Ce qui nous lie, un film de Cédric Klapisch : Critique

Dans Ce qui nous lie, l’auteur de la trilogie de l’Auberge Espagnole revient sur grand écran avec des paysages ruraux jamais exploités : les vignes bourguignonnes. L’étude des liens entre les êtres humains toujours au centre de son intrigue, Cédric Klapisch nous embarque dans une histoire de famille et de vin très touchante.

Synopsis : Après avoir tout quitté pour faire le tour du monde et fondé sa famille loin de la sienne, Jean revient dans sa Bourgogne natale, ayant appris l’état de santé grave de son père. Les retrouvailles avec son frère et sa sœur vont suivre les saisons pour tenter de rebâtir les liens qu’ils avaient perdu autour de ce qui les fondaient : leur domaine et leur amour du vin.

Quatre saisons et autant de passion

Klapisch se plaît à croire que vieillir n’est pas seulement négatif et l’illustre avec l’un des thèmes les plus caractéristiques de ce phénomène : le vin. La maturation, le gain d’expérience, c’est aussi cela vieillir et ce que le vin obtient en restant des années dans des caves, il prend du goût, de la force. Ce passage du temps, le réalisateur nous le montre d’une très belle manière grâce à des images lumineuses, et surtout très réalistes dès le début du film. Il sublime la campagne bourguignonne à travers une caméra qui saisit toujours les détails et dont la précision du cadre est admirable. Note spéciale au directeur de la photographie qui a vraiment réalisé un bon travail. La passion du vin n’est pas toujours très palpitante à l’écran parce que pas toujours retransmise idéalement, le dernier en date : Saint Amour est même plutôt ennuyeux. Dans Ce qui nous lie, Klapisch parvient subtilement  à nous embarquer grâce à une mélancolie et un humour très justement joués par un trio d’acteurs nouveaux très agréable. Le sens des mots, le comique dans le nostalgique, le réalisateur le manie si bien et on le remercie de donner du rythme à ce temps qui passe parfois de manière monotone. Si le metteur en scène innove avec un espace que sa filmographie a toujours ignoré, le thème des rapports humains reste central. Mis en image de manière parfois assez chorégraphique, les plans en mouvement sont aussi convaincants que ceux amenant à la contemplation pour satisfaire l’œil du spectateur. Les liens fraternels, les mains amoureuses qui se croisent sur un évier, des enfants qui grimpent à l’arbre, autant de déplacements et de croisements qui s’exécutent que d’amour qui demeure après toutes ces années. Le film n’est pas tant surprenant que l’on s’attend à un certain traitement de la part du réalisateur dont le style ne change pas vraiment mais il n’en reste pas moins agréable et touchant à beaucoup de moments.

Ce-qui-nous-lie-film-cedric-Klapisch-avec-pio-marmai-francois-civil-ana-girardotLe bal des personnages est ici réduit, ce qui impose de faire un travail plus approfondi que dans ses précédents films où certaines scènes pouvaient en rattraper d’autres. Le casting est renouvelé et vraiment loin de décevoir, bien au contraire. François Civil, confirme son talent, après Five, dans le rôle du jeune frère, père de famille. Ana Girardot (Un homme idéal, La prochaine fois je viserai le cœur), toujours douce et délicieuse se place comme le personnage féminin central qui gagne de l’autorité et se fait peu à peu entendre parmi tous les hommes qui l’entourent, pour le grand bonheur de ceux-ci d’ailleurs, et du spectateur, surtout. C’est bon de voir un peu de force féminine à l’écran. Cependant, bien que le film soit émouvant, le jeu des acteurs est très souvent meilleur dans les scènes de force avec la colère ou le rire plutôt qu’avec la nostalgie. Si au début, le trio trouve un quatrième acteur dans le vin, il devient peu à peu un simple décor derrière les liens forts qui unissent cette fraternité. Klapisch ne s’arrête pas au traitement des rapports dans le présent entre frères et sœur, il introduit des interactions entre le passé et le réel à travers le personnage principal interprété par Pio Marmai. Tout d’abord entre l’enfant et l’adulte qu’il est devenu puis entre le père, décédé, et le fils, qui s’est toujours cru abandonné par celui-ci. Si ce genre de scènes peuvent parfois sembler en trop, elles ajoutent ici une belle dimension émotionnelle et donnent du sens à beaucoup de scènes, ce qui n’est pas pour déplaire.

Ce qui nous lie : Bande Annonce

Ce qui nous lie : Fiche Technique

Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena
Interprétation : Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil, Jean Marc Roulot, Maria Valverde, Eric Caravaca
Image : Alexis Kavyrchine
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Anne Schotte
Producteurs : Bruno Levy
Société de production : Ce qui me meut
Distribution : StudioCanal
Durée : 113 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 14 juin 2017

France– 2017

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Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
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