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13 Reasons Why, une série de Brian Yorkey : Critique

Au premier abord, 13 Reasons Why aurait pu passer pour un énième teen drama façon Pretty Little Liars mais la série s’en sort plutôt bien en jouant sur des scènes choc, une bande son rétro originale et quelques dialogues mordants.

Welcome to your tape  !

13 Reasons Why n’échappe pas au poids de la culture américaine et de la génération Y. C’est d’ailleurs le sujet de la série. A travers 13 cassettes, la défunte Hannah décrit sa vie d’ex-lycéenne et pose un regard critique sur ses pairs. Et pendant peut-être trop d’épisodes, le scénario nous déballe sa tripoté de clichés et de personnages stéréotypés : des armes à feu en veux-tu en voilà, des grosses voitures, des ados populaires parce que sportifs…ou riches…ou les deux, un gringalet souffre-douleur (et un peu lourd si possible) ou encore un conseiller d’éducation tendance psychologue et bon copain (rien à voir avec nos braves CPE). Sans oublier la jolie nouvelle de l’école, la bonne copine et le héros bien sous tous rapports. La vie de l’école est rythmée par des rassemblements populaires et artificiels comme LE bal du lycée, les concours et autres matchs censés faciliter l’intégration et…l’amitié ! Et à plusieurs reprises, cette théorie sera avancée par des parents aussi crédules qu’égocentriques – sauf quand il s’agit de s’extasier devant la beauté ou la réussite de leur progéniture (ah non, en fait, ça aussi c’est égocentrique…).

13 Reasons Why ne traite pas seulement du harcèlement et cette accumulation de poncifs n’a d’autre objectif que de pointer du doigt les dangers du système scolaire. Seulement voilà, même si la série met certaines vérités à nu, cette démarche perd de son efficacité dès lors qu’elle s’entête à s’attaquer à tout et en même temps. 13 Reasons Why ou le Top 10 des pièges de l’adolescence ! A plusieurs occasions, l’émotion et la crédibilité pâtissent de ces campagnes de prévention contre la drogue, le sexe, l’alcool (au volant et ailleurs), l’homophobie, le harcèlement (scolaire et sexuel), le suicide, la violence, l’isolement… Il ne manquait que la cigarette sauf qu’aux EU, personne ne fume (autre cliché) ! Ainsi, malgré ces rappels à l’ordre multiples et virulents, le spectateur reste à distance du sujet. La plupart du temps.

L’adolescent c’est l’être bouleversé, déboussolé par excellence… (Marc Doré)

De façon plus insidieuse, la série aborde aussi la négligence parentale, les limites de l’école et les défauts d’un système qui prône l’excellence, aggravant une difficulté déjà existante : le mal-être propre à l’adolescence. Comme il sera dit à maintes reprises au fil des épisodes : tous les jeunes ont des problèmes mais chacun y réagit différemment. 13 Reasons Why s’intéresse aux réactions d’Hannah, sa conception de la vie, sa perception des choses, sa gestion du mal-être. Ce personnage ambivalent (et l’interprétation de la jeune Katherine Langford) est un des points forts de la série. Hannah est une jeune femme complexe, tantôt futile, tantôt intelligente mais des choix malheureux conditionnés par son besoin d’appartenance au groupe vont contribuer à la faire chavirer. Evidemment, la jeune femme n’est en rien coupable des actes cruels de ses pairs. Ainsi, dans un environnement factice et néfaste où la communauté prime sur l’individu, où il est mal vu d’être solitaire et où les associations et autres thérapeutes sont préférés au dialogue avec un proche, ce mal ne peut qu’accroître.

Autre bon point de la série : ses musiques rétro rocks initiées par Tony Padilla (Christian Navarro), un personnage tout aussi cool et atypique. Dès le début, la chanson de Joy Division Love will tear us apart nous transporte littéralement dans une autre époque, un autre monde. Ces choix musicaux confèrent à 13 Reasons Why une tonalité mélancolique et rebelle qui correspond assez à l’état d’esprit des deux héros. Clay ne cherche pas à s’identifier au groupe, il se suffit à lui-même et, en cela, il se pose comme un marginal. Hannah est capable de porter un jugement pertinent sur la vie et les autres même si elle est parfois inapte à prendre les décisions qui s’imposent. Ajoutez à cela leurs répliques piquantes et spirituelles et on ne pourra nier que, par moment, 13RW parvient à nous toucher en profondeur. Nous toucher en profondeur, voilà l’autre objectif de ce show. Dans les derniers épisodes, la série poussera le vice jusqu’à nous dévoiler des images bouleversantes, sensiblement violentes et certains épisodes seront d’ailleurs précédés d’un avertissement somme toute légitime.

Clay, A Wallflower  ?
                           – par Myriam Anik

Même physionomie, même dégaine et même état d’esprit ; il nous a fallu pas moins d’un épisode pour assimiler le personnage de Clay à celui de Charlie de TPOBAW (Le Monde de Charlie) durant toute la première partie de la saison.
Errances existentielles de lycéen américain typique, tous deux ont connu le suicide d’un proche, tous deux sont au lycée, et tous deux connaissent les dédales de l’anxiété.
La noirceur et la sensibilité des sujets traités est bien marquée, ce sont deux adaptations d’un best-seller certes, mais il a manqué à 13RW un aspect de réalité et de sincérité qui nous a obligé à la comparaison.

Les tribulations de Hannah, ne sont que très peu réalistes, autant certaines relèvent du harcèlement moral et l’on en comprend la portée et l’objectif, autant d’autres nous paraissent peu touchantes et nous laissent perplexes face aux réactions de Clay.
Réactions jouées par Dylan Minnette qui avaient tout des réactions de Logan Lerman (acteur principal de TPOBAW). La réalisation et ces moult flash-backs sont bien les seules clés qui nous ont permis de nous détacher un peu du teen-movie.
Toutefois, le monde de Charlie est bien plus beau que celui de Clay, celui-ci n’a que très peu d’amis, voire pas du tout, et il sombre de plus en plus dans la dépression au lieu d’en sortir.
À voir si une deuxième saison est envisageable, au vu du best-seller qui ne nous en apprend pas davantage que la saison 1.

Devant la multitude de catastrophes qui obscurcissent cette vie de lycéen lambda, nous sommes en droit de douter voire de déchanter. Toutefois, par son sujet poignant et ses images révoltantes, 13 Reasons Why aura su nous surprendre et nous piquer en plein cœur, cela est indéniable. 

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13 Reasons Why : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6ILJ7IqoSIU

Synopsis : Après le décès brutal de sa camarade de lycée, Hannah Baker, Clay reçoit une boîte renfermant des cassettes enregistrées par la défunte. Avant de se donner la mort deux semaines plus tôt, Hannah confiait sur bande-sonore les treize raisons de cet acte dramatique. Clay serait-il l’une d’entre-elles ?

13 Reasons Why : Fiche technique

Titre Original : 13 Reasons Why
Chaîne de Diffusion : Netflix
Créateur : Brian Yorkey (D’après le livre de Jay ASHER)
Showrunners : Brian Yorkey, Selena Gomez, Diana Son, Kyle Patrick Alvarez, Gregg Araki, Carl Franklin, Tom McCarthy, Helen Shaver, Jessica Yu
Scénario : Elizabeth Benjamin, Diana Son, Thomas Higgins, Nathan Jackson, Nathan Louis Jackson, Kirk A. Moore, Nic Sheff, Hayley Tyler
Production : Selena Gomez, Tom McCarthy, Diana Son, Brian Yorkey, Many Teefey, Michael Sugar, Kristel Laiblin, Joy Gorman Wettels
Maisons de production : Kicked to the Curb Productions, Anonymous Content, July Moon Productions, Paramount Television
Genre : Drame
Casting : Dylan Minnette …. (Clay Jensen)
Kathryn Langford …. (Hannah Baker)
Christian Navarro …. (Tony Padilla)
Alisha Boe …. (Jessica Davis)
Brandon Flynn …. (Justin Foley)
Justin Prentice …. (Bryce Walker)
Miles Heizer …. (Alex Standall)
Ross Butler …. (Zach Dempsey)
Devin Druid …. (Tyler Down)
Amy Hargreaves …. (Lainie Jensen)
Derek Luke …. (Kevin Porter)
Kate Walsh …. (Olivia Baker)
Nombre d’épisodes : 13 (1 saison)

États-Unis – 2017

Musique de Zone Blanche : la nouvelle série de France 2 en double album

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La musique de Zone Blanche, la nouvelle série événement de France 2, déboule dans les bacs dans un double album aux couleurs du drapeau américain.

Dès les premières notes du thème principal, on ne peut s’empêcher de penser à l’ouverture de Délivrance et à son fameux duel de banjo. La mélodie acoustique rappelant les vieux films américain des seventies est agréablement soutenue par des nappes de claviers et de violons discrètes. La suite confirme l’essai. L’efficacité des compositions, de l’orchestration aux synthés, en passant par les percussions et les guitares basses et banjo est rafraîchissante. Aux deux premiers titres beaux et planants du score, succèdent des plages d’angoisse évoquant le meilleur de Marc Snow (compositeur de la série X-files).

Sans avoir vu les images des épisodes dont elles sont issues, on devine aisément les morceaux de bravoure ou les cliffhangers de fin d’épisode. Couzinier et Kooshmanian, les deux compositeurs, n’ont clairement pas à rougir de leurs influences tant leur œuvre est maîtrisée. La piste « La scierie » et ses accents électriques témoigne de l’ambition et de la richesse du score. Quand on mélange les origines rock et punk de Thomas Couzinier à l’éclectisme musical de son compère Frédéric Kooshmanian (le bonhomme est passé d’un apprentissage du piano et du jazz aux mains de Bernie Bonvoisin (Trust) puis du rhythm & blues à la world music (pour finir comme compositeur de pubs et de films), le résultat ne peut qu’être surprenant.

«Le choix s’est porté sur des guitares acoustiques et électriques, des orgues d’église et des instruments à cordes (violon, contrebasse) en formation d’orchestre de chambre. Nous avons volontairement fait ressortir des vibrations, des crépitements et le souffle des instruments [puis] travaillé sur un mélange de sons naturels (des cordes frottées et frappées, des tambours indiens ainsi que des timpani) et de sonorités synthétiques (basse, écho distordu, texture).» (T.Couzinier/F.Kooshamanian)

L’Amérique n’est jamais loin du viseur des compositeurs ni de celui des réalisateurs, comme le prouve l’ajout de titres du répertoire US allant de la pop-rock à la country en passant par le vieux blues cradingue de Goulstone et ses guitares saturées.

Si la série bénéficie d’un travail aussi poussé et efficace que celui de son score, nul doute que Zone blanche sera la série française à suivre. En tout cas son double album, contenant d’un côté le score et de l’autre sa galette compilation de chansons américaines, est un achat que l’on recommande chaudement.

La musique de Zone Blanche a d’ailleurs été récompensée au Festival international des programmes audiovisuels à Biarritz en recevant le FIPA d’Or !

The Blacklist : Redemption, une série de Jon Bokenkamp & John Eisendrath : Critique du pilote

Synopsis : Tom Keen rejoint Halcyon Aegis, une organisation de mercenaires dirigée par sa mère, Susan Hargrave. Son but : percer les zones d’ombre de son passé et découvrir ce qui est réellement arrivé à son père en infiltrant l’équipe d’Hargrave, qui s’est donnée pour objectif de racheter ses actions passées en menant des missions périlleuses. 

A tous ceux assez curieux de découvrir ce à quoi la série The Blacklist ressemblerait sans son personnage emblématique Raymond Reddington (James Spader – Avengers, Lincoln, Boston Justice, The Practice), The Blacklist : Redemption, créée par Jon Bokenkamp et John Eisendrath, leur est servi sur un plateau d’argent.

the-blacklist-redemption-famke-jansse-ryan-eggold-serie-jon-bokenkampPrésentée aux spectateurs de la série mère l’année dernière lors d’un épisode spécial, The Blacklist dévoilait déjà l’intrigue qu’allait camper son spin-off, Redemption, consacré au personnage de Tom Keen (interprété par Ryan Eggold – 90210). Tom était pendant cet épisode recruté par Susan « Scottie » Hargrave (Famke Janssen – GoldenEye, Taken, X-Men, Hemlock Grove, How to get away with murder), co-présidente avec son mari d’une agence centrale d’information, Halcyon Aegis, pour traquer quelqu’un et elle lui proposa à la fin de rejoindre la société Hargrave de façon permanente. L’espion refusa son offre. Or, c’est à l’occasion de cette rencontre qu’il apprit par Reddington que Scottie était sa mère biologique. Une information inconnue de celle-ci. Et c’est là où repose toute la trame de The Blacklist Redemption. Tom qui s’avère en fait être Christopher Hargrave, a disparu lorsqu’il était encore enfant. Plus tard, l’homme prétendument responsable de l’enlèvement de Christopher était innocenté. On apprenait aussi lors de cet épisode que le faux kidnappeur avait accepté de prendre le blâme pour des raisons jusqu’alors inexpliquées. Et voici comment se crée une histoire bien ficelée et semblable au drame familial d’Elisabeth Keen, personnage principal de The Blacklist et épouse de Tom Keen.

