Un peu moins d’un an après sa fin surprise, la troisième saison de Penny Dreadful s’offre une édition Blu-ray et une édition DVD. Bienvenue à Londres, ville des monstres et créatures en tous genres !
Gothique à souhait,Penny Dreadfulse démarque avant tout par son univers. Plonger dans le monde de Penny Dreadful c’est plonger dans l’époque victorienne et baroque d’un Londres sublimé par son atmosphère angoissante et délicieusement dérangeante. Pour servir son histoire et ses personnages, la série décide de s’inspirer directement de la littérature anglaise du 19ème siècle. Ainsi on retrouve les grandes figures du genre telles que Van Helsing, Dorian Gray ou encore le Dr.Frankenstein. Le bestiaire est également complet et les amateurs de fantastique seront ravis ! Loups garous, vampires et sorcières sont célébrés dans la somptueuse série. Dans ce cadre là, le show excelle en un point majeur. Cette réussite réside dans cette capacité à renouveler les mythes. Penny Dreadful se sert de personnages emblématiques afin d’écrire un récit moderne, évitant la médiocrité de La ligue des Gentlemen extraordinaires ou Van Helsing, deux longs-métrages étant basés sur le même concept. Inclure des personnages inédits dans un tout fantastique, entre Frankenstein et Jekyll, était un pari très risqué. Arrivant à reprendre les thématiques originelles du genre, la série fait honneur à ces piliers de la littérature tout en enrichissant l’univers.
D’excellente qualité, le programme n’évite pas le sexe et la violence, éléments caractéristiques des séries grand format actuelles. L’aspect macabre n’est pas là pour choquer mais pour ajouter de la finesse au récit, notamment à travers les morts-vivants soucieux de se cultiver. Porté par un casting de talent et notamment la sublime Eva Green, Penny Dreadful est à la fois un drame victorien et un divertissement soigné proposant des réflexions intéressantes autant sur la science que la mort en passant par la foi.
Caractéristiques techniques du coffret Bluray ™ :
Format image : 1.78 – Format écran : 16/9
Audio : Anglais Dolby Atmos et Français, Allemand 2.0
Caractéristiques techniques du coffret DVD :
Format image: 1.78 – Format écran: 16/9
Audio 5.1 et Français, Allemand, Italien, Espagnol 2.0
Bonus :
Les prothèses de sorcière d’Hecate • Fabrication du laboratoire du Dr. Jekyll • Portraits des personnages : Ethan Chandler, Sir Malcolm & Kaetenay, Dr. Sweet, Dr. Seward & Renfield, La Créature, Dr. Victor Frankenstein & Dr. Jekyll, Dorian, Lily & Justine et Catriona Hartdegen • Les costumes de Vanessa • Le zoo mort
9 épisodes de 50 minutes – Editeur : Paramount
Synopsis : Londres, 1891, une menace quasi invisible massacre la population. Vanessa Ives, une jeune femme aux pouvoirs puissants et hypnotiques, rencontre et propose à Ethan Chandler, un homme rebelle et violent de s’allier à elle ainsi qu’à Sir Malcolm, un homme riche d’un certain âge aux ressources intarissables, pour combattre cette nouvelle menace. La série propose de revisiter tour à tour tous les contes et histoires d’horreur qui se lisaient à cette époque-là dans les revues (les fameuses Penny Dreadful nommées ainsi car elles coûtaient un penny et étaient effrayantes), intégrant les personnages, les créatures et les intrigues dans le Londres victorien.
Ce mercredi 5 avril sort en coffret DVD & Blu-Ray Sully. Ce biopic, signé Clint Eastwood, retrace le célèbre procès d’un homme aujourd’hui reconnu pour son héroïsme. Entre catastrophe et hommage, retour sur le miracle de l’Hudson.
Synopsis : Le 15 janvier 2009, l’incroyable se produit : un avion qui vient de subir une terrible avarie réussit à se poser sans encombre sur le fleuve Hudson, au large de Manhattan. Bilan : les 155 passagers ont la vie sauve ! Un exploit hors du commun accompli par le commandant « Sully » Sullenberger et bientôt relayé par les médias et l’opinion publique. Partout dans le pays, la presse s’empare du « miracle sur l’Hudson ». Et pourtant, alors même que le pilote est salué comme un héros, une enquête est diligentée, ce qui menace sa réputation et sa carrière…
Le héros de l’Hudson
Cinq minutes et huit secondes. Voici la durée du vol 1549 US Airways. Le 15 janvier 2009, Chesley Sullenberger, alias Sully, s’est hissé au rang de héros. Ce jour-là, 155 vies ont pu être sauvées grâce à son exploit. L’amerrissage sur l’Hudson, fleuve de l’état de New-York a pourtant été pendant de nombreux mois au cœur d’une véritable enquête judiciaire. Une question se pose alors : était-ce l’unique solution ?
Contrairement à ce que nous pourrions penser, Sully n’est pas un film catastrophique. C’est un drame biographique sur l’hommage d’un héros de l’aviation. Clint Eastwood, maître du cinéma américain, nous prouve une fois de plus ses talents de réalisateur. Ce film, pour le moins studieux, met en évidence la part héroïque de cet homme tout en y apportant de nombreux questionnements notamment autour de l’erreur humaine.
Beau humainement, ce film résout les énigmes de ce fait divers de manière honorable. Le jeu d’acteur y est parfaitement maîtrisé, notamment avec Tom Hanks, livrant une performance dans la continuité de son rôle dans Capitaine Phillips.Certains diront que cette œuvre cinématographique est décevante, mais pourtant, il existe une véritable profondeur dans Sully. Clint Eastwood signe ici une réalisation centrée sur l’aspect humain. Loin de tout artifice, Sully séduit par son naturel, son classicisme et son honnêteté. Entre psychologie et spectaculaire, Clint Eastwood a décidé de choisir la voie de la réalité…
Au cœur d’un fait divers
Ce coffret DVD & Blu-Ray nous plonge huit ans plus tôt, au cœur de cet événement dramatique. Le contenu est à l’image de ce film, c’est-à-dire studieux. Deux aspects sont mis à l’honneur dans le bonus : unepartie historique et technique.
Premièrement, nous découvrons de nombreux détails auparavant passés sous silence, autour de cette journée du 15 janvier 2009. En effet, pendant environ trente minutes, nous sommes plongés au cœur du miracle de l’Hudson : interview, images, et portrait du héros, « Sully » Sullenberger. Deuxièmement, nous nous retrouvons au cœur du tournage, dans les coulisses de ce biopic. Décors, mises en scène ou encore jeu d’acteur sont dévoilés dans cette partie plus technique. En bref, un peu moins d’une heure d’images purement inédites et spectaculaires.
Captivant, émouvant et audacieux, ce film biographique nous transporte véritablement au coeur de ce drame historique. Sully est un biopic humainement profond, sur la faute humaine et ses conséquences, à découvrir sans plus attendre !
Sully : Bande Annonce
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU DVD
Titre original: Sully Date de sortie: 5 avril 2017 (en DVD) Durée : 1h35 Musique: Christian Jacob Costumes: Deborah Hopper Montage: Blu Murray Décor : James J. Murakami Directeur de la photographie: Tom Stern Produit par: Clint Eastwood, Tim Moore, Frank Marshall, Allyn Stewart, Bruce Berman, Gary Goetzman, Robert Lorenz Production: Warner Bros. Sortie : 30 novembre 2016
CONTENUS DES BLU-RAY
Instant après instant : éviter le désastre sur l’Hudson (15 min)
Sully Sullenberger : l’homme à l’origine du miracle (15 min)
Plongée dans l’Hudson : le tournage de SULLY (20 min)
Prix de vente conseillé en DVD : 19.99€
Prix de vente conseillé en coffret BD : 24.99€
Prix de vente conseillé en coffret 4K UHD : 29.99€
Pendant deux ans, la jeune réalisatrice Anaïs Volpé s’est consacrée à un projet cross-média à grande échelle : Heis. Découpé en trois volets (long-métrage, série et installation artistique), ce projet est avant tout un travail expérimental. Ce film, de 1h30, aborde des thématiques omniprésentes dans notre société, telles que la culpabilité du choix. Retour sur une œuvre cinématographique révolutionnaire.
Synopsis : En quête de réussir sa vie, Pìa, 25 ans, désespérée après une accumulation de difficultés, doit retourner vivre dans sa famille. Son objectif: revenir pour mieux repartir. Son frère jumeau, Sam, qui vit toujours chez leur mère, n’appréhende pas la vie sous le même angle et ne tolère pas la vision de sa sœur. Qui a tort, qui a raison? Le droit de partir ou le devoir de rester? Entre Amour et Colère, émancipation et culpabilité, Heis est une histoire de sang, de vide et de trop plein : une histoire de famille.
Les liens du sang : une dépendance aveugle ?
Le devoir de rester ou le droit de partir ?La trame de l’histoire est construite sur cette question à la fois personnelle, universelle et symbolique.Heis, qui signifie l’épanouissement personnel en grec, est une œuvre cinématographique d’un nouveau genre.À mi-chemin entre le projet artistique et le documentaire, ce film expose avec modernité la thématique de la dépendance familiale.
