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The Fountain, une quête sur l’immortalité par Darren Aronofsky

Avec The Fountain, son troisième film, Aronofsky signe un chef d’œuvre majeur du 21ème siècle qui transcende les questionnements sur la mort, l’amour et de la transmission au sein d’une odyssée obsessionnelle fascinante.

Synopsis : Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, censée offrir l’immortalité. Aujourd’hui. Un scientifique nommé Tommy Creo cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi. Au XXVIe siècle, Tom, un astronaute, voyage à travers l’espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent depuis un millénaire.

Attention, cet article est une analyse critique du film qui contient des spoilers majeurs

Malgré le succès très mérité de son précédent film, Requiem for a Dream, Darren Aronofsky aura eu du mal à donner jour à son troisième bébé. Il faut dire que The Fountain représente encore aujourd’hui sa proposition de cinéma la plus radicale mais aussi sa plus personnelle. Initialement prévu avec Brad Pitt et Cate Blanchett, le film aura connu une gestation difficile de presque 5 ans avant de voir le jour, avec cette fois-ci de Hugh Jackman et Rachel Weisz dans les rôles principaux. The Fountain est un long métrage qui a divisé et qui divise encore par son récit complexe et nébuleux qui crée généralement la confusion et l’incompréhension chez le spectateur. Parce que la complexité du film d’Aronofsky ne vient pas seulement du fait qu’il faut décrypter le fond de l’œuvre, mais qu’il faut aussi décortiquer sa forme. Avec maestria, le cinéaste compose un tableau fascinant qui se joue à diverses échelles, et même s’il offre toutes les clés nécessaires à son spectateur pour donner sens à ce qu’il voit, jamais il ne va venir lui faciliter la route. Puisant ses influences dans la mythologie maya et les récits bibliques, il va venir questionner les fondements de la croyance sans jamais tomber dans un récit religieux, préférant soumettre la religion à ses propres thématiques.

The-Fountain-film-MayaDivisé en trois parties, le récit prend faussement la forme d’une lutte à travers les âges d’un homme qui tente de sauver sa femme, atteinte d’un cancer. Sa femme qui écrit un livre et qui lui demandera de le finir pour elle une fois qu’elle sera partie. L’apparition du titre au début se fera d’ailleurs par la jaquette du livre, car celui-ci porte le même nom que le film. C’est une manière assez symbolique discrète pour signifier que l’intégralité du récit se passe dans le livre même et que donc la plupart des choses qui nous sont montrées sont fictives, nous racontant une histoire dans une histoire. Le cinéaste va appuyer cela avec subtilité, grâce à la mise en scène en adoptant un code de formes et de couleurs selon que l’on se retrouve dans la fiction ou la réalité du film. Ce qui symbolisera l’obsession de son personnage et la fiction du livre sera représenté ici soit par des halos de lumières dorés, signe de divinité et donc de croyance, soit sous forme d’éclairages naturelles ou de sources de lumières plus abstraites, tandis que ce qui symbolise la réalité est représenté par des lumières blanches rectangulaires, signe de révélation et de vérité. C’est seulement après avoir repéré cet astucieux procédé de mise en scène que The Fountain est plus en mesure de révéler tout ses secrets.

The-Fountain-Hugh-Jackman-Rachel-WeiszAronofsky déploie une audace et un savoir-faire hors du commun dans sa réalisation. Esthétiquement l’ensemble est sublime, arrivant à faire cohabiter plusieurs ambiances et époques sans jamais tomber dans un mélange dissonant. Au contraire, The Fountain est un patchwork fabuleux, aidé par une photographie somptueuse notamment dans sa gestion brillante de la lumière et de la composition des plans qui les font souvent passer pour des toiles de maîtres. Avec sa direction artistique sans fausse note et sa mise en scène appliquée, Darren Aronofsky signe une odyssée épique et vertigineuse enveloppée à merveille par le score mémorable de Clint Mansell et du Kronos Quartet. Et le brio vient du fait que la forme ne sert pas qu’à emballer le fond, elle lui donne sens parce que The Fountain est indissociable de ses visuels ; en effet, pour le comprendre il se doit d’être vu. Car comme il le montre, la révélation passe par la vue et c’est donc par ce procédé que le cinéaste raconte son histoire. Une histoire qui finit par dépasser les questions de vie et de mort. Même si l’on est face à une œuvre délicate sur le deuil et l’acceptation, The Fountain est avant tout un formidable récit à propos de la création et d’héritage. Ici la création est sous une forme artistique, qui vit au delà de son créateur et qui représente la forme ultime d’héritage. La réponse du cinéaste à ce qu’est l’immortalité.

The-Fountain-Hugh-JackmanCar sous ses airs de récit biblique, le scénario parle avant tout de l’enfant qu’un homme et une femme mettent au monde pour que leur amour et leurs vies perdurent même après leur mort. Un enfant qui n’est pas de chair et de sang mais d’encre et de papier. La période du conquistador est ici la partie du livre qui est écrite par la femme, la période dans le présent est le moment où elle passe le flambeau à son mari qui le reprend et écrit cette transition entre fantasme et réalité. Cette partie oscillant visuellement entre les teintes jaunes liées à la fiction et les passages réels éclairés par des lumières blanches plus cliniques. D’ailleurs le moment où le mari décide de se tatouer avec la plume de sa femme symbolise bien le moment où il accepte d’achever son roman. Et la dernière partie avec le « cosmonaute » est le récit entièrement imaginé par le mari, qui accepte enfin la mort de sa femme et sa propre mortalité, faisant son deuil. Ce n’est que dans l’épilogue que l’intrigue vient se situer hors du livre. Après un plan entièrement immaculé de blanc, symbole de réalité, on retrouve le mari sur la tombe de sa femme pour lui faire ses adieux et annoncer qu’il a terminé son écrit assurant ainsi leur héritage. Il accomplit son deuil, il lève les yeux au ciel et une étoile dorée s’éteint pour laisser place à un éblouissant éclair de lumière blanche. La mari ayant vaincu ses peurs, son obsession et trouvé la vraie réponse à l’immortalité.

C’est à travers la délicatesse de The Fountain qu’Aronofsky interroge sa propre place de créateur mais aussi la capacité que nous tous avons de l’être. Brassant toutes ses thématiques, il offre un récit universel sur l’acte de création qui se révèle tout à la fois destructeur et libérateur. Le cinéaste signe assurément son morceau de cinéma le plus personnel et le plus complexe mais qui s’apparente surtout comme son œuvre la plus intelligente et la plus aboutie esthétiquement. The Fountain est un long métrage exigeant mais qui fascine et récompense le spectateur qui fait l’effort de s’y perdre. Avec sa mise en scène brillante, sa finesse d’écriture et aussi la qualité de son casting (Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles) Darren Aronofsky ne fait pas que signer le meilleur film de sa carrière, mais aussi un chef d’oeuvre hors norme qui continuera encore à faire parler de lui au fil des décennies.

The Fountain : Bande annonce

The Fountain : Fiche technique

Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Darren Aronofsky d’après une histoire de Darren Aronofsky et Ari Handel
Casting : Hugh Jackman, Rachel, Weisz, Ellen Burstyn, Mark Margolis, Stephen McHattie,…
Décors : James Chinlund
Costumes : Renée April
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Jay Rabinowitz
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Arnon Milchan, Iain Smith et Eric Watson
Distribution :  TFM Distribution
Budget : 35 millions de dollars
Durée : 96 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 27 décembre 2006

États-Unis – 2006

L’Emprise des Ténèbres cauchemarde en DVD & Blu-ray

Le mercredi 6 septembre a débarqué en coffret DVD + Blu-ray + Livret chez Wild Side le film L’Emprise des Ténèbres. Réalisé par le génial Wes Craven, le thriller d’épouvante vous emmène dans un voyage aux obsessions bien craven-iennes.

