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Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg : quand même les comédies sont réussies

Arrête-moi si tu peux est l’une des traques les plus amusantes du cinéma américain. Mettant en scène Tom Hanks aux côtés de Di Caprio, Spielberg fait de ce film la confirmation de son talent tous genres confondus.

synopsis : Dans les années soixante, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l’art de l’escroquerie, allant jusqu’à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l’un des dix individus les plus recherchés des États-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, médecin, professeur d’université ou encore assistant du procureur. Carl Hanratty, agent du FBI à l’apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais ce dernier reste pendant longtemps insaisissable… 

Inspirée d’une histoire vraie, cette comédie peut paraître surprenante dans la filmographie du réalisateur d’E.T. Mais Spielberg est aussi bon en comédie qu’en drame historique ou qu’en science fiction, il utilise toujours ses armes de cinéaste pour replacer ses films en apparence plus légers dans des sujets sérieux qui proposent bien plus qu’un simple divertissement. Arrête-moi si tu peux fait appel au thème de prédilection du réalisateur : l’enfance ou du moins la naïveté de la vie. Film personnel pour lui qui a vu ses parents se séparer, Spielberg choisit l’angle de l’empathie plutôt que celui de critiquer un système mettant à mal son pays.

Avec la relation père/fils entre Léonardo Di Caprio et Christopher Walken, le film rend son héros très touchant. La complicité qui lie les deux personnages rend les fautes du fils bien plus humaines qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on se prend vite au jeu de la traque et que l’on espère même qu’il ne se fera pas prendre. Spielberg arrive à nous convaincre de l’humanité immense de Franck qui n’est pas seulement un escroc. arrête-moi-si-tu-peux-leonardo-di-caprioIl est plus bien plus que cela : c’est un fils qui idéalise son père et devient faussaire en essayant de l’imiter, puis un jeune homme qui fuit le divorce de ses parents en préférant s’enfermer dans sa nouvelle vie plutôt que d’affronter la réalité. C’est ce que Spielberg nous livre de sa propre vie aussi et de sa manière de s’être créé un mécanisme de défense lorsqu’il avait vécu lui-même cette situation.

On ne retient de ce film pas tant la réalisation en elle-même, ni la mise en scène bien que le travail des couleurs soit très symbolique en passant de nuances fades à des teintes plus jaunes lorsqu’il devient adulte. On retient surtout le jeu des acteurs qui porte littéralement le film :  que ce soit le trio masculin ou toutes les femmes à qui Di Caprio donne la réplique, ce sont eux qui créent l’ambiance si agréable du film et qui amusent autant le spectateur que le réalisateur derrière la caméra.

L’arrivée de Carl dans le film voit mûrir comme une seconde relation père/fils, celle que chacun n’a jamais pu avoir. Bien qu’ils apparaissent comme radicalement opposés, le spectateur assiste finalement à une rencontre entre deux hommes qui se complètent. Les deux se ressemblent : ils sont seuls, enfermés dans un autre monde qui leur fait fuir la réalité. Pour l’un, c’est le milieu de l’imposture qui régit sa vie, pour l’autre c’est celui du FBI. Autant de différences et d’oxymores qui s’avèrent construire une parfaite symétrie et réciprocité entre ces deux là. L’un et l’autre sont leur seul compagnie. Carl protège Franck des autres agents lorsqu’il se fait arrêter, ils s’appellent à chaque Noël et continuent de garder ce rituel en prison : autant d’attention et d’habitudes qu’un père pourrait avoir envers son fils et inversement. Cette relation naît aussi d’une certaine fascination de Carl envers Franck : comme souvent pour les policiers dans leur traque de criminel ou autres, il demeure une envie folle de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de celui qu’on a en face de nous et surtout de savoir comment il a fait pour nous berner pendant tout ce temps, de saisir l’étendue de son intelligence. Dans le film, il lui demande à plusieurs reprises comment il a fait pour avoir l’examen du barreau. C’est la curiosité de l’un envers l’autre qui laisse peu à peu place à une certaine tendresse et affection entre eux deux, toujours sous-jacente dans les scènes où ils apparaissent tous les deux. Leur jeu va bien plus loin qu’une simple traque ou envie de justice, il est indéniablement humain et sentimental.

