Cette année, l’Arras Film Festival a notamment mis à l’honneur le Whodunit, soit le récit policier à énigmes. Une rétrospective importante a ainsi accueilli nombre de spectateurs prêts à percer l’identité du ou des meurtriers.
Whodunit pour « Who (has) done it ? », en français « Qui l’a fait ? » : le genre en aura intrigué plus d’un, que ce soit par le roman, le cinéma ou la télévision (Les Cinq Dernières Minutes). Cette année, l’Arras Film Festival a décidé de mettre en avant ces jeux d’énigmes en mettant en place une riche rétrospective : Un cadavre au dessert, Passage à tabac, Le Crime de l’Orient-Express, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, le Mystère de la chambre jaune, entre autres. Crimes, mystères, indices puis résolutions ont ainsi rythmé les projections des films programmés.
Ci-dessous, la bande-annonce du formidable Crime de l’Orient-Express du grand Sidney Lumet : un must see du Whodunit.
https://www.youtube.com/watch?v=u0ykCP1AYlk
Les spectateurs ont pu ainsi, le temps de douze longs métrages, prendre peur face au meurtre, s’inquiéter du mystère, interroger des suspects, mettre en état d’arrestation les criminels, tout cela aux côtés d’Hercule Poirot, Jules Maigret, Sherlock Holmes, ou encore Joseph Rouletabille.
De plus, le programme compte une projection exceptionnelle, celle de The Lodger réalisé par Alfred Hitchcock en 1927, en ciné-concert. La version restaurée du film fut accompagnée par une bande-son soignée par le musicien compositeur Jacques Cambra, artiste associé du festival, dont la carrière fut souvent liée au ciné-concert. Il s’est ainsi produit à la Cinémathèque française, au Centre Pompidou, ainsi qu’à l’international. L’occasion donc de vivre en un même lieu un mystère hitchcockien et une expérience rare de cinéma.
Jean Gabin est Jules Maigret. Un rôle qu’il interprétera à trois reprises : Maigret et l’affaire Saint-Fiacre ; Maigret tend un piège ; & Maigret voit rouge.
Enfin, voici les films de la rétrospective : The Lodger (Alfred Hitchcock, 1927) ; Marie-Octobre (Julien Duvivier, 1959) ; L’Assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot, 1942) ; Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959) ; La Grenouille attaque Scotland Yard (Harald Reinl, 1959) ; Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974) ; Passage à Tabac (George Pollock, 1964) ; Un cadavre au dessert (Robert Moore, 1976) ; Mort sur le Nil (John Guillermin, 1978) ; Meurtre par décret (Bob Clark, 1979) ; Gosford Park (Robert Altman, 2001) ; Le Mystère de la chambre jaune (Bruno Podalydès, 2003).
Le Festival Européen du Film Court de Brest touche à sa fin. Après six jours de pur plaisir visuel, le moment est venu de mettre en lumière les meilleurs courts métrages de cette 32e édition.
Hier soir s’est déroulée à Brest, la cérémonie de remise des prix du festival du Film Court. Une soirée placée sous le signe de la convivialité et de l’humour. Pendant plus de 1h30, le public composé de spectateurs, réalisateurs et autres professionnels du cinéma a pu découvrir le tant attendu palmarès de la 32e édition du festival. Et on peut dire que, cette année, ce dernier a récompensé des œuvres particulièrement diversifiées. De la comédie au thriller, les courts métrages primés ont su mettre en lumière des genres filmiques tous bien différents.
Le palmarès du Festival Européen du Film Court de Brest
Le Prix France 2 (Compétition Française) : Plus fort que moide Hania Ourabah
Prix du public (Compétition Française) : Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat
Prix Shorts TV (Compétition Ovni) : Johnno’s Deadde Chris Sheper
Prix du Jury Jeune (Compétition Européenne) : Avec Thelma de Ann Sirot et Raphaël Balboni
Prix du public (Compétition Européenne) : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen
Prix spécial du jury : Fox-Terrier de Hubert Charuel
Grand Prix de la ville de Brest : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen
Qu’ils soient Français, Anglais, Belges ou encore Finlandais, les lauréats de cette 32e édition du Film Court se sont imposés notamment par leur jeune âge. La modernité de leur style, l’esthétisme de leur photographie et la justesse de leur scénario ont su captiver l’attention du public et des membres du jury.
Pour ceux et celles qui n’auraient pas pu découvrir ces courts métrages, sachez que les films primés seront rediffusés aujourd’hui au Festival Européen du Film Court à partir de 16h00, pour le plus grand plaisir de tous.
Ce jeudi 9 novembre, les cinéphiles et amateurs de films étrangers ont pu découvrir, en intégralité, les différents courts métrages sélectionnés dans la Compétition Européenne du Festival Européen du Film Court de Brest. L’occasion pour nous de revenir sur nos coups de coeur de la journée.
Vingt-six. C’est le nombre exact des courts métrages représentés dans la Compétition Européenne du Film Court. Autant dire que ce chiffre nous a permis de découvrir une large sélection d’œuvres diverses et variées. Si l’origine, le genre et le scénario de ces films ont une signification évidemment différente, il y a bien une chose sur laquelle ils se rejoignent tous : l’effet de surprise qu’ils suscitent chez le spectateur. Car, oui, un court métrage c’est avant tout une œuvre singulière qui arrive, en seulement quelques instants, à nous délivrer un message fort.
Et cette année, les choix artistiques du Film Court se sont tournés quelque peu vers l’innovation. En effet, la majorité des courts métrages européens présentés lors de cette 32e édition révèlent certaines prouesses techniques. L’histoire ne passe plus seulement par les mots, mais aussi et surtout par les images, et les jeunes réalisateurs l’ont bien compris.
Voici nos premiers coups de coeur !
Sette Pizze (compétition européenne 4)
Sara, une livreuse de pizzas, tombe dans un univers de merveilles, fiction et dangers mortels.
https://vimeo.com/203464096
Wannabe (compétition européenne 3)
Projet à la rencontre entre le cinéma et l’univers des vidéos en ligne, Wannabe raconte l’histoire d’une jeune YouTubeuse qui se construit un monde fictif sur internet.
Avec Thelma (compétition européenne 4)
Lorsqu’un volcan islandais bloque l’espace aérien au-dessus de l’Europe et retient les parents de Thelma à l’étranger, Jean et Vincent accueillent l’enfant chez eux à Bruxelles pour une durée indéfinie. Avec elle, ils découvrent les affres et les joies de la vie parentale.
