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Steve Carell vs. Emma Stone dans Battle of the Sexes : critique

À l’occasion de l’Arras Film Festival, Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valérie Faris a été dévoilé en avant-première. Retour sur leur récit de combat pour l’égalité des femmes à travers un match de tennis historique porté par l’interprétation de Steve Carell et Emma Stone.

Synopsis : 1972. La championne de tennis Billie Jean King (Emma Stone) remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage afin que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs (Steve Carell), provocateur qui s’est autoproclamé « gros macho », met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Billie Jean King battles

Le nouveau long métrage des réalisateurs de Little Miss Sunshine n’est pas un film centré sur deux personnages, avec le récit de leur rivalité grandissante puis de leur rencontre (sportive) suivie de la naissance d’une amitié certaine, tel que Borg vs. McEnroe. À l’inverse de ce dernier, on ne peut reprocher à Battle of the Sexes de se concentrer davantage sur un personnage plutôt qu’un autre (en plus, de mauvaise manière). Le film porte bien son titre : il conte une bataille, avec les prémices du conflit, puis ses stratégies, le combat et enfin, une victoire, celle de Billie Jean King sur Bobby Riggs.

Ainsi, le métrage démarre sur le succès de la jeune tenniswoman, Billie Jean Kings, devenue numéro 1 mondiale du tennis féminin. Cette héroïne sportive s’engage dans un combat loin d’être facile à gagner au début des années 70s, l’égalité hommes/femmes. Un engagement qu’elle va d’abord mener dans son propre domaine : le tennis. BJK n’est pas extravagante même si les dialogues avec son associée Gladys Heldman (Sarah Silverman) tendent à représenter cette révolution comme une petite folie  d’une femme courageuse qui ne serait pas née à la bonne époque. En effet, la sportive fait face à nombreux machos (parfois insidieux) qui refusent tout progrès pour les femmes – et plus largement pour l’humain – sur le court de tennis. Ainsi l’égalité des salaires et le respect des joueuses leur sont refusés : « les femmes ne seront jamais aussi douées qu’un homme » entendra-t-on plusieurs fois.

Billie Jean King prouvera le contraire plusieurs fois en public : premièrement, en réussissant à mettre en place un tournoi féminin mobile qui aura son succès ; deuxièmement, en acceptant le match avec le provocateur Bobby Riggs, elle devra alors supporter toutes les provocations et extravagances du bonhomme, mais aussi du public et des journalistes dont de nombreux éléments sont machistes ou pro-« woman in the kitchen and in bed ». Puis, il y a ce fameux troisième moment, celui de la victoire de la sportive contre Bobby Riggs. Elle est alors consacrée, applaudie, félicitée par le public, des journalistes (dont certains ayant l’esprit relativement fermé juste avant le match). Et ce match sera l’une des batailles gagnées du combat pour l’égalité des sexes.

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Steve Carell / Bobby Riggs taquine Emma Stone / Billie Jean King avant le match.

Les réalisateurs Valérie Faris et Jonathan Dayton n’oublient pas de représenter la réalité sexuelle de la sportive : elle aime les femmes. Elle nie, puis l’admet. Ainsi sommes-nous témoins de la première relation passionnelle lesbienne de la tenniswoman. C’est alors que le récit d’amour doit faire face à l’Histoire. Billie Jean ne peut révéler cette face de sa vie au grand public. Il ne s’agit d’ailleurs même pas de libération sexuelle. L’héroïne découvre sa sexualité qu’elle devra occulter pendant un certain temps pour deux raisons : l’égalité hommes/femmes n’est pas le combat de l’acceptation de l’homosexualité par l’autre ou des droits civiques des LGBT. Dès lors, révéler sa sexualité pourrait ruiner le combat qu’elle mène pour les femmes sur les courts de tennis ; deuxième motif, son mari Larry explique à l’amante de Billie, Marilyn Barnett (interprétée par Andrea Riseborough) qu’ils ne seraient que des détails dans l’histoire de la sportive. Celle-ci aurait pour grand amour le tennis. Selon le même bonhomme, les détails ne doivent pas venir gêner la concentration de la championne et ainsi empêcher sa victoire, qui les dépasse tous. La sportive, elle-même, ne sera plus sûre de désirer Barnett à ses côtésparce qu’elle doit vaincre. Et pour cela, elle doit se concentrer, réfléchir, s’isoler. Son coming out attendra, et son droit de vivre librement et tranquillement en public sa sexualité aussi… Ce n’est pas le moment, lui dira avec compassion son costumier Ted Tinling (joué par Alan Cumming). Elle est déjà engagée dans un autre combat qu’elle doit mener à sa fin, la difficile battle of the sexes. Billie Jean King gagne, et plus tard, comme nous l’apprend le générique, sort victorieuse d’un autre combat : elle et Larry King divorcent ; les deux restent amis ; la championne devient la première sportive à faire son coming out ; depuis, elle continue à se battre pour l’égalité hommes-femmes ainsi que les droits LGBT. En 2009, la championne reçut la médaille présidentielle de la liberté pour de la Liberté pour ses engagements. Ainsi Battle of the Sexes, reconstruction d’un événement historique socialement et politiquement conséquent, est aussi le théâtre des batailles intimes et universelles de Billie Jean King.

Bobby Riggs victory

Même si Billie Jean King sort victorieuse de ses combats, non sans difficultés, son adversaire n’est pas en reste. Bobby Riggs est un joueur invétéré. Adepte des paris fous malgré la promesse faite à sa femme de ne plus en faire, l’ancien champion ne peut s’empêcher de s’amuser. Il gagne contre ses amis et son psy – lui aussi joueur –, dollars et voitures de luxe. Provocateur, Riggs va jusqu’à perturber une réunion d’addicts au jeu en leur disant qu’ils ne font rien de mal. Le tennisman ira jusqu’à déclarer que leur addiction serait en fait une passion qu’il mettrait mal en usage. Ces drogués aux jeux perdraient parce qu’ils jouent mal et ont de mauvais objectifs. Lui, gagne, car il réfléchit et met en place tout ce qui est nécessaire pour gagner.

Riggs entre de manière passive dans la bataille pour l’égalité des sexes : on le découvre pour la première fois regarder un show de télévision dans lequel Billie Jean King est célébré. C’est alors que vient une idée au quinquagénaire, celle de son ultime pari : vaincre la jeune championne en match libre en prétextant un combat idéologique. En effet, le tennisman s’amuse à s’appeler le « gros macho » et à se présenter comme le représentant des mâles américains et du monde contre les féministes assoiffées de pouvoir et qui voudraient prendre la place des hommes dans tous les domaines. Le récit de Riggs le provocateur est en réalité celui d’un addict de la victoire. Ce tennisman, grand champion couronné de succès et de médailles, a toujours vécu dans la course à son ultime victoire. La battle of the sexes, lancée par Riggs, représente l’opportunité pour le sportif d’avoir accès à ce dernier combat.

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Steve Carell / Bobby Riggs

Le cirque médiatique de Bobby Riggs est spectaculaire, grossier, gras, burlesque, fou, démesuré. Mais le tennisman révèle dans l’intime des brèches : il demande à sa femme prête à lancer le divorce d’être à ses côtés. En effet, le macho autoproclamé est loin d’être aussi fort qu’il le laisse paraître en public. Il demandera aussi de l’aide à son fils, en qui il a pleine confiance. Il sera d’ailleurs déçu que son fils ne l’accompagne pas au match. Bobby a peur, et s’il perdait ? Le succès économique serait moindre, sa réputation pourrait être entachée pour rien, et surtout, son ultime pari/jeu aurait échoué. Premier service, deuxième set, jeu et match : Billie Jean King triomphe du quinquagénaire qui s’est bien battu. Pendant le duel, ce dernier cesse de faire le pitre pour se donner à fond. Alors Riggs se dévoile enfin au grand public comme Battle of the Sexes expose un autre récit aux spectateurs : celui d’un champion qui n’a jamais pu se résigner à ne plus l’être. L’émotion est là, et se poursuit lors des quelques dernières images sur l’ex-champion assis dans les vestiaires. Il semble avoir pris conscience de ses failles. Sa femme le rejoint, Riggs a besoin de réconfort et surtout d’un être cher pour l’aider à traverser sa crise intime. Fini la course aux paris et défis ultimes, Bobby Riggs vient de connaître sa plus grande (et intime) victoire.

Balle de match

Emma Stone est formidable dans le rôle de Billie Jean King. Et même si l’actrice et l’ensemble du casting font le travail dans les règles de l’oscarisable, Steve Carell sort du lot. Son génie d’acteur a toujours été composé par une puissance comique intimement liée à une force dramatique d’une justesse rare. Encore aujourd’hui, Carell surprend. Emma Stone joue, travaille les strates psychologiques et émotionnelles de son personnage. L’actrice travaille la profondeur humaine de son rôle. L’effort est clairement présent à l’écran. Mais, Carell, ce roi qu’on devrait un jour consacrer, raconte Bobby Riggs avec son énergie rythmique au service de ses dialogues ; dans le burlesque transcendé des actions du personnage, ou encore dans la retenue terrible du corps comique associée à celle du tennisman vieillissant en pleine prise de conscience. Ainsi Stone est oscarisable ; Steve Carell est cinématographique.

