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Tomb Raider, de Roar Uthaug : l’aseptisation au profit du divertissement

Les adaptations de jeux vidéo font rarement bonne figure au cinéma, décevant les attentes des joueurs sans convaincre en contrepartie les cinéphiles. Tomb Raider s’était déjà cassé les dents il y a plus de quinze ans ; mais en s’inspirant cette fois-ci d’un jeu ayant fait l’unanimité en 2013, Roar Uthaug disposait d’un matériau solide qui méritait d’être bien mieux exploité.

Tomb Raider n’est pas un mauvais film, mais un blockbuster terriblement banal et insipide. Si la comparaison avec le jeu vidéo est inévitable, c’est que ce dernier avait tout pour être porté avec originalité sur grand écran : narration cinématographique, passages cultes et iconiques, dimension fantastique mise en scène avec maestria, casting haut en couleurs et personnages rafraîchissants. On le sait, une adaptation de deux heures d’un jeu qui en dure une dizaine se doit de faire des choix, d’omettre certains aspects de l’histoire au profit d’autres sans doute plus efficaces, et d’aller droit au but. Il faut l’accepter : si l’on veut retrouver la consistance du jeu d’origine, autant y (re)jouer. Ceci étant dit, ce Tomb Raider semble ne faire que des mauvais choix, en sacrifiant des points fondamentaux qui faisaient la réussite de jeu au profit d’un cahier des charges typique du blockbuster de commande, sans âme, sans prise de risque ni recherche. Il n’en est pas désagréable pour autant.

Côté casting, les acteurs comme les personnages sont très inégaux. Alicia Vikander est parfaite, rien à dire, elle incarne son personnage avec brio et le porte même à bout de bras dans cet océan de personnages insignifiants et creux. Car les antagonistes sont vraiment « méchants », sans aucune nuance (comment être aussi rationnel et obstiné après sept ans passés seul sur une île déserte ?), et de même les « gentils » sont trop monolithiques et bien intentionnés pour être crédibles. Là encore, dans le jeu, les personnages étaient beaucoup plus ambigus car animés d’une part obscure très humaine au regard du contexte, donnant lieu à des tensions, des mensonges, des trahisons qui participaient à les rendre plus complexes et profonds. D’ailleurs, le choix de ne pas reprendre les protagonistes du jeu est une grave erreur, car c’est leur relation parfois conflictuelle qui permettait le développement de la psychologie de Lara, ici totalement négligée sinon traitée de manière très superficielle (car hormis la relation – ratée – qu’elle entretient avec son père, on ne sait pas grand chose d’elle, de ses goûts ou de son caractère). Une simplification malheureuse qui permet une économie de personnages et d’acteurs mais de ce fait entraîne aussi une économie de charisme, d’attachement et d’implication du spectateur.
Autre point contrasté : la volonté de faire de Lara Croft une nouvelle icône féminine. Évidemment, on sent l’influence de Wonder Woman (2017) avec cette Lara forte et désexualisée par rapport à ce qu’elle était à l’origine : d’héroïne d’un jeu qui passerait aujourd’hui pour sexiste, Lara devient presque tout l’inverse, à savoir une figure féministe. Le problème, c’est que cette thématique très actuelle dans notre société, que le cinéma est le premier média à mettre en avant (et c’est fort bien venu !), occulte totalement les véritables thèmes de Tomb Raider qui sont avant tout l’aventure et le rapport au fantastique.

[toggler title= »La relation entre Lara et son père » ]Ce qui est peut-être le plus gros défaut du film réside dans la relation entre Lara et son père. Cette relation, à l’origine de sa décision de partir à l’aventure, est la pierre angulaire de son caractère et de ses ambitions (exactement comme le meurtre des parents de Bruce Wayne est déterminant pour Batman). Les flashbacks, enregistrements vidéos ou lettres laissées par son père étaient une bonne façon d’expliquer au spectateur ô combien cette figure paternelle compte pour Lara. Mais toute cette construction tombe à l’eau dès lors qu’elle le retrouve sur l’île, puisque cette relation d’admiration reposait sur l’absence totale du père : il était d’autant plus présent dans son esprit qu’il était absent physiquement pour elle. Les faire se retrouver, c’est briser la mythification du père, ce modèle vers lequel Lara espère tendre. Il est une figure quasi-divine de guide pour elle, déifié, et le voir aussi misérable quand elle le retrouve, reclus dans une grotte et presque fou tel un Robinson Crusoé, c’est déconstruire la légende qu’elle s’est forgée autour de lui. Ainsi, de la même manière, sa mort finale ramène cet homme à sa condition humaine de simple mortel, là où le doute quant à sa disparition, ce faible espoir qu’il soit toujours en vie quelque part, telle une ombre planant au-dessus de sa fille, lui donnait une forme de grandeur et d’immortalité en tant que figure paternelle universelle. Un beau gâchis de ce côté là.[/toggler]

Malgré une frustration légitime lorsqu’on connaît la richesse du jeu de 2013, il faut reconnaître à ce Tomb Raider certaines qualités là où on ne l’attendait pas forcément. La bande-originale, sans être mémorable, est pour le moins efficace et accompagne correctement les scènes d’action comme de tension, quant à elles bien inégales (on retiendra une scène d’infiltration en plan-séquence dans le camp ennemi plutôt réussie, à défaut de combats et de chorégraphies inspirés). Les séquences de résolution d’énigmes sont assez appréciables, bien que vite expédiées, et rendent hommage à « l’esprit Tomb Raider » originel qui manquait même au jeu de référence, qui avait essuyé quelques critiques à ce sujet. Même si les puzzles et les pièges n’ont rien de très inventif, ils ont le mérite d’exister et d’être plutôt bien réalisés.
Néanmoins, l’élément le plus intéressant est le traitement du corps de Lara, mené à mal, blessé, éprouvé. C’était là la principale nouveauté du jeu de 2013 que l’on ne peut qu’apprécier voir conservée dans cette adaptation, à l’heure des blockbusters où la violence brutale est cachée au maximum pour ne pas choquer le spectateur et toucher un public le plus large possible. Voir Lara souffrir de la sorte est donc un parti pris fort, un élément clé que les producteurs ont eu la bonne idée d’utiliser. Mais dans ce cas, quitte à jouer la carte de la violence – pari risqué mais louable –, pourquoi s’arrêter en chemin et délaisser presque entièrement l’aspect surnaturel du jeu, qui donnait lieu à des scènes sanglantes, dérangeantes mais de ce fait extrêmement marquantes ?

[toggler title= »Le problème du surnaturel » ]La dimension fantastique est vraiment mal traitée et expliquée. Si le surnaturel est souvent évoqué dans les dialogues, on ne comprend pas bien ni les motivations de la Trinité, ni celles du père, ni celle de la reine Himiko et de son peuple dont les rituels malsains sont passés sous silence. Car finalement, c’est comme si rien n’avait avancé entre le début et la fin du film, puisque les personnages repartent de l’île sans rien avoir de plus qu’à leur arrivée, si ce n’est d’avoir détruit un squelette dont la magie maléfique était de toute façon inconnue du monde extérieur. Les scénaristes ont écarté la malédiction fondamentale du jeu qui voulait qu’on puisse arriver sur l’île mais ne plus en partir, être comme enfermé par l’île qui faisait se déchaîner la météo dès lors que l’on cherchait à s’enfuir. Dans le jeu, Himiko est morte mais son âme continuait d’exister et d’insuffler une forme de vitalité à cette île qui devenait ainsi un personnage à part entière, et non un simple décor exotique comme ici. Dans ce film, l’environnement n’a plus rien d’inquiétant, de hanté, et la seule menace se résume aux sbires de la Trinité : les antagonistes surnaturels (les malédictions, les monstres, les armures de samouraïs géants animées) sont délaissés au profit d’ennemis humains et donc moins impressionnants. On perd la transcendance divine et l’atmosphère chaotique du jeu qui amenait un côté survival à l’aventure, pour une histoire finalement très banale car trop ancrée dans le réel.[/toggler]

On a comme l’impression que les producteurs avaient peur, qu’ils ne savaient pas où se placer entre respecter l’atmosphère mature et sombre du jeu et proposer une aventure plus grand public. Ils semblent avoir décidé de mélanger les deux, avec d’un côté la violence physique appréciable mais de l’autre un surnaturel à peine effleuré et des enjeux très humains, trop terres-a-terres, vus et revus et donc sans grande prise de risques. Voilà le problème de cette adaptation : partir d’un modèle qui n’est clairement pas adapté à tous, radical dans ses choix, pour en faire un film sage et « passe-partout », sans originalité aucune. Et quand on voit le succès de Logan l’an dernier, la preuve en est qu’un film qui s’assume de bout en bout dans son parti pris violent est tout sauf synonyme d’échec (commercial comme critique), mais au contraire applaudi devant le formatage actuel des films d’action à gros budget.

