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Nos Patriotes, un film de Gabriel Le Bomin : Critique

Nos Patriotes aurait pu être intéressant dans son sujet rarement traité. Or, le ton que choisit Gabriel Le Bomin demeure bien trop faux et fade pour nous attirer complètement. 

SynopsisAprès la défaite française de l’été 1940, Addi Ba, un jeune tirailleur sénégalais s’évade et se cache dans les Vosges. Aidé par certains villageois, il obtient des faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l’occupant et qui ne se nomment pas encore « résistants », il participe à la fondation du premier « maquis » de la région.

Gabriel Le Bomin se limite à un portrait honnête mais banal là où il aurait pu rendre hommage de manière puissante à un homme exceptionnel. Marc Zinga interprète brillamment le rôle d’Addi Bâ, tirailleur sénégalais qui refuse de rejoindre la zone libre pour rester combattre avec ceux qu’on appellera plus tard les Résistants. Déjà remarqué par ses justes interprétations dans Dheepan ou La Fille inconnue dernièrement, il est véritablement le point fort du film, celui qui fait que l’on reste dans la salle et que l’on est par moment pris dans les actions. Dès le début du film, on y est d’ailleurs brutalement plongé lorsque les tirailleurs doivent jouer des scènes de guerre devant les caméras. Pour les besoins d’un film de propagande, on leur fournit des fusils non chargés pendant que les Allemands devront réellement leur tirer dessus. Le film s’ouvre sur cette séquence déroutante qui plante le décor et installe l’ambiance immédiatement pour s’achever aussi tragiquement. Entre les deux, peu de panache… Le film devient rapidement un documentaire sur l’homme plutôt qu’une réelle fiction bouleversante. La vérité est très importante à montrer sur cet aspect peu connu de la Résistance mais l’oeuvre cinématographique n’en reste pas moins importante : elle est ici très décevante. L’histoire qui connaît pourtant quelques actions et rebondissements devient rapidement lassante dans son récit et le courage des résistants n’est mis en valeur qu’à la fin. Dommage pour cette partie de l’Histoire qui mériterait bien des médailles et des odes, dont on parle trop peu.

Si l’on peut reprocher au film de manquer de force et d’émotion, on ne peut pas critiquer la sobriété de la mise en scène qui met nettement en avant la nature vosgienne. Les plans appellent à la liberté, à l’air pur et libre dont ce pays en guerre poursuit encore la quête. La peur et le sentiment d’être enfermés dans des terres qu’ils ne contrôlent plus sont vraiment bien contrastés avec les forêts où le vent souffle et desquelles on peut voir l’horizon. Mais cette nature est représentée comme une délivrance en gardant des couleurs sombres et obscures montrant que la domination est bel et bien présente et qu’il y aura des jours noirs avant d’être libre. Ce besoin d’évasion, on le trouve aussi dans les rôles secondaires féminins avec Alexandra Lamy qui est la première à aider le tirailleur à se cacher, et Louane Emera, que l’on retrouve encore à vélo après La Famille Bélier. Si ce dernier lui avait valu un César, peu de chance ici de la voir triompher d’une quelconque récompense. Le film donne l’impression que ces deux personnages sont là pour gagner du temps et apportent des détails qui font tourner en rond l’histoire, qui manque vite de souffle. Alexandra Lamy est convaincante dans certains moments mais très loin d’avoir le talent qu’elle possède dans la comédie, dans les films considérés comme sérieux. Le film ne trouve alors que sa puissance à la fin avec une dernière scène qui marque vivement les esprits par cette intensité enfin trouvée, mais sans doute trop tard pour faire suffisament rentrer le spectateur dans l’histoire.

Nos Patriotes : Bande Annonce

Nos Patriotes : Fiche Technique.

Réalisation : Gabriel Le Bomin
Scénario : Gabriel Le Bomin, d’après l’oeuvre de Tierno Monénembo
Interprètes : Marc Zinga, Alexandra Lamy, Louane Emera, Pierre Deladonchamps
Musique : Fabian Romer
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Costumes : Mahemiti Deregnaucourt
Producteurs : Farid Lahouassa, Aissa Djabri
Société de production: Vertigo Productions, France 3 Cinéma, La Vérité Production
Distributeur : Paname Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : historique
Date de sortie : 14 juin 2017
France – 2017

Marie-Francine, un film de Valérie Lemercier : Critique

Après l’échec de 100% Cachemire en 2013, l’humoriste élitiste et au melon disproportionné récidive dans l’amateurisme et l’éculé en nous servant, avec Marie-Francine, une comédie romantique affligeante à tout point de vue.

Synopsis : Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question…

marie-francine-helene-vincent-philippe-laudenbachTF1 production et Gaumont distribution ? L’équation est inévitable. En s’adressant à un public quinquagénaire bourgeois, il ne faut pas s’attendre à être surpris. Difficile d’éviter les clichés quand le film en est rempli et ne s’articule que sur cela. L’introduction paraît touchante avec un mari infidèle, mais dès les 10 premières minutes, le rythme s’accélère gratuitement pour imposer le retour de Marie-Francine chez ses parents, dans un appartement du 16ème, plus riche est impossible… Le spectateur ne comprend pas ou n’a pas le temps de comprendre comment une docteure émérite en biologie moléculaire n’a d’autre choix que de revenir chez papa et maman. Et le saturation est immédiate. Nous avons rarement vu un duo d’acteurs surjouant comme dans une comédie de boulevard. Hélène Vincent et Philippe Laudenbach exècrent, désespèrent et contrecarrent tout possible élan humoristique. Il n’y en a par ailleurs aucun. Le prince charmant sous les traits de Patrick Timsit, mielleux à souhait, apparaît comme un cheveu sur la soupe dans une boutique de cigarettes électroniques (pourquoi a-t-elle accepté alors qu’elle refuse catégoriquement de s’abaisser professionnellement?!) décoré au ramasse-bourrier. Deux étals et quelques babioles ne suffisent pas à faire un décor de cinéma. Le tout éclairé grossièrement pour aplatir les reliefs et sans raccord d’un plan à un autre. La réalisatrice/actrice a peut-être voulu faire une bonne action en engageant des stagiaires de troisième, jusque dans la diégèse elle-même. Où sont les décorateurs? La/le script? Le chef opérateur aussi bien? Les cadres sont aléatoires et très moches, laissant du vide ou coupant les cheveux sans parler du tremblement ou des travellings suivis inutiles… La liste est longue. La musique, sans réel mixage ni signification, est coupée brutalement 4 fois pour donner l’illusion d’une cadence, d’une mesure à des fins scénaristiques, mais n’est que vulgaire et désagréable à l’écoute. Les économies sont criantes, du budget à l’écriture. Les dialogues, creux et d’une banalité mortifère, comblent un vide abyssal. Imaginez-vous en présence d’un(e) ami(e) d’un(e) ami(e) que vous ne connaissez pas, mais avec qui vous vous sentez obligé de faire la conversation le temps que l’autre revienne des toilettes. Vous obtenez l’ordinaire etmarie-francine-patrick-timsit pathétique jeu de séduction qui ne convainc personne, ou si peut-être quelqu’un qui n’a jamais vu aucun film, vierge de toute conception affective. Aucune recherche dramatique, tout nous est balancé lourdement, du montage alterné annihilant tout effet de surprise donc, à la direction d’acteur inexistante en passant par les accessoires et décors qui intéressent plus que l’intrigue écrite en 5 minutes sur une serviette de bar usagée. Nous avons déjà vu des téléfilms sur la première chaîne plus soignés et légèrement plus captivants que cet ersatz grotesque américanisé à des fins universalis(s)ants.

La colère est grandissante, lorsque ce déchet public est financé par des pontes de l’industrie. Comment expliquer qu’en deux semaines d’exploitation, Marie-Francine a perdu la moitié des salles qui le diffusaient? Valérie Lermercier confirme la nécessité à se reconvertir et ce, très rapidement, question de santé publique. Après avoir perdu 1h40 de son temps, en voici vingt de plus pour ces lignes…

Marie-Francine : Bande Annonce

Marie-Francine : Fiche Technique

Réalisation : Valérie Lemercier
Scénario : Valérie Lermercier et Sabine Haudepin
Interprétation : Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès, Nadège Beausson-Diagne…
Image : Laurent Dailland
Décors : Emmanuelle Duplay
Costumes : Catherine Leterrier
Producteurs : Edouard Weil
Société de production : Rectangle Productions, TF1 Films Production, De l’huile
Distribution : Gaumont
Durée : 93 minutes
Genre : comédie romantique
Date de sortie : 31 mai 2017

France– 2017

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Le Vénérable W, un film de Barbet Schroeder : critique

Je ne peux que faire preuve d’humilité lorsque je découvre à quel point mon ignorance est vaste face aux grandes mécaniques du monde. Que le bouddhisme puisse s’assortir d’une idéologie raciste et mortifère, je ne l’envisageais même pas. En cela, visionner Le Vénérable W fut un choc. Mais en acquérant le savoir, j’acquiers le pouvoir, celui de ne pas me laisser aisément manipuler par des discours vénéneux que l’on retrouve de part et d’autre du monde.

