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Wonder Woman, un film de Patty Jenkins : Critique

Parce qu’il était très attendu, la Warner a essayé d’éviter à son Wonder Woman de suivre la malédiction des précédents films de super-héroïne qui ont tous sombré dans le domaine de l’imbuvable nanar. Pour cela, confier les manettes à une réalisatrice semble avoir été une bonne idée…héroïne féministe ou sexisme sous-jacent ?

Synopsis : Diana Prince se remémore les aventures qui l’ont autrefois conduite à devenir Wonder Woman. Celles-ci commencent à une lointaine époque sur l’île de Themyscira alors qu’elle était destinée à devenir princesse des guerrières amazones, puis en pleine Première Guerre mondiale tandis qu’elle suivait un espion anglais sur les champs de bataille.

Un petit objet un peu au-dessus de la moyenne

Le « DC Extended Universe » avance doucement, selon un schéma qui l’éloigne de la logique de son principal concurrent, Marvel, qui a pris soin d’introduire ses personnages un par un avant de les réunir à l’écran. Ici, hormis Superman dont le Man of Steel a servi de déclencheur à wonder-woman-Gal-Gadot-bras-en-basla franchise, chacun des membres de la future Justice League va venir se greffer avant d’avoir droit à son propre film. Ainsi, c’est au tour de Wonder Woman, qui est apparue – comme un cheveu sur la soupe – dans Batman v Superman, de se voir consacrer une origin story. Il est encore trop tôt pour juger cette mécanique dans son ensemble, mais déjà il est évident que la qualité des films est individuellement très discutable : BvS a reçu un accueil terriblement clivant, perçu par les uns comme un chef d’œuvre et par d’autres comme l’un des pires films du genre, alors que Suicide Squad a été unanimement (ou presque) considéré comme un lamentable navet. Avant leur Justice League en fin d’année, qui espère rivaliser avec le box-office historique d’Avengers, les décideurs de la Warner ont tout intérêt à fédérer et réconcilier leur public et, pour cela, un personnage aussi populaire que Wonder Woman semble être une bonne solution.

Avec sa façon de s’assumer pleinement en divertissement familial, se délestant au passage de la tonalité « dark » qui semblait faire l’identité des précédents films de la saga au profit d’un ton plus léger, il est évident que la stratégie de la Warner est très de se rapprocher de la part de marché fructueuse de Marvel. La comparaison ne s’arrête pas là, puisque la caractérisation de son héroïne autour de la mythologie antique et le décalage que suscite sa rencontre avec un monde plus moderne, font d’elle l’alter-ego de Thor. De plus, ses aventures militaires aux cotés de soldats-mercenaires caricaturaux ne sont pas sans rappeler celles de Captain America. Fort heureusement, l’absence de teasing et surtout le bien meilleur dosage de l’humour, détournent Wonder Woman de ces blockbusters et participent à lui donner davantage de justesse. Autre différence, et non des moindres : la naïveté inhérente à la sous-intrigue romantique se veut doublée de sous-entendus (mais aussi d’un plan en nu frontal de Chris Pine !) que ne se seraient pas permis par les productions Disney. Cependant, le cahier des charges, sur la forme (l’usage de cet insupportable thème musical) comme le fond (la caractérisation bouffonnement ultra-manichéenne des personnages secondaires et des antagonistes), semble peser si lourd sur le travail de Patty Jenkins, que l’on est encore loin de pouvoir parler de film d’auteure !

Il est triste qu’il a fallu mettre une femme derrière la caméra pour s’assurer que Gal wonder-woman-Gal-Gadot-sous-la-capucheGadot puisse être filmée comme une guerrière badass et non pas « que » comme un sex-symbol dans une jolie gaine dorée. Se dire qu’un homme l’aurait automatiquement érotisée jusqu’au mauvais goût est un constat qui en dit long sur le machisme de l’industrie hollywoodienne.

Parce que sa narration est construite de façon très classique, Wonder Woman débute par une première partie consacrée à l’enfance et la formation de Diana parmi les amazones. Cette introduction sur l’île de Themyscira permet au scénario de développer la mythologie propre à cette tribu féminine et à la réalisatrice de nous offrir de superbes images qui raviront en particulier les amateurs d’heroic-fantasy. On y retrouve aussi Robin Wright et Connie Nielsen, mais dans des rôles si sous-exploités qu’ils en deviennent accessoires. Ce qui est le plus marquant dans ce chapitre est malheureusement ce qui est la plus grosse faille formelle du film dans son ensemble, à savoir l’usage d’effets visuels, en particulier de fonds verts, de cascades numériques et plus encore de ralentis, d’une qualité qui frôle parfois l’indigence, et même l’overdose indigeste lorsque l’on atteint le climax final où il devient évident que le « style Zack Snyder » n’est pas si facile à imiter. Cette première partie s’achève par l’entrée en jeu de Steve Trevor, incarné par un Chris Pine qui reste dans le registre qui est le sien. Cet élément perturbateur va évidemment changer le destin de notre héroïne, et faire diverger le film vers un choc des cultures, et des époques, qui se révèle intelligemment géré. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que l’adaptation a gagné à placer l’action pendant la Première et non pas la Seconde Guerre mondiale comme que c’était le cas dans le comics d’origine.

En effet, la fausse candeur de la belle amazone est un moteur comique loin d’être futile. A travers son regard vierge de toute forme de sexisme, de nombreuses pratiques de la société britannique encore très conservatrice de 1918, et en particulier sur la place qu’y occupent les femmes apparaissent comme déraisonnables. Grâce à ce dispositif spatio-temporel, Patty Jenkins n’a pas besoin d’avoir recours à de grands discours féministes pour poser ce petit plus que n’aurait sans doute pas su apporter un réalisateur. Et pourtant, le schéma des relations Wonder-Woman-Chris-Pine-Gal-Gadotentre Diana et Steve est tel que c’est lui qui est naturellement considéré comme le leader de leur virée militaire. Le féminisme du long-métrage est alors difficile à défendre, et ce même lorsque Wonder Woman s’impose comme une pure figure héroïque. C’est d’ailleurs grâce à un soin appliqué, non sans une certaine lourdeur, par la mise en scène pour l’iconiser dans ces scènes d’action spectaculaires que le film trouve l’identité qui lui est propre et retombe dans les travers du blockbuster d’action moyen.

Ces imperfections inhérentes au genre sont encore amplifiées par la durée du film (ces 2h20 sont vraiment nécessaires ?!). Il s’agit évidemment de quelques longueurs et autres répétitions qui viennent par moments peser sur le rythme, mais aussi de quelques incohérences un peu brouillonnes dans l’évolution très linéaire de son héroïne, qui elle-même pâlit du jeu plus que limité de Gal Gadot. Malgré ces légers reproches, Wonder Woman n’en est pas moins un film de super-héros grand public, plutôt fun, animé par un souffle épique et qui, même lorsque « pour battre la guerre, il faut croire en l’amour » (sic), reste globalement moins niais que la plupart de ses concurrents directs.

Wonder Woman : Bande-annonce

Wonder Woman : Fiche technique

Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Jason Fuchs, Zack Snyder
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Budget : 149 millions $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017

Etats-Unis – 2017

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Top 15 des meilleures scènes d’ouverture de films

In média res (La Guerre des Étoiles) ou non-linéaire (Memento), le début d’un film est toujours un pari en soi. Car derrière cette succession d’images, se cache une mission propre à tout cinéaste : captiver tout en donnant envie d’en voir plus. De Drive à Citizen Kane et en passant par La la land retour sur les meilleures scènes d’ouverture de films qui, dès les premières minutes, imprègnent la rétine durablement et scotchent les spectateurs à leurs sièges.

Savoir attirer notre attention dès les premières secondes d’un film est un art que certains maîtrisent mieux que d’autres. Voici quelques uns des plans séquences devenus cultes. Qu’elle ne dure que le temps d’un plan ou s’étire sur une scène plus longue, l’ouverture d’un film fait partie de ce que nous en retiendrons le plus longtemps. Certaines sont même devenues plus célèbres que le long-métrage qui les suit. Nos rédacteurs ont sélectionné les scènes d’ouverture de films qui les ont le plus marqués.

Notre top 15 des meilleures scènes d’introduction au cinéma

1 / Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) : Reproduire avec fidélité l’ampleur d’un événement de l’histoire, c’est ce qu’a réussi Steven Spielberg dans cette séquence d’ouverture. Longue de vingt minutes, il s’agit d’une incroyable reconstitution historique du débarquement de Normandie. C’est à travers un arsenal de mise en scène et une bande-son construite autour d’un chaos de champ de bataille que la prouesse technique de cette séquence est, aujourd’hui, considérée comme un objet d’étude à part entière.

https://www.youtube.com/watch?v=zpnY46QzDYk

2/ La la land (Damien Chazelle, 2007) : Le Logo Cinemascope, la sonate chaotique de Tchaikovski et un embouteillage sur une rocade de Los Angeles : il n’a pas fallu grand chose pour introduire la désormais mythique ouverture de La La Land. Filmée en un plan séquence magistral entre les véhicules et leurs conducteurs, la scène est un modèle de maîtrise et de fraîcheur, propulsant La La Land, dès ses premières secondes, au panthéon du cinéma contemporain.