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La théorie du complot qui tourne autour de la disparition de Tom prend un tout autre tournant lorsque celui-ci découvre au début du premier épisode du spin-off que son père, le milliardaire Howard Hargrave (joué par le vétéran des séries Terry O’Quinn – Hawaii 5-O, Lost, A la Maison Blanche, Alias, Jag, X-Files, Millennium), est vivant et se cache de sa femme qu’il accuse d’être responsable du crash de son avion. Pour quelle raison aurait-elle voulu la mort de son mari ? Howard charge son fils de découvrir la vérité en rejoignant l’équipe de son épouse. Une infiltration qui permettrait aussi à Tom d’en apprendre plus sur sa véritable identité, les circonstances mystérieuses de sa disparition et sur son énigmatique mère, qui se révèle être le véritable centre d’attention de cette série. Espionne hors pair, l’intimidante et charismatique, Scottie surprend néanmoins son fils au fil du temps passé à ses côtés par la bouleversante peine qu’elle semble traverser suite à la perte de son fils et la « mort » de son mari. Jeune veuve et mère éplorée, Susan Hargrave se plonge dans le travail et s’improvise gourou en matière d’espionnage pour son nouveau poulain, Tom. Une relation tortueuse se développe dès lors entre Tom et sa maman, procurant ainsi une dynamique particulièrement intéressante et louable, qui se distancie à sa façon de The Blacklist.

the-blacklist-redemption-tom-keen-ryan-eggold-serie-jon-bokenkampThe Blacklist : Redemption repose de fait sur le dysfonctionnement et le mystère familial des Hargrave. Ce qui fournit un poids émotionnel à la série. Mais, fidèle à sa sa série mère, le spin-off se base aussi sur l’activité d’espionnage de ses protagonistes. Telle mère, tel fils, Tom et Scottie forment un tandem de choc lors des missions opérées pour l’Organisation de mercenaires Halcyon Aegis, et les deux personnages finissent de convaincre les téléspectateurs de l’indéniable alchimie qu’il y a entre Famke Janssen qu’on ne présente plus, et le très charmant Ryan Eggold qui a pris du galon depuis son rôle du professeur Ryan Matthews dans Beverly Hills : Nouvelle Génération. On apprécie notamment la drôle de relation entre lui et son ennemi juré, le dangereux Matias Solomon (Edi Gathegi – StartUp, Into the Badlands, X-Men, Twilight, Dr House, Gone Baby Gone). Leurs échanges, remplis de piques toutes plus marrantes les unes que les autres, offrent à la série un peu de légèreté et terminent de parfaire ce spin-off qui n’a rien à envier à The Blacklist.

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Bande annonce, The Blacklist : Redemption :

 

Fiche Technique, The Blacklist : Redemption 

Créateur/Showrunner : Jon Bokenkamp, John Eisendrath
Scénario : Jon Bokenkamp, John Eisendrath, Lukas Reiter et J.R. Orci
Interprétation : Ryan Eggold (Tom Keen), Famkke Janssen (Susan « Scottie » Hargrave), Edi Gathegi (Matias Solomon), Terry O’Quinn (Howard Hargrave), Tawny Cypress (Nez Rowan), Adrian Martinez (Dumont)…
Montage : Nicole Brik, Nina Gilberti, Orlando Machado Jr.
Musique : Dave Porter
Direction artistique : Bob Berg
Production : David Amann, Jon Bokenkamp, John Eisendrath, JR Orci, Jon Fox…
Diffuseur : NBC
Genre : Action, Crime, Drame
Format : 8 épisodes de 42 minutes environ

États-Unis – 2017

The Walking Dead, une série de Frank Darabont & Robert Kirkman : Critique saison 7

Et c’est reparti pour six mois d’attente avant de retrouver la série créée par Frank Darabont et Robert Kirkman, The Walking Dead, qui vient de s’achever aux Etats-Unis. Et si l’amour que l’on voue à cette série ne nous l’interdisait pas, on pourrait qualifier de lamentable cette saison.

the-walking-dead-rick-grimes-andrex-lincoln-serie-robert-kirkman-show-tvAprès le dénouement salvateur de Glenn qui se trouvait finalement sous une benne à ordures à la fin du mid-season, The Walking Dead saison 6, s’était terminée sur un cliffhanger à la fois décevant et choquant : on se demandait qui avait fait connaissance avec Lucille. Six mois plus tard, au début de cette saison 7, on apprenait que la malheureuse rencontre concernait Abraham et Glenn. Une mort fatale pour nos deux héros qui, pour beaucoup, ne méritaient pas une fin aussi mal construite d’un point de vue narratif. Alors, la question était de savoir si le showrunner de la série, Scott Gimple, allait se rattraper – ou en tout cas essayer – avec une saison 7 détonante où ENFIN la bande à Rick Grimes se vengerait. Que nenni. The Walking Dead saison 7 est restée à la hauteur du cliffhanger saboté de la saison 6.

Composé d’épisodes filler (en anglais), à comprendre des épisodes où l’arc narratif ne fait pas avancer l’histoire mais semble ne servir qu’à faire un épisode de plus sans volonté aucune de produire un contenu de qualité, de poids, de valeur. L’excellence n’est-elle pas recherchée à chaque fois dans l’art visuel ? Il semblerait que pas forcément au vu de cette saison au rythme particulièrement lent. Et c’est là où le bât blesse. On savait que The Walking Dead était une série dont l’action était parfois parsemée d’épisodes lents mais ces épisodes souvent indépendants de l’histoire (en exemple, l’épisode « Here’s not Here » consacré à Morgan et sa rencontre fortuite avec Eastman, l’épisode « Still » de la saison 4 sur le binôme Beth et Darryl ou l’épisode « The Grove » saison 4 sur Carol et Tyreese et leur périple avec les petites Mika, Lizzie et Judith) restaient intéressants et formidables à voir. Mais ça, c’était avant, dans la mesure où, alors qu’on marchait avant à pas mesuré, on marche dorénavant au pas.

the-walking-dead-morgan-ezekiel-the-kingdom-serie-robert-kirkmanAlors, une perte de temps cette saison 7 ? Pas vraiment. En effet, alors que nos héros ont passé la majorité de leur temps à pleurer la mort de leurs camarades et à s’apitoyer sur leur sort tout en tremblant rien qu’à la pensée de la nouvelle terreur du quartier, Negan, cette saison fut aussi l’occasion de nous présenter des nouvelles communautés : le Sanctuaire où vivent Negan et ses sous-fifres, les Saviors ; le Royaume d’Ezekiel où Morgan et Carol trouvent refuge ; Oceanside composée de « wannabe » valkyries qui accueillent pendant un temps Tara ; et les Scavengers de l’intrépide Jadis. On connaissait déjà le groupe des Wolves, disparu du jour au lendemain sans laisser de traces (Heath où es-tu passé ?) à la mort de leur leader Owen lors de l’épisode « No Way Out », et la colonie du Hilltop avec le charismatique Paul « Jesus » Rovia dont on savait qu’on en apprendrait plus pendant cette saison. Or, il va falloir dorénavant aussi compter sur toutes ces autres communautés pour conter le nouveau paysage de The Walking Dead.

La promesse d’une insurrection à l’encontre de Negan et son groupe est renforcée au fur et à mesure des épisodes, avec notamment la découverte de certaines de ces nouvelles colonies sous le joug de l’homme à la batte barbelée. Toutefois, il est désormais aisé de dire que cette saison a manqué à sa promesse avec un épisode final où le combat tant attendu n’eut aucun impact tendant à assouvir la soif de vengeance suite à la mort d’Abraham et Glenn et l’humiliation vécue. Certains diraient qu’on a été chanceux de ne pas vivre un nouveau cliffhanger loupé mais la narration de cette fin de saison a raté le coche et cela mérite d’être relevé. Après la mort de nos deux héros, 15 épisodes plus tard, c’est un personnage certes de poids mais définitivement secondaire qu’on voit mourir : Sasha. La belle avale le poison concocté par Eugene afin de ne pas servir d’arme dans la stratégie de menace du machiavélique Negan. Elle se sacrifie pour ses amis mais sa mort n’émeut malheureusement pas et n’est pas une surprise, surtout que l’on savait déjà que Sonequa Martin-Green avait un nouveau show en production sur CBS, Star Trek : Discovery, d’où son départ. La trahison de Jadis des Scavengers ne surprend pas non plus, opportuniste jusqu’à la moelle, on ne pouvait que s’attendre à une bassesse de la sorte de sa part.

the-walking-dead-rick-negan-andrew-lincoln-jeffrey-dean-morgan-serie-robert-kirkmanL’intrigue autour de Negan n’en serait donc qu’à son début. Il est suggéré et même normal que son personnage soit présent pendant un certain nombre de saisons. Même le gouverneur, autre grand vilain de cette série, a fait plus d’une saison. Toutefois, Negan semble intouchable et l’effroi qu’il insuffle sur son passage suffit à étouffer toutes formes de rébellion à son encontre. Fort d’une interprétation mesurée de Jeffrey Dean Morgan, Negan, le tyran au sourire narquois se prend néanmoins d’ « affection » tout au long de cette saison pour certains personnages. Ses préférés, Daryl et Carl se retrouvent d’ailleurs à cette occasion sous le feu des projecteurs du radar Negan, et font partie des « veinards » qui voient l’intérieur du Sanctuaire. Le premier en tant que prisonnier/esclave, le second en tant qu’invité d’honneur.

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Il est d’ailleurs intéressant d’observer le développement de nos héros. Certains se retrouvant beaucoup plus grandis suite à la récente tragédie du début de saison comme Maggie, Carl et Michonne, tandis que d’autres semblent souffrir de PTSD : Rosita, Sasha, Daryl et Rick. Et le chemin parcouru par chacun d’entre eux afin de se remettre du traumatisme vécu, les mènera à s’accorder sur un point : la vengeance a sonné. Concernant Sasha qui tire sa révérence cette saison, on observe que ce n’était pas la première fois (à la mort de son frère Tyreese et à celle de Bob) que des idées suicidaires lui traversaient l’esprit et le fait qu’elle soit partie de ce monde en offrant un angle d’attaque surprise à sa bande, lui prodigue une fin noble. Eugène quant à lui reste fidèle à lui-même. Il n’a jamais prétendu être un dur à cuir et assume être un lâche…intelligent. Le scientifique ira toujours où l’herbe est plus verte après moults analyses et pronostics. Toutefois, sa dernière conversation avec Sasha laisse suggérer qu’une rédemption est possible pour lui. La désormais martyre lui dit qu’elle croit toujours en lui. Et ça, de la bouche de la compagne de son ancien ami, Abraham, ça devrait valoir quelque chose. Ainsi, celui qui aime désormais proclamer être un Negan rejoindra-t-il les rangs de la résistance contre son maître avec Dwight ? Ce dernier termine justement cette saison en repenti, proposant ses services au camp d’Alexandria. Devenu l’ennemi juré de Daryl lorsqu’il tuait Denise avec son arbalète, Dwight aura cependant du chemin à faire afin de se faire pardonner aux yeux du motard, et surtout de Tara.

the-walking-dead-sasha-abraham-sonequa-martin-green-michael-cudlitz-serie-robert-kirkmanUne saison beaucoup plus lente que les précédentes donc, mais un point reste inchangé dans la narration de The Walking Dead : le combat entre le bien et le mal. Quand Aaron rencontre Rick et son groupe au début de la saison 4, l’ancien policier lui dit « We are the walking dead », parfaitement conscient que les humains survivants de cet apocalypse sont en fait les véritables dangers de cette série. Les zombies sont d’ailleurs une espèce en voie de disparition au fur et à mesure des saisons. Relégués au second plan, comme une image de fond ou un moyen de fournir à l’occasion des scènes d’action grandioses, les zombies se révèlent être moins dangereux que les humains. L’Enfer ici c’est littéralement les autres. D’un méchant à un autre, nos héros enchaînent les guerres avec des communautés. Negan, dernier méchant, n’échappe pas à la règle et nous pousse à nous demander ce que les producteurs de la série ont encore en réserve pour nous d’ici la fin, surtout quand on sait que Scott Gimple disait lors du PaleyFest à Los Angeles que The Walking Dead pouvait encore continuer 20 ans.

En tout cas, pour l’instant, comme un phénix qui renaît de ses cendres, la bande d’Alexandria s’en va en guerre contre le vil Negan et nos pop-corn attendront la rentrée prochaine pour être dévorés. En espérant que les producteurs de la série apprennent de leurs erreurs et écoutent les plaintes et lamentations des fans du show.

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The Walking Dead saison 7 – Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=wGm2zwg_-NY

The Walking Dead saison 7 – Fiche technique

Création : Frank Darabont, Robert Kirkman
Réalisation : Gwyneth Horder-Payton, Gregory Nicotero, Ernest Dickerson
Scénario : Charlie Adlard, Frank Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Gregory Nicotero
Interprétation : Andrew Lincoln (Rick), Norman Reedus (Daryl), Steven Yeun (Glenn), Chandler Riggs (Carl), Melissa McBride (Carol Peletier), Lauren Cohan (Maggie Greene), Danai Gurira (Michonne), Lennie James, Sonequa Martin-Green(Sasha Williams), Alanna Masterson (Tara Chambler), Michael Cudlitz (Abraham Ford), Josh McDermitt (Dr Eugene Porter), Christian Marie Serratos (Rosita Espinosa), Seth Gilliam (Gabriel Stokes),  Ross Marquand (Aaron), Austin Nichols (Spencer Monroe), Tom Payne (Paul « Jesus » Rovia), Austin Amelio (Dwight), Xander Berkeley (Gregory), Jeffrey Dean Morgan (Negan), Khary Payton (le roi Ezekiel).
Effets spéciaux : KNB EFX, Gregory Nicotero, Stargate Studios
Musique : Bear McCreary
Production : Robert Kirkman, Frank Darabont, David Alpert, Charles H. Eglee, Gale Anne Hurd, Gregory Nicotero
Genre : horreur, drame, science fiction
Diffusion originale : 23 octobre 2016 – 2 avril 2017
Format : 16 épisodes de 44 minutes.

Etats-Unis – 2016

Notre top 10 des méchants au cinéma

Il est évident que sans un véritable méchant à opposer au héros du film, il n’y aurait aucune tension scénaristique. Il s’agit donc d’un élément indispensable pour assurer le manichéisme du cinéma hollywoodien, à tel point que le maître du suspense, Alfred Hitchcock, a déclaré:

« Meilleur est le méchant, meilleur est le film »

Le défi de savoir écrire un antagoniste qui sache marquer les esprits tient une place si prépondérante dans la conception des longs métrages modernes que leur caractère interchangeable est l’un des éléments les plus récurrents dans les thrillers et autres films de genre unanimement jugés ratés. À l’inverse, on remarque que, dans les films les plus populaires, le méchant a tendance à être souvent un personnage que les spectateurs préfèrent au héros lui-même. Cet état de fait a d’ailleurs poussé les scénaristes a donner de plus en plus souvent au méchant la place du personnage principal. Un effet de mode qui dépasse depuis longtemps les seuls films consacrés aux gangsters, un genre dans lequel, dès les années 30, ils trouvèrent leurs premières heures de gloire.

