Portrait : Brie Larson, évoquée mais pas divulguée

Brie Larson : A ne pas confondre avec Alison Brie de par sa presque paronymie ou encore moins avec Alicia Vikander de par la similitude de leurs montées en gloire en 2015/2016. Ce « disclaimer » est important à édicter avant tout portrait, que dis-je, historiographie de la nouvelle future icône du cinéma américain. Certes, au delà d’être oscarisée à 26 ans, ce qui rend singulière Brie Larson c’est cet effet de “Girl next door / Who’s that girl?” accolé à sa personne. Comment s’est elle élevée au rang de « personnalité de l’année » avec une telle singularité ? Mystère ou évidence ?

Piqûre de rappel : souvenez-vous en 2012, c’est elle qui donnait la réplique à Jonah Hill dans 21 Jump Street. C’est elle aussi en 2013 qui a fait les beaux jours des critiques de cinéma dans le très réussi mais moins connu Short Term 12 au coté de Rami Malek. Pourtant, Brie à commencé sa carrière très tôt comme bon nombres de futures stars hollywoodiennes de la génération Y. De parents divorcés et assez progressistes, elle est élevée en Californie à coup de American Conservatory Theater et d’auditions juniors pour diverses campagnes de publicités et sitcoms américaines. Brie est ce que l’on peut appeler une enfant précoce des écrans.

Si elle s’essaie a sa profession depuis l’âge de 11 ans à travers des sitcoms pour la WB et plus tard, sur The Tonight Show With Jay Leno dans sa troupe d’improvisation, elle ne décrochera son premier grand rôle qu’à l’age de 18 ans en 2009. Elle joue l’adolescente stéréotypée, un peu volage et très en colère, de Toni Colette dans l’excellent et mémorable United States of Tara pour Showtime. Et oui, la petite blonde qui déteste sa mère et sa condition et qui passe son temps à changer de copain, à se droguer, et à énerver tout le monde, c’était Brie ! Durant ces 3 saisons, elle nous montre un talent inné pour le « dramédie ». Toutefois, l’actrice adulescente ne rencontre pas le même succès public qu’une Amanda Seyfried ou qu’une Shailene Woodley, qui ont toutes deux percé en même temps qu’elle. Elle se fait plus discrète et choisit consciemment ses projets, entre deux blockbusters et séries à succès (Trainwreck, Community).

Brie s’attaque aux cinéma indépendant en 2013 de par sa collaboration avec Destin Daniel Cretton, jeune réalisateur inconnu à l’époque. Ce projet de moyen métrage transformé en long métrage, permet à Brie de pouvoir explorer un jeu beaucoup plus à cru et proche de la méthode Stanislavsky et « strasbergienne ». Le matériel lui permettant cela, elle s’octroie une transformation fulgurante à l’écran. On est loin de la « comique de service » ou de la « peste détestable ». Brie prouve qu’elle peut tenir des rôles plus dessinés et encrés dans une réalité qui ne serait pas la sienne en tant qu’« enfant star ». Sa performance lui permet de remporter plusieurs prix au niveau national lors de festivals et de se rendre visible à Hollywood.

En 2014 elle est choisi pour le rôle principal dans l’adaptation cinématographique du roman “Room” d’Emma Donahue. Elle y incarne une jeune femme séquestrée, violée, et esseulée durant plusieurs années, n’ayant que force de survie en son fils de 5 ans, présent avec elle dans ce huis clos en enfer. Ce personnage dur et nivelé est enfin le rôle qui va lui faire passer du rang de jeune actrice en activité à star montante d’Hollywood. Si sa performance n’est pas la meilleure de 2015, elle est la chouchoute de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences et des pontes d’Hollywood, qui font d’elle la Anne Hathaway de cette saison. Elle est enfin consacrée, malgré sa volonté non-avouée de rester à moitié sous les feux des projecteurs.

En 2017, nous pourrons la retrouver dans notamment Kong : Skull Island avec Samuel L. Jackson mais aussi dans une nouvelle collaboration avec Destin Daniel Cretton nommé The Glass Castle. Brie Larson multiplie les rôles mais reste en demi teinte en ce qui concerne les films à gros budgets. Pourtant, dans une ironie la plus complète, le rôle qui fera le plus parler d’elle en 2016 sera son apparition au San Diego Comic Con. On l’annonce comme étant le premier visage de Captain Marvel pour la saga des Avengers au cinéma. Cette seule annonce fut consulté par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube et relayé par les médias le même jour. On aurait presque oublié quelle avait remporté un Oscar en début d’année (non, ce n’était pas Jennifer Lawrence sur scène !)

Suite à ce développé, on pourrait se demander pourquoi Brie Larson est l’une des personnalités de 2016 si elle est à ce point hors de propos en terme de parcours et de reconnaissabilité ? Osons simplement affirmer qu’elle est la preuve que cette année fut aussi surprenante qu’oubliable cinématographiquement parlant. Brie est une actrice douée et très prometteuse mais elle est loin de l’accolade très starifiée des oscarisées à la Jennifer Lawrence ou aux rangs d’honneur à la Leonardo Dicaprio. Elle est une artiste qui évolue dans son métier et qui s’est vue projetée dans la cour des grands poseurs un peu trop tôt.

Est-ce qu’on se souviendra d’elle sans se tromper et autrement que comme la future Captain Marvel en 2017 ? Peut-être pas, pour les raisons énoncées juste avant. Est-ce une mauvaise chose? Non parce qu’à l’instar des Diane Keaton ou des Viola Davis de nos jours, on la reconnaîtra plus tard comme cette excellente actrice dont on peine à se souvenir des débuts (malgré les récompenses des premiers temps). Un grand talent persistant et actif dont on ne connaîtra la source car tellement nuancé et mûrie au fil des années, loin des caméras à gros budgets, à l’instar des jeunes stars poussées trop tôt et égarées trop vite. Voici tout le bien que nous pouvons lui souhaiter !

Auteur : Pascal J-H.C Topige

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