Synopsis : Jeune anthropologue mandaté par une firme pharmaceutique, Dennis Alan enquête sur d’inquiétants phénomènes survenus à Haïti. Un poison lié au culte vaudou plongerait des habitants dans un état de mort artificielle. Enterrés vivants, ils seraient piégés entre deux mondes, leur volonté annihilée, tels des zombis, à la merci de puissances occultes.

Nightmares on Elm Street… Euh, no, at Haïti !

Sorti au cinéma en 1988, L’Emprise des Ténèbres, au titre original The Serpent and the Rainbow, est réalisé quatre ans après A Nightmare on Elm Street, en français Freddy : Les Griffes de la Nuit, premier volet de la saga horrifique culte. Si le croquemitaine brulé ne vient pas terrifier le protagoniste interprété par Bill Pullman, l’obsession de Craven pour le cauchemar est toutefois bien présente.

Alexandre Aja, réalisateur du remake de La Colline a des Yeux (produit par Craven), explique dans l’interview (présente dans les bonus de l’édition) que le maître de l’horreur cherche toujours à inventer des formes. Craven cherche toujours la nouvelle idée cinématographique d’épouvante. Cette recherche visuelle s’illustre formidablement dans L’Emprise des Ténèbres. Sans être aussi présente que dans Les Griffes de la Nuit ou Shocker, la quête de Craven donne ici naissance à quelques grands moments de cinéma d’épouvante : on peut notamment penser à la chute du héros entrainé dans le fond du puits par des dizaines de mains ; et aussi à l’enterrement forcé cauchemardé par le personnage de Pullman où la gravité et la perception spatiale sont malmenées dans un ballet psychédélique de l’épouvante.

Ballet psychédélique de l’épouvante pour Bill Pullman. Et attention à la noyade ensanglantée !

La réalité à travers la fiction.

La quête de nouvelles formes visuelles horrifiques par la récurrence du maître à travailler le rêve/cauchemar dialogue avec une autre de ses obsessions : le documentaire. Le réalisateur n’a jamais cessé de dépeindre à travers le genre – comme bien d’autres (George Miller, Tobe Hooper, et caetera) – des facettes de notre réalité : la starification à l’extrême dans Scream 4 ; la faute des parents portée par les enfants dans Freddy… De plus, le cinéaste est décrit comme « un fan de faits divers » par Aja, tous ses films se basent sur des faits réels. Mais dépassons le concept « inspiré par des faits réels » – d’ailleurs présent au début de l’Emprise des Ténèbres –, Craven tend ici comme dans La Dernière Maison sur la Gauche à filmer tel un documentariste, caméra à l’épaule. Et au delà de ce geste important, il capte ici le dictat qui règne sur Haïti, dont les habitants sont en proie à la plus grande misère et à la terreur. Il filme les rues sales, les gens sans le sou s’occupant comme ils le peuvent, loin des yeux du leader politique. Il raconte en image une rafle de police ; une révolution. Et il filme aussi les rituels religieux haïtiens, mix de chrétienté et vaudou, non sans émerveillement lors de la séquence de la caverne à l’eau considérée par les natifs comme étant magique. Ainsi Wes Craven dépasse ici la critique ou le portrait négatif du monde (occidental) par le film de genre. Avant de révéler des vérités du réel, et même des formes du réel par la fiction, le cinéaste tend à filmer la réalité telle qu’elle est, dans sa complexité à la fois emplie de mystère, de terreur, et de merveille.

The Serpent and the RainBlu-ray.

L’édition présentée par Wild Side est comme à leur habitude très soignée. Accompagné d’un livre spécialement écrit pour l’occasion par l’un des cofondateurs de la revue culte Starfix, Frédéric Albert Levy, le film nous est présenté dans une version remasterisée soignée, malgré un léger manque de piqué sur quelques scènes du film et quelques plans de nuit granuleux (car probablement abimés sur la copie utilisée pour le remaster). Côté bonus, le coffret fait vache maigre : une interview (heureusement) intéressante de vingt-neuf minutes (extraits vidéo compris) d’Alexandre Aja, et la bande-annonce du film. Heureusement, le manque de bonus est rattrapé par le très bon livret de Frédéric Albert Levy.

L’Emprise des Ténèbres n’est probablement pas un grand film lorsqu’il obéit aux codes du genre (exemple spoiler : le héros doit faire face au bad guy pour sauver sa chérie qui va finir décapitée lors du grand rituel final). Mais il en est assurément un lorsque se déploient l’intelligence et l’imagination filmiques de Wes Craven, de l’aspect documentaire à la recherche visuelle d’épouvante/horreur, en passant par la transcendance de certains codes (« le héros brisé » l’est ici lors d’un terrible clouage des « parties » génitales).

EXTRAIT – L’Emprise des Ténèbres

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français Dolby Digital 2.0, Anglais DTS 2.0 & Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h34

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Format image : 1.85 – Résolution film : 1080p 24p – Format son : Anglais & Français DTS HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h38

COMPLÉMENTS

– Gentleman Wes : entretien avec le réalisateur Alexandre Aja (29’)

+ Un livret exclusif de 60 pages, spécialement écrit par Frédéric Albert Levy

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray + DVD + Livret

The Wrestler, la déchéance d’un homme brisé

The Wrestler, 4e long métrage de Darren Aronofsky, se distingue des autres films du cinéaste par un style en apparence plus « normal ». Le résultat est simple et épuré, sans effets ni maniérisme, avec une image crue et sans filtre, à l’image du quotidien de son héros, ancienne gloire du catch déchue confrontée à sa ruine et à sa solitude.

Synopsis : Ancienne gloire du catch, Randy « The Ram » Robinson galère désormais à joindre les deux bouts. Sa carrière bat de l’aile, il écume les tournois miteux, vit seul dans une caravane dont il peine à payer le loyer, travaille comme manutentionnaire dans un supermarché, n’a plus aucun contact avec sa fille et passe ses nuits dans des bars de seconde zone. Sa situation empire lorsqu’il se trouve terrassé par une crise cardiaque, physiquement éreinté. Il se retrouve alors confronté à sa solitude et se met en quête de rédemption.

Randy et Mickey

The Wrestler n’est pas un beau film : l’image est terne, crue, les décors sont sinistres, les paysages déprimants. Les combats de catch sont tristement grotesques, entre mascarade à peine déguisée, effets ridicules, têtes d’affiche ringardes, promoteurs véreux, public irrespectueux. C’est l’envers du décor, le revers de fortune. Ici, pas de paillettes, les feux de la rampe ne brillent plus depuis longtemps : c’est l’oubli et la lutte. Le tombeau des vedettes.

the-wrestler-mickey-rourkeLe long métrage retraduit, à travers son image cafardeuse, la réalité du quotidien de son héros, Randy, ancienne star du ring qui se retrouve condamnée à cachetonner dans des tournées miteuses, pour une bouchée de pain. Avant, il était une légende, désormais, il n’est plus rien. Similitude troublante avec son acteur, Mickey Rourke, qui revient ici dans un film qui fait étrangement écho à son statut de star maudite, écornée et abimée par une traversée du désert dévastatrice qui fait de lui une sorte de martyr du 7e Art. Impossible de ne pas faire une telle analogie, et c’est à travers une lecture méta que The Wrestler prend un sens encore plus fort, et nous touche au cœur. C’est un film qui blesse.