Nous nous sommes interrogés au sein de la rédaction sur les méchants que nous avons préférés et sur ce qu’ils incarnent de la part maléfique de l’Humanité. Les résultats de notre réflexion sont ici:

Le Top 10 des meilleurs méchants au cinéma :

1/ Le Joker (plusieurs films de Batman) : Créé en 1940 sous la plume de Bob Kane, Le Joker, par son charisme et sa cruauté, marque les esprits et devient la némésis du super-héros Batman. Plus qu’un simple personnage à travers ses différentes adaptations, le bad guy au maquillage est une icône. N’hésitant pas à faire preuve de cruauté mais toujours au service d’un idéal anarchique, Le Joker agit pour le chaos. Probablement l’un des super-vilains les plus complexes jamais créé, il marque les mémoires à chacune de ses apparitions. On explore alors la folie de ce personnage aussi dérangeant que fascinant par son approche pure du mal. Aucune bonté ne se dégage de cet homme, il n’inspire que crainte et magnétisme, déployant une aura mystique inégalée. À la fois effrayant et hilarant, tragique et passionné, Le Joker est un monument. Louis

2/ Dark Vador (Saga Star Wars) : À première vue, il est difficile de faire plus diabolique qu’un Jedi poussé par la haine du côté obscur. D’autant plus, si ce dernier s’est avéré être au final l’un des plus grands seigneurs Sith. Derrière sa silhouette imposante, sa voix caverneuse et sa lourde respiration, Dark Vador sème la terreur dans une galaxie très très lointaine. Son taux de midichloriens exceptionnel en fait un utilisateur de la Force particulièrement puissant, lui permettant de punir ses subordonnées les moins efficaces ou même d’assassiner son ancien maître Obi-Wan Kenobi. Que cela soit avec un sabre laser d’une couleur rouge sang ou une arme capable de détruire une planète, Anakin Skywalker de son vrai nom, fera tout pour éliminer la menace rebelle au nom de l’empereur Dark Sidious. Cela ne l’empêchera pas de trouver la rédemption auprès de son fils, non sans lui avoir coupé la main au préalable. Maxime T.

3/ John Doe (Seven) : Derrière son physique frêle et son regard de chien battu se dissimule l’un des tueurs en série les plus machiavéliques de l’histoire du cinéma. En moins de sept meurtres (c’est dur d’en parler sans spoiler !), il a réussi à traumatiser toute une génération de spectateurs. Il faut reconnaitre que sa cruauté n’a d’égal que son ingéniosité à mettre au point des séances de torture aussi cauchemardesques que symboliques. En effet, le véritable moteur de ce psychopathe est sa foi chrétienne qui le pousse à se croire investi de la tâche de purger le monde dégénéré dans lequel il vit en « retournant chaque pêché contre son pêcheur ». Le plaisir qu’il prend à remplir sa mission et la façon qu’il a de se voir en martyr de cette cause divine font de lui l’incarnation même de l’extrémisme religieux au sens le plus redoutable du terme. Julien

4/ Jack Torrence (Shining) : « Je ne veux pas te faire de mal Wendy … Je veux juste te défoncer la gueule ! » Qui ne prendrait pas ses jambes à son cou face à cette interpellation d’une rare violence ? Surtout si elle provient de votre propre mari ! Possédé par l’esprit malveillant d’un hôtel dont il assure la garde, Jack Torrance, sous ses airs de mari et père idéal, devient petit à petit psychologiquement instable avant de basculer irrémédiablement dans la folie schizophrénique et devenir le plus terrifiant des meurtriers. C’est armé d’une hache, maniée furieusement, qu’il va commencer à poursuivre sa femme et son garçon à travers les couloirs de l’hôtel dans le seul but de les éliminer. Incarné par un Nicholson en transcendance totale, tout en hurlements, sourires et rires sadiques, Jack Torrance n’est pas qu’une simple représentation du mal : il en est l’incarnation même ! Kevin B.

5/ Norman Bates (Psychose) : Norman Bates est surement un des schizophrènes les plus célèbres du cinéma mondial. Avec son motel, comme partie intégrante du personnage, Norman Bates est redoutable, mais tout de même fondamentalement intriguant. Par une personnalité complexe et réfléchie se dessine une singularité, un profil atypique que seuls les esprits complexes réussiront à cerner dans son entièreté, si cela s’avère possible. De l’homme émane un charme qui ne laisse personne indifférent. Son franc-parler et son discours tantôt incisif, tantôt langoureux, font de lui un méchant parfait, qui réussit les combines pour assouvir ses fantasmes. Magnifiquement interprété par Anthony Perkins, Norman Bates reste gravé dans les mémoires avec un regard qui hantera encore longtemps les spectateurs… De quoi frémir lorsque l’on prend sa douche, ou que l’on va dans sa cave… Zoran

5 ex-aequo/ Anton Chigurh (No Country for Old Men) : Ce qu’il est important de constater à propos d’Anton Chigurh, c’est qu’il ne tue jamais sans raison. Il abat ses victimes pour atteindre son objectif, quel qu’il soit. Et si les causes de ces meurtres brutaux semblent souvent insignifiantes ou même obscures, elles restent des causes. L’arme qu’il utilise, un pistolet à air comprimé tel qu’on entrouve dans les abattoirs, est une extension de cette vision morale : Anton fait juste son travail. Malheur alors à qui croisera sa route, assistera à son œuvre, ou même lui laissera entendre qu’il est fou car le mal qu’il incarne est instoppable. Avec une interprétation parfaite de Javier Bardem, Joel et Ethan Coen nous ont offert l’un des tueurs les plus froids de l’histoire du cinéma. La réalisation des 2 frères nous montre le mal sous sa forme la plus réelle et glaçante : un homme avec une arme et une morale déviante. Yvan

6/ Hannibal Lecter (plusieurs films adaptés de l’oeuvre de Thomas Harris): « Ange déchu » selon Thomas Harris, Hannibal Lecter est l’incarnation même d’une forme de divinité supérieure issue des déviances humaines. Il n’est pas régi par les mêmes codes moraux que ses contemporains et n’éprouve aucun remord car il ne conçoit pas la monstruosité de ses actes. Extrêmement intelligent et raffiné, il est un dandy moderne qui consume tout. De la connaissance à l’art ou les hommes eux-mêmes, étant cannibale. Le cinéma n’en a gardé que sa forme la plus carnassière et romantique, sa folie la plus pure. C’est à la télévision qu’il montre toute sa fascinante complexité et s’accorde le mieux avec la vision de Harris. Car ce qui rend ce méchant aussi mémorable, c’est que malgré ses atrocités, il n’en est jamais vraiment un. Sa logique élitiste poussée à l’extrême et son parcours tortueux lui donnent une aura attirante, tel un diable magnifique il séduit et la tragédie derrière l’homme touche. Fred 

7/ Jigsaw (saga Saw) : Jigsaw, alias John Kramer est le personnage emblématique de la saga horrifique, Saw. Également nommé le Tueur au Puzzle, il est le créateur d’un jeu empreint de sadisme. Son but ? Piéger ses victimes en les forçant à s’infliger des tortures à la fois physiques et psychologiques : d’une sévère mutilation aux sacrifices de ses membres. Jigsaw est au centre d’une problématique bien plus profonde que la simple thématique de la violence gratuite. Ce personnage est l’auteur de crimes qu’il n’a pourtant jamais commis. Véritable tortionnaire, Jigsaw est un voyeur passif, qui n’agit que par le biais d’une manipulation mentale : au bout de ce jeu, aucune alternative. La victime se retrouve torturée face à ses propres erreurs. Pure allégorie du mal, Jigsaw, c’est l’union du sadisme lié à la réflexion. Mégane

8/ Annie Wilkes (Misery) : Seul antagoniste féminin cité dans notre classement, Annie Wilkes est le personnage principal de Misery, roman à succès de l’auteur Stephen King. Au sein du récit, Misery est également le nom d’une saga littéraire qu’Annie Wilkes affectionne particulièrement. Lorsque son auteur n’hésite pas à de tuer le personnage principal, elle n’hésite pas à s’en prendre au romancier, qu’elle forcera à écrire un nouveau roman pour faire revivre son personnage adoré. Elle ira jusqu’à le torturer psychologiquement et physiquement. Démesurée et déconnectée de toute réalité, Annie Wilkes est un antagoniste fort dans le sens où elle incarne ce qu’il y a de plus machiavélique pour des raisons dérisoires. Plus qu’un grand méchant de cinéma, c’est un personnage fondamentalement ancré dans une société où la réalité et la fiction se confondent. Interprété par Kathy Bates en 1990 dans l’adaptation de Rob Reiner, il lui vaudra l’Oscar de la Meilleure Actrice. Kevin L.

9/ Keyser Söze (Usual Suspects) : Keyzer Söze est devenu grâce à Usual Suspect de Brian Singer et surtout l’interprétation sans faille de Kevin Spacey une marque déposée en matière de faux-semblant et d’usurpation d’identité. Apposé à la vraisemblable incompétence des autorités (le spectateur n’aurait pas fait mieux et en cela l’ironie n’est que plus bluffante), ce personnage déploie, par un twist de fin, un manichéisme feint et une puissante perversion pour la manipulation. Ce personnage au nom de pâtisserie allemande aux multiples saveurs est un des plus apprécié par son génie sourd noyant le soupçon dans un whisky sans glaçon. Si l’on oublie deux secondes l’interprétation de l’acteur à double niveau, la psychologie de Keyser Söze à la fois tronquée et magnifiée par un instinct de survie primaire laissant place à toute l’empathie nécessaire pour le placer dans notre top. Antoine

10 / Paul et Peter (Funny Games et Funny Games US) : Paul et Peter. Ces deux noms ne vous disent peut-être rien et pourtant c’est le duo de méchants le plus diabolique du cinéma. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, que veulent-ils ? C’est peut-être leur absence de passé qui les rend si effrayants. En effet, leur jeu favori est de piéger des familles dans leur maison pour les massacrer, en jouant préalablement avec leurs nerfs (et les nôtres). Méthodiques, flegmatiques, ils ne perdent jamais leur sang-froid même devant les tortures les plus horribles. On suppose que c’est Paul le cerveau des opérations, mais rien n’est moins sûr tant ce monstre à deux têtes semble agir en parfaite harmonie. On ne sait même pas s’ils en sont à leur première attaque ou pas. Le pire, c’est que même les exploser au fusil de chasse ne semble pas avoir d’effets sur eux… Alexandre  

Ils ont failli y être : Harry Powell (La Nuit du chasseur), Franck (Il était une fois dans l’ouest), Hans Landa (Inglorious Basterds), Patrick Bateman (American Psycho), L’infirmière Ratched (Vol au-dessus d’un nid de coucou), Le juge Demort (Qui veut la peau de Roger Rabbit?)…

Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar

Treizième film de Pedro Almodóvar, Tout sur ma mère est une œuvre vibrante et accomplie. Avec ce long-métrage, Pedro Almodóvar signe une ode à la femme, à la maternité, et simplement à la vérité de l’être.

Synopsis : Esteban et sa mère Manuela sortent au théâtre pour voir « Un tramway nommé désir« , interprété par Huma Roja, son actrice préférée. A la sortie, Esteban est victime d’un terrible accident. Manuela y voit un signe du destin, et se fixe deux objectifs : Obtenir un autographe d’Huma et retrouver le père de son fils, qui a depuis changé de sexe.

Tout sur ma mère est une des œuvres les plus abouties de la filmographie de Pedro Almodóvar. Sous le titre original de Todo sobre mi madre, le film de Pedro Almodóvar est un hommage à All About Eve de Joseph L.Mankiewicz. En cela, la volonté de brosser le portrait d’une femme, si ce n’est de La Femme, est omniprésente. On retrouvera même en Marisa Paredes une Bette Davis bis. Dédié aux femmes de sa vie (Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider et à sa propre mère Franscisca Caballero ) Tout sur ma mère est pour Almodóvar l’exutoire de tout cet amour qu’il porte en lui pour la gente féminine, et qu’il essaye de déverser depuis Le Labyrinthe des passions. On peut voir en Tout sur ma mère le dernier volet d’un triptyque initié par La Fleur de mon secret et En Chair et os, s’enrichissant de la mélancolie du premier et de l’agressivité du second. Ainsi, le film d’Almodóvar est une oeuvre complète significative de l’aboutissement artistique du réalisateur tout en amorçant un tournant dans son cinéma qu’il qualifiera lui-même « d’austère ».

Entre tragédie familiale et prostituées catalanes

Véritable bijou cinématographique, Tout sur ma mère interroge avant tout par sa structure. Si c’est bel et bien un terrible drame qui est au cœur du film, il est rapidement expédié lors d’une première partie très brève. Almodóvar lance un jeu pervers dès le départ avec le spectateur lui faisant prendre d’affection le duo mère-fils. Malheureusement l’on sait que dans le cinéma d’Almodóvar rien n’est laissé au hasard. Manuela ne travaille pas autour du don d’organes pour rien. Il ne reste alors que peu de temps au spectateur pour se préparer à la mort imminente d’Esteban. Et là où le film pourrait se complaire dans un drame familial, Almodóvar décide d’emmener son histoire à Barcelone où de nombreux personnages attachants et extravagants attendent Manuela. En effet, Tout sur ma mère ne déroge pas à l’univers d’Almodóvar. On retrouve comme à son habitude travestis, prostituées et camées. Mais le tout s’avère loin de l’excentricité qu’on lui connaît. Cette folie se trouvera seulement présente dans l’excellent personnage transsexuel d’Agravo, notamment lors d’un long monologue humoristique où elle explique comment elle est devenue femme.
Ainsi, l’aspect le plus réussi dans Tout sur ma mère réside dans le somptueux portrait des femmes qu’Almodóvar sublime. Les hommes sont quasiment absents du long-métrage, et c’est tant mieux, tant le quatuor d’actrices brille de sincérité et de naturel. On remercie Almodóvar de saisir  avec tant de justesse la beauté de nos mères et des femmes de nos vies. Les quatre personnages se rejoignent dans une scène fantastique lors d’un apéro improvisé. Le cinéaste espagnol arrive à mettre des images et des dialogues célébrant ces femmes dans leur diversité et leur vérité.

