Parce qu’il était très attendu, la Warner a essayé d’éviter à son Wonder Woman de suivre la malédiction des précédents films de super-héroïne qui ont tous sombré dans le domaine de l’imbuvable nanar. Pour cela, confier les manettes à une réalisatrice semble avoir été une bonne idée…héroïne féministe ou sexisme sous-jacent ?
Synopsis : Diana Prince se remémore les aventures qui l’ont autrefois conduite à devenir Wonder Woman. Celles-ci commencent à une lointaine époque sur l’île de Themyscira alors qu’elle était destinée à devenir princesse des guerrières amazones, puis en pleine Première Guerre mondiale tandis qu’elle suivait un espion anglais sur les champs de bataille.
Un petit objet un peu au-dessus de la moyenne
Le « DC Extended Universe » avance doucement, selon un schéma qui l’éloigne de la logique de son principal concurrent, Marvel, qui a pris soin d’introduire ses personnages un par un avant de les réunir à l’écran. Ici, hormis Superman dont le Man of Steel a servi de déclencheur à
la franchise, chacun des membres de la future Justice League va venir se greffer avant d’avoir droit à son propre film. Ainsi, c’est au tour de Wonder Woman, qui est apparue – comme un cheveu sur la soupe – dans Batman v Superman, de se voir consacrer une origin story. Il est encore trop tôt pour juger cette mécanique dans son ensemble, mais déjà il est évident que la qualité des films est individuellement très discutable : BvS a reçu un accueil terriblement clivant, perçu par les uns comme un chef d’œuvre et par d’autres comme l’un des pires films du genre, alors que Suicide Squad a été unanimement (ou presque) considéré comme un lamentable navet. Avant leur Justice League en fin d’année, qui espère rivaliser avec le box-office historique d’Avengers, les décideurs de la Warner ont tout intérêt à fédérer et réconcilier leur public et, pour cela, un personnage aussi populaire que Wonder Woman semble être une bonne solution.
Avec sa façon de s’assumer pleinement en divertissement familial, se délestant au passage de la tonalité « dark » qui semblait faire l’identité des précédents films de la saga au profit d’un ton plus léger, il est évident que la stratégie de la Warner est très de se rapprocher de la part de marché fructueuse de Marvel. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque la caractérisation de son héroïne autour de la mythologie antique et le décalage que suscite sa rencontre avec un monde plus moderne, font d’elle l’alter-ego de Thor. De plus, ses aventures militaires aux cotés de soldats-mercenaires caricaturaux ne sont pas sans rappeler celles de Captain America. Fort heureusement, l’absence de teasing et surtout le bien meilleur dosage de l’humour, détournent Wonder Woman de ces blockbusters et participent à lui donner davantage de justesse. Autre différence, et non des moindres : la naïveté inhérente à la sous-intrigue romantique se veut doublée de sous-entendus (mais aussi d’un plan en nu frontal de Chris Pine !) que ne se seraient pas permis par les productions Disney. Cependant, le cahier des charges, sur la forme (l’usage de cet insupportable thème musical) comme le fond (la caractérisation bouffonnement ultra-manichéenne des personnages secondaires et des antagonistes), semble peser si lourd sur le travail de Patty Jenkins, que l’on est encore loin de pouvoir parler de film d’auteure !
Il est triste qu’il a fallu mettre une femme derrière la caméra pour s’assurer que Gal
Gadot puisse être filmée comme une guerrière badass et non pas « que » comme un sex-symbol dans une jolie gaine dorée. Se dire qu’un homme l’aurait automatiquement érotisée jusqu’au mauvais goût est un constat qui en dit long sur le machisme de l’industrie hollywoodienne.