Le corps et le sang

Randy est périmé, exténué, au bout de sa vie : il porte un sonotone qui témoigne des coups qu’il a encaissés, souffle comme un buffle pendant l’effort, et souffre chaque instant dans un corps monstrueusement usé qui ne suit plus la cadence. D’ailleurs, lors d’une séance de dédicace, il se rend violemment compte de sa situation : entre un ancien collègue en fauteuil roulant et un autre affublé d’une poche urinaire, Randy s’aperçoit qu’il ressemble davantage à un vieillard décrépit qu’à un athlète invaincu. Le tableau est triste. Et c’est justement ce corps, dans lequel le héros est condamné à vivre, qui va se faire l’expression de son mal-être et de sa haine de lui-même.

Témoin d’une existence ravagée, ce corps qui saigne, qui se contorsionne, se plie, se perce, pour finalement céder sous le poids d’une vie d’excès, s’impose comme le pilier du récit. Le spectateur se trouve face à un film charnel, qui the-wrestler-evan-rachel-woodexplore les blessures de l’âme à travers la chair et la mutilation. Randy n’a plus rien à perdre, il dépasse ses limites, d’une part car il ne sait rien faire d’autre, mais aussi parce qu’il se raccroche à ce semblant de gloire pour continuer à vivre. Alors il se dope, se pique, se jette dans des barbelés, s’entaille, se coupe, se troue et s’agrafe la peau, tout ça pour la beauté du spectacle. Mais si son attitude cachait en réalité un véritable désarroi ? Car Randy ne s’exprime pas par les mots, c’est un animal, une bête, un « Bélier », qui encaisse les coups sans rien dire, en attendant d’être abattu. Car la réalité est ainsi : il se suicide à petits feux, jusqu’à ce que son calvaire s’achève. Et sa souffrance nous brise le cœur.

Pour preuve, malgré une crise cardiaque presque fatale, il continue, il remonte sur le ring, et va même jusqu’à faire exploser sa rage et sa frustration en se tranchant la main sur une machine à jambon. Tant de sang et de peine, de giclures, de cris et de sueur qui peuvent s’interpréter comme de nombreux appels au secours, les râles de détresse d’un héros seul et oublié, qui n’est plus que lambeaux. En ce sens, Aronosfky explore la souffrance au niveau corporel et primal pour aborder un thème cher à son cinéma : la folie et l’autodestruction.

Seul au monde

Mais si Randy néglige son hygiène et met à mal son corps (qui est aussi son outil de travail), c’est aussi car il est seul. Comme il le dira à plusieurs reprises, il ne compte pour personne : « The world doesn’t give a fuck about me ». Alors pourquoi continuer ? Sans amis, sans attache et sans famille, il tente de renouer le dialogue avec sa fille sans y parvenir, car il fait encore tout tomber à l’eau, comme d’habitude. C’est une épave, un déchet qui n’a plus rien à donner ni à recevoir. Un héros résiduel. Même les enfants avec qui Randy s’amusait parfois délaissent progressivement sa compagnie, ses fans ne sont plus au rendez-vous, et la femme envers qui il éprouve des sentiments, -une mère au foyer gogo-danseuse-, ne cesse de le repousser.

Alors, The Wrestler pose une question difficile : quel est le sens de tout cela ? Pourquoi se battre, lorsqu’on a tout raté, tout perdu ?

the-wrestler-rourke-tomeiRandy traîne dans les rues, les bars, mais a-t-il réellement un but ? On peut légitimement s’interroger sur le sujet, d’autant qu’il semble clair qu’Aronofsky, en filmant son héros de dos avec une caméra qui le suit partout, souhaite que l’on s’identifie à cet homme pour qui toutes les portes paraissent fermées. Restent la déprime, la détresse et le sentiment d’isolement, la misère d’une vie gâchée, le vide que l’on laisse derrière soi. De là, on en revient à cette idée de destruction : Randy tente en vain de s’amender, sa rédemption est un échec. Quelles perspectives d’avenir s’offrent alors à lui ? Visiblement aucune, d’où son choix final : remonter encore et toujours sur le ring, pour un dernier baroud d’honneur, ou bien jusqu’à la mort.

Métaphore du star-system Hollywoodien qui broie les destins de ceux qui s’y engouffrent, parabole d’une machine à rêves qui s’enraye et allégorie d’une industrie qui repose sur des artifices et du faux, The Wrestler est un film poignant et pessimiste qui décrit sans détour la déchéance d’une gloire oubliée, mais aussi d’un homme, à travers les blessures d’un corps usé, miroir d’une âme tout aussi mutilée. Déchirant.

The Wrestler : Bande-annonce VO

The Wrestler : Fiche Technique

Réalisateur : Darren Aronofsky
Scénario : Robert D. Siegel
Casting : Mickey Rourke (Robin Ramzinski alias Randy « Le Bélier » Robinson) ; Marisa Tomei (Pam / Cassidy) ; Evan Rachel Wood (Stephanie Ramzinski) ; Mark Margolis (Lenny)
Photographie :  Maryse Alberti
Montage :  Andrew Weisblum
Décors : Tim Grimes
Costumes : Amy Westcott
Musique : Clint Mansell
Producteur(s) :  Darren Aronofsky, Scott Franklin, Evan Ginzburg, Ari Handel, Mark Heyman, Vincent Maraval, Agnès Mentre, Jennifer Roth
Production : Wild Bunch, Protozoa Pictures
Distributeur : Mars Distribution
Genres : Drame, sport
Durée : 1h 49min
Date de sortie : 18 février 2009

Nationalité : États-Unis

In a Heartbeat : le court-métrage animé sur un amour homosexuel

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In a Heartbeat est le court-métrage animé sur l’homosexualité qui a suscité le buzz cet été. Retour sur ce petit film diffusé sur YouTube qui vaut le détour.

Nous entendons rarement parler des courts-métrages alors qu’ils représentent autant une proposition artistique et cinématographique que les longs-métrages. In a Heartbeat a pourtant réussi à faire parler de lui grâce à son sujet : la représentation de l’amour homosexuel dans un dessin animé. En effet, l’homosexualité est très rarement représentée dans le cinéma d’animation même si la tendance est à la hausse dans les animés japonais de type Yaoi et Yuri.

Un énorme progrès donc pour faire avancer les mentalités grâce au talent indéniable d’Esteban Bravo et Beth David, deux étudiants américains en animation informatique à l’Université de Ringling en Floride. Pour certains besoins techniques, les réalisateurs comptaient réunir 3000 dollars via la plateforme de financement participatif KickStarter : ils en ont récolté en quelques heures 14 000 ! L’histoire de ce film a continué sur la toile : mis en ligne sur YouTube le 31 juillet, il réunit dès les premières vingt-quatre heures 2 millions de vues. A l’heure de la publication de cette critique, In a Heartbeat affiche au compteur plus de 28 millions de vues. Malgré certains détracteurs extrémistes (on ne pouvait pas y échapper), une large partie du public est enthousiaste de voir à l’écran des propositions différentes, les minorités méritant d’avoir un traitement égal aux personnages standards.

Son sujet est bien traité et pas uniquement parce qu’il met en scène deux gays qui s’aiment dans le cadre d’un dessin animé. Cela serait même superficiel de limiter In a Heartbeat à l’orientation sexuelle des personnages même si on ne peut pas passer à côté de cette information. En réalité, l’histoire est tout simplement universelle : qu’on soit hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, pansexuel ou autre, chacun pourra être touché en plein cœur par un récit pourtant très simple mais si juste. Les réalisateurs n’avaient d’ailleurs pas envisagé au départ de mettre en scène un couple gay. Le court-métrage a su illustrer un coup de foudre. Le titre n’ayant pas été choisi par hasard, le cœur de l’un des personnages sortant de sa poitrine devient lui-même un personnage moteur de l’action et des émotions du garçon.