Mater dolorosa

Car ce sont bien les notions de vérité et de mensonge qui parcourent ce long-métrage. Manuela se fait passer pour une prostituée pour se faire aider par la bonne sœur Rosa (Penélope Cruz). Agrado (Antonia San Juan) a subi des dizaines d’opérations pour devenir la femme qu’elle s’est toujours senti être. Rosa a attendu trois mois avant d’annoncer sa grossesse. Lola apprend à la fin qu’il est le père d’un enfant décédé. Tout sur ma mère est un défilé de personnages qui finissent tous par embrasser la vérité de ce qu’ils sont réellement. L’omniprésence du monde théâtral planant sur le film n’est pas vaine. Les dialogues d’un Tramway nommé Désir ne sont pas sans rappeler la tragédie maternelle qu’est en train de vivre Rosa. Le théâtre devient alors le reflet du malheur qui frappe les protagonistes. L’analogie entre  l’intrigue principale et celle de la pièce de théâtre se précise durant tout le long-métrage. Ainsi, quand est-ce que le personnage existe et que l’acteur disparaît ? C’est donc une réflexion sur l’apparence et la réalité de l’être qui parcourt Tout sur ma mère. Rien que dans le titre, on retrouve cette idée de totalité, de vérité. Le film n’est pas un peu ou beaucoup sur la mère, mais bien tout sur elle. Le soin apporté aux couleurs peut également être souligné tant le rouge incarne un personnage brûlant, que ce soit dans les décors catalans , dans le manteau de Manuela lors de la mort de son fils ou  dans la veste de Lola lors de sa dernière apparition.

Cette vérité révélée, les personnages n’ont jamais été aussi purs. Véritable arlésienne du long-métrage, Lola apparaît dans les dernières minutes, sublime et touchante dans un souci de maternité. Cependant les mères de cette fresque ne sont pas toujours celles qu’on attend. Évidemment, Cecilia Roth est la mère dont l’oeuvre racontera tout , comme avait prévu de le faire son fils durant le prologue. L’histoire du film est avant tout celle d’une mère qui va vivre une vie à la place de celle de son fils, rencontrant l’idole que lui désirait voir. Mais Manuela se retrouve également être la mère de substitution de Rosa, Huma apporte la bienveillance d’une figure maternelle à Manuela et Agrado, tandis que la vraie mère de Rosa n’effectue pas son vrai rôle de maman. Rosa, elle, perdra sa vie en donnant naissance à un autre Esteban..

Avec ce titre mise en abyme, Almodóvar se place dans le rôle du fils décédé désireux de faire l’éloge de sa mère. À travers ce film, ce n’est pas seulement le portrait d’une mère qui est dessiné, mais celui des femmes de nos vies, sublimées par leurs excentricités, leurs extravagances et leur sincérité.

Tout sur ma mère : Bande-annonce

Tout sur ma mère : Fiche technique

Titre original : Todo sobre mi madre
Réalisation : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Interprétation : Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena,  Antonia San Juan, Penélope Cruz,  Rosa Maria Sarda, Fernando Fernan Gomez
Costumes : Sabine Daigeler et Jose Maria De Cossio…
Musique : Alberto Iglesias
Montage : José Salcedo
Producteur : Esther Garcia et Agustin Almodovóvar
Sociétés de production : Renn Productions, El Deseo S.A, France 2 Cinéma
Distribution : Memento Films Distribution, UniFrance Films
Genre : Drame
Durée : 101 minutes
Date de sortie : 15 mai 1999

France/Espagne – 1999

L’homme aux mille visages, un film d’Alberto Rodriguez : critique

A l’heure où l’Espagne est à nouveau secouée par des scandales de corruption, Alberto Rodriguez revient avec L’homme aux mille visages sur une affaire qui avait marqué la péninsule ibérique dans les années 90 : la fuite de son ancien Directeur Général de la Garde civile accusé de graves détournements de fonds publics. Son film est surtout l’occasion de découvrir un de ses complices : un mercenaire qui s’avère être un personnage hautement cinégénique.

Synopsis : Espagne, années 80. Francisco Paesa est un ancien agent secret espagnol qu’un scandale politique a récemment ruiné. Bien décidé de se venger du gouvernement et de se renflouer, il s’associe à Luis Roldán, l’ancien chef de la Police accusé d’avoir détourné 150 millions de pesos, en l’aidant à  fuir la justice de son pays.

Tuto d’arnaque

Il y a quelques semaines, Lost City of Z nous a prouvé qu’une narration trop elliptique s’avérait nuisible au développement aussi bien des personnages que de l’intrigue elle-même. Ce défaut est au cœur du scénario tel que l’a écrit Alberto Rodriguez en adaptant le livre du journaliste Manuel Cerdán. Il faut reconnaitre, qu’après La Isla Minima qui lui valut en 2015 les Goyas du meilleur réalisateur et meilleur film, et malgré la fascination apparente qu’il éprouve pour Franisco Paeso, il s’attaquait à un défi difficile. Difficile parce que, d’abord, le cinéma espagnol n’est globalement pas habitué à revenir sur son passé récent, mais aussi parce que les éléments de l’enquête dont il disposait l’obligeaient à les gonfler par une pure fiction. Voilà pourquoi il lui a d’ailleurs fallu pas moins de 5 ans pour faire de cette histoire vraie la base d’un thriller qui se veuille divertissant. La solution pour laquelle il a finalement opté consiste à mélanger les faits réels et fictifs dans un montage dont la cadence ne nous donnerait pas le temps de nous interroger sur la véracité de chaque scène. Une idée qui s’avère au final la source de bien des soucis.

La première conséquence de ce tempo très saccadé se fait ressentir dès les premières minutes, alors que l’introduction très factuelle du personnage principal ne nous permet pas de poser sur lui un quelconque jugement moral. Ce flou restera jusqu’au bout de ce scénario et atteindra tour à tour chacun des nouveaux protagonistes de l’histoire, et ce malgré les interprétations irréprochables des acteurs. Après Paeso, l’ancien agent secret aux contours difficiles à cerner, c’est ainsi au tour de Roldán dont on ne saura jamais clairement s’il doit être considéré comme un politicard malhonnête ou comme une victime maladroite. Cette absence de traitement manichéen dans la caractérisation n’est pas intrinsèquement un mal mais, le souci le plus gênant de cette construction éclatée (et parfois brouillonne) de la narration est qu’il ne prend pas, en deux heures, le temps de développer ces individus qui, de fait, apparaissent comme froids et énigmatiques, et suscitant ainsi peu d’empathie. Un manque à gagner puisque leurs contradictions intimes et l’évolution de leurs relations apparaissent comme la source d’enjeux à priori majeurs.

Scènes après scènes, ce thriller décrit les coulisses de cette affaire juridico-politico-financière avec une minutie digne d’un roman de John Le Carré, mais leur succession sur un mode didactique -mais pas forcément clair pour autant- ne parvient pas à constituer un récit à la hauteur de son potentiel dramaturgique.

Au-delà de la difficulté qu’a le scénario à faire vivre ses personnages, et plus encore à nous y faire s’attacher, le fait que le tempo du montage reste le même du début à la fin a d’autres conséquences inévitables. Maintenir ainsi un rythme constant empêche évidemment au réalisateur de faire monter la tension à quelques moments clés et, par extension, de générer un minimum de suspense. Puisque Rodriguez est un malin, il a réussi à utiliser de très bons choix musicaux pour retrouver toute l’attention des spectateurs dans les dernières minutes. Sans ces effets musicaux, et après un certain temps face à ce dispositif démonstratif et répétitif, il est en effet relativement difficile de déterminer quelles scènes sont censées être porteuses d’enjeux captivants et lesquelles ont pour unique but de détailler le processus d’une arnaque d’ordre internationale. A défaut de s’inquiéter pour le sort des protagonistes, on se passionne donc pour les préparatifs de cette belle escroquerie, et ceci grâce à un souci du détail qui constitue la véritable force de cette reconstitution historique.

Le travail effectué par la direction artistique, aussi bien sur les costumes que les décors, nous replonge avec succès dans les années 80 et 90, entre l’Espagne, la France et l’Asie du sud-est. Ajoutez à cela des extraits de journaux d’époque et l’immersion est complète. Pour quiconque connait un minimum les troubles qui ont bousculé la démocratie encore récente en Espagne à cette période, le parcours de Franisco Paeso prend une dimension toute particulière. Se faire balader par cet homme mystérieux, en se rappelant que c’est tout un pays qui a été sa victime, peut alors être ressenti comme un plaisir sadique. Et qu’Eduard Fernadez (notamment vu dans La Piel que habito) lui fournisse un charisme incroyable nous fait vraiment penser que ce personnage pourrait avoir été inventé pour le cinéma et donc qu’on aimerait en savoir plus sur la façon dont il est parvenu à vivre pendant tant d’années sur le fil du rasoir. Encore une fois, il est dommage qu’Alberto Rodriguez n’ait pas trouvé la façon la plus adéquate de cumuler thriller historique méticuleusement documenté, film d’espionnage halletant et biopic évocateur. Le manque d’équilibre du résultat est tout autant agréable que frustrant.

A n’en point douter, le public espagnol, qui connait bien cette affaire et ses conséquences politiques, trouvera le récit passionnant. A l’inverse, nous, qui restons dans le flou quant aux réels enjeux, ne partagerons pas cet enthousiaste en voyant un homme fournir une planque et des faux papiers à un autre. Le film est donc loin d’être raté, son drame est qu’il n’avait pas vocation à être exporté. Bref, si vous êtes espagnol, n’hésitez pas : Allez voir ce film! 

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L’homme aux mille visages : Bande annonce

L’homme aux mille visages : Fiche technique

Titre original : El hombre de las mil caras
Réalisation : Alberto Rodriguez
Scénario : Alberto Rodriguez et Rafael Cobos Lopez, d’après le livre de Manuel Cerdan Alenda
Interprétation : Eduard Fernández (Francisco Paesa), Carlos Santos (Luis Roldán), José Coronado (Jesús Camoes), Marta Etura (Nieves), Enric Benavent (Casturelli), Philippe Rebbot (Pinaud), Luis Callejo (Belloch)…
Image : Alex Catalan
Montage : Jose Monayo
Musique : Julio de la Rosa
Direction artistique : Pepe Dominguez Del Olmo
Costumes : Fernando Garcia
Producteur exécutif : Jose Antonio Felez
Production : Atresmedia Cine, Canal Sur Televisión
Budget : 5 millions d’euros
Distributeur : Ad Vitam
Récompenses : Goyas 2017 de la meilleure révélation masculine pour Carlos Santos et de la meilleure adaptation
Genre : Thriller, biopic
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 12 avril 2017

Espagne – 2016

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Power Rangers, un film de Dean Israelite : Critique

Toujours prompt à satisfaire les désirs les plus absolus du public, Hollywood continue de sonder les tréfonds de la pop-culture. L’objectif ? Trouver une franchise fédératrice, identifiable et potentiellement lucrative. Bref, une marque pouvant susciter enthousiasme, nostalgie et excitation parmi les geeks trentenaires mais pas que. Sauf que la bonne source de l’imaginaire est tellement sur-exploitée qu’à un moment, il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait plus que la merde qui refoule. C’est donc la série, profondément nulle, Power Rangers qui ressuscite aujourd’hui en reboot super-héroïque à 100 millions. Et si le potentiel nanardeux de la chose est assez évident, il y a tout de même un petit peu de plaisir à prendre dans le bouzin.

Synopsis : Cinq jeunes de la petite ville d’Aldon Grove trouvent des médaillons dans une mine. Sans le savoir, ils sont choisis pour devenir les Power Rangers, des justiciers galactiques devant protéger la Terre des forces du mal. Au même moment, la maléfique Rita Repulsa s’éveille.

Power Rangers (la série), c’est quand même assez piteux. Rien que le concept est hérité de l’exploitation la plus opportuniste qui soit.

1 – Prenez des sentaï et gardez seulement les scènes de baston contre des monstres en caoutchouc.

2 – Insérez d’autres scènes avec des ricains pour faire local et vendre la soupe.

3 – Ajoutez zéro acting, zéro violence, humour affligeant et morale neuneu pour mangeurs de Chocapic.

4 – Voilà, vous avez créé Power Rangers. On ne vous remercie pas.

Le pire, c’est qu’aussi indigent (et chiant) que soit le matériel d’origine, ça marche depuis 1993 avec 24 saisons au compteur et pacson de produits dérivés !

Logique donc que Lionsgate (Hunger Games, Twilight,…) jette son dévolu sur les miettes laissées par la concurrence et propose aujourd’hui ÇA !  ÇA, c’est un film qui s’oublie dès le lendemain. Une sorte de boursouflure numérique précédée d’un teen-movie paresseux et convenu. Un projet à la confluence de tant de problématiques des blockbusters actuels qu’il en devient un cas d’école (et il commence à y en avoir beaucoup). Surproduit jusqu’à l’aseptisation, répondant très peu à ses maigres promesses, ni bien, ni vraiment nul mais profondément inutile. De la fast-food pour multiplexes destinée dans deux ans au bac DVD des stations Total.

Ce qui frappe d’ailleurs, c’est combien le film tente de reproduire les mécaniques initiées par Transformers plutôt que se construire une identité même foireuse. Une mythologie un peu naze, un scénario basique, un casting cosmétique (et United Colors of Benneton), des gros robots, de la musique pour djeuns et une réalisation frénétique et ostentatoire. A ce jeu, Dean Israelite (poulain de Michael Bay, comme quoi) semblait tout indiqué, lui dont le Projet Almanac semblait un miteux préambule à ce film.

A 75% en shaky-cam, Power Rangers réserve bien quelques idées de mise en scène intéressantes et quelques plans fun mais on reste dans un filmage faussement dynamique à la Man of Steel. Pas illisible en soi mais tentant artificiellement, par sa bougeotte constante, d’animer le vide qu’il se prend à filmer. C’est vite usant mais l’emploi des SFX dès le deuxième acte permet quand même au cadre de rester fixe parfois plus de trois secondes.

Ça commence déjà à faire beaucoup mais heureusement pour Power Rangers, la petite mais salutaire identité qu’il possède lui vient d’ailleurs. D’un nom que les producteurs tentent d’ailleurs d’oblitérer, ne faisant jamais mention de lui malgré sa présence indéniable et le secret de polichinelle de sa participation au projet. Ce nom, c’est celui de Max Landis (fils de John), scénariste prolifique dont la carrière visible (Chronicle, Dr Frankenstein, American Ultra, Mr Right) ne rend pas totalement compte du potentiel caché. Or, il se trouve que Landis a écrit l’une des premières versions du script avant d’être purement et simplement viré du projet. Ce avec interdiction de parler du film en sus.