Intergénérationnel, HEIS s’adresse aussi bien à la jeunesse qu’aux parents. C’est un film profondément moral, dans lequel nous pouvons tous nous retrouver. Pia est une jeune femme qui tente, malgré son attachement familial, de s’émanciper, en essayant de se construire un avenir professionnel. Sam son frère jumeau, est quant à lui entièrement dépendant de sa famille, dans l’incapacité de se détacher de cette dernière. Leur mère, partagée par la volonté de leur réussite mais véritablement bouleversée par l’idée qu’ils puissent un jour s’éloigner d’elle, représente cet entre-deux.
Ce chaos est à l’image de notre société. Nous grandissons dans un monde, dominé par l’accomplissement des choix. Ces derniers nous rendent certes, plus responsables, mais nous éloignent toujours un peu plus de nos repères. Oublier ses rêves ou oublier sa famille ? Quelle réponse pouvons-nous donner face à ce choix quasi impossible ? HEIS est une définition très représentative de ce monde d’aujourd’hui, où le mot société rime désormais avecindividualisme.
Une critique de la société
Une jeunesse ambitieuse ?
« On est les enfants des années 90 et les adultes des années 2010. On est passés du biberon au chômage presque sans transition. On est nostalgique d’une époque qu’on n’a même pas connue. »
Dépeindre la génération « YouTube » : voici l’une des principales intentions d’Anaïs Volpé. HEIS est un film quelque peu militant qui aborde en l’espace de 1h30 de larges problématiques actuelles. C’est le cas du chômage. Sujet « à la mode » depuis le XXIe siècle, cette crise des emplois est une lutte qui prend de plus en plus de place chez les jeunes. Artiste talentueuse, Pia rêve de faire de sa passion, son métier. La trame de l’histoire est bercée par le désir obsessionnel de cette jeune femme, de se voir accorder une bourse d’étude. Sans cette dernière, son ambition s’envole au même rythme que ses rêves.
« Comme la plupart de mes amis, j’étais victime de la crise qui touche les jeunes de moins de 25 ans en France. » Anaïs Volpé.
En mettant en évidence ce problème actuel et récurrent, la jeune réalisatrice espère insister sur l’ampleur de cette jeunesse perdue entre ledésespoir et l’ambition. Nous retrouvons ainsi dans HEIS, des séquences symboliques telles que la confrontation sociale entre Pia, toujours dans l’attente d’un avenir, et une amie ayant réussiprofessionnellement. Tension. Jalousie. Incompréhension. Voici les principaux troubles de notre société, désormais bercée par un esprit de rivalité permanente.
La rupture sociale
« Aujourd’hui est un jour particulier, celui de la perte. Où on réalise que le groupe dans lequel on a toujours évolué n’existe plus. »
La perte d’un amour ou d’un ami est un sujet également mentionné dans HEIS. Loin d’être omniprésente, cette thématique est pourtant abordée de manière officieuse durant toute l’intrigue. Nous rencontrons par le biais des souvenirs de Pia, une part de sa vie antérieure, bien loin de sa solitude actuelle. À aucun moment les raisons de cette rupture sociale sont abordées, mais nous comprenons, grâce à de nombreuses allusions, que cette perte a été occasionnée par ses choix. C’est notamment le cas dans la scène du pile ou face, dans laquelle Pia semble jouer son avenir sentimental. En dissimulant ainsi les motifs de la perte sociale de Pia, Anaïs Volpé a voulu mettre en évidence le fait que chacune des relations que nous établissons ne tient qu’à un fil. En effet, peu importe les choix que nous accomplissons, nous perdons toujours quelque chose en retour.
Le paradoxe de la liberté et de la violence
Pia et Sam, ces deux jumeaux au caractère si distinct sont nés à une époque emblématique : celle de la chute du mur de Berlin. Cet événement symbolique a été choisi méticuleusement par la réalisatrice afin d’insister sur l’émancipation d’une jeunesse perdue, et son désir de liberté.
« Les gens qui ont des rêves ne veulent pas mourir et les gens qui n’ont pas de rêve veulent mourir. »
HEIS mêle pendant 1h30, les monologues engagés de Pia, aux discours médiatiques sur le contexte violent dans lequel nous vivons. Attaques terroristes, actes violents… s’imposent rapidement dans ce long-métrage. Les mots parlent d’eux-mêmes et à aucun moment nous découvrons l’ampleur des images. Ce choix, très pertinent permet d’insister sur le dérèglement quasi global de notre société. HEIS, apparaît ainsi comme un véritable face à face avec les problèmes actuels.
Véritable ovni cinématographique, HEIS est une œuvre artistique engagée, face à une société en parfaite décadence. Un long-métrage bouleversant : quand la nostalgie pointe le bout de son doigt, que les souvenirs sont de simples piqûres de rappel, et que le passé doit désormais faire place à l’avenir.
« On est jeune, on n’a encore rien vu. Ilnous reste tellement de temps qu’on n’a même pas idée que la route est longue. On est déjà presque en 2020. »
Heis (Chroniques) : Bande-annonce
Heis (Chroniques) : Fiche technique
Réalisateur : Anaïs Volpé
Scénario : Anaïs Volpé
Interprètation : Anaïs Volpé, Akéla Sara, Matthieu Longatte, Émilia Derou-Bernal, Alexandre Desane
Image : Alexandre Desane, Anaïs Volpé, Gabriel Dumas-Delage
Montage : Anaïs Volpé
Musique : CHKRRR
Distribution : Territoire(s) Film
Durée : 92 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 5 avril 2017
Corporate est un appel feutré à la révolte en entreprise. La prise de conscience d’une DRH en quête de vengeance qui va devenir symbole, héroïne des temps modernes.
Synopsis : Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une « killeuse ». Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?
Meurtrière
Le monde de l’entreprise et la déshumanisation de l’employé, même celui qui se croit supérieur aux autres, tel est le thème de Corporate (comprendre celui qui aime et défend l’entreprise, mais qui se doit aussi d’être proactif, c’est-à-dire de toujours aller de l’avant). Le film explore donc les arcanes du pouvoir d’entreprise à travers Esen et ses dirigeants à la morale douteuse. Parmi eux, une figure intéresse plus particulièrement : celle d’Emilie, la DRH. Cette femme en apparence froide et calculatrice va devenir héroïne le temps d’un film. Céline Sallette offre à ce personnage une force inattendue, celle d’un regard qui accroche, d’un corps qui décroche pour mieux rebondir. C’est par le vêtement, mais aussi la posture qu’Emilie se transforme. Ce personnage est assez nouveau dans la filmographie de l’actrice. Habituée à faire le lien entre les protagonistes (Cessez le feu, Geronimo…), elle est ici solitaire, désemparée face au groupe. D’abord louée, cette « killeuse » devra faire des choix radicaux pour changer sa vie et peut-être celle des autres. Construit comme une sorte de thriller, Corporate surprend moins par son scénario que par les dilemmes qu’il offre à certains de ses personnages, mais aussi et surtout la confrontation entre Emilie et l’inspectrice du travail. D’abord rivales, les deux femmes vont vite devenir des alliées de choix. Il y a quelque chose de jouissif à les voir gérer, de manière plutôt incongrue, la sécurité sur un chantier d’hommes. Les deux actrices sont superbes de nuances dans ce grand jeu macabre qu’elles tentent de camoufler, puis de dénoncer. Leurs enjeux sont tour à tour dissonants puis complémentaires. A ce jeu-là, Violaine Fumeau vient parfaitement compléter le jeu de Céline Sallette. Autour d’elles gravitent d’autres figures convaincantes : Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Alice de Lencquesaing et des plus ou moins anonymes dont les visages ne nous sont pourtant pas inconnus.
Une petite entreprise qui connaît la crise
Dans ce vaste labyrinthe qu’est l’entreprise, planquée au cœur de Paris, le monde s’écrit comme dans une jungle. Le plus faible s’écrase, tombe, se courbe. Le plus fort avance sans se retourner. Réfléchir à ses actes, c’est déjà ne plus être compétitif. Emilie le comprend à ses dépens, elle retrouve alors le sel de sa vie, redevient plus humaine en quelque sorte. D’abord convaincue par ses actes, elle finit par les rejeter, sans refuser de les assumer. Ce serait trop facile de dire qu’elle a simplement obéi à des ordres et Nicolas Silhol s’y refuse. Tout est alors construit sur la quête de la vérité, celle que l’on masque, que l’on fabrique. Silhol se projette du côté de ceux que le système détruit, sans pour autant leur coller aux basques, car il s’attaque au monstre froid : la « killeuse » redevenue pour un temps la petite fille perdue qui ose croire à un monde meilleur, quitte à tout perdre. Entre un Paris rempli d’hommes filmés comme des fourmis ouvrières et les couloirs cliniques de l’entreprise, Silhol promène sa caméra, mais sans lâcher ses protagonistes, en les confrontant sans cesse les uns aux autres et en décidant de ne pas trop les caricaturer pour espérer convaincre. L’entreprise devient alors le lieu du drame que la musique vient accompagner, le monde extérieur apparaît comme une triste consolation où la musique se libère et peut être libère aussi. Une chose est sûre, Emily s’émancipe et, en chutant de son piédestal, s’élève beaucoup plus haut qu’elle ne le croit (sa vie personnelle n’est qu’esquissée, on ne sait pas si elle est soutenue jusqu’au bout, dans ce cocon bien-aimant et limite concurrentiel qu’elle a créé avec des gens – son fils et son mari – qu’elle ne fait que croiser). Mais à quel prix ? (celui d’une vie humaine car elle se réveille un peu tard, celui de l’humanité toute entière peut-être). En partant du bruit d’un corps qui chute, du drame, de l’élément déclencheur – l’employé qui met fin à ses jours dans son entreprise en se jetant par la fenêtre – Nicolas Silhol dresse un bilan clinique de l’entreprise qu’il décortique etsur laquelle il pose un regard loin d’être bienveillant. Il redit aussi l’importance de protéger ce monde du travail si féroce en tout cas tel qu’il le décrit. Dommage que le film surprenne peu et qu’il paraisse parfois un peu désincarné pour vraiment livrer son message jusqu’au bout.
