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Hollywood et les remakes : le piètre cas de Dirty Dancing

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Si à l’heure actuelle beaucoup de gens rejettent les remakes, ils restent pourtant essentiels au cinéma. Malheureusement certains projets viennent ternir cette image bienfaitrice, comme le téléfilm Dirty Dancing récemment diffusé sur ABC…

La rentrée s’est bien passée pour les jeunes internautes ? Les étudiants en herbe sont déjà à fond dans les révisions, dans le but de préparer leurs examens ? Vous en avez déjà marre de toute cette pression scolaire qui vous stresse, vous angoisse ? Pour adoucir l’ambiance, la rédaction de CineSeriesMag vous propose un petit cours, pour le moins récréatif. Celui abordant le thème de « comment éviter de faire un très mauvais remake ». Et pour illustrer cela, nous aborderons une nouvelle tentative insipide de la part des producteurs, qui pensent pouvoir crouler sous l’or en prétextant faire découvrir une œuvre culte à toute une nouvelle génération de cinéphiles : Dirty Dancing. Mais leur incompétence en termes d’ambition et leur manque d’implication dans leur travail fait que, la plupart du temps, ledit remake est aussi bien une catastrophe artistique que commerciale. Voulez-vous absolument éviter ce cas de figure ? Voici les points à respecter pour réaliser ce que nous pouvons considérer comme un bon remake !

Pour information, Dirty Dancing version 2017 est un téléfilm produit par la chaîne américaine ABC et diffusé le 24 mai dernier.

Avoir une bonne raison de le faire

Avant toute chose, il faut savoir pourquoi réaliser un remake peut s’avérer indispensable pour certaines œuvres cinématographiques. Se présentant par définition comme une nouvelle version du matériau de base, le remake se doit d’apporter quelque chose à ce dernier. Qu’il s’agisse de le dépoussiérer par le biais d’une nouvelle technologie (le King Kong de Peter Jackson, avec des effets spéciaux dantesques) ou par des thématiques remises à l’ordre du jour (La Guerre des Mondes de Steven Spielberg, la menace soviétique laissant sa place aux conséquences du terrorisme). D’y apporter une toute nouvelle vision propre à son réalisateur, pouvant au mieux surpasser son aîné (The Thing de John Carpenter, reprise de La Chose d’un autre monde). De l’améliorer par plus de maîtrise et d’efficacité (La colline a des yeux, d’Alexandre Aja). Bref, il est impératif d’avoir un argument valable pour se lancer dans un tel projet ! Et pourtant, beaucoup ne semblent pas connaître cette règle de base, livrant pour le coup d’infâmes navets au public. Se vautrant dans le copier-coller sans nom, au risque de dénaturer l’œuvre originelle. S’attaquant également à des titres qui, étant tellement ancrés dans leur époque et ayant déjà un charme imparable, n’ont pas besoin d’être « modernisés ». En effet, voir des remakes de films comme Jurassic Park, Titanic, Le Seigneur des Anneaux ou encore – pour toucher un autre domaine de la cinéphilie – Autant en emporte le vent relèverait du blasphème pur et dur. Mais malgré cela, certaines personnes n’ayant pour seule ambition que de « surfer sur le succès » osent ce genre d’infamies, offrant au remake une assez mauvaise image dans l’inconscient collectif.

Dirty Dancing est carrément de cette trempe. Car, en réfléchissant bien, hormis l’appât du gain, pourquoi refaire le film d’Emile Ardolino ? Entre les réfractaires qui le considèrent comme un nanar musical, une bluette à l’eau de rose, et des fans ayant été marqués par ses musiques, son aspect naïf et conte de fées, rien ne prédisposait le long-métrage à avoir droit à un remake. Surtout qu’en y réfléchissant bien, le genre de la comédie musicale se prête assez mal à l’exercice, proposant des titres au scénario se suffisant à lui-même et ayant pour atout une bande son justement indémodable. Se tirant donc déjà une balle dans le pied dès sa mise en chantier, ce genre de remake ne peut que reprendre le script du film originel tout en modernisant – pour ne pas dire massacrer – les chansons. Dirty Dancing version 2017, c’est la copie conforme, réplique après réplique, de l’original. Il y a bien quelques modifications, comme les personnages de Neil Kellerman (petit con prétentieux devenu un benêt lourdingue) et de Vivian Pressman (femme divorcée et cougar au lieu d’une épouse nymphomane). Mais ces changements ne sont pas justifiés et n’apportent clairement rien ! Sans compter quelques oublis (le couple Schumacher, pickpockets) pourtant évoqués sans raisons dans cette version (le scénario passe tout de même par une histoire de vol de portefeuilles), ce qui amène à bon nombre d’incohérences.

En ajout, nous pouvons tout de même compter sur un script s’intéressant bien plus aux parents de l’héroïne. Alors que le film original faisait la part belle à la relation père-fille, ce remake s’intéresse cette fois-ci à la destruction progressive du couple. Le mari, tellement plongé dans son travail et qui veut être le bon père de famille idéal, en délaisse inconsciemment sa femme. Un petit plus apporté à l’histoire de Dirty Dancing qui aurait pu être acceptable – notamment dans cette vision où Bébé et sa sœur, ayant vécu dans cette optique de la famille parfaite, voient cette image s’écrouler car faisant face à la dure réalité de la vie en couple – s’il était narré convenablement. Ou encore l’amourette de la sœur de Bébé avec un musicien noir, afin de parler de couple mixte (surtout pour l’époque du film, les années 60), si ce n’était pas aussi survolé. Malheureusement, tout comme deux-trois chansons supplémentaires, ces apports ne servent finalement qu’à meubler, rendant l’ensemble inutilement long (on passe de 100 à 130 minutes, tout de même !). Et on ne parlera pas du final : un autre ajout (le devenir du couple Bébé/Castle des années plus tard), qui ne fait que casser le côté féerique et niais totalement assumé du long-métrage d’Ardolino, également omniprésent dans cette version.

Avoir un bon casting

Pour un remake, l’un des problèmes majeurs à surmonter est le casting originel. Si beaucoup de films sont encore aujourd’hui dans les esprits, c’est pour leurs comédiens. Pour l’exemple, imaginez-vous une reprise du Flic de Beverly Hills, avec quelqu’un d’autre à la place d’Eddie Murphy ? Ou encore un Retour vers le futur sans Michael J. Fox et Christopher Lloyd ? Vraiment difficile d’entrevoir de tels faits. Et notamment dans le domaine de la comédie musicale, qui puise souvent son succès populaire auprès de son couple vedette. Il suffit de voir Footloose, dont le remake de 2011 souffrait déjà de l’absence de Kevin Bacon (son remplaçant, Kenny Wormald, n’ayant pas le même charisme), ou d’imaginer Grease sans les éternels John Travolta/Olivia Newton-John. Dirty Dancing, c’est exactement la même chose : outre quelques chorégraphies et chansons, ce qui avait marqué les esprits à l’époque de la sortie du film, c’était le tandem Patrick Swayze/Jennifer Grey. Le couple était bancal sur le papier (acteurs inconnus à l’époque, aucune entente sur le tournage…), mais avait réussi à créer l’alchimie et la passion qui avait marqué tant de fans, hissant ce film au rang d’œuvre culte. Remplacer cet atout par de nouveaux comédiens était d’entrée de jeu le premier obstacle à surmonter.

Abigail Breslin est une bonne actrice, elle a su le démontrer dans de précédents projets et ce depuis sa jeune consécration dans Little Miss Sunshine. Mais il faut se rendre à l’évidence : le rôle de Bébé n’est pas fait pour elle. D’une part parce qu’elle n’a malheureusement pas le charme de Jennifer Grey (ni même la carrure, ne le cachons pas sans être méchant…). Et d’autre part, parce que son jeu d’actrice ne convient pas à ce genre de film, surtout quand elle n’est pas dirigée. Si la comédienne semble s’éclater pour quelques pas de danse, elle ne parvient pas à rendre son personnage attachant, car surjouant beaucoup trop. Peut-être le fait-elle le temps d’une scène (celle où son personnage se lâche devant son père), mais cela reste insuffisant. Colt Prattes, quant à lui, est l’exemple-type du mauvais remplaçant. Comme Swayze à l’époque, pour le public, il sort de nulle part (du milieu de la danse et des petits rôles). Cependant, à part jouer le bad boy à l’excès, il est aussi oubliable qu’un figurant de seconde zone, n’ayant tout simplement aucun « dirtycharisme » ni talent. Malgré leur mésentente si légendaire, Jennifer Grey et Patrick Swayze avaient su mettre de côté leurs différends (sauf quand Swayze ne cachait pas son agacement envers sa partenaire qui riait sans cesse à ses chatouilles involontaires, scène d’ailleurs gardée dans le film) et créer l’alchimie parfaite entre leurs deux personnages, faisant prendre à Dirty Dancing tout son sens. Avec Abigail Breslin et Colt Prattes, c’est le vide abyssal. La passion n’est plus au rendez-vous. Plus rien ne semble crédible à l’image. Le remake n’a, pour ainsi dire, plus aucune raison d’être, ayant enterré l’essence même du film original. Et ce n’est pas, comme dans la plupart des « nouvelles versions », en prenant des comédiens connus (outre Abigail Breslin, nous avons également Bruce Greenwood) que cela va arranger quoi que ce soit. Car ce n’est pas en cherchant à redonner du prestige à un casting bancal que l’on retrouve forcément l’étincelle de l’original.

Avoir une bonne équipe en charge du projet

Comme pour n’importe quel film, il est impératif que l’équipe de tournage soit solide pour un remake. Notamment en ce qui concerne le réalisateur, l’une des personnes clés de la conception du projet. Celle qui peut comprendre ce qu’elle a entre les mains, qui a correctement décortiqué le matériau de base pour en faire une variation respectueuse. Et surtout quelqu’un sachant mener à bien un projet, qui ne soit pas un banal yes man ne faisant que son devoir sans se forcer. Dans ce cas-là, le rendu final risque fort de n’avoir aucune envergure. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un remake (plutôt d’un hybride entre la suite et le reboot), prenons le cas de Predators. Le producteur Robert Rodriguez a voulu rendre hommage au film de McTiernan car, ce qui en faisait son charme, c’était son action dans la jungle. Donc faisons un nouvel opus dans la jungle ! Mais Predator premier du nom n’était pas aussi banal que Rodriguez semblait le voir. Il y avait une mise en scène ingénieuse, pointilleuse, malheureusement singée dans le reboot. Des séquences d’anthologie, reprises plus que maladroitement (celle du Yakuza, remplaçant l’Amérindien du film original, devenant un banal face-à-face et non une séquence de terreur). Il est donc clair que le réalisateur d’un remake se doit d’être talentueux et de savoir quoi faire de son projet. Et pour bien le comprendre, voici un comparatif de la danse finale des deux versions de Dirty Dancing, séquence qui résume à elle seule le fossé séparant les deux films.