Parce que sa narration est construite de façon très classique, Wonder Woman débute par une première partie consacrée à l’enfance et la formation de Diana parmi les amazones. Cette introduction sur l’île de Themyscira permet au scénario de développer la mythologie propre à cette tribu féminine et à la réalisatrice de nous offrir de superbes images qui raviront en particulier les amateurs d’heroic-fantasy. On y retrouve aussi Robin Wright et Connie Nielsen, mais dans des rôles si sous-exploités qu’ils en deviennent accessoires. Ce qui est le plus marquant dans ce chapitre est malheureusement ce qui est la plus grosse faille formelle du film dans son ensemble, à savoir l’usage d’effets visuels, en particulier de fonds verts, de cascades numériques et plus encore de ralentis, d’une qualité qui frôle parfois l’indigence, et même l’overdose indigeste lorsque l’on atteint le climax final où il devient évident que le « style Zack Snyder » n’est pas si facile à imiter. Cette première partie s’achève par l’entrée en jeu de Steve Trevor, incarné par un Chris Pine qui reste dans le registre qui est le sien. Cet élément perturbateur va évidemment changer le destin de notre héroïne, et faire diverger le film vers un choc des cultures, et des époques, qui se révèle intelligemment géré. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que l’adaptation a gagné à placer l’action pendant la Première et non pas la Seconde Guerre mondiale comme que c’était le cas dans le comics d’origine.
En effet, la fausse candeur de la belle amazone est un moteur comique loin d’être futile. A travers son regard vierge de toute forme de sexisme, de nombreuses pratiques de la société britannique encore très conservatrice de 1918, et en particulier sur la place qu’y occupent les femmes apparaissent comme déraisonnables. Grâce à ce dispositif spatio-temporel, Patty Jenkins n’a pas besoin d’avoir recours à de grands discours féministes pour poser ce petit plus que n’aurait sans doute pas su apporter un réalisateur. Et pourtant, le schéma des relations
entre Diana et Steve est tel que c’est lui qui est naturellement considéré comme le leader de leur virée militaire. Le féminisme du long-métrage est alors difficile à défendre, et ce même lorsque Wonder Woman s’impose comme une pure figure héroïque. C’est d’ailleurs grâce à un soin appliqué, non sans une certaine lourdeur, par la mise en scène pour l’iconiser dans ces scènes d’action spectaculaires que le film trouve l’identité qui lui est propre et retombe dans les travers du blockbuster d’action moyen.
Ces imperfections inhérentes au genre sont encore amplifiées par la durée du film (ces 2h20 sont vraiment nécessaires ?!). Il s’agit évidemment de quelques longueurs et autres répétitions qui viennent par moments peser sur le rythme, mais aussi de quelques incohérences un peu brouillonnes dans l’évolution très linéaire de son héroïne, qui elle-même pâlit du jeu plus que limité de Gal Gadot. Malgré ces légers reproches, Wonder Woman n’en est pas moins un film de super-héros grand public, plutôt fun, animé par un souffle épique et qui, même lorsque « pour battre la guerre, il faut croire en l’amour » (sic), reste globalement moins niais que la plupart de ses concurrents directs.
Wonder Woman : Bande-annonce
Wonder Woman : Fiche technique
Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Jason Fuchs, Zack Snyder
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Budget : 149 millions $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017
Etats-Unis – 2017
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C’est un univers réaliste qui est présenté, à l’opposé donc de Star Wars ou Star Trek. Les institutions humaines apparaissent crédibles, à l’image de ce que l’on peut facilement imaginer dans un siècle si l’humanité colonise d’autres mondes du système solaire.
Le détective Joe Miller (Thomas Jane) est un policier blasé, aux méthodes violentes. Il finit par être obsédée par la femme qu’il doit retrouver, au point d’en faire une affaire personnelle.