Synopsis : En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

« Ne prenez pas le mal à la légère en disant :  il ne m’atteindra pas. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent, absorbant goutte par goutte, finit par se remplir du mal. » Le Dhammapada, les versets du Bouddha

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Ce n’est pas la première fois que le réalisateur suisse Barbet Schroeder décide d’explorer les multiples visages que peut prendre la haine. Le Vénérable W vient après le portrait ubuesque du Général Idi Amin Dada : autoportrait en 1974 et celui, troublant, de Jacques Vergès, l’Avocat de la terreur en 2007. Pour approcher des personnalités aussi clivantes, Schroeder ruse et use de flatteries pour pénétrer dans le giron de ces grands mégalomaniaques. Il joue lui-même un rôle. La confiance n’est pas la qualité maîtresse dans ce rapport du filmeur au filmé ; c’est un rapport de force qui se met en place entre deux volontés. Entre elles deux, le cinéma comme médium éminemment politique et comme vecteur idéologique. Pour un cinéaste, la difficulté réside à faire sienne la mise en scène, face à un personnage qui cherchera d’une manière ou d’une autre à faire du film une tribune à sa gloire. Trouver la juste distance, c’est le travail continuel mené par Schroeder dans cette « trilogie du mal ».

Le Vénérable W est constitué d’un matériau très hétérogène : à la fois archives télévisuelles, vidéos amateures prises pendant les émeutes, extraits d’entretiens menés par Schroeder et fragments de sermons donnés par le moine bouddhiste Wirathu, le vénérable W du titre. Il semble que le réalisateur ait choisi cette fois de donner la parole tout autant à son protagoniste qu’à ses détracteurs. Doit-on y voir une volonté de sa part de montrer le contexte politique agité de la Birmanie actuelle, ou une impossibilité de ne concevoir son film qu’à partir des prises de positions glaçantes de Wirathu ? Peut-être un peu des deux. Ce qui est certain, c’est que le cinéaste donne le ton dès l’ouverture en associant un extrait de discours particulièrement xénophobe de W à un verset de Bouddha prônant l’amour et la tolérance. Le montage est sans appel et l’avantage final revient bien au réalisateur : c’est bien lui qui choisit comment faire dialoguer tout ce que son personnage a bien voulu lui dévoiler. Schroeder crée dans ce film de forts effets de contrastes, bien plus qu’il ne l’avait fait dans son documentaire sur le général Amin Dada par exemple, où il suivait le dictateur dans ses déplacements en continu.

le-venerable-w-wirathu-time-magazineAvec le Vénérable W, on sent la distance entre le cinéaste et son personnage principal, comme si quelque chose en lui faisait trop peur pour être approché frontalement. Wirathu, parce qu’il est moine bouddhiste, a une aptitude impressionnante au calme et à la sérénité. A chacune de ses apparitions, le visage est impassible, dans un extrême contrôle émotionnel, sauf dans le cas, notable, d’un sermon au cours duquel le bonze perd son sang-froid suite à la publication du rapport de l’envoyée spéciale de l’ONU, Yanghee Lee qui dénonce un crime contre l’humanité envers la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas. Le moine n’hésite pas à porter atteinte à l’intégrité de la rapporteuse de l’ONU. Les vieux réflexes machistes et agressifs sont très révélateurs de l’identité du personnage. Le sourire tranquille de Wirathu apparaît soudain comme un rictus méprisant et glaçant d’un homme qui sait user de machiavélisme pour instaurer la peur et la haine de l’autre. Diviser pour mieux régner, assurément.

La banalité du mal

On le sait depuis le procès Eichmann et l’essai d’Hannah Arendt à son sujet, nul besoin d’être un monstre pour se laisser entraîner par les rouages du mal. En prenant le parti de réaliser son film sous la forme d’une enquête, à grand renfort d’entretiens et de cartes exposant la situation géopolitique de la Birmanie et en interpellant parfois le spectateur sur sa propre image de l’Islam, Barbet Schroeder engage une réflexion qui va au-delà des frontières birmanes. Pour approcher Wirathu, le réalisateur a évoqué la montée de Marine Le Pen en France et la similarité que celle-ci partagerait avec les idées du moine extrémiste. La tentative de séduction a fonctionné et W fait se joindre les extrêmes en évoquant tour à tour le contexte birman, l’Europe sous le joug du terrorisme et Donald Trump. Les discours de haine sont partout aujourd’hui, on les entend tellement que l’on finit, bon gré mal gré, par s’y habituer, anesthésiés par une violence quotidienne. C’est sans doute parce que le bouddhisme est très fortement associé à la tolérance en Occident que le Vénérable W provoque un tel électrochoc et qu’après l’avoir regardé, on ne peut que continuer à s’indigner quand on voit disparaître la compassion et l’empathie des yeux de certains. La petite voix bouddhiste nous rappelle sans cesse à notre devoir d’humanité. Elle est présente tout au long du film et associée à des ralentis silencieux qui permettent de s’éloigner un temps du bruit et de la fureur :  « le Bouddha se situe souvent au-delà du bien et du mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du mal. »

Le Vénérable W : bande annonce

Le Vénérable W : fiche technique

Réalisateur : Barbet Schroeder
Scénario : Barbet Schroeder
Interprétation : Bulle Ogier (petite voix bouddhiste), Barbet Schroeder (narrateur), Ashin Wirathu (lui-même)
Musique : Jorge Arriagada
Photographie : Victoria Clay-Mendoza
Montage : Nelly Quettier
Producteurs : Lionel Baier, Margaret Ménégoz, Olivier Père
Distribution : Les Films du Losange
Récompenses : Cannes 2017 – séance spéciale
Durée : 90 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 7 juin 2017
France, Suisse – 2017
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Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents, un film de Stina Werenfels : critique

Il n’est pas encore trop tard pour que les Happy Few parisiens (le film sort dans 2 salles) aillent découvrir Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents de Stina Werenfels, une fiction comportant une réflexion intéressante sur les droits et la liberté des personnes handicapées, notamment dans leur dimension sexuelle, un sujet encore bien tabou sur nos écrans.

Synopsis : Alors que sa mère décide de ne plus lui administrer de médicaments, Dora, jeune handicapée mentale de dix-huit ans, commence à s’épanouir. Mais quand Dora découvre sa sexualité, sa lutte pour son indépendance devient de plus en plus risquée. Au grand dam de sa mère, Dora a une relation sexuelle spontanée avec un homme ambigu, évidemment épris de cette sensualité décomplexée. Comme cette rencontre se mue en liaison secrète, les parents de Dora se battent pour protéger leur enfant vulnérable… Rude, cru, organique, Dora s’inscrit dans une réalité sans filtre. Aux antipodes du reportage sociologique, le film s’appuie sur le jeu exceptionnel des comédiens

Dora la Sexploratrice

La thématique choisie par la cinéaste suisse Stina Werenfels fait partie de ces tabous cinématographiques, un terrain miné où peu de monde souhaite s’aventurer : l’amour et la sexualité des handicapés. Trop peu et on tombe dans le sentimentalisme ; trop, et c’est le voyeurisme qui guette. Yolande Moreau a réussi à susciter l’émotion avec son Henri, où le handicapé trouve à la fois l’amour et le sexe, de même Ben Lewin avec The Sessions et sa très sexy travailleuse du sexe (Helen Hunt) qui vient en aide d’un homme totalement paralysé; Jean-Pierre Sinapi a quant à lui choisi la voie de la comédie avec son Nationale 7, un récit tordant des échappées sauvages de  quelques handicapés d’un foyer qui réussissent à s’encanailler avec des prostituées le long de la route chère à Charles Trénet. Ces films nous obligent à confronter le droit à la pratique sexuelle des personnes à mobilité réduite, voire très réduite.

dora-nevrose-sexuelle-parents-stina-werenfels-film-critique-rue-lars-eidinger-victoria-schulzDans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents (un sous-titre ambivalent qui déplace à tort le focus sur les personnages des parents), la protagoniste Dora (Victoria Schulz, explosive) est une jeune fille plutôt svelte, mais atteinte d’un handicap mental l’obligeant à suivre un traitement médical lourd, proche de la camisole chimique. Filmé en caméra subjective, son univers se compose d’un flou généralisé entrevu par ses paupières à peine entrouvertes, et son moyen de communication se réduit à des borborygmes incompréhensibles. Sa mère décide alors unilatéralement d’arrêter complètement les médicaments, pour, dit-elle, apprendre à connaître la vraie personnalité de Dora. La scène suivante retrouve Dora célébrant en famille ses dix-huit ans, heureuse, souriante, un peu sans filet comme peuvent l’être les personnes innocentes et inconscientes du qu’en dira-t-on et de son quant-à-soi. Une scène lumineuse et joliment filmée, mettant en avant dans le même mouvement la normalité et la singularité de Dora.