Évidemment, il s’agit seulement de trois pépites parmi une longue listes de bijoux cinématographiques. Mais ce premier aperçu en dit long sur la richesse des courts métrages présentés pour cette 32e édition du Festival Européen du Film Court de Brest.
Découvert en avant première à l’Arras Film Festival, Sparring conte l’histoire d’un perdant qui va enfin avoir son épopée et alors afficher sa valeur et son courage dans un récit exposant un élément de la boxe méconnu du grand public : le sparring.
Synopsis : À plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.
Le courage des sparring
Matthieu Kassovitz / Steve, un boxeur qui encaisse les coups.
Steve (Matthieu Kassovitz) n’est pas un grand boxeur. Mais c’est un sportif professionnel. Sa fille représente tout ou presque pour lui. Elle joue du piano, plutôt bien. Steve croît en elle, au point de se convaincre qu’elle a « le truc », soit le don. Afin qu’elle progresse, le père désire lui acheter un piano. L’instrument a un prix, lui rappelle la mère qui est aussi inquiète par rapport au paiement des mutuelles. Le boxeur est prêt à rapidement vivre son cinquantième combat. Le dernier, a-t-il promis à tous. Finalement, Steve n’arrive pas à se placer dans quelque match que ce soit. Mais l’un de ses plus grands défis arrive. Il demande à un entraineur de le prendre pour être un des sparring partners d’un grand champion sur le retour, Tarek M’Bareck (interprété par le champion du monde de boxe des super-légers Souleymane M’Baye). L’entraineur l’avertit de suite : « Je ne veux pas de sparring qui se plaigne ». Le job est très bien payé, mais il est physiquement destructif. Lorsque la femme de Steve l’apprend, elle lui renvoie à la figure d’anciens propos : « le sparring, tu m’avais pas dit que c’était envoyer des boxeurs à la boucherie afin qu’un autre se fasse la main avant un combat », lui dit-elle énervée.
Au prix d’une humiliation publique, de souffrances physiques et psychologiques, Steve gagne de quoi payer le piano de sa fille et la mutuelle. Il perdra au cours du récit la passion de sa fille pour son statut de boxeur. Elle lui déclarera même qu’elle ne peut pas supporter d’entendre les gens non pas l’insulter, mais lui souhaiter du mal. Mais le boxeur ne perdra pas de sa bravoure. Il ira plus loin, en donnant des conseils à l’ancien champion, et en acceptant même l’humiliation publique. Mais rien ne sera vain, puisque Tarek M’Bareck lui fera un cadeau. Le courageux, comme il l’appelle, aura droit au combat d’avant-programme de celui de Tarek. Soit un beau dernier combat avec un challenge et une grande victoire à la clef. Finalement, il réussira à réveiller la formidable joie de sa fille. Quant au champion, il gagnera grâce aux conseils de son brave sparring.
Ainsi Sparring est un film où la souffrance est intimement liée au courage. Loin des combats chorégraphiés de bon nombre de films du genre, le long métrage de Samuel Jouy a préféré capter les coups tels qu’ils sont. Et ils sont donnés, les acteurs suent, subissent, fatiguent, souffrent. De plus, les chocs des gants de boxe sur l’adversaire ne produisent pas de sons punchys tels qu’on en entend dans les Rocky. Les sons sont secs, exposant la violence soudaine des combats. Les conséquences touchent toutefois sur du long terme : les plaies de Steve s’ouvrent à nouveau facilement ; le sportif affiche des pertes de mémoire. En outre, les traces laissées par la violence de son sport sont visibles dans les espaces propres à l’environnement sportif comme dans ceux du quotidien : Steve, sous la douche, révèle un corps fatigué, profondément blessé ; on pense aussi au réveil difficile du boxeur dont la joue abimée reste collée à l’oreiller. Toutefois, les conséquences sur le psychologique ne prennent agréablement pas la forme du stéréotype de l’athlète sombrant dans ses ténèbres. Jouy travaille la justesse et les nuances du quotidien plutôt que le portrait sportif mythologique. Ainsi, Kassovitz incarne justement un père et un mari souriant, amuseur, vivant. Comme beaucoup, il subit parfois le quotidien : il triche lors de la pesée de ses fruits en supermarchés ; et il ne peut pas payer toutes les leçons de piano déjà accomplies par sa fille, dont certaines qu’il aurait régler il y a déjà un temps. Le courage du boxeur est aussi celui d’un homme comme les autres, qui fait au mieux pour les siens. Enfin, son humilité lui permettra d’accéder à son épopée.
La gloire des perdants
Le générique du film fait d’ailleurs le portrait de quelques boxeurs professionnels ayant connu peu de victoires et un grand nombre de défaites. On est d’ailleurs abasourdi face à celui qui eu trois succès pour environ deux cents cinquante échecs. Le postulat du film est ainsi clairement révélé : Jouy dédie son film aux perdants. Comme il le confirme dans l’interview qui nous a été donnée, le cinéaste voulait exposer les boxeurs de l’ombre, ceux qui souffrent et tombent, souvent pour servir la gloire de ceux restés debout. Steve dit d’ailleurs à Tarek : « Pour que des mecs comme toi puissent exister, il faut aussi des mecs comme moi ». Il expliquera aussi au champion que se remettre d’un chaos est difficile mais nécessaire pour pouvoir revenir dignement sur le ring.
Le courage des sparring – et plus largement de ces athlètes aux carrières difficiles – est ainsi lié à leur souffrance, et au fait d’assumer leur statut de perdant. Steve décrit son style de boxe ainsi : il prend des coups. Son premier entraîneur lui dira lors de son dernier combat qu’il lui faut arrêter d’être un bagarreur. Il lui donnera ensuite le meilleur des conseils : sois ce soir le boxeur que tu as toujours rêvé d’être. Le dernier combat de Steve sera alors épique. Un élément de réflexion se présente donc à nous : tous ces boxeurs qui ont connu tant de défaites et si peu de victoires auraient probablement voulu être des champions. Mais, pour telle ou telle raison, ils ont eu ces carrières difficiles qui ont permis d’élever celles des autres. D’ailleurs, l’utilisation de la Valse Triste de Sibelius lors de la préparation du combat final de Steve appuie la mélancolie de la représentation de ces braves méconnus.
Aujourd’hui le réalisateur nous invite à les reconnaître, à rendre hommage à ces tragiques héros du sport dont la gloire est enfin révélée par Sparring, premier beau film de Samuel Jouy.