Manon était crises, cris et refus quand elle est entrée dans un centre éducatif fermé à 15 ans. C’était la première fois que nous croisions Manon et elle nous bouleversait totalement avec sa bouille fermée, son corps si frêle et sa rage. Cette rage, plus que la contenir, Manon a appris à l’apprivoiser. Par le théâtre, mais aussi la confiance et le regard que certains ont bien voulu lui offrir. On l’avait quittée sur un sourire. Et un sourire de Manon, c’est précieux. Jean-Xavier de Lestrade l’a bien compris, c’est pourquoi il traque chaque mouvement sur le visage de son interprète Alba Gaia Bellugi qui est toujours au cœur de Manon 20 ans. Manon a grandi mais reste intranquille, elle refuse de renoncer, de lâcher prise. Elle voudrait être mécano, mais dans un monde d’hommes, ce n’est pas encore gagné. La voilà donc, non sans mal, propulsée à l’accueil où on lui demande d’être tout ce qu’elle n’est pas vraiment: une jolie poupée qui répond au téléphone. Deux personnages façonnent alors son désir naissant (elle a laissé tomber un ancien amour qui la trompait ouvertement) : la communicante du garage, Jennifer portée par Deborah François, qui la fait s’approprier son corps et Bruno (Théo Cholbi) qui tente de la dompter tout en adorant sa spontanéité, ce qui ne sera pas sans créer quelques étincelles. Au milieu de tout ça, Manon continue de tout dévaster sur son passage, de déconstruire en quelque sorte les attentes. La voilà fragile et forte à la fois, tendue, perdue, mais aussi sûre de ses choix. S’imposer ne sera jamais facile, mais une chose est certaine : Manon ne se laissera pas mettre en cage par la société.
Toujours à l’affût du moindre mouvement, de l’imperceptible changement, du calme avant la tempête, Jean-Xavier Lestrade accompagne de nouveau Manon avec une grande bienveillance dans ces trois épisodes sur le fil du rasoir. A l’aide d’une BO fidèle aux états d’âme, ou du moins aux mouvements de Manon (ceux de la crise au sourire), le réalisateur prend le temps d’observer son héroïne. Il fait surtout le pari de la laisser s’opposer à cette société qui voudrait l’enfermer, la calmer. Elle refuse ce que l’on construit pour elle, cherche toujours sa voix. Cette fois, le théâtre même ne la canalisera pas, elle s’émancipe d’une vision trop réductrice de cet art pour n’en garder qu’une envie : celle de vivre. Telle une Nina à la Tchekhov, de laquelle elle rejette l’instinct de mort pour choisir la rage de vivre, Manon décide de déployer ses ailes de mouette pour planer au-dessus de la mer. La très douce dernière scène de la série – avec enfin le si attendu sourire – le souligne avec tendresse. Alba Gaia Bellugi offre de nouveau tout ce qu’elle a de spontanéité de douceur et de force à ce personnage passionnant auquel on veut tendre la main, tout en sachant qu’elle se relèvera toujours seule. Les scènes de confrontation entre Manon et sa mère (Marina Foïs) n’ont rien perdu, elles non plus, de leur rage et ce n’est pas le père qui apaisera ce climat tempétueux que seule Manon sait créer, comme personne. La lumière ne tient qu’à sa capacité à persévérer dans la voie qu’elle s’est choisie. Une réussite incontestable.



Personnage clé de la victoire anglo-saxonne sur le régime nazi, Winston Churchill a déjà connu de nombreuses incarnations cinématographiques, dont les plus mémorables ont les traits des
anglais adhèrent à l’image gauchement désacralisée qui est donnée au plus intouchable de leurs premiers ministres.
Le précédent film de Jimenez,
d’évènements historiques clés de cette époque en dehors de l’élection d’Hitler en 1933, à commencer par la Nuit des Longs Couteaux, aurait ainsi permis une bien meilleure contextualisation. De plus, le fait de revenir sur le processus d’endoctrinement de Reinhard Heydrich, qui n’apparait au début du film que comme un militaire présomptueux et acariâtre, aurait pu faire de HHhH une œuvre réellement transgressive, ce qui n’est visiblement pas l’intention de son auteur.
