Money Monster, un film de Jodie Foster : Critique

Il y a cinq ans, Le Complexe du Castor avait, malgré son pitch peu affriolant, été une agréable surprise, nous faisant ouvrir les yeux sur le talent de réalisatrice de Jodie Foster, qui en était déjà à son troisième film.

Synopsis : Lee Grant est la vedette d’une émission de conseils boursiers. Lorsque l’action d’une entreprise vient de chuter alors qu’il avait promis à ses spectateurs qu’elle était viable, l’un d’eux, qui a tout perdu dans l’opération, décide de prendre le présentateur en otage. Malgré l’événement, l’émission continue à être diffusé en direct, faisant ainsi exploser l’audimat en même temps que la peur de l’équipe technique.

Mon ennemi, c’est la finance !

A l’occasion de son quatrième passage derrière la caméra, celle qui fut autrefois révélée dans Taxi Driver et a depuis travaillé avec quelques-uns des plus grands (de Zemeckis à Jeunet en passant par Allen et Polanski), décide de s’en prendre à un sujet décidément très à la mode : la finance. Contrairement à Margin Call et The Big Short, qui nous immergeaient dans les coulisses du petit monde des traders pour mieux en comprendre les ficelles, le scénario de Money Monster va se focaliser sur les conséquences des dérives du système boursier à travers un schéma qui rappelle immanquablement celui de John Q. (Nick Cassavetes, 2001) ou, pour remonter plus loin, celui d’Un après-midi de Chien (Sydney Lumet, 1976) : celui d’une prise d’otage en guise d’acte de dernière chance de la part d’une victime de la société qui n’a plus rien à perdre. Plutôt que de s’attaquer directement à la bourse de Wall Street ou à la société sur laquelle il a misé son argent, le preneur d’otage va viser le présentateur vedette d’un show qui lui a conseillé de faire cet investissement dans lequel il a tout perdu. Une approche intéressante dans le sens où elle allait permettre de lever le voile sur la connivence malsaine entre les grands médias et les institutions boursières.

Malheureusement, cette potentialité dénonciatrice va être complétement tronquée par la façon dont les scénaristes ont défini leurs protagonistes. Alors que la relation entre le kidnappeur et son otage aurait logiquement pu faire écho à celle présente dans 99 Homes, soit le profiteur et sa victime, l’absence de parti-pris dans l’antagonisme des deux personnages est symptomatique d’une consensualité regrettable. L’introduction bâclée du personnage de George Clooney, en véritable gourou à la fois de l’entertainment télévisuel et du boursicotage, nous empêche de voir en lui l’être cynique que l’on aurait aimé y trouver pour mieux le détester. C’est à croire que, comme Tom Hanks, l’égérie Nespresso est atteinte du « syndrôme Cary Grant », empêchant de faire de lui, même dans ses rôles les moins reluisants (chez les Coen ou dans In the Air), un individu fondamentalement méchant. De son côté, le personnage du preneur d’otage, alors que l’on aurait aimé y voir un symbole à la fois humaniste et anti-système digne d’un film de Franck Capra, et que le nom de Jack O’Connel (découvert dans 71’ et Les Poings dans les murs) est associé à une agressivité bouillonnante, il apparait comme un loser pathétique envers lequel toute empathie est difficile à installer. Conséquence directe de ces caractérisations bien trop lisses, le rapport de force de leur face-à-face se retrouve privé de tension dramatique.

Alors que George Clooney semble n’être là que pour apporter une certaine exubérance assez amusante, ce sont finalement de deux autres personnages que le suspense va naitre: d’une part celui de Julia Roberts, en réalisatrice dépassée par les évènements, dont on va partager le stress, en l’occurrence pour savoir si elle va réussir à tenir l’émission jusqu’au bout. C’est donc grâce à son point de vue, depuis la régie, que le dispositif de la prise d’otage en direct va devenir tendu, à la manière de Mad City (Costa Gavras, 1998) ou Breaking News (Jonnie To, 2004). D’autre part, celui du commissaire de police en charge de la libération, incarné par Giancarlo Esposito, participe à ce semblant de suspense. C’est en effet dans l’effervescence des forces de l’ordre que la tension va le plus devenir palpable. Le contre-champ de l’action sur le public va fâcheusement être sous-exploité alors que l’importance du buzz provoqué, un sujet qui n’apparaitra que dans les dernières minutes, aurait mérité d’être le cœur même d’un tel scénario. On pourra d’aileurs regretter la présence de la dernière scène, très didactique, alors que le plan qui l’a précédé (une partie de baby-foot qui reprend, comme si tout était déjà oublié) était d’un fatalisme étonnant.

Ce ne sera que dans le dernier tiers, après plus d’une heure d’un huis-clos aux enjeux et à l’intensité limités (et que la mise en scène n’a su le rendre oppressant), que le véritable thriller financier que l’on attendait tant va commencer à se mettre en place. Une intrigue qui, de facto, manquera de temps pour se développer et, encore une fois, faire émerger un véritable suspense. Dès les premières minutes du film, on aura compris que le grand méchant de cette petite affaire est incarné par Dominic West (toujours aussi magistral et nuancé), autant dire que cette intrigue rapidement expédiée est privée de rebondissement. D’autant qu’elle se développe grâce au recours de personnages trop stéréotypés pour rendre l’ensemble crédible : l’informaticien coréen, le révolutionnaire incorruptible sud-africain et le hacker geek islandais, mais surtout cette invraisemblable dircom/maitresse dont l’extrême candeur va être brisée en découvrant que son patron est un gros enfoiré. Et tout ça pour quoi ? Pour nous dire que le modèle financier moderne n’est peut-être si mauvais, mais que ce sont certains de ses vils dirigeants qui en font un système économique amoral. Un discours politique certes dans l’air du temps, mais dont le manichéisme vient confirmer la consensualité dont souffre ce long-métrage.

Jodie Foster fait finalement plutôt bien son travail puisque, malgré un scénario convenu qui passe complètement à côté de son sujet, elle réussit, grâce à un montage rythmé et à un George Clooney qui ne se prend pas au sérieux, à mettre au point un sympathique petit thriller. Loin du film à charge que l’on en attendait, c’est donc à un petit divertissement du dimanche soir que nous avons droit et, bien sûr, à la présence d’un casting quatre étoiles qui, à lui seul, a valu au film d’être diffusé à Cannes.

Money Monster : Bande annonce

Money Monster : Fiche technique

Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Jim Kouf, Alan DiFiore, Jamie Linden
Interprétation : George Clooney (Lee Gates), Julia Roberts (Patty Fenn), Jack O’Connell (Kyle Budwell), Caitriona Balfe (Diane Lester), Dominic West (Walt Camby), Lenny Venito (Lenny), Giancarlo Esposito (Marcus Powell)…
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Matt Chesse
Musique : Dominic Lewis
Direction artistique : Deborah Jensen
Producteurs : George Clooney, Daniel Dubiecki, Grant Heslov, Lara Alameddine
Sociétés de production : Smoke House Productions, Allegiance Theater, LStar Capital, TriStar Pictures, Village Roadshow Productions
Distribution (France) : Sony Pictures
Présence en festival : Diffusion hors-compétition à Cannes 2016
Durée : 95 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 12 mai 2016

Etats-Unis – 2015

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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