Bande-Annonce – Battle of the Sexes

Fiche Technique – Battle of the Sexes

Réalisation : Jonathan Dayton & Valérie Faris
Scénario : Simon Beaufoy
Interprétation : Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Sarah Silverman, Alan Cumming, Bill Pullman, Elisabeth Shue
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Directeur artistique : Alexander Wei
Décors : Judy Becker
Costumes : Mary Zophres
Montage : Pamela Martin
Compositeur : Nicholas Britell
Production : Christian Colson, Danny Boyle, Robert Graf, Karen Ruth Gretchell
Sociétés de Production : Fox Searchlight Pictures, Cloud Eight Films, Decibel Films
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Genre : comédie dramatique
Durée : 2h 02min
Date de sortie : 22 novembre 2017

États-Unis – 2017

The French Detective : Jean Dujardin et Luc Besson partent à la conquête de l’Amérique

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Jean Dujardin sera à l’affiche d’une série policière américaine, actuellement en développement pour le compte de la chaîne ABC. Le pilote de The French Detective sera réalisé par Luc Besson.

Les fans d’OSS 117 vont être aux anges ! Jean Dujardin, auréolé du sésame prestigieux de l’Oscar du meilleur acteur pour The Artist en 2012, va tourner dans une série policière aux Etats-Unis.  Selon des informations de Variety, The French Detective est un programme en cours de développement chez ABC. Le pilote sera réalisé par Luc Besson.

Cette série est en réalité une adaptation des romans policiers de James Patterson. L’intrigue repose sur le parcours hors du commun de l’inspecteur Luc Moncrief. Ce membre des forces de l’ordre va quitter la grisaille parisienne pour s’installer aux Etats-Unis. Il va alors intégrer la police new-yorkaise. Luc Moncrief sera alors épaulé par une collègue afin de résoudre les affaires criminelles les plus complexes de la Grosse Pomme. L’inspecteur Moncrief pourrait également bien être rattrapé par un passé trouble.

La série sera produite par Luc Besson via les studios EuropaCorp TV. Le scénario a été confié au duo Bill Collage et Adam Cooper (Assassin’s Creed) et à Jonathan Collier (Bones). The French Detective sera donc la toute première série américaine de Jean Dujardin après son conte de fées avec The Artist. Luc Besson est actuellement impliqué sur le tournage de son prochain long-métrage, Anna. Le réalisateur de Léon et de Lucy a déjà travaillé pour la télévision aux USA, en produisant la série Taken, mais jamais en tant que réalisateur.

Happy Birthdead, un slasher qui renoue avec le genre de Christopher B. Landon

Happy Birthdead a cartonné dès la première semaine de sortie au États-Unis, détrônant au box office en première semaine d’exploitation Blade Runner 2049. Ce slasher-movie Blumhouse – n’ayant amassé que 71 millions – fonctionne à tous les points de vue et on vous dit pourquoi…

Synopsis : Tree Gelbman est une étudiante contrainte de vivre la même journée tout en étant confrontée à un tueur masqué. Elle doit donc vivre cette même journée encore et encore, afin de découvrir l’identité du tueur au masque de bébé.

Malgré un sujet très succinct: revivre le même jour jusqu’à arrêter de mourir, une mise en scène dynamique et maîtrisée digne d’un épisode d’une série TV (pour ne citer que « Life Serial » 05×06 de Buffy), et surtout les pointes d’humour quasi référencées, sans oublier le jeu de Jessica Rothe (La la land, Mary + Jane) inconnue jusqu’alors au bataillon, Happy Birthdead ne peut que faire mouche et ce auprès de tous les publics, malgré un habillage teenage éculé.

Who dunnit : quand Scream ou Destination Finale rencontre Un Jour sans fin 

Le réalisateur est le fils de l’acteur producteur Michael Landon (La Petite maison dans la prairie) et a déjà fait ses armes en travaillant aux scénarios de Paranormal Activity 2, 3, 4, jusqu’à réaliser le spin-off. Alors ce n’est pas certes un gage de qualité de prime abord, et pourtant, s’il y a des talents à signaler, il faut le faire : David F. Sandberg, Fede Alvarez, James Wan qui depuis plus d’une décennie est déjà culte grâce ses trois sagas, Saw, Insidious, The Conjuring… Christopher Landon en est à son troisième long métrage, après le film de fantômes de la saga créée par Oren Peli, (P.A. The Marked Ones), et le film de zombies (Manuel de survie à l’apocalypse zombie uniquement sur Netflix), il se tourne au slasher sur des bases et un fond « déjà-vu », le milieu post- teenage et la fac américaine. On comprend très vite qu’il a dévoré tous les opus de Destination Finale, tant le macabre est habilement tissé de dérision sur les possibles morts de Tree Gelbman. A la fois donc léger et sérieux dans ce qu’il traite, le long métrage, à l’humour noir salvateur, se calque sur le supplice d’une mort certaine en fin de journée si justice n’a pas été faite, jusqu’à possiblement user des clichés propres aux films d’horreur pour les contourner.

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Concernant l’article en lien ci-dessus, bon nombre sont donc d’usage. La fille qui tombe, l’autorité inefficace, le piège de la voiture, le message sur l’abstinence (très US by the way), la fausse fin, le couteau, le masque etc, en rajoutant la fausse cachette de la baignoire, se croire en sécurité chez soi, l’homosexuel qui se cache, la beuverie, la réconciliation avec la figure paternelle… De la part d’un cinéphile, la réception est plus compréhensible, d’autant plus que la référence à Sueurs Froides et l’escalier en spirale est évidente. Le plaisir devient coupable lorsque le titre « Confident » de Demi Lovato vient rythmer la séquence d’enquête durant laquelle Tree tente de démasquer les potentiels suspects. On est proche de la dynamique d’How to Get Away with Murder qui, sur une musique sexy et électrisante, restitue l’essence captivante d’un who dunnit agatha christinien. Cette séquence se termine par un effet de transition remarquable qui la replonge dans ce lit de départ étudiant. Les plus acariâtres se plaindront d’univers, figures ou détails déjà-vu : le médical, l’amphithéâtre, la course poursuite au parking ou la musique montée en puissance à la Bernard Hermann, circulaire angoissante très travaillée relativement stridente à la Death Silence qui utilisait les sonorités du jouet carrousel pour enfant, ponctuée ici de poussées abyssales. Le compositeur Bear McCreary compose essentiellement pour la télévision avec les bandes originales de Battlestar Galactica, Defiance, Davinci’s Demon, Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D, Black Sails, Outlander ou encore Damien. Nous remarquerons que la séquence intérieure avec sa coloc est jouée en fond sur « Ophelia«  de The Lumineers proposant une brève rupture indie folk réconfortante.

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Il faut remarquer que le co-scénariste, Scott Lobdell, est spécialiste de science-fiction. Il a travaillé  sur nombre de comics notamment sur les albums de la franchise X-Men et soumet ici, un récit à la fois pêchu et ambitieux. S’adressant à la génération Y ayant baigné dans les séries américaines adolescentes où le campus universitaire est le principal lieu de tous les crimes (Dawson, Buffy, Beverly Hills, La Guerre des Stevens, Sauvé par le gong ou plus récemment Smallville, Community, Greek, Friday Night Lights…), Happy Birthdead s’articule comme une série MTV(+)/Netflix(-) avec le courage et les moyens d’un blockbuster. Critiquons le ressassé, mais remarquons l’ingéniosité aux multiples influences de ce pop corn slasher movie qui s’attaque à l’utile et l’agréable comme une oeuvre de Poe, Gautier, K. Dick ou Lovecraft ferait matière noble du concept freudien de l’inquiétante étrangeté.

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Nous ne sommes jamais laissés de côté et le plaisir donc coupable est entier. Christopher Landon propose un slasher movie plus intelligent qu’il n’y paraît. A la manière d’une fable un peu déconcertante, Happy Birthdead, confirmant que l’horreur est devenu le genre le plus rentable d’hollywood, s’adresse à tous ceux qui ne prennent pas le temps de renouer avec leur parent, de se regarder vraiment dans un miroir pour prendre conscience de toute la superficialité que notre société, régie par les apparences, nous conduit à admettre comme seule loi.  Mais aussi et surtout de faire le deuil des mauvais choix quitte à devoir lutter pour notre propre survie. Le prince charmant est loin d’être synonyme de beauté ou d’intelligence. Le grand méchant loup n’est pas seulement le psychopathe tueur en série. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et notre anniversaire est loin d’être le plus beau jour de l’année. Ça tout le monde l’avait compris…

Happy Birthdead – Bande Annonce

Happy Birthdead – Fiche Technique

Titre original : Happy Death Day – Bonne fête encore ! (titre québéquois)
Réalisateur : Christopher B. Landon
Scénario : Christopher B. Landon et Scott Lobdell
Interprétation : Jessica Rothe (Tree Gelbman), Israel Broussard (Carter Davis), Ruby Modine (Lori), Annika Harris (Jodie), Rachel Matthews (Danielle), Charles Aitken (Gregory)…
Photographie : Toby Oliver
Montage : Gregory Plotkin
Musique : Bear McCreary
Décors : Gretchen Gattuso
Producteurs : Jason Blum, Angela Mancuso, Ryan Turek, John Baldecchi et Seth William Meier
Société de production : Blumhouse Productions pour un budget de 5 millions $
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 95 minutes
Genre : horreur – slasher – thriller
Date de sortie : 13 octobre 2017 (usa) – 15 novembre 2017 (France)

The Crow Reborn : Jason Momoa rassure les fans en annonçant un tournage imminent

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Jason Momoa, actuellement à l’affiche de Justice League en Aquaman, vient de donner des nouvelles rassurantes du projet The Crow Reborn. Le tournage de cette nouvelle adaptation de l’œuvre culte de James O’Barr devrait donc bien voir le jour à Hollywood.