Si le film actuel est très différent du script originel (et visible depuis un moment), il en garde ou reformule certaines idées qu’il est impossible d’expliciter ici sans spoiler. On rira cependant gaiement avec Landis des similitudes faites avec Chronicle APRES son départ (???). Power Rangers à cependant un mérite, conserver le ton décontracté et plutôt cool du premier jet à l’inverse du dead serious dark grim’n’gritty tant redouté de la promo (pourtant socle d’un chouette court de Joseph Kahn). C’est John Gatins qui se retrouve crédité en scénariste, lui aussi adepte de cette démarche gonzo pour avoir scénarisé l’un des autres films de couillons de l’année qu’est Kong – Skull Island. Mine de rien, c’est ce qui sauve en partie Power Rangers, l’humour fonctionnant souvent, impulsant le rythme nécessaire pour éviter l’ennui et apportant sympathie et attachement pour des protagonistes pourtant écrits à la truelle.

Car Gatins (ou un autre, comment savoir ?) ne s’est pas trop embêté, il a littéralement décalqué Breakfast Club pour faire correspondre les caractères succincts des cinq personnages principaux. Nous avons le sportif (Jason, un simili Zac Efron), l’intello (Billy), la fille populaire (Kimberly), la marginale (Trini) et le rebelle (Zack). On va même plus loin car une partie des personnages se rencontre en colle, l’entourage familial de chacun est quasi-identique et leur petit club à eux (l’entrainement) est surveillé de près par l’autoritaire Mr Vern…Zordon ! Littéralement du « photocopillage » de John Hugues qui, bien sûr, n’en garde que les apparats et n’en comprend jamais la profondeur, invalidant de fait et avec une certaine incohérence l’usage de héros clichés. Le film, inconscient, va même jusqu’à essayer de reproduire la poignante scène des confessions dans une nullissime soirée camping très embarrassante en 2017. Malaise.

A vrai dire, il ne faut pas en demander beaucoup plus à un film aussi profond qu’une série CW d’il y a 10 ans qui passe des plombes à nouer des relations convenues entre des protagonistes attachants mais unilatéraux. Que le chouette casting fasse le job n’arrive pas à masquer le manque d’écriture à ce niveau. D’autant plus incompréhensible quant la majorité des scènes n’ont pourtant que l’utilité de mener à la suivante tout en piétinant gaiement la suspension d’incrédulité et la cohérence. Ce n’est pas l’interminable déploiement d’une mythologie risible et peu inventive qui sauvera la chose. Même exécuté par le rigolo et bien conçu Alpha 5 et un Bryan Cranston digitalisé.

En clair, Power Rangers, c’est beaucoup de parlote et d’introduction pour peu de pieds-poings-turbolaser. Mais bon, on sait pourquoi vous êtes venus, vous ne voulez pas des personnages mais de la grosse baston pétaradante et jouissive blindée de SFX rutilants ! Bon… autant vous le dire c’est pas pour tout de suite, tout de suite. Pareil pour les tenues moches tunées aux LED bleues et les gros monstres. Le film aurait même pu jouer cartes sur table et s’ouvrir sur un carton « 1h30 d’attente à partir de ce point », on aurait moins eu l’impression de se faire arnaquer. Mais bon, on finit par y arriver à ce climax absolu !

Et…on repassera, les SFX sont à vomir de laideur (la direction artistique aussi), les plans vraiment spectaculaires sont rares et c’est peu excitant pour ce que c’est moche. C’est simple, on se croit à la fin de Thor avec encore plus de mauvais goût et des pixels dégoulinants. Sans parler de la géographie de l’action qui claque la porte, insultée, au milieu d’effets pas finis.

Par ailleurs, le shot d’action et d’événements est bien trop dense pour que la petite demi-heure finale paraisse cohérente en elle-même et avec le reste du film. On passe ainsi d’une situation à l’autre trop vite et trop facilement pour créer des enjeux. A l’image du Les Quatre Fantastiques de Josh Trank, Power Rangers donne l’impression d’un film tellement pensé en build up, pay off (soit une rétention pour des effets payants) qu’il en devient malade. Ce pour rattraper ses impératifs dans une fin qui ne justifie pas les moyens et rappelle les pires climax des années 2000. Le vilain en carton en prime avec une Elizabeth Banks tellement en roue libre qu’elle pourrait faire du wheeling.

Mais alors, demanderez-vous, qu’est-ce qui marche dans ce qui semble être un beau navet ? Et bien en fait, tout dépendra de votre déviance (nécessaire pour encaisser) et votre tolérance à la bêtise. Car forcément, comme le film essaye de pomper tout ce qui marche actuellement, il se Marvellise et offre ainsi des moments bien idiots et racoleurs comme il faut. Un petit bout du générique originel par là, un Mégazord qui danse par ici et puis tout un tas de petites punchlines bien placées.

Cela pourrait être vu, à raison, comme du cynisme mais Power Rangers n’essaye pourtant pas de la jouer petit malin. Il croit dans ce qu’il raconte (aussi stupide cela soit), veut vraiment faire une oeuvre fédératrice et excitante sans juste s’apercevoir qu’à vouloir faire moderne, il a 10 ans de retard. C’est un alpha film de super-héros, entièrement centré sur sa ligne droite, sans quasiment rien autour pour exister mais avec le minima pour sortir le cul des ronces et offrir, en de rares instants, un peu de plaisir ou d’intérêt. Sa bonhomie frondeuse dans le divertissement décérébré rattrapant son ratage manifeste, son intention de ne jamais viser au dessus suffisant à offrir un résultat presque honnête.

En définitive, donc, quand on fait le compte des points, Power Rangers est plutôt une bonne surprise puisque on n’en attendait rien. Mais il n’y a pas de miracle, on est devant un film assez moyen, très cher, envisagé comme la locomotive d’une grosse franchise mais qui ressemble finalement à un téléfilm pilote un peu cossu. Ce avec a peu près autant d’exigence et de pérennité promise que bien d’autres films plus célébrés et moins sympathiques. Vrai calvaire ou petite rigolade oubliable ? A vous d’en décider.

Power Rangers : Bande-annonce

Power Rangers : Fiche Technique

Réalisation : Dean Israelite
Scénario : John Gatins
Interprétation : Dacre Montgomery (Jason), Naomi Scott (Kim), R.J Cyler (Billy), Becky G (Trini), Ludi Lin (Zack), Bryan Cranston (Zordon), Elizabeth Banks (Rita Repulsa), Bill Hader (Alpha 5),…
Photographie : Matthew J.Lloyd
Montage : Martin Bernfeld
Musique : Ron Wasserman
Costume : Kelli Jones
Décors : Andrew Menzies
Producteurs : Haim Saban, Brian Casentini, Wyck Godfrey, Allison Shearmur
Sociétés de Production : Lionsgate, Saban Entertainment, Saban Brands, Temple Hill Productions
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Budget : 100 000 000 USD
Genre : Action, Science-Fiction, Fantastique
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 5 Avril 2017

Etats-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise

À bras ouverts, un film de Philippe de Chauveron : critique

Même en faisant abstraction de toute polémique, il est difficile de voir dans À bras ouverts autre chose qu’une blague mal écrite étirée trop longtemps par pur crétinisme. Et puisque la vulgarité est de mise, joutons à armes égales tout en gardant, moralement, nos élégances…

Synopsis: Jean-Étienne Fougerole est un intellectuel bobo qui sort son nouveau roman intitulé À bras ouverts et qui appelle les personnes les plus aisées à accueillir chez elles les familles dans le besoin. Alors qu’il fait la promotion de son livre lors d’un débat télévisé, son opposant lui reproche de ne pas appliquer ce que lui-même préconise. Alors coincé, Jean-Étienne Fougerole accepte le défi, de peur d’être décrédibilisé. Le soir-même, une famille de Roms sonne à la porte de sa villa de Marnes-la-Coquette et l’écrivain se sent obligé de les héberger.

Il y a au cinéma un plaisir rare mais pourtant réel, celui de voir un cinéaste apprendre de ses erreurs, écouter les critiques, progresser et affiner son écriture. Philippe de Chauveron semble néanmoins s’inscrire dans l’autre camp : celui des réalisateurs auto-satisfaits qui ne s’embarrassent pas vraiment de concepts aussi superflus qu’une cohérence dans la mise en scène ou d’un scénario avec du fond. Les tensions entre groupes ethniques étaient la base de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, grand succès de l’année 2014, ce sera donc la même recette pour À bras ouverts. Mais là où le premier avait la décence de tirer sur tout le monde et de n’être coupable que de maladresses dans l’écriture de ses personnages, définis uniquement par leur type ethnique, le second enfonce bien fort la porte ouverte du mépris décomplexé. À bras ouvert est un film raciste ? Si ce n’était que ça.

Dans une salle presque vide (mettons cela sur le compte des séances du vendredi matin) où aucun rire ne fuse, on se prend à rêver à ce que le film aurait pu être. Sous la férule d’un vrai cinéaste, on aurait eu le match retour de la philosophie de BHL contre le cinéma de Kusturica, culminant au cœur d’une partouze de super-héros organisée par la jeunesse dorée parisienne… Et ça aurait eu de la gueule. Mais le cinéma français étant le royaume des promesses non tenues et de la comédie médiocre, on se ramasse une mascarade de bric et de broc avec Clavier en philosophe socialope (pour reprendre le jargon d’un public qui jubilera sûrement devant la caricature) et Ary Abittan en rom macho et crétin. Malgré toute notre bonne volonté, il est vraiment difficile de voir autre chose qu’une saloperie de navet qui ne fait rire que ceux qui l’ont écrit, car ce que les frères Chauveron (ici scénaristes) semblent avoir du mal à se rentrer dans le crâne, c’est qu’une accumulation de vannes de beaufs bourrés balancées habituellement en réunions de famille ne fait pas un scénario de comédie.

Présenter les roms comme des déchets humains se complaisant d’une vie de mendicité et de vol ce n’est pas de l’humour, c’est de la caractérisation basse du front. Bavik et sa famille se serons jamais autre chose qu’une tribu de gentils crétins sans éducation poussés par leurs instincts primaires. On touche un sacré fond quand le fils Fougerolle propose de donner des cours à la fille rom et lui apprend non pas les mathématiques et le français mais la fonction d’un stylo ou d’une feuille de papier (subtil)… Idem de l’autre côté du manche, avec ce couple gauche caviar qui passe son temps à dire une chose et son contraire en des laps de temps records. Comptez environ une dizaine de secondes entre l’évocation d’une philosophie humaniste par un personnage et la contre-réponse petite bourgeoise matérialiste qui suivra. Jean-Etienne accepte de laisser rentrer les invités pour utiliser les toilettes, Daphné lui suggère aussitôt de cacher les objets de valeurs pour « ne pas les inciter (sic) ». La déconstruction méticuleuse des cercles sociaux, encore une donnée superflue manifestement. En bonus nous avons même droit au marseillais feignant, au majordome indien content de sa position d’infériorité et au jeune réac homosexuel. Trois personnages inutiles à l’intrigue mais sensés nous prouver l’ouverture d’esprit d’un réalisateur qui « ose » se moquer de tout le monde, sauf de lui-même apparemment (alors qu’il y aurait de quoi).

Rapide leçon d’écriture : dans une comédie, il est important que les personnages dépassent leur stade d’exposition. Par exemple le personnage de Bavik aurait pu être réussi s’il se révélait au milieu du film plus malin que prévu, voulant piéger l’humaniste à son propre jeu pour le mettre face à ses contradictions en jouant à fond sur le cliché du rom. Où encore si les deux antagonistes mettaient de côté leurs différents pour piéger un système qui les dépassent. Une idée effleurée en fin de film quand Bavik annonce qu’il va écrire un livre sur cette « formidable » histoire et demande à son hôte d’en écrire la préface. Dans les deux cas nous serions restés du côté de la mascarade tout en touchant au plus près cette idéal de farce caustique dont Chauveron se vante d’être l’héritier. Les personnages auraient gagné en grandeur et en profondeur, le verni social se serait fissuré, les clichés auraient été retournés… Bref on aurait eu une œuvre comique de bonne tenue.

Mais prenons le réalisateur au mot, l’Art, dans toutes ses formes est sûrement un passe-temps de raclure cosmopolite. Pour prendre acte de son idée sur la question il suffit de voir l’image qu’il donne de l’art contemporain, avec l’épouse Fougerolle (Elsa Zylberstein) qui empile des ordures pour faire des sculptures. Certes la blague est vieille, les inconnus l’avaient déjà faite dans Les trois frères en confondant une installation avec un porte manteau. Comme pour les roms ou la gauche caviar, il n’est pas interdit de se moquer de l’art contemporain. Mais dans ces trois cas, la méconnaissance profonde du sujet pousse les scénaristes vers des absurdités qui ne démontrent qu’un mépris de plus pour une autre tranche de la population. Ainsi l’artiste présente son œuvre comme inspiré d’un Monumenta d’Ai Weiwei (d’abord appelé « le chinois » parce que quand on n’a pas de race chez les Chauveron on n’existe pas), sachant que le fameux « chinois » n’a jamais participé à l’exposition Monumenta du Grand Palais. Et si le cerveau n’aura pas fini de couler par vos oreilles d’ici là, vous pourrez peut-être entendre cette même artiste qualifier une seule tête sculptée de « triptyque » ou demander à l’un des personnages de poser pour elle parce qu’il a un torse musclé.