Emile Ardolino (futur réalisateur de Sister Act), est à la tête d’une histoire d’amour musicale et il le sait très bien ! Du coup, pour la grande scène de danse, que fait-il ? En fond sonore, il met une chanson magnifique (qui remportera l’Oscar en 1988), faisant encore vibrer les foules grâce à sa mélodie et ses deux interprètes. Il colle sa caméra à son couple vedette et ne le quitte pratiquement jamais des yeux, afin de capter un regard, un sourire qui témoigne de la complicité des deux personnages. La caméra ne quitte le duo d’acteurs que pour voir la réaction des spectateurs de la scène, éblouis par le spectacle qui leur est offert. Le réalisateur occupe l’espace comme il se doit, tournant autour pour mieux apprécier la chorégraphie. Il met le paquet sur les spots de lumière, afin de créer une ambiance à la fois passionnelle et virevoltante, à la limite du féérique (lumière rose, claire, éblouissante). Le film parlant de danse, il mise tout sur les pas de ses interprètes. Swayze démontre ses talents de danseurs, Grey s’éclate tout comme son personnage. Ils sont spontanés, énergiques, élégants… L’entrée sur la piste des figurants démontre le travail accompli par une très belle synchronisation. Et enfin, le plan iconique qui marquera toute une génération : celui du porté, filmé comme si c’était le clou du spectacle (couple mis en valeur, la comédienne dans une lumière plus forte, élévation de la musique…). Tout semble à fois si simple et si beau ! Normal que cette séquence traverse encore les âges !

Bien qu’il ait déjà dirigé des films musicaux (dont Les Saphirs), le réalisateur australien Wayne Blair n’était pas le gars sur qui il fallait compter pour faire un remake de Dirty Dancing. Avec une mise en scène beaucoup trop plan-plan et une mauvaise direction d’acteurs (la façon dont est joué le discours de Johnny Castle en dit long), le bonhomme se perd dans ce qui semble être un spectacle de fin d’année, encore au stade des répétitions : chorégraphies molles (Colt Prattes se dandine plutôt qu’il ne danse), comédiens ne se lâchant jamais, la caméra donnant l’impression de faire des repérages sur le plan final à enregistrer (constamment fixe malgré quelques zooms mineurs, n’occupant pas l’espace comme il faut…). L’ensemble parait brouillon, ne mettant jamais en valeur la danse des figurants ni même du couple vedette, beaucoup trop paresseux. Les lumières ne sont pas aussi travaillées, ce qui empêche une ambiance de se créer. La niaiserie prend cependant plus d’ampleur, donnant l’impression d’un film qui en fait beaucoup trop, qui n’a plus rien de spontané, d’iconique (le porté perd toute son ampleur). Cette fois-ci, les comédiens chantent, mais comme tout ne semble pas finalisé, la synchronisation avec le playback est laborieuse (mention spéciale à Bruce Greenwood) et le travail sur le chant n’est pas peaufiné comme il se doit. Et avec un public qui s’extasie pour rien, la mythique scène de Dirty Dancing premier du nom devient une représentation ridicule, guignolesque, qui fait autant rire jaune que pitié.

Et dire qu’à la base, c’était Kenny Ortega qui devait s’atteler à ce remake… Bien que celui-ci ait à son actif la trilogie des High School Musical et des deux Descendants, il est quand même un chorégraphe reconnu. Il a notamment travaillé avec Madonna, Michael Jackson et sur certains films, dont Dirty Dancing premier du nom. Même s’il n’est pas un réalisateur de renommée, il était au moins capable de donner du panache à cette nouvelle version, du moins pour les séquences dansées. Mais au final, à force de ne pas savoir comment mener le projet et de ne plus avoir confiance (au point de le reléguer au rang de téléfilm), les producteurs ont préféré jeter leur dévolu un metteur en scène lambda, incapable de bien moderniser une œuvre (mettre de l’électro dans She’s Like The Wind alors que l’histoire se déroule dans les années 60, c’est déjà problématique) et de tout mener sans aucun génie. Un homme ne sachant jamais recréer la passion de ses personnages, ni même la sensualité qui pouvait se dégager de certaines scènes. Comme les mains de Swayze caressant le corps de Grey. Juste un mec musclé faisant tomber le t-shirt trop facilement, à l’instar de Taylor Lautner dans Twilight. Donc, si vous voulez un bon remake, choisissez bien votre réalisateur et les gens qui l’entourent (monteur, directeur de la photographie…). Sinon, vous foncez droit dans le mur !

Voilà, ce petit cours arrive à son terme. En espérant que cela ait été autant récréatif qu’instructif. Le but étant de rappeler qu’un remake n’est pas forcément une abomination cinématographique mais bien une œuvre purement légitime. À condition, bien évidemment, d’avoir toutes les cartes en mains pour justifier son existence. Et en espérant également que ce cours vous aura donné envie d’éviter à tout prix ce Dirty Dancing version 2017 qui a eu la seule bonne idée de ne pas traverser l’Atlantique, ni de sortir dans les salles obscures. Mais qui a malheureusement réussi à laisser Bébé toute seule dans un coin…

Ouverture FEFFS 2017 : Clown tueur et cascadeur hollandais

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Pour fêter ses 10 ans, le FEFFS démarre très fort avec la nouvelle adaptation du roman culte de Stephen King, Ça et le retour en fanfare des hollandais de New Kids Turbo avec Ron Goossens, Low Budget Stuntman pour ouvrir les séances de minuit.

Voilà, on y est. La dixième édition du FEFFS vient de débuter ce vendredi 15 septembre. Au menu, une programmation des plus alléchantes et ce n’est pas cette première soirée qui va nous faire dire le contraire. En effet, c’est le film d’horreur le plus attendu de l’année,  Ça qui a eu l’honneur d’ouvrir cette édition anniversaire. Mais ce n’est pas tout, le festival nous a également proposé un petit midnight movie bien décalé, de quoi se mettre très vite dans le bain.

[Film d’ouverture] – Ça

Réalisé par Andy Muschietti (USA, 2017). Date de sortie : 20 septembre 2017

Certainement le film d’horreur le plus attendu, encore plus après que Xavier Dolan l’ait qualifié de film du siècle, Ça a fait salle comble pour l’ouverture de cette dixième édition. À tel point qu’une nouvelle séance a été ajouté à la dernière minute. Forcément, quand on a adapte l’une des œuvres les plus emblématiques du maître de l’horreur, Stephen King, la hype est présente, mais est-ce que Ça le mérite ?

Dans le Maine, un groupe d’adolescents de 13 ans se voit confronté à un clown maléfique se servant des peurs de ses victimes pour les enlever, voilà la postulat de base de Ça. Très vite, on retrouve cette ambiance créée par Amblin dans les années 80, et reprise bien évidemment l’année dernière par le carton Stranger Things. Il n’est donc pas étonnant de voir les résultats au box office du film, tellement il se rapproche de la série Netflix. C’est d’ailleurs le gros point fort du film de Muschietti, l’alchimie qui se dégage du groupe des Losers. Si certains restent en retrait, le groupe dans son ensemble fonctionne à merveille, et on remarque une certaine aisance de la part de ces jeunes acteurs dans leurs échanges. Parmi eux, on retrouve d’ailleurs Finn Wolfhard (qui joue dans Stranger Things) qui se transforme en véritable machine à punchlines, et Jaeden Lieberher (déjà vu dans Midnight Special) en leader bègue. C’est au travers de cette bande d’enfants que Muschietti va pouvoir établir une ode à l’enfance et à l’affrontement des peurs qui accompagnent cette période charnière de la vie.

Malheureusement la façon dont il va mettre cette peur en scène ne sera pas toujours des plus convaincantes, notamment lors des premières apparitions du clown Pennywise. En effet, Muschietti va dans un premier temps céder à la facilité pour essayer d’instaurer l’angoisse et cela se traduit par ces procédés un peu putassier qui parsèment le cinéma d’horreur grand public aujourd’hui. Jump scares sonores et visuels seront donc bien évidemment de la partie. Cependant, Muschietti va se rattraper plus tard et réussir à véritablement créer une atmosphère des plus cauchemardesques et cela apparaît lors de l’arrivée de la bande dans la maison abandonnée. Il faut dire qu’il est aidé par un très beau travail de Chung-hoon Chung à la photographie qui arrive à rendre l’antre de Pennywise des plus angoissantes. Bill Skarsgard est d’ailleurs des plus convaincants dans son rôle de clown tueur, grâce à un sourire des plus sadiques.

Ça est donc une belle petite réussite, qui ne peut cependant s’empêcher de tomber dans des écueils propres aux genres de ces dernières années. Il délivre cependant un beau message de courage et de surpassement de soi-même servi par un casting remarquable à l’alchimie notable. Un bien bel façon de débuter ce festival.

[Midnight Movies] – Ron Goossens, Low Budget Stuntman

Réalisé par Steffen Haars et Flip van der Kuil (Pays-bas, 2017). Date de sortie inconnue

Si il y a bien deux réalisateurs qui pouvaient ouvrir la section midnight movies en beauté, c’est bien le duo néerlandais Steffen Haars et Flip van der Kuil. Connu pour le diptyque New Kids où des beaufs aux mulets de compétitions décidaient de ne plus rien payer, les deux hollandais se sont très vite portés comme étendards d’un humour très graveleux, trash à l’extrême et ne se refusant aucune limite dans le mauvais goût. Bien évidemment, leur nouvel essai Ron Goossens est de la même trempe.

Racontant l’histoire du personnage éponyme, poivrot notoire devenu star du web après une cascade ratée, qui entame une carrière de cascadeur dans le cinéma, Ron Goossens est un film d’amour, mais attention un film d’amour par Steffen et Flip n’est pas comme tous les autres. Ici, notre valeureux prince pas très charmant doit se taper la sublime Bo Maerten (dans son propre rôle) pour espérer reconquérir Angela son amour de toujours trop occuper à se faire prendre par la moitié du village pour prêter attention au pauvre Ron. Notre héros va donc tout faire pour retrouver sa dulcinée et pouvoir fonder une famille. Sous cette quête à peu près noble se trouve cependant un déluge de gags plus extrêmes les uns que les autres. Entre racisme, pédophilie ou scatophilie, le duo Steffen/Flip n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le cocktail parfait pour un midnight movie qui fera déclencher de nombreux rires dans la salle tellement les hollandais ne se voient aucune limite dans le jusqu’au-boutisme de la beauferie. Agrémenté d’un petit côté méta sur l’industrie cinématographique hollandais avec de nombreux caméos dont Dick Maas (un des invités d’honneur du FEFFS), Ron Goossens est une quête de la rédemption par un homme blessé par l’amour. Le film manque peut-être un peu de mulet comparé aux New Kids, mais bon quand on a des sublimes montages alternant séance de beuverie avec des clips du François Feldman hollandais et sa sublime nuque longue bouclée, on ne va pas faire la fine bouche.