Corporate : Bande annonce
Corporate : Fiche technique
Réalisation : Nicolas Silhol
Scénario : Nicolas Silhol, Nicolas Fleureau
Interprètes : Céline Sallette, Lambert Wilson, Alice de Lencquesaing, Stéphane de Groodt, Violette Fumeau…
Photographie : Nicolas Gaurin
Montage : Florence Bresson
Décor : Sidney Dubois
Musique originale : Mike, Fabien Fourtzer, Alexandre Saada
Producteur(s) : Jean-Christophe Reymond
Production : Kazak Productions
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 5 avril 2017
Baby-Boss, ou quand les bébés prennent leur revanche sur la famille !
Synopsis : Un petit garçon de sept ans, nommé Tim, est jaloux de son petit frère. Quand il va en mission pour reconquérir l’affection de ses parents, il découvre un complot secret du PDG Puppy Co., qui tourne autour de son petit frère et menace de déstabiliser l’équilibre de l’amour dans le monde.
Baby-Boss, nouveau né des Studio DreamWorks Animation depuis Les Trolls, attire par son synopsis, mais est-il à la hauteur de nos attentes et s’avère-t-il aussi drôle qu’il le laisse entendre ?
S’il ne s’avère pas bon de spoiler, il est important de dire que la bande-annonce ne laisse pas prévoir le délire qu’est Baby-Boss. Derrière l’argument de vente qu’est le bébé qui parle et qui s’avère en fait adulte, se cache de vrais enjeux. Des enjeux certes communs aux films d’animation, mais des enjeux qui rendent le film passionnant. À des questions sur la famille se mêlent des questions sur l’acceptation de l’autre. Baby-Boss se veut drôle et réussit son pari. Même s’il ne fait pas hurler de rire les spectateurs, il parvient à nous décrocher de (très) nombreux sourires, voire rires. On pense notamment à cette réunion entre bambins, des répliques qui fusent aux dialogues croustillants, tout est bon à prendre. À ces séquences comiques, même très comiques, viennent se greffer des scènes aux tournures « horrifiques », ou faisant des protagonistes de réels « aventuriers ». Les héros ne sont pas au bout de leurs surprises, et on se surprend à se prendre d’affection pour eux, ce qui n’était pas gagné. Baby-Boss a tout de détestable alors qu’on se prend d’une affection folle pour Tim, le petit garçon. Bien évidemment, les à priori et les sentiments évoluent tout au long du film, comme dans bon nombre d’animation. Baby-Boss brasse les lieux communs des films d’animation actuels, ainsi que tous les procédés filmiques chers au studio DreamWorks. Le dénouement est prévisible, on devine la fin de chacune des péripéties qui composent le film et pourtant, le film fonctionne. Ce n’est pas la première fois qu’un film alterne entre dessins de synthèse et dessins plus « traditionnels ». On sort de la salle le sourire aux lèvres, en se disant qu’on a passé un bon moment. Toutefois, Baby-Boss n’est pas le meilleur, et de loin, des studios DreamWorks. Il s’offre à nous comme une pierre de plus à l’édifice que sont les studios, prouvant qu’ils ne sont pas uniquement bon à sortir des Kung-Fu Panda ou autresMadagascar.
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Mais si Baby-Boss est agréable, c’est également parce que l’on se reconnait dans les personnages, aussi bien les enfants que les parents. Ces derniers, qui courent partout lors de l’arrivée du nouveau né dans le logis, ne peuvent que nous être familiers. Qui n’a jamais connu des parents se mettre dans tous leurs états, ne plus dormir, ne plus savoir où donner de la tête ? Baby-Boss tourne en dérision de nombreuses scènes du quotidien, de quoi nous convaincre.
Et s’il nous convainc, justement, c’est également parce que Baby-Boss ne tourne pas exclusivement autour de deux personnages que sont Tim et le bébé. Que ce soit les parents, les autres bébés ou les multiples rencontres qui se font lors de leur périple, tout est bon à prendre. Le film ne souffre pas d’excédents scénaristiques qui viendraient plomber l’action. L’intrigue progresse et parvient à décrocher un rythme haletant.
Et aux fans de cinéma, ouvrez les yeux et faites attention aux décors ! De (très) nombreuses références culturelles, surtout filmiques, sont disséminées à droite à gauche. De quoi se rassurer de sa bonne culture cinématographique.
Baby-Boss ne sera pas le film d’animation de l’année, mais il se hisse comme un excellent divertissement familial qui saura plaire aux plus petits comme aux plus grands. Par un scénario atypique, ancré dans un quotidien connu de tous, Baby-Boss plait et devrait faire valoir un nombre d’entrées plus que convenable.
Baby Boss : Bande-annonce
Baby Boss : Fiche technique
Réalisateur : Tom McGrath
Scénario : Michael McCullers, adapté du livre The Boss Baby écrit et illustré par Marla Frazee et publié en 2010
Interprétation (Voix VO) : Alec Baldwin, Steve Buscemi, Jimmy Kimmel, Lisa Kudrow, Tobey Maguire, Conrad Vernon…
Interprétation (Voix VF) : Stefan Godin, Vincent Ropion, Laurent Maurel, Sybile Tureau, Timothé Vom Drop…
Montage : James Ryan (VII)
Musique : Hans Zimmer, Steve Mazzaro
Direction artistique : Ruben Perez
Producteurs : Ramsey Ann Naito, Rebecca Huntley, Jed Schlanger
Sociétés de production : DreamWorks Animation
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 98 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 29 mars 2017
Alors que les adaptations de mangas semblent avoir le vent en poupe à Hollywood avec Death Note, Ghost in the Shell et Alita : Battle Angel, l’arlésienne Akira, plongée en plein development hell à l’image du monstre protéiforme des séquences finales de l’anime, pourrait bien connaître un rebondissement spectaculaire grâce au carton totalement inattendu au box-office d’un film de genre assez engagé sur le racisme aux USA, Get Out de Jordan Peele.
Le manga Akira, publié par Katsuhiro Otomo en 1982, a marqué des générations entières grâce à son adaptation en film d’animation en 1988. Ce long-métrage culte et apocalyptique plongeait une bande d’adolescents dans une version futuriste de Tokyo, rasée de la carte après la Troisième Guerre Mondiale. Le quotidien de cette bande d’amis inséparables, qui tuent le temps lors de virées grisantes à moto, va basculer lorsque l’un d’entre eux est enlevé et intégré contre son gré comme cobaye dans un programme scientifique et militaire qui défie l’entendement humain.
Un film live, adapté du manga Akira, est évoqué depuis de très nombreuses années. La version Hollywoodienne d’Akira n’a pourtant jamais pu aboutir et déboucher sur un accord officiel avec un début de tournage. Le projet a été marqué du sceau fatidique du « development hell ». Alors que le long-métrage semblait définitivement aux oubliettes, de nouvelles rumeurs et des informations officieuses en provenance de Los Angeles vont redonner espoir aux fans de l’œuvre de Katsuhiro Otomo.
Les studios Warner Bros. seraient effectivement toujours à la recherche de la femme ou de l’homme providentiel pour prendre les rênes du projet fou de transformer le manga et l’anime Akira en film live.
Akira : How to « Get out » of development hell with Jordan Peele ? Yes we can ! Jordan Peele, l’homme de la situation pour les studios Warner Bros
Ces derniers jours, un rebondissement inattendu est intervenu à Hollywood. D’après des informations de Tracking Board, le comédien Jordan Peele serait courtisé par la Warner. Il est récemment passé à la réalisation avec le film d’horreur Get Out sur fond de préjugés et de tensions raciales, et qui constitue la très belle surprise du box-office américain en ce début 2017 (près de 157 millions de dollars de recettes pour un budget dérisoire).
D’autres noms circulent à Hollywood pour ce projet titanesque. Toujours selon Tracking Board, les studios de la Warner songeraient également à confier l’adaptation d’Akira à Daniel Espinosa (Life) ou à David F. Sandberg (Lights Out, Annabelle 2) en cas d’impossibilité pour Jordan Peele.