3/ Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) : Une séquence d’ouverture ne peut pas aussi bien annoncer le film que celle d’Orange Mécanique, l’OVNI propulsé par Kubrick en 1971. Un premier plan rouge sang qui scelle le métrage dans l’ultra- violence qui ne va plus le quitter. Un breuvage blanc, le « laitplus », pur et toxique à la fois. Le mélange des synthés et de Purcell. Et cet œil, l’œil d’Alex, hypnotique, maléfique. « Bienvenue à Dystopia Land », semble nous dire le cinéaste.

https://www.youtube.com/watch?v=kTuuXL8lakE

4/ Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009) : Dans cette « leçon de suspense », nous ne redécouvrons pas seulement le talent incontestable de Quentin Tarantino pour mêler humour, tension et direction d’acteurs impeccable, nous partons aussi à la rencontre de Christoph Waltz, acteur magique. Il nous accompagnera tout au long d’un film fantasme qui marque dès ses 10 premières minutes polyglottes et pleines de trouvailles savoureuses après lesquelles vous ne boirez plus jamais de lait innocemment !

5/ Drive (Nicolas Winding Refn, 2011) : Drive, ce n’est pas une scène d’ouverture, mais toute une séquence pré-générique. Un homme de dos, une voix, un flegme, le calme. Un héros au volant d’une voiture. Une course poursuite maîtrisée et froide, une musique hypnotisante, une radio en fond sonore, un braquage et un match de base-ball, le silence, la tension. Puis le retournement final. Une ambiance qui nous happe, un sens du timing magistral. Une claque.

6/ La soif du mal (Orson Welles, 1958) : Sorti en 1958, La soif du mal est la dernière œuvre hollywoodienne d’Orson Welles. Le film est introduit par rien de moins que l’une des scènes les plus cultes du réalisateur : un plan séquence dantesque avec grue aux mouvements aussi complexes qu’ils paraissent naturels. On y suit la progression d’une voiture piégée vers un poste frontière, naviguant avec la camera à travers la ville dans une séquence remplie de vie et de tension.

7/ 2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) : La séquence d’ouverture du chef d’œuvre de la Science Fiction correspond au premier chapitre de celui-ci, intitulé « L’aube de l’humanité ». Les profonds silences et la musique de Richard Strauss rythment cette séquence où ces singes, qui représentent nos ancêtres, font la découverte de l’Outil, et deviennent des Hommes en le transformant en Arme. Une brillante ouverture qui place le spectateur directement dans la thématique principale de l’œuvre qu’est le rapport au temps.

Suite du top 15 des meilleures scènes d’ouverture de films 

The Expanse saison 1 et 2 : Critique série

Série de space opera qui s’avère complexe et visuellement impressionnante, The Expanse dépeint un univers réaliste, dans un cadre spatio-temporel plutôt original.

Synopsis : La destruction d’un vaisseau transporteur de glaces par des assaillants inconnus est le début d’une succession d’événements qui va exacerber les tensions entre la Terre, Mars et les habitants de la Ceinture d’astéroïdes. James Holden, officier survivant du vaisseau, Josephus Miller, détective ceinturien chargé de retrouver la fille d’un milliardaire, Chrisjen Avasarala, sous-secrétaire adjoint pour les Nations unies, qui tente de faire la lumière sur ces événements, se retrouvent ainsi mêlés à de sombres machinations, aux conséquences qu’aucun d’entre eux ne pouvait alors imaginer.

The Expanse est l’adaptation de la série de livres du même nom, de James Corvey. Le cadre se situe dans un futur proche, dans le système solaire, lorsque l’humanité s’est extirpé de la Terre d’origine, mais sans pouvoir encore atteindre les étoiles. Une époque intéressante trop peu montrée à l’écran comme dans les livres. Parfois présentée comme le Game of thrones de la science-fiction par certaines presses avides de comparaison facile, en raison de ses luttes de pouvoir entre les différents peuples, elle s’avère pourtant assez différente. Mélangeant des éléments horrifiques ou de thriller avec les intrigues politiques, elle se concentre sur un nombre réduit de personnages, qui vont essayer de faire éclater la vérité, et empêcher l’humanité de s’autodétruire à l’heure où elle devrait se serrer les coudes face à une potentielle menace destructrice sans précédent.

Mondes crédibles

C’est un univers réaliste qui est présenté, à l’opposé donc de Star Wars ou Star Trek. Les institutions humaines apparaissent crédibles, à l’image de ce que l’on peut facilement imaginer dans un siècle si l’humanité colonise d’autres mondes du système solaire.

Les habitants de Mars, qui ont toute une planète à coloniser, fournissent beaucoup d’efforts pour réaliser le vieux rêve des premiers colons de recréer un habitat hospitalier et méprisent une Terre remplie d’habitants oisifs qui ont laissé se dégrader une nature inestimable. Beaucoup en viennent à penser qu’ils ne pourront véritablement prendre leur essor qu’une fois avoir pris l’ascendant sur la planète sœur.

Des années en gravitation restreinte ont transformé les habitants de la Ceinture des astéroïdes en êtres frêles et chétifs, et de grande taille. Des différences physiques qui, on ne le sait que trop bien, suffisent à susciter le rejet de la part des autres peuples. Une vie passée à économiser des ressources d’importances vitales, à communiquer dans le vide autant avec les mains qu’avec les paroles, a entraîné l’apparition d’une toute nouvelle culture, où les matières premières ont acquis une importance sacrée avec laquelle on ne plaisante pas, et où l’on communique autant avec les gestes que les mots. Un peuple qui vit de plus en plus mal la mainmise des planètes intérieures sur leurs mondes et leurs ressources.

Tout change avec l’apparition d’une toute nouvelle technologie avancée à grand potentiel. Elle donne un avantage certain au camp qui la possède, et est susceptible donc de bouleverser les rapports de forces. Mais c’est aussi et surtout une technologie venue d’au-delà du système solaire, la preuve que d’autres formes de vie conscience existent, capables de prouesses dont nous ne soupçonnons même pas la possibilité. Une découverte nous mettant dans la position très angoissante des Aztèques persuadés d’être seuls au monde et qui ne pouvaient comprendre l’arrivée des vaisseaux espagnols, funestes présages à la disparition de leur civilisation. Mais pour l’heure, la Terre et Mars se méfient trop l’une de l’autre, et les Ceinturiens sont trop occupés à revendiquer leur liberté pour faire cause commune…

L’apparition d’éléments extraterrestres la différencie de Battlestar Galactica, qui se concentrait sur la dimension politique et humaine. En terme de profondeur, The Expanse n’arrive certes pas à la hauteur, mais a suffisamment de qualité pour s’afficher comme un successeur honorable.

Héros malgré eux

Bien que le développement des personnages ne soit pas vraiment le point fort de la série, ils sont assez étoffés pour apparaitre ambigus, avec des failles personnelles qui les rendent humains.

Le détective Joe Miller (Thomas Jane) est un policier blasé, aux méthodes violentes. Il finit par être obsédée par la femme qu’il doit retrouver, au point d’en faire une affaire personnelle.

En parallèle, Jim Holden (Steven Strait) est un homme profondément droit qui s’échine à faire ce qui est juste, au risque d’aggraver la situation. Après la destruction de son vaisseau, il se retrouve catapulté malgré lui capitaine. Aux lourdes responsabilités de la survie de l’équipage s’ajoute son rôle à jouer dans une affaire qui le dépasse, pion involontaire pris dans une guerre naissante et face à un ennemi inconnu.

A l’inverse Chrisjen Avasarala (Shohreh Aghdashloo) est une politicienne revêche qui n’a pas la langue dans sa poche. Habile oratrice, elle a une connaissance fine des affaires politiques et parvient à nager en eaux troubles sans se noyer. Un masque sévère qui dissimule ses doutes et ses craintes, qu’elle n’enlève qu’en face de son compagnon, trop souvent éloigné d’elle.

Apparue en saison 2, Bobbie Draper (Frankie Adams) est une guerrière, un marine de Mars surentraîné, fort de corps et d’esprit, qui a grandi comme la jeune génération martienne en oubliant le rêve des premiers colons, et avec une animosité grandissante envers la Terre. Bouleversée par un traumatisme sur la lointaine Ganymède, manipulée par ses supérieurs, elle va devoir mettre de côté ses préjugés et ses tendances belliqueuses.

Une adaptation complémentaire aux livres

Si la série suit assez fidèlement les livres, elle s’en écarte de manière évidente en modifiant l’ordre d’apparition des personnages ou certains événements pour en faire une version parallèle, ce qui n’est sans doute pas plus mal. A l’inverse de Game of thrones, cela évite la frustration des changements non justifiés pour une adaptation qui se voulait à l’origine très fidèle (sauf dans les dernières saisons).

La série développe également davantage le côté politique, que l’on pourrait juger un peu trop en retrait dans les livres, en y ajoutant quelques éléments intéressants (les reproches de Mars à la Terre pour avoir laissé la nature se dégrader par exemple). Dans la saison 2, elle complexifie encore les rapports de force en ajoutant, intelligemment, des rivalités au sein même des peuples qui n’existaient pas réellement dans les livres. Enfin, la série étoffe également les personnages secondaires comme l’équipage de Holden, qui présentent chacun une loyauté plus marquée envers leur peuple d’origine, comme le pilote envers Mars et l’ingénieure envers les Ceinturiens.