Pour sa deuxième journée, le FEFFS mettra la Hollande une nouvelle fois à l’honneur, avec non pas un, non pas deux mais trois films de Dick Maas qui nous fera également l’honneur de sa présence. Ce deuxième jour sera également l’occasion de débuter la compétition crossovers avec Super Dark Times.

 

Barry Seal : American Traffic ou quand Maverick se la joue Air Cocaïne

Entre portrait à charge de l’establishment reaganien, rise & fall à la Scorsese et mix entre Lord of War et Pain and Gain, Doug Liman signe avec Barry Seal une virée sous speed et furieusement jouissive dans l’une des histoires les plus délirantes et débridées de l’Oncle Sam.

Un pilote de ligne au sourire Colgate ravageur ayant convolé pour la DEA, la CIA, Pablo Escobar & qui a vécu le rêve américain ? Un peu plus et on serait tenté de croire que ce Barry Seal n’a jamais existé ; qu’il est de cette trempe de personnage déluré servant à rappeler à quel point l’imagerie du rêve américain infuse jusque dans son propre cinéma. Mais là ou le bât blesse, c’est que ce Barry Seal a vraiment existé. Un anti-héros d’un autre temps, qui chance et culot aidant, s’est vu devenir un des rouages les plus importants dans l’ascension de Pablo Escobar et la traque malheureuse que tenta la DEA et la CIA pour arrêter le trafiquant colombien. Et si sur le papier, tout indiquait que Barry Seal : American Traffic allait emprunter un chemin au moins égal si ce n’est similaire à Argo : celui d’un fait divers « bigger than life » impliquant le gouvernement traité avec suffisamment de recul pour en percevoir toute la gravité, il n’en est heureusement rien. La chance à Doug Liman & Tom Cruise, tous deux responsables de ce rail cinématographique délirant et débridé qui rappelle curieusement un Lord of War coupé à l’absurdité de Pain and Gain.

Un portrait à charge nappé de cool de l’administration reaganienne 

Quiconque connait ainsi Doug Liman sait que le bougre, entre deux morceaux de peloches guindées grand public, se plait à dessouder subtilement ou non les instances gouvernementales américaines. Que ça soit son récent The Wall ou l’acclamé Fair Game, l’américain a ainsi toujours cru bon de mêler divertissement et réquisitoire dans un même film. Le voir donc s’approprier l’histoire de ce pilote de ligne n’avait à priori rien d’anormal, tant celle-ci au travers des exploits de son pilote révèle en filigrane les failles béantes d’un système reaganien la plupart du temps corrompu ; le reste du temps impuissant face à la menace de la drogue. Fatalement, voir donc au milieu de ce marasme bureaucratique, la success-story de ce monsieur tout le monde un brin entreprenant qui va duper le système et s’en mettre plein les poches, a quelque chose de grisant. De comique même. Et c’est sans doute parce qu’il doit prendre un malin plaisir à dessouder le gouvernement de manière détournée, que Liman y va franco quitte à transformer le tout en un sommet de cynisme et d’opportunisme. Dès l’entame ça se sent d’ailleurs. Patine rétro assumée, logo des studios qui crame et se remet à la page des années 80 ; bref tout sent l’anti-conformisme à plein nez. Un peu comme si Liman réitérait ce qui avait fait le succès de son Edge of Tomorrow, un délire SF qui brillait non seulement par son concept mais surtout par son montage qui lui conférait toute sa force comique. Là, même rengaine, l’auteur se plaisant à user à fond du média montage pour appuyer encore plus loin les délires de son pilote devenu bien malgré lui millionnaire. Et ça marche. Du moins suffisamment pour souligner l’absurdité de la situation et poser sur le film, un sentiment d’irréalité, de fantasme, de cool. Si bien que la véhémence du message initial, à savoir pointer du doigt des instances US dépassées et qu’on se le dise franchement incompétentes s’en retrouve éclipsé au profit d’une leçon de cool vivifiante.

Un opéra à la gloire du talent comique de Cruise 

Et question cool, Liman peut compter certes sur son montage mais surtout sur Tom Cruise. L’acteur qui laisse le temps d’un film son costume d’action-man du cinéma US apparait ici transfiguré. Fini les abdos saillants de son Ethan Hunt (Mission Impossible) et bonjour la bedaine et l’insouciance qui va de pair avec l’américain moyen. Une surprise d’autant plus forte qu’elle marque son retour dans la composition dira-t-on normale. Celle qui requiert plus que la simple belle gueule ou le charisme ravageur. Et c’est marrant car ça nous rappelle à quel point Cruise est bon quand il est en confiance. Puisque si il joue à merveille la carte du pilote déboussolé en proie au doute quand on lui propose de convoyer pour la CIA, on ne peut feindre le rire hilare quand le doute du personnage s’envole pour laisser place à l’assurance tue la mort, du genre qu’il a quand il doit faire décoller un avion d’une piste minuscule ou mieux encore, se poser en catastrophe dans une banlieue résidentielle, la DEA aux fesses. Mais au-delà de ça, c’est bien pour sa prédisposition à embrasser les embardées du film que Cruise se révèle dément. Quand le film se veut grave, il joue la poker face. Et quand il fonce à 200 à l’heure et souligne l’heureux destin de cet escroc, pas besoin de longtemps avant de voir Cruise décocher un sourire qui ferait pâlir une Miss France. Tout ça a pour résultante de voir un acteur qu’on croyait connaitre par cœur et jouer la carte de l’arnaqueur professionnel avec tellement d’aisance et de naturel que l’on en viendrait à vraiment réévaluer son potentiel comique.

A mi-chemin entre l’absurdité de Pain and Gain et le cynisme de Lord of War, Barry Seal : American Traffic permet à Tom Cruise de jouer la carte du self-made man déluré dans ce brulot délibérément comique envers l’establishment reaganien. Rafraichissant et furieusement fun !

Barry Seal – American Traffic : Bande-annonce 

Synopsis : L’histoire vraie de Barry Seal, un pilote arnaqueur recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis.

Barry Seal – American Traffic : Fiche technique 

Titre original : American Made
Titre français : Barry Seal : American Traffic
Réalisation : Doug Liman
Casting : Tom Cruise (Barry Seal), Sara Wright (Lucy Seal), Domhnall Gleeson (Monty Schafer), Jama Mays (Dana Sibota), Jesse Plemons (le shérif Downing), Lola Kirke (Judy Downing), Caleb Landry Jones (JB), Connor Trineer (George W. Bush)
Scénario : Gary Spinelli
Direction artistique : Kelley Burney
Décors : Dan Weil
Costumes : Jenny Gering
Photographie : César Charlone
Montage : Dylan Tichenor
Musique : Christophe Beck
Production : Doug Davison, Brian Grazer, Ron Howard, Brian Oliver et Tyler Thompson
Producteurs délégués : Ray Angelic, Michael Bassick, Jean-Luc De Fanti, Terry Dougas, Michael Finley, Paris Kasidokostas Latsis, Kim Roth, Lauren Selig et Christopher Woodrow
Sociétés de production : Cross Creek Pictures, Imagine Entertainment, Quadrant Pictures et Vendian Entertainment
Sociétés de distribution : Universal Pictures (États-Unis), Universal Pictures International France (France)
Budget : 80 000 000 $
Genre : thriller, policier, comédie
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 13 Septembre 2017

Etats-Unis – 2017

The Party : Un huis-clos loufoque et dramatique

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Avec son dernier film, The Party, Sally Potter signe un huis-clos où les secrets de couples bouillonnent jusqu’à atteindre des sommets de dramaturgie, tout en arrivant à faire rire. Brillant.

Synopsis: Janet (interprétée par Kristin Scott-Thomas) vient d’être nommée ministre de la santé. Elle décide avec son mari Bill (Timothy Spall) de réunir quelques amis, mais la fête va révéler des secrets qui vont tout faire basculer…

A peine commencé que le temps file à une allure folle. L’histoire se déroule en temps réel (1h11), et est construite comme une pièce de théâtre. Le décor est entièrement constitué de la maison du couple, parfois aussi du jardin. Les personnages sont introduits un à un et l’on découvre leur personnalité archétypale, ce qui permet de les reconnaître. Tom (Cillian Murphy), c’est le drogué, le mec sûr de lui, qui bosse dans la finance. Gottfried (Bruno Ganz) c’est l’homme aux penchants mystiques, et sa femme April (Patricia Clarkson) la cynique. Sans oublier Bill, l’impayable Bill dont on comprend qu’il ne va pas bien dès les premières minutes; et le couple de lesbiennes dont la plus jeune attend des triplés.

On comprend en regardant les scènes se passer, que quelque chose cloche. La première scène du film nous met sur la voie : Janet tient un pistolet pointé sur nous comme pour nous prendre à partie de cette tragédie qui va se jouer sous nos yeux. Car l’œuvre s’écrit sur deux tableaux : le drame, induit par les secrets qui vont se révéler au fur et à mesure, puis la comédie, par les situations grotesques qui s’installent, ainsi que les dialogues incisifs. Le personnage d’April fait mouche à presque chaque réplique, tant son cynisme et son pessimisme sont intelligemment dépeints.

Ce mélange des genres fonctionne parfaitement, et la mise en scène est brillante. La musique intradiégétique sert de manière subtile à faire rire, en étant par exemple mal approprié à la situation, ou bien s’arrêtant dans les instants les plus dramatiques. En tant que spectateur, on prend partie pour Janet, perdue au milieu de ses invités loufoques qui ne l’aident pas vraiment face à la révélation de son mari. Les masques tombent petit à petit, jusqu’à créer un chaos total où la situation part en vrille. Les couples se défont et c’est un régal pour nous car les dialogues sont drôles, mais ce sentiment laisse place à de la pitié. Faut-il rire ou pleurer? Les deux à la fois. De plus, les acteurs sont vraiment impliqués dans leur rôle, et les plans au cadrage serrés sur leur visage renforcent l’attachement que nous éprouvons pour eux.

Le sujet abordé est ambivalent, tout comme le laissait supposer le titre. The Party peut aussi bien désigner la fête que le parti politique que Janet représente (que l’on devine être le Labour Party, celui des travaillistes). Même si la situation politique du pays n’est jamais clairement définie, elle est en revanche parfaitement mise en cause par certains personnages, dont April. Des débats naîtront d’ailleurs au sein du petit comité. L’autre sujet principal constitue celui du jeu des apparences, et de la fragilité des relations. Nous assistons à un déchirement des couples : celui de Gottfried et April, dont elle veut divorcer, puis celui du couple lesbien dont la faute incombe indirectement à la révélation de Bill. Son propre couple à lui, également.