Arrête-moi si tu peux n’est donc pas l’histoire banale d’un bandit mais plutôt celle d’un jeune homme en quête de repères qui n’a trouvé que l’escroquerie pour cacher ses peines et se faire remarquer. Spielberg livre un film personnel aux airs légers avec un Di Caprio charmant en escroc.

Arrête-moi si tu peux : Bande-annonce

Arrête-moi si tu peux : Fiche Technique

Titre original : Catch Me If You Can
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jeff Nathanson, d’après l’oeuvre de Frank Abagnale Jr
Interprétation : Tom Hanks, Leonardo Di Caprio, Christopher Walken, Martin Sheen, Nathalie Baye, Amy Adams, Jennifer Garner
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams (interprète : Franck Sinatra)
Décors : Jeannine Claudia Oppewalm
Costumes : Mary Zophres
Producteur(s): Walter Parkes, Steven Spielberg
Société de production: DreamWorks Pictures, Amblin Entertainment, Kemp Company, Splendid Pictures, Parkes/MacDonald Productions
Distributeur: United International Pictures
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Christopher Walken)
Durée : 141 minutes
Genre : comédie, drame, thriller
Date de sortie : 12 février 2003

États-Unis – 2003

 

Concours Grimm : Gagnez un coffret 5 DVD de la saison 5

Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 5 DVD et 5 Blu-ray™ + Digital HD le 20 Mars 2018 de la série Grimm, remportez votre coffret de la saison 5

SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE

Nick s’efforce de se remettre de la disparition de sa mère et de Juliette, tandis qu’une guerre importante entre les Wesen et les Grimm éclate. Les Wesen ont décidé de ne plus se cacher et de contrôler la Terre. Ils forment un groupuscule, très bien organisé nommé la « Griffe Noire », qui commet secrètement de nombreux attentats et rituels en tous genres mais Nick reste leur cible principale. De son côté, Rebelle décide de s’allier avec une organisation nommée le « Mur d’Hadrien », qui lutte contre ce soulèvement.

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Caractéristiques techniques du coffret DVD : Image : 1.78 – Format Ecran : 16/9 – Audio : Français, Anglais Dolby Digital 5.1

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Bonus DVD et Blu-ray : Scènes coupées – Bêtisier – Le Nouveau Monde de Grimm – Révélation : Dans les coulisses du 100ème épisode  – Visite du loft

Bonus exclu Blu-Ray : Grimm Mode d’emploi – Coffret 5 DVD et 5 Blu-ray/Digital HD, 22 épisodes

logo-Universal-NoirEditeur : Universal Pictures Video

Titre original Grimm
Genre : Série policière, fantastique, dramatique
Création : David Greenwalt, Jim Kouf
Acteurs principaux : David Giuntoli, Russell Hornsby, Silas Weir Mitchell, Reggie Lee, Bitsie Tulloch, Sasha Roiz, Bree Turner..
Chaîne d’origine : NBC
Nb. de saisons 6
Nb. d’épisodes 123
Durée 42 minutes
Diff. originale : 28 octobre 2011 – 31 mars 2017
Site web : http://www.nbc.com/grimm/

Modalités du concours

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Les adaptations de jeux vidéo au cinéma : les lauréats de la rédaction

A l’occasion de la sortie de Tomb Raider sur les écrans depuis hier, l’équipe de CineSerieMag a décidé de revenir sur les adaptations les plus marquantes de jeux vidéo au cinéma. De la plus fidèle à la moins réussie, du cinéma de genre au divertissement le plus basique, de Silent Hill à Prince of Persia, les résultats risquent de vous surprendre.

Jeux vidéo et cinéma : ces deux arts ne cessent de s’entremêler depuis près de trente ans. De s’inspirer l’un l’autre, de s’alimenter. Chose remarquée du côté des jeux tout d’abord, à travers les adaptations diverses et variées de plusieurs longs métrages à succès (Terminator, Le Roi Lion, Star Wars…) ou une réappropriation des codes du septième art à travers des scenarii étoffés et des cinématiques au rendu quasi réaliste rendu possible par des technologies de plus en plus performantes. Le tout renforçant ainsi un sentiment d’immersion totale. De Max Payne et son ambiance très noire sur fond de vigilante movie au récent Call of Duty : WWII évoquant sans mal les scènes phares d’Il faut sauver le soldat Ryan, en passant par Stranglehold et le polar urbain made in John Woo, les exemples sont légion.