Ces informations sont donc encore officieuses. La Warner serait néanmoins déterminée en coulisses à faire avancer une bonne fois pour toutes ce projet dans les mois et les années à venir. Akira est tombé dans l’enfer du développement depuis 2002 ! A l’époque le projet devait être confié à Ruairí Robinson. Selon des informations de Bloody Disgusting, en juin dernier Justin Lin (Fast and Furious, Star Trek : Sans Limites) avait été approché par les studios. En septembre 2015, Christopher Nolan avait été annoncé à la tête du navire pour le projet fou d’Akira avec la société de production de Leonardo Di Caprio, Appian Way. Le scénario, confié à Marco J. Ramirez (Sons of Anarchy), promettait de faire la part belle aux poursuites en deux roues et aux scènes de combats entre les gangs de bikers et les terribles clowns.
Les aventures de Tetsuo et Kaneda pourraient donc ENFIN voir le jour dans le cadre d’une adaptation live si la Warner et les studios sortaient du carcan ambiant à Hollywood avec l’obsession des remakes, des préquelles et des films de super-héros.
La douche froide au box-office US pour Ghost in the Shell (19 millions de dollars ce week-end) risque malheureusement de contraindre les plans ambitieux de la Warner. Un accident industriel sur le sol américain a déjà été désastreux pour la licence Terminator ces dernières années. La créativité, l’univers, le potentiel de l’œuvre d’origine et la prise de risques vont-ils l’emporter dans le cas d’Akira sur l’aspect purement économique et sur l’impérieuse nécessité pour les studios de rentrer dans leurs frais ?
Verdict donc dans les mois et les années à venir ! Un nouvel échec dans les négociations ou un refus de Jordan Peele risquerait de condamner à tout jamais une adaptation d’Akira. En guise de compensation et pour tous les mordus de mangas, les français n’auront plus alors qu’à lancer une opération de financement participatif pour un autre projet cinématographique démesuré, l’adaptation live du manga Space Adventure Cobra par Alexandre Aja, évoqué depuis de nombreuses années tout comme Akira !
Entre tendresse et moments plus dramatiques, portée par un formidable duo d’actrices, Marc Fitoussi signe avec Maman a Tort une agréable chronique sociale, inscrite dans l’ère du temps.
Synopsis : Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, lors de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. A travers cette semaine d’immersion, elle va découvrir le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés.
« Bienvenue dans le monde du travail ma chérie »
Les années collèges et la nostalgie associée peuvent être une vraie mine d’or pour les cinéastes. Les salles de classe, les copains, les premiers amours… tant de sujets propices à une diversité de films. Dans l’Hexagone, si certains réussissent à briller par leur subtilité (Entre Les Murs, Le Nouveau), la majorité n’est constituée que par des purs produits commerciaux sans âme (L’Élève Ducobu, La Vraie Vie des Profs). Mais les premiers contacts avec le monde du travail à travers les stages de découverte (ou d’observation) ont rarement, sinon jamais, été abordés à l’écran. C’est justement le sujet de Maman a tort, la dernière réalisation de Marc Fitoussi.
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Et il est intéressant de voir se confronter à l’écran l’innocence de l’enfance avec le caractère plutôt sans concession du secteur privé. D’autant plus quand il s’agit du domaine des assurances, où le quotidien n’est rythmé que par des paris sur la détresse des gens, des sinistres, la mort… et même quelques magouilles. Tant de choses qu’Anouk n’imaginait pas, elle plutôt candide et altruiste, bien loin du côté plutôt matérialiste des autres adolescents de son âge. Elle est interprétée par Jeanne Jestin, dont c’est le premier rôle en tête d’affiche. Sa prestation, toute en retenue, est le grand atout du film, à l’instar de sa relation avec sa mère (Emilie Dequenne). Ce duo évolue dans un environnement et des situations caractérisés par leur justesse, où tout nous est présenté sans misérabilisme ni volonté de trop en faire (le stress du quotidien, la confrontation parent-enfant, la conciliation entre la vie de famille et le travail…). Ce qui n’empêche pas ni les quelques interludes comiques, illustrées principalement par les deux secrétaires en charge du stage (bien qu’un chouïa trop caricaturées), ni une certaine forme de dénonciation du secteur somme toute impitoyable des assurances.
Armé de ce panel assez complet, bien que modeste et pas foncièrement original (car la trame du parcours initiatique a déjà été reprise maintes fois sur grand écran, Maman a Tort est un joli petit film qui vise juste. On déplorera seulement quelques raccourcis bien trop visibles pour convaincre, qui n’entachent cependant en rien le plaisir éprouvé lors du visionnage.
Caractéristiques techniques du DVD :
Image: 1.66 (16/9 compatible 4/3) – Couleur
Audio: Français Dolby Digital 5.1 et Stéréo
Vidéo: Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.66, Format DVD-9, Film en Couleurs
Plus grande surprise de cette année 2016/2017, This Is Us achève de nous émouvoir ce dernier mardi 14 mars après l’une des plus grosses audiences de NBC depuis 6 ans. On récidive : la meilleure série dramatique toute catégorie et on vous dit pourquoi…
Synopsis : La famille Pearson est composée de Rebecca, la mère qui reprend le chant au sein d’un groupe; Jack le père idéal, jaloux, mais pas possessif; puis les trois enfants, Kevin dont le fantôme « acteur modèle d’une sitcom » le suit dans sa nouvelle vie à New York, Kate en proie avec son obésité et sa nouvelle vie de couple avec Toby, enfin Randall qui cherche à en savoir plus sur ses origines, car de couleur de peau différente, sa femme et ses deux enfants. This is us est le témoin du temps qui passe au sein de cette famille recomposée.
Intimes Univers-alités
Cela fait déjà 6 mois que la famille Pearson est entrée dans nos foyers, nos cœurs, nos mémoires en cumulant en moyenne entre 8 et 10 millions de téléspectateurs en deuxième partie de soirée sur NBC. (Lire la critique du pilote ici). En France, la série n’est pas encore devenue notoriété publique. Il suffit de demander à votre entourage, beaucoup diront qu’ils n’ont pas encore regardé ou ne connaissent même pas ! Canal+ la diffusera à partir du 6 avril, à raison de deux épisodes par semaine. On a de fortes raisons de penser que l’impact se prolongera au-delà du 8 juin (date de diffusion des deux derniers épisodes sur la chaîne câblée française) et ce jusqu’à la reprise à l’automne 2017 ! C’est donc en toute relative discrétion que cette première saison voit le jour. Et depuis Happy Days, The Cosby Show, La Fête à la maison (Full House), Sept à la maison (7th Heaven) ou The Foster, on avait rarement été séduit aussi rapidement par les membres d’une même famille et leurs problèmes existentiels. La particularité est de jongler entre deux temporalités et cette mode remonte déjà à quelques années (Cold Case, Lost, Broadwalk Empire, The Good Wife, Quantico, The Missing, HTGAWM…). Nous ne disserterons pas sur l’utilité scénaristique de ce procédé courant. Nos confrères de Series Addict ont fait un joli dossier à ne pas manquer ! Mais la spécificité de This is us est de faire correspondre des tranches de vie avec le temps présent pour témoigner de comment ont grandi ces trois enfants. La saison 1 ne fait qu’effleurer l’ensemble des répercutions possibles des personnages sur notre actuelle époque, laissant encore suffisamment de marge pour deux prochaines saisons, voire deux autres, et ces 18 épisodes ne tarissent pas de puiser dans nos lacrymales. Chaque dernier épisode à sa manière aborde sensiblement des thèmes qui peuvent nous être difficiles comme la maladie et l’accompagnement en fin de vie, l’ambition artistique contrariée ou le burn-out professionnel.
La magie de cette nouveauté est de nous emporter, tel un tourbillon de nostalgie et de tendresse, dans plusieurs quotidiens reliés. Alors certes cela peut sembler surfait et trop lisse, par la beauté des acteurs ou la mise en scène en surbrillance, mais l’attachement aux personnages suffit amplement à compenser ces éventuelles critiques. This is US, traduisible par United States, parvient-il à rendre universel son discours? Affirmatif. La sensibilité avec laquelle chaque membre du casting semble prendre au sérieux son personnage, viscéralement, est remarquable et nous en venons presque à nous demander si la larme n’est pas liée au sublime ou à la réelle émotion retranscrite. Aucune effusion, grandiloquence, spectaculaire ou cliffhanger dramatique, l’haleine est tenue par simple compassion et identification. On apprend dès les premiers épisodes, après les révélations préliminaires sur les complexes enfantins de chacun ainsi que la mécanique du couple somme toute banale, mais fortement attachante (Roméo & Juliette, Ross & Rachelle ou Angel & Buffy apparaissent tels des Raymond & Huguette*), la principale attente qui va ponctuer toute la saison : comment et quand surtout est décédé Jack, ce père chez qui la perfection n’a aucune limite? Les conflits internes se répercutent méticuleusement sur la continuité scénaristique. Si vous attrapez le train en marche, l’avantage est de ne pas avoir la tête qui tourne, mais vous n’aurez pas tous vos bagages pour arriver à destination.
