« L’Odyssée » : un monument de la littérature adapté en BD

Avec Nootilus, son nouveau label consacré aux classiques revisités, les éditions Bamboo ouvre le bal en s’attaquant à l’un des récits les plus fondateurs de la culture occidentale. Un pari ambitieux, tant L’Odyssée d’Homère irrigue encore aujourd’hui notre imaginaire collectif. 

L’Odyssée semble avoir inventé une partie de la fiction moderne. Le voyage initiatique, le héros ballotté par le destin, les créatures fantastiques, les dieux capricieux, le désir du retour, la famille laissée derrière soi : tout ou presque est déjà là, sous la plume d’Homère, près de trois millénaires avant nos romans et blockbusters contemporains. 

Plutôt que de chercher à condenser au-delà du raisonnable le poème originel, Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot font le choix d’une publication en deux tomes. Une décision qui permet de laisser s’exprimer le récit et de restituer la progression du voyage d’Ulysse sans donner l’impression de feuilleter un simple résumé mis en vignettes.

Ce premier volume nous plonge dans une histoire où deux temporalités se répondent. D’un côté, Ithaque, où Pénélope résiste inlassablement aux prétendants qui convoitent autant sa main que le trône laissé vacant par son époux. Télémaque, lui, grandit dans l’ombre d’un père devenu presque légendaire. De l’autre, Ulysse poursuit un interminable périple, consumé par un unique désir mais toujours contrarié : rentrer chez lui.

L’homme le plus rusé de Grèce n’affronte pas seulement les éléments. Il est devenu la cible de Poséidon, qui entend lui faire payer l’aveuglement de son fils, le Cyclope Polyphème. Dès lors, chaque étape devient une nouvelle épreuve, où l’intelligence doit le disputer à la force.

Le récit retrouve ainsi quelques-uns des épisodes les plus emblématiques de l’œuvre d’Homère. Les Lotophages et leur fruit aux propriétés troublantes, capable d’effacer jusqu’au désir du retour, en est un exemple. Ailleurs, c’est Calypso qui retient Ulysse sur son île, dans une prison dorée où l’immortalité se heurte inévitablement au besoin de retrouver les siens. Une opposition essentielle dans L’Odyssée : entre la promesse d’une éternité sans attache et la fragilité d’une vie que l’on choisit pour des raisons émotionnelles.

L’intervention de Zeus, qui finit par envoyer Hermès ordonner la libération du héros, vient rappeler que, chez Homère, les hommes ne sont jamais totalement maîtres de leur destin. Les dieux observent, favorisent, punissent, bref arbitrent ce qui préside à leur existence. En ce sens, ils prolongent les passions humaines autant qu’ils les exacerbent.

Là où cette adaptation convainc, c’est dans sa volonté manifeste de raconter avant tout une aventure. Les dialogues demeurent accessibles, le rythme reste soutenu et la narration privilégie constamment la lisibilité des événements. Les néophytes peuvent ainsi découvrir l’histoire sans avoir le sentiment d’affronter un monument intimidant. Les plus jeunes y verront probablement un attrait supplémentaire.

Le dessin accompagne efficacement cette ambition. Sans verser dans une reconstitution pesante, il privilégie l’énergie du récit et le souffle épique qui accompagne chacune des escales. Les créatures mythologiques conservent leur dimension spectaculaire, tandis que les personnages demeurent immédiatement identifiables, une qualité essentielle pour un ouvrage destiné à un jeune public.

Le lancement de cette adaptation, quelques jours avant la sortie très attendue du film de Christopher Nolan consacré au même mythe, arrive à point nommé. Avec ce premier volume, la collection Nootilus pose ainsi les bases d’une entreprise éditoriale ambitieuse. En faisant d’Homère une porte d’entrée vers les classiques plutôt qu’un sommet inaccessible, les éditions Bamboo dépoussièrent un mythe. Et attendent qu’une nouvelle génération le redécouvre.

L’Odyssée : Ulysse, Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot
Bamboo, 8 juillet 2026, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

I Want Your Sex : l’apocalypse fait de la résistance

Après dix ans de gestation, le nouveau Gregg Araki porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman, "I Want Your Sex" débarque enfin en salles. Entre fantasme de muse, rapport de domination et lettre d'amour pop et acidulée à la Gen Z, le cinéaste de 66 ans flirte avec son époque sans jamais vraiment la bouleverser.

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Le rayon invisible, sauf des initiés

« - Les producteurs doivent bien être masochistes pour produire tous ces films où ils sont dépeints en crapules. - Drôle de théorie… Encore une cérébrale qui déteste le cinéma mais rêve d’en faire… »

S.O.S. Bonheur, intégrale où la C.A.G. intrigue

« Je suis désolé, M. Robin-Dulieu, mais j’ai reçu l’ordre de ne plus vous laisser entrer au ministère. »

« Les Gendarmes : L’album du film » : en coulisses

À mi-chemin entre le making-of et l'album hommage, "Les Gendarmes : L'album du film" vient accompagner l'adaptation cinématographique de la célèbre série publiée aux éditions Bamboo. Au fil des pages, il raconte la production d'un long métrage, les dilemmes d'une adaptation, tout en revenant sur les nombreux métiers du cinéma.