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Wonder Woman héroïne du DC Extended Universe ?

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Wonder Woman, héroïne du DC Extended Universe, arrive avec la lourde tâche de devoir fédérer le public et la critique à la veille de Justice League. Dernière (et première) super-héroïne à avoir son film avant le gros morceau de la Warner et qui se doit de donner la note d’intention pour la suite du DCEU après son début chaotique. Mission accomplie mais qui s’impose comme une défaite.

La patte Snyder

Quand Zack Snyder posa les bases du DC Extended Universe avec son imparfait mais puissant Man of Steel puis, quelques années plus tard, avec son très bon Batman v Superman, il ne fit pas l’unanimité auprès des spectateurs, de la presse spécialisée et des producteurs qui charcutèrent son dernier film lors de sa sortie en salles. Contrairement à son rival direct, le Marvel Cinematic Universe, l’univers dépeint ici est trop sombre, trop premier degré au sein de films pouvant être jugés trop longs pour une durée de 2h15 à 3h dans leur version extended cut. Car les films ont tellement été maltraités par les studios que des versions « director’s cut » ont pu voir le jour lors de la sortie en blu-ray. Alors que pour un Suicide Squad – qu’on oubliera volontiers tellement le ratage fut complet – cela n’arrange rien, la version longue de BvS a permis au film de gagner en ampleur, en cohérence et fit globalement changer l’avis de la critique à son égard. Même s’il est à tort érigé en chef d’oeuvre incompris par sa fanbase, le film porte un regard intéressant sur ses personnages et s’impose en fresque politique et désespérée qui distille ici et là des pistes de réflexions sacrément pertinentes. Un peu comme un fils spirituel de Watchmen, aussi de Snyder, il n’en atteindra jamais sa complexité mais sort du carcan de l’oeuvre super-héroïque par ses choix clivants. Une bouffée d’air frais dans une industrie de plus en plus lissée.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-teamMais la mayonnaise a toujours du mal à prendre. Pourquoi ? Sans doute parce que la proposition est bien trop radicale. Le diptyque autour de Superman n’est pas dénué de défauts mais la principale chose qui a déstabilisé le public c’est la réinterprétation qui est faite des figures emblématiques DC. L’homme d’acier n’est plus le sauveur au sourire étincelant et bienveillant qu’il avait pu être, il est aujourd’hui une figure de controverse. L’ambition étant clairement de placer la figure d’un sur-homme dans un monde réaliste. Man of Steel est en ça un film d’invasion, qui met l’homme face à la question terrifiante de savoir si nous sommes seuls ou non dans l’univers. Jamais ce film et sa suite ne prennent le statut extraterrestre de son personnage à la légère. Ils viennent constamment interroger sa place dans un monde interconnecté de plus en plus emprunt à la paranoïa et à l’obsession du terrorisme. Les films sont clairement des œuvres post 11 septembre et qui n’hésitent pas à corrompre ses héros dans un monde qui pervertit ce qui est juste par sa peur de l’autre. Ce qui effraie à propos de Superman n’est pas tant sa part kryptonienne que sa part humaine. Car l’humain peut être corrompu. Chose aussi explicitée à travers le parcours de Batman qui, dans son extrémisme vieillissant et sa peur de ne pas être à la hauteur, se transforme en figure du fascisme qui laisse perplexe beaucoup de ses fans.

Accusé de n’avoir rien compris à ses personnages, Snyder montre au contraire un respect assez saisissant de leur ADN et, même si il les extrémise, il reste très raccord avec ce qu’ils évoquent aussi dans les comics. Car il n’y a pas qu’une version de Batman et de Superman, et ils ne sont pas toujours ces images de vertus tant fantasmées par le grand public. C’est surtout ce public biberonné à l’image lisse et idéalisée de Marvel qui à rejeté les films de Snyder parce que la pop culture devient de plus en plus exigeante quant aux libertés prises sur les mythes qu’ils ont contribué à ériger. Leurs héros doivent être des figures génériques, sans défauts trop évidents ou gênants et porteur d’un message positif sous peine d’être totalement rejetés. Alors, quand un film place ses héros dans un monde corrosif et qui ne peut rien laisser de bon, les gens tendent à ne pas l’accepter. Ce qui, au final, souligne d’autant plus le propos de l’oeuvre. Qui pourtant finissait aussi sur une touche d’espoir… Une touche d’espoir que représentera Wonder Woman ? Alors que l’histoire est co-écrite par Snyder, on aurait pu s’attendre à une continuité avec ses précédents films mais la déception n’en est que plus grande lorsqu’on s’aperçoit que ce n’est pas le cas.