Mais si le média vidéo ludique rêve de cinéma, la réciproque est également vraie, surtout ces dernières années, où on dénombre plus de cinquante adaptations de jeux vidéo, au cinéma ou en DTV … et pas tous du meilleur acabit. Loin de là même ! Car l’idée généralement admise, et peu reluisante, est que ces adaptations sont souvent médiocres, relevant davantage d’une opportunité mercantile plutôt que la vision artistique d’un cinéaste sur un univers en particulier.

Mais à CineSerieMag, nous n’aimons pas les idées préconçues. C’est pourquoi nos rédacteurs se sont proposés de mettre à contribution leur fibre de gamer et de se replonger dans quelques-unes des adaptations qui les ont le plus marquées. En mal certes mais aussi en bien, car oui, des pépites subsistent ! Plutôt qu’un top classique, nous avons opté pour une sélection type « lauréats » avec cinq catégories principales, où chaque rédacteur des 11 volontaires a inscrit le film de son choix dans chaque catégorie : adaptation la plus réussie, la plus fidèle, la plus nanardesque, la plus oubliable, et la plus mauvaise. Nous retrouvant devant un film ayant remporté deux catégories, nous nous sommes donc permis de rajouter une catégorie particulière, ne traitant pas d’une adaptation à strictement parler, mais d’un film reprenant intelligemment le principe. Bonne lecture !

Adaptation la plus réussie et la plus fidèle : Silent Hill de Christophe Gans (2006)

Adapter un jeu-vidéo au cinéma demande un savant mélange de fidélité à l’œuvre originale et d’identité propre. Un mélange que Silent Hill, réalisé par Christophe Gans en 2006, a su proposer au point de se retrouver vainqueur de deux de nos catégories : l’adaptation la plus réussie et la plus fidèle. Les joueurs y retrouveront les éléments qui ont fait du jeu-vidéo de 1999 le chef-d’œuvre incontournable qu’il est : la petite ville perdue dans le temps et l’espace de Silent Hill envahie par la brume, son esthétisme cauchemardesque empruntée à L’Échelle de Jacob (1990) ou encore une magnifique bande-originale aussi atroce que mélodieuse. L’univers, pourtant très particulier du jeu est suffisamment respecté dans cette adaptation pour la qualifier de très fidèle. Mais malgré tout, le film a su se faire connaître et aimer d’un public non familier avec l’œuvre vidéo ludique de Konami. Au point que cette adaptation est souvent d’abord reconnue comme film d’horreur a part entière avant que de n’être qualifiée d’adaptation. Pouvoir se créer une identité propre hors de la sphère d’un jeu-vidéo aussi mythique et respecté que Silent Hill, mérite amplement la place de l’adaptation la plus réussie de cette liste.  Par Jean-Pierre Horckman

Adaptation la plus nanardesque (mais sympathique) : Lara Croft – Tomb Raider de Simon West (2001)

Les adaptations de jeux vidéo sont souvent ratées, mais parfois quelques perles nanardesques subsistent. C’est le cas du le film Lara Croft : Tomb Raider, qui brille plus pour les tenues avantageuses de l’actrice Angelina Jolie et ses scènes de combats que ses dialogues. D’ailleurs le scénario n’est pas bien compliqué : Lara Croft, une archéologue, se voit léguer une horloge mystérieuse par son défunt père, et une organisation secrète essaie de mettre la main dessus. Mais malgré tout, on se plaît à aimer ce long-métrage qui arrive à nous divertir et dont on se moque gentiment. Il est vrai qu’il a indéniablement des défauts, mais il arrive à jouer sur notre fibre nostalgique. Un vrai film doudou, en somme…  Par Flora Sarrey

https://www.youtube.com/watch?v=m878J0fNK9Y

Adaptation la plus oubliable : Prince of Persia – Les Sables du Temps de Mike Newell (2010)