The expanse  signe la volonté de Sy-Fy de revenir au genre space opera qu’elle avait abandonnée quelques années plus tôt avec l’annulation de Stargate Universe et Caprica. Contrairement à Dark Matter ou Killjoys toutefois, la série bénéficie d’un vrai budget permettant des décors et des scènes spatiales qui n’ont rien à envier aux films. Loin des vaisseaux aux décors carton-pâte ou rutilants, les vaisseaux sont sombres, souvent délabrés, et donnent réellement l’impression que c’est le genre d’appareils qui pourraient servir à voyager dans l’espace dans quelques décennies.

Bande-annonce The Expanse

The Expanse : Fiche technique

Création: Mark Fergus, Hawk Ostby
Réalisateurs : Terry McDonough, Bill Johnson, Jeff Woolnough, Robert Lieberman
Acteurs : Thomas Jane (Josephus Miller) ; Steven Strait (James Holden); Cas Anvar (Alex Kamal); Dominique Tipper (Naomi Nagata); Wes Chatham (Amos Burton); Shohreh Aghdashloo (Chrisjen Avarasala) ; Frankie Adams (Roberta « Bobbie » Draper)
Scénaristes : Mark Fergus et Hawk Ostby… D’après l’œuvre de James Corvey
Producteurs: Daniel Abraham, Ty Franck, Lynn Raynor, Ben Cook, Dan Nowak
Producteurs exécutifs : Broderick Johnson, Andrew Kosove, Sharon Hall, Sean Daniel, Jason F. Brown, Mark Fergus, Hawk Ostby, Naren Shankar
Musique : Clinton Shorter
Chaîne d’origine: SyFy
Réseau de diffusion : NBC Universal
Format et nombre d’épisodes : 23 épisodes de 42 minutes
Genre: Science-fiction, drame

États-Unis- 2015

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Manon 20 ans, une série de Jean-Xavier de Lestrade : critique

Trois ans après nous avoir laissé sur son lumineux sourire plein d’espoir, Jean-Xavier de Lestrade retrouve Manon 20 ans sur le chemin de la vie. Entre douceur, honnêteté et refus de renoncer, Alba Gaia Bellugi offre à Manon la force de grandir, de dire « non » et d’aller vers son destin tout le long de trois épisodes diffusés sur Arte.

Six fois Manon

Manon était crises, cris et refus quand elle est entrée dans un centre éducatif fermé à 15 ans. C’était la première fois que nous croisions Manon et elle nous bouleversait totalement avec sa bouille fermée, son corps si frêle et sa rage. Cette rage, plus que la contenir, Manon a appris à l’apprivoiser. Par le théâtre, mais aussi la confiance et le regard que certains ont bien voulu lui offrir. On l’avait quittée sur un sourire. Et un sourire de Manon, c’est précieux. Jean-Xavier de Lestrade l’a bien compris, c’est pourquoi il traque chaque mouvement sur le visage de son interprète Alba Gaia Bellugi qui est toujours au cœur de Manon 20 ans. Manon a grandi mais reste intranquille, elle refuse de renoncer, de lâcher prise. Elle voudrait être mécano, mais dans un monde d’hommes, ce n’est pas encore gagné. La voilà donc, non sans mal, propulsée à l’accueil où on lui demande d’être tout ce qu’elle n’est pas vraiment: une jolie poupée qui répond au téléphone. Deux personnages façonnent alors son désir naissant (elle a laissé tomber un ancien amour qui la trompait ouvertement) : la communicante du garage, Jennifer portée par Deborah François, qui la fait s’approprier son corps et Bruno (Théo Cholbi) qui tente de la dompter tout en adorant sa spontanéité, ce qui ne sera pas sans créer quelques étincelles. Au milieu de tout ça, Manon continue de tout dévaster sur son passage, de déconstruire en quelque sorte les attentes. La voilà fragile et forte à la fois, tendue, perdue, mais aussi sûre de ses choix. S’imposer ne sera jamais facile, mais une chose est certaine : Manon ne se laissera pas mettre en cage par la société.

Après la tempête

Toujours à l’affût du moindre mouvement, de l’imperceptible changement, du calme avant la tempête, Jean-Xavier Lestrade accompagne de nouveau Manon avec une grande bienveillance dans ces trois épisodes sur le fil du rasoir. A l’aide d’une BO fidèle aux états d’âme, ou du moins aux mouvements de Manon (ceux de la crise au sourire), le réalisateur prend le temps d’observer son héroïne. Il fait surtout le pari de la laisser s’opposer à cette société qui voudrait l’enfermer, la calmer. Elle refuse ce que l’on construit pour elle, cherche toujours sa voix. Cette fois, le théâtre même ne la canalisera pas, elle s’émancipe d’une vision trop réductrice de cet art pour n’en garder qu’une envie : celle de vivre. Telle une Nina à la Tchekhov, de laquelle elle rejette l’instinct de mort pour choisir la rage de vivre, Manon décide de déployer ses ailes de mouette pour planer au-dessus de la mer. La très douce dernière scène de la série – avec enfin le si attendu sourire – le souligne avec tendresse. Alba Gaia Bellugi offre de nouveau tout ce qu’elle a de spontanéité de douceur et de force à ce personnage passionnant auquel on veut tendre la main, tout en sachant qu’elle se relèvera toujours seule. Les scènes de confrontation entre Manon et sa mère (Marina Foïs) n’ont rien perdu, elles non plus, de leur rage et ce n’est pas le père qui apaisera ce climat tempétueux que seule Manon sait créer, comme personne. La lumière ne tient qu’à sa capacité à persévérer dans la voie qu’elle s’est choisie. Une réussite incontestable.

Retrouvez Manon 20 ans et 3 x Manon sur Arte+7 jusqu’au jeudi 8 juin

Manon 20 ans : Bande-annonce

Manon 20 ans : Fiche Technique

Réalisation : Jean-Xavier de Lestrade
Scénario : Antoine Lacomblez, Jean-Xavier de Lestrade
Avec : Alba Gaïa Bellugi (Manon Vidal), Déborah François (Jennifer Bressan), Théo Cholbi (Bruno), Yoann Blanc (M. Hervé), Charlie Nelson (François Losmel),
Claire Bouanich (Lola), Marina Foïs (Monique)
Son : Antoine Mercier, Dominique Lacour
Costumes : Valérie Mascolo
Décors : Léa Philippon
Image : Isabelle Razavet
Montage : Sophie Brunet
Musique : Alexandre Lessertisseur
Production : Image et Compagnie, ARTE
Productrice : Nicole Collet
Pays :France
Année : 2016

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Lou Andreas-Salomé, un film de Cordula Kablitz-Post : Critique

Après le biopic sur Paula Becker, le cinéma allemand rend à nouveau hommage à une figure féminine libre : Lou Andreas-Salomé. Véritable source d’inspiration des poèmes de Rilke ou de l’idéologie de Nietzsche, sa personnalité continue d’intriguer bien des années après.

Synopsis : Lou Andreas-Salomé, égérie intellectuelle, romancière et psychanalyste, décide d’écrire ses mémoires… Elle retrace sa jeunesse parmi la communauté allemande de Saint-Pétersbourg, marquée par le vœu de poursuivre une vie intellectuelle et la certitude que le sexe, donc le mariage, place les femmes dans un rôle subordonné. Elle évoque ses relations mouvementées avec Nietzsche et Freud et la passion qui l’a unie à Rilke. Tous ses souvenirs révèlent une vie marquée par le conflit entre autonomie et intimité, et le désir de vivre sa liberté au lieu de seulement la prêcher comme ses confrères.

Si la mise au scène aurait pu être plus poussée et la philosophie davantage mise en avant, le film n’en reste pas moins une très grande réussite. Le portrait de cette femme, muse des plus grands intellectuels du XXe siècle et véritable femme de lettres, est joliment réalisé grâce au talent de trois actrices allemandes qui interprètent Lou Andreas-Salomé à différents âges de sa vie. Faute d’archives, Cordula Kablitz-Post se voit ici obligée de réaliser un biopic au détriment du documentaire, auquel elle est pourtant habituée. L’écrivain et romancière ayant brûlé beaucoup de ses écrits ou d’images avant de mourir, la fiction prend une part importante dans le film qui se construit sous une forme surprenante. Le spectateur est alors entraîné dans la vie de cette allemande d’origine russe à travers des photos sépias mises en mouvement et un récit conté par la psychanalyste qu’elle était. De flashback en flashback, les années défilent sous les yeux des spectateurs attentifs et intrigués par la grande femme qu’elle a été, et se retrouvent autant impressionnés par son érudition que le jeune homme auquel elle dicte ses mémoires. De rencontres intellectuelles à chemins amoureux, la réalisatrice dessine le destin de cette figure émancipée en avance sur son temps de manière intelligente et aglou-andreas-salome-fim-katharina-lorenz-alexander-scheerréable. Si son émancipation est parfois douteuse de par sa dépendance aux hommes et sa célébrité montrée comme étant redevable aux rencontres masculines qu’elle a faites, elle n’en reste pas moins une femme en quête de liberté possédant un talent grandissant. Ce n’est d’ailleurs pas cela le féminisme : s’émanciper et se battre pour sa propre liberté et sa propre reconnaissance ?