Libérée de ses pilules, elle se met alors à l’œuvre, Dora. Elle se met à la découverte du monde et d’elle-même, de ses sens, de sa sensualité et de sa sexualité, Dora la sexploratrice. C’est ainsi qu’elle se jette littéralement dans les bras de Peter (Lars Eidinger, glaçant dans son rôle de prédateur sexuel), dans une scène dérangeante où la découverte du plaisir sexuel par la jeune femme résulte d’une étreinte consentie et qui pourtant a tout l’air d’un viol abject, compte tenu du handicap de Dora. Pour autant, cette scène ne relève pas du voyeurisme, la cinéaste prenant soin de capter les émotions très complexes de Dora plutôt que l’acte en lui-même. Dora continue de fréquenter Peter, dont elle finit par tomber enceinte. S’ensuivent alors des situations qui posent question. La question de la psychiatrie coercitive versus le respect des droits et de la liberté de la personne quand celle-ci n’a pas un jugement éclairé, le nécessaire équilibre que les parents doivent trouver (ou pas) pour protéger Dora des autres, mais peut-être surtout d’elle-même, de ses désirs intacts et spontanés, désinhibés comme dans cette magnifique scène à l’hôtel qui montre qu’aucun handicap ne peut freiner la jouissance sexuelle (la prestation no limit de Victoria Schulz, repérée lors d’un casting de rue, est tout à fait remarquable). Est abordée également la question de l’avortement, de la grossesse, de la maternité de la personne handicapée. Des sujets appréhendés avec à la fois du pragmatisme et de la délicatesse de la part de Stina Werenfels, avec parfois des métaphores poétiques, comme cette grenade rouge (le fruit, pas l’arme) presque en forme de cœur offerte à Peter, la poésie étant ce qui correspond le mieux à la vision de Dora. L’ambiguïté règne dans Dora, ou les névroses sexuelles de nos parents, à commencer par ce titre à double détente. L’ambiguïté du rôle des parents, à qui revient le choix de psychiatriser ou non leur fille, l’ambigüité en particulier de Kristin, la mère, une femme qui a accouché d’une enfant handicapée qui elle-même est en capacité d’accoucher d’un enfant « normal ». Ambiguïté encore du personnage de Peter, antipathique au plus haut point, mais montrant un maelstrom de sentiments où désir, tendresse, duplicité, trahison, protection se mêlent de manière confuse, dans une relation bornée par le handicap de Dora.

dora-nevrose-sexuelle-parents-stina-werenfels-film-critique-lars-eidinger-victoria-schulzLa conclusion du film de Stina Werenfels prend le large en poussant encore le bouchon plus loin par rapport à la pièce de son compatriote, le dramaturge Lukas Bärfuss, comme pour marquer l’évolution sociétale apparue dans le laps de temps qui sépare la création des deux œuvres. Dora, ou les névroses de nos parents reste autrement tout à fait fidèle aux préoccupations soulevées par l’homme de théâtre.

Ayant eu beaucoup de mal à trouver le financement nécessaire, le film ne sort que deux ans après son année de production. C’est pourtant un film important par rapport aux problématiques évoquées, et intéressant par rapport à la mise en scène de Stina Werenfels, tout en subtilités malgré un sujet dont la violence psychologique est indéniable.

Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Bande annonce

Dora ou les névroses sexuelles de nos parents : Fiche technique

Titre original : Dora oder die sexuellen Neurosen unserer Eltern
Réalisateur : Stina Werenfels
Scénario : Tina Werenfels et Boris Treyer, d’après la pièce de Lukas Bärfuss
Interprétation : Victoria Schulz (Dora), Jenny Schily (Kristin), Lars Eidinger (Peter), Urs Jucker (Felix)
Musique : Peter Scherer
Photographie : Lukas Strebel
Montage : Jann Anderegg
Producteurs : Samir, Coproducteurs : Stina Werenfels, Nicole Gerhards
Maisons de production : Dschoint Ventschr Filmproduktion, Niko Films
Distribution (France) : Esperanza Productions
Durée : 90 min.
Genre : Drame, Famille, Romance
Date de sortie : 07 Juin 2017
Suisse, Allemagne – 2015

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Ce qui nous lie, un film de Cédric Klapisch : Critique

Dans Ce qui nous lie, l’auteur de la trilogie de l’Auberge Espagnole revient sur grand écran avec des paysages ruraux jamais exploités : les vignes bourguignonnes. L’étude des liens entre les êtres humains toujours au centre de son intrigue, Cédric Klapisch nous embarque dans une histoire de famille et de vin très touchante.

Synopsis : Après avoir tout quitté pour faire le tour du monde et fondé sa famille loin de la sienne, Jean revient dans sa Bourgogne natale, ayant appris l’état de santé grave de son père. Les retrouvailles avec son frère et sa sœur vont suivre les saisons pour tenter de rebâtir les liens qu’ils avaient perdu autour de ce qui les fondaient : leur domaine et leur amour du vin.

Quatre saisons et autant de passion

Klapisch se plaît à croire que vieillir n’est pas seulement négatif et l’illustre avec l’un des thèmes les plus caractéristiques de ce phénomène : le vin. La maturation, le gain d’expérience, c’est aussi cela vieillir et ce que le vin obtient en restant des années dans des caves, il prend du goût, de la force. Ce passage du temps, le réalisateur nous le montre d’une très belle manière grâce à des images lumineuses, et surtout très réalistes dès le début du film. Il sublime la campagne bourguignonne à travers une caméra qui saisit toujours les détails et dont la précision du cadre est admirable. Note spéciale au directeur de la photographie qui a vraiment réalisé un bon travail. La passion du vin n’est pas toujours très palpitante à l’écran parce que pas toujours retransmise idéalement, le dernier en date : Saint Amour est même plutôt ennuyeux. Dans Ce qui nous lie, Klapisch parvient subtilement  à nous embarquer grâce à une mélancolie et un humour très justement joués par un trio d’acteurs nouveaux très agréable. Le sens des mots, le comique dans le nostalgique, le réalisateur le manie si bien et on le remercie de donner du rythme à ce temps qui passe parfois de manière monotone. Si le metteur en scène innove avec un espace que sa filmographie a toujours ignoré, le thème des rapports humains reste central. Mis en image de manière parfois assez chorégraphique, les plans en mouvement sont aussi convaincants que ceux amenant à la contemplation pour satisfaire l’œil du spectateur. Les liens fraternels, les mains amoureuses qui se croisent sur un évier, des enfants qui grimpent à l’arbre, autant de déplacements et de croisements qui s’exécutent que d’amour qui demeure après toutes ces années. Le film n’est pas tant surprenant que l’on s’attend à un certain traitement de la part du réalisateur dont le style ne change pas vraiment mais il n’en reste pas moins agréable et touchant à beaucoup de moments.

Ce-qui-nous-lie-film-cedric-Klapisch-avec-pio-marmai-francois-civil-ana-girardotLe bal des personnages est ici réduit, ce qui impose de faire un travail plus approfondi que dans ses précédents films où certaines scènes pouvaient en rattraper d’autres. Le casting est renouvelé et vraiment loin de décevoir, bien au contraire. François Civil, confirme son talent, après Five, dans le rôle du jeune frère, père de famille. Ana Girardot (Un homme idéal, La prochaine fois je viserai le cœur), toujours douce et délicieuse se place comme le personnage féminin central qui gagne de l’autorité et se fait peu à peu entendre parmi tous les hommes qui l’entourent, pour le grand bonheur de ceux-ci d’ailleurs, et du spectateur, surtout. C’est bon de voir un peu de force féminine à l’écran. Cependant, bien que le film soit émouvant, le jeu des acteurs est très souvent meilleur dans les scènes de force avec la colère ou le rire plutôt qu’avec la nostalgie. Si au début, le trio trouve un quatrième acteur dans le vin, il devient peu à peu un simple décor derrière les liens forts qui unissent cette fraternité. Klapisch ne s’arrête pas au traitement des rapports dans le présent entre frères et sœur, il introduit des interactions entre le passé et le réel à travers le personnage principal interprété par Pio Marmai. Tout d’abord entre l’enfant et l’adulte qu’il est devenu puis entre le père, décédé, et le fils, qui s’est toujours cru abandonné par celui-ci. Si ce genre de scènes peuvent parfois sembler en trop, elles ajoutent ici une belle dimension émotionnelle et donnent du sens à beaucoup de scènes, ce qui n’est pas pour déplaire.

Ce qui nous lie : Bande Annonce

Ce qui nous lie : Fiche Technique

Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Interprétation : Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean Marc Roulot, Maria Valverde, Eric Caravaca
Image : Alexis Kavyrchine
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Anne Schotte
Producteurs : Bruno Levy
Société de production : Ce qui me meut
Distribution : StudioCanal
Durée : 113 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 14 juin 2017

France– 2017

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Wonder Woman héroïne du DC Extended Universe ?

Wonder Woman, héroïne du DC Extended Universe, arrive avec la lourde tâche de devoir fédérer le public et la critique à la veille de Justice League. Dernière (et première) super-héroïne à avoir son film avant le gros morceau de la Warner et qui se doit de donner la note d’intention pour la suite du DCEU après son début chaotique. Mission accomplie mais qui s’impose comme une défaite.

