The Expanse saison 1 et 2 : Critique série

Série de space opera qui s’avère complexe et visuellement impressionnante, The Expanse dépeint un univers réaliste, dans un cadre spatio-temporel plutôt original.

Synopsis : La destruction d’un vaisseau transporteur de glaces par des assaillants inconnus est le début d’une succession d’événements qui va exacerber les tensions entre la Terre, Mars et les habitants de la Ceinture d’astéroïdes. James Holden, officier survivant du vaisseau, Josephus Miller, détective ceinturien chargé de retrouver la fille d’un milliardaire, Chrisjen Avasarala, sous-secrétaire adjoint pour les Nations unies, qui tente de faire la lumière sur ces événements, se retrouvent ainsi mêlés à de sombres machinations, aux conséquences qu’aucun d’entre eux ne pouvait alors imaginer.

The Expanse est l’adaptation de la série de livres du même nom, de James Corvey. Le cadre se situe dans un futur proche, dans le système solaire, lorsque l’humanité s’est extirpé de la Terre d’origine, mais sans pouvoir encore atteindre les étoiles. Une époque intéressante trop peu montrée à l’écran comme dans les livres. Parfois présentée comme le Game of thrones de la science-fiction par certaines presses avides de comparaison facile, en raison de ses luttes de pouvoir entre les différents peuples, elle s’avère pourtant assez différente. Mélangeant des éléments horrifiques ou de thriller avec les intrigues politiques, elle se concentre sur un nombre réduit de personnages, qui vont essayer de faire éclater la vérité, et empêcher l’humanité de s’autodétruire à l’heure où elle devrait se serrer les coudes face à une potentielle menace destructrice sans précédent.

Mondes crédibles

C’est un univers réaliste qui est présenté, à l’opposé donc de Star Wars ou Star Trek. Les institutions humaines apparaissent crédibles, à l’image de ce que l’on peut facilement imaginer dans un siècle si l’humanité colonise d’autres mondes du système solaire.

Les habitants de Mars, qui ont toute une planète à coloniser, fournissent beaucoup d’efforts pour réaliser le vieux rêve des premiers colons de recréer un habitat hospitalier et méprisent une Terre remplie d’habitants oisifs qui ont laissé se dégrader une nature inestimable. Beaucoup en viennent à penser qu’ils ne pourront véritablement prendre leur essor qu’une fois avoir pris l’ascendant sur la planète sœur.

Des années en gravitation restreinte ont transformé les habitants de la Ceinture des astéroïdes en êtres frêles et chétifs, et de grande taille. Des différences physiques qui, on ne le sait que trop bien, suffisent à susciter le rejet de la part des autres peuples. Une vie passée à économiser des ressources d’importances vitales, à communiquer dans le vide autant avec les mains qu’avec les paroles, a entraîné l’apparition d’une toute nouvelle culture, où les matières premières ont acquis une importance sacrée avec laquelle on ne plaisante pas, et où l’on communique autant avec les gestes que les mots. Un peuple qui vit de plus en plus mal la mainmise des planètes intérieures sur leurs mondes et leurs ressources.

Tout change avec l’apparition d’une toute nouvelle technologie avancée à grand potentiel. Elle donne un avantage certain au camp qui la possède, et est susceptible donc de bouleverser les rapports de forces. Mais c’est aussi et surtout une technologie venue d’au-delà du système solaire, la preuve que d’autres formes de vie conscience existent, capables de prouesses dont nous ne soupçonnons même pas la possibilité. Une découverte nous mettant dans la position très angoissante des Aztèques persuadés d’être seuls au monde et qui ne pouvaient comprendre l’arrivée des vaisseaux espagnols, funestes présages à la disparition de leur civilisation. Mais pour l’heure, la Terre et Mars se méfient trop l’une de l’autre, et les Ceinturiens sont trop occupés à revendiquer leur liberté pour faire cause commune…

L’apparition d’éléments extraterrestres la différencie de Battlestar Galactica, qui se concentrait sur la dimension politique et humaine. En terme de profondeur, The Expanse n’arrive certes pas à la hauteur, mais a suffisamment de qualité pour s’afficher comme un successeur honorable.

Héros malgré eux

Bien que le développement des personnages ne soit pas vraiment le point fort de la série, ils sont assez étoffés pour apparaitre ambigus, avec des failles personnelles qui les rendent humains.

Le détective Joe Miller (Thomas Jane) est un policier blasé, aux méthodes violentes. Il finit par être obsédée par la femme qu’il doit retrouver, au point d’en faire une affaire personnelle.

En parallèle, Jim Holden (Steven Strait) est un homme profondément droit qui s’échine à faire ce qui est juste, au risque d’aggraver la situation. Après la destruction de son vaisseau, il se retrouve catapulté malgré lui capitaine. Aux lourdes responsabilités de la survie de l’équipage s’ajoute son rôle à jouer dans une affaire qui le dépasse, pion involontaire pris dans une guerre naissante et face à un ennemi inconnu.