Un mot pour terminer sur les visuels du film, gangrenés par les CGI et les fonds verts qui décrédibilisent les scènes d’action : d’une part parce qu’ils ne sont pas toujours très jolis, cassant ainsi l’immersion, et d’autre part parce qu’ils sont trop abusifs et ostentatoires pour rendre les scènes cohérentes ou réalistes. La faute à un budget pas aussi conséquent qu’on pouvait s’y attendre (94 millions de dollars) et des choix visuels tout simplement discutables. On se consolera avec certaines scènes marquantes du jeu toutefois bien retranscrites, mais presque toutes dévoilées dès la bande-annonce…

En définitive, Tomb Raider est un film d’action divertissant malgré tout, porté par un rythme effréné une fois le laborieux prologue passé, une bande-son de qualité et une Alicia Vikander irréprochable. Si ces maigres qualités seront suffisantes pour faire passer un bon moment, elles ne pourront sans doute pas empêcher cette adaptation frileuse et mal écrite de s’avérer plus que dispensable et de sombrer petit à petit dans l’oubli. Malgré un naufrage évité de justesse, et que l’on soit fan ou non des aventures de Lara Croft, on était en droit d’en attendre beaucoup plus pour cette licence vidéoludique légendaire.

Bande-annonce : Tomb Raider

Synopsis : Sept ans après la disparition de son célèbre père, Lara Croft, vingt-et-un ans, refuse de prendre la direction de l’entreprise familiale et gagne sa vie en tant que coursière à vélo à Londres. Mais un jour, elle découvre une vidéo dans laquelle son père avoue avoir découvert un tombeau, la Mère de la Mort, où est enterré la reine Himiko sur l’île du Yamatai au sud du Japon et en plein cœur de la mer du Diable. Sur cette île, une organisation qui se fait appeler la Trinité cherche le tombeau et pourrait donc mettre le monde en danger. Accompagnée du capitaine Lu Ren, Lara décide de partir enquêter pour empêcher que le tombeau tombe dans les mains de la Trinité. Mais l’expédition va vite basculer en tragédie et se transformer en lutte pour survivre.

Fiche technique : Tomb Raider

Réalisation : Roar Uthaug
Scénario : Geneva Robertson-Dworet et Alastair Siddons, histoire adaptée de la série de jeux vidéo Tomb Raider par Crystal Dynamics
Interprétation : Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins, Daniel Wu, Kristin Scott Thomas
Durée : 118 minutes
Genre : Action, Aventure
Date de sortie : 14 mars 2018

États-Unis – 2018

Corps et âme : le film sensible d’Ildikó Enyedi sort en DVD

Pour ceux qui auraient manqué le sensible et très beau Corps et âme, de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi, Ours d’or à Berlin en 2017, les éditions Le Pacte vous proposent une indispensable séance de rattrapage pour ce film qui est passé trop inaperçu et mérite une plus large reconnaissance.

Finalement, dans Corps et âme, il est avant tout question de contact. Contact physique, contact social, contact émotionnel, et même une splendide forêt où se réunissent les mondes réel et onirique.

La réalisatrice Ildikó Enyedi dirigeant les deux interprètes principaux, Alexandra Borbély et Géza Marcsanyi

Nous avons deux personnages qui évitent tout contact. Le premier, Endre, est le directeur d’un abattoir et reste constamment dans son bureau. On le lui reproche d’ailleurs : il ne va pas « au contact » de son personnel. Une absence de relation sociale qui est d’ailleurs symbolisée par cette main flétrie, handicapée, cette main qu’il ne peut tendre vers l’autre.

Chez Maria, l’absence de relation sociale devient quasiment pathologique. Obsédée par les chiffres, les normes et les classements, elle s’est fabriquée une vie minimaliste où elle se sent en sécurité puisqu’elle n’affronte personne, ne se lie avec personne, ne parle à personne. Elle évite les discussions, elle refuse toute familiarité.

« Ils peuvent faire la même routine avec la même sécurité. C’est une vie misérable, grise »
(la scénariste et réalisatrice Ildikó Enyedi, dans l’entretien en supplément de programme)

Deux solitaires donc. Un monde rempli de personnages qui vivent les uns à côté des autres mais pas les uns avec les autres, chacun enfermé dans sa petite cage. Une vie qui les fait souffrir, bien évidemment. Il suffit de voir comment, dès qu’elle est rentrée chez elle, Maria revit certaines scènes de la journée avec des salières ou des Playmobil, simplement pour meubler sa morne existence.

Et c’est par le monde du rêve que le contact va se faire. Un rêve magnifique et récurrent où un cerf et une biche se côtoient dans une forêt enneigée. Et c’est à partir de là que le contact va s’établir. A partir d’un constat surprenant mais indubitable : Endre et Maria font le même rêve ensemble. Chacun de son côté, ils rêvent qu’ils se retrouvent dans cette forêt.

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Cette découverte majeure va emmener les deux personnages à s’ouvrir l’un à l’autre (puis aux autres autour d’eux également, ici les employés de l’abattoir). Une ouverture qui va les forcer à sortir de cette bulle de sécurité où leur vie s’était figée. Avec, de temps en temps, des réticences. La réalisatrice montre bien que, parfois, nous nous fixons des limites, des barrières que nous croyons infranchissables.

« Ce film, c’est un encouragement à oser plus »

La cinéaste hongroise Ildikó Enyedi nous donne ici un film tout en finesse et en subtilité. Plus on avance, plus Corps et âme se fait aérien. Le début est très ancré dans la terre, dans la boue, dans la réalité triviale, voire sanglante. Nous assistons au travail quotidien d’un abattoir, le sang gicle, les tête découpées tombent. Mais à ce monde difficile du terre-à-terre et du corporel s’oppose celui de l’onirisme et de la sensibilité, voire  de la sensualité. La réalisatrice fait beaucoup appel aux sens : le soleil sur le visage, les mains qui frôlent un objet… Se dessine alors tout un monde sensible et émouvant qui nous élève progressivement de cette terre trop brutale.

La réalisation parvient à être très travaillée sans trop en faire. Le jeu sur les décors, la luminosité, les gros plans, les regards, les expressions des visages, tout coule avec légèreté. Ce film est un véritable plaisir, un feel-good movie subtil et aérien. Même des scènes qui, chez d’autres, auraient pu sombrer dans le ridicule ou le graveleux sont ici d’une grande beauté poétique (comme la scène avec la panthère en peluche, par exemple). Et quand on croit avoir deviné les scènes suivantes, il y a toujours quelque chose d’inattendu qui se dresse devant nous.

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La réalisatrice Ildikó Enyedi recevant l’Ours d’or à Berlin en 2017

L’ensemble donne un film remarquable, qui a parfaitement mérité la récompense suprême à la Berlinale 2017. L’édition DVD propose, en supplément de programme, un long entretien (en français, s’il vous plaît) avec la réalisatrice, qui revient pas à pas sur la fabrication du film, depuis l’écriture du scénario jusqu’au choix de l’actrice principale (lumineuse et rayonnante) en passant par l’importance des décors. Un très bon entretien qui nous permet de savourer un peu mieux encore ce film à découvrir de toute urgence.