La patte Snyder

Quand Zack Snyder posa les bases du DC Extended Universe avec son imparfait mais puissant Man of Steel puis, quelques années plus tard, avec son très bon Batman v Superman, il ne fit pas l’unanimité auprès des spectateurs, de la presse spécialisée et des producteurs qui charcutèrent son dernier film lors de sa sortie en salles. Contrairement à son rival direct, le Marvel Cinematic Universe, l’univers dépeint ici est trop sombre, trop premier degré au sein de films pouvant être jugés trop longs pour une durée de 2h15 à 3h dans leur version extended cut. Car les films ont tellement été maltraités par les studios que des versions « director’s cut » ont pu voir le jour lors de la sortie en blu-ray. Alors que pour un Suicide Squad – qu’on oubliera volontiers tellement le ratage fut complet – cela n’arrange rien, la version longue de BvS a permis au film de gagner en ampleur, en cohérence et fit globalement changer l’avis de la critique à son égard. Même s’il est à tort érigé en chef d’oeuvre incompris par sa fanbase, le film porte un regard intéressant sur ses personnages et s’impose en fresque politique et désespérée qui distille ici et là des pistes de réflexions sacrément pertinentes. Un peu comme un fils spirituel de Watchmen, aussi de Snyder, il n’en atteindra jamais sa complexité mais sort du carcan de l’oeuvre super-héroïque par ses choix clivants. Une bouffée d’air frais dans une industrie de plus en plus lissée.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-teamMais la mayonnaise a toujours du mal à prendre. Pourquoi ? Sans doute parce que la proposition est bien trop radicale. Le diptyque autour de Superman n’est pas dénué de défauts mais la principale chose qui a déstabilisé le public c’est la réinterprétation qui est faite des figures emblématiques DC. L’homme d’acier n’est plus le sauveur au sourire étincelant et bienveillant qu’il avait pu être, il est aujourd’hui une figure de controverse. L’ambition étant clairement de placer la figure d’un sur-homme dans un monde réaliste. Man of Steel est en ça un film d’invasion, qui met l’homme face à la question terrifiante de savoir si nous sommes seuls ou non dans l’univers. Jamais ce film et sa suite ne prennent le statut extraterrestre de son personnage à la légère. Ils viennent constamment interroger sa place dans un monde interconnecté de plus en plus emprunt à la paranoïa et à l’obsession du terrorisme. Les films sont clairement des œuvres post 11 septembre et qui n’hésitent pas à corrompre ses héros dans un monde qui pervertit ce qui est juste par sa peur de l’autre. Ce qui effraie à propos de Superman n’est pas tant sa part kryptonienne que sa part humaine. Car l’humain peut être corrompu. Chose aussi explicitée à travers le parcours de Batman qui, dans son extrémisme vieillissant et sa peur de ne pas être à la hauteur, se transforme en figure du fascisme qui laisse perplexe beaucoup de ses fans.

Accusé de n’avoir rien compris à ses personnages, Snyder montre au contraire un respect assez saisissant de leur ADN et, même si il les extrémise, il reste très raccord avec ce qu’ils évoquent aussi dans les comics. Car il n’y a pas qu’une version de Batman et de Superman, et ils ne sont pas toujours ces images de vertus tant fantasmées par le grand public. C’est surtout ce public biberonné à l’image lisse et idéalisée de Marvel qui à rejeté les films de Snyder parce que la pop culture devient de plus en plus exigeante quant aux libertés prises sur les mythes qu’ils ont contribué à ériger. Leurs héros doivent être des figures génériques, sans défauts trop évidents ou gênants et porteur d’un message positif sous peine d’être totalement rejetés. Alors, quand un film place ses héros dans un monde corrosif et qui ne peut rien laisser de bon, les gens tendent à ne pas l’accepter. Ce qui, au final, souligne d’autant plus le propos de l’oeuvre. Qui pourtant finissait aussi sur une touche d’espoir… Une touche d’espoir que représentera Wonder Woman ? Alors que l’histoire est co-écrite par Snyder, on aurait pu s’attendre à une continuité avec ses précédents films mais la déception n’en est que plus grande lorsqu’on s’aperçoit que ce n’est pas le cas.

Marvelisation 

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Robin-WrightWonder Woman est davantage le fruit d’un lissage à la Marvel que de la réinterprétation plus réaliste engendrée par le DCEU. Même si ses origines sont respectées avec un amour qui force l’admiration – toute la partie sur Themyscira étant la plus réussie et semblant directement sortir des comics avec un certain sens de la mise en scène dont ne bénéficient pas les productions Marvel – on reste face à un produit plus générique. Patty Jenkins s’impose pourtant comme une réalisatrice efficace mais elle croule sous un cahier des charges plus spécifique qui l’empêche d’apposer une patte à son œuvre et l’oblige à faire du « sous Snyder ». Elle n’a clairement pas le même œil que son comparse pour l’action et le mouvement, même si elle tente de se faire formaliste, elle use de beaucoup trop de ralentis pour s’aider à y parvenir et en résulte une approche un peu bancale. Wonder Woman et ses cheveux au vent, au ralenti, finit plus par passer pour l’égérie d’une pub l’Oréal que pour l’amazone sévèrement remontée qu’elle est censée être. Mais elle n’est pas non plus aidée par son discours simpliste et réducteur – pourquoi est-ce toujours les héros féminins qui doivent véhiculer et trouver pour moteur l’amour ? –  et un scénario qui ne sait jamais comment gérer sa figure de déesse et s’impose souvent par ses réflexions dignes d’un enfant de 4 ans et son absence totale de subtilité.

Dans les précédents films, Superman apparaissait comme un game changer, son arrivée n’étant pas sans conséquences. Et on rappelait sans cesse qu’il évoluait dans un monde qui n’était pas près pour la présence d’êtres supérieurs. Alors qu’ici, 100 ans avant, la présence de Wonder Woman semble avoir autant d’impact que la foire à la saucisse à St-Hippolyte sur le Doubs où les gens sont plus subjugués par sa beauté que par le fait qu’elle casse de l’allemand comme on brise une allumette et qu’elle traverse les clochers sans même en ressortir avec une égratignure. Tout le monde semble ne pas se soucier de sa présence comme si tout était normal et, même si on peut s’imaginer que c’est à cause de la guerre – ici édulcorée mais traitée avec un sérieux convaincant -, une telle présence aurait quand même dû avoir une répercussion plus conséquente sur celle-ci et les hommes qui la font. Personne ne s’interroge dans ce qui n’est qu’un divertissement bête et calibré de plus. Et, à ne jamais mettre l’héroïne en perspective face au monde des hommes, le film échoue à porter un regard sur elle. Alors que sa place au sein de ce monde aurait dû être la principale thématique du scénario. On a l’impression d’un rétropédalage au niveau de la gestion de la figure super-héroïque, Wonder Woman devient une figure lisse et sans défauts qui n’est là que pour transmettre son joli message qui touchera les spectateurs par sa naïveté fatigante. Est-ce ça l’image que l’on a des super-héros ? Des coquilles vides aux discours dignes de la morale d’un épisode de Dora l’exploratrice ? Vu le succès critique du film, il semblerait que oui. C’est d’autant plus dommage que, pour une fois qu’on a un film de cette ampleur réalisé par une femme et mettant en scène un super-héros féminin, c’était le moment de sortir du classique et de marquer le coup.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Gal-Gadot-Chris-PineAprès, dire que le film ne remplit pas sa mission serait mentir, il est tellement sage qu’il est difficile de le trouver foncièrement raté même si on peut être agacé par son manichéisme bas du front et son féminisme purement marketing et trompeur. Le film étant à la limite du réducteur parfois. Car, au final, l’homme domine ici. Même si il est physiquement moins imposant que Wonder Woman dans l’action, Steve est le personnage à la psychologie la plus travaillée. A la fois guide pour Diana, il est aussi celui qui embrasse le plus le point de vue du spectateur alors qu’on est mis de côté par la position de femme-enfant de Diana. Contrairement à Steve, on a toujours une longueur d’avance sur Diana. Mais le duo fonctionne quand même plutôt bien, l’alchimie entre les deux acteurs est évidente – grandement aidée par le naturel de Chris Pine – et on s’attache assez facilement à eux. Gal Gadot est moins convaincante que dans BvS, l’aura mystérieuse de son personnage lui donnant plus facilement du charisme. Ici, sa position assez ingrate dans le récit (elle subit les événements plus qu’elle ne les mène) la met un peu en retrait au final. Même si c’est un passage nécessaire de lui faire découvrir le monde, plus de subtilité aurait été bienvenue surtout lorsque le tout est souligné d’un humour certes convenablement dosé mais pas des plus originaux. Le récit est par ailleurs assez clair, plus facile à suivre que dans les autres films du DCEU mais on ressent aussi cette « marvelisation » dans la gestion des antagonistes moins troubles que par le passé. Même si Zod et Lex Luthor étaient des archétypes de méchants, les films savaient aussi leur apporter un regard empathique qui les nuançaient. Ici, ils font clairement méchants de comics qui ricanent en énonçant leurs plans diaboliques. D’ailleurs, l’aspect marionnettiste du grand méchant est des plus ridicule et en total contradiction avec « la noirceur des hommes » décrite par Diana. Car cette noirceur n’est au final jamais montrée et se voit excusée par une influence divine qui crée un paradoxe avec les précédents films. On passe d’un univers réaliste à des individus qui tiennent plus du bisounours manipulé que d’une quelconque cohérence.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Gal-GadotAvec Wonder Woman, la Warner lorgne définitivement du côté de son principal rival au point d’en copier la formule. Dans son deuxième et troisième acte, on pensera indubitablement au premier Captain America tant les rapprochements s’accumulent. Pourtant le premier acte, plus dans l’esprit DC Comics, était vraiment rafraîchissant et innovant dans le genre. D’autant que ce que garde le DCEU de sa patte n’est pas forcément ce qu’il a fait de mieux jusque là. Il caricature maladroitement le style de Snyder tout en gardant l’habituel final en CGI qui n’est pas des plus inspirés. Alors qu’il avait réussi à imposer son originalité et son identité sur ses deux premiers films – oublions définitivement Suicide Squad – avec ce Wonder Woman, l’univers DC rentre dans le rang. Le divertissement n’est pas honteux, grâce à la réalisation solide de Jenkins, mais reste sans génie. On regarde et on oublie si on a la gentillesse de fermer les yeux sur tous les défauts propres aux blockbusters modernes. Mais ce qui inquiète encore, c’est ce que donnera Justice League. Suite au drame qui a frappé Zack Snyder et au départ de celui-ci de la post production pour être remplacé par Joss Whedon, ne serait-ce pas un aveu supplémentaire de cette envie de se marveliser ? Pour ceux qui espéraient avoir avec DC quelque chose de différent, Wonder Woman est un film décevant et alarmant, et il faudra attendre Justice League sur nos écrans le 15 novembre prochain pour voir si la crainte est justifiée ou non.