Adaptation du jeu culte éponyme, Prince of Persia : Les Sables du Temps, sorti en 2010, aurait pu être un blockbuster ambitieux. Pour preuve, son producteur est aussi celui derrière Pirates des Caraïbes, Jerry Bruckheimer, pour un film de pirates qui avait su marquer une génération en renouvelant le film d’aventure à gros budget tout en décorant son histoire de visuels impressionnants. On retrouve peut-être de cette ambition visuelle et de déploiement d’un univers fantastique et riche, mais tout semble sonner faux. Pourtant, le scénariste est également celui ayant écrit le jeu vidéo dont le film s’inspire, autant dire qu’il savait de quoi il parle. Là aussi rien à se mettre sous la dent, qu’on soit amateur des jeux ou que l’on découvre totalement univers, les personnages et leur écriture. Tout pourrait difficilement être plus lisse, cliché, sans surprise : ce qui aurait pu être une aventure rafraîchissante se mue en blockbuster laid et sans saveur. C’est à la fois dommage quand on connait le potentiel de la saga vidéo ludique, mais on se consolera en se disant qu’ils n’ont, au moins, pas poursuivi le massacre en se lançant dans une suite qui aurait un peu plus entaché nos souvenirs de jeunesse. Contrairement à beaucoup d’autres adaptations de jeux vidéo au cinéma qui continuent de hanter les fans, il reste de celles-ci qui sombrent presque miraculeusement dans l’oubli (et c’est pas plus mal).  Par Jules Chambry

Adaptation la plus mauvaise : Resident Evil – Retribution de Paul W.S. Anderson (2012)

Cinquième volet de la lucrative et nanardesque saga Resident Evil de Paul W.S Anderson, Resident Evil : Retribution franchit la ligne du navet et s’enfonce dans 90 minutes de mauvais goût absolu. Personne ne sera surpris par la qualité d’un cinquième épisode d’une franchise en demi-teinte qui n’a jamais su quoi raconter. Pourtant, le successeur du jouissif Resident Evil : Afterlife démarrait plutôt bien dans son récit avec une idée originale : une succession de décors afin de simuler une invasion de zombies. Mais la seule bonne idée scénaristique se transforme en pétard mouillé dès lors que le récit enchaîne les incohérences (pourquoi le méchant du 4 est devenu gentil ? Pourquoi faire une base aquatique aussi coûteuse et au Kamchatka ? Pourquoi les héros sont si stupides ?) et propose une direction artistique oscillant entre Luc Besson et Uwe Boll. Définitivement enterrée par son affreux chapitre final, la saga Resident Evil a creusé sa tombe avec ce Retribution, c’en est presque frustrant.  Par Louis Verdoux

L’outsider de la rédaction : Bushwick de Cary Murnion et Jonathan Milott (2017) 

Soyons clair : il aurait probablement été plus légitime de parler de Speed Racer des sœurs Wachowski, Scott Pilgrim d’Edgar Wright ou encore Hardcore Henry d’Ilya Naishuller  comme exemple d’œuvres ayant organiquement intégré les principes du jeu-vidéo à leur mise en scène. Mais la relative discrétion avec laquelle Bushwick fut accueilli mérite que l’on consacre au moins quelques lignes à sa singularité. Ce (faux) plan-séquence de 90 minutes part d’un postulat simple : en rendant visite à sa grand-mère, une femme se retrouve au beau milieu d’une guérilla urbaine. Dès le début, Bushwick accroche notre point de vue à celui de l’héroïne, celle-ci devenant notre vecteur de projection (davantage que le point d’identification) dans la situation. Ainsi, le film feint le récit subjectif pour mieux questionner le public, jusqu’à lui donner la sensation de libre-arbitre pour chacune des décisions prises par l’héroïne. Une passionnante expérimentation qui réfléchit en termes d’investissements du spectateur/joueur pour faire le pont entre les deux médiums.  Par Guillaume Meral

Un juif pour l’exemple : crime antisémite

Un Juif pour l’exemple, le nouveau film de Jacob Berger, cinéaste Suisse connu notamment pour son film Aime ton père (nommé aux Oscars 2003 pour le meilleur film étranger) où les Depardieu père et fils s’affrontaient, sort aujourd’hui en France : notre avis.