Qu’est-ce qui a provoqué chez Kévin ce besoin irrépressible d’accomplir sa vie et avec qui? Comment aborder sa propre image, mais surtout celle que l’on renvoie au travers l’obsession de Kate pour lutter contre son obésité et quelle animosité l’a fait se distancer de sa mère? Que motive la recherche de ses origines et surtout jusqu’où est-on prêt à aller pour se réconcilier avec ses démons intérieurs pour que Randall en vienne à quitter son boulot? Comment et sur quoi se construit un couple? Si malheureusement, il n’existe qu’une seule vision relativement normative du couple (malgré la tentative de Kévin de coucher avec ses partenaires de jeu), celle de l’évidence, datée des siècles derniers, ce doit être par mesure d’universalité. Et pourtant des millions d’individus partagent la difficulté de s’épanouir dans une durabilité affective ou ne connaissent qu’une multitude de rencontres. Est-ce pour autant synonyme d’instabilité? Faut-il s’accorder sur une seule poussée sentimentale pour construire qui nous sommes? Quoiqu’il en soit, le souvenir amoureux comme construction identitaire vient corroborer ici certaines théories. Car si Westworld est magistrale par son regard porté sur le cinéma, sur la fiction contemporaine dans sa propre définition et les limites spectatorielles dans l’attente diégétique, This is us l’est tout autant par son regard porté sur la famille, sur l’universalité des notions telles que « frères et sœurs », « amours inconditionnelles », « choix extérieurs » ou « construction d’un foyer » et « établissement d’un cocon ». Dégoulinant de nostalgie pour certains (une minorité) ou puissantes évocations et invocations intimes du souvenir comme processus identitaire perpétuel, car constamment menacé par l’oubli pour tous les autres, ce drama ne cessera d’attiser passion et émotion, notamment par une habile stratégie de communication semblable à celle d’HTGAWM sur les réseaux sociaux.
Chacun des arcs narratifs s’ouvre et se conclue sans que l’on s’y attende vraiment, malgré l’attente effective logique et vraisemblable. Comme la mort du père biologique de Randall, William, au terme de l’épisode 16 « Memphis » centré sur son passé, et d’un cancer des poumons incurable ou lorsqu’on apprend l’amour de jeunesse de Kévin, Sophie qui était la meilleure amie de Kate. Les fausses pistes telle que l’alcoolisme de Jack ou les directions artistiques héréditaires telle que la passion pour le chant de Rebecca… D’ailleurs la musique indie folk acoustique (Sufjan Stevens, Goldspot, Ringo Star, Radiohead) participe entièrement à cette plongée tendre american-dreamesque à la manière d’un road movie indépendant pour nous conter telle une veillée de Noël les péripéties satinées des Pearson. Nous en venons à douter, comme pour notre propre existence, des choix que chacun va faire. Pleurer des conséquences, mais surtout de cette délicatesse qui fait écho à nos propres déliquescences, de nos êtres chers perdus ou retrouvés. Une chose est sûre, attendre la saison 2 de This is us est déjà un deuil…
Entretien avec l’équipe après la diffusion du finale
* Il s’est permis cette nauséeuse référence ?! (Scène de ménage)
Fiche Technique : This is us
Créateur et showrunner : Dan Fogelman
Réalisateurs : Glenn Ficarra, Ken Olin, John Requa, Helen Hunt…
Scénaristes : Dan Fogelman, Bekah Brunstetter, Elizabeth Berger, Kay Oyegun…
Interprétation : Mandy Moore, Milo Ventimiglia, Sterling K. Brown, Justin Hartley, Ron Cephas Jones, Chrissy Metz, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan …
Photographie : –
Montage : –
Musique : Siddhartha Khosla
Production : 20th Century Fox Television
Société de production : Barge Productions Rhode Island Ave. 20th Century Fox Television
Format : 18 épisodes de 42 minutes environ
Date de diffusion : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : NBC
Genre : Drame Familial
Il aura fallu attendre 1990, le temps que Pedro Almodóvar devienne une valeur sûre, pour que quelques exploitants français audacieux diffusent en salles son tout premier long-métrage réalisé 10 ans plus tôt. Redécouvrir Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, même encore aujourd’hui, c’est prendre pleinement conscience de la folie qui anime le cinéma almodovarien.
Synopsis : Pepi fait pousser de la marijuana sur son balcon. Lorsque l’un de ses voisins policier lui rend une visite surprise, elle lui offre ses charmes en échange de son silence. Mais le policier, peu enclin au sexe anal, lui prend sa virginité qu’elle espérait vendre à bon prix. Pepi, dès lors animée par une soif de vengeance, met au point un plan : faire tomber Luci, la femme masochiste du-dit policier, dans les bras de son amie, la rockeuse lesbienne Bom.
Un Rape & Revenge follement irrevérencieux
La seule lecture de ce synopsis donne une idée du ton ouvertement transgressif de cet OVNI anarchique et libertin. Cet esprit n’est pas sans rappeler ce que faisait John Waters… 10 ans plus tôt. C’est là tout le souci de Pedro Almodóvar au-delà des aficionados madrilènes de la Movida : en 1980, son envie d’exploser simultanément la bien–pensance et les codes cinématographiques apparait, aux yeux des spectateurs à l’internationale, comme un projet de cinéma quelque peu daté. Mais il ne faut pas oublier que, lorsque Franco meurt en 1975, la libération sexuelle qui a secoué les Etats-Unis et une partie de l’Europe près de dix ans plus tôt, reste encore une utopie, et une source de frustration, en Espagne. Almodóvar ne fait que mettre en image l’explosion des mœurs qu’a traversé, de façon déchaînée et désorganisée, son pays en parallèle de sa transition démocratique. Avec un scénario initialement pensé pour être celui d’un roman-photo, son film s’apparente à une succession de saynètes qui, chacune, explosent un tabou de la société traditionaliste : drogue, travestissement, musiques alternatives, et tout un beau panel de pratiques sexuelles dites « non conventionnelles ».
Au-delà d’indéfendables violences conjugales, d’un concours d’érections (dont l’organisateur est incarné par Almodóvar lui-même… et oui, c’est bien lui derrière cette épaisse moustache so queer !) et d’une inoubliable scène de golden shower, ce qui apparait ici comme le plus outrancier est sans doute cette direction artistique bariolée joyeusement kitsch qui deviendra un leitmotiv dans les œuvres suivantes du réalisateur. Les looks improbables des jeunes acteurs et actrices, et en particulier l’épais maquillage de ces dernières, pourraient apparaitre comme des accidents industriels mais sont en réalité autant de marques de ce mauvais goût qu’apprécie tant l’ami Pedro. Une improbable imagerie qui colle parfaitement à l’absurdité des situations puisque les pulsions sexuelles de ces femmes sont automatiquement poussées à leur paroxysme jusqu’à en faire le prétexte à des gags graveleux et surréalistes… mais pas toujours drôles.
« Ce n’est ni un film réaliste, ni une analyse de mœurs, ni un portrait de la société. Encore qu’il cadre bien avec un certain type de gens désinvoltes que l’on rencontre à Madrid, tout à fait superficiels et qui semblent naviguer dans la fiction. » (Pedro Almodóvar)
On pourrait naïvement croire que ce film amateur a été tourné en quelques jours avec trois bouts de ficelles, mais apprendre qu’il a fallu des mois à Almodóvar pour en réunir le budget pas moins d’un an et demi pour tourner toutes les scènes donne une perspective nouvelle à son travail. Difficile alors de ne pas voir dans la décoration de l’appartement de Pepi les nombreux clins d’œil à la culture américaine (de Superman à Rocky III) qui apparaissent comme une preuve que le cinéaste madrilène ne limite pas ses références à d’obscures productions undergrounds. De plus, et même si cette dimension est terriblement brouillonne, les tentatives de mise en abyme, avec notamment une idée traitée de façon parfaitement stérile de film dans le film, prouvent bien qu’Almodóvar avait déjà de véritables appétences cinématographiques. Celles-ci ne s’exprimeront en fin de compte qu’à travers des parodies grivoises de publicités interprétées par Cecilia Roth (future héroïne de Tout sur ma mère), qui certes prêtent à sourire mais n’apportent, pour ainsi dire, rien au film. Un exercice de détournement qu’il réitérera avec davantage de finesse dans ses films suivants.
Il parait qu’aujourd’hui encore, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier conserve, dans certains milieux espagnols, un statut de film culte – pour ne pas dire « d’objet fétichiste ». Il faut admettre que le voir être régulièrement qualifié d’obscène par les défenseurs de la bien-pensance, justifie le caractère subversif qui a fait sa réputation. Ne pas apprécier l’esthétique amateure et tape-à-l’œil et moins encore les digressions libidinales les plus grossières auxquels se livrent les personnages reste compréhensible. Et l’assimilation entre violences conjugales et fantasmes masochistes est légitimement condamnable (encore que, à l’heure où 50 nuances de Grey et sa suite sont devenus les parangons de l’érotisme mainstream, la question semble actée). Il serait toutefois dommage de passer à côté du regard plein de bienveillance que Pedro Almodóvar pose sur ces marginaux désireux de vivre pleinement et librement leur sexualité sans se soucier du jugement des autres. D’ailleurs, à la vue de son portrait déformant de la contre-culture et du besoin d’émancipation des femmes, la jouissance individuelle apparait comme l’unique valeur viable, en opposition directe au passéisme lugubre qu’incarne ce policier nostalgique du franquisme.