Wonder Woman : Bande-annonce

Wonder Woman : Fiche technique

Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Zack Snyder et Jason Fuchs
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017

Etats-Unis – 2017

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The Wall, un film de Doug Liman : Critique

Alors que le tout avait l’allure d’une série B à l’américaine, Doug Liman revient sur le devant de la scène en faisant de The Wall un survival movie d’une rare intensité. Un duel de snipers éprouvant à souhait !

Synopsis : Deux soldats américains sont la cible d’un tireur d’élite irakien. Seul un pan de mur en ruine les protège encore d’une mort certaine. Au-delà d’une lutte pour la survie, c’est une guerre de volontés qui se joue, faite de tactique, d’intelligence et d’aptitude à atteindre l’ennemi par tous les moyens…

Une série B transformée en une sorte d’Iraqi Sniper

Il aura fallu attendre pas loin de trois ans, soit après le « petit » échec commercial d’Edge of Tomorrow, pour que le réalisateur Doug Liman revienne sur le devant de la scène. Une période durant laquelle il a tenté de percer dans le film de super-héros, premièrement chez Marvel (Gambit) puis du côté de DC Comics (Justice League Dark), pour finalement subir l’annulation desdits projets. Il aura juste officié en tant que producteur délégué sur Jason Bourne pour daigner revenir derrière la caméra. Et comme s’il nous avait entendu, le voici qui nous revient avec des projets plein la tête et deux longs-métrages pour cette année 2017. Alors que Barry Seal : American Traffic est attendu dans nos contrées pour le 13 septembre prochain, le cinéaste ouvre le feu avec The Wall. Un film qui, sur le papier, n’avait rien d’exceptionnel. Mais avec le travail de Liman et de bons artisans, le rendu final a de quoi surprendre et impressionner.

Par « rien d’exceptionnel » il faut comprendre que, avec ce projet, Doug Liman est loin de ses critères habituels. En effet, depuis sa consécration internationale avec La Mémoire dans la Peau (2002), le bonhomme a quitté le monde du cinéma indépendant pour livrer principalement des blockbusters (Mr. & Mrs. Smith, Jumper et Edge of Tomorrow). Avec, au milieu de tout cela, un projet bien plus modeste (Fair Game) affichant tout de même un budget de 20 millions de dollars. Ici, le réalisateur prend les rênes d’une production indé signée Amazon Studios peu onéreuse (un coût estimé à 3 millions de dollars). Un long-métrage qui sent bon la série B américaine avec John Cena au casting et surtout un synopsis à première vue maigrelet : deux soldats de chez l’oncle Sam faisant face à un sniper irakien. En clair, de quoi livrer un divertissement bourrin et stupide, avec une surdose de patriotisme vu que, dans ce genre de script, tout est mis en œuvre pour mettre les États-Unis sur un piédestal.

C’était vraiment sans compter sur le savoir-faire de Doug Liman, qui livre pour le coup un survival movie d’une rare intensité. Au lieu de s’enfoncer dans de l’action stupide à souhait, il préfère nous gratifier d’un duel éprouvant sur le plan physique. Un face-à-face qui ne vous laissera aucun moment de répit, le danger suintant à chaque seconde du film. Un rendu que nous devons principalement aux multiples choix du cinéaste, à commencer par l’absence de compositions musicales. Juste le vent qui souffle, le bruit lointain d’une mortelle détonation, la souffrance des personnages…pour mettre vos nerfs à rude épreuve. Par une mise en scène accentuant ce constat via une lenteur de l’action pleinement assumée (les plans de la lunette des snipers façon Jack Reacher, par exemple) et la faisant exploser quand il le faut sans en abuser. Par des comédiens, principalement Aaron Taylor-Johnson, qui s’investissent pleinement dans ce projet, secondés par un véritable sniper leur ayant appris la gestuelle à adopter ainsi que certaines notions peu évoquées dans les films (dont l’utilisation des mathématiques). Et par un choix judicieux du directeur de la photographie Roman Vasyanov de mettre de côté le numérique pour privilégier un tournage en pellicule et en lumière naturelle. Ce qui permet, par le grain spécifique de ce format, de faire ressortir les conditions extrêmes et météorologiques que doivent également affronter les personnages (tempêtes de sable, chaleur accablante…). Avec tout cela en poche, The Wall se montre tendu au possible. Prend irrémédiablement aux tripes et ce dès les premières minutes. Vous épuisera autant que ses protagonistes par son réalisme et son intensité.

The Wall surprend également par une écriture beaucoup plus intelligente qu’il n’y parait au premier abord. Il est certain que le côté simpliste du film, agrémenté de clichés du genre des répliques grandement vulgaires à la Alien, rebutera les plus exigeants. Sans oublier que, si la mise en scène induit la lenteur du récit et de l’action, celle-ci donne par moment l’impression d’étirer la durée du long-métrage. Nous obligeant à subir des discussions tournant parfois en rond ou nous incitant à crier « Pourquoi tu n’as pas fait ça plus tôt ? » auprès des protagonistes. Mais malgré ses défauts, le scénario de The Wall révèle quelques richesses d’écriture inattendues dans ce type d’histoire. À commencer par l’aspect psychologique du personnage principal, dont l’expérience passée met en valeur les horreurs de la guerre et les lourdes séquelles endurées par les soldats. Le script se permet même de se montrer critique envers l’intervention militaire des Américains en Irak et ce grâce à deux détails non négligeables. Le premier étant le fait que les deux camps sont mis sur un même pied d’égalité en termes de préjugés, de naïveté et d’incompréhension de l’adversaire sur ses convictions. Et le second par le biais de répliques bien senties, dans le but de retirer toute gloire à l’armée américaine. Elle qui est restée après la fin des hostilités en prétendant développer le pays « conquis », comme construire des écoles, en récupérant le pétrole ; alors qu’elle ne pense qu’à en tirer du profit et réparer les dégâts qu’elle a causé (le fameux muret du film étant la façade d’une école, détruite par une action américaine).

Vous l’aurez compris, The Wall est loin d’être la série B tant annoncée par le synopsis. Il s’agit d’un long-métrage maîtrisé comme il se doit. Un divertissement tendu au possible et beaucoup plus malin qu’il n’y parait. L’occasion de montrer aux spectateurs qu’ils peuvent se plonger sans mal dans le visionnage de films produits par des plates-formes étrangères au cinéma (ici Amazon mais également Netflix), bien plus travaillés et ne prenant que la majorité des produits hollywoodiens actuels. Quant à Doug Liman, nous l’attendons déjà avec impatience sur d’autres projets, The Wall lui ayant permis de prouver qu’il n’est pas un réalisateur à la botte des gros studios mais bien un artisan qui mériterait plus d’intérêt de notre part qu’à l’heure actuelle.