Bande-Annonce – Sparring
Fiche Technique – Sparring
Réalisation : Samuel Jouy
Scénario : Samuel Jouy en collaboration avec Clément Roussier et Jérémie Guez
Interprétation : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain, Lyes Salem
Directeur de la photographie : Romain Carcanade
Décors : Frédérique Doublet et Frédéric Grandclère
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Tina Baz
Musiques : Olivia Merilahti
Production : EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp Distribution
L’embargo américain autour de Justice League a pris fin aujourd’hui. Les avis sur les réseaux sociaux se multiplient…
Attendu au tournant, Justice League de Zack Snyder va débarquer dans les salles de cinéma du monde entier la semaine prochaine. Réunissant pour la première fois au cinéma l’équipe de super justiciers, le long-métrage est censé continuer la nouvelle ligne directrice de l’univers étendu DC, après le succès de Wonder Woman. Avant même le début du tournage, les studios annonçaient un film plus léger et fun que Batman V Superman et Man Of Steel. Depuis, la production du film a été marquée par le départ de Zack Snyder pour raisons personnelles, remplacé à la réalisation par Joss Whedon. De la disparition de personnages à la simplification de l’intrigue, les rumeurs concernant les modifications du film ont depuis défilé sur la toile. Alors, qu’en est-il du résultat final ?
« Justice League est un blockbuster fun, qui est assez divertissant pour surpasser ses défauts. L’équipe fonctionne très bien ensemble pour livrer quelques séquences héroïques spectaculaires, méritant vraiment d’être vues sur grand écran. Peut-être pas vraiment ce que certains espéraient, mais définitivement pas ceux dont certains avaient peur. »
#JusticeLeague is a fun blockbuster that is entertaining enough to overcome its flaws. The team works well together to deliver more than a few spectacular superhero moments worth seeing on the big screen.
Maybe not quite what some hoped, but definitely not what many feared.
« Justice League est un manège fun et mouvementé qui réussit ses personnages mais rate sa narration. C’est un produit mitigé qui est sauvé par ses acteurs, qui vont au-delà des défauts pour délivrer une entrée attrayante, drôle et prometteuse, bien qu’imparfaite, dans l’univers DC. »
#JusticeLeague is a fun, bumpy ride that succeeds in character, but fails in narrative. It’s a mixed bag of execution that’s saved by the actors, who rise above the shortcomings to deliver an engaging, funny and hopeful, yet flawed, entry to the DCEU. @joblocom
« Justice League est meilleur que prévu, mais n’est pas un coup de maître. L’interaction entre l’équipe est vraiment fun. Le film mène l’Univers DC dans une direction prometteuse. Flash et Aquaman volent la vedette. Cyborg et le méchant sont les points faibles. »
Justice League is better than expected, but not a home run. The interaction between the team is a lot of fun. The film sends the DCEU in a hopeful direction in line with where the brand should be headed. Flash and Aquaman steal the show. Cyborg and villain are the weak links.
« Justice League ! C’est okay. Narrativement, c’est un désastre. Les enjeux ne fonctionnent pas et le vilain n’est pas bon. Cependant, les héros sont supers. C’est drôle et il y a un vrai travail autour des personnages. Je n’ai pas adoré, mais il y assez d’éléments pour m’exciter pour le futur. »
JUSTICE LEAGUE! It's okay. Narratively it's a mess, the stakes don't work & the villain isn't great. HOWEVER, the heroes ARE great, it's funny, & there's some surprisingly effective character work. I didn't love it, but there are enough good pieces to excite me for the future. pic.twitter.com/OY4ARJ5vDY
« Justice League est divertissant une bonne partie du temps malgré une narration et un développement des personnages faibles. Il y a plus de fun, d’humour et de cœur que dans Batman V Superman, mais le film se précipite dans certaines scènes, ne laissant pas de temps pour développer. »
#JusticeLeague was entertaining for a good portion of the time though thin on storytelling and character development. There's more fun, humor and heart than BvS but it also feels very rushed with some scenes given zero time to develop.
Alors impatients ? Vous pourrez découvrir le film le 15 novembre dans les salles françaises. Réalisé par Zack Snyder, Justice League aura à l’affiche Ben Affleck, Gal Gadot, Jason Momoa, Ray Fisher, Ezra Miller et Henry Cavill.
« Après la mort de Clark Kent / Superman (Henry Cavill) des mains de Doomsday dans BvS, le justicier Bruce Wayne / Batman (Ben Affleck) réévalue ses méthodes extrêmes et commence à réunir des héros extraordinaires pour former une équipe de combattants afin de défendre la terre de toutes sortes de menaces. »
Après la découverte du film Les Bienheureux, place à l’interview avec sa réalisatrice Sofia Djama et l’une des principales actrices, Lyna Khoudri, qui interprète la jeune Feriel.
D’où est venue l’idée de filmer Alger avec ce récit qui se déroule sur une nuit ?
Sofia Djama : « J’ai écrit une nouvelle il y a quelques années qui s’appelle Un verre de trop. Cette nouvelle éditée aux Lettres Françaises m’avait donné l’envie de repartir sur un plateau de tournage. En fait, Les Bienheureux est mon deuxième plateau réellement. À l’époque, j’avais fait un court métrage, j’avais adoré l’expérience. C’est violent un plateau, il n’y a rien de plus insupportable, parce que c’est irréel, le temps est irréel, les relations sont exacerbées. Et en même temps, c’est tellement dense qu’on a envie de répéter l’expérience. Et l’expérience n’est jamais la même. Et donc je commençais à travailler l’adaptation. À l’époque, je maîtrisais complètement la liberté que j’avais sur l’adaptation puisque j’en étais l’auteur, et donc ça a donné Les Bienheureux. La nouvelle n’a pratiquement plus rien à voir avec le film puisque les enjeux se sont diversifiés. Le film et le livre s’ouvrent et se terminent sur Alger, et le délitement de couple à travers la déambulation dans la ville, sont les seuls points communs. Et s’est ajouté à cela le point de vue des jeunes qui était mon point de vue à l’époque puisque je l’ai situé en 2008. Donc voilà comment a démarré l’aventure, c’est un objet littéraire qui m’a amené à un autre, scénaristique. »
Le récit se passe principalement de nuit, c’est un choix bien particulier…
Sofia Djama : « L’idée c’était Altman. Robert Altman est un réalisateur que j’affectionne particulièrement, même si on en est loin dans la proposition. Et j’avais besoin de raconter ça sur une nuit, un jour. Résumer l’Algérie en un jour, à priori c’est impossible. Mais je savais que je pouvais raconter l’histoire d’un pays par l’intimité. Et l’intimité pour moi, c’est la nuit. Et j’avais besoin de situer ça. Le paroxysme de l’histoire se situe dans la nuit. Je suis littéraire de formation, et dans la formation littéraire, il y a quelque chose qu’on appelle le voyage du héros qui est un concept lié à la nuit. Donc, pour moi, l’enjeu ne pouvait être que dans la vérité de la nuit. »
Sofia Djama – Photographie : Stéphane Picot
Les adultes ont une trajectoire dessinée dès le début du film : ils vont voir leurs amis, puis vont fêter leur anniversaire… L’une des choses formidables du film se situe du côté des jeunes. Tels des héros du néo-réalisme italien, ils errent, sans but. Et les enjeux se dessinent au fur et à mesure de leur errance. Il y a d’ailleurs un plan génial dans le film, Fahim arrive au bar et demande un café. Il le boit tranquillement tandis que le jeune barman regarde la télévision. Et il ne se passe rien. Et en même temps, bien des choses ont lieu devant nous.