Peu importe si l’ensemble manque de charme et de cohérence dramaturgique, ce film amateur n’en reste pas moins l’émergence d’un cinéaste capable de s’entourer d’artistes de talent et dont les principales obsessions, à commencer par les amitiés féminines, étaient déjà en phase de gestation. Mieux vaut tout de même éviter de le regarder en famille.
Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier : Bande-annonce
Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier : Fiche technique
Titre original : Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Scénario : Pedro Almodóvar
Interprétation : Carmen Maura (Pepi), Alask (Bom), Eva Siva (Luci), Félix Rotaeta (le policier et son frère jumeau)…
Photographie : Paco Femenia
Montage : José Salcedo
Musique : Alaska y los Pegamoides
Maquillage : Juan Farsac
Production : Pepon Coromina, Pastora Delgado, Ester Rambal…
Genre : Comédie
Durée : 77 minutes
Date de sortie : 31 octobre 1990 Espagne – 1980
C’est un peu la nouvelle mode sur les réseaux sociaux et la blogosphère. Après la psychose du spoiler, voici venu la dénonciation généralisée du « Whitewashing ». Depuis quelques mois, il semble qu’il n’y ait pas une semaine qui passe sans que Hollywood soit mis au banc des accusés pour ce délit qui semble impardonnable. La Grande Muraille l’année dernière, aujourd’hui Ghost in the Shell, Death Note et Iron Fist.
Les studios américains sont vraiment incorrigibles ! Heureusement qu’internet est là pour redresser les torts et prouver une fois de plus sa grande ouverture d’esprit en pointant du doigt les vrais problèmes de fond. Sauf que sur internet il peut se passer tout et n’importe quoi, et même les débats les plus sérieux peuvent prendre des tournures parfois ridicules.
Mais qu’est-ce que le « Whitewashing »…
…me demandez-vous ? C’est à la fois simple et compliqué. Au sens littéral, le « blanchiment » est la mauvaise habitude qu’a Hollywood de mettre dans des rôles normalement typés (comprendre « non-blanc », sans idéologie raciste) des acteurs tout ce qu’il y a de plus blanc. Par exemple John Wayne en Genghis Khan dans Le conquérant de Dick Powell (1956) ou plus connu encore Mickey Rooney grimé en japonais hystérique dans Diamants sur canapés de Blake Edwards et Elizabeth Taylor en Cléopatre dans le film de Mankiewicz/Mamoulian/Zanuck. Deux rôles qu’il aurait été plus judicieux de confier à des acteurs du type ethnique concerné, plutôt que de laisser le film tomber dans la caricature ou la fantaisie totale. Au sens plus large, c’est aussi la propension qu’a le cinéma américain de placer partout des acteurs blancs dans les rôles principaux même quand leur présence n’est pas nécessaire. C’est ainsi que nous, spectateurs, levons un sourcil circonspect devant un Keanu Reeve paumé en plein Japon médiéval dans 47 Ronin ou Mark Strong jouant le terroriste arabe dans des films à gros budget, alors que les deux sont tout ce qu’il y a de plus occidental.
L’effet néfaste c’est que du coup les acteurs qui ne correspondent pas trop au type caucasien ont parfois du mal à se faire une place dans le milieu du cinéma. Ou alors ils se retrouvent cantonnés à des rôles justement trop caricaturaux, bloqués dans des stéréotypes qui ont la vie dure. Le black doit être rigolo ou forte tête, l’asiatique geek ou expert en arts martiaux et pétri d’une sagesse ancestrale etc… Les studios argumentent ainsi que les « minorités » ont droit à plus de visibilité, mais il faut voir la place qu’on leur réserve. C’est ainsi que Jackie Chan claquera la porte d’Hollywood au début des années 2000, blasé d’être cantonné au même rôle de chinois maladroit et fun faisant des galipettes bien en dessous de son véritable niveau. La « discrimination positive » ne règle absolument pas le problème puisque les types ethniques se retrouvent cantonnés à des rôles qui leur sont prédéfinis. De plus, si les acteurs blancs semblent avoir toute latitude pour s’approprier n’importe quel rôle (comme Jake Gyllenhaal dans Prince of Persia), l’inverse est beaucoup (beaucoup) plus rare.
Deux poids, deux mesures…
Imaginez la levée de boucliers si une actrice comme Luputa Nyong’o était embauchée pour jouer Jeanne d’Arc ? Où Rinko Kikuchi pour jouer Jackie Kennedy ? On nous rétorquerait que ce serait une insulte à l’Histoire. Et pourtant on voit Christian Bale jouer Moïse et Joel Eggerton interpréter Ramsès dans Exodus de Ridley Scott. Ou encore le danois Nikolaj Coster Waldau (Game of Thrones) qui se prend pour Horus dans Gods of Egyptd’Alex Proyas. Tout cela devient vite ridicule, mais c’est pourtant la réalité. Il y a un véritable problème quand les petits enfants blancs du monde entier semblent avoir le droit de s’identifier à toutes les figures légendaires et tous les personnages qu’ils souhaitent, quand les autres doivent encore attendre leur tour ou se rabattre sur des personnages qui n’ont pas été créés pour eux en premier lieu.
Si nous vivions dans un monde parfait, il suffirait de pointer du doigt le problème et le cinéma se mettrait au diapason. Plus de rôles diversifiés pour tout le monde, quel que soit son origine ou sa couleur de peau. Malheureusement il existe un pendant opposé aux défenseurs d’un cinéma cosmopolite. Aux scandales du whitewashing s’opposent également des polémiques effrayantes sur le choix de tel ou tel acteur dans des rôles clés de films grand public. Des « fans » pour qui l’apparition d’un acteur typé apparaît comme un affront bien plus grand à leur imaginaire que la sur-représentation des blancs.
Florilège rapide de quelques-unes de ces absurdités : Pour le film Thor, certains ont pointé du doigt la présence d’Idris Elba dans le panthéon de dieux nordiques représentés (Heimdall gardien du bifrost) même si, d’une, la divinité du personnage devrait lui permettre d’avoir la couleur qui lui plait et, de deux, les vikings étant explorateurs il est tout à fait probable qu’ils aient eu connaissance de l’existence d’autres types ethniques (donc un dieu noir symbolisant le voyage et l’évasion… tout un symbole!). Rebelote pour Hunger Games quand Amandla Stenberg (Rue) est castée dans un rôle pourtant explicitement décrite avec « une peau sombre » dans l’œuvre originale. Et plus récemment Star Wars IV a fait son petit effet en mettant l’acteur noir John Boyega dans le rôle d’un Stormtrooper renégat. Le plus effrayant c’est que de ce côté, les exemples ne manquent pas et la stupidité de certains « fans » laisse pantois. Aussi l’on devrait se réjouir de voir une bonne partie du public prendre à cœur le problème et tenter d’ouvrir les consciences.
Les limites du discours
Mais comme on dit souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et parfois la dénonciation peut se transformer en chasse aux sorcières, avec ses petits couacs gênants. Revenons donc à Ghost in the Shell. L’argument principal des détracteurs du film est donc que l’adaptation d’un manga se doit de prendre comme actrice principale une Japonaise. Soit, l’argument peut être valide. Mais est-ce vraiment par pur racisme ou par simple mercantilisme que les producteurs ont choisi Scarlett Johansson ? Ne serait-ce pas plutôt parce qu’elle s’est fait une place dans le milieu très masculin de la science-fiction avec Under the Skin et Lucy (qui malgré ses qualités discutables a fait péter le box-office international) ? Donc pour l’instant, qu’on le veuille ou non, Scarlett Johansson est pour Hollywood le visage du cyberpunk et dans un autre contexte on devrait se réjouir qu’une actrice puisse en 2017 porter sur ses épaules un film d’action à gros budget. Et puis si l’on creuse un peu, taxer le film de faire du whitewashing c’est aussi méconnaître la culture manga, qui a tendance à occidentaliser ses figures à outrance (l’acolyte Batou ressemble beaucoup à Shwarzenegger et Dolph Lungren dans l’œuvre originale) tout en niant l’idéologie cyborg qui dépasse les considérations physiques et les clivages raciaux (en plus il parait que le sujet est abordé dans le film mais chut !)… on s’éloigne un peu du sujet. En vérité la solution la plus intelligente aurait peut être été de choisir une actrice noire, mais pas sûr que cela aurait calmé les fans.