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The Wall : Bande-annonce

The Wall : Fiche technique

Réalisation : Doug Liman
Scénario : Dwain Worrel
Interprétation : Aaron Taylor-Johnson (le sergent Allen Isaac), John Cena (le sergent-chef Shane Matthews) et Laith Nakli (Juba)
Image : Roman Vasyanov
Décors : Jeff Mann
Costumes : Kelly Berry
Montage : Julia Bloch
Production : David Bartis
Société de productions : Amazon Studios, Picrow et Big Indie Pictures
Budget : 3 M$
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genre : Guerre
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 7 juin 2017

États-Unis – 2017

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Free Fire, un film de Ben Wheatley : Critique

Pur film-concept, Free Fire repose sur une idée toute simple : relever le défi d’étirer, sur plus de soixante minutes, une fusillade en huis clos. Ben Wheatley réussit ainsi l’exploit de nous donner du plaisir dans l’observation fignoleuse de personnages en train de s’entretuer brutalement. Ce succès, il le doit au fait que son film ne perde rien sur la longueur, ni de son rythme dément, ni de son humour incisif.

Synopsis : Boston, années 70. Une nuit, une dizaine de malfrats venus d’horizons différents se retrouvent dans un vieil entrepôt désaffecté pour conclure une vente d’armes. La tension commence à monter jusqu’à ce qu’éclate un premier coup de feu qui va en entrainer d’autres. Beaucoup d’autres. Les négociations ne sont alors plus possibles face à toutes les bassesses que peut pousser à faire l’instinct de survie.

Petit massacre entre amis

free-fire-brie-larsonDe plus en plus incontournable aux yeux des spectateurs curieux grâce à la maitrise et à l’audace de ses réalisations (quelques épisodes de la 8ème saison de Dr Who, ainsi que le cauchemardesque Kill List, le très abstrait English Revolution et même le trop sage High-Rise), le britannique Ben Wheatley signe là une œuvre plus mainstream qui devrait enfin faire connaitre son nom au grand public. Réunir des acteurs aussi populaires que Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy a évidemment de quoi assurer à Free Fire une couverture et une distribution bien supérieures à celle de ses précédents films. Mais, la vraie force de ce long-métrage atypique n’est pas tant dans son casting que dans la qualité de sa mise en scène soignée. Ce travail sur la représentation de la violence a même largement de quoi s’imposer comme une nouvelle référence en termes de gestion de l’espace et du temps. Un art du cadrage astucieux, un storyboarding parfaitement millimétré, un découpage virtuose, un storytelling en temps réel… Tant de termes à priori peu enjôleurs mais qui rappellent que c’est à un impressionnant travail formel que l’on doit le pur délire qui anime ce divertissement ludique.

Le postulat de départ, qui consiste à filmer ce qui est assurément la plus longue fusillade de l’histoire du cinéma, puisqu’elle dure plus d’une heure, implique mathématiquement une première partie de près d’une demi-heure qui permet d’installer la situation. Fort heureusement, plutôt que d’être rébarbatif, ce prélude parvient, grâce à une écriture habile et pleine d’humour, à nous présenter chacun des personnages et à les rendre attachants. free-fire-cillian-murphy-sam-riley-michael-smileySans cette inévitable étape, la suite aurait d’ailleurs cruellement manqué de tension. Évidemment, il apparait rapidement que certains de ces bras cassés n’ont pas vocation à survivre bien longtemps. Leur nom sera même vite oublié. A l’inverse, le charisme qu’apportent Brie Larson, Sharlto Copley ou encore Armie Hamer aux bandits auxquels ils prêtent leurs traits – tous dans des looks délicieusement vintage – nous donne envie de les suivre de près dans le tumulte général qui va naitre sous nos yeux ébahis.

Des dialogues bien ciselés. Des musiques choisies en toute intelligence. Une violence filmée avec une légèreté déconcertante. La recette est tarantinesque au possible mais le jusqu’au-boutisme aventureux, parfois même expérimental de Ben Wheatley, fait de cet exercice de style un défouloir jouissif.

free-fire-shartlo-copleyA l’inverse du désordre illisible auquel de trop nombreux films d’action nous ont habitués ou du flou oppressant dans lequel certains films de guerre nous plongent délibérément, ici, la fluidité de la réalisation nous permet de suivre clairement chaque action qui a lieu dans cet entrepôt en proie au chaos. La maladresse dont font preuve les bandits dans leurs échanges de coups de feu n’est d’ailleurs pas seulement un effet comique. Il s’agit aussi et surtout d’une volonté de rompre avec des codes cinématographiques désuets et de donner ainsi davantage de crédibilité à cette explosion de violence. Dans Free Fire, pas de one shot. Au contraire, chaque exécution se fait laborieusement, sur la durée. Une raison supplémentaire de multiplier encore davantage les coups de feu. Autre conséquence : chacun des participants de cette fusillade devra souffrir s’il veut survivre. Quels que soient ceux sur lesquels on mise – si tant est que l’on part de l’hypothèse qu’il y aura des survivants –, ils passeront tous par de terribles douleurs, victimes d’impacts de balles mal placés et autres blessures plus regrettables encore. La qualité avec laquelle Wheatley filme ces corps en souffrance est là encore remarquable. Rarement le supplice physique éprouvé par des personnages aura eu un tel pouvoir immersif en nous plaçant dans un enfer dont on aimerait fuir avec eux.

Et pourtant, la légèreté des dialogues ne cesse jamais vraiment. A tel point d’ailleurs que l’on en vient à se demander si l’on ne surestime pas quelque peu le calvaire de ceux qui se les échangent. Les vannes fusent aussi vite que les balles et la sympathie pour ces grandes free-fire-Armie-Hammergueules n’est jamais amochée par la violence dont ils font preuve. Il s’avère même qu’ils trouvent tous leur petit moment de gloire, prouvant ainsi qu’ils ne sont pas de simples figurants juste là pour servir de cibles humaines. Selon la façon dont on veut se placer à leur égard, on peut donc prendre un plaisir coupable à les regarder se faire dégommer un par un, ou les soutenir dans leur volonté de survivre à ce véritable chaos. Dans les deux cas, le suspense fait effet. Parce qu’il apparait vite évident que rester immobile est une erreur fatale, le film et son montage (par ailleurs effectué par le réalisateur et son épouse-coscénariste dans un souci évident de perfectionnisme) se maintiennent dans un mouvement perpétuel qui lui non plus ne faiblit jamais. Dès lors, la stratégie choisie par chaque belligérant pour s’en sortir devient, malgré elle, une source de tension haletante alors que toutes ont vocation à s’achever dans une pétarade sanguinolente et jubilatoire.

Les acteurs s’amusent, et on s’amuse avec eux. C’est sans doute ce qui compte le plus dans ce pur exercice de style décomplexé : on s’éclate alors que les personnages s’éclatent dans une gunfight de tous les diables ! Le cinéma d’action ne donne que trop rarement l’occasion de vivre un pareil coup de folie et, quand ça arrive, ça fait du bien, alors pourquoi s’en priver ?

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Free Fire : Bande-annonce (VOST)

Free Fire : Fiche technique

Réalisation : Ben Wheatley
Scénario : Amy Jump, Ben Wheatley
Interprétation : Cillian Murphy (Chris), Brie Larson (Justine), Sam Riley (Stevo), Michael Smiley (Frank), Armie Hammer (Ord), Shartlo Copley (Vernon)…
Image : Laurie Rose
Montage : Amy Jump, Ben Wheatley
Musique : Goeff Barrow, Ben Salisbury
Directeur artistique : Nigel Pollock
Costumes : Sian Evans
Production : Andy Starke, Lizzie Francke, David Kosse, Sam Lavender, Danny Perkins, Ben Roberts, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff…
Société de production : Protagonist Pictures, Film4, Sikelia Productions
Distribution : Metropolitan Filmexport
Genre : Action, comédie
Durée : 90 minutes
Date de sortie : 14 juin 2017

Royaume-Uni – 2017

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Interview de Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur star en Afganistan

Si vous n’êtes pas Afghans ou que vous n’avez pas vu l’excellent Nothingwood, une question se pose : Salim Shaheen, c’est qui ? C’est Steven Seagal, c’est Uwe Böll, c’est Alain Delon, c’est  Irving Thalberg, c’est Jean-Pierre Mocky, c’est Borat, c’est Gérard Depardieu, c’est Ed Wood… c’est un peu tout ça à la fois. Autant dire qu’on avait hâte de le rencontrer !

Après la standing-ovation qu’il a reçu lors de la présentation cannoise de Nothingwood, Salim Shaheen est aussitôt devenu la star dont tout le monde parlait sur la Croisette. Deux semaines plus tard, alors que le documentaire de Sonia Kronlund est présenté à Paris, c’est dans un bar de la capitale que nous le rencontrons enfin, au côté de son acteur fétiche, et souffre-douleur, Qurban Ali, dit « la cousine » du nom du personnage qui l’a rendu célèbre dans un one-man-show. Bien qu’il n’ait rien perdu de son célèbre bagout et moins encore de l’ego surdimensionné qui le caractérisent, c’est un homme au regard un peu morose que nous avons retrouvé. Nous n’avons pas tardé à comprendre pourquoi.

Bonjour Salim. J’ai découvert le documentaire de Sonia, et donc ta carrière, à Cannes, mais pour ceux qui n’auraient pas encore eu cette chance, est-ce que tu veux bien te présenter en quelques mots?

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Un saltimbanque toujours prêt à faire le clown!