Le tournage de The Crow Reborn pourrait donc finalement débuter dans les mois à venir. Selon des informations d’Allociné, le comédien Jason Momoa vient en effet de dévoiler des messages encourageants sur son compte Instagram au sujet de ce projet cinématographique.

Ce long métrage ambitieux sera réalisé par Corin Hardy (Le Sanctuaire, The Nun). Ce projet de relancer la franchise The Crow était annoncé depuis un long moment à Hollywood. Le long métrage a pourtant été repoussé à de multiples reprises.

Jason Momoa vient donc de dévoiler sur son profil une image avec le visage du personnage emblématique du comics. Le message, qui accompagne l’illustration, laisse augurer d’une mise en chantier de la production de manière imminente.

J’ai attendu siiiiiiiiiii longtemps. @corinhardy Faisons-ça, aloha j.

Le réalisateur Corin Hardy a également posté une photographie récente à propos du film. Le cinéaste a évoqué un « monstre à deux têtes ». Corin Hardy est associé à ce projet depuis le milieu de l’année 2016. Le cinéaste s’était d’ailleurs déjà montré confiant et encourageant cet été au sujet du film.

The Crow retrace le destin tragique d’Eric Draven. Ce jeune homme est sauvagement assassiné avec sa petite amie par un gang de criminels. A la manière de Spawn, Eric Draven sera ramené à la vie par un sortilège, grâce à un corbeau. Doté d’une nouvelle apparence terrifiante (un visage maquillé de blanc et les yeux cerclés de noir), Eric Draven va tenter d’assouvir sa quête de vengeance en éliminant les membres du gang responsables du meurtre de sa bien-aimée.

The Crow risque de faire un carton auprès de la jeunesse gothique et des fans de rock. Si le réalisateur et l’équipe impliquée sur le tournage prennent les bonnes décisions et restent fidèles au comics d’origine, ce film de super-héros pourrait être beaucoup plus sombre et percutant que les œuvres assez mainstream comme la série des Avengers. Reste à savoir si The Crow Reborn empruntera le chemin tracé par la récente vague d’adaptations classées R et assez irrévérencieuses comme Deadpool et Logan.

Vincent Perez, Edward Furlong et Eric Mabius ont également incarné Eric Draven par le passé. La carrure impressionnante de Jason Momoa (Conan, The Bad Batch) promet des scènes d’action à couper le souffle. Le tout premier film avait été malheureusement endeuillé suite à l’accident tragique qui a coûté la vie à Brandon Lee en 1993, sur le plateau.

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Ex-Libris – The New York Public Library, de Frederick Wiseman : être et savoir

Inlassablement, Frederick Wiseman remet son ouvrage sur le métier pour y tisser un portrait critique de l’Amérique. Cette fois-ci, c’est de la New York Public Library qu’il s’agit, une bibliothèque d’une grande envergure qui est comme il est dit dans le film « plus qu’un lieu où on stocke les livres »

Synopsis : Frederick Wiseman investit une grande institution du savoir et la révèle comme un lieu d’apprentissage, d’accueil et d’échange. La New York Public Library incite à la lecture, à l’approfondissement des connaissances et est fortement impliquée auprès de ses lecteurs. Grâce à ses 92 sites, la 3ème plus grande bibliothèque du monde rayonne dans trois arrondissements de la ville et participe ainsi, à la cohésion sociale des quartiers de New York, cité plurielle et cosmopolite.

Comment cet incomparable lieu de vie demeure-t-il l’emblème d’une culture ouverte, accessible et qui s’adresse à tous ?

 Des livres et nous

Prendre la décision d’aller voir un film de Frederick Wiseman peut parfois s’apparenter davantage à une nécessité qu’à l’anticipation d’un simple plaisir de cinéphile. Les documentaires du grand cinéaste (Jackson Heights, At Berkeley pour les plus récents) durent généralement 3 heures et plus, et son dernier, Ex-libris, n’est pas différent. Une durée qui n’est pas anodine, mais surtout un contenu qui n’est pas anodin. Immédiatement reconnaissable par leur procédé, ces kilomètres de pellicule prennent tout leur sens au montage, sans doute le plus important du travail de Wiseman, en ce que soudain, il donne un sens particulier et profond à une masse initiale importante et quasi indistincte de tournage.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-main-buildingL’institution qu’il embrasse cette fois-ci est la NYPL (New York Public Library), une bibliothèque pas si municipale, en tout cas pas si publique puisqu’en plus de ceux de la Mairie de New-York, des fonds privés la financent. Avec son bâtiment phare bordant Bryant Park vers la Cinquième avenue, la bibliothèque possède plus de 90 autres annexes disséminées sur Manhattan, Staten Island et le Bronx, Brooklyn et le Queens ayant quant à eux leur propre structure. C’est dire si Wiseman a eu de la matière, c’est dire si les opportunités d’anecdotes sont pléthoriques.

Pourtant, comme à son habitude, ce n’est pas l’anecdote qu’il choisit, mais des axes bien spécifiques pour orienter son film. L’idée générale véhiculée par Ex-Libris est de démontrer l’absolue nécessité d’une telle institution pour l’épanouissement de la démocratie. Il adopte ainsi un point de vue, et par exemple fait une part belle à l’annexe Schomburg Center for Research in Black Culture, située à Harlem, avec de longs extraits de conférences menées par des personnalités telles que Ta-Nehisi Coates, cet intellectuel et journaliste noir, fils d’un Black Panther, célèbre pour avoir publié La Colère Noire, en promotion au moment du tournage. Devant un large parterre d’auditeurs concentrés, Coates parlera donc de l’expérience de dépossession de soi (disembodiment) subie par les noirs des États-Unis depuis l’esclavage jusqu’à nos jours. Ailleurs, des poèmes du premier écrivain afro-américain Richard Wright sont lus, une conférence sur le parallèle entre l’esclavage et la servitude féodale est filmée. Une autre réunion dans une autre succursale de Harlem complète ce tableau, qui montre combien la NYPL est un outil pour, par exemple, contrer l’éditeur de manuels scolaires McGraw-Hill qui présente les esclaves venus d’Afrique comme des « travailleurs migrants » ! L’instant d’après, Wiseman montre la préparation au cordeau, puis la tenue d’un dîner de gala, exclusivement fréquenté par des blancs, des donateurs potentiels, une ironie que même la grande rigueur du cinéaste n’arrive pas à dépasser, bien au contraire…

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-bryant-park1 2Mais Ex-Libris n’est pas un pamphlet. Frederick Wiseman ne le limite pas à cette seule thématique, même si encore une fois, elle est assez centrale dans le film. C’est une immersion totale dans cet univers de connaissances qu’il propose, au point que le passage d’une annexe à l’autre aux quatre coins des trois boroughs new-yorkais concernés n’est matérialisé que par les panneaux de signalisation verts au croisement des rues. Aucun cartel ne fera sortir le spectateur de la bibliothèque et de ses annexes, depuis ses entrailles, où on voit les employés trier la masse impressionnante des retours et des prêts de livres, jusque dans ses salles de réunions, où des seniors racontent leur lecture de l’Amour aux temps des Choléras de Garcia Marquez au travers de leurs émouvantes vies, depuis ses halls où des sans-abri cherchent de la chaleur, ou encore depuis ses grandes salles de lecture où une personne intéressée par le cancer colorectal en côtoie une autre, intéressée par des personnes particulières vivant dans une ville particulière en Autriche. Aucune distraction ne perturbera le spectateur dans sa rencontre avec les invités d’un jour, Elvis Costello ou Patti Smith, avec le Conseil d’Administration de la bibliothèque, préoccupé essentiellement par le budget et le moyen d’en disposer de plus pour exercer ce qui s’apparente à un vrai devoir citoyen. La beauté du savoir telle que donnée à voir par le grand cinéaste donne des frissons, un morceau de musique au piano, un texte lu par un célèbre céramiste britannique, un groupe de femmes senior esquissant des pas de danse sur le Celebration des Kool & the Gang, des lecteurs de tout poil, tout ça et tant d’autres petites pépites encore font partie d’Ex-Libris, un film qui parle certes des livres, mais tellement d’autres choses que la NYPL offre et qui font du lien entre les usagers, entre les hommes, rebondissant ainsi sur le leitmotiv du cinéaste.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-archivesA 87 ans, et près de 100 films plus tard, Frederick Wiseman étonne encore par sa capacité à nous emmener dans ses voyages poético-politiques, sociologiques, humains tout simplement. Ses films en général, et Ex-Libris en particulier redonne du sens aux institutions qu’il étudie, et redonne du sens à nos existences qui se trouvent ainsi ancrées dans les balises que Wiseman trace. Et même si son ambition est de faire un portrait critique de plus en plus exhaustif de son pays, les États-Unis, tout finit toujours par retentir auprès d’un public largement international, dont la France qui semble s’intéresser de plus en plus à son œuvre, pour notre plus grand bonheur…

Ex Libris : The New-York Public Library – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=7-VntBJp8Zo

Ex Libris : The New-York Public Library – Fiche technique

Titre original : Ex Libris : The New-York Public Library
Réalisateur : Frederick Wiseman
Scénario : Frederick Wiseman
Photographie : John Davey
Montage : Frederick Wiseman
Producteur : Frederick Wiseman
Maisons de production : Zipporah Films
Distribution (France) : Météore Films
Durée : 197 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er Novembre 2017
USA – 2017

Mission Pays Basque de Ludovic Bernard : sortie DVD le 14 novembre

Mission Pays Basque, une comédie qui, sous ses airs de choc des cultures, cache en réalité une intrigue romantico-policière des plus convenues, et apparaît par conséquent bien plus anodine (et oubliable) qu’elle n’y paraît !