Marvelisation 

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Robin-WrightWonder Woman est davantage le fruit d’un lissage à la Marvel que de la réinterprétation plus réaliste engendrée par le DCEU. Même si ses origines sont respectées avec un amour qui force l’admiration – toute la partie sur Themyscira étant la plus réussie et semblant directement sortir des comics avec un certain sens de la mise en scène dont ne bénéficient pas les productions Marvel – on reste face à un produit plus générique. Patty Jenkins s’impose pourtant comme une réalisatrice efficace mais elle croule sous un cahier des charges plus spécifique qui l’empêche d’apposer une patte à son œuvre et l’oblige à faire du « sous Snyder ». Elle n’a clairement pas le même œil que son comparse pour l’action et le mouvement, même si elle tente de se faire formaliste, elle use de beaucoup trop de ralentis pour s’aider à y parvenir et en résulte une approche un peu bancale. Wonder Woman et ses cheveux au vent, au ralenti, finit plus par passer pour l’égérie d’une pub l’Oréal que pour l’amazone sévèrement remontée qu’elle est censée être. Mais elle n’est pas non plus aidée par son discours simpliste et réducteur – pourquoi est-ce toujours les héros féminins qui doivent véhiculer et trouver pour moteur l’amour ? –  et un scénario qui ne sait jamais comment gérer sa figure de déesse et s’impose souvent par ses réflexions dignes d’un enfant de 4 ans et son absence totale de subtilité.

Dans les précédents films, Superman apparaissait comme un game changer, son arrivée n’étant pas sans conséquences. Et on rappelait sans cesse qu’il évoluait dans un monde qui n’était pas près pour la présence d’êtres supérieurs. Alors qu’ici, 100 ans avant, la présence de Wonder Woman semble avoir autant d’impact que la foire à la saucisse à St-Hippolyte sur le Doubs où les gens sont plus subjugués par sa beauté que par le fait qu’elle casse de l’allemand comme on brise une allumette et qu’elle traverse les clochers sans même en ressortir avec une égratignure. Tout le monde semble ne pas se soucier de sa présence comme si tout était normal et, même si on peut s’imaginer que c’est à cause de la guerre – ici édulcorée mais traitée avec un sérieux convaincant -, une telle présence aurait quand même dû avoir une répercussion plus conséquente sur celle-ci et les hommes qui la font. Personne ne s’interroge dans ce qui n’est qu’un divertissement bête et calibré de plus. Et, à ne jamais mettre l’héroïne en perspective face au monde des hommes, le film échoue à porter un regard sur elle. Alors que sa place au sein de ce monde aurait dû être la principale thématique du scénario. On a l’impression d’un rétropédalage au niveau de la gestion de la figure super-héroïque, Wonder Woman devient une figure lisse et sans défauts qui n’est là que pour transmettre son joli message qui touchera les spectateurs par sa naïveté fatigante. Est-ce ça l’image que l’on a des super-héros ? Des coquilles vides aux discours dignes de la morale d’un épisode de Dora l’exploratrice ? Vu le succès critique du film, il semblerait que oui. C’est d’autant plus dommage que, pour une fois qu’on a un film de cette ampleur réalisé par une femme et mettant en scène un super-héros féminin, c’était le moment de sortir du classique et de marquer le coup.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Gal-Gadot-Chris-PineAprès, dire que le film ne remplit pas sa mission serait mentir, il est tellement sage qu’il est difficile de le trouver foncièrement raté même si on peut être agacé par son manichéisme bas du front et son féminisme purement marketing et trompeur. Le film étant à la limite du réducteur parfois. Car, au final, l’homme domine ici. Même si il est physiquement moins imposant que Wonder Woman dans l’action, Steve est le personnage à la psychologie la plus travaillée. A la fois guide pour Diana, il est aussi celui qui embrasse le plus le point de vue du spectateur alors qu’on est mis de côté par la position de femme-enfant de Diana. Contrairement à Steve, on a toujours une longueur d’avance sur Diana. Mais le duo fonctionne quand même plutôt bien, l’alchimie entre les deux acteurs est évidente – grandement aidée par le naturel de Chris Pine – et on s’attache assez facilement à eux. Gal Gadot est moins convaincante que dans BvS, l’aura mystérieuse de son personnage lui donnant plus facilement du charisme. Ici, sa position assez ingrate dans le récit (elle subit les événements plus qu’elle ne les mène) la met un peu en retrait au final. Même si c’est un passage nécessaire de lui faire découvrir le monde, plus de subtilité aurait été bienvenue surtout lorsque le tout est souligné d’un humour certes convenablement dosé mais pas des plus originaux. Le récit est par ailleurs assez clair, plus facile à suivre que dans les autres films du DCEU mais on ressent aussi cette « marvelisation » dans la gestion des antagonistes moins troubles que par le passé. Même si Zod et Lex Luthor étaient des archétypes de méchants, les films savaient aussi leur apporter un regard empathique qui les nuançaient. Ici, ils font clairement méchants de comics qui ricanent en énonçant leurs plans diaboliques. D’ailleurs, l’aspect marionnettiste du grand méchant est des plus ridicule et en total contradiction avec « la noirceur des hommes » décrite par Diana. Car cette noirceur n’est au final jamais montrée et se voit excusée par une influence divine qui crée un paradoxe avec les précédents films. On passe d’un univers réaliste à des individus qui tiennent plus du bisounours manipulé que d’une quelconque cohérence.