Salim Shaheen : Je travaille en Afghanistan, où, comme vous le savez, la situation est compliquée, et malgré cela j’ai réussi à réaliser plus de 110 films depuis 38 ans! On n’oublie pas qu’en Afghanistan il y a la guerre mais on veut montrer au monde qu’il y a aussi de beaux paysages, des gens biens et surtout que ça reste un pays de culture.

Et justement, avec toutes les guerres et les oppressions qu’a connu l’Afghanistan pendant ces années, comment est-ce que tu as pu y imposer le cinéma comme une arme politique tout en restant fidèle à toi-même et à tes idéaux et sans avoir trop de problèmes?

Salim Shaheen : Des problèmes, on en a eus sur les tournages, et ça, la presse du monde entier en a parlé (il fait référence au bombardement du tournage d’un film qui devint un symbole local de résistance puisque ledit film fut terminé par les techniciens blessés et les acteurs en béquilles. NdR) ! Le plus important, ça reste notre amour du cinéma. On prend ça comme un devoir moral de faire rayonner notre passion commune en Afghanistan et dans le monde entier !

Comment est-ce que tu réussis toujours à assurer le divertissement et la sécurité de tes équipes si vos tournages doivent être en partie faits dans la clandestinité ?

Salim Shaheen : Maintenant, je suis le plus célèbre réalisateur d’Afghanistan, plus personne ne me dit non ! Les gens sont même prêts à me payer pour que je vienne tourner dans leur village. Je ne fais plus les tournages dans la rue, à présent tout s’organise à travers ma société Shaheen Film Production.

Et toi, Cousine, est-ce que tu ne trouves pas ça trop difficile de travailler avec Salim dont les coups de gueule sont désormais connus de tous ? Tu dois aimer ça, depuis tout ce temps !

Qurban Ali : Si, ce n’est jamais facile, surtout quand j’oublie mon texte et qu’il s’énerve sur moi. A chaque fois, il estime que suis pourtant assez bon pour tourner dans ses films donc je reviens, ça me fait plaisir. Notre aventure à Cannes m’a bouleversé, je suis heureux de l’avoir vécue avec lui.

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Qurban Ali, en bas à droite… et oui, c’est lui!

Tu serais prêt à partir tenter une carrière ailleurs, peut-être à Hollywood, maintenant qu’on a tous vu ton immense talent ?

Qurban Ali : Je n’y ai jamais pensé, et je ne pense pas sérieusement qu’on m’appellera pour tourner là-bas, mais je suis un artiste qui est prêt à tourner dans tous les films et mon amour du cinéma n’a pas de frontière ! Si on me propose de tourner ici en France, j’accepterai volontiers.

J’ai hâte de voir ça ! Et toi Salim, maintenant ton nouveau défi c’est de revenir à Cannes pour présenter un de tes films ?

Salim Shaheen : Si Dieu le veut, je vous promets que tous les ans j’enverrai au moins un film à sélectionner ! Avant, mes films n’étaient pas destinés à ça, même si j’ai fait certains documentaires qui ont très bien marché à l’étranger et dont j’ai vendu des DVD jusqu’en Inde, mais il y avait des scènes très tristes alors je ne pense pas que ça aurait plu ici. Maintenant que Sonia m’a entrainé dans cet univers-là, c’est devenu mon ambition d’y montrer mon travail, et je suis prêt pour ça à m’adapter aux standards internationaux… ils font combien les films à Cannes ? Une heure ? Une heure et demie ?

Une heure et demie plutôt, et essaie de proposer une de tes tragédies, elle y aura plus de chance que tes comédies musicales ou tes bourre-pifs ! Sinon, j’ai appris que tu n’avais pas pu t’empêcher de tourner des scènes pendant ton séjour à Cannes, est-ce que tu as continué et qu’on pourra voir un film de tes aventures en Europe ?

Salim Shaheen : Là je reviens d’Allemagne, et là-bas je me suis fait voler mon sac, avec mon argent et ma caméra, donc j’ai tout perdu ! Cannes, ça a vraiment été un encouragement pour nous, on a vu qu’il restait des pays où je n’étais pas encore une star, pas au-delà des communautés afghanes en tous cas. Maintenant, j’ai une lourde pression sur mes épaules, je sais que tout le monde m’attend donc je vais redoubler d’efforts et je vous promets que mon prochain film vous le verrez dans le monde entier !

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Pari tenu ? En attendant, la bande-annonce d’un de ses films les plus populaires au pays: 

L’Empereur du Nord débarque en Blu-ray & DVD chez Wild Side

Ce mercredi 7 juin sort en Blu-ray et DVD chez les éditions Wild Side L’Empereur du Nord, film fou de Robert Aldrich. Entre aventure, drôlerie, et horreur, le film suit le périple ferroviaire de deux vagabonds clandestins concourant à un championnat de survie face au plus dangereux et tordu chef de convoi, un certain Shack.

Synopsis : Etats-Unis, années 30. La Grande Dépression plonge des millions d’Américains dans la misère. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche d’un emploi ou d’une simple soupe. Certains tentent de voyager clandestinement à bord de trains. Le plus convoité est celui de la ligne 19. Mais la splendide locomotive est gardée par Shack, une brute sanguinaire et sadique, qui n’hésite pas à s’attaquer sauvagement à tous les « trimardeurs » qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire, appelé « Numéro 1 », ose défier le chef de train. L’affrontement devient inévitable…

À bout de souffle

Lee Marvin et Keith Carradine tiennent le coup tant bien que mal.

Sorti ce mercredi 7 juin en Blu-ray et DVD chez les éditions Wild Side, L’Empereur du Nord (1973) se laisse ainsi redécouvrir dans une formidable édition HD, au bonus véritablement intéressant (un entretien formidable avec le scénariste du film Christopher Knopf) et au livret (ici écrit par Doug Headline) constituant comme souvent un vrai plus dans le coffret.

Wild Side nous présente ainsi sous son meilleur jour vidéo – il semble – L’Empereur du Nord, périple de lutteurs modernes dans une Amérique contemporaine – les années 30 –, toutefois  barbare, dans le sens primitif du terme.

Oubliez Cena, Couture et les autres « monsieur muscle » du catch spectaculaire tel qu’on peut en voir aujourd’hui. Ici se joue un tout autre spectacle, d’une violence digne de celle du Rollerball ou de La Course à la mort de l’an 2000. Non, c’est pire que cela. Pour L’Empereur du Nord, le scénariste Christopher Knopf s’est inspiré de faits divers, tels qu’on en voit tous les jours, d’une violence éclaboussant nos yeux de spectateurs / lecteurs. Aldrich met en scène le survival de deux vagabonds, tous deux cherchant à vaincre le Shack sur son propre train, en survivant au trajet empli de pièges mortels. L’Empereur du Nord présente ainsi un championnat d’un malsain épouvantable, où les corps se déchirent au fur et à mesure des affrontements, et trouvent leur fin sous le passage mécanique et puissant du train. Ce dernier représente une figure étrange, ambivalente : il permet aux vagabonds de voyager pour trouver du travail, et ainsi revivre ou survivre encore un peu ; le train fait aussi figure de terminus vital pour ces êtres borderline.

Duel au sommet

Ernest Borgnine étrangle Lee Marvin.

Si les vagabonds sont considérés comme tels dans le film par des officiers de police, des gens de la populace, ou encore par Shack, ce dernier est lui aussi un type borderline. Interprété par le grandiose Ernest Borgnine, Shack est un cinglé antipathique et assoiffé de puissance. Ne nous y trompons pas, le train est aussi un outil de pouvoir pour Shack, peu apprécié par ses pairs, mais – hélas pour eux – bien placé dans la hiérarchie ferroviaire. Un homme important qui adore exposer son pouvoir en violentant les vagabonds trop hardis qui grimperaient sur son train, quitte à les envoyer se faire broyer sous le train. On l’avait trouvé charmant dans Marty, on l’avait adoré dans La Horde Sauvage, ou encore respecté dans Les Douze Salopards du même Robert Aldrich. Ici, Ernest Borgnine est terrifiant, repoussant… Bref, il incarne ici un être abominable, ou plus vulgairement, un salop.

Face à lui, un gamin arrogant en quête de gloire interprété par Keith Carradine, et surtout, le King, non, plus que ça, le « Numéro 1 ». Il a survécu à tous les trains et leurs chefs de convoi, prince parmi les vagabonds, Lee Marvin est l’Empereur du Nord. Aldrich met ainsi en scène un duel au sommet, celui de Marvin et de Borgnine (les deux lurons se retrouveront d’ailleurs dans Les Douze Salopards). Le conflit progressera pour terminer sur un combat d’anthologie.

Une (re)découverte à ne pas rater

Malsain, violent, drôle, empli d’action, aventurier, romanesque, terrifiant, épique, réaliste, brut, beau, physique, incroyable, fou, brillant… Bref, autant de qualificatifs et superlatifs qui viennent à l’esprit lorsque l’on pense à l’expérience filmique qu’est L’Empereur du Nord. Wild Side livre à nouveau une belle édition pour un film génial qui n’attend que vous pour le découvrir et/ou le revoir encore et toujours.