Synopsis : Sibylle, jeune Parisienne aux dents longues, entend briller dans ses nouvelles fonctions professionnelles en rachetant une quincaillerie au Pays Basque afin d’y implanter un supermarché. Elle s’imagine avoir «roulé» le vieux propriétaire mais ce dernier est sous curatelle. Sibylle doit donc faire affaire avec Ramon, le neveu, pour récupérer son argent et signer au plus vite. Sinon, c’est le siège éjectable assuré. Elle va rapidement s’apercevoir que les basques n’ont pas l’intention de se laisser faire par une parisienne, si jolie soit-elle.

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« Je suis ni français ni espagnol ! Je suis basque ! »

L’Ascension, le premier long métrage de Ludovic Bernard, était une bonne surprise. Sorti au début de cette année, ce périple d’un banlieusard vers le sommet de l’Everest, véritable quête du dépassement de soi, touchait par sa sincérité et ses bons sentiments, sans tomber dans la niaiserie. Malheureusement, le réalisateur ne transformera pas l’essai avec Mission Pays Basque, son deuxième long métrage, sorti de façon très discrète quelques mois après.

Et pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un film populaire et réussi. Basé sur un schéma d’opposition certes très classique entre deux personnages (d’un côté, une carriériste de la upper class pas vraiment habituée à la ruralité, et de l’autre un ex taulard adepte de Luis Mariano et très attaché à ses racines), le film pouvait prétendre à une petite guerre savoureuse à base de coups bas et autres instants drôles, le tout sur fond de présentation de la culture basque.

Il n’en sera rien. C’est triste à dire, mais le film n’est tout simplement pas drôle. Aucun rire à l’horizon ! Un sourire ou deux, tout au plus. Car au lieu de s’orienter vers ce type de canevas, le film préfère se concentrer sur une intrigue policière des plus pataudes, impliquant trafic d’armes, prise d’otage et amour empoisonné. Le tout filmé sans envie, ni passion, digne d’un téléfilm TF1 à regarder sous un plaid un après-midi pluvieux d’automne, alimenté par des comédiens ne donnant même pas l’impression d’essayer de faire corps avec leurs personnages avec un minimum de crédibilité sans tomber dans la caricature grossière (mention spéciale à Daniel Prévost et Damien Ferdel, horripilants !), ni de créer un semblant d’alchimie entre eux.

Et ne vous attendez pas non plus à apprendre quantité de choses sur les coutumes basques. On survolera juste quelques situations clés, comme le concours de cris de bergers, le soulevé de pierres, ou le caractère très chauvin de la population. D’autant plus dommageable que ce petit bout de terre est pour une fois mis en avant sur grand écran ! Et bien force est de constater que Mission Pays Basque échouera dans son hommage, ne rendant pas honneur à la richesse de ce coin, ni à ses magnifiques paysages.

 

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Caractéristiques techniques du DVD :

Image: 1.66 (16/9 compatible 4/3) – Couleur

Audio: Français Dolby Digital 5.1 et Stéréo

Sous-titres: Sourds et malentendants

Durée du film: 1h40

Bonus : Néant

Mission Pays Basque : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=4sc9vteUE_s

Mission Pays Basque : Fiche technique

Réalisation : Ludovic Bernard
Scenario : Michel Delgado, Eric Heumann
Interprétation : Elodie Fontan (Sibylle Garnier), Florent Peyre (Ramuntxo Beitialarrangoïta), Daniel Prevost (Ferran Beitialarrangoïta), Nicolas Bridet (Raphaël Moralès), Barbara Cabrita (Aranxa), Ludovic Berthillot (Altzibar) …
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Romain Rioult
Décors : Mathieu Menut
Costumes : Claire Lacaze
Son : Amaury de Nexon

Musique : Lucien Papalu, Laurent Sauvagnac
Production : Paradis Films, Orange Studio, D.LIVINSTONE
Distribution : Paradis Films
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie DVD : 14 novembre 2017
France – 2017

 

Sparring : rencontre avec le réalisateur Samuel Jouy

Après la découverte en avant-première de Sparring lors de l’Arras Film Festival, place à la rencontre avec son réalisateur Samuel Jouy.

Le Quotidien du Cinéma – Votre film est d’une certaine façon l’histoire d’un homme qui n’a jamais eu son épopée, à l’inverse de Rocky. Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette contre-histoire de la boxe à travers un personnage qui n’a jamais été destiné à briller sous les spotlights ?

Samuel Jouy : « Déjà, il y avait quelque chose qui m’intéressait dans la fonction de sparring partenaire. Il y avait autre chose : il y a quatre-vingt à quatre-vingt-cinq pour cent des boxeurs professionnels qui sont des boxeurs comme Steve. C’est-à-dire des mecs qui ne seront jamais destinés à être en haut du panier, qui sont juste là pour donner la réplique. Ça m’intéressait de parler de ces gens là, parce que je trouve qu’on ne les montre jamais au cinéma. Et je ne voulais surtout pas qu’il y ait de possible accès à une étoile ou de possible rédemption, ou autre. Donc c’était un pari risqué parce qu’on peut avoir un personnage qui a une trajectoire horizontale. Mais je faisais confiance au personnage et à l’acteur qui allait l’incarner. Et voilà, c’était rendre hommage à ces hommes de l’ombre. Si j’avais voulu faire un film sur le cinéma, j’aurais fait un film sur un figurant. »

CineSeriesMag – La scène où la fille voit son père se faire moquer, c’est une scène d’humiliation terrible. Elle est très psychologique, et il y a aussi une violence physique, plus intime que spectaculaire. On pense par exemple au personnage de Steve qui explique avoir des pertes de mémoire… C’est très fort de la représenter au cinéma.

Samuel Jouy : « Oui, eh bien merci beaucoup. C’est vrai. J’ai été bien aidé par les acteurs, parce qu’il y avait un parti pris avant le tournage que j’avais imposé. Je voulais que les coups soient portés. Donc ça change déjà par rapport à des films où il n’y a que des poings qui passent devant les visages, etcetera. Ici, dans les yeux des acteurs, on sent la violence. Et puis, il y avait Souleymane (M’Baye, champion du monde de boxe des super-légers), et tous les autres sont de très bons boxeurs aussi. »

Steve (Matthieu Kassovitz) et Tarek (Souleymane M’Baye) s’entraînent.

Le Quotidien du Cinéma – Vous capturez des moments qui sont parfois un peu délaissés dans les films de boxe. Par exemple, il y a cette scène où on voit Matthieu Kassovitz qui entre pour la première fois dans l’hôtel qui sert aussi de salle d’entrainement. Vous filmez en plan-séquence, on ressent tout, sa nervosité, sa peur de monter sur le ring… Et ça passe par des éléments de mise en scène qui ne sont pas forcément ostentatoires, mais travaillés de manière discrète sur le son, le cadrage… Comment avez-vous pensé cela ?

Samuel Jouy : « Complètement, ça me fait plaisir que vous l’ayez remarqué, déjà. Parce que ce sont des paris assez risqués, parce que je voulais quelque chose de sobre, de délicat. Je voulais exprimer des sentiments forts avec des moyens sobres. Alors c’est toujours risqué parce qu’il y a déjà des gens qui ne voient pas le film. Il y en a qui passent à côté de mon film. Je peux le comprendre. Par exemple, je voulais raconter la violence de la boxe de manière physique. Je me disais qu’un mec qui se réveille, qui a l’œil collé sur l’oreiller à cause des coups pris la veille, ça fait travailler l’imaginaire du spectateur sur la violence, et ça m’intéresse davantage. Le son, on l’a travaillé à mort. Le son des coups… Je fais de la boxe et je n’ai jamais entendu le son que je connais des gants de boxe dans un film du genre. Parce que c’est quelque chose de presque délicat, de soft. Alors que d’habitude, on accentue… (…) Mais nous on était dans autre chose, je voulais quelque chose de sensuel dans le bruit des gants, pas qui inspire de la violence. »

« Le mec qui fait sa lessive, qui met ses bouteilles dans ses gants, c’est par ces petits détails là que je voulais raconter la boxe. »

– Samuel Jouy –

CineSeriesMag – La délicatesse est aussi présente au niveau musical. Il y a un moment marquant dans le film, lorsque vous utilisez La Valse Triste. Est-ce que cela participait à votre vision de la boxe, c’est-à-dire un spectacle physique – il y a quelque chose de très dansant – et pathétique dans le sens de poignant ?