Si les films sur la Seconde Guerre Mondiale sont, depuis des dizaines d’années, un genre à part entière, il faut aussi en distinguer les films sur la Shoah (environ un film par an, quel que soit le pays). Dans cette abondance de films, allant des réussis La liste de Schindler ou La vie est belle, aux franchement ratés La rafle, Un Juif pour l’exemple s’intéresse, lui, à un événement traumatique dont a été témoin l’écrivain Jacques Chessex, alors âgé de huit ans.

Le film n’aborde donc pas la Shoah, puisqu’il se déroule avant, mais un fait divers de bien moindre ampleur tout en étant aussi choquant.

Un Juif pour l’exemple se concentre donc sur le jeune Jacques Chessex et surtout sur la bande de collabos œuvrant dans l’ombre, menée par le violent Ischi, fasciné par les Allemands et voyant dans les nazis un moyen de céder à ses pulsions antisémites.

Berger réussit, avec des touches visuelles, à caractériser son affreuse bande de collabos. Le reflet du plus idiot de la bande se voit superposé à une tête de cochon réfléchie dans la vitrine d’un boucher ; Ishi descend en moto une route en forme d’éclair comme ceux des tristement célèbres SS… Si le portrait visuel des méchants est réussi, certains traits auraient mérité plus de développements pour être moins caricaturaux. Ischi le leader (sorte de version sérieuse de Jugnot dans Papy fait de la résistance) est fasciné par Hitler et la violence, arbore une coupe de cheveux et une moustache proches de celles du Führer, trompe sa femme et fouette sa maîtresse, mais est en parallèle un père aimant.

Aux ordures du film, s’opposent des personnages manquant, eux aussi, de profondeur pour réellement toucher. Bruno Ganz joue donc à l’opposé de son saisissant portait d’Hitler (dans l’excellent La chute) et interprète Arthur Bloch, marchand de bétail.

L’homme étant, non seulement Juif, mais en plus un riche homme d’affaires, la bande à Ischi va donc le choisir parmi les Juifs de la ville pour honorer leur pacte avec des Allemands dont on ne verra jamais rien.

Si Ganz est, une fois de plus, parfait dans le rôle, on aurait bien aimé le voir plus longtemps à l’écran. Telle quelle, la scène choc du film est certes horrible, et montre bien à quel point un enfant de huit ans a pu garder des traces de ce crime abject au point de marquer au fer rouge son œuvre littéraire, mais le manque de temps de présence de l’acteur fait que l’on n’est pas marqué sur un point affectif, juste écœuré par un acte d’une bêtise et d’une barbarie atroces.

Le traitement de Jacques Chessex et son trauma, est lui aussi trop distancié. Dommage car la scène d’ouverture et son idée de mise en scène, un lent travelling arrière éloignant le personnage de Chessex en proie aux sarcasmes et aux attaques de critiques et journalistes, rend bien l’isolement d’un homme obsédé par un événement l’ayant marqué, mais n’arrivant pas, ou peu, à le partager avec les autres.

L’irruption du personnage de Chessex adulte dans certaines scènes va également du réussi : l’auteur se souvenant des faits, prenant des notes en arrière plan discret pendant que les événements se déroulent, au raté : la figure de Chessex adulte remplaçant Chessex joué par un enfant, atténuant de fait l’impact émotif lors de la scène choc.

Un Juif pour l’exemple n’en demeure pas moins une tentative intéressante sur un fait divers glaçant. La mise en scène de Jacob Berger est impeccable, Bruno Ganz très bon. Dommage que le film soit un peu trop court et les personnages pas assez fouillés, les enjeux paraissant dès lors moindres.