Lyna Khoudri : « C’est la vie. C’est exactement ça. Et cet acteur, le petit gars du bar, est génial. Cette gueule que tu vois à Alger, que tu croises… Dans leur regard, il se passe tellement de choses en fait, et on a envie de lui dire : « vas-y, raconte moi ta vie ». C’est vrai que je l’aime beaucoup cette séquence. »
Justement, en tant qu’actrice, comment on travaille un héros errant sans trajectoire définie.
Lyna Khoudri : « C’est une bonne question. »
Sofia Djama : « Elle était plus déterminée pour toi peut-être, un peu moins pour Amin (qui interprète Fahim, le fils d’Amal et Samir). »
Il y a le personnage du policier qui tend à lui dessiner un chemin.
Lyna Khoudri : « Oui, c’est ça. Et je vois complètement ce que tu veux dire. En fait, j’ai l’impression qu’on ne se pose pas de questions. Et c’est l’avantage. Effectivement, c’est pas une success story où le personnage a envie de devenir ci ou ça, comme dans beaucoup de films. Où il y a toujours un but pour les personnages. Je pense que c’est tout de même plus facile de se faufiler dans la vie, de se laisser emporter comme si on était à Alger. Et il suffisait de vivre à Alger pour comprendre. »
Sofia Djama : « C’est ta ville aussi. »
Lyna Khoudri : « Je suis née là-bas, j’y ai pas grandi mais j’y retourne souvent. J’y ai plein d’amis et mon papa qui y vivent. Donc j’avais compris la détermination d’une jeune fille de dix-huit – vingt ans qui vit à Alger et qui doit constamment se battre. Mais simplement, sans être dans une forme de revendication. »
Sofia Djama : « Oui il n’y a de rien de revendicatif, c’est de la négociation. »
Lyna Khoudri et Sofia Djama Photographie : Stéphane Picot
Lyna Khoudri : « Oui, c’est ça. Il y a une scène qui n’est pas dans le film, où Feriel marche et se fait arrêter par des gars. Et elle se retourne et dit : « Qu’est-ce qu’il y a ? On discute ? On fait quoi ? » Tu vois, elle se fait accoster tout le temps. C’est vraiment ça. En bougeant, même l’équipe technique, je pense à la scripte avec son sac à dos qui marchait tout le temps dans Alger. À un moment donné, elle était devenue Feriel elle aussi tu vois. »
Sofia Djama : « Au début ça n’a pas marché. »
Lyna Khoudri : « Après elle a compris, au bout d’un mois, deux mois et demi de tournage. Je voyais même en elle qu’elle avait capté quelque chose. Elle avait ce truc de femme de parler avec les gens et de repartir. Elle savait qu’il ne fallait pas passer dans la rue à droite à cause de jeunes qui trainaient et qu’il fallait passer dans la rue un peu plus loin. Donc il y avait ces compromis là. En fait, on comprend. Et c’est trop bien de ne pas avoir forcément un but ultime à défendre (…). Là, c’est vraiment la vie de quelqu’un, le quotidien. »
« Il y a une expression algéroise que j’adore : « léguia ». Elle est géniale. Elle résume philosophiquement ce qu’est un algérien de vingt, vingt-cinq ans, trente ans – après trente ans, on est dans d’autres problématiques – : « je ne suis qu’une brindille d’herbe qui ne demande qu’à vivre. »
– Sofia Djama –
Sofia Djama continue : « C’est tout, on ne demande pas plus. C’est un pays qui a été abîmé, il y a eu l’indépendance en 62’ au prix de violences, juste après, on a un régime totalitaire donc de la violence, et en 88’ on se libère d’un régime totalitaire, puis ça va bien trois ans, et on bascule à un parti islamiste fasciste, puis on bascule dans une guerre civile. Et aujourd’hui, ce à quoi aspire un jeune algérien moyen, c’est la vie, simple, on demande pas plus que ça. On veut pouvoir avoir une vie banale, d’une banalité incroyable. Et c’est ce que je voulais raconter. Donc l’errance fait partie de ça. (…) Tous les jeunes du monde aspirent à jouir de la vie, de façon simple, et l’ennui des algérois est cosmique. Il y a un même mot pour ça, intraduisible (…) je n’arrive pas à traduire ce mot, c’est entre l’ennui, l’errance, le vide. Il n’y a plus terrible pour un jeune que le vide, l’absence de perspective. »
« Je vois la façon dont elle parle d’Alger, sa tonalité, le rythme de sa voix. Sa façon de poser les choses, c’était elle, c’était Feriel, elle était là. »
– Sofia Djama à propos de Lyna Khoudri –
Comment as-tu fait pour éviter de marcher sur les autres rôles, et a contrario, pour éviter de te laisser marcher dessus par les autres personnages ?