Samuel Jouy : « Complètement. La Valse Triste est un chef d’œuvre de la musique classique. Il y a beaucoup de metteurs en scène qui ont essayé de l’utiliser mais comme les ayant-droits sont des fous, c’est impossible. (…) Mais c’est grâce à mon producteur. Beaucoup d’autres l’ont voulue, mais les ayant-droits ont demandé des sommes astronomiques. Et moi je lui ai dit : « okay, si on n’a pas La Valse Triste, eh bien je remonte complètement le film » puisque j’ai toujours pensé à ce moment là avec La Valse Triste. Parce que, comme tu le dis, c’est une valse, il y a quelque chose qui envoûte, qui entraîne tout le mouvement. Et puis il y a une mélancolie dans ce morceau qui colle parfaitement au personnage de Steve. J’adore quand il y a le plan sur lui, que la valse repart et que lui a son coach dans le grand hôtel et que l’autre (Tarek M’Bareck, le champion sur le retour interprété par Souleymane M’Baye) est en train de se faire bander les mains… Je ne parle pas en tant que réalisateur, mais en tant que spectateur, c’est un de mes moments préférés du film. »

La Valse Triste, Jean Sibelius, orchestré par Herbert Von Karajan.

Le Quotidien du Cinéma – Cette délicatesse se ressent aussi dans le choix de Matthieu Kassovitz. Ce n’est pas quelqu’un qu’on aurait imaginé dans le rôle, mais il a en lui une délicatesse qui éponge la violence qu’il encaisse sur le ring. Aussi vous imposez une silhouette. Il semble crispé dans sa manière d’avancer. Comment avez-vous travaillé avec l’acteur ? Et est-ce que vous avez pensé ainsi le personnage dès le début du processus de création ?

Samuel Jouy : « Oui, en fait, j’ai passé beaucoup sur l’écriture du film, quatre ans. Et quatre ans c’est beaucoup pour écrire un scénario. Avec mon producteur, on avait fait le tour de tous les acteurs du cinéma français, ceux qui vous amènent de l’argent, ceux qui ne vous en amènent pas. Et je connais bien les acteurs, même ceux du théâtre (…). Je ne trouvais pas mon personnage idéal. Et je n’avais jamais pensé à Kassovitz. En fin d’écriture, un jour, j’ai eu un flash, je me suis dit : « putain mais Kassovitz ». Mais il était un peu plus vieux que le personnage que j’avais écrit qui avait trente-huit, quarante ans. Et Matthieu a déjà quarante-huit, cinquante. Et quand j’ai pensé à lui, je me suis que c’était fait pour lui. Je suis allé voir s’il faisait de la boxe, j’ai vu qu’il faisait de la boxe. Ce qui se passe, c’est que les grands acteurs sont des corps. Et Matthieu, le premier plan sur lui, avec le tatouage… Il y a le tout le personnage. Et puis, Matthieu arrive à un moment de sa vie où lui aussi a encaissé des trucs. Donc il a eu l’intelligence de le mettre dans sa démarche. Et puis c’est un instinctif, pas un mec qui intellectualise, donc au fur et à mesure des jours de tournage, je le voyais de plus en plus prendre la posture du personnage. Et même dans le rythme, dans la parole, il parlait un peu plus lentement. »

« C’est pour ça que c’est un très grand acteur. »

– Samuel Jouy à propos de Matthieu Kassovitz –

CineSeriesMag – Il y a eu un travail important sur les scènes du quotidien. On se laissait imaginer un Kassovitz assez violent, assez sombre. Et c’est tout le contraire, on a un vrai père de famille à l’écran.

Samuel Jouy : « Eh bien ça, c’est lui. Je le voyais comme ça aussi. Je vais te donner un exemple. Il y a eu la scène de famille où vers sa fin, elles (la mère et la fille) insistent pour quelque chose et lui dit « ah vous me saoulez, je me casse » et il sort fumer un joint dans le garage. J’imaginais la scène beaucoup plus violente, je lui disais : « vas-y ». Il me répondait : « non, non, non, je le sens pas si violent ». Il y avait un autre moment sur la plage… Je lui disais : « lorsqu’il te dit : « j’ai pas besoin d’un sac », tu lui rentres dedans : je suis pas un sac, d’accord ? » et lui me disait : « non, parce que c’est irrespectueux vis-à-vis de lui et que ça n’est pas le personnage ». Donc il avait un truc… C’est ça les grands acteurs, à un moment, ils vous font voir l’endroit où vous êtes surpris alors que vous avez écrit le rôle. Et il avait raison là-dessus. Je pense que si Steve avait eu cette agressivité que j’imaginais, ça l’aurait un peu diminué quelque part. Alors que là, le mec est formidable. »

CineSeriesMag – Il est surprenant, il a une humilité qui est complètement inattendue. Il se prend des coups tous les jours. D’ailleurs, même si vos coups sont portés, l’utilisation de la musique que vous faites montre à quel point ces boxeurs ne sont pas des tordus qui se mettent des coups, mais bien des sportifs. Pas juste des gladiateurs modernes, mais des êtres humains qui se donnent complètement, et cela dans le respect de l’autre ?

Samuel Jouy : « Oui, oui, complètement. Je voulais aussi qu’on sente ce truc étrange lorsqu’on ne connaît pas bien la boxe qui consiste en ce que les mecs se tapent, et à la fin, deviennent amis. C’est un truc qui est surprenant. Quand je suis avec des potes ou dans ma famille, qui connaissent pas trop la boxe, on me dit : « ils se sont tapés sur la gueule pendant une heure, et maintenant ils se prennent dans les bras ». Ma mère me disait ça l’autre fois. Je lui dis : « bah oui mais c’est ça la boxe ». Et peut-être que dans nos sociétés, on n’a pas assez la culture de la frappe, et qu’elles seraient moins violentes… »

 « Les films, quand ils sont bien faits, racontent des choses à tout le monde. »

– Samuel Jouy –

 Le Quotidien du Cinéma – On reproche souvent aux acteurs qui font un film de boxe d’être des acteurs qui se sont formés à la boxe « deux semaines avant », mais ici, même si on sent que Kassovitz s’est énormément entrainé, ça sert énormément le film, puisqu’on voit alors la différence de technique entre Souleymane, qui incarne le champion, et Matthieu Kassovitz. Justement, comment s’est passé leur échange ?

Samuel Jouy : « C’était génial, parce qu’une fois qu’il a accepté le rôle… Il avait des bases de boxe thaï, mais ça n’a rien à voir, c’est pas la même garde, pas les mêmes appuis. Il s’est investi à fond dans la boxe anglaise. Et Souleymane et lui se sont entraînés ensemble, j’avais mes autres potes qui font les sparring, qui sont des acteurs mais qui sont d’excellents boxeurs que je connais. Ce sont des amis. Tous les gens autour du ring sont de mon club de boxe. Donc les mecs se sont entrainés deux-trois mois, ils ont baigné dans la boxe. Et Matthieu a progressé vraiment très vite. Et c’est vrai qu’à l’inverse de ce qui se fait habituellement dans les films où ce sont des chorégraphies apprises par cœur, là je leur donnais des thèmes, pas des chorégraphies. Je leur disais : « voilà, pendant une minute, toi tu essaies de le toucher deux coups, – comme on fait dans les entraînements de boxe – et toi tu esquives un coup ». Ce qui fait que les mecs boxent vraiment, dans un canevas. (…) ça donne un truc différent je trouve. »

CineSeriesMag – Par rapport à la scène finale, lorsqu’on voit la fille passer tant bien que mal un concours. Steve l’observe, sourit, puis quitte le champ et l’espace. Peut-on dire du père qu’il a terminé son cycle, et que maintenant, c’est sa fille qui poursuit les efforts, le combat, avec ses échecs et succès dans un autre domaine ?

Samuel Jouy : « Il y a de ça, oui. (…) Pour moi, cette audition de fin, ce que je raconte, c’est qu’il l’a amenée jusque-là, et que maintenant, elle ne joue pas parfaitement bien. Il y a ce moment où on voit qu’elle hésite un peu, c’est pas une Mozart du piano, c’est pas une naze. C’est quelqu’un comme lui, mais elle a le droit d’avoir sa chance. C’est ça la dernière scène, entre autres choses. Et puis si tu vois autre chose dedans, c’est très bien. Chacun y voit ce qu’il veut. »

Remerciements : Samuel Jouy, EuropaCorp Distribution.

Sparring, sortie en salles prévue le 22 novembre 2017.

M, le premier film de Sara Forestier entre fougue et naïveté

M est un premier film, une toute première fois touchante et fougueuse qui manque parfois d’originalité dans le récit de l’histoire d’amour, mais qui sait créer de l’émotion, en jouant sur les corps à corps au-delà des mots. En effet, Lila est bègue (c’est Sara Forestier) et Mo ne sait pas lire (c’est Redouanne Harjane), mais ils vont s’aimer, se déchirer et peut-être bien se retrouver.