Un juif pour l’exemple : Bande-annonce

Synopsis : 1942, l’Europe est à feu et à sang. Mais nous sommes en Suisse, plus précisément à Payerne. C’est loin, la guerre, pense-t-on ici, c’est pour les autres, même si la frontière n’est qu’à quelques kilomètres. Dans ces campagnes reculées, la terre a le goût âcre du sang des cochons et des bestiaux à cornes, qu’on tue depuis des siècles. L’économie va mal. Usines et ateliers mécaniques disparaissent. La Banque de Payerne fait faillite. Des hommes aux mines patibulaires rôdent par routes et chemins. Les cafés sont pleins de râleurs. Parmi eux, Fernand Ischi, vantard, rusé, bien renseigné, a prêté serment, avec une vingtaine de Payernois, au Parti nazi. Il rêve d’attirer l’attention de la Légation d’Allemagne, et même – pourquoi pas ? d’Adolf Hitler lui-même. Dans leur ligne de mire: Arthur Bloch, 60 ans. Bernois, il exerce le métier de marchand de bétail. Il connait bien tous les paysans et les bouchers de la région. Ce jeudi 16 avril, se tiendra la prochaine foire aux bestiaux de Payerne. C’est ce jour-là qu’Ischi et sa bande passeront à l’acte. C’est ce jour-là qu’un Juif sera tué pour l’exemple. Soixante-sept ans plus tard, en 2009, quand l’écrivain suisse Jacques Chessex se souviendra de ces faits, c’est lui qui sera désigné comme l’ennemi à abattre.

Un juif pour l’exemple : Fiche Technique

Un film de Jacob Berger
Scénario : Jacob Berger, Aude Py et Michel Fessler Librement adapté du livre « Un juif pour l’exemple »  de Jacques Chessex (éditions Grasset et Fasquelle, 2009)
Distribution : Bruno Ganz – André Wilms – Elina Löwensohn – Aurélien Patouillard – Paul Laurent …
Sélection officielle Festival de Locarno
Prix d’honneur du cinéma Suisse : Bruno Ganz
Distributeur :  Esperanza Productions
Date de sortie : 14 mars 2018
Durée : 1h 19min
Genre : Drame

Suisse 2018

Alice dans les villes : La poésie de l’errance

Retour sur un classique intemporel signé Wim Wenders, Alice dans les villes, à l’occasion d’une exceptionnelle ressortie en salles en version restaurée.

Synopsis: Un jeune journaliste allemand en reportage aux États-Unis est bloqué dans un aéroport en grève. Une femme dans la même situation lui confie sa fillette, Alice. Elle doit les rejoindre à Amsterdam. Au lieu de rendez-vous, aucune trace de la jeune femme…

Bien avant d’être reconnu pour son talent internationalement et de recevoir la Palme d’or en 1984 pour Paris, Texas, Wim Wenders n’était reconnu que par un cercle fermé de cinéphiles. En 1973 sort ce qu’il considère comme son « vrai » premier film, Alice dans les villes, et également début d’un triptyque sur le voyage et l’errance.

Il est vrai qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre en regardant une œuvre de ce réalisateur. Ici, ce qui frappe l’œil en premier est l’utilisation sublime du noir et blanc, donnant un « cachet » certes un peu daté au film, mais également une esthétique à part. On entre dans un monde unique, où la poésie visuelle des images est renforcée par la vue des rues de New-York et les mouvements de caméra lents. Si l’on n’est pas habitué, les plans fixes et le rythme doux peuvent paraître lancinants, mais force est de constater qu’ils renforcent une impression de flottement constant. De plus, suivre les déambulations aussi bien physiques qu’intérieures de Philippe, journaliste allemand errant dans un pays qui n’est pas le sien, donne un sentiment d’importante proximité avec le personnage. 

Nous suivons son cheminement intérieur, lui qui, au départ, fait face à sa stérilité artistique, perdu aux États-Unis et incapable d’écrire le texte de son reportage. Puis il fait la rencontre d’Alice et sa mère, et se retrouve à s’occuper de cette fillette malgré lui. Alors bien-sûr, au début la cohabitation est difficile, mais ils vont finir par s’apprécier, et lui va même devenir une figure paternelle pour la petite, voire presque un père de substitution. L’inspiration lui revenant petit à petit, à force de la fréquenter. Wenders montre l’errance de deux être esseulés qui vont se retrouver. Alice, elle, va grandir et se souvenir de son passé, et lui va retrouver sa verve et un but.