Heureusement que Philippe de Chauveron est là pour nous rappeler que l’Art est une occupation de bourgeoise frustrée, et au passage nous étaler au travers du personnage tout son sexisme refoulé. Cette « innocente » moquerie sur le monde artistique ne semble être là que pour détourner l’attention de ce problème plus grave. A l’instar de Bavik, occasionnellement gardien au Louvre, qui interdit de « toucher le cul des statues (sic) » (car un nu en marbre n’est qu’un cul qui s’ignore manifestement), le réalisateur ne semble voir dans ses figures féminines que des morceaux de chair en attente d’être pénétrés. Elles sont soit figurantes, ou trop moches donc forcément intouchables, soit objets de désir ou de séduction. Donc la fille rom n’aura qu’une fonction, être dépucelée par le fils Fougerolle, la mère de ce dernier atteindra son apogée narrative en se jetant dans les bras du prétendant (qui ne la désire que pour son corps et son argent) pour se venger de son mari qui a cédé aux avances d’une étudiante (parce que Christian Clavier est le fantasme de toute étudiante en philo qui se respecte, c’est bien connu !). Sans compter que le pendant « négatif » et hypocrite de la gauche caviar vient systématiquement de la bouche de Madame, Monsieur Fougerolle étant plus angoissé de passer pour un faux jeton. Les accusations de racisme à l’encontre du film auront eu cet avantage pour De Chauveron, occulter cette autre dimension de son « cinéma » tout aussi nauséabonde.

Qualifier À bras ouverts de film ou Philippe de Chauveron de cinéaste, c’est finalement faire trop d’honneur à un objet qui pratique l’autosatisfaction de sa propre stupidité à des niveaux stratosphériques en s’asseyant sur la modique somme de 17 millions d’euros (pour une majorité du film en huis clos c’est pas banal !). Et se cacher derrière le grand débat entre culture populaire et culture savante ne changera rien, car comme disait un homme qui savait manier la caricature et la vulgarité : « Quand on est con… ».

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À bras ouverts : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=G1xUWyh1-mk

À bras ouverts : Fiche technique

Réalisateur : Phillipe de Chauveron
Scénario : Marc de Chauveron, Guy Laurent
Interprétation : Christian Clavier, Ary Abittan, Elza Zylberstein…
Musique : Cecile Coutelier
Producteurs : Christian Clavier, Patrice Ledoux, Adrian Politowski
Budget: 17,5 millions d’euros
Distribution : SND
Durée : 92 min
Genre : comédie pas drôle
Date de sortie : 5 avril 2017

France – 2017

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Focus Séries #1 : Le Canada

Pour ce premier numéro de nos nouveaux dossiers Focus Séries, retraçant (dans les grandes lignes) l’histoire serie-audiovisuelle d’un pays, d’une chaîne ou d’une plateforme de visionnement, on ouvre avec le Canada dans le cadre de la rétrospective ciné Québec sur OCS. Vous l’avez compris, le deuxième numéro sera consacré à Netflix…

« Histoire d’en savoir plus, histoire d’en faire une… »

Longtemps moqués dans les séries pour être une sous-nationalité (Robin dans HIMYM ou la xénophobie revendiquée dans South Park) ou des américains arriérés, les canadiens n’ont guère été souvent sur le devant de la scène audiovisuelle internationale, il n’y a qu’à voir : aucune bibliographie française n’est disponible ! Cantonné à la sitcom parodique Le Cœur a ses raisons, le Canada c’est aussi la récompensée Orphan Black, l’historique Vikings, l’éternelle Murdoch Mysteries, la classique pour la jeunesse Les Contes de la Crypte (qui va être reprise par Sir Shymalayan) ou encore Les Tudor, Saving Hope, X-Files… Pour ce premier numéro de Focus, CineSeriesMag s’arrête sur l’Amérique du Nord (encore plus au Nord) et ses six networks (CBC, CTV, City, Global, TVA, et V anciennement TQS).

martin-matte-les-beaux-malaisesVous avez peut-être repéré dernièrement Romeo’s Section, Kim’s Conveniance ou Pure toutes trois diffusées sur CBC ? Vous connaissez la sublime Les Beaux Malaises, adaptée en France avec Frank Dubosc (on se retient d’en rire jaune! ). Vous avez peut-être commencé Ransom, la dernière série de Frank Spotnitz sur Global/CBS/TF1, ou vous avez peut-être dévoré Prémonitions sur la chaîne addikTV du groupe TVA : ces succès qui arrivent en France (ou que l’on attend encore) ne datent pourtant pas d’hier. Minuit, le soir du duo Pierre-Yves Bernard et Claude Legault, qui compte le quotidien de 3 videurs de boîtes de nuit sur anciennement Radio-Canada du groupe CBC. Bon, c’est un mauvais exemple, elle n’a duré que 3 saisons ! Rookie Blues, depuis 2010 sur Global, est au policier ce qu’Urgences est au médical (oui bon il faut pas pousser non plus l’exagération !). Et oui, on ne fait pas que d’y tourner à Vancouver ou Toronto, parce que c’est moins cher, on y fait aussi de sublimes séries !

Il est impossible pour un seul bénévole passionné de vous exposer en un temps record et de manière exhaustive l’historique de toutes les chaînes nationales ou régionales, gratuites, puis payantes. Mais tentons de nous concentrer en trois points sur cet immense terrain de recherche car, aussi étrange que cela puisse paraître, il est difficile d’établir un parallèle avec les USA : années 50 « âge d’or », années 60-70 « miroir de la société en pleine transformation », années 80 « deuxième âge d’or, années 90 « réalisme et politiquement incorrect » !

Les origines : 1960 – 1990

Il faut savoir qu’au-delà de la situation géographique, les États-Unis et le Canada sont très proches, y compris en termes audiovisuels. Des programmes US sont diffusés sur les chaînes canadiennes et vice versa. Une sorte de partenariat comme Arte avec l’Outre-Rhin si ce n’est en plus élargie. L’anglais est la principale langue parlée dans les 12 territoires/provinces sur 13. La tendance est inversée au Québec seulement. Découpé en 4 régions, ce pays à la deuxième plus grande superficie (presque 10 millions de km²) ne regroupe pourtant qu’à peine plus de 33 millions d’habitants. Ce n’est que depuis les années 1980 que le Canada se préoccupe de son autonomie culturelle ! Vous trouverez donc peu de séries exclusivement canadiennes ou québécoises avant cette date. Que ce soit dans n’importe quel manuel ou site spécialisé. Il est d’ailleurs compréhensible de ne pas trouver, dans le peu de bibliographie française sur les séries tv, quoi que ce soit sur le sujet actuel.

Brigade de nuit (Night Heat) 1985-1989 est la première série canadienne à avoir été diffusée aux Etats-Unis. Elle tente de retracer le prétendu quotidien d’une équipe de police de nuit suivie par un journaliste dans leurs enquêtes. Maïwenn s’est-elle laissée influencer pour Polisse ? Sa première diffusion fut un succès sur CTV, puis elle est reprise sur CBS, et sur M6 chez nous en 1987. Mais la série souffre sérieusement du temps qui passe et ne passionnerait plus aucun sériephile à présent. Un de ses créateurs, l’acteur et producteur allemand Sonny Grosso (French Connection), naturalisé américain, a été lieutenant au Narcotic Bureau de New York dans les années 60. Sa participation au démantèlement de l’un des plus grands réseaux criminels de cette époque a permis au roman de Robin Moore et à son adaptation au cinéma par Roy Scheider en 1971 puis oscarisée, de voir le jour.

bizarre-serieBizarre (The John Byner Comedy) 1980-1985 est une des premières « séries à sketchs », produite au Canada par des américains, à être multi-récompensée. Son caractère subversif est à l’origine de l’existence de deux versions destinées à la diffusion. L’intégrale pour Showtime ou ITV et la censurée sur CTV. Jean Roucas et Benny Hill ont certainement fait mieux pourtant !

Malgré tout, dès les années 60, on voit l’apparition de succès comme la série animalière Le Vagabond (The Littlest Hobo) qui, à la manière de Joséphine Ange gardien, met en scène en scène les aventures d’un berger allemand extrêmement rusé qui se déplace de ville en ville, portant secours aux gens en difficulté, mais refusant toujours de se laisser adopter par les hommes avec qui il s’est lié d’amitié. Elle a été reprise sur CTV en 1979 sur plus de 6 saisons ! Le thème est interprété par Gilles Rivard. Si ça ne vous dit rien, ça parlera à un québécois, rassurez-vous.

emilie-la-passion-d-une-vieEmilie, la passion d’une vie diffusée sur Radio-Canada en 1990 est le premier plus grand succès d’audience de l’histoire de la télévision québécoise pour un feuilleton avec plus de 3 millions de téléspectateurs (France 3 qui le diffuse en prime-time cumule 4 millions). Adaptée de la saga Les Filles de Caleb d’Arlette Cousture, la fiction (oui, le terme mini-série n’existait pas à l’époque) a été vendue dans plus de 25 pays, et a même fait l’objet d’une diffusion sur CBS, aux États-Unis.

Les Cadets de la forêt (Forest Rangers), de 104 épisodes de 30 minutes, est une des premières séries d’aventure canadiennes diffusée sur CBC en 1963 pendant deux ans et la première fiction en couleur de la télévision canadienne. Quand un groupe d’enfants vient en aide aux services forestiers pour sauvegarder les denses forêts de l’Ontario…

Avant Dallas, il y a eu Le Clan Beaulieu, saga familiale et financière sur TVA (lancé en 1963 et établi en 1971), qui, entre 1978 et 1982, a connu des heures de gloire. La Cinq la diffuse 6 ans après l’arrêt. Un soap qui ne dura que quatre saisons sur 156 épisodes de 26 minutes. Oui, les productions télévisuelles n’avaient pas le même cahier des charges…

Lance et compte est entièrement tournée en français entre 1986 et 1989 pour Radio-Canada et est diffusée ensuite sur TF1, en 1987, qui la ré-intitule Cogne et gagne pour que ce soit plus parlant aux néophytes du hockey sur glace. Premier téléroman filmé de manière radicalement moderne, avec extérieurs, cascades et reconstitutions de matchs, la série a connu un succès sans précédent tant populaire (presque 3 millions de téléspectateurs par épisode) que critique (razzia sur les prix Gémeaux*). Suite à un différend avec la chaîne canadienne, la série s’arrête et sera prolongée par six téléfilms. En 2002, Lance et compte : nouvelle génération marque les retrouvailles des personnages de la série quinze ans après. Le succès est moindre, mais perdure jusqu’en 2010 sur TQS, puis TVA. Un film en 2010 et une huitième saison en 2012 pour terminer sur une neuvième en 2015. Longévité inégalée jusqu’à présent pour un drame sportif tous pays confondus… Lire à ce propos un article par nos confrères d’HuffingtonPost concernant la dernière saison.

* Les prix Gémeaux sont des récompenses télévisuelles décernées par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision depuis 1987 et distinguant l’excellence de la télévision francophone au Canada.

L’ère du changement, l’amitié américano-canadienne : 1990 – première moitié des années 2000

Ces décennies, correspondant au début de la génération Y, ne marquent pas seulement la transition vers l’ère numérique (internet, téléphones portables… sans oublier mp3 et cd-rom), mais aussi la transition entre classique audiovisuel d’hier et d’aujourd’hui. C’est à la fin de cette période que des plateformes telles que Netflix, Hulu et bientôt Apple voient le jour pour devenir à présent quasi-indétrônables.

On pensait qu’après Beverly Hills (somme toute assez daté et rétro pour un spectateur d’aujourd’hui), Skins avait ré-ouvert la voie au teen series contemporaines, mais le Canada s’y était essayé six ans plus tôt avec Kristin Kreuk (Lana Lang dans Smallville) alors âgée de 19 ans dans Edgemont qui comprend 70 épisodes de 25 minutes. Plus proche de Hartley coeur à vif que Sauvés par le gong – malgré le format court qui pourrait nous laisser penser le contraire – Edgemont est une chronique qui suit des collégiens jusqu’au lycée en se calquant sur quelques « actuels » problèmes de société.

Se concentrer sur le Canada permet donc de mettre en exergue les classiques d’époque et les tollés comme par exemple Marshall et Simon : Une nouvelle dimension qui est un dérivé d’une excellente comédie fantastique pour jeunes et adolescents de 15 épisodes de 21 minutes diffusée entre février et mai 1998. Et oui, Stranger Things n’est pas l’unique référence et certainement pas la dernière. Originalement intitulé Eerie, Indiana, cette brève expérience audiovisuelle nous conte le quotidien de jeunes adolescents témoins de phénomènes étranges dans la petite ville d’Eerie. Pour l’anecdote, Joe Dante aura réalisé cinq épisodes. Encore une digression, mais oui les réalisateurs ciné n’ont pas attendu le XXIème siècle pour s’essayer à cet autre format. Un épisode comportant une histoire de pirates n’a jamais été filmé bien qu’un script ait été produit.

Cette décennie est le théâtre du rapprochement entre la « première » puissance économique mondiale et sa petite soeur qui a longtemps souffert de l’ombre. En d’autres termes, parmi les séries américano-canadiennes, on compte Poltergeist : Les Aventuriers du surnaturel (Poltergeist: The Legacy) entre 1996 et 1999, X-Files entre 1993 et 2016, Au-delà du réel : L’aventure continue entre 1995 et 2002 (repris par SciFi Channel après une première diffusion sur Showtime). Même sort pour Stargate SG-1, une des plus prolifiques et une réelle franchise sur 10 saisons et deux téléfilms qui marque le retour après MacGyver de Richard Dean Anderson et révèle la canadienne Amanda Tapping… Contrairement à la série originale de 1963, très attachée au thème de la peur et de la guerre froide, la série de 1995 se fonde autour de thèmes plus modernes tels que l’arrivée des extraterrestres sur Terre, la mort et l’au-delà, le sexe et la science-fiction, les voyages dans le temps ou encore les robots et androïdes. On retiendra l’accroche du générique  » Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur. N’essayez donc pas de régler l’image. Nous maîtrisons, à présent, toute retransmission. Nous contrôlons les horizontales et les verticales… » Ou encore Captain N, série d’animation rediffusée dans le Club Dorothée avant l’école sur TF1

C’est donc aussi l’émergence de séries pour la jeunesse, que ceux qui ont suivi KD2A ou Les Minikeums connaissent bien. Le Loup garou du campus sur 3 saisons et 65 épisodes sur YTV, les deux anthologies Fais-moi peur de 7 saisons et 91 épisodes, Chair de Poule sur 4 saisons adaptée des romans à succès qui a révélé Hayden Christensen ou Ryan Gosling, Les Aventures de Tintin, Black et Mortimer, la Famille Pirate entre 1998 et 2004 sur Radio-Canada… En parallèle de Charmed, Buffy contre les vampires, Dawson ou Alerte à Malibu aux Etats-Unis etc., les adulescents canadiens ont pu connaitre The Crow avec Mark Dacascos, RoboCop sur le réseau CTV ou encore Highlander qui marquera à jamais l’histoire du PAF également, car c’était la première fois qu’une société de production française était à l’initiative (créativement parlant) d’une série destinée au marché américain. En effet, Gaumont Television qui a voulu adapter les films en série, avait acheté les droits afin de la produire en syndication pour les USA, ce qui était du jamais vu à l’époque. Adrian Paul reprend le rôle de Duncan MacLeod après Christophe Lambert et la première saison est diffusée sur TF1, puis reprise après 1994 sur M6.