Corps et âme : bande-annonce :

Caractéristiques du DVD :

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Audio : Hongrois/Français
Son Dolby Digital 5.1
Audiodescription
Sous-titres- : Français/Sourds et malentendants
Format : 2.39
Couleurs
Durée du film : 111 minutes
Compléments de programme : Bande annonce
Entretien avec la réalisatrice Ildikó Enyedi (41 minutes)

Munich, de Steven Spielberg : une chasse à l’homme qui tourne en rond

Munich s’inscrit dans la catégorie des films politiques engagés et des thrillers d’espionnage dont Spielberg est parfois friand, mêlant scandale, affaire d’état et suspens hollywoodien (Le pont des espions, Pentagon Papers). Malheureusement, ce long métrage qui nous décrit l’opération secrète menée par le Mossad à la suite des attentats de Munich lors des Jeux Olympiques de 1972, manque cruellement de rythme et de pertinence pour susciter le moindre intérêt, préférant enchaîner les clichés ridicules au lieu de donner de l’épaisseur à ses personnages et à son propos…

Synopsis : Jeux Olympiques de Munich, 1972. Après la mort de 11 athlètes israéliens pris en otage et exécutés par Septembre Noir (un commando de terroristes palestiniens), le gouvernement d’Israël fait appel à Avner, un agent du Mossad, afin de traquer les auteurs de cette tuerie de masse à travers l’Europe. L’espion, entouré de quatre coéquipiers, se lance alors dans une chasse à l’homme autour du globe. Mais rapidement, cette mission va s’avérer plus compliquée que prévue et va faire naître une paranoïa latente chez Avner et ses hommes, tiraillés par des questionnements éthiques mais aussi par la peur d’être assassinés à leur tour… 

Un film qui enfile les clichés comme des perles 

D’ordinaire assez impartiale et effacée dans mes critiques, il me semble utile pour une fois d’expliquer que je fais partie des rares détracteurs de Steven Spielberg, adulé par la plupart des cinéphiles, peut-être à raison, peut-être à tort, je ne suis pas en mesure de juger. Personnellement, j’ai souvent eu l’impression que ne pas aimer Spielberg était perçu comme un crime de lèse-majesté, ce que je trouve démesuré… Lorsque cette rétrospective a été lancée, je me suis portée volontaire pour couvrir deux des films du cinéaste, espérant sans doute me replonger dans son cinéma avec un œil neuf et objectif. Malheureusement, je me dois de prévenir ici tout lecteur qui serait (déjà) offusqué par la manière dont je parle du « maître » Spielberg : en redécouvrant Munich (que j’avais pourtant bien apprécié lors de sa sortie en salles), j’ai réalisé que non seulement je trouvais Spielberg ennuyeux et didactique à mort, mais surtout, il me semble que ses films sont réducteurs, simplistes voire stupides (n’ayons pas peur de mettre les pieds dans le plat).

Dans le cas de Munich, il ne m’a pas fallu longtemps pour décrocher petit à petit, me désintéressant lentement mais sûrement des personnages et de leur mission. D’emblée, j’ai eu un souci avec la longueur : 2h44, c’est long. Trop long. Et on le sent passer. C’est interminable, disons-le franchement. Par ailleurs, j’ai eu du mal à prendre le film au sérieux tant les clichés sont omniprésents, en plus d’être complètement ridicules. Dans le désordre : l’israélien qui mange de la baklava au début et à la fin (est-ce un running-gag ?), la dolce vita italienne qui donne l’impression que les romains se sont arrêtés aux années 40 (ah, le petit côté pittoresque), ou pire encore, la représentation grotesque de la France, où comme d’habitude, les personnages se promènent en béret ou en chapeau munich-spielberg-bana-hinds-kassovitz-craiget discutent nonchalamment tout en achetant à manger et à boire ! On assiste douloureusement à une scène où Bana et Amalric papotent sous le pont de Bir-Hakeim, flânant sur les quais, avec une vue imprenable sur la Tour Eiffel, tout en longeant un marché à ciel ouvert où pendent des jambonneaux et des gousses d’ail à profusion… Je veux bien que l’action se déroule dans les années 70 mais je doute qu’un tel marché ait jamais existé à cet endroit. Ou peut-être que si ? J’avoue ne pas avoir vérifié, mais il est permis d’en douter. Parfois, on nage en plein délire, comme lorsque Lonsdale, le père d’Amalric dans le film, offre à Bana du boudin noir d’un air menaçant (« je vais te tuer, mais prends donc du bleu d’Auvergne pour la route, c’est terroir »). Affligeant. Petit clin d’œil aussi à tous ceux qui se sont moqués de la mort de Cotillard dans The Dark Knight Rises : attendez de voir celle de Croze dans Munich avant de juger, vraiment.

On ne mentionnera pas non plus les effets de mise en scène lourdingues, comme le coup du miroir avec hallucination (Bana qui se reflète dans la vitrine de Cuisinella en parlant à on-ne-sait-qui), les surcadrages, les plans « vas-y je vais filmer par dessus », la musique grossière qui accompagne chaque action supposément tendue, le coup de la bombe qui marche une fois sur deux… On sera également sympathiques de ne pas évoquer l’orchestration du suspens ultra mal gérée, comme par exemple, la scène de l’attentat de Paris avec la petite fille qui répond au téléphone. Comme par hasard, le laps de temps entre le moment où la fillette décroche et où Kassovitz est censé enclencher le détonateur s’éternise à n’en plus finir, afin de mettre en place une sorte de tension ratée : vont-ils tuer l’enfant ? Question vaine, à laquelle on avait déjà la réponse dans la séquence précédente, à en juger par le regard ridiculement coupable de Kassovitz envers la petite lorsqu’elle joue du piano en souriant (c’est l’innocence, la pureté, tout ça).

Des personnages creux au service d’un récit au manichéisme fatigant 

Par ailleurs, il convient de mentionner que la galerie de personnages portés ici à l’écran par Spielberg devient vite pénible. Eric Bana, qui hérite pourtant du rôle principal, n’a aucun charisme et a l’air perdu la plupart du temps, sans trop savoir quoi faire lorsque des situations difficiles se présentent. Certes, tuer un homme à bout pourtant est un acte terrible, qui demande du courage et de la distance. Et certes, les agents du Mossad sont des hommes, après tout. Mais tout de même : ils sont entraînés pour faire face, pour gérer. Ce sont des espions, des militaires, des agents secrets, des démineurs… De là, il est parfois étrange d’appréhender certaines de leurs réactions qui frôlent l’amateurisme, où pointent la peur et l’hésitation. Il est acceptable de concevoir que ces hommes soient en proie au doute, sur la portée de leur mission et sur le caractère ambigu de ce que l’État leur demande de faire, mais ici, ils sont montrés comme de simples bonhommes auxquels on aurait confié des armes, des explosifs et autres gadgets dont ils ne savent que faire. C’est peu vraisemblable.

Les héros n’ont aucune histoire personnelle et aucune arche, à part Bana qui est tiraillé entre son devoir envers sa famille (sa mère, sa femme, sa fille) et sa patrie Israël, « son autre mère » (d’autant qu’il porte le poids de Munich-film-spielbergl’héritage de son père). En dehors de lui, les autres sont de simples hommes de main réduits à des rôles caricaturaux : Kassovitz le belge qui fabrique des bombes au petit bonheur la chance, Craig le bourrin sud-africain qui rentre dans le tas, et deux autres agents aussi ennuyeux que transparents… L’action ne décolle jamais. La traque n’est jamais palpitante, le montage souffre d’un systématisme assez agaçant (on tue une cible, on demande la suivante à Amalric, on tue la cible, on demande la suivante à Amalric, et ainsi de suite). Sans être calée en histoire et encore moins spécialiste des différents épisodes marquants du conflit israélo-palestinien, il est peu probable que les faits se soient déroulés de façon aussi linéaire, plate et « facile ». Par ailleurs, les bavures du Mossad sont légèrement passées sous silence, et les cafouillages avec les autres services de renseignement qui interfèrent sont mal amenés, ce qui donne un effet brouillon et pagaille. Le rythme fait cruellement défaut à ce film.

Même constat pour la montée latente de la paranoïa et de la folie : pas subtil pour un sous, le phénomène se traduit à l’écran par l’expression hagarde d’un Eric Bana blafard et insomniaque qui passe ses nuits dans un placard de 2 mètres sur 3, en sursautant au moindre bruit… Leurs questionnements moraux sont expédiés autour d’un plat de pâtes, et leurs interactions se résument à quelques répliques creuses. Reste à sauver une mise en scène classique mais efficace dans ses tons, son aspect visuel et son atmosphère générale. Mais, ce n’est pas une technique et une maîtrise cinématographique qui font un bon film : même si c’est appréciable, cela ne nous épargne pas l’ennui et le vide.