Le réalisateur réussit à faire un film envoûtant, grâce à sa musique signée Can, qui nous hante toujours après le visionnage, mais aussi grâce aux acteurs, saisissants dans leurs rôles respectifs. Yella Rottländer tout d’abord, impressionnante en petite fille attachante et boudeuse parfois, et puis Rüdiger Vogler, très convaincant en personnage rêveur et léger, presque à l’ouest, ou comme marchant sur un fil imaginaire. Puis cette fin symbolique: le dernier plan montrant la caméra s’éloigner du train qui mène les deux personnages vers leurs familles, leurs chemins se séparent, mais ils se sont retrouvés eux-mêmes…

N’hésitez donc pas et foncez voir cette œuvre éthérée et unique, en version restaurée à partir du 14 mars dans certaines salles de France !

Alice dans les villes: Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=8UwCjU7zLBU

Alice dans les villes : Fiche Technique

Titre original: Alice in den Städten
Réalisation: Wim Wenders
Scénario: Wim Wenders
Distribution: Rüdiger Vogler, Yella Rottländer, Lisa Kreuzer
Image: Robby Müller
Montage: Peter Przygodda
Producteur: Joachim Von Mengershausen
Durée: 110 minutes
Genre: Drame
Ressortie: 14 Mars 2018

Allemagne de l’Ouest – 1973

Amistad de Steven Spielberg : Une cause déjà plaidée

Habitué des doublés improbables (La Liste de Schindler / Jurassic Park en 1993, La Guerre des Mondes / Munich en 2005…), Steven Spielberg partagea son année 1997 entre le peu satisfaisant blockbuster (en premier lieu pour lui) Le Monde Perdu et Amistad. Centré sur l’histoire vraie d’une révolte meurtrière d’esclaves sur un bateau négrier en 1839, ainsi que le procès des révoltés, Amistad se voulait être à l’Esclavage ce que La Liste de Schindler fut à la Shoah : un film engagé. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué.

Tourné en 31 jours, Amistad est initialement un téléfilm HBO que l’implication de Spielberg via sa société Dreamworks va faire gonfler en projet cinéma. Le casting y est prestigieux puisque on retrouve Morgan Freeman, Matthew McConaughey, Anthony Hopkins et le Béninois francophone Djimon Hounsou pour la première fois dans un premier rôle. A l’exception d’un Hopkins trop maquillé et déjà en sur-régime depuis une décennie, les interprètes d’Amistad sont excellents et les relations tissées entre leurs personnages sont pour beaucoup dans l’intérêt du métrage. Si Freeman est finalement peu présent, jouant un homme noir libre (a free man) confronté le temps d’une scène au calvaire de ses semblables esclaves, le duo McConaughey / Hounsou n’est pas en reste pour voler la vedette. Dans une relation de compréhension (chacun apprenant la langue de l’autre pour communiquer) et de respect mutuels, Spielberg tricote ici une magnifique « amitié » d’un idéalisme vibrant qui porte le métrage.

Nul besoin d’étaler ici la précision du film, moins dans des faits retravaillés et modifiés pour le scénario (et pointés du doigt par des historiens) que dans sa mise en scène. Chaque cadre, chaque transition est nourrie d’enjeux avec cette fluidité dans la narration et le rythme qu’on connait depuis toujours chez Spielberg. Maitrisant son langage et sa grammaire sur le bout des doigts, le réalisateur offre encore une fois (sans surprise) un écrin cinégénique irréprochable à son projet.

C’est cependant dans son fond qu’Amistad ne convainc pas totalement. Probablement trop long, trop sentencieux, trop solennel par instants, il passe à côté d’un statut plus grand dans la filmographie de Spielberg par son évidence curieusement handicapante. Là où cette même évidence nimbe ses chefs-d’œuvre, elle n’arrive pas ici à soutenir complètement son louable projet. Probablement parce que l’esclavage c’est comme la Shoah, on est à peu près tous d’accord pour dire que c’est mal. Or, La Liste de Schindler est un grand film sur la Shoah justement parce que l’axe qu’il prend est détourné. Il permet de l’évoquer, de la voir par instants dans toute son horreur mais le film en lui-même ne sert pas à juger la Shoah. Tout simplement parce que juger l’innommable, c’est assez inutile.