Lyna Khoudri : « C’était quand même écrit au scénario. C’était tellement fort pour moi, même pour les garçons. C’est tellement fort de raconter 2008 à Alger, dix ans après une guerre civile que notre ego était complètement laissé de côté. On faisait un travail de restitution de l’histoire. On voulait être juste, essayer de vraiment comprendre. J’ai conseillé aux garçons de traîner à Alger, et ils m’ont écouté et ils ont fait beaucoup plus que ce que je leur avais conseillé (…). Ils se sont tellement laissés engloutir par Alger qu’ils étaient vraiment dans la recherche de la vérité la plus juste. Ils m’ont étonnée, j’étais vraiment surprise du travail qu’ils ont fait (…). On travaillait le soir ensemble, on faisait nos scènes ensemble. »
Sofia Djama : « Ça a commencé aux répétitions à Paris. L’idée était de trouver le trio parfait. Lyna était trouvée, mais fallait obtenir le trio qui colle. Quelle joie de trouver Adam et Amin. Mais après, les répétitions m’ont amené à autre chose. C’est-à-dire qu’à un moment donné, ils ont tellement compris l’intention du scénario et l’intention des dialogues qu’ils m’ont offert des dialogues. Ils m’ont offert des répliques au début en impro au moment des répétitions. Puis lors du tournage, on a eu de l’improvisation. »
« Les jeunes n’ont pas de problèmes avec cette ville, ils sont prêts à la regarder. Ils l’affrontent. Ils se trouvent des espaces de liberté tandis que les adultes sont confinés dans leur voiture, ils s’enferment dans leur appartement, les restaurants… »
– Sofia Djama –
Lyna Khoudri : « On s’est beaucoup laissé aller. On n’était pas du tout dans : « Ah, là j’ai pris trop de place, vas-y, je vais en laisser un peu… », non, on était vraiment dans un débat d’idées (…). Après on se disait que Sofia couperait ce qu’elle n’aime pas. On s’est complètement laissé aller dans le truc. »
Sofia Djama : « (…) Du coup, ça ne fait qu’alimenter leurs personnages, et donc ça m’apporte de la justesse au montage, la séquence de chambre, j’avais envie de pleurer parce que j’ai dû couper alors que j’en avais pas envie, tout était bon. En revanche, concernant les adultes, on était plus dans les dialogues. Il y avait moins d’improvisation, on était plus tenus dans le texte. Pour des considérations d’ordre filmique, je n’ai pas capté les adultes comme j’ai filmé les jeunes. Les jeunes, on panote plus facilement, on se rapproche d’eux, on est plus frontal ; les adultes, je ressors un peu, la caméra est plus fixe, plus tendue. Il y a une tension qui est marquée, et là on était plus dans le texte. Il y a quand même le personnage d’Amal, Nadia (Kaci, l’actrice) qui s’autorise une improvisation au restaurant, au moment final où ça parle justement de l’Algérie, du coup c’est parti du vécu même de Amal / Nadia Kaci, parce que c’est quelque chose qu’elle a vécu, la guerre civile. Elle a quitté l’Algérie par rapport à la guerre civile. »
Remerciements : Sofia Djama, Lyna Khoudri, BAC Films, et Stéphane Picot pour ses photographies.
Les Bienheureux, sortie publique française le 13 décembre 2017.
Cela faisait longtemps que Jackie Chan n’avait pas exhibé sa trogne sur les écrans français. Il revient cette année avec The Foreigner, un thriller d’action, qui lui offre un rôle diamétralement opposé à ceux dont il avait l’habitude. Exit donc le Maître Chinois et place au père revanchard taciturne.
Oublions un peu le bagarreur jovial qui a fait les grandes heures de la kung-fu comedy dans les années 80 et 90, c’est avec un personnage rancunier et très borné que l’on retrouve ce cher Jackie pour son grand retour sur les écrans français. Dans The Foreigner, Jackie Chan a 60 ans et est furieux car on a assassiné sa fille. À première vue, on a l’impression de se trouver dans un film à la sauceTaken. L’avantage de The Foreigner étant d’avoir, non pas un tâcheron issue de l’usine Europacorp aux commandes, mais un faiseur d’action assez efficace. Martin Campbell est surtout connu pour avoir joué à deux reprises le rôle de phénix pour la saga James Bond, lui permettant, dans un premier temps, de revenir après 6 ans d’absence et d’offrir à l’agent britannique le grand saut (à l’élastique ) dans les 90s avec Goldeneye. Il réitérera la chose une dizaine d’années après en réalisant Casino Royale, regain de modernité pour la saga quarantenaire et tournant une nouvelle page avec l’ère Craig. Pas un manchot donc qui avait d’ailleurs montré un penchant pour de l’action assez musclée, n’hésitant pas à ébranler l’image de l’invincible James Bond dans Casino Royale. Voilà donc le réalisateur néo-zélandais aux commandes de cette adaptation d’un roman signé Stephen Leather et bénéficiant d’un casting des plus alléchants. Outre Jackie Chan, on peut noter la présence de Pierce Brosnan, ex-agent 007, déjà dirigé par Campbell dans Goldeneye.
The Foreigner démarre comme une croisade vengeresse, celle d’un homme seul ayant perdu sa dernière famille en la personne de sa fille, dans un attentat perpétré par l’IRA en plein Londres. Quan, humble restaurateur chinois, se lance à la poursuite des commanditaires, et sera prêt à tout pour obtenir des informations sur cette IRA authentique comme elle se proclame. Jackie Chan offre ici un rôle à l’exact opposé de ceux qui ont fait sa renommée. Exit le sourire et les grimaces mais place à un air plus taciturne et une émotion certaine. Dès les premiers instants, Chan arrive à faire ressentir la peine de son personnage, un père ayant perdu le dernier membre de sa famille dans une tragédie. Pourtant, sous cet aspect de petit vieillard grisonnant, se cache un homme revanchard et têtu. C’est un peu une image récurrente dans le cinéma d’action aujourd’hui. On pense forcément aux rôles de Gosling chez Refn. Chan se transforme donc en une sorte de vengeur taiseux. C’est ainsi que Quan se rend à Belfast afin d’essayer de soutirer au vice-ministre Liam Hennessy (Pierce Brosnan), ancien membre de l’IRA, les noms des responsables de l’attentat.
Dès lors, Quan fait resurgir son passé de membre des forces spéciales. Véritable MacGyver, il aura recours à de nombreux stratagèmes pour acculer le ministre. The Foreigner est loin d’être un film d’arts martiaux, les scènes de bagarres sont peu nombreuses mais plutôt réussies. La première rappelle une séquence de Casino Royale, avec Quan aux prises avec 4 agents de Hennessy dans un petit B&B et qui finira par une violente échauffourée dans des escaliers. La réalisation assez fluide de Campbell, associée à une chorégraphie simple mais efficace en combat rapproché, teintée de petites acrobaties Chan-esque, rend la séquence très prenante. Loin d’être illisible comme la plupart des scènes d’actions américaines aujourd’hui, la patte de Campbell offre aux amateurs de Jackie Chan de quoi se mettre sous la dent. Malgré tout, The Foreigner est très éloigné des autres Jackie Chan-movie. Le ton très sérieux empêche la moindre pointe d’humour de venir s’immiscer dans son récit.