« Toi et moi contre le reste du monde »

M est un premier film qui n’hésite pas à foncer dans les clichés des histoires d’amour grandiloquentes, impossibles et qui finissent bien en général. Pourtant, Sara Forestier y distille de la douceur comme de la brutalité et donne au personnage de Lila une interprétation plutôt touchante. On regretta seulement un sens de la mise en scène plutôt minimaliste voire absent, les plans se succèdent sans audace particulière, et surtout sans construction savante. Cependant, ce n’est peut-être pas ce que recherche Sara Forestier qui décide avec M de se placer du côté de l’émotion, en refusant de prendre des postures et en osant même la naïveté assumée dans la construction de son histoire d’amour centrale : du coup de foudre au rabibochage express. Le film finalement lui ressemble : fougueux et naïf, doux et rugueux, fonçant dans le corps à corps des gens qui s’aiment, qui se racontent et qui s’écorchent, toujours à vif. La mise en scène est une mise en scène du corps, sans cesse clouée à eux, à leurs désirs, à leurs douleurs. Ainsi, Mo (le fameux « M » du titre, mais pas que) est un homme sec et nerveux. Sara Forestier répète ainsi à loisir (en interview) que Redouanne Harjane a dû perdre 20 kilos pour ce rôle. C’est d’ailleurs son tout premier rôle qu’il interprète tel un animal en cage. Il dessine un être blessé, un gueulard qui roule à fond dans sa bagnole de « sale type » ou de « frimeur » comme dirait sœur de Lila, petite fille sauvage, elle aussi. Pourtant, il joue surtout une fêlure, un gars qui veut une toute petite souris à protéger et qui ne supporte pas trop quand elle sort de sa cage, s’épanouit. Mais Lila n’est pas prête à se ratatiner devant lui. Elle va aller percer son secret, l’émouvoir comme jamais, l’accompagner. S’aimer c’est aussi parfois être la béquille de l’autre, son cocon, un peu à la « toi et moi contre le reste du monde ».

Pour le réconfort

L’originalité ou du moins l’intérêt du propos de Sara Forestier tient peut-être dans sa réflexion sur le langage ou du moins l’impossibilité à le faire émerger. Quand Mo rencontre Lila, elle ne parle pas ou plutôt elle refuse de parler, par peur du ridicule, par crainte de ne pas parvenir à terminer sa phrase à temps. Elle est bègue et en a honte. Elle veut alors faire un dessin à Mo, écrire, mais lui qui ne sait pas lire et ne veut pas le dire le prend très mal. Il se jette donc sur elle, la griffe, l’emprisonne, la force à sortir un cri. C’est le temps du corps à corps, des séances de lutte doucereuses entre les deux amants (avant les séances de lutte tout court). Il a 30 ans, elle en a 18 (même si on peine un peu à croire à cette histoire de Sara Forestier qui passe le bac). On sent très bien les influences d’une actrice qui a fait ses débuts auprès d’Abdellatif Kechiche. Il n’y a pas de concession. Il y a de la poésie (métaphorique et réelle, balancée comme ça sur un fond noir, ce sont les mots de Lila), sur les contraires qui s’attirent, le besoin de réconfort.  Il y a donc beaucoup de déjà-vu dans M, mais aussi des scènes très atypiques, comme ce coup de foudre improbable, cette longue non-conversation dans la voiture, où rien ne sort, un dîner improbable dans un restaurant. Et tous ces moments où le corps ne peut plus rien quand se sont les mots qui doivent sortir et que rien ne vient, quand c’est trop dur, quand on ne veut plus. Récemment, Sara Forestier a dit combien l’injonction à être sexy pour une femme pouvait être étouffante et devait être combattue, dans M, elle prouve complètement cela et ses personnages se fichent des apparences. Mo cogne, refuse qu’on lui parle mal, gueule. Lila ne parle qu’à ceux qui l’écoutent, écrit des mots dégueulasses qu’elle rend beaux. C’est un film sauvage, naïf, tendu, rêveur, tout ça à la fois. Il promet à Sara Forestier quelques moqueries, mais il touche aussi au cœur, car il ressemble à d’autres histoires d’amour filmées au cinéma et à aucunes à la fois. Les acteurs sont incroyables souvent, Redouanne Harjane ne semblant pas toujours savoir comment jouer juste, mais donnant beaucoup. M frise parfois le ridicule mais atteint souvent quelque chose d’autre, entre le burlesque et l’art de rue, comme un cri dans la nuit, qui viendrait du tréfonds d’un corps qui enfin se libère. Car la nuit, le silence est unique, transperçant, inspirant autant que déchirant.

M : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=UjrYvWSQ5gM

M : Fiche technique

Synopsis : Mo est beau, charismatique, et a le goût de l’adrénaline. Il fait des courses clandestines. Lorsqu’il rencontre Lila, jeune fille bègue et timide, c’est le coup de foudre. Il va immédiatement la prendre sous son aile. Mais Lila est loin d’imaginer que Mo porte un secret : il ne sait pas lire.

Réalisation : Sara Forestier
Scénario : Sara Forestier
Interprètes : Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud, Liv Andren, Nicolas Vaude, Djouhra Lacroix
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Eric Ambruster, Pauline Casalis, Louise Decelle, Isabelle Devinck, Sara Forestier, Joëlle Hache
Producteurs : Hugo Sélignac et Vincent Mazel
Sociétés de production : Archipel 35, France 3 Cinéma
Distribution : Ad Vitam
Genre : drame
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 15 novembre 2017

France – 2017

 

Jalouse, une comédie douce amère à ne pas manquer des frères Foenkinos

Les deux frères s’emparent à nouveau de la caméra après La Délicatesse (adaptation de leur roman ayant reçu deux nominations aux Césars 2012) avec Jalouse, une comédie dramatique douce amère qui touche en plein cœur, notamment grâce à Karin Viard qui nous offre un de ses plus beaux rôles.

Synopsis : Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de dix-huit ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… au risque de faire le vide autour d’elle.

L’enfer, c(e n)’est (pas que) les autres…

L’un est romancier, l’autre directeur de casting et scénariste, ils ont visé juste en 2011 en donnant à François Damiens et Audrey Tautou, les rôles de deux amoureux a priori incompatibles dans l’adaptation du roman de David Foenkinos, La Délicatesse. Six années après, ils reviennent ensemble pour donner à Karin Viard un de ses plus beaux rôles, celui d’une quadra-quinquagénaire au bord du burn out. La faute à la ménopause? Pas seulement. Nous ne sommes pas tous et toutes des femmes célibataires en plein midlife crisis (crise de la quarantaine semble être une rapide et mauvaise traduction) et pourtant l’impact d’une vie bancale, incomplète résonne en chacun de nous. Voir son ex heureux avec une plus jeune aux premiers abords ingénue et tendrement peu réactive joue un peu sur son humeur et ce malgré le deuil de la rupture faite. L’humain est conçu de la sorte. « Pourquoi l’autre avant moi? » Voir sa propre fille talentueuse qui avait l’habitude de papillonner heureuse en couple doit probablement peser dans la balance. Et la goutte d’eau provient de cette nouvelle professeure dans ce lycée préparant à Khâgnes, tout juste âgé de 28 ans sous les traits d’Anaïs Demoustier. On manque tous probablement de recul nécessaire et ce n’est pas la proche compagnie – Anne Dorval en meilleure amie – qui va apporter le souffle nécessaire. Les acteurs sont triés sur le volet, on retrouve Mathias de 10% (Thibault de Montalembert est un peu trop dandy), le jeune Tom de Quand on a 17 ans d’André Téchiné (Corentin Fila est le jeune amoureux transit) et Bruno Todeschini qu’on ne présente plus en prince charmant à retrouver. La synthèse est maladroite, car malgré l’étiquette, le cliché n’a rien de pesant, si tant est qu’il en soit un. Bien au contraire, la plongée dans le quotidien se fait le plus naturellement possible et il est de plus en plus rare d’assister à de réelles tranches de vie, comme puisées du réel, tout en immergeant le spectateur dans les méandres subtiles du personnage principal.

Ici, Karin Viard interprète, avec toujours sa gouaille rieuse, cette mère célibataire professeur de lettres qui glisse progressivement vers la dépression. Les deux réalisateurs ont, avec la plus grande des délicatesses, réussi soigneusement à nous transporter dans le récit de cet(te) mère/femme/individu pas mal dans sa peau, mais un peu trop négative sans jamais effleurer la moindre pesanteur ou impression de déjà vu essentiellement liée au stéréotype. Il n’est en effet pas rare de voir que le long métrage est souvent prétexte au concentré isolé comme un effet de loupe grossissante plus qu’un passage, entrecoupé, comme choisi aléatoirement, d’une vie. A l’anniversaire de Mathilde (la danseuse l’emporte sur l’actrice, peu charismatique), Nathalie sa mère, aux allures antipathiques par son amertume joviale, ne peut que nous faire décrocher le sourire, mais on sent toute la lourdeur qui découle d’un sentiment de manque. Karin Viard est de celle qui arrive toujours à provoquer l’empathie, comme Juliette Binoche ou Meryl Streep (si l’on excepte Le Diable s’habille en Prada). Et le spectateur cherche, comme il chercherait en lui, l’intérieur du problème avec la légèreté d’une comédie au mot bien trouvé (« je peux pas, j’ai piscine »). Bien que la rencontre avec Monique à la piscine peut paraître téléphonée, l’ensemble est traité avec suffisamment de maîtrise pour nous captiver, malgré un sujet peu réjouissant, aux relents amers. Après avoir collaboré avec la talentueuse Emilie Simon dans La Délicatesse, les réalisateurs ont accepté de travailler avec deux nouveaux talents issus notamment du jazz pour Paul-Marie Barbier, – pianiste, vibraphoniste et percussionniste dans le groupe électro swing Caravane Palace – pour composer la bande son inspirée d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. La musique moderne, spontanée et singulière laisse son empreinte et contribue à l’adhésion de cette comédie romantico-existentielle.