Vous l’aurez compris, les canadiens excellent dans le genre fantastique-SF mais, concernant les dramas et autres comédies, qu’en est-il ? Il est rare de citer un drame exclusivement canadien ayant marqué de son empreinte le paysage audiovisuel. Citons le drame d’espionnage adapté du film de Besson, La Femme Nikita, sur lequel le compositeur Mark Snow collabore : la série aura duré 5 saisons complètes entre 1997 et 2001. Puis, Coeurs Rebelles en 2000 ne durant qu’une saison sur Fox Family, réunissant A.J. Cook (Virgin Suicide, Esprits Criminels) Coroner-Da-Vinciet Hayden Christensen après Chair de Poule. Ou encore, la classique Coroner Da Vinci (Da Vinci’s Inquest, 1998-2005) suivant les enquêtes de Dominic Da Vinci, responsable d’une équipe de médecins légistes et de policiers, dans la ville de Vancouver. Le public français connait également Mysterious Ways : Les Chemins de l’étrange, diffusée de 2000-2002 et mettant en vedette Adrian Pasdar (Heros, Agents of SHIELD, Colony), que l’on ne doit pas confondre avec Michael Weatherly (Dark Angel, NCIS). Les sitcoms ne sont pas en reste puisque parmi les cultes, il faut citer La Petite Vie enregistrée en studio devant un public, la culte Dans un galaxie près de chez vous (1998-2001) qui raconte la quête de l’équipage du vaisseau spatial canadien Romano Fafard à la recherche d’une nouvelle planète d’accueil pour l’humanité, l’actuelle Terre devenant invivable à cause de la pollution. Deux films ont aussi été attachés à la série.  L’humour se rapproche de celui du français François Descraques qui, avec Le Visiteur du futur, a démocratisé la web-série en 2009. La Petite Vie (1993-1998), enregistré devant un public (avec les rires de foule en voix-off), est la seule série télévisée québécoise et canadienne à avoir franchi la barre des quatre millions de téléspectateurs, le 20 mars 1995.

annie-et-ses-hommes-finaleConcernant les feuilletons ou « téléroman », n’oublions pas Annie et ses hommes qui, sur 7 saisons entre 2002 et 2009 sur TVA, narre les aventures quotidiennes d’Annie Séguin et son entourage. L’héroïne est interprétée par Guylaine Tremblay (grande actrice quinquagénaire qui joue Melody Babcock dans Le Cœur a ses raisons) aux côtés de Claude Legault, déjà auteur sur Dans une galaxie… Claude Legault est un nom à retenir, car il est également le créateur de Minuit, la nuit ou encore 19-2. La parodie feuilletonesque citée, révélant au public français entre 2005 et 2007, Anne Dorval (et son réalisateur fétiche Xavier Dolan) et Marc Labrèche, est une reprise d’épisodes et de personnages déjà apparus lors d’un talk show Le Grand Blond avec un show sournois sur le réseau TVA. Et si l’on regarde de plus près, la série ne compte que 3 saisons de 39 épisodes, ce qui en fait un succès relatif par rapport à l’ensemble des séries énoncées. Le showrunner Marc Brunet est également le coauteur de spectacles humoristiques tels que ceux de Anthony Kavanagh et Michel Courtemanche. On notera la prestation de Sylvie Moreau qui tient le premier rôle dans la sitcom Catherine avec M. Legault ici présent. Ces deux-ci sont par ailleurs apparus en guests dans Il était une fois dans le trouble sur VRAK TV comptant 11 saisons de 255 épisodes de 22 minutes.

Un deuxième « âge d’or » : De la deuxième moitié des années 2000 à nos jours

La comédie dramatique gagne une nouvelle jeunesse et une audience critique plus réceptive. Les Vies rêvées d’Erica Strange par exemple, qui tient 4 saisons de 42 minutes sur CBC et avec laquelle on reste toujours dans la veine un peu SF est une relative réussite. Le personnage principal peut revivre les moments les plus regrettables de sa vie après la rencontre avec un certain Dr. Tom… HeartlandL’énorme succès, CBC toujours, Heartland adapté des romans de Lauren Brooke sur le quotidien d’une famille dans un ranch, ne manque pas d’action et est encore en production avec 10 saisons depuis 2007. Tandis que ReGenesis (2004 à 2008), qu’Arte a repris en 2009, est un thriller scientifique qui nous introduit au sein du Norbac, un organisme nord-américain créé pour étudier et faire face aux menaces biologiques et sanitaires que l’avancée des sciences, ou encore les attaques terroristes, font peser sur les sociétés occidentales. La série est diffusée sur le réseau câblé et payant The Movie Network (qui possède HBO Canada ou diffuse également les programmes Showtime…). Toujours sur la même chaîne le drame policier sombre Durham County (2007-2010), entre Broadchurch et The Killingrepris par Global. Sans oublier le cultissime Les Enquêtes de Murdoch (qui passe depuis 2009 sur France 3) toujours en diffusion depuis 2008 avec Yannick Bisson déjà apparu dans Sydney Fox : l’aventurière en 1999 et Le Caméléon en 2001. Et pour rester dans la veine policière, avant le succès relatif dDegrassi-Next-Class-Saison-3-et-4e Rookie Blues 2010-2015, il y avait Cold Squad 1998-2005 dont Cold Case s’est entièrement inspiré! Heartland et Murdoch sont à ce jour les plus longues séries de la télévision canadienne encore en production… Sans oublier le cultissime teen drama Degrassi qui depuis Les Années Collège en 1987 sur CBC, a connu un spin-off entre 2001 et 2010 Nouvelle Génération sur CTV et un dérivé disponible sur Netflix Nouvelle Promo depuis 2016.

On attendait à ce que le Canada revienne, seul, sur le devant de la scène et c’est avec Les Tudors (2007-2010) créée par Michael Hirst (Vikings), une coproduction canado-irlandaise, que la donne va se faire. On constate ces dernières années, un regain de qualité avec des nouvelles séries qui méritent absolument le détour, mais qui n’ont toujours pas l’exposition méritée à quelques exceptions près… The Listener ou Les Pouvoirs de Toby au Québec (2009-2014) est un succès sur CTV, mais s’arrêtera au bout de 5 saisons. A l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, deux mini-séries à très gros budget ont été co-produites avec le Canada avec la chaîne Global, Titanic : de sang et d’acier et Titanic. De là à affirmer qu’elles ont coulé faute de fortes audiences…

La chaîne Space a été spécifiquement créée afin de prévenir l’importation de chaînes spécialisées américaines sur le territoire canadien, comme SyFy, et doit quand même produire et diffuser du contenu original canadien sous condition de licence. Sanctuary, avec Amanda Tapping, est créée par un scénariste de Stargate et dure 4 saisons sur cette chaîne spécialisée. Elle permet également à Orphan Black de voir le jour en 2013, et par la même occasion révéler Tatiana Maslany déjà apparu dans Heartland, Les Vies rêvées d’Erica Strange ou The Listener). Son Emmy en 2016 est une consécration pour cette jeune canadienne de 31 ans. La série est diffusée en simultané sur BBC America et rediffusée sur CTV. Grâce à Netflix, elle est disponible sur le territoire français depuis juillet 2016. A cette date, une cinquième et dernière saison est annoncée pour le printemps 2017. La chaîne a rediffusé Blood Ties (aucun rapport avec le thriller de Guillaume Canet, bien que les deux soient des échecs au niveau du box office ou de l’audimat), Dark Matter qui met en scène 6 personnes amnésiques à bord d’un vaisseau spatial (une troisième saison est en cours) et, dans un univers proche entre Twilight et True Blood, Bitten a été arrêtée après deux saisons…

Haven ne réinvente pas l’eau chaude en matière de fantastique pour adolescents, mais a le mérite de tenir sur 5 saisons tout en marquant le retour à l’écran d’Eric Balfour après Six Feet Under et 24h Chrono. La série américano-canadienne est librement adaptée du roman Colorado Kid de Stephen King et diffusée sur Showcase entre 2010 et 2015. La série canadienne diffuse depuis le 17 octobre 2016 Travelers, disponible sur Netflix et dont une deuxième saison est à prévoir pour l’automne 2017. Elle est également à l’origine de Continuum ou Lost Girl. Autre chaine, Citytv est à l’origine de Between, une série mêlant drama teenage bien construit, SF et horreur, a été reprise par le service canadien Netflix pour une diffusion à l’international. Aujourd’hui, elle comporte deux saisons et est toujours en production…

Vikings donc, qui semble s’essouffler, ne perd pas de son audience, puisque la saison 5 est actuellement très attendue  avec le retour à l’écran de Jonathan Rhys-Meyers. Après l’historique, l’espionnage n’est pas en reste, puisqu’avec X Company, qui entame sa troisième saison en cette nouvelle année 2017, CBC confirme son statut de première chaîne séries canadiennes. Tout comme Romeo’s Section dont une troisième saison n’a toujours pas été annoncée ou Pure qui vient de commencer. La première, située dans l’excitant et dangereux monde de l’espionnage suit les aventures de cinq jeunes et talentueux espions arrachés à leur vie ordinaire pour suivre un entraînement dans un centre ultra secret sur les berges du Lac Ontario en pleine Seconde Guerre mondiale. La deuxième nous place dans un réseau d’espions à Vancouver pas comme les autres. Ses agents ont le qualificatif d’espions « Roméo » ou « Juliette » et ont pour but de s’engager dans des relations amoureuses avec leurs cibles afin de glaner les informations qu’ils recherchent. Et la troisième met en vedette Ryan Robbins dans la peau d’un pasteur Mennonite, Noah Funk, qui travaille sous couverture pour démanteler un réseau de crimes organisées pour éradiquer les problèmes trafics de drogue dans cette communauté. La rédaction recommande également de suivre les aventures du Dr Mary Harris qui tente d’échapper aux autorités pour continuer de « conseiller les patients en fin de vie » et leur proposer l’euthanasie en toute discrétion pour se retirer sans douleur. Dans les pas de Breaking Bad au féminin pour un twist final à la HTGAWMMary Kills People s’est suivit avidement en 6 épisodes sur Global et sur la chaîne américaine Lifetime à partir du 23 avril prochain. A ne pas manquer!!!

Le réseau de télévision canadien TVA passe comme tant d’autre en HD et en numérique terrestre entre 2007 et 2009. Son identité visuelle devient celui que l’on connait aujourd’hui en 2012, date à laquelle des créations originales apparaissent, des téléromans à succès tels que O’ suivant le quotidien du clan O’Hara d’origine irlandaise ayant fait fortune dans l’eau embouteillée, Au secours de Béatrice avec Gabriel Arcand (oui le frère de Denys) mettant en scène les péripéties d’une médecin urgentologue, L’Échappée, dont la première saison s’est terminé avant le passage à la nouvelle année 2017, qui décrit à la manière de Broadchurch une petite communauté idyllique vu par le retour d’une quadragénaire et une certain crime qui l’a concerne, sans oublier L’Imposteur avec Marc-André Gondrin (qui s’est rasé pour le rôle) dans la peau d’un ex-prisonnier qui mène une double vie et dernièrement L’Heure bleue* depuis janvier 2017 autour d’une mère qui cherche à se reconstruire après la mort d’un de ses enfants. Et du groupe TVA, la chaîne câblée AddikTV se lance également dans le lancement de drames à suspense avec la policière Mensonges ou la « surnaturelle » Prémonitions avec Pascale Bussières (Becky Walters dans Le Coeur a ses raisons ou Sarah dans l’adaptation québéquoises de WorkinGirls, Complexe G).

Qu’en est-il de la comédie justement? Car depuis les parodies ou comédies à sketch, Bizarre, Second City TV ou Le Coeur a ses raisons, il est difficile de citer des immanquables. Et pourtant. Il faut savoir qu’Un Gars, Une Fille a été adapté d’une série canadienne créée par Guy A. Lepage, également l’acteur principal et que son concept a été repris dans le monde entier. Elle provient au départ de scènes humoristiques sur la vie de couple de l’émission Besoin d’amour diffusée sur les ondes de TQS en 1996 animée par Guy A. Lepage. Il faut aussi nommer le chanteur et humoriste François Pérusse et ses pastilles radiophoniques ou ses séries d’animations (Pérusse City, Série du peuple). D’autre shortcom nous viennent à l’esprit telles que Fais pas si, fais pas ça ou Parents mode d’emploi de notre côté de l’Hexagone, il existe Les Parents 2008 – 2016 avec Anne Dorval qui voit grandir sur huit ans la famille Parents et ces trois enfants au travers des scènes courtes de la vie quotidienne. Imaginez une tribu style Malcolm sans la folie, mais avec l’acuité pseudo réaliste de l’absurdité que toutes les familles ont déjà vécu et vous obtiendrez cette comédie familiale tendre sur ICI Radio-Canada Télé. Comment ne pas citer la culte Les Beaux Malaises qui s’est retiré après un double final de 45 minutes, le 22 janvier 2017 après 3 saisons et une adaptation française qui ne fait que reprendre situations par situations de manière caricaturale et sans saveur avec Frank Dubosc et Anne Marivin sur M6 en octobre 2016. Sur CBC, nous suivons depuis le 11 octobre 2016 le quotidien de la famille canado-coréenne Kim tenant une épicerie. Kim’s Convenience, plus jouissive et subtile que Fresh Off The Boat qui suivait les pas de The Goldberg ou Black-ish s’articulant sur la difficulté d’une minorité ethnique à s’intégrer dans un quartier, joue sur des situations et des personnages drôles et sensibles. Il faut attendre une saison 2 avec impatience…

En espérant que ce tour d’horizon vous aura convaincu que le paysage audiovisuel canadien est riche et mérite plus sérieusement que l’on s’y arrête. Toute proposition est la bienvenu afin d’améliorer à l’avenir ce nouveau chapitre de la rubrique de Séries que Cineseries-mag s’efforce d’étoffer ces dernières années avant le deuxième Focus qui portera sur Netflix. Histoire d’en savoir plus, histoire d’en faire une…

* Période (appréciée des photographes) entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d’un bleu plus foncé que le bleu ciel du jour. Aussi appelée « entre chien et loup » ou la « brunante » au Canada.