Au delà d’une simple vengeance, c’est tout une intrigue politique qui dirige The Foreigner de telle sorte qu’on pourrait presque se demander si le personnage principal de l’histoire n’est pas Pierce Brosnan. Ancien membre de l’IRA, Liam Hennessy semble être une cible de choix pour le contre-terrorisme en ce qui concerne la responsabilité des attentats. Le voilà donc à gérer deux crises à la fois : essayer de maintenir sa réputation et survivre aux différentes tentatives de Quan de lui soutirer des noms, qu’il ne connait lui-même pas. Pierce Brosnan, grisonnant lui aussi et arborant une belle barbe, en fait un peu des caisses dans ce rôle de politique aux connexions peu recommandables. Son élocution grandiloquente contraste parfaitement avec le côté très mutique de Quan. Résultat : beaucoup de dialogues en ce qui concerne les séquences de l’acteur irlando-américain. On peut reprocher souvent aux films d’actions de vouloir en faire trop, d’accoucher d’intrigues alambiquées venant complètement anéantir le rythme à l’immage du récent Atomic Blonde et son histoire balourde sur fond de chute du mur de Berlin. Bien qu’assez bavard, The Foreigner s’en sort avec les honneurs, même si le tout manque un peu de surprises. La base du bouquin en est certainement pour quelque chose.
Ce nouveau film de Campbell est donc loin d’être un défouloir à la sauce Jackie Chan. S’ il arrive à se diversifier dans ses moments de bravoure, offrant des séquences assez jouissives comme cette traque dans une forêt piégée par Quan, The Foreigner tend au final plus vers le thriller que le film d’action. Offrant à Jackie Chan un rôle plus torturé, allant même jusqu’à référencer Rambo, The Foreigner malgré son manque d’originalité, dans son déroulement, propose quelque chose d’assez nouveau. Une nouvelle ère pour Jackie Chan, abandonnant son costume de clown, cessant de rendre hommage au film muet pour entrer dans une modernité, soulignée par ailleurs par une bande originale électrisante. La BO de Cliff Martinez, plutôt incongrue à première vue dans ce genre de film, se trouve être diablement euphorisante.
The Foreigner – Bande Annonce
The Foreigner – Fiche Technique
Réalisation : Martin Campbell
Scénario : David Marconi, d’après le roman The Chinaman de Stephen Leather
Interprètes : Jackie Chan, Pierce Brosnan, Charlie Murphy, Michael McElhatton, Liu Tao, Orla Brady, Rory Fleck-Byrne, Ray Fearon
Musique : Cliff Martinez
Directeur de la photographie : David Tattersall
Producteurs : Jackie Chan, Wayne Marc Godfrey, Jamie Marshall, D. Scott Lumpkin, Arthur M. Sarkissian
Sociétés de production : The Fyzz Facility, Sparkle Roll Media, Huayi Brothers Pictures, Wanda Pictures
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 114 minutes
Genre : thriller, action
Date de sortie : 8 novembre 2017
À l’occasion du Arras Film Festival, Les Bienheureux a été projeté en avant-première. Réalisé par Sofia Djama, le film suit les parcours croisés de personnages dans une Alger abimée par les cicatrices de la guerre civile et en proie à une nouvelle montée d’extrémisme.
Synopsis : Alger, quelques années après la guerre civile. Amal et Samir ont décidé de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Pendant leur trajet, tous deux évoquent leur Algérie : Amal, à travers la perte des illusions, Samir par la nécessité de s’en accommoder. Au même moment, Fahim, leur fils, et ses amis, Feriel et Reda, errent dans une Alger qui se referme peu à peu sur elle-même.
Vingt-quatre heures à Alger
Alger (et plus ouvertement l’Algérie) est un lieu marqué par l’Histoire. De la guerre de décolonisation (1954-1962) à sa guerre civile (1991-2002), en n’oubliant pas les massacres collectifs de civils (1996-1998), le pays est marqué par bien des cicatrices.
La réalisatrice capte les parcours souvent croisés de six personnages : un couple, Amal et Samir ; leur fils Fahim ; ses amis Feriel et Reda ; et l’ami policier de Feriel. Les vingt bonnes heures que vont vivre ces individus vont permettre à Sofia Djama de peindre un portrait d’Alger. Les gestes du quotidien de chacun, leurs passions, leurs joies, leurs doutes, leurs terreurs ; leurs petits programmes, ou à l’inverse, leur ennui… Une ville vivante donc. Ce quotidien capté pendant ces vingt quatre heures (elles-mêmes condensées en une heure et quarante-deux minutes) va être le petit théâtre politisé et social d’Alger.
Attention, aucun propos n’est installé artificiellement dans la bouche d’un personnage qui, tel une figure de La Chinoise, se mettrait à débiter des discours politiques détachés de toute narration. Notons toutefois la présence des titres introductifs exposant le contexte politique dans lequel le film et sa représentation du réel s’inscrivent. En effet, le long métrage travaille la réalité avec les quotidiens et les engagements en construction ou en irruption de chacun. En bref, nous sommes face à des individus que l’on pourrait croiser au coin de la rue. Ainsi suite à une petite taquinerie, Feriel perd son foulard et dévoile une cicatrice assez importante sur sa gorge. Un apéro d’affaire fait place à une petite fête lorsque deux vieux amis se joignent à la soirée : les deux femmes ont quitté le pays il y a déjà bien longtemps, ce qui suscitera de vives réactions de la part de Samir, qui ne peut accepter un tel acte. À contrario, sa femme supportera le départ. On peut aussi penser à cet autre petit événement. Reda veut se faire tatouer un extrait du Coran, sa décision sera source d’intenses discussions entre lui-même, le tatoueur, et des individus présents dans le squat. Ces derniers, qui boivent et fument de la drogue, déclarent sérieusement que Reda ira en enfer pour son acte ; quant au tatoueur, il considère qu’il doit mettre de côté les convictions religieuses qui lui sont propres, Reda est un client libre de ses choix.
Les jeunes s’amusent au détour de leur errance.
L’errance,et l’ennui revendiqué
On ne pourrait justement donner tort à ce dernier. Qu’importe ce que l’on pense, ou ce en quoi on croit, l’autre est libre de ses choix. D’ailleurs, les parents de Fahim, peuvent penser ceci ou cela de ce qu’il doit faire, le jeune homme veut, comme Reda et Feriel, être libre de faire à sa guise. Ainsi, à l’inverse du couple qui a une trajectoire dessinée (apéro-fête suivi de leur diner d’anniversaire de mariage), les jeunes errent. Fahim erre ; il choisit tout à coup de prendre un café dans un troquet tenu par une connaissance qui allait fermer l’établissement. Finalement Fahim a droit à son café, qu’il boit, les yeux plongés dans le vide : l’autre change de chaine télévisée, et regarde sans attention le programme sportif. Le plan large sur cette scène de vie est absurdement drôle et vivifiant tant la Vie même s’en dégage. Les corps sans intentions, les silences, un moment vidé d’intrigue : Sofia Djama réalise ici l’une des meilleures scènes d’ennui vues au cinéma, à rapprocher près de certaines séquences de Cassavetes.