Munich : Bande-annonce

Munich : Fiche Technique

Titre original : Munich
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario :  Tony Kushner et Eric Roth, d’après Vengeance: The True Story of an Israeli Counter-Terrorist Team de George Jonas
Casting : Eric Bana (Avner Kaufmann) ; Daniel Craig (Steve) ; Ciarán Hinds (Carl) ; Mathieu Kassovitz (Robert) ;
Hanns Zischler (Hans) ; Geoffrey Rush (L’officier du Mossad Ephraïm) ; Michael Lonsdale (« Papa », le père de Louis) ; Mathieu Amalric (Louis, informateur français, le fils de « Papa ») ; Marie-Josée Croze (Jeanette)…
Photographie : Rick Carter, Rod McLean
Montage : Michael Kahn
Décors : John Bush
Costumes : Joanna Johnston
Musique :  John Williams
Langues originales : anglais, allemand, français, hébreu, arabe, italien, grec, russe
Production :  DreamWorks SKG, Amblin Entertainment, Universal Pictures, The Kennedy/Marshall Company, Barry Mendel Productions, Alliance Atlantis Communications, Peninsula Films
Distributeurs :  Universal Pictures (USA), United International Pictures (France)
Genres : Politique, thriller
Durée : 2h 44 min
Date de sortie en France : 25 janvier 2006

Nationalité : États-Unis, Canada, France

Justice League, les super-slips débarquent en Blu-ray

Le mercredi 21 mars débarque en DVD, Blu-ray et Blu-ray 4K Ultra-HD le film de super-héros réalisé, écrit, et produit par tellement de monde qu’on ne sait pas vraiment qui l’on doit remercier ou flageller pour ce moment, Justice League. Retour sur le film, la sup-moustache, et la déception tant redoutée face à l’édition Blu-ray.

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

The Zack Snyder’s, Joss Whedon’s, Warner’s, Bill & Bob Dollar’s CUT

Justice League en aura fait écrire et parler plus d’un. Pro-Marvel réjouis de la catastrophe (économique, critique, créative) DC ; pro-DC primaires défendant leur Avengers coûte que coûte contre les « daubes » industrielles pondues par leurs concurrents ; fans de Zack Snyder mélancoliques à l’idée de ne jamais voir la version imaginée par l’ancien visionnaire du DC Cinematic Universe à qui l’on doit Man of Steel et Batman V Superman Dawn of Justice ; fans de Joss Whedon qui rêvaient de voir en son arrivée dans le game un gage de qualité ; ou encore ceux qui ont parié pour tel camp contre un autre ; d’autres étaient plus lucides quant au patriarcat complètement idiot (et dominé par ce bon vieux dollar) de la Warner sur cet univers qu’il n’ont jamais réussi à adapter en live action ; enfin, ceux qui n’en avaient rien à foutre… Nombreux sont ceux qui ont fait couler de l’encre ou qui ont postillonné à propos de Justice League.

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Il y a comme qui dirait une moustache qui a été numériquement effacée ici non ?

Effets spéciaux non terminés, mustache-gateLe long métrage est constitué par une écriture, une réalisation, un montage et une bande-son improbables faute à un nombre nauséabond de changements de personnels, réécritures, reshoots et remontages, éléments dominés par la loi du marché qui faisait récemment de Wonder Woman un modèle de film super-héroïque. Malgré quelques moments de bravoure, Justice League, on le sait depuis un bon moment maintenant (lire ici l’affaire de la production catastrophique du film), est un film de financiers. Certes, tous les films ou presque obéissent à des obligations économiques. Mais Justice League a su remettre un pied de géant dans la marre en exposant son statut de pur produit. Un produit d’ailleurs mal fini, mal emballé, vite marqueté, et qui s’est finalement mal vendu. Comme dit plus haut, on sait aujourd’hui comme on s’en doutait bien hier qu’on doit cette catastrophe filmique aux pontes des studios qui ont transformé conséquemment le film en fonction des retours (publics, critiques, et bien sûr économiques) de Batman V Superman puis surtout, de Wonder Woman, alors considéré comme le nouveau modèle (économique, créatif, etcaetera) du genre. Et on doit aussi ce chaotique objet filmique à deux exécutifs de la Warner qui ont préféré sortir le long métrage avant qu’il ne soit fini. Pourquoi ? C’est une vieille histoire, celle de ce bon vieux billet vert nommé dollar, qu’on aime accumuler et dont on est jamais assoiffé. Si Justice League était sorti après la fusion du studio avec le groupe AT&T, les deux bonhommes de la Warner, Kevin Tsujihara et Toby Emmerich, n’étaient pas sûrs de toucher leur bonus.

Ben Affleck en a marre de cette galère super-héroïque (gif extrait d’une interview pour Batman V Superman)

Aujourd’hui, la Warner a revu sa stratégie et met en place un grand nombre de film stand-alone qui ne seront pas nécessairement connectés dans un seul et même univers. On a ainsi de l’espoir concernant le projet sur le Joker porté par Martin Scorsese et Todd Philips, ou encore l’Aquaman réalisé par James Wan. Mais des doutes subsistent concernant le film centré sur Flash qui devrait adapter Flashpoint et qui, comme on le sait, permettrait à la Warner de déplacer un autre pion important sur leur échiquier : l’énorme reboot (créatif et surtout financier) de leur DC Cinematic Universe. À noter que le nouveau boss du DCU est Walter Hamada, producteur derrière les succès du Conjuring Universe et du récent Ça.

Blu-ray Malus

Si de nombreux fans se sont insurgés et ont exigé que la version de Zack Snyder arrive au cinéma, sinon en vidéo, qu’ils s’attendent à être déçus. Idem pour ceux qui s’attendaient à retrouver quelques artefacts de cette version. En effet, les scènes coupées ne sont ridiculement constituées que de deux moments exposant le retour de Superman dans son vaisseau spatial. On aperçoit brièvement le fameux costume noir tant attendu de Superman qui choisit finalement un nouveau classic costume plus lumineux et coloré que dans les films précédents. Pour le reste, vous aurez le droit à des featurettes promotionnelles/making of qui vous plongeront dans la « formidable » aventure créative Justice League ou vous présenteront – en essayant de capturer l’attention du geek qui est en vous – des éléments (technologies, costumes), cela le temps d’une heure et quart environ. Concernant l’édition du film, rien à redire sur le plan visuel et sonore. Notons qu’une fois encore, à l’inverse d’Universal, Warner a inséré la VF en haute définition (Dolby Atmos et DTS-HS Master Audio).

Bande-Annonce – Justice League

Justice League

19,99€ le DVD

24,99€ le Blu-ray

30,00€ le Blu-ray 4K Ultra-HD

34,99€ l’édition Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray 3D + Blu-ray 2D

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Concours This Is Your Death : Gagnez 5 liens du film en VOD

Concours : Gagnez 5 liens du premier long métrage This Is Your Death de Giancarlo Esposito que l’on a découvert dans le rôle de l’effroyable Gus Fring de Breaking Bad. On retrouvera au casting Famke Janssen (X-Men), Sarah Wayne Callies (The Walking Dead) Giancarlo Esposito (Breaking Bad) et Josh Duhamel (Transformers)

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Un animateur de téléréalité désillusionné et un réalisateur idéaliste sont poussés par leur réseau à produire une série dans laquelle les participants s’entretuent.

Titre original : The Show
Réalisateur : Giancarlo Esposito
Scénariste : Noah Pink, Kenny Yakkel
Distribution : Josh Duhamel, Famke Janssen, Sarah Wayne Callies, Giancarlo Esposito, Chelah Horsdal, Caitlin Fitzgerald, James Franco…
Monteur : Jamie Alain
Compositeur : Rich Walters
Directeurs de casting : Kara Eide, Kris Woznesensky, Angela Demo
Producteurs : Giancarlo Esposito, Christopher D’Elia, Lawreen E. Kayl, Michael Klein
Durée : 1h 44min)
Genre : Drame, Thriller
Sortie en VOD : 28 mars
Pays d’origine : États-Unis

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Le Terminal de Steven Spielberg : Amour sans turbulences

Si on est rarement surpris de voir Spielberg à la tête d’un blockbuster de SF ou dans le cadre d’un drame historique, on peut s’étonner devant certains autres de ses choix. Preuve qu’il est un cinéaste total, il s’attelle donc en 2003, contre toute attente, à une comédie romantique : Le Terminal. Et au-delà de livrer une petite pépite, il tente de soigner un monde malade.

Entre 1988 et 2006, dans l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, un homme du nom de Mehran Karrimi Nasseri erre. Réfugié iranien, sans papiers, il est bloqué dans cet aéroport devenu depuis sa nouvelle maison. C’est cette histoire qui inspirera celle du Terminal. Soit l’aventure de Victor Narovski (Tom Hanks), originaire de Krakozie, bloqué à JFK suite à un coup d’Etat dans son pays. Désormais ressortissant d’un pays non reconnu par les USA, il ne peut rentrer chez lui, ni pénétrer sur le sol américain. S’impose alors de vivre tant bien que mal dans le terminal.

Nul besoin de préciser que la facture visuelle du Terminal le hisse au-dessus du tout venant de la production des comédies. Nanti d’un budget de 60 millions, Spielberg crée entièrement le décor du Terminal et s’y balade avec une aisance dingue, parcourant le film d’un symbolisme éloquent et d’une simplicité désarmante sur les questions de frontières, de déambulation et de zones. Ce travail soutient d’ailleurs à merveille le script fourni et dense, initialement développé par Andrew Niccoll (Bienvenue à Gattaca, Lord of War,…) et Sacha Gervasi (Anvil!).