L’animation est séduisante par son apparente simplicité, mettant en avant la fluidité des mouvements et les différentes expressions et émotions des personnages. Enfin, étant donné qu’il n’y a aucun dialogue, la musique d’Arturo Cardelus parvient à retranscrire tout ce que les personnages pensent et ressentent, toutes ces choses que, finalement, on ne peut pas dire à l’autre au moment du coup de foudre, événement si émouvant et littéralement indicible sur tous les points.

Au-delà de sa beauté émotionnelle et visuelle, on espère que In a Heartbeat permettra au cinéma d’animation plus populaire, notamment chez Disney et Pixar pour ne citer qu’eux, de se pencher davantage sur cette question et de lever les tabous pour de bon. Que ce soit avec ce genre d’histoire ou autre chose, un court ou un long, on rêve déjà de voir Esteban Bravo et Beth David réaliser d’autres petits bijoux.

In a Heartbeat : le court-métrage sur Youtube

In a Heartbeat : Fiche Technique

Réalisation : Esteban Bravo et Beth David
Voix : Nicolas J. Ainsworth, Kelly Donohue… 
Production : Ringling College of Art Designer
Durée : 4 mn
Genre : animation, romance
Date de sortie (YouTube) : 31 juillet 2017

États-Unis – 2017

Ôtez-moi d’un doute, la filiation à travers l’œil de Carine Tardieu

Ôtez-moi d’un doute parle avant tout de filiation et de rapport père-fils/fille avec une pointe d’humour et beaucoup de douceur, d’authenticité. Pourtant, le film de Carine Tardieu reste très anecdotique et peinera à marquer les esprits après le visionnage somme toute très agréable.

Tel père, tel fils 

On avait quitté la réalisatrice de Dans la tête de maman en 2011 avec le très ludique et doux Du vent dans mes mollets. Le film racontait le passage éclair à l’âge adulte d’une petite fille plus mature que ses propres parents. Elle devait alors faire face au deuil et comprendre que la vie continuait, bref grandir. Avec Ôtez-moi d’un doute, c’est donc de nouveau à la filiation que Carine Tardieu fait appel pour raconter l’histoire d’Erwan et de ses deux pères. Voilà ce démineur breton face à une bombe plu complexe à déterrer que toutes celles auxquelles il a eu affaire jusqu’alors. Et c’est sans compter sur toute une galerie de personnages hauts en couleurs et tous un peu loufoques pour lui mettre des bâtons dans les roues. A leur tête, la belle et toujours aussi épatante de sincérité Cécile de France alias Anna qui trouble le plus Erwan. Demi-sœur ou future amante ? Difficile à dire pour celui qui côtoie son tout nouveau père depuis peu tout en cachant la vérité à son père adoptif et en gérant la grossesse de sa fille. Les mères d’ailleurs sont quasiment absentes du tableau, défaillantes. Ce sont les pères qui rassurent ici, qui câlinent et qui cuisinent. Un bel hommage au rapport père-fille/fils s’écrit aussi en filigrane. 

Dans la tête de papa

Le décor breton donne au film une saveur de tempête brestoise, tout est toujours prêt à exploser telles les bombes, souvenirs de la guerre, que désamorce Erwan. La force du film de Carine Tardieu est son authenticité et sa douceur. Tous les acteurs offrent une simplicité bienvenue à des personnage simples, un peu décalés, loin d’être performants avec leurs vies respectives. On s’attache donc à eux et à leurs petites frasques, à leurs regards qui se croisent et à ce désir tenace de retrouver le plaisir d’être ensemble. Pourtant, le film manque cruellement de rythme et l’accroche sur la filiation perd de son sens dès lors que la relation entre Erwan et son « vrai » papa semble réglée d’avance. On se désintéresse donc presque de leurs échanges. L’humour tombe parfois un peu à plat, car il manque de surprise. Demeure une petite ritournelle entraînante (la musique est signée Eric Slabiak), quelques belles scènes de confrontation entre les personnages, toujours filmées en plans rapprochés, avec en ligne de mire les réactions physiques des protagonistes.

La question de la filiation est peut-être ici presque trop dispersée (car elle concerne presque tous les personnages) pour être vraiment abordée de front et l’intrigue principale en perd de la force, de l’intérêt. Le film nous renvoie alors à une autre réalisatrice française, Ounie Lecomte dont la question de la filiation a été magnifiquement abordée de film en film, avec notamment le récent Je vous souhaite d’être follement aimée. Et le film de Carine Tardieu souffre un peu de la comparaison, même si du drame à la comédie, l’envergure du projet semble bien différente, on gagne alors en poésie ce que l’on perd en intensité et en profondeur. Dans tous les cas, la quête des origines est tenace. On passe finalement un agréable moment devant Ôtez-moi d’un doute, mais sans plus.

Ôtez-moi d’un doute : Bande-annonce

Ôtez-moi d’un doute : Fiche Technique

Synopsis : Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.  Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection. Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. 

Réalisatrice : Carine Tardieu
Casting : François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand, Alice de Lencquesaing, Lyes Salem, Alban Aumard…
Scénario : Carine Tardieu, Michel Leclerc, Raphaële Moussafir
Compositeur : Eric Slabiak
Directeur de la photographie : Pierre Cottereau
Chef monteur : Christel Dewynter, Jean-Marc Tran Tan Ba
Distributeur France (Sortie en salle) : SND
Date de sortie : 6 septembre 2017
Durée : 1h 40min
Genres : Comédie, Drame

France – 2017

Festival Lumière 2017 : Wong Kar Wai, William Friedkin et Michael Mann au programme

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Du 14 au 22 Octobre, la cité rhodanienne fera comme à l’accoutumée la part belle au cinéma en abritant la 9ème édition du Festival Lumière 2017. Grand rassemblement cinéphile, c’est surtout l’occasion pour Thierry Frémaux et consorts de célébrer la carrière d’une personnalité du milieu. Mais pas que ! Car si Wong Kar Wai sera « la reine du bal », ce n’est rien de moins que Guillermo Del Toro, Tilda Swinton, Henri-Georges Clouzot, Michael Mann ou William Friedkin qui auront aussi les honneurs ! Vivement !

Si l’an dernier, l’honneur était fait aux femmes via l’entremise de Catherine Deneuve, l’année 2017 marquera la révérence de Lyon envers l’un des plus grands cinéastes de la profession : Wong Kar Wai.  L’homme derrière 2046, In The Mood For Love, Les Anges Déchues ou The Grandmaster sera en effet à l’honneur de ces joyeusetés lyonnaises ; et il ne sera pas le seul, puisque fidèle à sa bonhomie légendaire, le maestro Thierry Frémaux a concocté une recette d’anthologie autour du cinéaste hong-kongais. Pensez donc, des masters-class à gogo (Michael Mann, qui viendra présenter une remasterisation 4K de son chef-d’œuvre Heat ; Guillermo Del Toro qui arrivera avec son tout récent Lion D’Or Shape of Water ; William Friedkin, la versatile Tilda Swinton ou la doyenne Diane Kurys), des classiques diffusés sur grand-écran (Rencontre du Troisième Type, Le Salaire de la Peur, La Leçon de Piano), une soirée articulée autour du thème de l’Espace à la Halle Tony Garnier (Interstellar, Gravity, Seul sur Mars & Star Trek) sans oublier les enfants qui se régaleront avec Ratatouille, Le Roi Lion et d’autres joyeusetés Pixar. A cela s’ajoutant également quelques nouveautés comme la présentation du moyen-métrage d’Alfonso Cuaron (Gravity), La fórmula secreta ; ou une rétrospective d’ensemble sur le genre matriciel qu’est le western, qui sera présenté par un vieux de la vieille, le grand Bertrand Tavernier. Bref, une programmation épousant encore une fois parfaitement le crédo voulu par la bande à Frémaux : un festival de cinéma pour TOUS !