L’arc sentimental par ailleurs n’empiète pas sur l’arc principal, qui est la compréhension de soi, faceaffiche-jalouse-karin-viard à son entourage et sa famille, et cela permet une meilleure respiration. Par conséquent, Bruno Todeschini ne tient pas le haut du podium tant il est effacé du tableau. Le personnage de la meilleure amie jouée par Anne Dorval peut sembler plus adjuvant que réelle entité, mais pourtant son implication est entière. La plus grande surprise vient de Marie Jule Baup et de son personnage, la nouvelle compagne de l’ex mari, qui ne semble pas avoir inventé l’eau chaude et pourtant d’une gentillesse et d’une humanité sans limite qui la rend la plus intelligente de tous. Karin Viard occupe tout l’espace, tout le champ. Si l’on se reconnait par ses traits sarcastiques et maladroits, dans ses propos peu réfléchis, l’empathie crève l’écran. Mais si le spectateur se tient à quelques lieux de ce genre de problème, la dépression, la maladresse, le mal être intériorisé, il sera probablement moins réceptif à toutes les nuances et les subtilités de l’écriture. Ce qui pose une question cinéphilique et théorique intéressante à (re)soulever : faut-il se reconnaître pour entrer dans la fiction?¹. François Mauriac déclare dans Le romancier et ses personnages en 1933 que les personnages de roman – à étendre à la fiction – « nous aident à nous mieux connaître et à prendre conscience de nous-mêmes. » 

Stéphane (qui apprécie les caméo, ici en professeur de yoga) et David Foenkinos déploient une énergie et une justesse telle que, malgré des légères faiblesses ou imperfections, comme la fille plus danseuse qu’actrice ou l’ex mari trop bobo, l’admiration prend le pas sur les possibles critiques faites à leur encontre « un scénario bon enfant », « un portrait trop amer », « une jalousie mère/fille caricaturale », « une comédie douceâtre peu inspirée ». A côté, Aurore de Blandine Lenoir, déjà décapant, avec Thibault de Montalembert plus accessible par sa barbe et Agnès Jaoui, est une comédie plus cocasse et directe dont le message semble moins touchant. Ce deuxième long métrage des frères Foenkinos est empli de poésie et de tendresse qui nous décroche une larme sincère sans nous remuer. A voir et à revoir…

¹ lire à ce propos Le Signifiant Imaginaire, Christian Metz, 1977

Jalouse : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LyRB5voCAFg

Jalouse : Fiche Technique

Réalisation : David et Stéphane Foenkinos
Scénario : David et Stéphane Foenkinos
Interprètes : Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Marie Jule Baup, Anaïs Demoustier, Dara Tombroff , Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila, Stéphane Foenkinos, Éric Frey.
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : Virginie Bruant
Casting : David Bertrand
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Musique : Paul-Marie Barbier et Julien Grunberg
Producteurs : Nicolas et Eric Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Production
Société de distribution : StudioCanal
Durée : 102
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 8 novembre 2017 – 26 août 2017 (Festival d’Angoulême)

France – 2017

Jackie Chan : Un chinois à Hollywood

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Si Jackie Chan n’a pu, à l’époque de la suite de La fureur de vaincre, marquer les esprits et le box office, dans la défroque initialement tenue par Bruce Lee, il est aujourd’hui aussi réputé que le « petit Dragon ». A l’occasion de son nouveau film, où il partage l’affiche avec Pierce « 007 » Brosnan, retour sur les plus grands films de « l’homme aux mille fractures ».

Si Jackie Chan débute sa carrière cinématographique dès l’âge de 8 ans, ce n’est qu’en 1978 avec Le chinois se déchaîne puis Le maître chinois que l’acteur/cascadeur rencontre le succès dans son pays.

Hollywood lui fait rapidement les yeux doux avec Le chinois et sa suite ainsi qu’un petit rôle dans L’équipée du Cannonball avec la superstar US d’alors Burt Reynolds. Mais le manque de succès de ces productions le ramène à Hong Kong. De retour l’acteur commencera la saga des Police Story puis le Indiana Jones à la chinoise avec Mister Dynamite. Banco pour l’acteur qui devient une super star en Asie et acquiert une solide réputation mondiale grâce à ses nombreuses cascades dangereuses. Il décide alors de retenter l’aventure hollywoodienne.

Après le refus de jouer le rôle du méchant dans Demolition man face à Stallone (Wesley Snipes y fera merveille préfigurant ses rôles de grandes gueules dures à cuire), Chan trouve enfin chaussure à son pied dans un buddy movie mélangeant l’action à l’américaine avec le polar hong-kongais. Comme pour Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (de John Carpenter), Chan n’est pas le faire valoir de l’Américain, présenté comme la star, mais bien le vrai héro de l’histoire, Tucker se réappropriant le rôle du faire valoir comique en en repoussant les limites à la façon d’un Eddie Murphy sous acide. La formule carbure au box office et le deuxième volet raflera une mise encore plus grosse.

Jackie Chan aime les scènes d’action chorégraphiées, effectuer ses cascades lui même à l’instar de Tom Cruise et est le cauchemar ambulant des assureurs américains qui détestent voir leurs stars prendre autant de risque sur un tournage. Les Rush hour sont donc à l’image des Police Story, un soupçon de rythme en moins, des roller coasters où l’humour de Tucker est confronté aux acrobaties toujours plus folles de Chan. En témoigne des bêtisiers où l’on peut voir l’acteur chinois répéter ad nauseam la même cascade et se prendre moult gadins spectaculaires lui ayant, au fil du temps, valu le sobriquet d' »homme au mille cicatrices ».

Le tandem avec Chris Tucker pour la trilogie Rush Hour propulse Chan en super star mondiale devant Jet Li (autre célèbre expert en arts martiaux connu aux quatre coins du globe). Viendront ensuite le tandem avec Owen Wilson pour les deux Shanghaï kid.

De coups de latte en sauts périlleux, de polars en films d’aventures ou en westerns tout public, le cinéma de Jackie Chan est toujours synonyme de grand spectacle généreux et pas prise de tête et ce quelque soit le côté du Pacifique dans lequel il tourne.

En plus d’un tempérament de feu, ses autres caractéristiques sont la générosité, l’humour et la politesse. De l’autre côté de l’écran, Chan est en effet un philanthrope réputé redonnant une grande part de ses bénéfices à des associations caritatives. La marque d’un grand qui lui vaut d’avoir son étoile à Hollywood, ce qui est rare pour un acteur non-américain et de continuer de carburer au box office à plus de soixante ans.

Mad Max 5 : la suite de Mad Max Fury Road annulée ?

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La suite de l’impressionnant Mad Max Fury Road pourrait bien ne jamais voir le jour. En cause : une histoire de gros sous (pour changer)

Mad Max Fury Road a beau avoir gagné près de 500 millions de dollars, 6 Oscars et la reconnaissance d’une génération entière de cinéphile, que son éventuelle suite demeure toujours autant un mystère. En effet, deux ans après sa sortie, on ignore encore si George Miller arrivera à sortir la suite aux aventures délirantes et sableuses de Max Rockatansky (Tom Hardy). C’est du moins ce que l’on pensait encore la semaine dernière ; puisque si l’on en croit la Warner, la suite tant attendue pourrait bien ne jamais arriver sur les écrans faute à George Miller.

En effet, ce dernier a attaqué en justice le studio, aux motifs qu’il n’aurait pas donné au réalisateur, certains bénéfices issus de l’exploitation du film. Il ajoute ainsi que :

Pour dire ça simplement, une partie non négligeable des bénéfices me revient, de par mon travail qui s’est étalé sur près de 13 ans : 10 afin de préparer le script et la production ; et 3 sur la production en elle même. Ce travail de longue haleine a donné un film au succès mondial. Je préférerais continuer à faire des films avec la Warner plutôt que de les attaquer en justice mais après plus d’un an à demander ces bénéfices, j’ai été incapable d’atteindre une résolution satisfaisante et j’ai désormais besoin de la loi pour arranger cela

La réponse de Warner ne s’est malheureusement pas faite attendre, le major américain ayant précisé qu’il n’en restera pas là et se défendra de ces accusations. Un postulat forcément inquiétant pour la suite, tant la Warner avait dépensé une somme faramineuse pour produire Fury Road ; somme que l’on doute qu’elle investira de nouveau si elle venait à être en mauvais terme (c’est un euphémisme) avec le réalisateur George Miller. 

Bande-annonce Mad Max Fury Road

Violence et cinéma : la liaison intime

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Avec notamment A Beautiful Day, les mois d’octobre et de novembre 2017 nous ont offert un large aperçu de la vision actuelle de la violence montrée au cinéma. Une possibilité, pour nous, de nous questionner une nouvelle fois sur certaines de ses représentations graphiques, sa réappropriation dans les films de genre et son rapport à la fascination du spectateur.

La violence au cinéma est un thème repris et analysé à de multiples reprises et qui présente une liaison très intime au regard du spectateur, en fonction de ses sensibilités et de son vécu, et qui apporte beaucoup de discordance et de mauvaise foi incurable : ces fameux faux débats sur la violence de l’art qui engrange celle de la société et donne des idées aux âmes les plus faibles. Alors que le contraire pourrait être plus approprié. Ce n’est pas nouveau, l’interdit attire toujours l’œil. Mais avec la pluralité des médias, cette connexion perpétuelle au monde qui nous entoure et l’aridité des images propagées sur n’importe quel support audiovisuel, la violence au cinéma change de degré en fonction des mœurs et des cultures mêmes de ses interlocuteurs. Chacun vit les images, les dialogues ou les propos mêmes véhiculés par le film avec sa subjectivité et son propre rapport au monde. Mais sans avoir pour but de retracer l’histoire de la violence dans le 7ème art et de son lien avec la censure, il est intéressant, à la vue des sorties cinéma de ces dernières semaines, de se demander d’une façon non exhaustive si la violence est encore un thème tabou dans les conversations cinéphiles.