Le Terminal occupe, malheureusement, une place mineure dans la filmographie de Spielberg. Et quand il n’est pas complètement oublié, on lui reproche un peu rapidement sa niaiserie et sa naïveté. Léger, certes le film l’est, bien aidé par la musique d’un John Williams, malicieux, retrouvant des arpèges proches de…Maman, j’ai raté l’avion ! (ça ne s’invente pas). Drôle aussi par cette succession de personnages truculents et ces saynètes burlesques au montage et au tempo irréprochables. Tendre bien entendu via cette histoire d’amour entre Narovski et une hôtesse de l’air, romance à l’issue plus qu’inattendue et audacieuse. Mais indéniablement, le film est surtout une fable optimiste et positiviste, ce qui hérissera forcément le poil des esprits chagrins.

Ainsi, dans un véritable prolongement de Forrest Gump, Tom Hanks (toujours incroyable de normalité) campe un candide étranger découvrant l’Amérique au travers des vitrines de duty free. Une façade mercantile faite de boutiques à gadgets et de fast-foods. Une façade bon teint surtout destinée à cacher un pays pété de trouille (le film sort deux ans après le 11 septembre), cornaqué dans la peur de l’étranger et de l’autre où l’humain devient une marchandise en transit à contrôler, à tamponner et dont il faut se méfier. Ce que personnifie d’ailleurs l’intéressant antagoniste qu’est Frank Dixon (Stanley Tucci), commissaire des douanes rectangulaire souhaitant se débarrasser de l’anomalie Narovski.

Car dans cette odyssée à la Frank Capra, le personnage profondément bon que campe Hanks va effectivement être l’anomalie d’un système monolithique (qui aura déjà pris l’avion pour les States me comprendra). Un grain de sable dans les rouages écrasants, qui va trouver les failles et faire sienne une maxime très Campbelienne : « Si le monde ne va pas, change le monde. ». Par ses actions souvent désintéressés, profondément gentilles, naturelles ou malignes, Victor va gagner, tel Gump, des amis. Et surmonter ainsi chaque obstacle (manger, dormir, avoir de l’argent,…) par sa seule bonté et sa bonhomie, éclairant le chemin avec bienveillance et humanité. Et à la manière de Gandhi, résister sans violence aux assauts d’un Tucci pourri de principes absurdes, contradictoires et hypocrites.

Hanks incarne l’homme qui dit non, non à un monde fermé et inquiet, non au statu quo d’interactions déshumanisées. Et cet homme c’est bien entendu Spielberg qui, en Capra moderne, veut réenchanter un monde en crise. Si le film n’en parle jamais, il est pourtant nourri du traumatisme post-11 septembre où l’Amérique à durci sa politique d’immigration notamment dans ses aéroports. Troquant ainsi son identité pour sa sécurité.

Car l’Amérique est ce pays inédit, façonné par l’immigration, mosaïque d’êtres venant des quatre coins du globe vers le Nouveau Monde. Ce n’est pas pour rien que le film met autant en avant les employés de l’aéroport (noirs, latinos, Indiens, Irlandais…). D’une part, Spielberg envoie ainsi un gentil taquet à des États-Unis qui traitent certaines de ses minorités fondatrices avec autant de considération que la France (en gros, lavez mon lino, videz mes poubelles et fermez votre gueule). D’autre part, il montre en quoi l’Amérique est ce pays-monde qui a su accueillir autrefois et ferme aujourd’hui ses bras car blessé et meurtri en son cœur et son âme. Une Amérique qui n’attend qu’un peu de bienveillance pour les ré-ouvrir.

Et qui mieux qu’un homme apatride, universel car n’appartenant à aucun pays (et finalement à tous), pour unifier toute une communauté (ici les employés d’un aéroport international) et ainsi créer l’utopie d’un monde qui pourrait être le nôtre. Victor Narovski est le médicament dont a besoin ce terminal, Le Terminal était le médicament dont avait besoin l’Amérique. Et peut-être celui dont nous avons tous besoin maintenant.

Alors plutôt que je finisse d’en déplier pour vous toute la notice, autant en prendre une dose. Promis, c’est bon pour ce que nous avons.

Le Terminal : Bande-annonce

Le Terminal : Fiche Technique

Titre original : The Terminal
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Andrew Niccol et Sacha Gervasi, Jeff Nathanson
Interprétation : Tom Hanks (Viktor Navorski), Catherine Zeta-Jones (Amela Warren), Stanley Tucci (Frank Dixon),…
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Jason Hoffs, Andrew Niccol, Patricia Witcher
Sociétés de production : DreamWorks, Amblin Entertainment, Parkes+MacDonald Image Nation
Société de distribution : DreamWorks Distribution
Durée : 128 minutes
Date de sortie en France : 15 septembre 2004

États-Unis – 2004

Roar rugit en Blu-ray + DVD + livret chez les éditions Rimini

Depuis le mardi 6 mars est disponible en édition Blu-ray+DVD+livret l’un des films les plus fous de l’histoire du cinéma, Roar. Édité par les éditions Rimini, le long métrage réalisé par Noel Marshall est aujourd’hui culte. Plus de cent cinquante fauves non dressés, une centaine de blessures, fractures, et autres scalps, cinq ans de tournage… Roar, qui met en scène le réalisateur et sa propre famille dans des rôles les fictionnalisant à peine, est une expérience de cinéma déstabilisante, angoissante et fascinante.

Synopsis : Hank est un scientifique qui pense avoir découvert le Paradis sur Terre : un coin perdu d’Afrique de l’Est où il vit avec sa femme et sa fille. La maison qu’il y a construite est un refuge pour plus de 150 fauves, lions, tigres, panthères… Tous semblent vivre en harmonie. Alors qu’il va retrouver à l’aéroport sa famille qui l’a enfin rejoint, sa femme et ses trois enfants sont déjà arrivés. Loin d’être familiarisés aux usages de Hank et de ses compagnons félins, et sans outils de communication pour joindre leur père, la famille court alors un danger important.

« Doux et furieux » – Hank à propos de son microcosme de fauves

Roar met en scène le réalisateur Noel Marshall dans le rôle de Hank. Sa femme, Tippi Hedren, interprète l’épouse de Hank, Mélanie Griffith, fille de la première, joue le plus jeune enfant de la famille, et deux des fils de Marshall interprètent les fistons visibles à l’écran. Un autre fils du réalisateur, Joel Marshall, se trouve au décor et à d’autres postes de la production. A noter que John a aussi été opérateur sur le film. En bref, Roar est une affaire de famille. Le long métrage comptait énormément pour le couple Marshall/Hedren très attaché à la survie des fauves sauvages. Cette passion a viré à l’obsession. Une heureuse obsession qui leur a permis de traverser une centaine d’accidents de tournage, une inondation, un incendie… Soit cinq ans de tournage que n’ont pas aidé à raccourcir le manque d’expérience du réalisateur, d’abord agent star et producteur, et le choix de construire le film avec « des animaux non dressés, pour la plupart en totale liberté » précise le director. Ils ont tenu bon, car ils voulaient faire ce film coûte que coûte. A ce propos, John Marshall explique : « Avant Roar, notre famille possédait un beau patrimoine avec quatre maisons et deux cent quarante-deux hectares à Magic Mountain, près de Santa Clarita, en Californie. (…) à l’issue de Roar, il ne nous restait plus rien ou presque !« 

roar-le-film-le-plus-dangereux-jamais-realise-au-marketing-convaincant
Roar, « le film le plus dangereux jamais réalisé », et un marketing convaincant.
Ici, sur l’affiche, Jan De Bont, le directeur de la photographie du film, qui a été scalpé par un fauve.

Cette passion folle dont le budget a grimpé jusque dix-sept millions de dollars leur a même coûté leur mariage. Mal distribué, mal vendu, Roar se rembourse à dix millions. L’objet deviendra culte, grâce aux premières sorties vidéo, aux diffusions télévisées, et aujourd’hui aux récentes ressorties cinéma et DVD/Blu-ray. Un culte qui ne cesse de s’amplifier pour cet OVNI filmique qu’est Roar, un film familial aux conditions de tournage si folles et à la production si chaotique qu’il en ressort une œuvre imprévisible. Une imprévisibilité renforcée par le fait que le scénario a subi des modifications au fil des humeurs des fauves. Le film, qui est donc une œuvre d’accidents, constitue ainsi une expérience de cinéma peu commune. Pour reprendre l’un des hashtags de Rafik Djoumi (journaliste, auteur & responsable de BiTS) dans un commentaire humoristique sur le film, Roar tiendrait presque du « #snuff » tant il s’agit de regarder (avec curiosité, angoisse, fascination) une famille bien réelle se faire mettre en pièce et s’effriter au cours d’un récit/tournage complètement fou. À la fois film de famille tordu et long métrage familial étrange, Roar, « le film le plus dangereux jamais réalisé« , est une découverte perturbante, merveilleuse et incontournable.

