Cannes 2016 : La fille inconnue de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne (Compétition Officielle)

[Critique] La fille inconnue

Synopsis : Une médecin généraliste prénommé Jenny refuse d’ouvrir la porte de son cabinet à une jeune fille, Félicie, qui sera retrouvée morte le lendemain par la police. À cause de sa culpabilité, Jenny va essayer de comprendre ce qu’il s’est passé en menant sa propre enquête…

Une culpabilité qui nous ronge

La fille inconnue des frères Dardenne, en compétition officielle du Festival de Cannes 2016, nous propose un scénario intéressant où la jeune Jenny n’arrive pas à aller de l’avant suite à la mort d’une femme qui aurait pu être sauvée. L’intérêt du long-métrage est d’être au plus près de la culpabilité de l’héroïne sous toutes les coutures, un seul choix différent aurait changé toute la structure du récit. Le simple fait d’avoir refusé d’ouvrir à une personne, ayant largement dépassé les heures de visites, remet en question son comportement, sa manière d’agir et de réfléchir vis à vis de soi et des autres.

Ce film est bien construit par son scénario, assez juste dans la reproduction du quotidien d’un médecin généraliste, présent et proche de ses patients, avec un montage classique mais sans extravagance.
On considèrera le rôle de Jenny, interprétée par Adèle Haenel, comme le vrai point fort de cette histoire, ce nouveau personnage apporte de nouvelles couleurs dans le répertoire cinématographique de l’actrice. Après Les combattants où nous suivions le parcours d’une femme assez dure dans son état d’esprit et son caractère, nous retrouvons ici une certaine similitude de femme forte, mais aussi fragile, qui souhaite se racheter en découvrant la vérité, son unique moyen d’évacuer sa peine, et ses regrets de ne pas avoir répondu à l’appel de Félicie. En conséquence, Adèle Haenel nous offre une belle interprétation en nous dévoilant une sensibilité et une douceur qui diffèrent de ses anciens rôles.

Tout ce ressentiment et cette souffrance se montrent très réalistes pour le personnage de Jenny où l’on appréciera sa quête de reconstituer le puzzle de la mort de Félicie.
Ce qui est d’autant plus brillant a été d’avoir reconstitué plusieurs regards de culpabilité, tout d’abord par son héroïne qui aurait pu changer le destin tragique de la jeune fille, mais aussi par le père de Bryan, un patient dont s’occupe Jenny, responsable de la mort de Félicie à cause d’un simple accident, et décidera finalement de tout avouer à la police.

Cependant, on reprochera un problème de dynamisme dans ce long-métrage. En effet, une certaine lenteur dans son développement alourdit l’ensemble du film. Certes, il est intéressant de présenter à l’écran les difficultés de Jenny pour percer la vérité et connaître l’identité de Félicie, mais du fait que nous avons des répétitions d’obstacles récurrents (mais également similaires) dans son enquête, nous avons du mal à trouver le bon rythme dans le scénario sans être lassé par ce manque d’investissement, mais surtout de prise de risque. Ainsi, des scènes anecdotiques, où son quotidien de médecin semble un peu trop exposé, ne sont pas forcément utiles et freinent la résolution de l’intrigue.

De plus, en dehors de son histoire, nous avons aussi des difficultés à nous attacher à l’ensemble des personnages, incluant aussi Adèle Haenel d’une certaine manière, dont la cause serait essentiellement la mise en scène et un jeu d’acteur assez froid et statique, entrainant un éloignement supplémentaire dans notre intérêt pour Bryan, ou même le stagiaire de Jenny, Julien, qui n’apporte pas grand chose à la narration (sauf exposer encore toutes les caractéristiques de Jenny qui doit l’aider dans son stage de médecine). Nous n’arrivons donc pas à croire à l’authenticité de certains rôles qui n’avancent pas et tournent en rond.
Le fait que Bryan et son père essayent d’avouer à Jenny ce qu’il s’est passé la nuit du meurtre avant de se rétracter renforce, comme nous l’avons expliqué précédemment, notre désintérêt en rajoutant des obstacles mal amenés dans l’histoire. Surtout que le changement de comportement du père et du fils simplifie d’autant plus la conclusion du film, rendant son scénario trop facile et assez prévisible dans sa finalité.

Dans l’ensemble, La fille inconnue reste un divertissement qui se laisse regarder, surtout pour l’interprétation d’Adèle Haenel qui change complètement de ses précédents films, après nous ressentons que ce long-métrage n’est pas tout à fait accompli à cause d’une fin bien trop rapide dans sa résolution sans vrais rebondissements.

La fille inconnue : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=m1VaKFgyOmc

La fille inconnue : Fiche Technique

Réalisation : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne
Scénario : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne
Interprétation : Adèle Haenel (Jenny Davin), Olivier Bonnaud (Julien), Jérémie Renier (père de Bryan), Louka Minnella (Bryan)
Décors : Igor Gabriel
Image : Alain Marcoen
Montage : Marie-Hélène Dozo
Société de production : Archipel 35
Distribution : Diaphana Distribution
Présence en festival : selection officielle
Durée : 113 minutes
Genre : Drame

Belgique – 2016

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Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

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