Malgré les failles de son écriture, Jimenez parvient à assurer une mise en scène et une photographie qui garantit à l’ensemble une certaine qualité esthétique et même une logique symbolique. Les couleurs chaudes et les plans très calés de la première partie s’opposent en effet au ton plus grisonnant et à la caméra au poing de la suivante. La véritable qualité formelle du film est en fait à chercher du côté de sa bande originale. Signée par Guillaume Roussel, la musique a beau être omniprésente et avoir des tonalités très hollywoodiennes, c’est elle qui assure tout du long cette intensité et ce semblant de souffle épique qui nous tiennent en haleine, et ce même lorsque le rythme faiblit. Il faut le reconnaitre, quand bien même les financements sont essentiellement français, HHhH vise un public international… et le nom des Weinstein parmi les producteurs laisse même à penser qu’on le reverra aux Oscars. Le casting anglo-saxon et la langue anglaise parlée par les personnages aussi bien allemands que tchèques ne laissent aucun doute sur ce point. Les présences de Céline Sallette ainsi que celle de Gilles Lelouche (tous deux en tête d’affiche de La French) dans des rôles secondaires ne duperont personne : Cedric Jimenez a pensé son long-métrage comme une grande fresque hollywoodienne. Puisqu’il n’en reste pas moins un film français, on peut alors affirmer qu’il a réussi son pari et livré une œuvre d’une rare envergure.


Tout juste le Festival de Cannes vient de s’achever que L’Amant d’un Jour débarque dans les salles, fort de son succès d’estime et de son 
David Michôd se voit donc offrir l’opportunité de prospérer avec Netflix alors qu’après avoir impressionné les critiques avec Animal Kingdom, son premier film en 2010, et réalisé un
Plus incisif et avec un regard indubitablement plus sombre et ironique sur son sujet, le réalisateur parvient à faire mouche. Car contrairement à beaucoup de mauvaises satires, il ne prend pas de haut son sujet, traite ses personnages avec respect et arrive à créer de l’empathie auprès du spectateur. Se recentrant sur son personnage principal pour faire un parallèle avec les idées de grandeur véhiculées par une politique suprémaciste, il porte un regard intimiste sur le destin d’un homme qui se reflète dans la grandeur déchue d’une nation. On retrouve cette vision plus acerbe du genre humain qu’affectionne tant Michôd mais, ici, il les prend avec plus d’empathie. Il arrive à créer une cohésion de groupe assez forte entre le général et ses hommes, c’est avec eux que le film se montrera le plus drôle mais aussi le plus touchant. In fine, l’écriture fonctionne malgré ses errances et ses dialogues pas toujours inspirés grâce à un propos qui détourne la banale critique de la guerre pour apporter une réflexion bien plus vaste et universelle sur l’ambition, l’ego et l’humain en tant qu’outil remplaçable.
La grande réussite de War Machine réside aussi dans son casting impeccable et surtout dans un one man show impressionnant de Brad Pitt. Embrassant totalement la caricature dépeinte par le film, il donne une prestation en forme de cabotinage mais qui, derrière l’accent forcé et les grimaces, cache un vrai travail en profondeur. Malgré une performance qui pourrait très vite tourner au ridicule, il arrive à dépeindre l’humain derrière le gradé, et offre un jeu tout en nuances et plus subtil qu’il ne le laisse paraître. Il fait parfaitement corps avec la mise en scène minimaliste de David Michôd qui reste dans la tradition de son cinéma. Préférant la composition minutieuse du cadre à l’extravagance visuelle, il travaille la symbolique de ses images et prête attention aux performances de ses acteurs captant les regards et les expressions plus que les mots. Mais c’est surtout dans son exécution de la violence que l’on reconnait le cinéaste, avec sa fascination de l’acte en tant que catharsis pour mettre en exergue la stupidité de celui-ci. La séquence d’assaut qui arrive en climax du film brille par sa violence sèche et sa précision qui prend vraiment aux tripes. Comme toujours chez Michôd, les coups de feu arrivent comme des jumpscares, brisant le calme et explosant hors du cadre pour résonner durablement chez le spectateur.