Death Note, produit par Netflix, peut éventuellement faire office de cas d’école ici. Voilà un film taxé, après un petit trailer de 1 minute, de verser dans le whitewashing pour à peu près les mêmes raisons que Ghost in the Shell : adapté d’un manga culte, le film met en scène un jeune américain blanc au lieu d’un japonais (rappelons quand même que le manga a eu droit à trois films au Japon avec un casting entièrement du cru). Là où l’argumentaire coince, c’est que les détracteurs du film ont oublié de signaler la présence dans le film d’un acteur afro-américain, Keith Stanfield, vu dans State of Grace et Selma. Celui-ci interprétant rien de moins que le rôle de l’adversaire principal du héros, le brillant et autiste détective L (autant dire qu’on est loin de l’éternel sidekick rigolo). Non seulement c’est culotté, mais en plus ça grippe tout de suite un argumentaire qui a eu un peu trop tendance à se mécaniser (blanc à l’affiche d’une adaptation = whitewashing). Allons-nous commencer à parler de « blackwashing »? Soyons sérieux…
Nous pourrions également reparler d‘Iron Fist, qui pose le même problème que les deux exemples précédents. Nous simplifieront ainsi : qui est finalement le plus raciste ? Hollywood qui caste des acteurs blancs dans tous les coins ? Ou ses détracteurs qui préfèrent finalement voir les acteurs asiatiques cantonnés à des rôles qu’ils supposent fait juste pour eux ? Pourquoi un expert en art martiaux dans une série ne pourrait pas être blanc ? Qu’est ce qui empêche une femme blanche d’être une cyborg dans un Tokyo futuriste ? Pourquoi le cahier de la mort ne pourrait pas tomber sur le coin de la tronche d’un ado américain WASP ?
Il y a sûrement des torts des deux côtés et peut-être que la solution serait finalement d’arrêter de parler du problème et de cesser de se concentrer sur la couleur de peau pour se focaliser sur autre chose comme, au hasard, le jeu d’acteur… C’était plus ou moins la proposition faite par les Wachowski dans Cloud Atlas, où des blancs se retrouvaient à jouer des Coréens, des Coréennes et des noires jouait des blanches, des hommes jouaient des femmes etc… Sauf qu’on aura plus commenté la qualité, parfois discutable, des maquillages que le véritable propos artistique. Et en plus le film a fait flop… donc ce n’est pas ça qui va convaincre Hollywood.
Et si on avançait un peu
Le cinéma américain n’est pas aussi sourd au problème qu’on le dit. Il arrive que certains films s’en amusent et pointent frontalement le côté aberrant de ses représentations caricaturales. Et parfois même avec succès comme le fit Ben Stiller avec Tonnerre sous les tropiques en inventant le personnage grotesque de Kirk Lazarus (Robert Downey Jr.), acteur multi-récompensé qui se fait une opération chirurgicale afin de récupérer le rôle du sergent noir (une des meilleures idées de la comédie américaine depuis longtemps). Il ne serait également pas trop tard pour redécouvrir le cinéma de Spike Lee. Oublier les piques qu’il a envoyées à Tarantino qui l’on rendu indésirable dans les cercles cinéphiles et se rendre compte qu’il est sûrement celui qui a le mieux dépeint les relations ethniques au sein de l’Amérique contemporaine, questionnant constamment l’image renvoyée par la culture de masse. Et tant qu’à faire redécouvrir Bamboozled, l’un des films les plus intelligents sur la question du whitewashing (aussi le meilleur rôle de Damon Wayans), et paradoxalement l’un de ses moins connus. Tout ça pour dire que la question ne date pas d’hier, mais elle semble avoir pris dernièrement des proportions délirantes.
Au final notre responsabilité n’est peut-être pas de dénoncer le trop plein de « blancs » au cinéma mais peut-être plutôt d’encourager les castings cosmopolites tout en s’opposant aux réactions stupides qui peuvent agiter la twittosphère (que l’on a un peu trop tendance à écouter). Arrêter également de juger les films sur de simples suppositions à partir de bandes annonces disparates mais attendre la sortie du film pour le juger dans son entièreté. Hollywood n’a qu’une seule philosophie, son propre profit, aussi si nous arrivons à convaincre les producteurs qu’un film avec un casting multicolore peut être aussi rentable (si ce n’est plus) qu’un film estampillé « white people approve », alors probablement qu’ils changeront leur fusil d’épaule. Qui sait peut être que le nouveau film Power Rangers changera la donne… Ou pas.
Alors bougeons-nous, arrêtons de distribuer des mauvais points et commençons à chercher les bons (personne n’a parlé de Will Smith en Deadshot, personnage à l’origine blanc, dans Suicide Squad ? ) car comme le disait l’oncle Walt : « Vivre sa vie en couleur, c’est le secret du bonheur ! ».
Les sorties à venir avec votre agenda cinéma du mois d’avril 2017 : Life Origine Inconnue, Gold de Stephen Gaghan avec les têtes d’affiche Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard et Edgar Ramírez, Cessez-le-feu d’Emmanuel Courcol avec Romain Duris, Corporate de Nicolas Silhol avec Céline Sallette, Lambert Wilson…
En mars on a pu voir le retour des adaptations à gros budget avec Logan, La belle et la bête, Kong: Skull Island et Ghost In The Shellqui ont bien entendu occupé chacun à leur tour le podium des entrées cinéma en France. Le printemps est là avec sa nouvelle cargaison de blockbusters américains aux budgets faramineux, et le mois d’avril n’est pas en reste. Et des adaptations, Hollywood en a encore beaucoup dans ses tiroirs, ce mois-ci encore, des franchises à succès avec le retour de Fast And Furious pour un 8ème opus réalisé par F. Gary Gray, l’homme derrière Straight Outta Campton. Mais c’est également le retour tant attendu des antihéros les plus célèbres des studios Marvel : Les Gardiens de la Galaxie 2 réalisé encore une fois par James Gunn. En face d’eux on pourra trouver dès le 5 Avril les Power Rangers pour un 3ème film au cinéma. Pourtant face à ces mastodontes, vous avez peut-être raté quelques sorties à venir.
L’homme aux mille visages de Alberto Rodriguez : Le 12 Avril.
Originellement Smoke & Mirrors (ou El hombre de las mil caras de l’autre coté des Pyrénées) cette production espagnole nous présente Francisco Paeso, fameux agent des services secrets espagnol ayant été au cœur d’un gigantesque scandale de corruption au sein du pays durant les années 90. Tiré d’une histoire vraie, le film se veut être un récit d’espionnage et de manipulations à travers le monde. Avec une image numérique millimétrée à la Fincher, tout est là pour offrir un thriller intense.
Life de Daniel Espinosa : Le 19 Avril.
Si l’humanité entre un jour en contact avec une forme de vie extérieure à la terre, la rencontre risque d’être fort moins glamour que ce que le cinéma et la pop culture en général nous ont toujours montré. Dans Life, pas de vaisseaux gigantesques, pas de rayon destructeur, pas de message de paix. Seulement une forme de vie simple, rapportée de mars pour être étudiée dans la station spatiale internationale. Une forme de vie qui se développe. Avec un casting plutôt sympathique (Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson et Ryan Reynolds notamment) le film qui, sans être passé inaperçu n’a tout de même pas fait beaucoup de bruit, risque fort de s’avérer être la bonne surprise du mois en terme de box-office (on vous déconseille la seconde bande annonce sortie qui en dit beaucoup trop sur l’histoire).
Django de Etienne Comar : Le 26 Avril.
Il est des musiciens qui à eux seuls peuvent définir un style entier : Ray Charles pour la Soul ou James Brown pour le Funk en sont des exemples. Django Reinhart en fait partie. Ce guitariste français est à l’origine du jazz manouche et est l’un des plus influents de l’histoire du jazz en général. Le tout avec 2 doigts amputés à la main gauche s’il vous plaît. Le film raconte son histoire durant la seconde guerre mondiale où il va essayer de fuir la France, se sentant menacé par le régime en place. Avec Reda Kateb (Un Prophète, Hippocrate…) dans le rôle-titre pour un film historique et musical sur l’un de ceux qui ont forgé la musique moderne.
Votre Agenda des films au cinéma durant le mois d’Avril 2017
Films sortis en salle le mercredi 5 avril :
Power Rangers de Dean Israelite
À bras ouverts de Philippe de Chauveron
Les Schtroumpfs et le village perdu de Kelly Asbury
Corporate de Nicolas Silhol
La Consolation de Cyril Mennegun
Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette
United States of Love de Tomasz Wasilewski Les Mauvaises herbes de Louis Bélanger
Parfaites de Jérémie Battaglia
L’Ecole des lapins de Ute von Münchow-Pohl
La Vengeresse de Bill Plympton , Jim Lujan
Les Sauteurs de Moritz Siebert, Estephan Wagner
Heis (Chroniques) de Anaïs Volpé
Films en salle le mercredi 12 avril :
Fast & Furious 8 de F. Gary Gray
Bienvenue au Gondwana de Mamane
Boule & Bill 2 de Pascal Bourdiaux
C’est beau la vie quand on y pense de Gérard Jugnot
Un Profil pour deux de Stéphane Robelin
The Young Lady de William Oldroyd
A voix haute – La force de la parole de Stéphane De Freitas
La jeune fille et son aigle de Otto Bell
Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud
L’Homme aux mille visages de Alberto Rodriguez
La Belle Occasion de Isild Le Besco
Pas comme des loups de Vincent Pouplard
Lettres de la Guerre de Ivo M. Ferreira
Mauvais élèves de Nicolas Ubelmann, Sophie Mitrani
Le Conte des sables d’or de Frederic Guillaume, Samuel Guillaume
Gilles Clément, Le Jardin en mouvement de Olivier Comte
Films en salle le mercredi 19 avril :
Life – Origine Inconnue de Daniel Espinosa
Sous le même toit de Dominique Farrugia
Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol
Mes vies de chien de Lasse Hallström
Les Initiés de John Trengove
L’Eveil de la permaculture de Adrien Bellay
Retour à Forbach de Régis Sauder
L’Affranchie de Marco Danieli
Glory de Kristina Grozeva, Petar Valchanov
Jonction 48 de Udi Aloni
Zeitgeist Protest de Christophe Karabache
Nostos de Sandrine Dumas
Kombissiri de René Letzgus
Gold de Stephen Gaghan à qui nous devons notamment Syriana avec Matthew McConaughey, Edgar Ramirez et Bryce Dallas Howard.