« Perspicace comme l’aigle, brave comme le lion »

En effet, Lou Andreas-Salomé fait le choix de trouver sa propre liberté et de la vivre, que cela soit dans les mœurs ou non, que cela plaise aux hommes qu’elle fréquente ou non. « Deviens ce que tu es », une phrase que son père lui laisse sur une carte et qui va ainsi la guider toute sa vie. Celle pour qui l’intensité de l’existence est primordiale, nous fait voyager à travers St Petersbourg, Zurick, Rome, Vienne ou encore Berlin et donne envie au spectateur de la suivre dans ce vent de liberté qu’elle sait consommer sans limite. Elle rythme sa vie entre savoir intellectuel et liberté et attire les plus grands écrivains par sa fraîcheur et la passion avec laquelle elle vit. Féministe avant l’heure et jeune femme à la modernité inspirante, son élégance et sa finesse sont autant de charmes dans le film que ce que l’on peut en lire. En rupture avec tous les codes de l’époque et influencée par la philosophie de Kant et Spinoza, la jeune femme a su captiver les foules et surtout, charmer le cœur des hommes. La réalisatrice fait transparaître à l’écran l’indépendance de son esprit en oubliant parfois un peu la philosophie qui la guide, en y faisant seulement quelques clins d’œil brefs mais captivants. Connue pour ses relations avec les hommes, elle se refuse pourtant longtemps à consommer charnellement ses liaisons, persuadée que la chasteté assure la liberté créatrice. Le refus du mariage à tout prix montre également sa volonté absolue d’être indépendante, de ne jamais appartenir à un seul homme, elle qui se rêve à une vie à trois. Le film retrace le parcours de la jeune femme à travers la rencontre avec trois génies du XXème siècle grâce à des champs-contrechamps qui dévoilent toute l’importance des liens qui les unissent lors des dialogues où de vrais duels apparaissent. L’opposition entre l’apollinien auquel Lou Andreas-Salomé croit dur comme fer et le dionysiaque auquel Nietzsche tente de la convaincre amène enfin un débat idéologique passionnant au sein du film. La force des dialogues est alors très importante et illustre l’étendue des savoirs et du talent de tous ces génies dans un dualisme des plus passionnants. Une philosophie plus approfondie aurait ajoutée un peu plus d’intensité à ce film sur la vie riche et pleine de fougue de cette égérie mythique, mais l’on se contentera de ces quelques moments rapides.

Lou Andreas Salomé : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=49LYyaSXjcg

Lou Andreas-Salomé: Fiche Technique

Réalisation : Cordula Kablitz-Post
Scénario : Cordula Kablitz-Post, Susanne Hertel
Interprètation : Katharina Lorenz, Nicole Heesters, Liv Lisa Fries
Image : Matthias Schellenberg
Montage : Beatrice Babin
Musique : Judit Varga
Costumes : Bettina Helmi
Producteurs : Cordula Kablitz-Post, Helge Sasse, Gabriele, Kranzelbinder
Sociétés de productions : Avanti Media, Tempest Film, KGP, Satel Film, Senator Film Produktion
Distribution : Bodega Films
Durée : 113 minutes
Genre : drame, historique, biopic
Date de sortie : 31 mai 2017

Allemagne, Suisse -2017

Prison Break Saison 5, une série de Paul T. Scheuring : critique

8 ans après la fin de la série originelle, voici le retour de Michael Scofield et Lincoln Burrows pour une 5ème et ultime saison de Prison Break. Pour quel résultat ?

Synopsis : Sept ans après la mort de Michael Scofield, Sara est remariée avec un professeur, Jacob, tandis que Lincoln Burrows est retombé dans les petits trafics et tente d’échapper à des gangsters à qui il doit une forte somme d’argent. Theodore Bagwell sort (légalement) de prison. On lui propose un étrange marché : une personne anonyme a financé son opération pour qu’il puisse bénéficier d’une main bionique. Puis on lui remet une lettre avec une photo de Michael Scofield emprisonné et un message mystérieux.

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C’est en août 2015 que le réseau Fox annonce le retour de la série Prison Break. Une information qui va poser de nombreuses questions : Scofield mourait à la fin de l’ultime (et pitoyable) épisode intitulé The Final Break. Comment s’en sortir avec cette donnée incontournable ? Comment faire pire que les deux prisons déjà montrées dans la série originelle ?

Un retour énigmatique

Les premiers épisodes sont de très loin les plus intéressants, par leur faculté à poser des questions et à créer des énigmes. Qui a financé l’opération de T-Bag ? Pourquoi les informations sur Michael Scofield ont-elles été piratées, au point que le personnage semble avoir littéralement disparu de la surface de la terre ? Si c’est bien lui, que fait-il dans une prison du Yémen ? Qui est Poséidon, le personnage haut placé qui semble tirer toutes les ficelles ?

Ces différents mystères occupent les trois premiers épisodes, et maintiennent un suspense très intéressant. Hélas, ils ne sont pas suffisants pour tenir en haleine les spectateurs pendant toute la saison, aussi brève soit-elle (neuf épisodes en tout). Cela se ressent fortement au cœur de la saison (épisodes quatre et cinq) : beaucoup de réponses ont été apportées et les autres sont faciles à deviner. Face à une intrigue incapable de tenir la route sur la durée, les scénaristes ont été obligés de meubler par de longues séquences de courses-poursuites ou même des dilemmes oiseux (les personnages passent un épisode complet à se demander s’il faut choisir le train ou l’avion pour quitter Sana’a, la capitale du Yémen). Finalement, la saison ne repose que sur deux idées que les scénaristes tentent d’étirer le plus possible, au risque de multiplier les incohérences et les twists, re-twists et re-re-twists :

_ l’évasion de Michael

_ l’identité de Poséidon

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Artillerie lourde

A cela, il faut ajouter la lourdeur des procédés qui se trouvaient déjà dans la série originelle : retournements de situation de dernière minute, personnages qui font demi-tour au dernier instant… toute la panoplie est réunie.

La saison ne manque pas d’incohérences également : Lincoln n’a pas d’argent lorsqu’il s’agit d’en donner à des gangsters qui veulent le tuer, mais il en a beaucoup pour aller au Yémen et sauver toute une famille. Quant à Poséidon, en fin de compte, on ne sait pas très bien ce qu’il veut. Les scénaristes nous donnent bien une explication bâclée, mais elle ne justifie pas grand chose et on ne sait pas vraiment pourquoi Scofield a été envoyé au Yémen.

Enfin, la vision de la guerre civile au Yémen est affreusement caricaturale.

Le retour d’Ulysse

Il reste que, si l’on fait l’effort de débrancher son esprit critique, cette saison 5 de Prison Break reste un divertissement certes sans surprises mais pas totalement mauvais non plus. On peut même y trouver un aspect intéressant : la saison est remplie d’allusions mythologiques à Ulysse ! Sara habite à Ithaca (comme Pénélope à Ithaque), Scofield se fait appeler Outis (mot grec qui veut dire « Personne » et rappelle la réponse d’Ulysse au Cyclope) et il est poursuivi par Poséidon et un borgne.

Enfin, les derniers épisodes relèvent un peu le niveau par leur rythme soutenu et les pièges que se tendent mutuellement les deux adversaires. Deux personnages de tueurs à gages donnent du piment à l’ensemble.

Finalement, cette saison 5 de Prison Break est un peu à l’image du reste de la série, que ce soit par ses thématiques (évasion, courses-poursuites, complots), ses défauts (incohérences, facilités de scénario) ou ses qualités (rapidité du rythme). Une saison agréable à condition de déconnecter son esprit critique.

Prison Break Saison 5 : Bande annonce

Prison Break Saison 5 : fiche technique

Création : Paul T. Scheuring
Réalisation : Nelson McCormick, Guy Ferland, Kevin Tancharoen, Maja Vrvilo
Scénario : Paul T. Scheuring, Michael Horowitz, Vaun Wilmott
Interprétation : Dominic Purcell (Lincoln Burrows), Wentworth Miller (Michael Scofield), Sarah Wayne Callies (Sara), Rockmond Dunbar (Benjamin C-Note Franklin), Robert Knepper (Theodore T-Bag Bagwell), Mark Feuerstein (jacob), Inbar Levi (Sheba), Augustus Prew (Whip), Rick Yune (Ja)…
Photographie : Jeffrey C. Mygatt
Montage : Scott Powell, James Coblentz
Musique : Ramin Djawadi
Production : Dominic Purcell, Wentworth Miller
Société de production : Dawn Olmstead Productions, Adelstein Productions, original Film, One light road Porductions, 20th Century Fox Television
Société de distribution : 20th Century Fox Television
Genre : suspense, action
Format : 9 x 42 minutes
Date de diffusion en France : 15 juin 2017 (M6)

Etats-Unis-2017

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Churchill, un film de Jonathan Teplitzky : Critique

La seconde guerre mondiale n’en a pas fini de nous fournir des sujets de films passionnants. En attendant de revivre le Débarquement dans le Dunkerque de Christopher Nolan, Churchill nous propose de fixer notre attention sur l’un de ses ordonnateurs en plein doute existentiel.

Synopsis : 2 juin 1944, à l’occasion d’une réunion secrète dans la région de Londres, le Premier Ministre Winston Churchill annonce à l’Etat-Major américain ses craintes à propos de la réussite de l’Opération Overlord. Il est malheureusement trop  tard pour modifier ces plans, prêts depuis un mois.