Le vrai défaut du film, finalement, est sa longueur. On aimerait qu’il dure plus longtemps. Même si la temporalité fondée sur celle du réel est bien retransmise, parfois les situations s’enchaînent un peu trop rapidement. Notamment certains revirements de comportement. Quant aux twists, on peut les deviner, mais le dernier reste inattendu -et encore une fois- intelligent. Et même si la réalisatrice ne renouvelle pas le genre du huis-clos, elle en livre une version plus que correcte.

The Party est un film brillant à bien des égards, porté par une sublime direction d’acteurs et un comique de situation à toute épreuve. Laissez-vous emporter par cette histoire folle dont vous ne serez pas déçus.

The Party : Bande-Annonce

The Party : Fiche Technique 

Réalisatrice : Sally Potter
Scénario : Sally Potter
Interprétation : Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cillian Murphy, Cherry Jones, Emily Mortimer…
Directeur de la photographie : Aleksei Rodionov
Chef monteur : Emilie Orsini, Anders Refn
Chef décorateur : Carlos Conti
Distributeur : Eurozoom
Genre : Drame, Comédie
Durée : 1h 11 min

Grande-Bretagne – 2017

 

Mary, un feel-good movie tout en simplicité

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Récompensé lors du Festival de Deauville 2017 avec le Prix du public, le film sentimental de Marc Webb n’aura pourtant pas fait l’unanimité. Malgré l’originalité de son scénario, Mary est une comédie dramatique, maladroitement prévisible.

Du déjà-vu ?

Lorsqu’on évoque Marc Webb, on pense évidemment à son emblématique film, (500) jours ensemble. À la fois drôle et originale, cette comédie portée par Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt est sans aucun doute la plus grande réussite du réalisateur. Le retour de l’Américain dans les films indépendants était donc particulièrement attendu. Mary ou Gifted (titre original) retrace le parcours d’une petite fille confiée à son oncle (Chris Evans), après le suicide de sa mère. Une fillette au talent surdimensionné, qui va rapidement se retrouver au cœur d’une querelle familiale : Mary doit-elle continuer à vivre avec son oncle au risque de devenir une jeune fille quelconque, ou bien doit-elle suivre sa grand-mère afin de devenir, par défaut, une illustre personne ?

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Même si le scénario relève de l’originalité, Mary tend à sombrer peu à peu dans le prévisible. La première partie de l’intrigue est également la mieux traitée. On y découvre une aveuglante complicité entre les personnages principaux ; Mary, une fillette à la maturité affolante et Frank, un oncle protecteur et responsable. Le tout est bercé par une pointe d’humour particulièrement appréciable. Mais passée le première heure, le film semble se perdre en sombrant peu à peu dans le pathos. On compte de nombreux moments faibles mêlés à un excès d’émotions… On jette un œil à notre montre tout en regardant, sans aucun suspense, la finalité de cette histoire. Bref, en multipliant les longueurs, Marc Webb fait de Mary une comédie mélo-dramatique décevante. Et pourtant, la simplicité de la narration aurait pu devenir le point fort de ce film. Un scénario tout en naturel n’est-il pas ce qu’il y a de plus plaisant ? Mais pourquoi Mary serait-elle une œuvre malheureusement mineure ?

Tout simplement car c’est du déjà-vu ! En effet, nombreux sont les drames offrants une configuration similaire à celle présente dans Mary : un contexte de conflit et de tiraillement familial pour la garde d’un enfant. Un sujet pour le moins convoité par un grand nombre de réalisateurs. Mais parfois, il suffit d’un rien pour rendre une œuvre, véritablement singulière : une pointe de poésie, d’esthétisme ou encore de musicalité, une chose dont Marc Webb n’aura pas su faire preuve ici… Pourtant, il faut bien avouer  que le casting est l’aspect positif du film. Le personnage de l’enfant, incarné par la jeune McKenna Grace, est d’une justesse infinie. Au centre de l’affrontement familial, elle est cette lueur dans l’obscurité. Soyons honnêtes, sans elle, le film ne saurait exister.

Mary est un film léger, se laissant tout de même regarder. Bien loin d’être l’œuvre majeure de Marc Webb, cette comédie dramatique est tout de même un feel-good movie plein d’humanité. Simple et efficace ? Désormais, c’est à vous d’en juger !

Mary : Bande-annonce

Mary : Fiche Technique

Titre original : Gifted
Réalisateur : Marc Webb
Scénario : Tom Flynn
Interprétation : Chris Evans, Mckenna Grace, Lindsay Duncan, Octavia Spencer,Jenny Slate, John M. Jackson
Musique : Rob Simonsen
Photographie : Stuart Dryburgh
Montage : Bill Pankow
Chef décoratrice : Laura Fox
Producteurs : Andy Cohen, Karen Lunder
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Genre Drame
Durée : 1h 41min
Date de sortie :  13 septembre 2017

Etats-Unis – 2017 

 

Nos années folles, l’histoire de Paul et Louise Grappe par André Téchiné

Nos années folles ne se contente pas, comme la BD Mauvais genre ou le livre La garçonne et l’assassin avant lui, de raconter l’histoire de Louise et Paul Grappe, mais parle de corps qui se cherchent, de trouille de la guerre et d’amour dévasté. Tout cela à travers l’œil aguerri d’André Téchiné et sa caméra qui filme au corps à corps.

Aimer à perdre la raison

nos-annees-folles-film-Pierre-Deladonchamps-arpselectionLe film commence sur des gestes précis, filmés avec une attention toute particulière. Ce sont ceux des couturières, groupe duquel se détache très vite la figure de Louise. Dans cette partie du film, Paul, son mari, n’est plus en danger de mort. Il a été amnistié. Il se produit même dans un cabaret. La figure de Louise va parcourir le film, tantôt en amoureuse passionnée, tantôt déchue, mais aussi, et c’est plus étonnant, en destructrice déterminée, puis en mère. Cette femme n’est pas la seule du film, loin de là. A ses côtés, on retrouve aussi la mystérieuse Suzanne, cachée à ses collègues couturières par Louise. Si présente et pourtant si absente qu’elle fera penser à la patronne de Louise que Suzanne et elle entretiennent une relation homosexuelle. Elle est alors loin de se douter que Suzanne est en fait Paul, déserteur de guerre et devenu femme par la force des choses. Ou plutôt par la volonté de Louise, qui en fait d’abord un jeu, déjà auréolé d’inquiétude, notamment dans la scène où la grand-mère de Louise en rit à table avant, la seconde d’après, de se renfermer, être prise de panique. Louise prétend pourtant que c’est le seul moyen pour Paul de ne pas être exécuté. Il échappe donc à la trouille de la guerre et rejoint les plaisirs de la chair. Car quand il se décide enfin à vivre en Suzanne – « il faut que j’ai les couilles de sortir seul » dit-il à Louise – c’est dans le bois de Boulogne qu’il devient le centre de toutes les attentions. Il finit même par se prostituer (mais déteste ce mot) en Suzanne, emmenant parfois avec lui une Louise craintive mais pas récalcitrante. Elle s’efface peu à peu devant cette figure si égocentrée qu’est Suzanne/Paul. Qui de l’un ou de l’autre domine alors ce corps ? Mystère que Téchiné se refuse à élucider puisque chez lui les corps, filmés au plus près des peaux, sont multiples, les êtres jamais figés. La peau d’ailleurs, Paul voudrait bien s’en défaire. Un jour, en permission, alors qu’elle se plaint qu’il sent la boue, Louise se voit répondre par Paul « la prochaine fois je me laverai mieux, jusqu’à arracher ma peau, tu m’aimeras encore sans peau? ». Elle continue à l’aimer bien sûr, presque aveuglément, c’est d’ailleurs un autre homme qui à cet amour aveugle opposera à Louise un amour « droit ». Mais Louise persiste. Même une fois son secret percé au grand jour, même quand Paul ne veut pas de l’enfant qu’elle porte.

Amour un jour, Suzanne toujours …

celine-sallette-nos-annees-folles-critiqueLa force du film de Téchiné est de mêler à l’attention première sur les gestes, un film de chair, de corps qui se mêlent. Le réalisateur, qui raconte ici une histoire « vraie », ne cherche pourtant pas à nous tenir par la main sur le chemin de la reconstitution. De la guerre, il montre avant tout la trouille de Paul, qui se lit sur son visage. De l’atelier de couture, des petites fourmis au travail, leurs mains attentives et leurs repas au grand air. Et de l’amour de Paul et Louise, il ne tente pas de nous convaincre, les corps sont nus, tout prêts à se mordre, se prendre. Les ébats sont filmés furtivement dans la toute première partie du film. Et de cette invraisemblable histoire de transformation, Téchiné se fait le témoin et non le juge. Il mêle d’ailleurs au récit initial, celui fantasmé dans un cabaret, les deux se mélangent sans cesse, ajoutant au trouble qu’entraîne Suzanne dans la vie de Paul et Louise et surtout accentuant l’idée que Suzanne échappe à celle qui l’a imaginée : Louise. Pour nous raconter cette histoire, Téchiné, comme il l’avait déjà fait dans son précédent film Quand on 17 ans, s’intéresse aux visages, à leurs réactions. Il montre aussi la face duelle d’une relation, qui n’est jamais ce qu’elle paraît. Dans une très belle scène de rencontre avec une « gueule cassée », d’abord vue de son profil intact, Paul apprend à s’assumer en Suzanne. Mais il ne renonce pas à Paul pour autant. Cependant, ce Paul là est déjà loin, trop loin d’une Louise prête à se reconstruire et qui l’aime « comme il est » alors que lui-même avoue ne pas savoir qui il est vraiment, et refuser de choisir. Alors, tout s’accélère, l’amour échappe à ce couple si fort, qui pensait se protéger rien qu’en étant dans les bras l’un de l’autre. Avec Céline Sallette et Pierre Deladonchamps, Téchiné a trouvé le couple parfait, qui se répond – parfois quand Paul est en Suzanne on pourrait presque les confondre – autant qu’il s’oppose. Ainsi, face à cet homme d’abord fragile puis bientôt ogre, Céline Sallette a du répondant. L’actrice offre à Louise un corps fin mais robuste, une voix et un regard. Quant à Pierre Deladonchamps, il excelle comme jamais dans ce jeu de transformation, de perdition et de retrouvailles avec un soi-même qui est déjà autre.