Films en salle le 26 avril 2017 :
Les Gardiens de la Galaxie 2 de James Gunn (II)
Django de Etienne Comar avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya
Le Procès du siècle de Mick Jackson
Jour J de Reem Kherici
La Colère d’un homme patient de Raúl Arévalo
Aurore de Blandine Lenoir
La Morsure des Dieux de Cheyenne Carron
À mon âge je me cache encore pour fumer de Rayhana Obermeyer
Noma au Japon : (Ré)inventer le meilleur restaurant du monde de Maurice Dekkers
La Papesse Jeanne de Jean Breschand
Mister Universo de Tizza Covi, Rainer Frimmel
One kiss de Ivan Cotroneo
Sortie en DVD & Blu-ray ce samedi 1er avril de Forsaken, retour à Fowler City qui suit le retour d’un soldat et pistolero en repentance interprété par Kiefer Sutherland chez son père pasteur joué par son daddy Donald.
Synopsis : En 1872, John Henry Clayton, ancien tireur d’élite, retourne dans sa ville natale de Fowler, dans le Wyoming, pour tenter de renouer les liens avec son père, le révérend Clayton. Mais un bouleversement majeur est en cours, l’arrivée d’une voie de chemin de fer dans cette petite ville tranquille. Un gang terrorise, alors, les fermiers qui refusent de vendre leurs terres. John Henry est le seul à pouvoir les arrêter, mais son père ne veut pas que son fils replonge dans une vie de violence.
Gueule cassée en repentir pour Kiefer
En ce début de mois d’Avril, nous ne l’attendions pas… D’ailleurs, plus personne ne l’attendait en 1872. Jack Bauer… Oups, John Henry Clayton était devenu une légende de l’Ouest comme il y en a tant eu, de Billy The Kid à Butch Cassidy. Mais après avoir vécu les horreurs de la guerre de sécession, puis avoir tué, notamment des innocents, John Henry est fatigué, usé par sa propre violence à l’instar du personnage éponyme du récent Logan. Tel William Munny au début d’Impitoyable, le personnage a raccroché les armes et veut mener une vie paisible. Il revient alors chez lui, où son père, le bon vieux pasteur, prêche la bonne parole et rumine contre son fils qui a su sombrer dans la violence. Fils tant appelé par sa femme sur son lit de mort, mais qui n’était pas là pour la soutenir, à l’inverse du père qui l’a vu « s’en aller » dans ses bras.
Une histoire de l’Ouest déjà connue
Kiefer revient donc chez lui, mais Donald est en colère contre son fils, toutefois, jusqu’à un certain point, car Donald a des soucis avec des mercenaires qui servent les intérêts des voies de chemins de fer. Celles-ci désirent passer sur le terrain du pasteur qui ne veut rien lâcher. On aurait pu se dire que le film aller facilement vaciller dans le Revenge movie après un probable assassinat du paternel. Eh bien non : le personnage de John Henri tentera de se repentir jusqu’au bout. Jusqu’à un certain point du moins. Et là, le père le soutiendra plus ou moins, mais surtout le pardonnera, et se repentira lui-même à travers le fils. En bref, Forsaken est une affaire de famille abimée en reconstruction, et c’est aussi une histoire de l’ouest comme on l’a déjà vu dans La Petite Maison dans la Prairie à la télévision, et au cinéma dans Pale Rider (où l’enjeu est des concessions d’or qu’une bande au service du fondateur de la ville veut obtenir à force de harcèlements et violence), en passant par l’épopée de La Conquête de l’Ouest. Qu’apporte donc le film ici ?
Star system dans l’Ouest
N’y allons pas avec le dos de la cuillère, Forsaken est un film qui joue énormément sur le star system. Voir le duo père-fils Sutherland réunis à l’écran est attractif. Le reste du casting n’est pas non plus pour rien dans l’attraction du titre : Brian Cox en Big Boss des Bad Guy, Demi Moore (qui n’est plus que l’ombre d’elle-même), et Michael Wincott (Alien 4, The Crow) qui interprète avec beaucoup de pudeur le surprenant Gentleman Dave Turner. Mais si le casting peut attirer, on pourra parfois remettre en cause la performance de certains acteurs lors de certains moments ridicules. Un exemple : Kiefer le bien-aimé se retient de s’énerver et de répondre à une question (et un affront), ainsi il met son chapeau d’une telle manière qu’on pourrait penser que l’acteur a perdu un pari de bar. Ou encore, lorsque son père, le bon révérend Donald, pleure un bon coup, la question se pose : peut-on être autre chose que pantois et gêné à ce moment ?
Rassurez-vous, les acteurs tiennent très bien la route sur l’ensemble du long métrage. Même l’ombre de Demi Moore, soit la moitié de l’actrice (vive la blague), contribue par son essence d’ombre à renforcer son personnage qui a accepté sa vie sans son grand amour, et qui la poursuit simplement. Kiefer Sutherland – le beau, le grand, le génial – saura vous toucher et peut-être même faire couler une petite larme.
« Pale Rider à L’Assassinat de Jesse James, j’écoute »
On regrettera que le récit ne tourne pas mal, mais avec recul, cette fin déjà vue et attendue aurait rendu l’ensemble incohérent. M’enfin celle-ci laissera un goût de rejet acide répondant au nom de « happy end ».
Quant à la forme du récit, que ceux qui s’attendent à un torrent de violence après avoir été excités par le visuel du Blu-ray prennent un temps de pause avant de passer à la caisse, et lisent attentivement ce qui suit. Le film, à l’image des motifs et éléments de l’histoire, se place dans la veine de Pale Rider et L’Assassinat de Jesse James. Attention, les deux films sont cités avec attention, il n’est pas dit ici que Forsaken est leur digne héritier. Loin de là hélas, mais le long métrage signé par Jon Cassar se veut contemplatif, posé, émouvant. L’action se veut rapide et brute. D’ailleurs elle n’est pas ce qu‘il y a de plus intriguant, les causes et le suspense du tir (ou non), l’avant-tir donc et surtout l’après avec ses conséquences est intéressant. Quant à la reconstitution et à la production, le tout fonctionne très bien. La première est plutôt crédible et soignée : pas de Demi Moore proprette et maquillée telle Nathalie Portman dans Jane Got A Gun ; et Kiefer porte bien le visage mal rasé. Par rapport à la seconde, les espaces naturels et artificiels du Western sont bien présents : de la forêt et des montagnes au village poussiéreux tout de bois construit ou presque.
Sur le Blu-ray
Enfin on peut dire que l’image Blu-ray s’en sort formidablement, idem pour le son. Les espaces filmés alliés à la bonne photographie resplendissent. On regrettera le manque de bonus. En effet, vous n’aurez le droit qu’à l’éternelle courte featurette (d’une durée de 11 minutes et 32 secondes) estampillée « Making of », et à des bandes-annonces de chez Universal qui distribue le film en France.
Forsaken, retour à Fowler City : Bande Annonce
Caractéristiques techniques du DVD :
Image : 2.40:1 – 16/9
Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien Dolby Digital 5.1
Sous Titres : Anglais (sourds et malentendants), Espagnol, Français, Allemand, Néerlandais
Durée : 1h26
Caractéristiques techniques du Blu-ray™:
Image : 2.40:1 – 16/9
Audio : Anglais DTS HD Master Audio 5.1, Espagnol, Français, Allemand, Italien DTS Digital Surround 5.1
Sous Titres : Anglais (sourds et malentendants), Espagnol, Français, Allemand, Néerlandais
Durée : 1h29
Bonus DVD et Blu-ray™: making of
Forsaken, retour à Fowler City : Fiche Technique
Réalisation : Jon Cassar
Scénario : Brad Mirman
Interprétation : Kiefer Sutherland, Donald Sutherland, Jonny Rees, Aaron Poole, Michael Wincott, Brian Cox, Demi Moore
Direction artistique : Kathy McCoy
Décors : Ken Rempel, Erik Gerlund
Costumes : Christopher Hargadon
Photographie : René Ohashi
Montage : Susan Shipton
Musique : Jonathan Goldsmith
Producteurs : Kevin DeWalt, Gary Howsam, Bill Marks, Josh Miller, Isabella Marchese Ragona
Production : Minds Eye Entertainment, Rollercoaster Entertainment, Vortex Words + Pictures, Panacea Entertainment, Moving Pictures Media
Distribution : Momentum Pictures (USA), Universal Studios (France)
Date de sortie : 16 septembre 2015 (Toronto International Film Festival) ; 25 septembre 2015 (Zurich Film Festival) ; 19 février 2016 (USA) ; 01 avril 2017 (FR – Direct-to-DVD & Blu-ray)
Genres : Drame, Western