Le discours d’un bouledogue

Churchill-Brian-Cox-et-son-gros-cigarePersonnage clé de la victoire anglo-saxonne sur le régime nazi, Winston Churchill a déjà connu de nombreuses incarnations cinématographiques, dont les plus mémorables ont les traits des britanniques Timothy West (Churchill and the Generals, 1979), Bob Hoskins  (World War II: When Lions Roared, 1994), Brendan Gleeson (Into the Storm, 2009) ou même, plus récemment, de l’américain John Lithgow dans la série The Crown. C’est au tour de l’irlandais Brian Cox (Braveheart, Zodiac, The Good Heart…) d’endosser le lourd pardessus et le chapeau melon qui identifient le personnage. Sa prestation consiste en un délicat équilibre entre mimétisme gestuel et cabotinage habité. Typiquement ce genre d’exercice qui plait tant aux BAFTA ! Cette interprétation, qui reste, malgré tout, très convaincante, est ce que l’on retiendra le plus de ce film. Celui-ci semblait pourtant prometteur puisque son point de départ reposait sur une volonté ne pas adopter le format classique du biopic qui s’étendrait sur la (très) longue carrière du sujet pour au contraire se concentrer sur une période très limitée de sa vie (un modèle narratif de plus en plus fréquent à vrai dire). Il s’agit en l’occurrence des quelques jours précédents la Bataille de Normandie, afin de mieux développer l’intériorité émotionnelle tourmentée de l’occupant du 10 Downing Street, auquel le cinéma avait jusque-là trop souvent donné une image de bloc insensible.

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Ce postulat, concentré sur les remises en question d’un Churchill frustré de ne pas être écouté par les leaders militaires, semblait assurer au long-métrage de ne pas prendre l’allure d’un pamphlet hagiographique, sa promesse étant davantage de nous dépeindre un humain perturbé au cœur des impitoyables arcanes du pouvoir. C’est exactement cette voie que prend la première partie, et ce après une introduction qui tente maladroitement d’être lyrique en nous faisant suivre, sur une plage, le molosse à la démarche patibulaire en proie à de lourds souvenirs sanglants datant de la précédente Guerre Mondiale. Sa rencontre avec les dirigeants de l’Armée américaine est sans conteste la scène la plus intéressante dans la façon qu’a alors le film de poser un regard assez avisé sur les relations, tour à tour respectueuses et défiantes, de ce dirigeant fort en gueule avec des soldats sûrs d’eux mais aussi avec le roi George VI. C’est cette dimension purement politico-stratégique, et elle seule, qui fait la force du scénario… qui va vite s’avérer n’avoir rien d’autre à raconter et ne pas savoir comment combler ses lacunes.

Les français risquent de ne pas apprécier de ne pas voir leur cher Général De Gaulle parmi les organisateurs de la libération du pays. Pas sûr non plus que les Churchill-Brian-Cox-James-Purefoy-John-Slatteryanglais adhèrent à l’image gauchement désacralisée qui est donnée au plus intouchable de leurs premiers ministres.

Les scènes où Churchill est seul sont pour la plupart inutiles à l’intrigue, et ne servent au final qu’à faire de lui un anti-héros fragile et à forte tendance alcoolique. Cette représentation peu flatteuse, qui passera pour transgressive aux yeux du public d’outre-Manche, est encore aggravée dans les scènes qu’il partage avec sa femme, où il apparait comme un homme dominé. Et pourtant, la narration extrêmement linéaire va réussir à s’achever en donnant de lui cette image de héros, que le carton final ira même appuyer en le qualifiant ni plus ni moins de « plus grand Britannique de l’histoire » (sic!). C’est grâce à une construction qui semble calquée sur celle du Discours d’un roi –qui s’est en quelques années imposé en modèle de récit consensuel à la gloire d’un dirigeant politique (et dans lequel Churchill apparaissait d’ailleurs sous les traits de Timothy Spall)–, que le scénario réussit paradoxalement à remettre son personnage sur son sacro-saint piédestal, le faisant apparaitre comme une incarnation du courage qui mena le peuple vers la victoire. Le politiquement correct finit toujours par reprendre le dessus !

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La finalité morale de cette relecture historique reste donc floue, mais la mise en scène semble se donner pour intention principale de nous montrer un homme hanté par sa mélancolie et esseulé, voire même dépassé par les évènements. L’originalité du traitement est donc moins à chercher dans l’écriture, qui accumule les maladresses (à commencer par une mauvaise contextualisation des dits-événements), que dans cette réalisation, qui n’en est pas moins maladroite. Derrière des atours illustratifs et très académiques, et d’autres lourdeurs –notamment musicales–, la façon avec laquelle Jonathan Teplitzky prend soin à isoler Brian Cox dans le cadre se révèle donc une certaine réussite formelle qu’il serait dommage de dénigrer puisqu’elle est la clef pour partager la dépression de son personnage. Toutefois, il parait rapidement évident que le réalisateur partage l’arrogance qu’il reproche pourtant à Churchill dans sa tendance à multiplier les effets de fondus ou de contre-jours dans une redondance qui devient vite futile et tape-à-l’œil. On en vient donc à regretter que les efforts de Brian Cox pour garantir une certaine authenticité à la figure historique majeure qu’il incarne soient ainsi mis au profit d’un film à l’esthétique pompeuse et, plus encore, d’un scénario qui ne parvient pas à trancher entre désamour dédaigneux et adoration patriotique à son égard.

Churchill : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ltqAYCPRpu4

Churchill : Fiche technique

Réalisation : Jonathan Teplitzky
Scénario : Alex von Tunzelmann
Interprétation : Brian Cox (Churchill), Miranda Richardson (Clementine Churchill), John Slattery (Dwight Eisenhower), Ella Purnell (Helen), Julian Wadham (Bernard Montgomery), James Purefoy (le roi George VI), Richard Durden (Jan Smuts)…
Image : David Higgs
Décors : Chris Roope
Costumes : Bartholomew Cariss
Son : Stuart Bruce
Montage : Chris Gill
Musique : Lorne Balfe
Producteur(s) : Claudia Bluemhuber, Piers Tempest, Nick Taussig, Paul Van Carter
Distributeur : UGC Distribution
Genre : Biopic
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 31 mai 2017
Royaume-Uni – 2017

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HHhH : Un film de Cédric Jimenez : Critique

Adapté du best-seller homonyme, HHhH est le premier projet d’envergure internationale du jeune réalisateur Cédric Jimenez. Une lourde pression, tant sur le plan artistique que commercial, d’autant plus accentuée que le sujet est un événement crucial de la seconde guerre mondiale.

Synopsis : De 1929 à 1939, Reinhard Heydrich gravit les échelons de la hiérarchie interne des services de renseignements et de répression du parti nazi jusqu’à ce qu’il soit nommé protecteur de Bohême-Moravie, et prenne ses fonctions à Prague. Trois ans plus tard, et alors qu’il planifie le massacre massif des juifs, deux soldats tchèques téléguidés par Londres préparent son assassinat avec l’aide de la résistance locale.

J’ai rencontré le diable

hhhh-Jack-reynor-Jack-OconnellLe précédent film de Jimenez, La French, qui revenait déjà sur le parcours d’un personnage ayant réellement existé et au parcours hautement cinégénique, marquait l’ambition de ce marseillais qui fit ses premiers pas en tant que producteur de films de genre. Cette ambition était toutefois contrebalancée par un manque d’expérience et d’audace qui aboutissait à un film finalement assez convenu. Ce défaut continue à peser sur ses frêles épaules dans l’adaptation du roman historique de Laurent Binet, salué du prix Goncourt en 2010. Revenant sur l’assassinat de Reinhard Heydrich, son scénario se construit à la façon d’une thèse universitaire dans ce sens où, après une rapide mise en situation (les quelques minutes précédant l’exécution), elle prend le temps de développer chacun des éléments de l’équation. C’est ainsi que la première heure est entièrement consacrée au personnage de Heydrich, afin de justifier qu’il puisse être plus tard froidement abattu en pleine rue, et la seconde heure se concentre sur les résistants tchécoslovaques qui commettront cet attentat (le choix du mot va faire grincer des dents !). Cette construction bicéphale a ses avantages, notamment en termes de mise en scènes, les deux parties étant filmées de façons très différentes. Sur le fond en revanche, elle empêche un développement complet des personnages et plus encore de leurs relations.

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Jason Clarke (Terminator : Genisys, Everest…), qui effectue là la prestation la plus mémorable de sa carrière, et Rosamund Pike (Gone Girl, Le Dernier Pub avant la fin du monde…) incarnent à la perfection ce couple de hauts dignitaires allemands. La froideur qu’ils dégagent fait d’eux des êtres redoutables, voir même inhumains, qu’il est passionnant de suivre dans leur quotidien, complètement insouciants de la barbarie dont ils sont coupables. L’une des principales sous-intrigues est justement la relation qu’ils entretiennent, car l’amour qu’ils portent l’un envers l’autre, et plus tard à leurs enfants, est l’unique sentiment positif qui pourrait les rendre un tant soit peu attachants. On découvre d’ailleurs Lina alors qu’elle surplombe fièrement son futur mari Reinhard puis le convainc à rejoindre les rangs des militants pro-hitlériens. Quelques minutes plus tard, on la retrouve en pleurs, regrettant de ne pas avoir droit au chapitre au sein du couple. Un point de bascule majeur semble avoir été négligé. Plutôt qu’explorer cette délicate question qu’est la part d’humanité chez ces individus monstrueux, le récit préfère se concentrer sur le parcours professionnel, à savoir l’importance croissante de Heydrich au sein du parti puis à ses exactions auprès des opposants politiques. Bien que l’approche soit suffisamment rare pour être saluée, on regrettera qu’elle souffre du peu de temps qui lui est accordée pour être pleinement aboutie. L’évocation hhhh-jason-clarked’évènements historiques clés de cette époque en dehors de l’élection d’Hitler en 1933, à commencer par la Nuit des Longs Couteaux, aurait ainsi permis une bien meilleure contextualisation. De plus, le fait de revenir sur le processus d’endoctrinement de Reinhard Heydrich, qui n’apparait au début du film que comme un militaire présomptueux et acariâtre, aurait pu faire de HHhH une œuvre réellement transgressive, ce qui n’est visiblement pas l’intention de son auteur.