Le corps en question…

nos-annees-folles-film-Pierre-Deladonchamps-Celine-Sallette-critique-cinemaCette question des corps et de la transformation mise en avant par Téchiné amène à se poser celle de la sexualité, fréquemment abordée par le réalisateur. S’il a souvent été question d’homosexualité masculine chez André Téchiné, on pense notamment aux Témoins ou encore au plus récent Quand on a 17 ans, dans Nos années folles le sexe tient une place prépondérante, sans pour autant être réellement abordé de front. En effet, quand la relation entre Louise et Paul se passe au mieux, soit avant et au début de la guerre, leurs corps se jettent l’un sur l’autre de manière égale. Déjà dans Quand on a 17 ans, quand il filmait le premier rapport charnel entre Damien et Tom, Téchiné refusait de choisir un dominant, surtout là où on l’attendait. Il montrait donc un basculement, chacun des deux garçons ayant le loisir de « s’offrir » à l’autre. Dans la relation entre Paul et Louise, c’est à peu près identique. Mais quand Suzanne se jette sur Louise après qu’elle l’ait maquillée, habillée, elle est soudainement plus brutale, Louise lui demandant, dans une scène d’amour plus longue que les autres, d’y aller « moins fort ». Leur sexualité s’en trouve donc transformée, avant qu’elle échappe à Louise qui ne fait plus qu’observer Suzanne faisant l’amour (sans aimer, précise-t-elle) avec d’autres. On ne voit Louise, qui a besoin d’aimer ou au moins de connaître l’autre pour « avoir envie de coucher avec », faire l’amour avec un autre homme qu’une seule fois, du moins c’est ce que décide de montrer Téchiné. Cette scène n’est que suggérée, pas montrée. Louise est sommée de s’asseoir sur le siège qui précisément représente la virilité de son « amant », un comte fasciné par l’Allemagne et qui raconte à quel point le front, le combat furent signes de liberté pour lui. Il évoque cela longuement, faisant, dans ses mots, de Suzanne/Paul, un non homme, pas même une femme. Téchiné ne décide donc pas qu’une sexualité est soit féminine, soit masculine, il donne à voir des êtres qui cherchent à expliquer leurs désirs, d’autres qui les vivent. A l’heure où fleurissent les questionnements sur la sexualité féminine et sa représentation, il est intéressant de voir ce que fait Téchiné de cette histoire d’amour duelle. On se souvient que la question était assez peu abordée par Dolan dans Laurence Anyways, autre histoire d’homme se désirant en femme et en aimant une autre, qui l’a d’abord aimé en homme. Le sexe était volontairement caché dans Une femme fantastique, mettant cette fois-ci en scène une actrice transgenre. C’est donc vers les séries qu’il faut se tourner – car au cinéma seule Lucie Borleteau avec Fidelio, l’odyssée d’Alice s’en est ouvertement emparée ces dernières années – pour voir la question d’une sexualité complexe et décomplexée, abordée au-delà du genre. Après Téchiné, on peut donc s’intéresser au travail d’Iris Brey avec Sex and the series, réflexion sur la représentation de la sexualité féminine sur le petit écran. Les questions abordées sont, là encore, celles de la quête de soi. Et c’est avant tout des individus à part entière que filme Téchiné, même quand ils se perdent l’un dans l’autre, se désintéressent de l’objet du désir, accusant une envie de liberté factice et individualiste, bien trop grande pour eux. Et c’est ça le plus passionnant chez Téchiné, depuis toujours, étudier à l’écran la transformation, l’entaille que la vie laisse sur les chairs amoureuses, même désunies.

Nos années folles : Bande annonce

Nos années folles : Fiche technique

Synopsis : La guerre 14-18 éclate, Paul Grappe a peur, trop peur de mourir, il déserte. Pour le cacher, le sauver et lui permettre de sortir au grand air, Louise, sa femme, lui propose de le travestir en femme. Il refuse d’abord puis devient Suzanne et y prend goût, peut-être même un peu trop…La fin de la guerre n’enterre pas définitivement Suzanne, de l’appartement du couple à la scène d’un cabaret, sa figure continue de hanter Paul et bien sûr Louise.

Réalisateur : André Téchiné
Scénario : André Téchiné, Cédric Anger, d’après La garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili, Danièle Voldman
Interprètes : Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Michel Fau, Grégoire Leprince-Ringuet, Virginie Pradal…
Photographie : Julien Hirsch
Montage : Albertine Lastera
Costumes : Pasacaline Chavanne
Producteurs : Laurent et Michèle Pétin
Production : ARP Sélection
Distribution : ARP Sélection
Durée : 103 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 13 septembre 2017

France-2017

Dany : François Damiens vient de réaliser son tout premier film

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L’acteur belge François Damiens vient de terminer le tournage de son tout premier film en tant que réalisateur. Dany devrait plaire aux amateurs du personnage de François l’embrouille, qui a permis à François Damiens de se faire connaître du grand public.

Selon des informations de la radio Europe 1, François Damiens a bouclé le tournage de sa première réalisation. Ce film, intitulé Dany, sortira dans les salles obscures de l’Hexagone dans quelques mois à peine. François Damiens s’est confié à la rédaction d’Europe 1 pour  évoquer ses débuts en tant que réalisateur. L’humoriste belge aurait choisi de capitaliser sur ce qu’il sait faire de mieux : les caméras cachées. Son incroyable talent de comédien pour l’improvisation ainsi que son sens inouï de la répartie vont faire mouche une nouvelle fois pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Le film est une enfilade de caméras cachées, le but était de faire une comédie. C’est l’histoire d’un type qui est en prison et qui veut tout faire pour sortir et retrouver son fils. Mais problème, entre temps, son fils lui annonce qu’il a demandé son émancipation.

François Damiens, qui a réalisé Dany, occupera également le rôle principal dans cette comédie. Le reste du casting n’a pas encore été dévoilé. Dany est attendu au cinéma pour le début de l’année 2018 selon des précisions d’Europe 1.

A la manière de son compatriote Benoît Poelvoorde, le comédien et humoriste belge François Damiens a réussi à conquérir le public français grâce à ses caméras cachées diffusées à la télévision et suite à ses nombreux rôles au cinéma dans des films grand public (La famille Bélier, Rien à déclarer, Taxi 4), dans des comédies pures (Dikkenek, Une pure affaire, Je fais le mort), dans des films émouvants et plus intimistes (Les cowboys, La danseuse, La délicatesse) ou dans de véritables ovnis cinématographiques (Des nouvelles de la planète mars, Le tout nouveau testament, Ils sont partout).

François Damiens est actuellement à l’affiche d’Otez-moi d’un doute de Carine Tardieu aux côtés de Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand, Alice de Lencquesaing, Lyes Salem et Alban Aumard. Il sera également au casting du Petit Spirou le 27 septembre prochain.

Mother! ou la création selon Darren Aronofsky

Bouillonnante proposition artistique, Mother! est de ces œuvres rares qui retournent, interrogent et hantent son spectateur tandis qu’Aronofsky arrive à la culmination de son cinéma et l’expose au monde dans un cri de rage et de douleur. Puissant.

Synopsis : Une jeune femme et son mari mènent une vie paisible dans une maison campagnarde et retirée. Leur existence est bouleversée par l’arrivée chez eux d’un mystérieux couple qui peu à peu va prendre possession de leur demeure.

Dans l’ombre de l’artiste

D’entrée de jeu, Aronofsky cherche à perdre son spectateur. Nous présentant d’abord quelques plans mystérieux et totalement en accord avec son cinéma, il rassure sur la direction prise par son Mother!, surtout après une campagne promotionnelle qui le vendait un peu trop comme un ersatz de Rosemary’s Baby. Et il est vrai qu’une fois qu’il nous plonge dans le quotidien de son personnage principal, une veine Polanski se fait légèrement sentir mais basculant assez vite dans la veine d’un autre cinéma, celui de Żuławski. Malgré ses influences, jamais le cinéaste ne se laisse submerger par elles et fait de ce Mother! la continuation logique de son cinéma et il aboutit même à en faire sa culmination. Commençant de manière paisible mais néanmoins alerte, il nous laisse avec des personnages dont on ne sait rien. Ni leurs prénoms, ni les circonstances de leur amour, on ne sait presque rien à part le sentiment d’une vague tension entre eux et le métier du mari. Ici, le cinéaste ne cherche pas à créer de l’empathie pour ses personnages mais au contraire veut plonger le spectateur dans un sentiment de malaise. On ne pourra se fier à quasiment aucun des personnages que l’on nous montre. Est-ce ces étrangers qui viennent dans la demeure du jeune couple qui sont suspects ? Ou est-ce la jeune femme qui plonge doucement mais surement dans la paranoïa et la folie ? Son mari est-il aussi protecteur qu’elle semble le croire ? Le film nous met dans un climat d’incertitude et nous fait douter de tout ce que l’on voit.

Mother-Jennifer-Lawrence-houseC’est au final à travers ce climat très pesant qu’on finira par adhérer de plus en plus au regard de la jeune femme car on rentre dans son état d’esprit. Grâce à ce solide procédé d’identification, on se retrouve à totalement faire corps avec elle lors des derniers actes du film. Plus la folie escalade et plus on se retrouve autant psychologiquement agressé que le personnage principal, au point que cela en devienne presque physique. Intense, c’est le mot qui convient le mieux à ce qu’est Mother! dans ses derniers instants. Après cette intensité fait que l’on n’échappe pas à une certaine lourdeur par moments et il devient vite clair où le film veut en venir mais c’est dans la manière de nous y conduire que l’ensemble retourne. La dernière grosse demi-heure est sans aucun doute ce que l’on a vu de plus fou, hystérique et proprement sidérant en terme de cinéma cette année. Et c’est une conclusion qui ne risque pas d’être égalée de sitôt. Non seulement Aronofsky arrive à amener de manière surprenante un élément pourtant attendu mais en plus il rebondit dessus à merveille dans un épilogue sacrément habile. Le cinéaste vient s’affranchir de tout impératif de narration, il joue même avec les ellipses de manière improbable pour véritablement faire perdre tout sentiment de confort, pour donner vie à un récit avant tout symbolique. C’est probablement un des gros reproches à faire à ce Mother!, car Aronofsky puise les clés de son film à travers toute son oeuvre et pas seulement dans ce que son dernier né a à offrir. Cela donne à Mother! un côté un peu renfermé sur lui-même mais c’est aussi ce qui accentue son aura fascinante.