L’Empereur du Nord : Bande-Annonce 

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Caractéristiques Techniques DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français Dolby Digital 2.0, Anglait DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h54

Caractéristiques Techniques Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 2h

COMPLÉMENTS 

L’art de survivre (30 min.) : entretien avec Christopher Knopf, scénariste de L’Empereur du Nord

+ Un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Doug Headline, illustré de photos d’archive rares.

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray + DVD + Livret

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Psiconautas, un film d’Alberto Vázquez & Pedro Riveiro : Critique

On ne le répétera jamais assez, mais l’animation, ce n’est pas que pour les enfants. Et dans le cas présent, Psiconautas n’est même pas du tout pour les enfants. Sous des airs d’animation enfantine, se cache une fable sombre, entre humour grinçant et fatalisme tragique.

Synopsis: 2 adolescents sur une île écologiquement dévastée essayent de fuir la société. Dinky essaye de s’enfuir loin de sa famille et rejoindre la ville au-delà de l’île et Birdboy, renégat, s’enfonce dans la drogue en essayant de faire perdurer l’héritage de son père.

Adaptation d’un court métrage lui-même adapté d’une bande dessinée d’Alberto Vázquez par Alberto Vásquez lui-même et Pedro Rivero. Psiconautas se veut à mi-chemin entre le conte pour enfant et la fable satirique sur la société. Se présentant comme un dessin animé enfantin au premier abord avec des personnages prenant la forme de petits animaux façon Disney et une animation  assez minimaliste. Il y sera pourtant en réalité question de sujets comme la famille et la religion, jusqu’à la drogue et la mort, en passant par l’émancipation, et l’écologie, beaucoup de sujets y sont balayés, trop peut-être. Et c’est là le principal reproche qu’on pourra faire au film : son côté un peu fouillis. Le problème n’étant pas le nombre de sujets abordés (il serait idiot de vouloir apposer une limite dans ce domaine) mais bien le temps qu’il leur est accordé. Mais cette impression reste mineure car l’ambiance s’y prête au travers de ce film presque chorale. Et l’ambiance, c’est ce qui fait le sel de Psiconautas.

Car définitivement, là où l’œuvre se démarque c’est bien là-dessus. Un décalage est créé d’emblée entre le côté mignon de ces petits personnages tout ronds et tout blanc, représentant l’enfance et l’innocence et leur monde, froid, cruel et déprimant. Ici le rêve n’est pas autorisé et la société formate les esprits jusque dans le cercle familial. Le réalisateur a lui-même avoué s’être inspiré des univers crées par Disney pour en détourner les codes afin de servir son propos. L’alchimie fonctionne dès les premières minutes, créant un malaise palpable autour d’une galerie de personnages plus désespérés les uns que les autres. Ce sentiment se retrouve lui-même renforcé par la direction artistique magnifique du film, entre des tons pastels enfantins et des contrastes brutaux et sans concessions.

L’histoire se démarque également par la liberté d’interprétation que lui apportent les multiples thèmes abordés. On peut voir l’histoire sous beaucoup d’angles différents que celui qui nous est présenté de prime abord. Il est d’ailleurs fort probable qu’en découvrant les réactions des différents personnages face à leurs tragiques destins le spectateur puisse sentir une proximité avec eux. Une véritable empathie se crée et les attentes et espoirs des protagonistes principaux comme secondaires deviennent les nôtres.

Que retenir alors de Psiconautas ? Tout d’abord, une histoire moins simple qu’il n’y parait, entourée de mystère où le spectateur devra vite se faire à l’idée que toutes les cartes ne lui seront pas données. Ensuite, une ambiance grinçante où l’humour et la tragédie se côtoient pour créer un sentiment de malaise et d’enfermement. Enfin, une galerie de personnages attachants et moroses, comme autant de teintes de gris. Le tout servi par une animation qui, bien qu’assez simpliste, fonctionne au vu de l’univers dépeint. Le film laisse néanmoins une touche d’espoir par son message écologique qui, pour une fois, n’est pas niais, ce qui est à noter dans l’animation moderne.

Psiconautas : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=vFz70kGFu6E

Psiconautas : Fiche Technique 

Réalisation : Alberto Vázquez et Pedro Rivero
Doublage :  Andrea Alzuri, Eva Ojanguren, Josu Cubero
Scénario : Pedro Rivero et Alberto Vázquez
Musique : Aranzazu Calleja
Production : Farruco Castroman, Carlos Jares, Luis Tosar
Directeur de l’animation : Khris Cembe
Montage : Ivan Miñambres
Distributeur : Eurozoom
Durée : 75 minutes
Date de sortie : 24 mai 2017
Genre : animation

Espagne – 2017

Auteur : Yvan Ribollet

Stan against the evil saison 1, une série de Dana Gould : critique

Stan against the evil, une série qui mêle humour et horreur, parvient-elle à se démarquer de ses prédécesseurs ?

Synopsis : lorsque sa femme décède brutalement, Stanley Miller démissionne de son poste de shérif de la petite ville de Willard’s Mill. Sa remplaçante, Evie, une jeune mère de famille, découvre que la ville est sous le joug d’une malédiction séculaire.

Une série mélangeant fantastique, démonologie, humour régressif, clins d’œil aux classiques du genre, et quelques hectolitres d’hémoglobine pour chaque épisode d’une vingtaine de minutes environ… Forcément, Stan against the evil fait penser à Ash vs Evil dead, jusque dans son titre.

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La série se veut donc un mélange d’humour et d’horreur.

Pour l’humour, nous avons les personnages, à commencer par Stan Miller lui-même. Il est l’exemple du beauf américain ne faisant rien de ses journées, vissé sur son canapé à boire de la bière et à regarder la télévision. Il s’intéresse tellement peu au monde autour de lui qu’il n’a même pas remarqué que sa femme était une sorcière et qu’elle avait développé, dans sa propre maison, tout un arsenal de chasse aux démons.

Par contre, Stan a de la culture et des idées bien à lui. Ainsi, tout au fil de la saison, nous apprenons que Starsky et Hutch étaient homosexuels, que les astronautes emportaient avec eux des capsules de poisons pour ne pas tomber entre des mains ennemis et que les chouettes ne supportent pas les puzzles. Et pour lui, sucrer son café est une preuve d’homosexualité également… Il répète « asshole » quasiment comme une ponctuation de ses phrases, et il a l’art de la formule :

« Un jour, je vais m’arracher la tête, la jeter par la fenêtre et m’échapper ! »

Ou encore :

« ça demande beaucoup de travail de devenir alcoolique. »

Autour de lui, les autres personnages de Willard’s Mill ne sont pas non plus gâtés par la nature. Denise, la fille de Stan, est très loin d’obtenir un prix d’intelligence, et Leon, l’adjoint au shériff, ne comprend jamais rien à ce qui se passe et refuse d’aider, surtout lorsqu’il est occupé à espionner une jolie femme.

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L’humour de la série fonctionne plutôt bien par son rythme rapide, des dialogues bien écrits et des personnages caricaturaux qui dessinent un portrait critique de l’American Way of Life.

Pour le côté horreur, les producteurs ont clairement fait le choix d’une épouvante bon enfant, avec des hectolitres d’hémoglobine, des costumes de latex et des démons qui explosent. Ce choix est dû, bien évidemment, au budget réduit de la série, mais finalement ça coïncide pas mal avec l’ambiance générale. Une fois de plus, on sent très nettement l’influence du début de la carrière de Sam Raimi.

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à avoir peur en regardant cette série. Le choix est manifestement celui d’un public large, même si les nombreuses références cinématographiques qui ponctuent cette saison (des Dents de la mer à La Nuit des Morts-vivants) s’adressent à un public de quarantenaires, environ.

L’ensemble fonctionne plutôt bien, malgré les défauts. Si, sur cette saison qui ne contient que huit épisodes de vingt minutes, les scénaristes parviennent à éviter les répétitions, le spectateur est en droit de se demander ce qu’il en sera pour la suite : nos personnages doivent éliminer plus de 170 démons, espérons que cela se fera sans que l’on ait une impression de redite.

Finalement, Stan against the evil, bien que franchement inspiré par l’univers de Sam Raimi, parvient à être une série distrayante et agréable.

Stan against the evil : bande annonce

Stan against the evil : fiche technique

Créateur : Dana Gould
Réalisateurs : Jack Bishop, Justin Nijm
Scénarios : Dana Gould, Jessica Conrad, Sam Boyd
Interprètes : John C. McGinley (Stanley Miller), Janet Varney (Evie Barrett), Deborah Baker Jr. (Denise Miller), Nate Mooney (Leon Drinkwater), Randall Newsome (Thaddeus Eccles)
Photographie : Timothy A. Burton
Montage : Glenn Garland, Sari Tracht
Musique : Eban Schletter
Producteur : John C. McGinley, Ed Tapia
Société de production : 3 Arts Entertainment
Société de distribution : Independent Film Channel
Genre : humour, horreur
Durée : 8 X 25 minutes

Etats-Unis- 2016

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