L’intégralité du programme est à retrouver ICI !

Bande-annonce de l’édition 2016 (Catherine Deneuve) : 

 

Barbara, Une famille syrienne, Jeannette… Les films à voir (ou pas) ce week-end

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O KA, Dans les pas de Trisha Brown, Otez-moi d’un doute, Napalm…Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille Barbara, Une famille syrienne, Jeannette et Pop Aye.

Barbara de Mathieu Amalric. Comédie française, avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Aurore Clément, Grégoire Colin, Pierre Michon (1h37)

Se démarquant du biopic traditionnel, Barbara est une immersion aussi intime qu’artistique dans l’esprit nébuleux de la chanteuse. Mais aussi de Jeanne Balibar, qui l’incarne. Mathieu Amalric, avec émotion, crée alors un jeu de miroir assez étonnant, une mise en abîme feutrée. Il se dépêtre des barrières habituelles du genre pour façonner un faux biopic qui embrasse avec beauté le vestige de Barbara.

Une famille syrienne de Philippe Van Leeuw. Drame franco-belge, avec Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud (1h26)

Une famille syrienne est une bouleversante et oppressante plongée au cœur de la guerre en Syrie depuis l’intérieur d’une maison de famille où sont enfermés des femmes, un homme et des enfants. Ce huis-clos est une œuvre presque théâtrale très intense. Une fresque de violence et de rébellion sourde portée notamment par Hiam Abbass.

Pop Aye de Kirsten Tan. Comédie thaïlandaise, avec Thaneth Warakulnukroh, Bong, Penpak Sirikul (1h42).

Premier film singapourien sélectionné et primé au Festival du film de Sundance, Pop Aye est un road-movie rempli d’humanité. Réalisé par la jeune Kirsten Tan, ce conte lyrique dépeint avec délicatesse la perte de repère de Thana, un homme désormais perdu au beau milieu d’une société modernisée. Un beau voyage dans l’intimité de la Thaïlande, à découvrir sans plus attendre !

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont. Comédie musicale française, avec Lise Leplat Prudhomme, Jeanne Voisin (1h45).

Jeannette l’Enfance de Jeanne d’Arc, ou ce mixage intriguant entre chant médiéval et techno Breakcore. Dans ce film, symbole de la France et destruction du symbole se mélangent pour offrir ce spectacle singulier mêlant danse moderne, poésie et décibels. Les landes pâles de la côte d’Opale et l’amateurisme voulu des acteurs, s’ajoutent au reste pour nous faire plonger dans cet étrange rêve éveillé. A découvrir pour les amateurs de curiosités !

https://www.youtube.com/watch?v=GuqENb11uac

Pi, l’obsession selon Aronofsky

Darren Aronofsky signe avec Pi un premier film original et fascinant qui marque l’esprit et pose les bases de son cinéma, malgré ses maladresses de jeunesse.

Synopsis : Max, brillant mathématicien, souffrant de migraines intolérables, est néanmoins sur le point de faire la plus grande découverte de sa vie : décoder la formule numérique qui se cache derrière le marché des changes. C’est alors que tout bascule dans un immense chaos. Il est à la fois poursuivi par une grande firme de Wall Street qui souhaite dominer le monde de la finance, et par des cabalistes qui tentent de percer les mystères enfouis derrière les nombres secrets.

Avec Pi, petite production fauchée, Darren Aronofsky va poser les bases de ce que sera sa filmographie. Même si son pitch n’est pas des plus alléchants et que l’on peut vite croire que l’on est face à un petit film d’intello sur les maths, on se surprend très vite à être devant un thriller métaphysique plutôt bien rodé. Sachant ménager son suspense et les questionnements autour de son histoire, Aronofsky signe avant tout un récit prenant et habile qui conjugue une intrigue terre à terre avec un enrobage plus nébuleux issu directement de la psyché malade de son protagoniste. Accompagné d’une voix-off, on se retrouve totalement immergé dans l’esprit de Max, suivant les événements à travers ses yeux. Sauf qu’avec ses forts maux de têtes qui lui font faire des crises, ses hallucinations et ses poussées de paranoïa, il s’avère très vite être un narrateur auquel on ne peut pas se fier. À travers lui, le cinéaste va offrir les prémices de son cinéma, à savoir, la thématique de l’obsession. Comme la plupart des protagonistes aronosfskien, Max est régit par une idée fixe qui le dépasse et le ronge comme une maladie. Symbolisée ici par l’excroissance qu’il se découvre sur le crâne.

Pi-Sean-GullettePoussant la réflexion autour de la religion et sur les questionnements existentiels comme la place de l’Homme sur terre, Aronofsky énonce les thèmes qui serviront d’ébauches à ses grands films qui suivront. L’addiction, l’acte de création, la paranoïa etc… tout cela se confronte dans une œuvre dense mais qui, par moments, s’éparpille un peu trop. En peu de temps, Pi raconte beaucoup. Et même si il a l’intelligence d’offrir les clés de réflexion sans jamais asseoir de réponses claires, faisant de la quête de réponses et ses répercussions le cœur de son film, il en vient un peu trop à négliger ses personnages et son récit. En dehors de Max, aucun personnage à la possibilité d’exister en dehors de leur fonction. Le film, privilégiant plus sa partie métaphorique que concrète, s’enlise dans des rebondissements téléphonés et des dialogues trop appuyés. Surtout que les acteurs, même si convaincants, n’ont pas vraiment le talent pour transcender ce qui leur est demandé de jouer. C’est vraiment la forme qui ici dynamise un peu l’ensemble. Aronosky montre déjà ce qu’il a dans le ventre avec une mise en scène appliquée et qui digère assez bien ses influences. On pensera à Eraserhead de David Lynch lors des passages oniriques qui se marient assez bien avec l’intrigue, ou encore l’utilisation assez similaire du noir et blanc. Soutenu par la photographie somptueuse de Matthew Libatique, Aronofsky compose un univers visuel foisonnant et riche malgré le minimalisme de l’ensemble. Mouvements de caméra frénétiques pour symboliser l’effervescence du monde, opposés à une snorricam (procédé visant à fixer une caméra sur l’acteur pour qu’il reste fixe alors que le décor bouge) plus intime pour dissocier le personnage de son environnement, Aronofsky cherche la folie visuelle. Que ce soit à travers le rythme effréné des séquences, les inserts sur les manies obsessionnelles de son personnage ou encore l’enrobage musical entêtant de Clint Mansell, le cinéaste pose les bases de ce que sera son langage visuel et sa représentation de la névrose.

Pi-film-spiralePi est donc une première œuvre fascinante pour ce qu’elle apporte mais maladroite dans sa manière de l’amener. Le cinéaste tombe dans les travers du premier film, à savoir, voulant trop en faire et se perdre un peu dans sa démarche. Mais malgré tout, Pi reste une expérience majeure et originale dans la façon dont il aborde ses thématiques. Le cinéma d’Aronofsky est unique en son genre et Pi s’apparente encore aujourd’hui comme un de ses travaux les plus optimistes (avec son plus récent Noé) où malgré la paranoïa de son récit, l’obsession de son personnage vient interroger le bien-fondé du lâcher prise face aux questions sans réponses. La fin est douce-amère mais fait réfléchir sur la pertinence de profiter des choses simples plutôt que de chercher à les compliquer. Un message inhabituel pour le cinéaste qui s’est lancé de manière audacieuse avec un très bon film qui mérite d’être découvert ou redécouvert.