Mother-Jennifer-LawrenceQuête de création et de reconnaissance à travers l’obsession de ses personnages, Darren Aronofsky interroge tout autant son cinéma que le rapport d’un artiste face à ce qu’il crée et la réception des gens par rapport à celle-ci. Dans cet hurlement du cœur, car c’est indubitablement ce qu’est le film, il ne fait de cadeaux à personne. Ni à lui, dépeignant l’artiste comme un irresponsable naïf qui répète encore et encore les mêmes erreurs, ni envers ses spectateurs qu’il dépeint comme des êtres désespérés de laisser leurs traces, en essayant de s’approprier l’œuvre des autres ou de dégrader le travail d’une vie. Car comme souvent chez Aronofsky, la création d’une chose vient de la destruction d’une autre. Ce pessimisme ambiant pourra donc facilement rebuter mais le cinéaste arrive pourtant à toucher beaucoup de vérités dans sa critique très claire du fanatisme mais aussi dans son regard sur le délaissement que cause l’obsession. Il se révèle même assez magnanime dans le traitement qu’il offre au personnage de Jennifer Lawrence, représentation de la vie. Une vie qui donne, une vie qui attend qu’on l’embrasse à pleines mains, une vie qui essaye de nous offrir un environnement pour nous épanouir, mais une vie qu’on délaisse au profit de nos ambitions. Elle est la Mère du titre, mais une mère au sens beaucoup plus large que son simple aspect maternel. C’est d’ailleurs avec ce lien très mystique qu’elle partage avec sa demeure que le film trouve ses pistes de réflexion les plus intéressantes. Le cinéaste assoit ici sa démarche avec intelligence, il est même amusant de constater qu’il tire son film-somme où toutes ses thématiques explosent comme jamais auparavant au sein de son septième long-métrage. Comme Dieu qui créa le monde en 7 jours, il vient à l’aboutissement d’un pan de sa filmographie avec ce septième film. Il revisite d’ailleurs son cinéma mais aussi l’histoire de l’humanité et de la bible dans ce Mother!. C’est d’ailleurs un acte biblique qui sonne le début de la descente aux enfers pour le couple. Quand Adam et Eve brisent le fruit défendu du créateur.

Mother-Jennifer-Lawrence-Javier-BardemBrillamment pensé dans tout ses aspects, le film brille aussi par son casting et sa réalisation. Jennifer Lawrence est de chaque plan, Aronofsky la filmant ici comme jamais on ne l’avait filmée auparavant et l’actrice en profite pour livrer sa meilleure performance. Totalement habitée par son personnage, elle crève l’écran avec sa prestation fiévreuse et nuancée. Le reste du casting, même si très bon, ne tient pas la comparaison face à elle. Sauf peut être un Javier Bardem ambigu qui s’impose par son charisme. Pour ce qui est de la réalisation, Aronofsky opère des changements significatifs au sein de son cinéma. Offrant une mise en scène très proche de son personnage principal, avec une caméra portée à l’épaule, il favorise les plans plus longs et se fait plus posé dans sa démarche. Ici moins d’inserts et il joue plus sur une ambiance qui s’étire sur la longueur que sur quelque chose qui se jouerait sur la frénésie du montage. Plus immersif, il signe donc un huit clos éprouvant où il filme la maison comme un personnage à part entière. Car paradoxalement, même si sa mise en scène apparaît plus calme dans son montage, il signe son film le plus hystérique. Et toujours autant fasciné par l’aspect volatil des organismes, il offre des visions fantasmagoriques comme lui seul en a le secret, ici très ancré sur le cœur et le sang, moteurs de la vie. Avec aussi un travail sur le sound design impressionnant, il préfère jouer sur l’ambiance sonore et délaisse un peu les grandes partitions musicales. Avec la photographie très épurée de Matthew Libatique, le cinéaste joue plus sur un registre intimiste que sur ses habituelles grandes fresques épiques.

Darren Aronofsky fait donc de Mother! son film-somme. Il résonne comme l’aboutissement de son œuvre, du moins telle qu’on l’a connue jusqu’à présent. Le cinéaste étant fasciné par le thème de la création et de la renaissance, il clôture son récit en annonçant sa propre renaissance artistique. Sur la mise en scène, il apporte d’ailleurs de nouvelles choses et impressionne toujours par sa maîtrise et la précision du regard qu’il a sur son propre cinéma. Parfois trop lourd dans ses dialogues ou un peu trop renfermé sur lui-même, Mother! subit le contrecoup de ses défauts mais reste un choc artistique comme on en voit peu. Un sommet d’hystérie collective, de fureur et une sidérante proposition de cinéma. On ressort de Mother! épuisé mais avec plein d’images et de réflexions en tête, ce qui est généralement synonyme de grand film. Accompagné de sa muse, une impressionnante Jennifer Lawrence, Aronofsky ne signe probablement pas son meilleur film, mais un de ses plus personnels et complexes. Un jalon majeur de sa filmographie qui fera assurément date qu’on l’adore ou qu’on le déteste, car Mother! divisera.

Mother! : Bande annonce

Mother! : Fiche technique

Réalisation et scénario : Darren Aronofsky
Casting : Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Dohmnall Gleeson, Brian Gleeson, Kristen Wiig,…
Décors : Larry Dias
Costumes : Danny Glicker
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Andrew Weisblum
Musique : Jóhann Jóhannsson
Producteurs : Darren Aronofsky, Scott Franklin et Ari Handel
Distribution : Paramount Pictures
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 121 minutes
Genre : Thriller
Dates de sortie : 13 septembre 2017

États-Unis – 2017

Good Time, course contre la montre nocturne dans un Queens sous acide

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes dans la sélection officielle, Good Time est un thriller nocturne électrisant qui décrit avec une tension permanente et une cadence survoltée la course contre la montre d’un malfrat qui tente le tout pour le tout afin de faire sortir son frère de prison. Descente aux enfers improbable dans un Queens sous acide, Good Time est un film en perpétuel mouvement dominé par un fatalisme aussi étrange que poétique.

Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline. 

Le cinéma de la survie

Good Time, c’est avant tout un film de l’urgence et du désœuvrement, un néo-thriller qui évoque à la fois le rythme nerveux du New-York scorsesien de Taxi Driver, le pessimisme sombre de Quand vient la nuit, les bas-fonds urbains de Cogan : Killing Them Softly ou encore la fuite en avant d’une jeunesse qui n’a plus rien à perdre, celle qui était déjà décrite dans American Honey. Une chose est sûre : l’Amérique n’est plus cet eldorado ni cette terre de tous les possibles, mais bien un pays où la misère, les marginaux et les laissés pour compte tentent de réinventer good-time-film-Benny-Safdie-Robert-Pattinson-critique-cinemaleur place dans une jungle qui les a oubliés. Mais Good Time, c’est aussi un style âpre, violent et sans concession, à la manière d’un Dog Pound, conjugué au rythme hypnotique d’un Drive, avec une pointe d’onirisme enfantin, surréaliste et macabre qui évoque parfois l’esthétique de Lynch ou du récent Lost River. Good Time, c’est tout cela et bien plus encore, tant de références qui prouvent qu’au-delà de rendre hommage au cinéma des 70’s, les frères Safdie ont signé un long métrage empreint d’un réalisme contemporain très marqué, qui s’inscrit logiquement dans une nouvelle frange de cinéma, celle d’un 7e art fiévreux et choc, dopé à l’adrénaline et au désespoir. C’est un film de survie sans happy-end, un film de condamné, un film sans issue. Implacable.

Les bas-fonds 

Good Time, c’est aussi l’histoire d’une descente aux enfers programmée, celle de Connie (Robert Pattinson), un personnage un peu paumé, voyou des rues, prêt à tout pour faire sortir son frère Nick (Benny Safdie) de prison. En une nuit, ce héros infatigable va remuer ciel et terre pour échapper à son destin et sauver son frère, allant de rencontres improbables en obstacles, d’imprévus en échecs, le tout avec la frénésie d’un possédé, la folie d’un homme qui se refuse à la fatalité, la persévérance aveugle d’un désespéré qui ne perd jamais de vue son objectif, malgré les difficultés et l’adversité. Connie ne renonce pas, jamais. Il braque une banque pour quitter la misère de son Queens natal et pour emmener son frère loin de cette vie, mais l’expédition tourne court et c’est le début d’une cavale haletante qui le pousse à se battre pour deux raisons : sauver sa peau mais surtout celle de son frère, tombé dansgood-time-benny-joshua-safdie les griffes de l’administration pénitentiaire pour un crime dont il n’était pas franchement responsable. Dès lors, tout s’enchaîne à une vitesse folle, comme si le héros vivait déjà en sursis, dans ce New-York nocturne à la fois onirique et cauchemardesque. Les personnages de cette histoire sont tristes et pathétiques : Jennifer Jason Leigh campe une pauvre fille hystérique prête à dilapider l’argent de sa mère pour s’attirer les faveurs d’un Connie qui ne l’utilise que pour servir son seul intérêt, Nick est attardé mental et donc incapable de s’en sortir seul, Ray (Buddy Duress) est un raté sans beaucoup de jugeote qui préférera se défenestrer plutôt que de se faire prendre, et Crystal est une jeune adolescente livrée à elle-même qui vit dans un taudis avec ses grands parents dépassés. Tant de protagonistes apparemment voués à l’échec, l’anonymat et la pauvreté, avec pas ou peu d’avenir. Good Time, c’est une fresque urbaine survitaminée mais terriblement tragique, qui fait la part belle aux rebuts et aux cas sociaux.

Lost Downway

Good Time, c’est enfin un film qui ressemble à un dangereux manège, une montagne russe avec ses pics, ses pointes, ses loopings et ses pentes raides, sa vitesse et ses virages : c’est une expérience cinématographique pure et imprévisible, qui ne se traduit pas seulement par les mots mais qui se vit, qui se ressent. Déjà à travers une bande originale fascinante qui s’accorde parfaitement aux images et aux séquences qu’elle illustre, un son puissant, brut good-time-robert-pattinsonet viscéral qui a d’ailleurs valu au film le Cannes Soundtrack Award 2017. Mais aussi à travers une photo étrange, presque envoûtante, parfois sombre voire indistincte, parfois blafarde et crue, et d’autres fois irréelle, avec ses couleurs vives et fluos (cf. la poudre/gaz rouge du début), ses lumières criardes, ses néons, ses effets phosphorescents, ses plans sous acide, ses close-ups oppressants. A l’instar des sirènes des voitures de police dont les gyrophares viennent toujours nous rappeler que la menace plane, l’inattendu surgit de n’importe où dans Good Time, sorte d’ovni cinématographique qui dépeint avec l’énergie de la survie toute l’urgence de la course contre la montre d’un héros en sursis noyé au milieu des bruits et des lumières d’une ville qui l’a déjà englouti.

Même si certains détails du scénario laissent à désirer (notamment la scène de l’hôpital où Connie fait évader un inconnu à la place de son frère sans s’en apercevoir), Good Time est un film à ambiance qui nous embarque dans une virée au désespoir endiablé (on pense à la séquence de la fête foraine) et qui séduit par ses imperfections. En conclusion, Good Time fait partie de ces films qu’il faut voir pour l’empreinte qu’ils laissent sur nous, plutôt que pour l’histoire qu’ils racontent. En bref, Good Time, c’est une claque.