Une édition Blu-ray/DVD qui manque de mordant

Roar débarque dans une copie HD soignée. Certains plans sont abimés (peut-être ne pouvait-on les « réparer » davantage ?), d’autres contiennent un léger bruit vidéo. Pour le reste, le rendu est fantastique, et il l’est davantage lorsqu’on pense aux conditions compliquées (c’est le moins qu’on puisse dire) de tournage. Concernant les bandes sonores, on privilégiera la piste stéréo à celle 5.1 au son souvent plus étouffé et au rendu surround plutôt moyen. Quant aux bonus, vous trouverez pour seul complément le très intéressant mais trop court livret écrit par Marc Toullec. Peut-être le film nous est présenté ici dans sa meilleure version. Quand bien même, l’objet préparé par Rimini manque de contenus additionnels. Ainsi, sans être disponible dans son ultime édition vidéo, Roar a tout de même bénéficié d’une sortie Blu-ray (+ DVD + livret) correcte.

Bande-Annonce – Roar

Roar

24,99 € l’édition Blu-ray + DVD + Livret

Date de sortie : 6 mars 2018

 

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Red Sparrow, Jennifer Lawrence en espionne malgré elle

Red Sparrow sent un peu la naphtaline ou la guerre froide, comme on veut. On nous ressert en effet le bon vieux ressort de l’opposition entre espions russes et américains. Et au milieu se déploie Jennifer Lawrence en petit oiseau tombé du nid mais soudainement transformé en aigle tueur. Une fresque d’une violence presque écœurante baignée dans le sexe et l’argent. Rien de nouveau sous le bain de sang en résumé.

Lady Bird

jennifer-lawrence-red-sparrow-critiqueDans une première séquence stylisée, en montage alterné, une jeune danseuse (Jennifer Lawrence) se prépare à monter sur scène, elle quitte sa mère malade, marche droite, déterminée, se prépare, virevolte. De son côté, un homme (Joël Edgerton) reçoit un message mystérieux et se rend à un rendez-vous, encore plus inconnu. Les deux s’apprêtent donc à la rencontre, l’une avec son partenaire de danse, l’autre avec certainement un informateur. Ils sont au sommet, à l’instant crucial, lorsqu’elle chute brusquement, lorsqu’il panique. Ces deux êtres viennent de vivre une rupture qui, on le suppose désormais, va les mener l’un à l’autre. Malheureusement si la violence stylisée laissait espérer d’autres moments de grâce comme celui-ci, la suite est une enfilade de scènes ultra-violentes, sans retenue aucune. Le film répond ainsi d’une certaine joie sadique à faire mal, sans que le scénario, simple histoire d’espionnage des russes contre les américains, ne suive et ne justifie autant de sang et de détresse. On assiste alors à des scènes de torture qui se répètent, ou encore à la formation des « moineaux » (sortent de petits soldats des renseignements russes déshumanisés) dans une ambiance froide, détachée, mais sans partie pris de mise en scène. Au milieu de cela, l’exception, celle qui fait presque plier les « salauds », se distingue mais sans éclat.

Oncle Vania

red-sparrow-jennifer-lawrence-joel-edgertonLes questions restent donc très peu palpitantes tant elles se dévoilent dès les toutes premières secondes : Dominika deviendra-t-elle un agent double ? Se vengera-t-elle de son oncle ? Une scène particulièrement ratée vient illustrer le ratage plus globale du film. Dominika est censée approcher l’espion américain afin de découvrir le nom de la taupe en le séduisant, elle se rend donc à la piscine, teinte en blonde. Plus tard, elle croise l’agent en attendant son train, celui-ci la reconnaît et l’aborde sous sa vraie identité. Comble de l’ironie, il s’adresse alors à elle en russe, ce à quoi elle répond « vous parlez russe », avant que les deux ne reprennent leur dialogue en anglais, affublés durant tout le film d’un ridicule accent russe. Le problème du film est donc bien de ne pas réussir à nous tenir en haleine avec cette histoire. Ici, on exagère tout pour tenter de faire un film noir, poétique, habité, pour tenter de percer après Hunger Games dans cette adaptation d’un roman de Matthews Jason, ex-agent de la CIA (l’ancrage dans la réalité de l’espionnage demeure même si le grand spectacle prend le pas sur une description minutieuse de cet univers). Les acteurs ne lésinent pas sur l’utilisation de leur corps à travers la caméra. Ainsi, Jennifer Lawrence est censée nous jouer une femme fatale, à coup de nudité dans quasiment tous les plans. Mais cela tombe à plat, tant la passion censée naître entre elle et l’espion américain est peu incarnée. Ainsi, les relations entre les personnages, et notamment entre Dominika et son « oncle Vania » sont trop peu traitées ou alors en surface alors qu’elles sont censées être le cœur du film. Finalement, Red Sparrow est une belle coquille vide qui ne renferme que quelques clichés du film d’espionnage et trop peu de surprises, le tout noyé dans une esthétique assumée de l’hyper-violence et l’utra-sexualisation.

Red Sparrow : Bande-annonce

Red Sparrow : Fiche technique

Synopsis : Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

Réalisateur : Francis Lawrence
Scénario : Justin Haythe, d’après le récit de Jason Matthews
Interprètes : Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Charlotte Rampling,  Jeremy Irons…
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell
Production: Steven Zaillian, Peter Chernin, Jenno Topping, David Ready
Distribution (sortie en France) : Twentieth Century Fox France
Durée: 141 minutes
Genre : Espionnage
Date de sortie : 4 avril 2018

États-Unis – 2018

La Guerre des Mondes de Steven Spielberg : portrait d’une humanité en voie d’extinction

Plus de 20 ans après E.T., Spielberg nous propose de rencontrer d’autres extraterrestres. Mais là où le premier était adorable et attachant, ceux que l’on voit dans La Guerre des Mondes sont terrifiants, puisqu’ils mettent en évidence les faiblesses d’une Amérique trop sûre d’elle.

Synopsis : Des orages électriques frappent plusieurs villes sur la planète. Ray et ses deux enfants, Robbie et Rachel, sont témoins de l’étrange phénomène. Mais ces éclairs sont vraiment particuliers : ils frappent plusieurs fois au même endroit, creusant des trous dans le sol. Et de ces trous surgissent d’immenses machines.

La première demi-heure de La Guerre des Mondes est stupéfiante. Par sa rapidité, par son montage, ses parti-pris de mise en scène, son interprétation, par l’ambiance qui s’en dégage, elle laisse littéralement le spectateur frappé de stupeur. C’est une des ouvertures de film les plus marquantes du cinéma spielbergien.

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Le réalisateur y développe d’entrée deux thèmes qui tiendront tout le film : d’un côté la volonté d’implanter l’action dans la vie quotidienne la plus banale, dans la réalité la plus triviale ; de l’autre côté, l’insistance sur l’incapacité humaine à faire face à ces attaques.

Les deux points se rejoignent, bien entendu. Ainsi, La Guerre des Mondes est un des rares films de Spielberg sans héros. Chez un cinéaste aussi influencé par le cinéma des années 40-50 (et par la bande dessinée) et où le rôle de « héros » a autant d’importance, ce film tient une place à part. Ray, le personnage principal, interprété par Tom Cruise, n’est pas un héros. Au contraire, il a tout du beauf américain moyen, machiste, pas du tout investi dans son rôle de père, et franchement bas de plafond. Et même si, à la fin du film, il a quand même accompli un ou deux actes plus valeureux, il n’en est pas pour autant un héros.

D’ailleurs, sa place même de personnage principal est contestable. Bien des scènes parmi les plus marquantes du film nous montrent une foule. Spielberg déploie la panoplie des scènes habituelles dans ce genre de film apocalyptique : foule paniquée, survivants errants le long des routes, effet de meute d’une population qui a perdu ses repères et pour qui la loi du plus fort tient lieu de seule et unique morale. Finalement, il est possible d’affirmer que La Guerre des Mondes est un film sur la population américaine désorientée par des attaques aussi violentes que soudaines et inattendues.