« Violence Gore »

Prenons l’exemple de Jigsaw  sorti dans les salles obscures le 1er novembre : la saga des Saw est l’archétype d’une violence qui devient indolore aux yeux de ses fans et qui n’a qu’un seul objectif : divertir. Divertissement et violence sont deux notions tout de même bien distinctes : sauf que la surenchère progressive de la terreur graphique, notamment celle du torture porn, amène une certaine désensibilisation de notre regard à l’acte sanguinolent ; et la portée mortifère n’a plus aucun impact et se détache complètement de notre réflexion vis-à-vis de la qualification de ce que l’on voit. La moralisation même qui est faite aux images est dénuée de tout sens car cette violence s’éloigne d’une certaine forme de réalisme dans lequel l’identification devient moindre et laisse place à une interprétation purement primitive et une envie presque jouasse de s’amuser du cinéma de genre. La violence devient donc un artifice, tel un placement de produit ou une attraction à sensation forte : la forme la plus gratuite de l’imagerie graphique de la sauvagerie mais amenée dans un contexte de thriller de « mise à mort ». Une sorte de « violence gore ».

Même si Saw premier du nom s’avère être un excellent thriller se basant avant tout sur un scénario solide et mystérieux, la suite deviendra une catharsis de la bouffonnerie sanguinolente : aussi conceptuel que régressif mais démontrant une nouvelle fois notre fascination de l’interdit, notre amusement presque déshumanisant devant l’envie de franchir des limites visuelles, à l’image du tortueux et polémique A Serbian Film, tout en connaissant le recul que nous avons devant les images fictives. Ce penchant prend le pas sur beaucoup de films d’horreur qui donnent primeur à la débauche de gore plutôt qu’à l’inventivité créatrice.

« Violence moralisée »

La gratuité, la complaisance sont des adjectifs qui reviennent souvent dans les débats qui entourent ce sujet et qui amènent à se questionner sur la volonté même du réalisateur quant à son rapport à la violence mais aussi à son désir de nous offrir sur un plateau sa vision du monde pour perturber ou pour même nous juger. Et dans les sorties qui viennent de remplir les salles de cinéma, deux noms viennent en tête : Happy End sorti le 12 octobre et La mise à mort du cerf sacré sorti le 1er novembre. Cette fois-ci l’artifice gomme son maquillage et dévoile alors toute sa portée émotionnelle et son aridité naturaliste. C’est assez symptomatique de parler de Happy End car Haneke a souvent milité contre l’orchestration et les chorégraphies faites autour de cette glorification de l’action de la violence (celle de Tarantino ou de John Woo). On pourrait considérer cela comme le torture porn de « films d’auteurs » ou « doloriste » : le cynisme, le nihilisme qui nous est balancé en pleine gueule sans agencement cinématographique (sans musique, sans prise de lumière thématique), comme si le réalisateur voulait à tout prix nous prendre par le coup et nous mettre le nez dedans en nous disant « alors tu aimes ça ? Comment te sens-tu en aimant cela ? ».

Parfois outrancière pour son mauvais gout mais géniale par sa générosité inventive (Irréversible de Noé), abrasive par sa portée sociale et politique (Salo de Pasolini ou Orange Mécanique de Kubrick), dévorante de haine mais intelligente dans son choc des civilisations (Cannibal Holocaust), grossière et drolatique (Visitor Q), cette représentation de la violence est celle qui divise souvent le plus car elle nous est proche. Elle ne prend pas de gants pour emballer son propos, ne s’accommode pas d’une envie particulière d’amener un montage à l’action et accouche donc d’une acidité féroce dans laquelle la société est décrite, où l’horreur est parfois plus psychologique et thématique que visuelle.

Une sorte de « violence moralisée ». Cette démonstration demeure parfois très moralisatrice à l’encontre du plaisir pris par le public qui s’émeut devant ces coups de secousses esthétiques : par cet effet, ce genre de création nous pousse à réfléchir sur la place de notre sensibilité quant aux images véhiculées : peut-on admirer sans aimer ? Comment prendre du plaisir devant le sang ? De cette représentation du portrait du réel et de la misanthropie, c’est le visage même de notre société qui se dessine, où la violence devient une possibilité pour un auteur d’éclaircir et d’appuyer un discours, et prend le pouls de la tonalité du film.

Dans cette veine du Haneke-like, il est possible de s’orienter vers un certain versant du cinéma mexicain avec Michel Franco (Después de Lucia) ou même Amat Escalante qui lui a relié, cette année, un réalisme documentariste à l’atmosphère ténébreuse du fantastique avec le brumeux et torride La Région sauvage : ce cinéma mexicain se veut très sévère avec son pays et les mœurs qui y sont perpétuées et dégage une horreur vraie, sans déguisement. Malaisante, cette expérience, peut se retourner contre soi-même : le procédé voulant dénoncer les affres sombres de notre société peut rapidement s’additionner à un sentiment assez hypocrite quand le cinéaste s’approprie grossièrement lui-même cette violence pour la stigmatiser : la limite entre la mise en image d’un propos et la vaine provocation (souvent reproché à Gaspar Noé par exemple) est de rigueur. Mais derrière cette moralisation ou la surenchère gore de ce thème-là, vient une troisième notion, dont le ressort est de plus en plus répandu : l’iconisation.

« Violence esthétisée »

Ça tombe bien, A Beautiful Day, sorti le 8 novembre en est le parfait exemple : une alchimie parfaite entre l’affirmation du cinéma de genre (vigilante ou polar pour cet exemple-là), un esthétisme calfeutré, une tonalité sérieuse, une musique pesante, qui se chevauchent avec une violence qui se déchaîne à l’écran. L’iconisation à la fois du personnage mais aussi de ses agissements alimente chez le spectateur une forme de compréhension et une empathie quant aux actes perpétrés : tendance vers laquelle les films de super héros aimeraient arriver quand on voit la puissance gore d’un film comme Logan qui appartient à cette catégorie de films « entre deux » : films de super héros qui mutent en films de genre.

Cette capacité à vouloir iconiser, à rendre graphique et chromatique la « barbarie » permet aussi de la rendre « cool », élégante. Dans ce registre-là, Nicolas Winding Refn et son Drive en sont la parfaite illustration : l’alliage idéal entre une musique pop moderne, une mise en scène quadrillée et l’éruption d’un personnage central mutique. Cette façon de procéder reprend souvent les codes des westerns. Une sorte de « violence esthétisée ». Selon le réalisateur danois : il est normal de montrer à l’écran la violence car c’est aussi et surtout une « émotion » comme peut l’être la tristesse ou la joie. Avec ce postulat, la mise en scène viscérale permet, non pas de refléter la société, mais acquiert une velléité aussi graphique que mentale. Cette violence devient la mise en image d’un inconscient et donne au film une cohérence de fond avec la forme : le tableau d’un traumatisme qui gicle sur tous les recoins du cadre (Taxi Driver, Ichi Killer ou Old Boy).

« Violence chorégraphiée »

La proximité qu’on peut nouer avec un film est souvent liée à la mise en scène : souvent codifiée dans les films de genre qui répondent à un cahier des charges ou à un mimétisme enfantin et fan des codes du film de genre. En ce sens-là, on pourrait parler de « violence chorégraphiée ».  Laissez bronzer les cadavres est un film sorti le 25 octobre. Proche du giallo ou du western, cette œuvre française est percutante par son amour du genre et son psychédélisme péremptoire. Au-delà de tout propos et de toute thèse sociétale, cette forme de violence trouve sa candeur dans son intérêt pour le genre et ses aptitudes de mise en scène : la démonstration est presque purement technique à l’image des films d’horreur que sont les slashers (Scream). Sans être vains, la cruauté et les assauts sanguinaires font partie intégrante de l’univers, de l’atmosphère même de l’œuvre.

Comme indiqué plus haut, il est aisé de mentionner Quentin Tarantino, John Woo ou même certains films de Brian Palma dans leurs volontés de « glorifier » les joutes d’armes et spectaculariser les actes qui précèdent la mort : ce qui compte c’est moins la finalité mortifère mais plus la mise sur un piédestal de l’action, la théâtralité des gestes « westerniens ». La dynamique filmique est toute autre. Alors que c’est le contraire chez les films de Refn par exemple où l’action n’est pas de mise mais c’est la violence qui l’intéresse, la mort en elle-même. Malgré ses positionnements purement graphiques, le lien avec la vengeance personnelle et le rapport armé entre les hommes fait parler les nombreux détracteurs de Tarantino.

De cette aspiration stylistique, la vision du monde et notre liaison aux armes n’est jamais loin (Reservoir Dogs) chez l’américain. Au cinéma, comme dans tout art, la violence graphique est plurielle, a une essence aussi futile que profonde, mais dépend surtout de deux choses pour qu’elles soient dignes de ce nom : de la mise en scène ou du propos du réalisateur et aussi de notre propre acceptation des images mises en lumière et de notre compréhension du contexte.