Le parcours d’un criminel de guerre nazi jusqu’à son assassinat est un sujet qui aurait pu déraper dans le démonstratif pompeux ou la relecture moralement contestable. Le choix de Cédric Jimenez de n’y consacrer qu’une moitié de son film est une solution bien plus consensuelle, qui n’empêche pourtant pas à son film de guerre d’être au final un spectacle prenant.

La seconde moitié, quant à elle, est bien moins originale dans son approche. Focalisée sur la mission de deux soldats chargés d’une mission d’assassinat, elle souffre de l’inévitable comparaison avec le film Anthropoid (Sean Ellis, 2016), injustement privé de sortie en salles chez nous et qui revenait sur cette même histoire. La principale différence est une affaire de casting, puisque là où Sean Ellis avait confié les deux rôles principaux à deux stars bankables, Jamie Dornan et Cillian Murphy, Jimenez a fait appel à Jack O’Connell (Les Poings contre les murs, Money Monster…) et Jack Reynor (MacBeth, Free Fire…). Peut-être est-ce le fait de passer derrière le magnétisme méphistophélique de Jason Clark, mais les deux acteurs font preuve de si peu de charisme (dont ils n’ont pourtant pas manqué dans d’autres films!) et leurs personnages sont si mal caractérisés que leur sort ne parvient à aucun moment à devenir un enjeu émotionnel fort ni une source de tension. N’en reste pas moins un film d’aventure militaire qui embrasse parfaitement les codes du genre, impliquant une accélération de l’action que certains jugeront salutaire. Bien qu’elle commence de façon convenue et avec une finalité connue d’avance, cette partie prend même une tournure plus brutale dès lors que les deux héros remplissent leur mission. La question très délicate du bien-fondé de leur acte au regard de la barbarie des représailles est alors posée. Les scènes de tueries massives et de torture y sont d’ailleurs plus choquantes que celles entraperçues dans la première moitié du long-métrage. C’est donc dans le sang que les perspectives idéologiques du film trouvent leurs bases… avant de finalement s’effondrer dans une conclusion bien trop manichéenne pour être sujet à controverse.

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HHHH-rosamund-pikeMalgré les failles de son écriture, Jimenez parvient à assurer une mise en scène et une photographie qui garantit à l’ensemble une certaine qualité esthétique et même une logique symbolique. Les couleurs chaudes et les plans très calés de la première partie s’opposent en effet au ton plus grisonnant et à la caméra au poing de la suivante. La véritable qualité formelle du film est en fait à chercher du côté de sa bande originale. Signée par Guillaume Roussel, la musique a beau être omniprésente et avoir des tonalités très hollywoodiennes, c’est elle qui assure tout du long cette intensité et ce semblant de souffle épique qui nous tiennent en haleine, et ce même lorsque le rythme faiblit. Il faut le reconnaitre, quand bien même les financements sont essentiellement français, HHhH vise un public international… et le nom des Weinstein parmi les producteurs laisse même à penser qu’on le reverra aux Oscars. Le casting anglo-saxon et la langue anglaise parlée par les personnages aussi bien allemands que tchèques ne laissent aucun doute sur ce point. Les présences de Céline Sallette ainsi que celle de Gilles Lelouche (tous deux en tête d’affiche de La French) dans des rôles secondaires ne duperont personne : Cedric Jimenez a pensé son long-métrage comme une grande fresque hollywoodienne. Puisqu’il n’en reste pas moins un film français, on peut alors affirmer qu’il a réussi son pari et livré une œuvre d’une rare envergure.

L’envie de Jimenez de signer un film de guerre populaire et aisément exportable pourra nous faire fermer les yeux sur sa frilosité à exploiter les pistes les plus délicates de son scénario. Ce que l’on en retiendra restera immanquablement la performance de Jason Clarke qui le propulse dans la cour des grands, mais la question qui se pose est alors de savoir si on l’a trop vu ou pas assez.

HHhH : Bande-annonce

HHhH : Fiche technique

Réalisation : Cedric Jimenez
Scénario : Cédric Jimenez, Audrey Diwan et David Farr d’après le roman de Laurent Binet
Interprétation : Jason Clarke (Reinhard Heydrich), Rosamund Pike (Lina Heydrich), Jack O’Connell (Jan Kubis), Jack Reynor (Jozef Gabcik), Mia Wasikowska (Stephen Graham), Stephen Graham (Heinrich Himmler), Céline Sallette (Marie Movarek), Gilles Lellouche (Vaclav Moravek)…
Montage : Chris Dickens
Photographie : Laurent Tangy
Musique : Guillaume Roussel
Costumes : Olivier Bériot
Production : Daniel Crown, Ilan Goldman
Sociétés de production : Légende Films, France 2 Cinéma, Carmel Productions, Nexus Factory
Distribution : Mars Films
Genre : Biopic, film de guerre, aventure
Durée : 120 minutes
Date de sortie : 7 juin 2017
France – 2017

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John Carpenter : Portrait du compositeur

Si John Carpenter n’a pas tourné de longs métrages depuis The Ward, il n’a pas pour autant pris sa retraite. A Los Angeles, le Maître de l’horreur, ou encore Big John pour les fans, continue de travailler ses autres cordes : la musique et l’écriture.

Le nom de John Carpenter, qui devance les titres de ses films sur les affiches (ex : John Carpenter’s The Thing), est comme une marque, la marque d’un grand cinéaste connu pour ses oeuvres d’horreur (Halloween, The Thing, Prince des ténèbres...) mais ayant également réalisé une comédie barrée (Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin), un biopic sur Elvis Presley (Le roman d’Elvis avec Kurt Russell), une romance de science-fiction (Starman), de la science-fiction/action (New-York 1997 et sa suite Los Angeles 2013)… Si le maître a donc une palette de genres bien plus étendue que celle qui lui colle à la peau, sa personnalité, elle, s’exprime de plusieurs façons. En moins de cinq minutes de visionnage, on sait que l’on est dans un film de Carpenter : en témoignent ses cadrages particuliers qui s’étalent toujours en scope mais aussi sa musique.

Fils de musicien, John grandit en étant influencé tant par le cinéma et les comics que par la musique qu’il entend de part et d’autre de l’écran. Il envisage même un temps une carrière de bassiste de rock avant de céder aux sirènes d’Hollywood.

Dès son premier film, Assault (1976) (Dark Star étant un film d’études), John compose des thèmes aux mélodies simples mais entêtantes, et surtout inquiétantes renforçant le sentiment d’angoisse créé par sa mise en scène. Les nappes de synthé s’enrichissent de basse et de guitares dans New-York 1997, peaufinant un style qui sera copié par la suite sans vergogne dans l’Horreur (les récents It follows et Don’t Breathe sont clairement influencés par Big John) mais aussi dans d’autres genres. La musique du Flic de Beverly Hills 2 de Tony Scott plagie ainsi, par moments, les rythmes des premières aventures de Snake Plissken (l’anti-héro borgne incarné par Kurt Russell dans New-York 1997 et sa suite).

Halloween : Extrait

Sa musique devient de plus en plus rock et complexe dans L’antre de la folie (1995) aux guitares nerveuses, ou blues-rock dans Vampires (1998) pour céder au Hard-rock pur avec les musiciens de Slayer en guests pour jouer les partitions du maître dans l’inégal mais sympathique Ghosts of Mars (2001).

Dans The Ward (2011), John cède la place à son fils Cody qui s’inspire des travaux précédents de son père comme l’avait fait avant lui le grand Ennio Morricone (auteur du score de The Thing) qui composa une musique très épurée qu’on jurerait sortie du cerveau de Carpenter tant celle-ci s’éloigne de l’univers habituel du Maestro italien. Certains titres non utilisés seront d’ailleurs repris par Tarantino pour son Hateful Eight (2016), lui-même fortement influencé par le chef d’œuvre de Big John.

Depuis The Ward, Carpenter partage son temps entre l’écriture de BD (les séries de comics Asylum vol 1 & 2 et Tales for a Halloween Night vol 1 & 2) et de scripts de jeux vidéos (FEAR 3) et surtout la musique. Il a composé deux albums studios d’électro-rock avec son fils et son filleul Daniel Davies (Lost Themes en 2015 et Lost Themes 2 en 2016) et participé au score du dernier Jean-Michel Jarre, grand fan du Maître de l’horreur. Il est passé à Paris (le temps d’un concert à l’Élysée Montmartre) avec son groupe pour jouer ses compositions dans un mix des thèmes de ses classiques revus à la sauce rock et de ses nouveaux titres.

A bientôt soixante-dix ans, on souhaite à John Carpenter de continuer de nous abreuver de ses compositions qui nous rappellent, s’il le fallait encore, combien son talent est protéiforme à l’image du monstre de The Thing.