A l’inverse Chrisjen Avasarala (Shohreh Aghdashloo) est une politicienne revêche qui n’a pas la langue dans sa poche. Habile oratrice, elle a une connaissance fine des affaires politiques et parvient à nager en eaux troubles sans se noyer. Un masque sévère qui dissimule ses doutes et ses craintes, qu’elle n’enlève qu’en face de son compagnon, trop souvent éloigné d’elle.

Apparue en saison 2, Bobbie Draper (Frankie Adams) est une guerrière, un marine de Mars surentraîné, fort de corps et d’esprit, qui a grandi comme la jeune génération martienne en oubliant le rêve des premiers colons, et avec une animosité grandissante envers la Terre. Bouleversée par un traumatisme sur la lointaine Ganymède, manipulée par ses supérieurs, elle va devoir mettre de côté ses préjugés et ses tendances belliqueuses.

Une adaptation complémentaire aux livres

Si la série suit assez fidèlement les livres, elle s’en écarte de manière évidente en modifiant l’ordre d’apparition des personnages ou certains événements pour en faire une version parallèle, ce qui n’est sans doute pas plus mal. A l’inverse de Game of thrones, cela évite la frustration des changements non justifiés pour une adaptation qui se voulait à l’origine très fidèle (sauf dans les dernières saisons).

La série développe également davantage le côté politique, que l’on pourrait juger un peu trop en retrait dans les livres, en y ajoutant quelques éléments intéressants (les reproches de Mars à la Terre pour avoir laissé la nature se dégrader par exemple). Dans la saison 2, elle complexifie encore les rapports de force en ajoutant, intelligemment, des rivalités au sein même des peuples qui n’existaient pas réellement dans les livres. Enfin, la série étoffe également les personnages secondaires comme l’équipage de Holden, qui présentent chacun une loyauté plus marquée envers leur peuple d’origine, comme le pilote envers Mars et l’ingénieure envers les Ceinturiens.

The expanse  signe la volonté de Sy-Fy de revenir au genre space opera qu’elle avait abandonnée quelques années plus tôt avec l’annulation de Stargate Universe et Caprica. Contrairement à Dark Matter ou Killjoys toutefois, la série bénéficie d’un vrai budget permettant des décors et des scènes spatiales qui n’ont rien à envier aux films. Loin des vaisseaux aux décors carton-pâte ou rutilants, les vaisseaux sont sombres, souvent délabrés, et donnent réellement l’impression que c’est le genre d’appareils qui pourraient servir à voyager dans l’espace dans quelques décennies.

Bande-annonce The Expanse

The Expanse : Fiche technique

Création: Mark Fergus, Hawk Ostby
Réalisateurs : Terry McDonough, Bill Johnson, Jeff Woolnough, Robert Lieberman
Acteurs : Thomas Jane (Josephus Miller) ; Steven Strait (James Holden); Cas Anvar (Alex Kamal); Dominique Tipper (Naomi Nagata); Wes Chatham (Amos Burton); Shohreh Aghdashloo (Chrisjen Avarasala) ; Frankie Adams (Roberta « Bobbie » Draper)
Scénaristes : Mark Fergus et Hawk Ostby… D’après l’œuvre de James Corvey
Producteurs: Daniel Abraham, Ty Franck, Lynn Raynor, Ben Cook, Dan Nowak
Producteurs exécutifs : Broderick Johnson, Andrew Kosove, Sharon Hall, Sean Daniel, Jason F. Brown, Mark Fergus, Hawk Ostby, Naren Shankar
Musique : Clinton Shorter
Chaîne d’origine: SyFy
Réseau de diffusion : NBC Universal
Format et nombre d’épisodes : 23 épisodes de 42 minutes
Genre: Science-fiction, drame

États-Unis- 2015

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William
Williamhttps://www.lemagducine.fr/
Je suis capable de regarder le dernier blockbuster en date rempli d’explosions comme un film indépendant peu connu au rythme lent et contemplatif. Je ne place pas de barrière qualificatif pour ma part, un blockbuster intelligent a autant de mérite qu’un film d’auteur esthétique pour moi. Après tout la mission du cinéma n’est-elle pas aussi de vendre du rêve et d’émerveiller, comme de faire réfléchir ? Ce qui me donne un petit côté bon public, ce que j’assume, car ça ne m’empêche pas de posséder un esprit d’analyse, et de repérer les défauts des œuvres même si je les apprécie. Passionné de science-fiction et de fantastique, je préfère ce qui permet de s’évader et d’agir sur notre imagination. En vrai je regarde d’avantage de séries, format encore parfois considéré comme inférieur, mais qui permet une capacité d’évolution des personnages et de développement d’univers bien supérieur à ce que le cinéma peut offrir.

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