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Car Spielberg revendique d’implanter son film aux États-Unis. Même si on nous informe rapidement que des attaques similaires ont lieu un peu partout sur la planète, La Guerre des Mondes nous montre bel et bien la nation américaine frappée au cœur. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la multitude de bannières étoilées aux façades des maisons, ainsi que la destination de Ray qui cherche à atteindre Boston.

Rien de tout cela n’est totalement innocent, bien entendu. Jusqu’à présent, chez Spielberg, les extraterrestres étaient des personnages nettement plus sympathiques que les humains et servaient à mettre en valeur des sentiments positifs. Que s’est-il donc passé entre l’époque où le réalisateur sortait Rencontres du troisième type ou E.T., et celle où il filme cette Guerre des Mondes ? La réponse est simple et elle transparaît à l’écran : La Guerre des Mondes est un film sur le 11-Septembre et le traumatisme qu’il constitue pour le peuple américain. Là aussi, la première demi-heure du film est très significative. Les Tripodes dormaient depuis longtemps au cœur même des cités américaines, comme les fameux « réseaux dormants » de terroristes, n’attendant qu’un signal pour se mettre en branle. Les images de foule paniquée, les vêtements qui volent, les bâtiments qui s’écroulent, la poussière, tout rappelle les images de ce terrible mardi de 2001. Jusqu’aux questions de la petite Rachel : « C’est des terroristes ? »

Le sentiment qui domine dans La Guerre des Mondes, et qui en fait là aussi une œuvre unique dans la filmographie de Spielberg, c’est l’impuissance. Le réalisateur fait de son film un anti-Independence Day. Pas de héros, pas de combats. Les humains sont et resteront, tout au long du film, incapables de faire face à ces menaces inconnues. « Ce n’est pas une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les vers de terre. C’est une extermination », dira le personnage interprété par Tim Robbins. Ce sentiment d’impuissance traverse tout le film. On fuit devant les Tripodes, on se cache d’eux, mais on ne peut pas les affronter. Et même s’il y a une victoire, les humains n’y sont strictement pour rien.

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Dès l’intervention de la voix off (Morgan Freeman en VO) au début, le film montre l’immense faiblesse des humains qui sont transformés en sujets de laboratoire, en cobayes, voire en réserves de sang pour ce qui semble être une immense entreprise de « terraformation ». L’humanité est montrée comme vivant constamment au bord du précipice. Et ce sentiment restera tout au long du film. Le danger est d’autant plus grand, d’autant plus marquant, qu’il était constamment présent au milieu de la population sans qu’elle s’en rende compte. Et, autre preuve de la faiblesse humaine, elle ne sait strictement rien de ce qui l’attaque, ni d’où ils viennent, ni quelles sont leurs intentions, là où les créatures paraissent avoir étudié leurs victimes pendant des siècles.

Avec la maîtrise qu’on lui connaît, Spielberg met en œuvre tous les moyens du cinéma pour aboutir à ce sentiment de panique. La musique de John Williams, la photographie grisâtre, le montage rapide, voire brutal, tout contribue à plonger le spectateur auprès de ses personnages, à lui faire vivre cette aventure dans tout ce qu’elle peut avoir d’horrible.

Comme dans Les Dents de la mer ou Rencontres du troisième type, La Guerre des Mondes joue aussi beaucoup sur les hors champs, ce qui contribue encore à renforcer le sentiment de panique. On sait qu’il se passe quelque chose derrière la porte ou de l’autre côté de la fenêtre, mais sans en avoir une idée précise. Ce jeu sur ce que l’on ignore est essentiel au film.

En plus d’être d’une terrible efficacité, Spielberg n’oublie pas de faire des scènes esthétiquement magnifiques qui marquent les spectateurs. La façade d’une église qui se détache en contre-jour ou le passage d’un train en flammes, il développe une esthétique de l’apocalypse.

L’ensemble contribue à faire de La Guerre des Mondes un film remarquable et une œuvre à part dans la filmographie de son cinéaste de par son pessimisme et sa noirceur. Un film qui montre le traumatisme d’une nation frappée en plein cœur et qui se rend compte qu’elle n’est pas aussi invincible qu’elle ne le croyait.

La Guerre des Mondes : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LlprarNSVw4

La Guerre des Mondes : fiche technique

Titre original : War of the Worlds
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario:Josh Friedmann et David Koepp, d’après le roman d’Herbert George Wells
Interprétation : Tom Cruise (Ray), Dakota Fanning (Rachel), Justin Chatwin (Robbie), Miranda Otto (Mary Ann), Tim Robbins (Harlan Ogilvy)
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Colin Wilson, Kathleen Kennedy
Sociétés de production : Paramount Pictures, DreamWorks, Amblin Entertainment, Cruise/Wagner productions
Société de distribution : DreamWorks Distribution
Genre : science-fiction
Durée : 116 minutes
Date de sortie en France : 17 juin 2005

États-Unis – 2005

Monstre sacré : la chute médiatisée d’un prédateur sexuel

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Les ombres de Harvey Weinstein et Jimmy Savile planent sur Monstre Sacré, une fascinante mini-série britannique mettant en scène la chute d’une star de télévision accusée de viol…

synopsis : La vie de la star télé Paul Finchley bascule le jour où il est publiquement accusé de viol…

Monstre Sacré fait froid dans le dos : il est impossible de ne pas penser aux affaires Weinstein et Cosby qui ont secoué la planète. Jack Thorne, scénariste de This is England et Skins, et dramaturge à qui l’on doit l’adaptation de Harry Potter et l’Enfant Maudit au théâtre, s’est inspiré d’une affaire qui a fait trembler le Royaume-Uni : l’affaire Jimmy Savile. Diffusé sur ITV un an après son décès, le documentaire L’Autre visage de Jimmy Savile a révélé le véritable visage du présentateur du Top of the Pops : celui d’un prédateur sexuel qui aurait commis des centaines d’agressions sexuelles sur les lieux de son travail (la BBC) ainsi que dans les établissements scolaires et hospitaliers pour lesquels il faisait régulièrement des dons. La police britannique a également confirmé les crimes abominables de l’ancienne star télé.

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Paul Finchley est une énorme star de la télévision britannique qui s’apprête à remettre un prix à son ancien complice comique Karl Jenkins. Le lendemain de cet événement, un premier indice du déclin à venir, la police l’arrête pour deux viols remontant à une vingtaine d’années. Ce vieil homme a priori sympathique, même drôle, se déplaçant avec sa canne, est-il alors un monstre ? Peut-on et veut-on le croire ? Les réactions du spectateur seront probablement semblables à celles qu’il pourrait rencontrer dans la réalité, après avoir regardé les informations : il devient juge sans connaître les dessous exacts des faits. Il n’y a pas que le public qui juge et doute sur Paul Finchley ainsi que ses potentielles victimes. Entourage de l’accusé, autant troublé qu’hypocrite, avocats cyniques, médias violents… Jack Thorne n’a épargné personne au coeur d’un scénario qui comprend les enjeux et la psychologie complexes qu’engendre une telle affaire touchant la collectivité.

En s’inspirant des crimes sexuels de Jimmy Savile, Jack Thorne peint alors toutes les étapes possibles de la chute d’une personne médiatisée et aimée. Que ce soit dès les premières minutes ou des mois plus tard, comment peuvent réagir des Weinstein ou des Cosby, ainsi que leurs familles, face à des accusations odieuses publiquement, notamment dans le cadre privé ? La mini-série se concentrant majoritairement sur l’accusé et son entourage, elle prenait le risque d’oublier les victimes. Mais en prenant en compte tous les éléments de l’affaire, Jack Thorne les intègre progressivement et respectueusement. Et ce choix est surtout logique : les médias ont toujours plus tendance à parler des coupables que des victimes. Si le portrait de la justice n’est pas reluisant, celui des médias l’est encore moins : Jack Thorne dénonce sévèrement ces médias qui se prennent pour un tribunal et qui détruisent en peu de temps la vie de tous les concernés dans l’affaire.