Tous en scène en DVD & Blu-Ray depuis le 30 mai

Revigorant, entraînant et éminemment sympathique, Tous en Scène, s’il ne révolutionne pas le genre de l’animation, est une petite bulle de bonheur à partager en famille !

Synopsis : Buster Moon (Patrick Bruel) est un élégant koala qui dirige un grand théâtre, jadis illustre, mais aujourd’hui tombé en désuétude. Optimiste et rêveur, Buster Moon est prêt à tout pour le sauver et décide d’organiser une compétition mondiale de chant. Après des auditions épiques, six candidats sont retenus pour ce défi : Mike, une souris aussi séduisante que malhonnête, Meena, une jeune éléphante timide dévorée par le trac, Rosita (Jenifer Bartoli) une truie mère de famille débordée par ses 25 marcassins, Gunter (Laurent Gerra), un cochon haut en couleur, qui a une passion pour les justaucorps en lycra et un accent très prononcé, Johnny (Sacha Perez), un jeune gorille délinquant qui ne cherche qu’à échapper à sa famille et Ash (Elodie Martelet), une porc-épic punk. Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène de Buster l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais.

« Voici venu le temps des rires et des chants »

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Le studio Illumination, créateur des Moi, Moche et Méchant et autres Minions, aurait pu une nouvelle fois tomber dans le piège de la promotion trompeuse, à l’instar de son précédent long-métrage, Comme des Bêtes. Alimentant les principaux teasers avec une seule scène, et donc basant sa communication de façon quasi exclusive sur celle-ci, à savoir ce que font les animaux en l’absence de leurs maîtres humains, le film ne poursuivait pas sur cette ligne de conduite et adoptait une histoire tendance buddy movie plutôt classique. On a donc été surpris de voir la même technique utilisée pour Tous en Scène. Là aussi, une séquence particulière est mise en avant afin de susciter l’intérêt des spectateurs : celle des auditions, constituée de moments et cuts rigolos mettant en avant plusieurs personnages à la suite pendant leur prestation de chant.

La scène, irrésistible, présente un pouvoir comique efficace. Voir des araignées interpréter le tube de l’été 2002 Assejere, un crocodile rapper ou encore des lapines se déhancher sur du Nicki Minaj est assez grisant. Et fort heureusement, la comparaison avec Comme des Bêtes s’arrête là. Car le film alternant chansons et instants cartoonesques très drôles ira au bout de son concept et ne connaîtra pas de baisse de rythme. Les différents numéros musicaux, notamment lors de son très bon final, en plus d’être bien réalisés, sont très entraînants, et on se surprend au fond de son canapé à remuer la tête ou fredonner l’air des chansons.

La seule ombre au tableau réside dans la simplicité de son déroulement. En effet, même si le postulat de départ est surprenant et bienvenu pour un film de ce genre (on parle quand même de la détresse financière d’un artisan du spectacle), le film se tient au traditionnel cahier des charges propre à tout film d’animation. La caractérisation des personnages est par exemple sans surprise (la mère au foyer dépassée, le jeune en pleine crise identitaire, l’ado victime d’un chagrin d’amour…) et le message d’une relative naïveté. Mais si Tous en scène ne possède pas la maestria scénaristique d’un Zootopie (ce qui n’est peut-être pas non plus son but), il constitue à ce jour l’un des meilleurs divertissements pour toute la famille dans le paysage actuel de l’animation.

Des bonus pour petits et grands

Comme la plupart des films d’animation débarquant dans les bacs, le noyau dur est avant tout constitué de trois petits films d’animation d’une durée moyenne de 4 min chacun, mettant en scène des personnages secondaires du film. Se trouvent également, pour les plus âgés, un making of promotionnel (5 min), un bref focus sur le montage du film (3 min), des interviews éclairs du casting vocal US (12 min), et des clips musicaux.

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Caractéristiques techniques du DVD :

Image : 16:9,1.85:1 Anamorphic Widescreen / Durée : 1h43 env.

Audio : Français, Anglais, Néerlandais Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais

Bonus du DVD : • Le making of de Tous en scène • Vidéoclip avec paroles de « Faith » • Le clip avec paroles de « Set It All Free » • Chante et danse ! « Faith » • Le réseau de Tous en scène • Le meilleur de Gunter • Les mini films : Gunter fait du babysitting, Coup de foudre, Le coach de vie d‘Eddie • Le making of des mini films

Caractéristiques techniques du Blu-ray™:

Image : 1080 P 16:9 – 1.85:1 / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais Dolby Atmos, Néerlandais, Italien Dolby Digital Plus 7.1, Flamand et Roumain Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais, Italien, Roumain

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 3D:

Image : 1080P Haute Définition Widescreen 16/9 1.85:1 / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais, Allemand Dolby Atmos, Néerlandais, Italien Dolby Digital 7.1, Turc et Flamand Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Allemand, Néerlandais, Italien, Turc

Bonus du Blu-ray™ et du Blu-ray™ 3D : • Le making of de Tous en scène • Trouver le rythme : Le montage de Tous en scène • Portraits des personnages • Vidéoclip de « Don’t you worry ’bout a thing » • Vidéoclip avec paroles de « Faith » • Réaliser un vidéoclip avec Tori Kelly • Chante et danse ! « Faith » • Le clip avec paroles de « Set It All Free » • Le réseau de Tous en scène • Le meilleur de Gunter • Les mini films : Gunter fait du babysitting, Coup de foudre, Le coach de vie d’Eddie • Le making of des mini films

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ 4K UHD:

Image : 16:9 1.85:1 Widescreen / Durée : 1h48 env.

Audio : Français, Anglais Dolby Atmos ; Espagnol, Néerlandais, Italien et Portugais Dolby Digital Plus 7.1, Flamand Dolby Digital 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Français, Néerlandais, Espagnol, Italien, Portugais

L’Amant d’un Jour, un film de Philippe Garrel : Critique

Dernier volet de la trilogie de l’Amour de Philippe Garrel, L’Amant d’un Jour est sans conteste l’apogée d’un cinéaste qui a su représenter et magnifier les relations.

Synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

l-amant-d-un-jour-philippe-garrel-affiche-2017Tout juste le Festival de Cannes vient de s’achever que L’Amant d’un Jour débarque dans les salles, fort de son succès d’estime et de son prix distingué par le label SACD à la Quinzaine des Réalisateurs. Le dernier film de Philippe Garrel suit à nouveau les pérégrinations d’un couple dans une nouvelle et cohérente représentation des affres de l’amour. Initiée en 2013 avec La Jalousie et poursuivie par L’Ombre des femmes, la trilogie des tourments amoureux de Philippe Garrel a la particularité d’être filmée en noir et blanc. De l’aveu-même du cinéaste, il s’agit d’une question de budget mais c’est également une manière d’ancrer ses récits universels dans un espace qui devient par conséquence intemporel. Avec Emmanuel Mouret, Philippe Garrel est l’un des cinéastes français qui a su le mieux se distinguer pour évoquer l’amour dans ce qu’il a de plus charnel et destructeur.La mise en scène épurée permet de traiter avec la justesse nécessaire ces maux qui tourmentent le cœur des personnages. Comment ne pas s’identifier à Esther Garrel qui vient de subir la première rupture amoureuse de sa vie ? Comment ne pas sourire de malice face au regard passionné de Louise Chevillotte ? Comment ne pas ressentir la même colère qu’Eric Caravaca ? Tout ceci participe à nous ancrer dans un récit dont la forme minimaliste permet de se concentrer avant tout sur la représentation des situations et l’écriture des dialogues. Mais si dispositif réduit il y a, il ne faut en aucun cas enlever au directeur de la photographie Renato Berta la maîtrise de son travail esthétique, notamment sur les courants de lumières et les cadres. Par ailleurs, il n’y a bien que chez Garrel où l’on filme aussi bien les balades à deux dans les rues de Paris, ponctuées des dialogues les plus importants comme si l’extérieur était le meilleur endroit pour oser se dire les choses. La vérité est à l’extérieur alors que les lieux clos sont synonymes de tromperie et de mensonge. La voix-off apporte un regard externe qui participe incontestablement à la réussite du film, comme s’il s’agissait d’un conte universel que l’on pourrait raconter aux amoureux d’aujourd’hui. L’amour blesse, mais la vie continue et des blessures, il y en aura d’autres.

l-amant-d-un-jour-critique-film-Philippe-Garrel-avec-Esther-Garrel-Louise-ChevillotteSes films se suivent et se ressemblent. Des hommes et des femmes, ils s’aiment, se trompent et s’aiment à nouveau avant de ne plus s’aimer. Ou bien est-ce l’inverse. Certains diront que Garrel raconte toujours la même chose mais ce serait manquer d’attention face aux changements qui s’opèrent de films en films. Toujours est-il que si le propos reste le même, Philippe Garrel est de ces cinéastes qui peuvent se vanter de saisir des thématiques maintes fois évoquées mais qui arrivent à toujours à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. Dans le premier volet de sa trilogie, Philippe Garrel interrogeait la névrose chez la femme; le second invoquait la libido féminine et cet ultime opus traite de l’inconscience et des actions qui en découlent. Par son propos, L’Amant d’un Jour renvoie au Complexe d’Electre, soit le pendant féminin du Complexe d’Œdipe même s’il n’est pas totalement son contraire. Une jeune fille entretient une amitié avec sa belle-mère, du même âge qu’elle, mais son inconscient va la pousser à se débarrasser de cette rivale pour l’amour du père. Déjà amorcé dans les deux précédents volets, Philippe Garrel offre ainsi un large espace à la femme, la représente dans son entièreté et lui donne les rênes de son indépendance et de sa sexualité, contrairement à l’homme qui passe désormais au second plan. Le cinéaste offre ainsi une grâce sensuelle à ses comédiennes, belles de jour et de nuit. Avec ses airs d’Anaïs Demoustier, Louise Chevillotte sublime l’écran par sa simplicité et son charme naturel à chacune de ses apparitions, tandis qu’Esther Garrel émeut et amuse par sa naïveté face aux découvertes des tourments sentimentaux. Et même le plus philosophique des hommes (Eric Caravaca, romantique crédule et touchant) peut se révéler maladroit et surtout imbécile de croire que l’infidélité peut être supportée. A travers ce personnage masculin, le cinéaste évoque les blessures de l’infidélité lorsqu’elle est découverte mais il a toujours la justesse d’équilibre pour évoquer l’amour contemporain d’une jeunesse aussi frivole que passionnée, en témoigne ce baisé envolé lors du dernier plan du film.