Pi : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=KLC6I75m5Qk

Pi : Fiche technique

Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Darren Aronofsky, Sean Gullette et Eric Watson
Casting : Sean Gullette, Mark Margolis, Ben Shenkman, Pamela Hart, Stephen Pearlman, Samia Shoaib et Ajay Naidu
Décors : Matthew Maraffi
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Oren Sarch
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Eric Watson
Distribution : LIVE Entertainment
Budget : 60 000 dollars
Durée : 84 minutes
Genre : thriller
Dates de sortie : 10 février 1999

États-Unis – 1998

Pop Aye, un road-movie empreint de poésie

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Primé au festival de Sundance, Pop Aye est un road-movie nous contant l’histoire d’amitié insolite entre un homme et son drôle de compagnon. Une fable poétique et légère réalisée par la jeune singapourienne, Kirsten Tan.

Une fable comme échappatoire ?

Thana, un architecte anciennement reconnu, sombre du jour au lendemain dans l’oubli. Désabusé, l’homme va faire une rencontre qui va changer le cours de sa vie : une retrouvaille inattendue avec l’éléphant qui a bercé son enfance. Une histoire étonnante qui se dessine tout en finesse ! Sélectionné au Sundance 2017, Pop Aye est le premier film singapourien à être représenté durant le festival. Première réalisation et donc premier succès pour la jeune réalisatrice !

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C’est sous l’apparence d’un conte lyrique que le road-movie prend forme. Il s’agit d’un voyage tout en douceur, dans l’intimité de la Thaïlande. En introspection avec la vie quotidienne des Thaïlandais, nous découvrons grâce à Pop Aye une culture et des coutumes peu connues. Sobriété du style, mélancolie et dédramatisation se maintiennent pendant 102 minutes. Une pointe d’humour dans un amas de poésie, telle est la signature de la jeune et désormais reconnue Kirsten Tan.

Toutefois, Pop Aye est avant tout une ode à la vie. À l’heure où la société s’ancre toujours plus dans une vie modernisée, il existe une multitude de personnes isolées comme Thana. Le rejet du progrès, l’incompréhension liée à ce dernier, ou encore une sensation d’impuissance face à un monde sans cesse en mouvement, sont des éléments qui poussent chaque jour des individus à se retirer de la société. Tel un retour aux sources. Le septième art abrite de nombreuses œuvres traitant de la thématique de l’isolement. Parmi elles, Into The Wild, l’inoubliable biopic réalisé par Sean Penn. Il faut dire que le retour vers la nature est un sujet qui n’a de cesse d’attiser la curiosité des spectateurs. Peut-être est-ce un besoin d’échapper au quotidien ?

Néanmoins, Pop Aye n’est pas uniquement un voyage dans l’air du temps, c’est également une œuvre défendant la cause animale. Alors que Okja anime depuis quelques mois la toile en provoquant notre réflexion, Pop Aye s’intéresse, quant à lui, aux animaux utilisés pour amadouer les touristes de Bangkok. Loin d’être activiste, le film singapourien s’engage avec une légère délicatesse dans l’éternelle lutte contre les « éléphants mendiants ». Un sujet encore très peu traité au cinéma, mais pourtant si virulent. Depuis quelques temps, un grand nombre de réalisateur est habité et animé par une militance qui se remarque dans leur réalisation. Mais est-ce une sonnette d’alarme ?

Pop Aye réussit de fait un pari risqué, celui de raconter avec douceur et élégance, une émouvante histoire remplie de vérité. Avec son prix du meilleur scénario lors du Festival du film de Sundance, Pop Aye a le mérite de réussir à véhiculer un message plein d’humanité !

Pop Aye : Bande Annonce

Pop Aye : Fiche technique

Réalisateur : Kirsten Tan
Acteurs : Bong (Pop Aye), Thaneth Warakulnukroh (Thana), Penpak Sirikul (Bo), Chaiwat Khumdee (Dee), Yukontorn Sukkijja (Jenny), Narong Pongpab (Peak)
Producteur Exécutif : Anthony Chen
Producteur : Lai Weijie
Directeur De La Photographie : Chananun Chotrungroj
Chef Décorateur : Rasiguet Sookkarn
Directeur Artistique : Manop Chaengsawang
Créateur De Costumes : Visa Kongka
Monteur : Lee Chatametikool
Compositeur : Matthew James Kelly

Singapour – 2017

 

 

Barbara de Mathieu Amalric, un faux biopic étincelant comme vestige d’une artiste

Avec Barbara, Mathieu Amalric s’échappe d’une écriture linéaire et décale le genre du biopic vers des sphères plus spectrales et éclatantes. Alors que Jeanne Balibar incarne les traits de la chanteuse, l’œuvre voit un personnage aux multiples visages et par la même occasion, un visage aux multiples personnages. Un abîme du cinéma, une déclaration d’amour resplendissante.

Mathieu Amalric joue la carte de la confusion, voire de la fusion. Une comédienne, jouée par la longiligne et splendide Jeanne Balibar, incarne le rôle de la chanteuse Barbara, dans un biopic qui retrace une partie de la vie de la célèbre artiste. C’est donc un film dans le film qui s’immisce. Pourtant, le cinéaste se fout éperdument du cadre biographique. Le film Barbara n’est pas vecteur à nous raconter la genèse d’une artiste, ni même les drames qui ont pu jalonner sa vie. C’est parfois évoqué, mais en filigrane, car Barbara se veut différent, et regarde l’attrait pour une artiste par le biais de l’intime : ses facéties, sa complexité sentimentale, ses combats, son grain de voix, voire ses préparations d’avant concert. L’œuvre nous décrit une personne, sa folie, sa magie, son génie, ses émotions. Tout cela par le prisme du jumeau imaginaire qu’est le cinéma, avec ses retords ou ses bifurcations, ce mouvement perpétuel qui fait renaître le vestige.

Le réel se volatilise, les images se percutent, elles s’ajoutent les unes aux autres pour construire un bric à brac, une sorte de mosaïque d’instants présent et passé avec des images d’archives qui n’en sont pas vraiment ou des répétitions de scènes de films qui se vivent réellement. Barbara, l’œuvre, agence ses fluctuations autour de ces divagations, s’élance dans un récit à l’architecture parsemée d’embûches temporelles, où les partitions résonnent et font écho au récit, avec cette communion entre un personnage et son actrice : les deux ne font qu’un. C’est à se demander à qui est dédié le film, surtout lorsqu’on connait le passé commun entre Mathieu Amalric et Jeanne Balibar. D’ailleurs en ce sens-là, Mathieu Amalric, lui-même incarnant le réalisateur du biopic, s’octroie un rôle en retrait, mais qui démontre tout l’emphase et l’amour qu’il essaye de faire percevoir pour ses personnages et son actrice principale. Il s’incorpore dans cette espèce de fusion des rôles : est-ce le réalisateur qui joue l’acteur ou est-ce un acteur qui joue un réalisateur. Ou tout simplement les deux.

Brouillant les pistes avec ce bouillonnement d’idées, Barbara est une œuvre qui se découvre par cette osmose, cette identification presque totale d’une actrice à son sujet : c’est-à-dire le personnage qu’elle doit incarner, dont elle doit mimer les gestes. Et de ce fait, même si les compositions visuelles de Matthieu Amalric varient, du noir au blanc, du sombre au clair, selon que le grain de l’image représente des images d’archives, des scènes de reportages, ou des scènes de cinéma, c’est avant tout Jeanne Balibar qui passionne le spectateur et qui crève l’écran par une présence indomptable. Sa chevelure noire, ses traits anguleux dominent le cadre, sa voix porte au loin et son jeu se veut à la fois intimiste et fantasque : de là commence un jeu de miroir saisissant entre les deux femmes. Lorsque la voix de Jeanne Balibar retentit pour chanter certaines grandes chansons de Barbara, on croirait entendre la chanteuse.