Les grandes networks à retenir:

CBC Television (Canadian Broadcasting Corporation – communément appelé « CBC ») est un réseau public national qui appartient à la Société Radio-Canada (plus ancien service de diffusion), et dont la programmation est diffusée en anglais – ainsi qu’en langues autochtones dans les territoires et les régions nordiques du Québec et du Labrador.

CTV Television Network (Canadian Television – communément appelé « CTV »), à l’origine CTN (Canadian Television Network). Un réseau privé national (sauf à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans les trois territoires) détenu par Bell Media, et diffusant uniquement en anglais.

Global Television Network (communément appelé « Global »). Un réseau privé national (sauf à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans les trois territoires) détenu par Shaw Media et diffusant uniquement en anglais.

Citytv, détenu par Rogers Media, est composé de stations locales basées à Toronto, Winnipeg, Calgary, Edmonton, Vancouver, Saskatchewan et Montréal.

CTV Two (anciennement NewNet, puis A-Channel), détenu par Bell Media, est un système de diffuseurs locaux basés en Ontario, en Colombie-Britannique, dans les provinces des Maritimes et en Alberta. La marque de commerce A-Channel fut achetée de Craig Media en 2004, et fut anciennement utilisée pour les stations dans les marchés de Calgary, Edmonton et Winnipeg, lesquelles sont aujourd’hui dénommées CityTV.

ICI Radio-Canada Télé (Société Radio-Canada – communément appelé « SRC » ou « Radio-Canada »). Un réseau public national dont la propriété appartient au gouvernement fédéral, et dont la programmation est entièrement diffusée en français.

TVA (autrefois Télé-Métropole), détenu par Québecor Média Inc., est un réseau basé au Québec, dont la programmation est entièrement diffusée en français partout au Canada via le câble.

V est un réseau exploité au Québec, qui est détenu par Remstar Corporation. La programmation est entièrement diffusée en français.

Frapuccino : la web-série la plus frappée du web, ou presque

Frapuccino: un premier projet ambitieux pour de l’indépendant, surfant entre deux genres, à volonté cinématographique et faisant de l’œil au théâtre.. Mais l’ensemble tient-il la route?

Frapuccino est une web-série française (cocorico!) créée par le collectif Attention Fragile, un collectif artistique produisant diverses pièces de théâtre, courts-métrages et bien-sûr ladite web-série. Cette série se compose uniquement à ce jour d’une saison 1 composée de 12 épisodes, d’à peu près 7 minutes chacun, pour un total de la durée d’un long métrage moyen. A noter qu’il s’agit là d’un projet de longue haleine, puisque le tournage des premiers épisodes a commencé en 2012 (les premières lignes du projet remontent même à 2009), pour se finir en novembre 2016 avec la sortie de l’épisode 12 de la saison 1 sur leur chaîne YouTube.

Le pitch. Cyril, un jeune homme inamical qui ressent le besoin de frapper une personne régulièrement à 8h, 12h et 20h pour son « hygiène personnelle », se voit devoir travailler avec Paolo, italien stéréotypé qui adore les femmes (qui ne lui rendent pas vraiment), pour le compte d’un énigmatique patron. Leur mission est de livrer une malle dont on ignore le contenu, de Paris à Fleury. En chemin ils feront la rencontre d’Amélie, jeune femme typée bourgeoise ayant les mêmes pulsions violentes que Cyril, qui la prendra donc sous son aile pour l’aider à se contrôler. Cette petite troupe s’engage alors dans un roadtrip en Twingo (cocorico?) à destination de Fleury, mais ils se rendront vite compte que deux obscurs personnages ayant « des têtes d’assassins », Job et Rodriguez, leur filent le train.

 

Au départ un peu sceptique quant à cette série, je dois admettre que j’ai été surpris par le professionnalisme du projet. Moi qui m’attendais à une web-série modeste et tout ce qu’il y a d’amateur, force est d’admettre que l’ensemble se tient plus ou moins. Le scénario est particulièrement bien écrit avec des dialogues qui fonctionnent, celui-ci étant bien mis en valeur par le montage, simple mais efficace. L’acting est au premier abord assez inégal, mais s’améliore au fur et à mesure des épisodes jusqu’à s’égaliser plus ou moins. On notera l’apparition d’une tête connue dans l’épisode 7, Jean-François Gallotte, jouant le rôle du prêtre, et étant connu pour ses rôles (généralement en tant que second-couteau) dans diverses comédies françaises. Le gros plus de cette web-série est la volonté tangible et affirmée de son approche cinématographique. Ceci se ressentant dès le survol de ses épisodes, dont les titres rappellent certains films de genre, tel que « Le dernier bar avant la fin d’un monde » pour l’épisode 8, faisant directement référence au Dernier pub avant la fin du monde (2013) d’Edgar Wright. Mais cette approche se retrouve aussi au sein même de l’intrigue, définitivement influencée par des réalisateurs tel que Quentin Tarantino (plus particulièrement dans les derniers épisodes) ou encore Michel Audiard. On notera aussi des références plus subtiles dans les décors, notamment la texture caractéristique de la moquette de l’hôtel Overlook apparaissant sur la paroi de l’ascenseur (quelle coïncidence) d’un hôtel dans l’épisode 10, qui a su faire battre mon petit cœur d’amoureux de l’épouvante et d’admirateur de Stanley Kubrick (c’est moche de me prendre par les sentiments). On sent également un vrai effort de photographie: à ce niveau, il n’y a pas à hésiter, la qualité est au rendez-vous, et est notablement supérieure aux autres séries de même niveau (surtout pour un premier projet). Certains cadres m’ont d’ailleurs étonnement rappelé le genre de plans que l’on peut trouver dans la filmographie de Gaspar Noé. Malheureusement, cette qualité ne se retrouve pas tout au long de la série, et se verra souvent entrecoupée de plans beaucoup plus simplistes, comme les plans à l’intérieur de la Twingo par exemple (ceux-ci peuvent cependant s’excuser par le manque de place disponible..).

L’un des points négatifs de la série est avant tout le format. En effet, une adaptation en long-métrage aurait beaucoup plus rendu honneur au scénario, et l’on déplore ainsi une coupure souvent trop brute des épisodes. Or, Frapuccino était à l’origine prévu comme un long-métrage, nous a confié Mathilde Bourbin, scénariste et interprète d’Amélie. L’équipe ayant au final dû se rabattre sur ce format, plus accessible et jugé moins risqué pour ce premier projet, dommage… Le second point négatif notable est le manque de budget, ou en tout cas, le faible budget, qui se ressent assez fortement lorsque l’action s’accélère, principalement dans les choix des effets spéciaux ou dans les décors. Et pour cause, le budget total de la série s’élève à 15 000€, dont, fait notable, 4 000€ proviennent d’une campagne de crowdfunding. Or, ce budget relativement faible a poussé l’équipe à revoir à la baisse certaines des dépenses, ou jusqu’à devoir abandonner certaines décisions, ce qui donne à certaines scènes un côté assez cheap, qui ne choquera pas outre mesure les amateurs de série B. N’oublions pas enfin de parler de l’humour, puisque comme le pitch le laisse supposer, Frapuccino est avant tout une web-série humoristique. Il s’agit ici  principalement de comique de situation, bien que le comique de caractère soit aussi présent au travers de la personnalité des divers personnages. On notera d’ailleurs dans certaines scènes, un certain attachement au théâtre, ce qui, couplé avec la dimension cinématographique de la réalisation, n’est pas sans rappeler la série Kaamelott. Si l’humour se fait parfois trop lourd et insistant, certaines situations fonctionnent assez bien, et ce sont dans ces moments, que l’influence d’Audiard se fait le plus ressentir.

Le résultat de la saison 1 est plutôt prometteur. Malgré le nombre de vues diminuant d’épisode en épisode sur leur chaîne YouTube (tendant à prouver que la série peine à maintenir l’intérêt de ses spectateurs), il est certain qu’il existe un public pour ce type d’œuvre. En ce sens, les retours du public sont extrêmement positifs ; et nous ne saurions trop vous conseiller de vous y intéresser à votre tour. Si d’aventure Frapuccino vous plait, sachez qu’une saison 2 plus noire et axée sur une guerre de gangs est déjà prévue, et est actuellement au stade d’écriture et de levée de fonds. Il vous est d’ailleurs possible de soutenir ce projet via leur page Tipeee, dont le lien se trouve à la fin de cet article. Frapuccino est, dans son ensemble, une web-série très « fraîche » qui se laisse regarder avec beaucoup de facilité, sans laisser toutefois un impact véritablement fort chez le spectateur. Les cinéphiles y retrouveront des références et une approche artistique familière, tandis que les plus novices y trouveront une expérience sympathique, dont le format court a au moins le mérite de faciliter sa découverte par les citadins un peu trop débordés par le train-train du quotidien et ne rêvant que de partir sur les routes de France en Twingo. L’ensemble est toutefois imparfait, et avec un peu de chance (et d’argent), nous espérons une meilleure qualité pour la saison 2, et souhaitons une fructueuse quête de fonds à Attention Fragile !


Le lien Tipeee pour soutenir le projet d’une saison 2: https://www.tipeee.com/frapuccinowebserie

Auteur : Jeap Horckman

 

Stratton, un film de Simon West : Critique

Privé de sortie en salles, Stratton est un film d’action parfaitement dérisoire et, pire encore, un film d’espionnage risible. Pas de quoi nous faire regretter de ne pas avoir l’occasion de le voir sur grand écran.

Synopsis : Deux agents spéciaux rattachés au MI6 s’infiltrent dans un laboratoire iranien pour y intercepter un produit chimique dangereux. Alors qu’ils tombent dans une embuscade et que l’un d’eux est tué, l’équipe menée par Stratton comprend qu’ils ont affaire à un dangereux terroriste déterminé à utiliser sa toute nouvelle arme biochimique.

A la vue d’un film dont l’argument principal est « d’après les romans d’un ancien membre des Forces Spéciales Britanniques », il était légitime d’espérer trouver un thriller délesté des inévitables gimmicks du cinéma d’action, voire même atteindre un réalisme en rupture avec la stratton-dominic-cooper-pistolet-mitrailleurgrandiloquence un peu kitsch propre à la saga James Bond. C’était sans compter sur Simon West, le réalisateur des regrettables Tomb Raider et Expendables 2 ainsi que plusieurs nanars testostéronés interprétés par Jason Statham. C’est exactement dans cette direction qu’il oriente ce Stratton, à tel point d’ailleurs que l’on aurait tout à fait pu imaginer son rôle-titre sous les traits de son nouvel acteur fétiche plutôt que sous ceux de Dominic Cooper, qui décidément, après Warcraft, ne cesse de nous prouver qu’il choisit mal ses projets.

Dès la scène d’ouverture, West nous fait comprendre que son intrigue a été conçue pour répondre aux attentes des amateurs de films d’action. C’est ainsi que le suspense naît de façon artificielle, poussé par une musique bateau qui monte crescendo ; que la course-poursuite en voiture passe miraculeusement par un entrepôt dont l’architecture est propice aux cascades les plus convenues ; et que la fusillade s’éternise dans un montage chaotique. Tous les espoirs de réalisme intelligemment documenté sont ainsi mis à plat en seulement quelques minutes.

Thomas Kretschmann a beau être un méchant impressionnant, la balourdise du scénario et le manque d’idées dans la conception des scènes d’action font de l’ensemble un actionner sans âme comme on en a déjà vu des dizaines.

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Entendre, par exemple, les agents secrets anglais qualifier les espions de « KGB », alors que cette agence est dissoute depuis un quart de siècle, est une preuve parmi tant d’autres que les scénaristes (mystérieusement restés anonymes) n’avaient aucune notion de ce dont il est question ici. Bien au contraire, il apparaît évident que leur seule intention est de justifier davantage de fusillades et de courses-poursuites toutes plus invraisemblables les unes que les autres.

 Stratton-Tom-FeltonQue dire des personnages ? Hormis les quelques efforts pour rendre le héros attachant en lui offrant un passif familial à travers les souvenirs pleins d’émotions d’un vieux marin alcoolique (Derek Jacobi), et les quelques flashbacks mélancoliques visant à nous faire partager le chagrin de la mort d’un sympathique agent (Tyler Hoechlin), on peut déplorer une absence totale de travail sur les personnages secondaires. Les plus atteints par ce manque d’écriture sont ceux interprétés par Gemma Chan, qui comme souvent ne semble être là que pour apporter une touche de charme, et par Austin Stowell, cet agent américain si inutile qu’il est relégué jusqu’au bout au rang de figurant. L’acteur qui est le plus à plaindre est sans conteste Tom Felton, l’ancien Drago Malfoy de la saga Harry Potter, à qui il semble désormais qu’aucun réalisateur ne veuille donner un autre rôle que celui du traître ou du félon. Aucune surprise donc sur l’unique twist de l’intrigue (peut-on même encore imaginer que dire « Felton joue le méchant » est un spoil?). Ne reste que ce cher Dominic Cooper à qui on laisse trop peu de place pour affirmer son talent. Un échec sur toute la ligne…

Stratton : Bande-annonce

Stratton : Fiche technique

Réalisateur : Simon West
Scénario : Adaptation des romans de Duncan Falconer
Interprétation : Dominic Cooper (John Stratton), Thomas Kretschmann (Grigory Barovsky), Tom Felton (Cummings), Gemma Chan (Aggy), Derek Jacobi (Ross)…
Production : Henry Cavill, Charlie Cavill, Lawrence Elman, Rex Glensy…
Studios de production : GFM Films, Amber Entertainment, Promethean Productions…
Distribution : Marco Polo
Genre : Action, espionnage
Durée : 93 minutes
Date d’accès en VOD : 5 avril 2017
Grande-Bretagne – 2017

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