La jeunesse du film revendique le droit à l’ennui. Par cette volonté, elle demande autre chose intimement lié à l’ennui : le droit de vivre simplement et tranquillement. Alors, Alger, ses cicatrices non fermées et ses maux en puissance, ne fera pas nécessairement face à une jeunesse politiquement engagée. Peut-être se tiendra-t-elle face à de jeunes individus qui n’auraient de droit à imposer que celui de vivre sa vie comme on l’entend, sans contraintes sociales, religieuses et politiques, et qui seraient prêts à progresser sans oublier.
Enfin, si Amal, Samir et les autres personnages principaux du film ne partagent pas les mêmes désirs et convictions, on remarque qu’une volonté les lie tout au long du film, celle de vivre et de laisser l’autre respirer tel qu’il l’entend. Ainsi Fahim n’est pas le jeune homme politiquement engagé espéré par son père ; le policier n’ a que faire de la demande de l’un de ses collègues d’envoyer des policiers « gérer » une manifestation étudiante, – c’est leur bon droit – semble-t-il penser ; et Reda, en construction sur le plan religieux, n’en a ainsi que faire de la bigoterie à laquelle fait face sa volonté de tatouage. Enfin Samir acceptera de laisser partir Amal et Fahim.
Ainsi Les Bienheureux, invitation à la vie, constitue une belle et nuancée réponse aux maux d’Alger et de l’Algérie, d’hier et d’aujourd’hui.
Extraits – Les Bienheureux
Fiche Technique – Les Bienheureux
Réalisation : Sofia Djama
Scénario : Sofia Djama, d’après l’une de ses nouvelles
Interprétation : Sami Bouajila, Nadia Kaci, Lyna Khoudri, Adam Bessa, Amine Lansari, Faouzi Bensaïdi, Salima Abada…
Directeur de la photographie : Pierre Aïm
Décors : Patricia Ruelle, Thierry Lautout
Costumes : Claire Dubien
Montage : Sophie Brunet
Production : Patrick Quinet, Serge Zeitoun
Distribution : BAC Films
Genre : Drame
Date de sortie française : le 13 décembre 2017
La 32e édition du Festival Européen du Film Court de Brest s’est ouverte hier soir, pour une semaine de pur plaisir visuel ! Petits et grands ont alors pu découvrir, le temps d’une première soirée, une ouverture unique et particulièrement bestiale…
Ça y est, la 32e édition du Festival Européen du Film Court de Brest est lancée ! Et comme chaque année, le rendez-vous des cinéphiles nous promet de belles découvertes artistiques. Entre les compétitions officielles, les séances spéciales et les diverses rencontres, le festival se présente toujours comme un rendez-vous immanquable pour les professionnels et les grands amateurs du 7e art.
La soirée d’ouverture du Film Court s’est déroulée, une fois encore, dans la joie et la bonne humeur. Humour, émotion et douceur étaient alors les maîtres mots de cette séance, particulièrement unique en la matière. Il faut dire que tous les ans, le festival ouvre ses portes sous une thématique quelque peu insolite et singulière. Pour ceux et celles qui n’étaient pas présents lors de la soirée d’ouverture, sachez que la bande annonce officielle de la 32e édition, reflète au mieux l’ambiance familiale et bon enfant du festival.
Le Festival Européen du Film Court de Brest se déroule du 8 au 12 novembre, cinq jours pendant lesquels la ville de Brest vibrera au rythme d’une pluie de courts-métrages français et européens.
Le 6 novembre sort en DVD et VOD Grand Froid, le premier long-métrage de Gérard Pautonnier, avec un casting de qualité composé de Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont et Olivier Gourmet.
Synopsis : Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.
Grand Froid est une comédie macabre où le spectateur se délecte d’un certain humour noir. Jean-Pierre Bacri n’a plus à faire ses preuves tant son interprétation est parfaite et son rôle lui est adapté. En voyant le film, difficile d’imaginer autre acteur que lui pour incarner Georges. Arthur Dupont, qui incarne Eddy, son collègue, ne cesse de prendre de l’importance dans le cinéma français, et est tout aussi convaincant que son aîné. Enfin, Olivier Gourmet, leur boss, fait du Gourmet et complète parfaitement ce trio masculin.
Grand Froid offre un très agréable moment grâce à une écriture incisive mais également absurde. Certaines répliques révèlent une écriture réfléchie et plus complexe qu’elle en a l’air. Impossible de ne pas sourire, au moins une fois ! On se passionne également pour les décors du film, de véritables contrées nordiques alors que l’action se situe dans dans le Nord (France ? Belgique ?). L’incertitude des lieux, la certaine perdition des personnages contribuent également à l’atmosphère créée par le réalisateur.
Toutefois, la construction scénaristique peut paraître commune. Rien d’extraordinaire si ce n’est une succession de mésaventures, mais on remercie Gérard Pautonnier pour avoir tenté, et réussi, de faire une comédie française originale, bien loin des navets actuellement au cinéma.
Et puis, n’oubliez pas, « La mort c’est pas contagieux, c’est héréditaire. ».
Caractéristique technique du dvd Grand Froid
Bonus :
• Scènes coupées (15 minutes)
• Making of des effets spéciaux (4 minutes)
• L’Étourdissement, court-métrage de Gérard Pautonnier (23 minutes) (À voir absolument !) + Making of (16 minutes)
20 ans après Titanic et les débats interminables sur le radeau, c’est dans les montagnes que Kate Winslet tente de survivre avec un homme. Le contexte est bien différent et la réussite également, pourtant cela n’empêche pas à Hany Abu-Assad de réaliser une bon film avec La Montagne Entre Nous.
Synopsis : Livrés à eux-mêmes après le crash de leur avion en pleine montagne, deux étrangers doivent compter l’un sur l’autre pour faire face aux conditions extrêmes. Réalisant qu’ils n’ont aucun espoir d’être secourus, ils tentent leur chance à travers des centaines de kilomètres de nature hostile, acceptant que ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront trouver le courage de tenter de survivre.