Pourtant, Barbara ne tombe jamais dans le pastiche un peu guindé, ne succombe jamais au dictat de la performance mimétique et grossière, notamment, parce que la mise en abime du récit décuple les traits du personnage, et permet à l’actrice de ne pas s’enfermer dans un étalage de mimique. Non, de Barbara se dégage une humilité, une volonté de se raconter par le biais d’autrui. A l’image de ce dialogue entre Jeanne Balibar et l’auteur joué par Mathieu Amalric lorsque ce dernier, réalisateur du biopic, rentre dans le champ de la scène, elle lui demande : « c’est un film sur Barbara ou sur vous ». Lui, tout penaud, lui dit discrètement « c’est un peu la même chose ».

Au final Barbara est une histoire de fantômes, émotionnellement feutré mais parfois terrassant, qui même si elle ne cesse de filmer Jeanne Balibar avec amour, déconstruit la chair pour la dépecer et faire ressurgir un esprit. Ce qui relie la chanteuse et son interprète, ce n’est pas seulement cette ressemblance physique un peu trouble, ces nombreux moments où l’actrice prépare son rôle en étudiant et en imitant les vocalises de Barbara, mais c’est le mimétisme d’une pensée, des gestes qui se coordonnent, une folie qui se faufile. Mathieu Amalric se moque du cahier des charges du traditionnel biopic : ici, ne se dévoile pas une description méticuleuse de la vie de la chanteuse mais plus une évocation doucement excentrique de son essence créative. C’est beau.

Barbara : Bande-annonce

Synopsis : Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.

Barbara : Fiche Technique

Réalisateur : Mathieu Amalric
Scénariste : Mathieu Amalric, Philippe Di Folco
Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani, Aurore Clément, Fanny Imber, Grégoire Colin, Marc Bodnar, Michael Mcmurran
Directeur de la photographie Christophe Beaucarne
Chef monteur : François Gédigier
Chef décorateur : Laurent Baude
Genre : Drame
Date de sortie : 6 septembre 2017
Durée : 1h 37min
Distributeur : Gaumont Distribution
Récompenses : 2 prix et 6 nominations

Nationalité français

Requiem for a Dream de Darren Aronofsky, film générationnel sur le désespoir d’une société

Sorti il y a 16 ans dans les salles obscures françaises, Requiem for a Dream n’a guère pris de ride avec le temps. Considéré à la fois comme un film générationnel dépressif et un exercice de style visuel claustrophobe, le film de Darren Aronofsky émeut autant qu’il arrive à créer du malaise. Prenant l’allure d’un « rise and fall » social et sociétal, le réalisateur ne crée pas seulement une œuvre dénonciatrice d’un système, mais décrit avec violence l’Homme qui consume autant qu’il est consumé.

Requiem for a Dream a un peu le même syndrome que celui de Fight Club. Autour du film, les éloges pleuvent et parlent de lui comme d’un film culte, d’une expérience esthétique forte mais de l’autre côté, les critiques attaquent le versant soi-disant réac’ de la pensée et de la tournure du film quant à sa position sur la drogue. Non, qu’on se le dise toute de suite, le film de Darren Aronofsky n’est pas juste un long métrage qui parle de la drogue et qui nous balance à la gueule le slogan facile qu’est « la drogue c’est mal ». Le film est un choc cinématographique, bon ou mauvais, il reste en tête. Dans Requiem for A Dream, la drogue et autres substances psychotropes ne sont qu’un contexte, qu’une source réelle voire virtuelle de quitter le monde sans horizon qui s’annonce.

Au-delà de fustiger la prise de drogue et d’en faire un étendard moralisateur, Darren Aronofsky alimente surtout une peinture de la société moderne, celle coupée du monde, qui essaye tant bien que mal de se sortir de ces bâtiments grisâtres et de s’évader d’une monotonie aliénante. Le réalisateur montre que, d’un sujet délicat, il arrive à se sortir du guêpier et embrasse avec folie le thème de l’addiction dans tout ce que cela regroupe jusqu’à ce que la spirale négative torpille tout sur son passage. La drogue n’est qu’une conséquence, une échappatoire pour retrouver une jeunesse disparue ou un avenir forgé sur l’or : c’est une désillusion, un mirage quant à un bonheur acquis. La puissance du film, exceptée la force émotionnelle de sa démonstration incandescente de la descente aux enfers, qui marque la rétine au plus profond de nous-même, est de s’accommoder de son exercice de style purement sensoriel, parfois à la limite du publicitaire (comme Fincher à l’époque), pour y incruster une vraie empathie quant à la construction de ses personnages.requiem-for-a-dream-Jared- Leto

Bâti comme une sorte de rollercoaster inarrêtable, Requiem for a Dream va vite, notamment sous le joug de la bande son monumentale de Clint Mansell,  et dessine les cadres décrépis d’une société américaine qui rêve de grandeur. Entre ces jeunes amoureux qui veulent à la fois s’amuser, profiter et gagner en jalon par le biais de ce commerce illégal pour réaliser leurs rêves, et ces mamies qui s’ennuient et traînent le long des trottoirs sur leurs transats dans l’attente d’un courrier qui fera basculer leu morne quotidien dans lequel personne ne leur rend visite, c’est tout un monde qui s’agite et qui se noie dans sa propre frustration, et dans sa moite solitude. Requiem for a Dream est loin d’un Trainspotting : ce n’est pas un trip baragouineur et un peu tape à l’œil comme peut l’être le film de Danny Boyle. Malgré ses gimmicks, ses effets visuels clinquants qui ne sont jamais vains, le film de Darren Aronofsky est une vraie réflexion sur la dépendance et sa provenance originelle, un American Way of Life en faillite.

Déjà, Requiem for a Dream tord le cou à cette idée reçue que ce mal ne toucherait que la jeunesse ou que la drogue n’a qu’un seul visage, comme on peut le voir avec le personnage de la mère d’Harry, Sarah, qui tombe dans la surmédication. Que ce soit de la came ou des pilules d’amaigrissement, Darren Aronofsky tranche dans le vif et, certes, manque parfois de subtilité dans le portrait de cette décrépitude humaine, mais augmente alors dans le champ d’application du thème de son film. Pour encore mieux éprouver le spectateur, Requiem for a Dream marque les esprits par la force centrifuge de sa réalisation. Car oui, au-delà son postulat scénaristique, de la dramaturgie humaine qui s’avance, c’est avant tout par l’image que le film emballe et accentue sa portée, avec cette systématisation de la répétition de la dépendance et dans la progression régressive de cette symétrie.

Darren Aronofsky utilise sa science esthétique du clip pour agencer cette spirale tragique : split screen, image accélérée lors de rave party endiablée, gros plan clignotant, toute la panoplie est de sortie. Mais alors que ces artifices n’auraient pu servir que de simples caches misère, Darren Aronofsky, avec sa rapidité et son intelligence d’exécution, sa grande qualité de directeur d’acteur (impressionnant et fantomatique Jared Leo), et la photo crasseuse d’un Brooklyn presque délabré, acidifie l’aliénation de son œuvre. Quitte à éreinter le spectateur. Car comme dans Black Swan, le cinéaste aime amplifier ses effets et s’aider d’une mise en scène physique, qui regarde au plus près les stigmates corporels, sans oublier, les morsures psychiques de ses personnages.

Requiem for a Dream n’est donc pas un film comme les autres : parfois trop carnivore dans sa volonté de s’immiscer dans son sujet quitte à en faire un peu trop, c’est des images plein la tête qu’on se détache du film bien après le générique. Avec ce goût de tristesse en bouche, ces dix dernières minutes écrasantes et cette agonie qui suinte les remparts d’une prison au prise raciste ou d’une sex room démoniaque.