Good Time : Bande-annonce

Good Time : Fiche Technique

Réalisateurs : Benny et Josh Safdie
Scénario : Ronald Bronstein, Josh Safdie
Casting : Robert Pattinson (Connie Nikas) ; Benny Safdie (Nick Nikas) ; Taliah Webster (Crystal) ; Jennifer Jason Leigh (Corey Ellman) ; Barkhad Abdi (Dash, le surveillant du parc d’attractions)
Photographie : Sean Price Williams
Montage : Benny Safdie et Ronald Bronstein
Décors : Audrey Turner
Costumes : Miyako Bellizzi et Mordechai Rubinstein
Musique : Daniel Lopatin aka Oneohtrix Point Never
Producteur(s) : Sebastian Bear-McClard, Oscar Boyson, Terry Dougas, Paris Kasidokostas Latsis
Production : Elara Pictures, Rhea Films
Distributeurs : Ad Vitam, TF1 Studio
Genres : Thriller, policier
Durée : 1h 40 min
Date de sortie : 13 septembre 2017

Nationalité : États-Unis

3% la série dystopique réussie de Netflix

Ce n’est pas sans penser à Hunger Games ou encore Divergente que l’on parlera de la première série brésilienne de Netflix intitulée 3 % mais pourtant, Pedro Aguilera a su se détacher des références évidentes pour créer quelque chose de singulier.

Synopsis : 3% nous plonge dans une société dystopique divisée en deux : d’un côté les riches (3% de la population) et de l’autre les pauvres vivant sur le Continent. Pour pouvoir accéder à la plus haute strate, les participants n’auront le droit qu’à une seule chance et se départageront autour d’épreuves. Un moyen si malsain et si abusif qu’un mouvement rebelle tente d’agir contre le Processus : La Cause. Mais seulement 3% d’entre eux arrivera au bout et accèdera à l’Autre Rive.

Attention critique pouvant contenir des spoilers !

Renouveau d’abord et changement pour Netflix qui diffuse sa première série brésilienne grâce à 3%. Il est très vite agréable d’oublier l’accent américain au profit de la langue brésilienne, très peu entendue dans le monde des séries ou du cinéma. Cela crée rapidement un peu d’originalité bien que l’intrigue en elle même aurait pu avoir lieu dans bien d’autres endroits du monde puisque nos sociétés actuelles divisent presque de manière innée leur population dans différentes classes selon les capitaux. Ici, la série reflète bel et bien l’état de crise du Brésil où la tête du pays laisse totalement les plus démunis de côté, en partie dans les favelas que l’on voit omniprésentes sur le Continent. 3% n’a alors pas le budget des grosses séries américaines mais parvient malgré tout à trouver sa place.

À la manière d’autres séries, on découvre un bout de l’histoire des personnage sur qui l’intrigue est resserrée dans chacun des épisode. Ce qui est parfois touchant devient parfois maladroit, comme si cela cherchait à cacher les failles de l’intrigue principale. L’amateurisme des comédiens rend parfois l’empathie difficile car ils ne touchent pas le public autant qu’ils le pourraient. Cependant, ils s’abandonnent totalement au scénario et le servent autant qu’ils le peuvent malgré quelques faiblesses de ce côté. Parfois trop linéaire et plat, il est regrettable que le film ne laisse pas voir suffisamment  d’opposition à ce système à travers la Cause, peu exploitée. 3-pour-cent-serie-netflix-critique-saison1-joao-miguel-discours-processusCette première saison reste globalement un peu trop en surface là où elle pourrait frapper fort mais c’est ce qui maintient en haleine d’une certaine façon puisque l’envie d’en découvrir davantage est plus forte que le reste. Cette qualité là semble alors essentielle pour la réussite d’une série et Pedro Aguilera y excelle véritablement. Toutefois, un travail supplémentaire pourrait être établi sur les liens entre les personnages qui forment le cœur principal de l’intrigue. Leur histoire et leur passé intéressent forcément pour éclaircir beaucoup d’aspects mais leur présent est bien plus fort et important à traiter. De plus, la technique utilisée pour 3% ne laisse pas la porte ouverte à beaucoup de création bien que la musique représente une part importante des émotions qui ne passent pas forcément par les images.

Si les séries tendent forcément à divertir leurs audiences, toute série d’anticipation et encore plus si  dystopique a son message à faire passer. 3% fait alors le portrait d’une société méritocratique donnant l’illusion de la justice. Le mérite serait la meilleure manière de donner l’égalité des chances au peuple, du moins c’est ce dont tout le monde nous persuade aujourd’hui et c’est ce qu’Ezequiel fait aussi croire aux jeunes qui viennent tenter le Processus. Beaucoup sont prêts à tout pour arriver au bout de celui-ci, y compris à sacrifier toute morale et tout lien familial. La série débute par un aperçu des favelas et de la pauvreté omniprésente sur le Continent pour se poursuivre par le chemin des jeunes vers le lieu où ils pourront répondre aux exercices de ce fameux Processus. Si ce dernier est leur seul espoir d’avoir une vie meilleure, certains y croient aveuglément. Les mouvements et les regards rappellent alors immédiatement ceux d’une secte, les jeunes sont obnubilés par le discours du dirigeant du Processus et par leurs objectifs.

Plus largement, le créateur de 3% cherche à montrer de quelle manière nos sociétés sont constamment catégorisées et hiérarchisées. Ces dynamiques sociétales courent tout droit vers la perte d’une humanité que l’on voit pas à pas se transformer dans le Processus où la loi du plus fort règne telle dans une jungle. Mais ici, il en ressortirait presque que ce n’est pas le plus fort qui gagnera, mais le plus malin, vicieux ou égoïste. Cette sélection fait ressortir le pire de chacun. Et pourtant, le collectif prime souvent sur l’individuel puisque beaucoup d’épreuves sont réalisées en groupe. Pas d’autres choix alors que d’aider leurs camarades s’ils veulent s’en sortir. Est-ce-que le réalisateur essaie de faire passer un message selon lequel le mérite et la réussite ne sont rarement dus qu’à soi même ? Peut être. En tout cas, ces réflexions semblent mûrir dans la tête des personnages que l’on trouve plus apaisés et moins rancuniers à la fin de la saison. 3pour-cent-serie-netflix-bianca-comparato

En effet, 3% ne se porte pas réellement comme une série novatrice mais reste solide sur ce qu’elle présente avec d’importants messages. La dystopie présente toute la relativité entre justice, mérite et réussite et c’est ce qui passionne les esprits du début à la fin. La saison 2 s’annonce intéressante, en partie pour voir ces bouts de personnages évoluer et les actions de la Cause que l’on espère plus virulente à travers deux personnages majeurs.

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3% : Bande Annonce

3% : Fiche Technique

Crée par : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Casting : Joao Miguel, Bianca Comparato, Miguel Gomes, Rodolfo Valente, Vaneza Oliveira, Viviane Porto
Réalisation : Pedro Aguilera
Scénario : Cesar Charlone, Pedro Aguilera
Producteurs : Tiago Melo
Sociétés de production : Films Boutique
Format : 47 minutes
Nombre d’épisodes : 8
Diffusée sur : Netflix
Genre : science-fiction, drame, thriller
Premier épisode : 25 novembre 2016

Spike Lee et Jordan Peele préparent un film sur le Ku Klux Klan

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Spike Lee va s’associer avec Jordan Peele (Get Out, Keanu) sur Black Klansman, un thriller coup de poing sur la thématique du racisme et sur l’infiltration du mouvement suprémaciste blanc, le Ku Klux Klan.

Selon de nombreux médias américains, Spike Lee a l’intention de produire un film engagé avec le nouvel homme fort à Hollywood après le carton inattendu au box-office de Get Out, Jordan Peele. Black Klansman sera une adaptation des mémoires de Ron Stallworth, publiées en 2014, sur son passé lors d’une mission d’infiltration du Ku Klux Klan. Cet officier de police afro-américain est parvenu à saboter de nombreux projets de la mouvance extrémiste. Spike Lee aura la double casquette de réalisateur et de producteur sur Black Klansman. Jordan Peele va produire ce film à travers Monkeypaw Productions. Le tournage de Black Klansman va débuter dès cet automne. Les sociétés QC Entertainment et Blumhouse Productions (Get Out) sont également impliquées sur ce film.

D’après la rédaction du Hollywood Reporter, le rôle principal du long-métrage devrait être confié à John David Washington, le fils de Denzel Washington. Le scénario et le travail d’adaptation, basés sur l’autobiographie de Ron Stallworth, ont été confiés à Kevin Willmont, Spike Lee, Charlie Wachtel et David Rabinowitz.

Ron Stallworth, un policier dans la ville de Colorado Springs, a tout simplement répondu à une annonce dans le journal local en 1978 pour devenir membre du Klan afin d’enquêter sur cette mouvance extrémiste et pour freiner l’organisation. Stallworth est non seulement parvenu à devenir membre mais a également commencé à gravir les échelons pour finalement accéder à la tête d’un chapitre local du groupe suprémaciste. Ce policier noir a utilisé un stratagème habile pour parvenir à ses fins. Il a été en mesure de donner le change en communiquant principalement par téléphone ou par courrier. Il envoyait un complice, un officier de police blanc, lors des rencontres en chair et en os.

Reste à savoir si Black Klansman adoptera une esthétique et un traitement des scènes d’action inspirées des films cultes des années 1970 issus du genre de la Blaxploitation comme Shaft de Gordon Parks, Coffy, la panthère noire de Harlem de Jack Hill ou plus récemment Black Dynamite de Scott Sanders. En 1966, Ted V. Mikels avait réalisé un thriller sur une thématique similaire avec The Black Klansman, la quête de vengeance d’un afro-américain après l’assassinat de sa fille.

Spike Lee, Jordan Peele ainsi que les autres producteurs travaillent sur ce projet cinématographique depuis au moins deux ans selon des informations du Hollywood Reporter. La collaboration entre Spike Lee et Jordan Peele promet de faire des étincelles avec ce projet ambitieux et engagé sur des thèmes assez sensibles aux Etats-Unis sur les groupes extrémistes blancs, la discrimination, le racisme et la violence policière envers la communauté afro-américaine.

Après les polémiques sur le manque de diversité à Hollywood et aux Oscars, le whitewashing de nombreuses séries télévisées et suite à la vague de films poignants sur des figures importantes de la communauté noire, sur les luttes, les combats et les engagements des afro-américains ou bien encore après la multiplication d’œuvres qui tendaient à dénoncer les préjugés, les injustices et le racisme latent aux USA à travers The Birth of a Nation, 12 Years A slave, SelmaLe Majordome, Les Figures de l’ombre, La couleur de la victoire, Dear White People, Get Out ou bien encore Detroit, le nouveau film de Spike Lee, Black Klansman, pourrait donc bien jeter un pavé dans la mare en pleine Amérique de Donald Trump et inspirer de futures générations de cinéastes et d’acteurs issus de la diversité.

Histoire du film de sabre chinois : le wu xia pian

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Le wu xia pian, qui signifie littéralement « film de chevalier errant » est un genre extrêmement populaire en Chine. Moins connu en Occident, il fascine pourtant, tant il est polymorphe. Décryptage.