Pourtant, que la montagne est belle…
Niveau film d’aventure et catastrophe dans les montagnes, il est vrai qu’on a connu mieux avec par exemple Everest. Mais La Montagne entre nous a le mérite d’être un très bon divertissement. Tourné en conditions réelles au Canada, le film propose une véritable aventure à travers des paysages enneigés incroyables. La froideur de la neige et des montagnes, même si tout est magnifique, vient souvent contraster le combat pour la vie que les deux protagonistes livrent. L’opposition, on la trouve encore entre les températures glaciales qu’ils rencontrent dehors et les liens bien plus chaleureux qu’ils tissent entre eux. Le réalisateur le montre avec des changements de couleurs qui en disent long sur les émotions des personnages aux moments venus. Les couleurs des scènes du chalet sont bien plus propices à l’union et au rapprochement que lorsqu’ils se battent dehors, contre le froid pour survivre.
La nature est ici leur alliée et leur ennemie : ils la contemplent parfois pour tenir bon et se rappeler à la beauté de la vie et des trésors cachés, mais ils luttent contre ses éléments qui les empêchent toujours d’avancer. Elle est à la fois la liberté exposée aux yeux de tous parce que la grandiosité des paysages ranime les personnages mais aussi la prison enneigée dans laquelle les protagonistes sont enfermés. Minuscules face à la puissance de la nature, ils avancent mais finissent toujours par reculer. Autant un film d’aventure qu’une tragédie humaine, le long métrage de Hany Abu-Assad choisit de montrer l’instinct de survie extraordinaire dont l’humain est capable.
Parfois un peu surfait et peu crédible par le trop plein de sérénité des personnages à certains moments, La montagne entre nous parvient tout de même à toucher, grâce à la sincérité de Kate Winslet et Idris Elba, tous deux sublimes et forts dans leurs rôles. À aucun moment, le film ne tourne leur mésaventure dans des dialogues aux allures mélodramatiques ou pathétiques. Tout est toujours maîtrisé et dans la finesse. Ils survivent parfois avec humour mais souvent avec amour. Le duo très bien assorti que forment ces deux là propulse le film à des sommets qu’il n’aurait jamais pu atteindre sans la symbiose délicieusement formée par les deux acteurs.
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La Montagne Entre Nous : Bande Annonce
La Montagne Entre Nous : Fiche Technique
Titre original : The Mountain Between US
Réalisation : Hany Abu-Assad
Scénario : J.Mills Goodloe, Chris Weitz, d’après l’oeuvre de Charles Martin (XIX)
Interprètes : Kate Winslet, Idris Elba
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : Peter Chernin, Jenno Toping, David Ready
Sociétés de production : Fox 2000 pictures, CHernin Entertainment
Société de distribution : Twentieth Century Fox France
Durée : 103 minutes
Genre : drame, action
Date de sortie : 8 novembre 2017
Avec sa nouvelle œuvre Braguino, l’alsacien Clément Cogitore nous emmène au fin fond de la Sibérie orientale. Dans le village éponyme coupé du monde, deux familles, les Braguine et les Kiline vivent en autarcie, suivant leurs propres règles. Seule une barrière sépare les deux familles. Au milieu du fleuve, un ilôt sur lequel les enfants des deux communautés viennent s’amuser.
C’est un très long chemin qui aura conduit l’artiste Clément Cogitore de la France jusqu’à l’infinie taïga sibérienne. Le jeune cinéaste qui s’est fait connaître il y a deux ans avec son film de guerre faisant se croiser la religion et le fantastique, Ni le Ciel ni la Terre, livre ici un moyen-métrage que n’aurait pas renié le grand Werner Herzog. C’est par bateau, puis par hélicoptère que Cogitore s’est rendu dans ce village perdu au milieux des conifères. Braguino, nommé ainsi par son fondateur le patriarche de la famille Braguine, est le refuge d’un clan vivant en autarcie la plus complète. Longeant le fleuve, les maisons en bois dégagent une dimension intemporelle. Braguine et sa famille vivent selon des règles strictes, notamment au niveau de leur relation avec la nature. Ne pas utiliser la taïga, mais vivre avec la taïga. La chasse doit se faire avec parcimonie. Avec sa caméra, Cogitore suit cette famille dans son quotidien et imprime la pellicule d’images fortes, à la fois dures et poétiques. Le chef de famille utilisant sa carabine comme un cor de chasse, les enfants imitant des cris d’oiseaux, ou encore cette séquence impressionnante montrant un ours se faire évider. Braguino met en avant ce rapport à la terre que cultive la famille Braguine. La taïga est un nid foisonnant, parfois inquiétant, parfois apaisant.
Mais Braguino n’est pas seulement le témoignage d’un mode de vie, c’est aussi celui d’une rivalité. De l’autre côté du fleuve, derrière une barrière vivent les Kiline. La famille ennemie des Braguine. Derrière les rideaux de brumes, on ne distingue seulement que quelques têtes blondes. Comme disait Sartre, l’enfer c’est les autres. Pour Braguine et sa famille, les Kiline représentent tout l’opposé des valeurs qu’ils défendent. Chassant à outrance, communiquant avec l’extérieur à l’aide d’un appareil militaire, revendiquant le territoire de Braguino… Si proches et menaçant, les Kiline invisibles distillent une peur dans tout Braguino. Mariées à la musique insidieuse d’Eric Bentz, les images offrent une nouvelle dimension au récit. Cogitore convoque à la fois le cinéma d’horreur, le western et le film de guerre. Entre les deux camps, un îlot de sable surgissant du fleuve semble jouer le rôle d’un havre de paix. Un no man’s land où viennent jouer les enfants des Braguine, mais également des Kiline. Cela aboutit forcément à une rencontre. Les progénitures aux cheveux blonds et aux visages angéliques témoignent dans leurs regards d’une innocence. Ils restent sans voix lorsque les deux clans se retrouvent sur ce terrain neutre. Pas de mots, juste des regards que encore une fois Cogitore capte avec une sincérité sublime. Les enfants n’ont pas besoin de parler pour qu’on les comprenne. Cet instant suspendu dans le temps montre la force dégagée par Braguino.
En 50 minutes, Clément Cogitore délivre une œuvre d’une puissance et d’une beauté rare. Un documentaire aux images mystérieuses et oniriques, un voyage au bout du monde. Même dans les étendues sauvages, l’ennemi de l’homme restera toujours l’homme.
Braguino – Bande Annonce
Braguino – Fiche Technique
Réalisation : Clément Cogitore
Scénario : Clément Cogitore
Image: Sylvain Verdet
Montage: Pauline Gaillard
Musique: Éric Bentz
Producteur(s): Sandra Da Fonseca
Société de production: Seppia
Durée : 50 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er novembre 2017