Requiem for a Dream : Bande-annonce

Synopsis : Harry Goldfarb est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion et son copain Tyrone. Ensemble, ils s’inventent un paradis artificiel. En quête d’une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l’angoisse et le désespoir.
La mère d’Harry, Sara, souffre d’une autre forme d’addiction, la télévision. Juive, fantasque et veuve depuis des années, elle vit seule à Coney Island et nourrit dans le secret l’espoir de participer un jour à son émission préférée. Afin de satisfaire aux canons esthétiques de la télévision, elle s’astreint à un régime draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l’autre côté de l’écran.

Requiem for a Dream : Fiche technique

Réalisateur : Darren Aronofsky
Scénariste Hubert Selby Jr., Darren Aronofsky
Casting : Jared Leto, Ellen Burstyn, Jennifer Connelly, Marlon Wayans, Christopher McDonald, Louise Lasser, Marcia Jean Kurtz, Keith David…
Compositeur : Clint Mansell
Directeur de la photographie Matthew Libatique
Monteur : Jay Rabinowitz, Stephen Barden
Cadreur : Richard Rutkowski
Ingénieur du son :Brian Emrich
Mixage Ken : Ishii
Conception générique : Amoeba Proteus
Effets spéciaux : Jeremy Dawson, Dan Schrecker
Genre : Drame
Distributeur : Sagittaire Films
Durée : 1h 50min
Date de sortie 21 mars 2001

USA – 2001

Jeanne d’Arc rencontre la techno, dans le nouveau film de Bruno Dumont

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc ou Jeannette, pour les intimes. Vous la connaissiez en symbole national, ou en héroïne d’un obscur film de Luc Besson. Mais vous ne la connaissiez pas enfant, dansant sur du Breakcore.

Synopsis : En pleine guerre de Cent Ans, au cœur d’une lande déserte, vit Jeanne et sa famille. Cette dernière a une haute conscience de la France et, a contrario du défaitisme de ses contemporains, elle est persuadée de la victoire prochaine des Français sur les Anglais. A tel point qu’à force de prières et de rencontres , la jeune Jeannette s’invente une destinée mystique, dans laquelle c’est à elle qu’il incombe de sauver le Royaume de France.

Au générique de Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont, on peut voir un détail qui n’a certainement pas échappé aux fans de musique les plus ardus : la présence de Igorrr à la bande-son.

Ce nom, aux allures de patronyme mal orthographié, est en fait le nom de scène de Gauthier Serre, compositeur sévissant dans l’hexagone depuis 2010. L’individu maîtrise un style bien à lui, que d’aucun qualifierait de techno-baroque. Assez difficile en fait d’y donner un nom précis, puisqu’il s’agit d’un mélange de breakcore, de death metal, de musique baroque et de trip-hop. En somme, un mix entre passé / présent, classique / underground.

Et pourquoi une telle digression musicale sur une critique cinéma ? Mais parce que la musique dans Jeanne d’Arc est indissociable du film lui-même. Au point que c’en serait presque une déclaration d’amour de Dumont à Igorrr, tant l’image du premier magnifie la musique du second.

A commencer par le décor. Une forêt. Des plaines, quelques vagues habitations. L’enfance de Jeanne d’Arc semble s’être passée dans un monde presque désert, peuplé seulement d’herbes folles et de fantômes. Difficile avec pareil décor, de se croire dans une reconstitution. Les landes de la côte d’Opale n’auraient pas été filmées de différente si elles avaient été un paysage de science-fiction. Or, à défaut d’en être un, l’épuration des décors nous renvoie déjà à un trip surréaliste.

Une épuration complétée par les corps, sculpturaux, dansants et saccadés des personnages. On peut ainsi voir une Jeanne d’Arc enfant danser sous des rafales de techno, comme elle le ferait à une rave-party. Une danse stylisée des corps qu’on doit au chorégraphe du film, Philippe Decouflé.

Les passages du film s’enchaînent ainsi sous la forme d’une balade endiablée où techno, prose rimée et jeu balbutiant des acteurs, défilent sur cette lande où le temps n’existe pas. Quoique, pas pour le spectateur. Car, si le film Jeannette est beau en tant qu’objet, fascinant même, en tant que film, il est tout de même un peu long. La répétition d’actions et de dialogues par ces acteurs qui dansent mieux qu’ils ne chantent (ouch) rendent le spectacle lassant vers la seconde moitié du film.

Mais cette répétition, c’est aussi une part intégrante de cette chirurgie qu’opère Dumont sur tout son film. Elle tend en effet à faire du « Mystère de la charité de Jeanne d’Arc » dont est tiré le scénario, une sorte de transe techno. Le Breakcore étant un son porté sur la rupture, c’est encore cette rupture qu’on ressent lorsque les paroles d’un poème moyenâgeux viennent se greffer sur les décibels.

Un essai audacieux donc. Mais, à la façon des Headbanging de Jeanne d’Arc, il paraîtra un peu tiré par les cheveux à celui venu assister au film vendu par les campagnes de pub : un film historique aux accents de comédie musicale. On ne trouve pas plus de comédie dans ce film qu’on y trouve d’acteur professionnel.

Jeannette en somme, c’est plus un objet qu’un film. Un objet mais avant tout, un objet audiovisuel. Un objet très complet, puisque réunissant à la fois danse, chant, poésie, musique et photographie. Le tout fusionné dans ce trip endiablé et inclassable. Inclassable, au point que la touche « Dumont », semble ici quelque peu retirée…

On reconnaît pourtant ces décors du Nord très propres à sa filmographie. On reconnaît encore cet aspect froid et frontal qui lui est, sinon habituel, quasi systématique. Mais ce cinéma, profondément formel et brut, paraît émoussé ici. Comme si le sculpteur s’effaçait devant sa sculpture. C’est que Bruno Dumont est, et reste avant tout, un cinéaste de la violence. Une violence qui s’imprime aussi bien dans la radicalité d’un Twenty Nine Palms que dans l’humour avec Ma Loute ou P’tit Quinquin. Cela passe par son choix de plans fixes et frontaux. Un choix qui, d’ordinaire dans sa filmographie, permet de confronter le spectateur durement à ce qu’il voit. Ici, rien de tout ça. Le montage formel de Dumont devient saccadé, sa frontalité ordinaire, mouvante. L’annonce, peut-être, d’une transformation chez le réalisateur de La Vie de Jésus et de Hors Satan.

Reste un film à voir pour l’essai qu’il représente. Mais une question se pose. Avec ce poème déclamant la gloire de la France, et cette jeune fille dansant sur une musique hautement anachronique, comment classer ce film ? Est-ce une œuvre ultra-patriotique, ou au contraire antipatriotique ? Peut-être les deux. Car si le symbole national est omniprésent dans ce film, la destruction de ce symbole semble lui tenir la main. Comme si, d’une certaine façon, le symbole et sa destruction venaient soudain de se rejoindre sur une pellicule, pour s’unir. Car, là où Jeanne d’Arc incarne le patriotisme et les valeurs d’une France conquérante, la techno à l’inverse, dans l’imaginaire collectif, semble plutôt représenter le nihilisme, la négation des valeurs. Par cette dichotomie, le film représenterait-il cette vieille idée d’équilibre entre le bien et le mal ? Ou, au contraire, comme le suggère le breakcore, de « rupture » entre deux mondes inconciliables ? Le mystère Jeannette reste entier.

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc  : Fiche Technique

Réalisation : Bruno Dumont
Scénario : Bruno Dumont d’après « Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc » de Charles Péguy.
Interprètes :
Directeur de la Photographie : Guillaume Desfontaines
Musique : Igorrr
Chorégraphie : Philippe Decouflé
Société de Production : Arte France, 3B Productions
Genre : Film Musical
Durée : 109 minutes

Auteur : Arthur Suldoch