Wonder-Woman-heroine-DCEU-Gal-GadotAvec Wonder Woman, la Warner lorgne définitivement du côté de son principal rival au point d’en copier la formule. Dans son deuxième et troisième acte, on pensera indubitablement au premier Captain America tant les rapprochements s’accumulent. Pourtant le premier acte, plus dans l’esprit DC Comics, était vraiment rafraîchissant et innovant dans le genre. D’autant que ce que garde le DCEU de sa patte n’est pas forcément ce qu’il a fait de mieux jusque là. Il caricature maladroitement le style de Snyder tout en gardant l’habituel final en CGI qui n’est pas des plus inspirés. Alors qu’il avait réussi à imposer son originalité et son identité sur ses deux premiers films – oublions définitivement Suicide Squad – avec ce Wonder Woman, l’univers DC rentre dans le rang. Le divertissement n’est pas honteux, grâce à la réalisation solide de Jenkins, mais reste sans génie. On regarde et on oublie si on a la gentillesse de fermer les yeux sur tous les défauts propres aux blockbusters modernes. Mais ce qui inquiète encore, c’est ce que donnera Justice League. Suite au drame qui a frappé Zack Snyder et au départ de celui-ci de la post production pour être remplacé par Joss Whedon, ne serait-ce pas un aveu supplémentaire de cette envie de se marveliser ? Pour ceux qui espéraient avoir avec DC quelque chose de différent, Wonder Woman est un film décevant et alarmant, et il faudra attendre Justice League sur nos écrans le 15 novembre prochain pour voir si la crainte est justifiée ou non.

Wonder Woman : Bande-annonce

Wonder Woman : Fiche technique

Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Allan Heinberg, Zack Snyder et Jason Fuchs
Interprétation : Gal Gadot (Diana / Wonder Woman), Chris Pine (Steve Trevor), Connie Nielsen (Hippolyta), Robin Wright (Antiope), Danny Huston (Ludendorff), David Thewlis (Sir Patrick), Ewen Bremner (Charlie), Saïd Taghmaoui (Sameer), Eugene Brave Rock (Chef)…
Photographie : Matthew Jensen
Montage : Martin Walsh
Direction artistique : Steve Carter, Stuart Kearns, Dominic Masters et Remo Tozzi
Décors : Aline Bonetto
Costumes : Lindy Hemming
Musique : Rupert Gregson-Williams
Production : Charles Roven, Deborah Snyder, Zack Snyder et Richard Suckle
Sociétés de production : Warner Bros., DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel and Unusual Films, RatPac Entertainment
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 141 minutes
Genre : Super-héros, guerre, peplum
Date de sortie : 7 juin 2017

Etats-Unis – 2017

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