horreur, il n’est en effet guère question dans Beetlejuice. Si Burton conçoit le film comme une sorte de parodie de L’Exorciste, les liens avec le chef d’œuvre de Friedkin sont franchement légers. Ce qu’il nous offre à la place, c’est une plongée dans son univers délirant et coloré. Chaque plan est une trouvaille, chaque scène regorge de détails savoureux qui font de ce film un bijou d’humour gothique.

La seule séquence dans l’entre-deux mondes est un condensé parfait de ce qui fait le génie visionnaire de Burton, à une époque à laquelle il n’est pas encore occupé à se parodier lui-même. On est encore loin des moyens qui lui furent octroyés sur Alice au pays des merveilles, par exemple, mais il parvient, avec les moyens du bord, à donner vie à un univers visuel original et cohérent.

Alors bien sûr, il n’est pas évident pour la génération actuelle, gorgée d’effets spéciaux de première qualité et d’univers fantastiques ultra stylisé de se retrouver dans ce film à l’esthétique volontairement kitsch. Mais il faut bien reconnaître que, malgré le passage du temps, Beetlejuice conserve un pouvoir humoristique intact, pour peu que l’on se laisse happer dans cet étrange concentré de n’importe quoi.

La mise en scène de Burton est encore bien sage, parfois un peu figée, mais on ressent déjà toutes ses capacités d’imagination et sa créativité débordante. À ses côtés, Michael Keaton démontre tout son talent comique dans la peau de l’esprit frappeur dont il ne faut pas dire le nom (trois fois). Le duo se reformera d’ailleurs à…trois reprises (coïncidence?) avant que le réalisateur ne se trouve un nouvel acteur de référence.

Malheureusement, les temps ont changés, Baldwin s’est empâté, le talent de Burton aussi, et même Lil Wayne s’est mis à sampler le titre emblématique du film. Si seulement tous les fans du rappeur bercés au tube Six Foot Seven Foot prenaient le temps de s’immerger dans cette œuvre magique, le monde redécouvrirait un grand classique, dont la forme a peut être pris un coup de vieux, mais dont le fond reste supérieur à la majorité des Burton de cette décennie… Alors qu’une suite serait en préparation pour 2015, voilà l’occasion rêvée.

Beetlejuice – Fiche Technique

USA – 1988
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Michael McDowell, Warren Skaaren, Larry Wilson, Tim Burton
Distribution : Michael Keaton (Beetlejuice), Alec Baldwin (Adam), Geena Davis (Barbara), Winona Ryder (Lydia)
Producteurs : Michael Bender, Richard Hashimoto, Larry Wilson,
Directeur de la photographie : Thomas E. Ackerman
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Jane Kurson
Production : Geffen Pictures, Warner Bros
Distributeur : Mission

Auteur : Mikael Yung

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