Philippe Garrel l’a confirmé, L’Amant d’un jour est la conclusion de la trilogie qu’il avait démarrée avec La Jalousie et poursuivie avec L’Ombre des Femmes. Il en a aussi fini avec le noir et blanc. Philippe Garrel a atteint l’apogée de son art avec ces mêmes outils récurrents, il n’y a bien qu’une remise en question et un renouvellement de son cinéma qui pourront le rendre encore plus fort. Mais pour l’instant, L’Amant d’un Jour est sans doute l’un des plus beaux drame que l’on verra cette année.

L’Amant d’un Jour : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=45-23k5LCDg

L’Amant d’un Jour : Fiche Technique

Réalisation : Philippe Garrel
Scénario : Philippe Garrel, Jean-Claude Carrière , Caroline Deruas-Garrel, Arlette Langmann
Interprétation : Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte
Photographie : Renato Berta
Montage : François Gédigier
Musique : Jean-Louis Aubert
Costume : Justine Pearce
Décors : Emmanuel de Chauvigny
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Kevin Chneiweiss, Michel Merkt, Olivier Père
Sociétés de Production : ARTE France Cinéma, SBS Productions
Distributeur : SBS Productions
Budget : /
Festival et Récompenses : Prix SACD Quinzaine des Réalisateurs 2017
Genre : Drame
Durée : 76 minutes
Date de sortie : 31 mai 2017

France – 2017

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War Machine, un film de David Michôd : Critique

Avec War Machine, David Michôd adoucit son style dans une satire réussie mais un peu facile qui peine à mettre en avant les fulgurances de son cinéma, mais qui impose Netflix comme la firme où les cinéastes peuvent venir s’exprimer.

Synopsis : Le Général Glen McMahon est envoyé en Afghanistan pour mettre fin à la guerre mais se retrouve très vite face à une mission plus délicate lorsqu’il devient le bouc émissaire de sa hiérarchie…

Satire de guerre

Après avoir durablement marqué le domaine des séries télés avec des shows ambitieux et qui n’ont pas peur de s’accorder des moyens, Netflix décide aussi de s’attaquer plus frontalement au secteur du cinéma. La firme s’est déjà laissée aller à quelques films mineurs ici et là mais, cette année ils ont clairement voulu mettre les bouchées doubles en laissant la place à des cinéastes de venir s’exprimer là où les gros majors hollywoodiens ont tendance à refréner leurs visions.  Le tout est couronné d’une polémique autour de la chronologie des médias en France, suite à la présence de deux films Netflix dans la compétition officielle du dernier Festival de Cannes où des distributeurs voient d’un mauvais œil le fait que ces oeuvres ne sortiraient probablement pas en salles et qu’elles seraient disponibles bien trop tôt en VOD. Néanmoins, et même s’ils repartent bredouilles en terme de récompenses, ces créations Netflix ont reçu un accueil critique plutôt favorable, preuve que la qualité ne vient pas du style de diffusion mais bel et bien de la vision du réalisateur qui se cache derrière.

War-Machine-Brad-Pitt-Ben-KingsleyDavid Michôd se voit donc offrir l’opportunité de prospérer avec Netflix alors qu’après avoir impressionné les critiques avec Animal Kingdom, son premier film en 2010, et réalisé un The Rover percutant en 2014, il n’avait jamais rencontré le succès public. Faute à un cinéma très nihiliste et au ton particulièrement désespéré. Avec Netflix, il a indéniablement la possibilité de toucher une audience plus large et signe avec War Machine une œuvre indéniablement plus accessible et empreint de comédie. Inspiré d’une personnalité militaire ayant vraiment existée et basé sur un roman de Michael Hastings, le scénario s’évertue à prendre un ton grinçant pour dépeindre une satire assez agressive envers la suprématie américaine et sa politique militariste. Sur ce point, le film fonctionne en deux temps. De prime abord on est vite éreinté par la voix-off omniprésente qui n’est là que pour pointer des éléments évidents autour de la psychologie de ses personnages, une manière peu subtile de les caractériser et qui n’est pas aidée par quelques effets de comédie un peu lourds. Michôd manie clairement moins bien l’humour qu’il ne maîtrise le drame désespéré mais, après cette première demi-heure poussive, il parvient à renouer avec la sève de son cinéma.

War-Machine-Scoot-McNairy-Topher-GracePlus incisif et avec un regard indubitablement plus sombre et ironique sur son sujet, le réalisateur parvient à faire mouche. Car contrairement à beaucoup de mauvaises satires, il ne prend pas de haut son sujet, traite ses personnages avec respect et arrive à créer de l’empathie auprès du spectateur. Se recentrant sur son personnage principal pour faire un parallèle avec les idées de grandeur véhiculées par une politique suprémaciste, il porte un regard intimiste sur le destin d’un homme qui se reflète dans la grandeur déchue d’une nation. On retrouve cette vision plus acerbe du genre humain qu’affectionne tant Michôd mais, ici, il les prend avec plus d’empathie. Il arrive à créer une cohésion de groupe assez forte entre le général et ses hommes, c’est avec eux que le film se montrera le plus drôle mais aussi le plus touchant. In fine, l’écriture fonctionne malgré ses errances et ses dialogues pas toujours inspirés grâce à un propos qui détourne la banale critique de la guerre pour apporter une réflexion bien plus vaste et universelle sur l’ambition, l’ego et l’humain en tant qu’outil remplaçable.

War-Machine-Brad-PittLa grande réussite de War Machine réside aussi dans son casting impeccable et surtout dans un one man show impressionnant de Brad Pitt. Embrassant totalement la caricature dépeinte par le film, il donne une prestation en forme de cabotinage mais qui, derrière l’accent forcé et les grimaces, cache un vrai travail en profondeur. Malgré une performance qui pourrait très vite tourner au ridicule, il arrive à dépeindre l’humain derrière le gradé,  et offre un jeu tout en nuances et plus subtil qu’il ne le laisse paraître. Il fait parfaitement corps avec la mise en scène minimaliste de David Michôd qui reste dans la tradition de son cinéma. Préférant la composition minutieuse du cadre à l’extravagance visuelle, il travaille la symbolique de ses images et prête attention aux performances de ses acteurs captant les regards et les expressions plus que les mots. Mais c’est surtout dans son exécution de la violence que l’on reconnait le cinéaste, avec sa fascination de l’acte en tant que catharsis pour mettre en exergue la stupidité de celui-ci. La séquence d’assaut qui arrive en climax du film brille par sa violence sèche et sa précision qui prend vraiment aux tripes. Comme toujours chez Michôd, les coups de feu arrivent comme des jumpscares, brisant le calme et explosant hors du cadre pour résonner durablement chez le spectateur.

War Machine est à ce jour le film le plus accessible de David Michôd et qui par conséquent est aussi celui qui a le moins d’impact. Il apporte un regard peu subtil sur certains aspects de son scénario mais arrive quand même à faire fonctionner sa satire grâce à sa sincérité. Le cinéaste ne s’est pas fait broyer par la grosse machine qu’est Netflix et, au contraire, cette dernière prouve que c’est une plateforme qui pourrait permettre à certains cinéastes de s’exprimer et toucher un nouveau public. C’est un peu le but de War Machine qui trouve un double sens judicieux et s’impose par sa mise en scène précise et ses excellents acteurs et, qui souligne un message pertinent même s’il n’est pas toujours bien mis en évidence. Une réussite mineure pour le cinéaste donc, mais tout de même une réussite.

War Machine : Bande-annonce

War Machine : Fiche technique

Réalisation : David Michôd
Scénario : David Michôd, d’après le livre The Operators: The Wild and Terrifying Inside Story of America’s War in Afghanistan de Michael Hastings
Interprétation : Brad Pitt (général Glen McMahon), Ben Kingsley (Hamid Karzai, président de l’Afghanistan), Scoot McNairy (Sean Cullen), Tilda Swinton (Une femme politique allemande), Topher Grace (Matt Little, le conseiller de McMahon),…
Image : Dariusz Wolski
Montage : Peter Sciberras
Décors : Josephine Ford
Costume : Jane Petrie
Producteur : Ian Bryce, Dede Gardner, Jeremy Kleiner et Brad Pitt
Société de production : Netflix et Plan B Entertainment
Distributeur : Netflix
Durée : 122 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 26 mai 2017

Etats-Unis – 2017

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