Le format en quatre épisodes de 50 mn environ pouvait faire peur sur le papier, la mini-série aurait pu être trop longue. Mais Monstre Sacré est une oeuvre fascinante qui mérite de prendre son temps. Tout est forcément synonyme de longueur : parler du passé (les victimes ont attendu des années avant d’aller voir la police), l’enquête, le jugement, sans parler des états d’âme des protagonistes (doit-on soutenir ou croire l’accusé ?). Ce format est donc entièrement justifié, d’autant qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Le rythme n’est pourtant pas très accéléré mais nous sommes immédiatement interpellés par les actes – et ses conséquences – commis par ce fameux « monstre sacré » du titre, ce « trésor national » (comme l’indique son titre original). Il est évident que le scénario veut nous faire douter, pour qu’on se mette dans la peau de tous les protagonistes qui se posent tant de questions. Mais, au fond de nous, et en connaissant l’inspiration même du projet télévisuel, nous savons ce qu’a pu faire Paul Finchley. Et on veut comprendre comment un homme qui, a priori, a tout pour lui (une famille, un travail bien payé et épanouissant, le succès) a pu commettre l’inexcusable. Se plonger dans l’intimité d’un criminel aurait pu être indécent, pourtant Monstre Sacré n’a jamais un propos déplacé. Si l’écriture, jamais manichéenne, est certainement l’atout principal de cette formidable mini-série, il ne faut pas non plus négliger le reste : ainsi, la mise en scène précise et la photographie bleutée accentuent à elles-seules le malaise constant dégagé par cette sordide histoire.

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Le portrait de la famille Finchley est fascinant et ambigu, montrant aussi comment de tels secrets ont pu être préservés pendant des années. Le scénario interroge sans cesse sur leur état d’esprit : Paul Finchley est-il convaincu de l’innocence qu’il clame à haute voix ? A-t-il un problème avec les femmes ? Est-il frustré à cause de sa femme dévote ? Son épouse Marie, justement, s’est-elle réfugiée dans la foi pour se détourner de la vérité ? Quant à la fille unique Dee, sa destruction dans la drogue est-elle anodine ? A-t-elle enfoui des souvenirs ? Plus globalement, comment soutenir l’homme accusé du pire ? Peut-on réellement le soutenir ? Quel impact les actes d’un homme peuvent-ils rencontrer sur son entourage ? Connus par le grand public pour avoir joué dans la saga culte Harry Potter, Robbie Coltrane et Julie Walters sont époustouflants, parvenant à retranscrire des émotions ambivalentes. Dans le rôle de la fille fragile et détruite, Andrea Riseborough (Battle of the Sexes) livre également une interprétation poignante.

Intelligemment glaçante, Monstre Sacré est une mini-série bien plus ambitieuse qu’elle en a l’air et, face à tous ces scandales médiatiques révélés régulièrement au cours des derniers mois, elle est devenue d’une nécessité absolue.  

Monstre Sacré : bande-annonce

Monstre Sacré : fiche technique

Créée par Jack Thorne
Titre original : National Treasure
Casting : Robbie Coltrane, Julie Walters, Andrea Riseborough, Tim McInnerny, Kerry Fox…
Genre : Drame
Format : 50 mn
Premier épisode  : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : Channel 4

Crash Test Aglaé en DVD & Blu-ray : les femmes aussi ont leur road movie !

Avec Crash Test Aglaé, Eric Gravel nous offre un premier film touchant sur les enjeux de la mondialisation. Un road movie poétique et décalé disponible depuis le 7 mars en Blu-ray disc et DVD.

Synopsis : L’histoire d’une jeune ouvrière psychorigide dont le seul repère dans la vie est son travail. Lorsqu’elle apprend que son usine fait l’objet d’une délocalisation sauvage, elle accepte, au grand étonnement de l’entreprise, de poursuivre son boulot en Inde. Accompagnée de deux collègues, elle va entreprendre un absurde périple en voiture jusqu’au bout du monde qui se transformera en une improbable quête personnelle.

Malgré quelques longueurs dans la première partie du film, Crash Test Aglaé nous entraîne rapidement sur les routes, avec un brin de folie, en compagnie de femmes de caractères mais non moins attachantes. Yolande Moreau (Une Vie) et Julie Depardieu (Les Femmes de l’ombre, La Femme Invisible) sont fantastiques, à tel point qu’elles ont tendance à éclipser le rôle titre d’Aglaé, personnage un peu fade et tristounet. D’autant que Crash Test Aglaé est une satire sociale légère, un feel good movie rythmé, audacieux et optimiste ! India Hair (Rester Vertical) sort malgré tout son épingle du jeu en interprétant une personnalité troublante et profonde. La musique folk et originale de Jean-Michel Pigeon et Hit’n’run (Les Beaux Gosses, La Nouvelle vie de Paul Sneijder) nous transporte elle-aussi avec allégresse dans ce monde tendre et déjanté, à l’image des personnages du film. On pourrait regretter parfois le manque de sérieux de cette réalisation mais c’est ce qui fait tout le charme de Crash Test Aglaé, rendant cette oeuvre symbolique et moderne d’autant plus touchante. Un must see !

Crash Test Aglaé – bande-annonce :

Crash Test Aglaé – Caractéristiques du DVD :

Sortie du DVD  & Blu-ray : 07/03/2018
Genre : Road movie / Comédie dramatique
Classé : Tous publics
Durée : 1h22
Editeur : Le Pacte
Distributeur : Warner Home Vidéo France
EAN : 5051889618300
Réalisation : Eric Gravel
Distribution : India Hair, Julie Depardieu, Yolande Moreau, Anne Charrier, Frédérique Bel, Tristán Ulloa

Cinélatino 2018 : Portrait de Paulina García, invitée d’honneur du festival

Figure du cinéma chilien, Paulina García est une actrice remarquée dans le cinéma d’Amérique latine. Invitée d’honneur cette année pour les 30èmes rencontres de Cinélatino à Toulouse, la rédaction de CinéSeriesMag en profite pour revenir sur l’ensemble de sa carrière.

Son amour de la comédie, Paulina García l’a depuis toujours. Avant de se destiner au cinéma, elle entreprend des études de théâtre à l’Université Catholique du Chili et entame sa carrière sur les planches avec la pièce ¿Dónde estará la Jeanette? de Luis Rivano, pour lequel elle reçoit le prix APES de la meilleure actrice. Elle apparaît ensuite dans plus de trente pièces et crée en 1997 l’Asociación de Directores de Teatro où elle est professeure durant 4 ans. Dans le théâtre, elle s’essaie à tous les postes en passant de metteur en scène à comédienne et enchaîne les récompenses avant de passer au petit puis au grand écran. Avant de devenir une actrice de cinéma, elle tourne pour la télévision avec de nombreux rôles dans des séries nationales. Puis en 2002, elle tourne son premier film avec Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre et reçoit sa première nomination pour le prix Althazor qui récompense tous les arts chiliens chaque année. Si elle ne le remporte pas cette année-là, c’est en 2008 qu’elle remportera son premier prix de cinéma pour la série Cárcel de Mujeres.

Mais bien qu’étant déjà une star dans son pays, Paulina García rencontre la scène internationale du septième art assez tardivement en remportant l’Ours d’argent à la Berlinale de 2013 pour son rôle principal dans le film Gloria, réalisé par Sébastián Lelio. Elle fait d’ailleurs l’honneur à Cinélatino de venir le présenter cette année lors de la soirée d’ouverture du festival, accompagnée du réalisateur. Depuis ce rôle, elle est devenue un pilier du cinéma chilien et plus généralement latino-américain et un symbole de l’émancipation féminine à travers des personnages souvent engagés remplis de liberté comme celui dans La fiancée du désert récemment. À l’image de son engagement, le festival organise cette année une sélection spéciale femmes pour laquelle ses films majeurs seront projetés tout comme ceux de plusieurs professionnelles du cinéma telles que Daniela Vega (Une femme fantastique) et une discussion aura lieu lors d’une table ronde “Chilenas : femmes de cinéma du Chili”.

Paulina García navigue désormais entre différents genres de films et obtient même un rôle majeur dans la série Narcos pour la saison 2. Ce n’est pas la première série dans laquelle elle joue mais cette opportunité marque un tournant majeur dans la visibilité de son talent. Elle enchaîne ensuite trois films entre 2016 et 2018 en passant d’oeuvres indépendantes à des premiers films. Sa carrière et ses choix artistiques sont à son image : doux mais engagés. Début 2018, elle était d’ailleurs à l’affiche du film El Presidente dans lequel elle interprète la présidente du Chili Paula Scherson. Les réalisateurs lui font confiance et l’on ne peut que se réjouir de voir l’évolution de cette jolie carrière.

Paulina García en quelques dates : 

27 novembre 1960 : naissance à Santiago du Chili

2002 : Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre

2013 : Gloria, de Sébastián Lelio (Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival international du film de Berlin)

2016 : Narcos (saison 2) et Brooklyn Village, de Ira Sachs

2017 : La fiancée du désert, de Cecilia Atán et Valeria Pivato

2018 : El Presidente, de Santiago Mitre