Considéré comme étant le western chinois, le film de sabre se concentre sur la figure des chevaliers combattants, souvent seuls, presque toujours emportés dans une histoire de vengeance.  Ils sont les descendants des wuxia, des combattants de la noblesse guerrière, qui refusent de quitter leur art de vivre au profit de la classe des lettrés, et vivent par conséquent en dehors de la société. C’est pour cela qu’on les appelle des « chevaliers errants ». Ce mythe se perpétue avec l’arrivée des romans wuxia, racontant leurs histoires, sous la dynastie Tang (618-907).

Les débuts:

Ce genre cinématographique apparaît dans les années 1920, alors que le pays est en proie à la Guerre Civile entre le parti nationaliste, le Kuomintang et le Parti Communiste Chinois (PCC). Deux films sortent alors, Li Feifei: une chevalière errante, en 1925, puis L’incendie du monastère du Lotus Rouge, en 1928, réalisé par Zhang Shichuan, qui connaîtra 17 suites. La série n’est plus trouvable aujourd’hui, car elle a été perdue. Elle devait durer 27 heures au total. Elle était assez incroyable pour l’époque car comportait beaucoup d’effets spéciaux, comme des fondus enchaînés ou du montage et la présence de femmes guerrières.

Malheureusement ce seront les seuls films de ce genre à connaître le succès jusqu’en 1950, car le wu xia pian sera interdit par le Kuomintang. Le reste se fera à Hong Kong. Après la Guerre, une vingtaine de films se basant sur la figure de Wong Fei-Hung, un héros cantonais d’arts martiaux, seront réalisés jusqu’en 1956. Au total c’est l’acteur Kwan Tak-Hing qui l’interprétera dans plus de 100 films. Ces productions vont marquer d’une empreinte nouvelle les oeuvres à venir, car rejettent les effets de style et le fantastique, pour laisser place à des scènes de combats plus réalistes.

L’âge d’or, les années 60:

Les années 60 marquent le renouveau de ce genre, en s’inspirant des chanbaras (films de sabre) japonais. Ce sont les studios Shaw Brothers qui permettent de le faire revenir à la mode car ils choisissent de produire des films en mandarin. L’objectif étant de devenir l’équivalent des studios hollywoodiens, et pour ce faire quoi de mieux que faire des westerns à la sauce chinoise?

Deux réalisateurs se démarquent alors: tout d’abord King Hu (1931-1997), avec son Hirondelle d’or (大醉俠), sorti en 1966, qui introduit l’actrice culte de ce style cinématographique, Cheng Pei-Pei. Elle incarne une guerrière à la recherche de son frère enlevé par des brigands.

http://www.dailymotion.com/video/x2js22w_l-hirondelle-d-or_shortfilms

Le film est le premier d’une trilogie où l’action se passe entièrement dans une auberge, avec en 1967 et 1974 respectivement L’auberge du dragon et L’auberge du printemps qu’il réalise à Taiwan. Ils révolutionnent le genre car concentrés en un seul lieu, et l’action est lente. Ce sont de gros succès. Quant aux intrigues, il s’agit bien souvent d’histoires de vengeance, avec un personnage féminin qui se travestit. Mais là où L’Hirondelle d’or réussit à accrocher le spectateur par son action et son rythme, L’auberge du dragon endort, sans doute à cause de son format de huis-clos à la cadence mal gérée. Les métrages de King Hu sont très inspirés par l’Opéra de Pékin, dont il puise ses sources pour les chorégraphies des combats, qui sont légères et fluides.

Puis vient le réalisateur Chang Cheh, au style beaucoup plus cru et violent. Il reprend le film de King Hu en faisant sa suite, Le Retour de l’Hirondelle d’or (Jin yan zi), mais au lieu de concentrer l’intrigue sur le personnage interprété par Chang Pei-Pei, il la centre sur la relation entre deux hommes. Ses films sont plus masculins. En 1971 il sort une relecture d’un de ses films antérieurs, La Rage du tigre (Xin du bi dao), connu pour son final d’anthologie avec le héros face à 100 adversaires. Il est d’une violence extrême pour l’époque et tranche totalement avec le style de son acolyte, plus raffiné. On y suit les aventures de Lei Li (David Chiang), combattant devenu manchot suite à une humiliation.

https://www.youtube.com/watch?v=euep4syq_yw

Déclin puis Renaissance:

Le wu xia pian tombe en désuétude au début des années 70. La vague du kung-fu déferle sur le paysage cinématographique chinois, avec Bruce Lee en tête. Il met en avant le combat à mains nues (exit le sabre) .

Néanmoins à la fin des années 70 une « Nouvelle Vague » se dessine, portée par Tsui Hark, réalisateur culte du film de sabre. Il réalise, en 1979, The Butterfly Murders, sa toute première – et déjà réussie – oeuvre. Le synopsis est mystérieux puisqu’il traite d’une attaque de papillon dans un château, sur fond de guerre inter clans. Les années 80 voient également apparaître des histoires basées sur des Triades, ou mafias chinoises, comme les œuvres de John Woo avec Le Syndicat du crime, en 1986, sur la pègre avec trois personnages principaux.

Un film fait cependant le lien entre l’ancienne et la nouvelle époque du genre wu xia: Duel to the death (Xian si jue), réalisé en 1983 par Ching Siu-tung. Il narre la compétition entre une école Shaolin chinoise contre une école japonaise au travers d’un combat afin de déterminer laquelle est la meilleure. Il a un rythme régulier, des combats spectaculaires avec une certaine réflexion apportée sur la condition des guerriers, mais signe la fin d’une époque. Il enchaîne avec une série de trois films: Histoire de fantômes chinois (Sinnui yauwan), sortis respectivement en 1987, 1990 et 1991, avec le célèbre Leslie Cheung, malheureusement disparu trop tôt. Ils sont l’adaptation d’une nouvelle écrite par Pu Songling, du recueil Liaozhai zhiyi. Ils introduisent des éléments surnaturels comme des fantômes.

Ils sont produits par Tsui Hark (encore lui), qui révolutionne ce courant cinématographique en y apportant une touche fantastique (même si ce n’est pas le premier à le faire), avec beaucoup d’effets spéciaux et un montage très rapide. C’est le cas avec Zu, les guerriers de la montagne magique, en 1983 qui deviendra culte par la suite malgré son échec commercial. Avec ce métrage il s’impose comme le maître du néo-wu xia pian.

Quelques années plus tard, en 1995 il réalise The Blade, considéré comme un classique du genre mais qui déroute le public de par son mélange d’intrigue amoureuse, d’extrême-violence et son rythme infernal. C’est un échec commercial mais un succès critique. C’est un remake du film de Chang Cheh, Un seul bras les tua tous (Dubei dao) où l’on retrouve l’image du sabreur manchot.

Wong Kar-wai va se mettre à son tour à réaliser son propre long-métrage de sabre avec, en 1994 Les cendres du temps (Dung che sai duk). Leslie Cheung y campe un mercenaire vivant seul dans le désert après que sa femme l’a quitté, exécutant des contrats. Il impose sa propre vision des choses avec une photographie très marquée par le « style kar-wai »: une colorimétrie saturée, une pellicule travaillée, des ralentis et des effets de montage, des plans poétiques et un rythme lent. Le film est visuellement marquant et véritablement beau, avec une lumière magnifique et lui vaudra plusieurs prix.

Retour aux sources:

Malgré ces réussites critiques, le marché est saturé si bien qu’à la fin des années 90 le cinéma de Hong Kong est en crise. Cela est dû à plusieurs choses: tout d’abord les exportations ne sont pas à leur meilleur niveau, puis le piratage arrive en masse, ce qui provoque l’effondrement du marché. De plus les principaux acteurs à succès partent à l’étranger et seules les productions réussissent à s’imposer. La rétrocession de Hong Kong en 1997 n’arrange pas les choses puisque les réalisateurs se tournent vers Taiwan pour produire leurs projets ou bien demandent des aides financières à des pays étrangers.

Néanmoins au début du 21ème siècle des films signent le retour aux sources du wu xia pian. Tigre et dragon (Wò Hǔ Cáng Lóng) d’Ang Lee, par exemple, est un incroyable triomphe car produit par les Etats-Unis et trouve son public à l’étranger et remporte de nombreux prix dont quatre oscars. Le synopsis raconte l’histoire d’un guerrier virtuose qui doit remettre une épée très précieuse à un seigneur, mais celle-ci sera volée…

Cette superproduction n’est pas aimée par les fans du cinéma hongkongais, trop habitués au style de Tsui Hark. Ici le film n’est pas fantastique, mais contient des combats très chorégraphiés, aériens (avec beaucoup de sauts). Le réalisateur confie aussi ses rôles à des acteurs talentueux et en pleine gloire, comme Michelle Yeoh, habituée des combats et arts martiaux, Chow Yun-Fat, Zhang Ziyi de la nouvelle génération et l’on retrouve même Cheng Pei-pei.

Un autre réalisateur va s’imposer à l’international: Zhang Yimou avec en 2002, Hero (Ying xiong). Histoire fabuleuse d’un guerrier qui assassine les ennemis du roi. Jamais auparavant une oeuvre sur le courant du wu xia n’avait été si travaillée esthétiquement, avec des combats extrêmement stylisés, une attention toute particulière portée aux couleurs et à leur signification. Même s’il fait des films « pour occidentaux »,  celui-ci rencontre un énorme succès au box-office, essentiellement en Amérique du Nord. Son long-métrage rapportant plus de 177 millions de dollars pour un budget de 31 millions.

Il récidive en 2004 avec Le secret des poignards volants (shí miàn mái fú), avec Zhang Ziyi qui joue la fille d’un chef de clan recherché par les autorités à l’identité trouble, accompagnée par un guerrier joué par Takeshi Kaneshiro. Il déconcerte car se positionne plus comme un mélodrame qu’un film de de sabre chinois et est toujours aussi somptueux au niveau de sa réalisation et de ses combats. En témoigne la scène ci-dessous.

Récemment, il y a eu quelques œuvres traitant de ce genre cinématographique, de réalisateurs le modifiant à leur gré. Citons par exemple The Grandmaster (yīdài zōngshī) de Wong Kar-wai, en 2013 et The Assassin de Hou Hsiao-Hsien, avec Shu Qi, très beau mais trop lent, donc il ennuie vite.

Ce genre a connu une évolution ininterrompue: au départ seules quelques productions existaient, mais le filon s’étant révélé de bonne qualité, il s’est propagé. Il a connu des déclins et des moments d’intense productions, avec de nombreux réalisateurs qui se le sont appropriés. Tsui Hark l’a révolutionné et l’Occident a jeté son dévolu sur ce nouveau cinéma inconnu jusqu’alors. Il continue de connaître un beau succès encore aujourd’hui, et certainement plus tard. Et comme le dit le réalisateur Daniel Lee:

Le wu xia pian est un genre qui transporte tout un pan de la culture et de la philosophie chinoise.
De ce fait, il est normal qu’il réapparaisse régulièrement au devant de la scène.