Amistad aurait pu participer du même dispositif et il le fait d’ailleurs pendant une bonne partie de son récit. Toute la force du film étant d’être cet ubuesque film de procès où les seules questions posées sont : 

  • D’où viennent ces esclaves ?
  • A qui sont-ils ?

Et dès lors de contenir dans son absurdité même, pour nous spectateurs contemporains, de multiples et fascinantes évocations de ce qu’est l’Esclavage, notamment dans ce contexte historique trouble. On retiendra notamment le violent prologue et Cinqué (Hounsou) narrant la capture et le périple nautique de son peuple. Une compilation de scènes quasi-muettes, tétanisantes, révoltantes à la puissance d’évocation phénoménale. Une bouleversante scène de plaidoyer, où Cinque scande au tribunal « Give us free », s’ajoute aux morceaux de bravoure. 

Mais toute cette force première d’Amistad, celle de la petite histoire dans la grande, se dilue dans un dernier tiers en forme de réquisitoire contre l’esclavage. Comme si le film n’en montrait pas brillamment assez, il faut qu’il le dise, le verbalise notamment au travers du personnage d’Anthony Hopkins. Attention, la séquence est incroyable et essentielle au récit, puisque on ne peut en vouloir aux créateurs d’Amistad de suivre l’histoire vraie au plus près et dans tous ses rebondissements (le cas d’Amistad ayant été une figure de proue pour les abolitionnistes). Mais elle s’inscrit dans le canevas attendu et didactique du film indigné, qui se sent obligé de dénoncer ce qui n’a même pas à être débattu. Tout ceci a un intérêt historique certes, et on mentirait si on disait ne pas sentir le frisson lors de ses plaidoyers vibrants d’humanité. Mais cette émotion, aussi sincère soit elle, s’obtient à trop peu de frais sur l’autel de l’évidence.

En partie, Amistad souffre des mêmes défauts que Lincoln (avec lequel il forme un diptyque). Comme traumatisé par les critiques à l’époque de La Couleur Pourpre, Spielberg pêche (un peu) par excès. Il est impliqué et passionné par le sujet mais cherche maladroitement une illusoire légitimité (lui petit Juif blanc) dans l’évocation d’une mémoire de toute façon universelle. En surlignant de façon pompière, en appuyant des propos indiscutables, il diminue les effets puissants qu’il produit et empêche Amistad d’être plus qu’un beau film indigné.

Oubliant un peu, lui l’artisan humaniste et surdoué, qu’une image vaut mieux qu’un long discours.

Amistad : Bande-annonce

Amistad : Fiche technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : David Franzoni
Distribution : Morgan Freeman, Matthew McConaughey, Anthony Hopkins, Stellan Skarsgård, Djimon Hounsou…
Musique : Debbie Allen et John Williams
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Décors : Rick Carter
Costumes : Ruth E. Carter
Sociétés de production : DreamWorks SKG (États-Unis) – United International Pictures (France)
Genre : historique
Durée : 148 minutes
Box-office : 44,2 millions USD
Première sortie : 10 décembre 1997 (États-Unis)
Date de sortie 25 février 1998 (France)

États-Unis 1997

Jessica Jones, de Melissa Rosenberg : deux saisons pleines de mystère, d’humour et de mélancolie

En deux saisons de 13 épisodes chacune, Jessica Jones laisse une empreinte toute personnelle dans l’univers Marvel. Humour, mélancolie, interrogations morales et subtilité psychologique : c’est avec plaisir que la série nous plonge dans un univers de film noir à travers son personnage de détective privée blasée.

Ce qui est intéressant, quand on regarde l’ensemble des séries Marvel, c’est que toutes se déroulent dans la même ville mais chacun dans un quartier différent, et que ce quartier offre à chaque série une coloration, une identité propre : le noir et rouge de la violence de Hell’s Kitchen pour Daredevil, ou le jaune chaleureux d’un Harlem idéalisé pour Luke Cage, par exemple. De même, chaque série se rapporte à un genre particulier : les arts martiaux, la Blaxploitation, etc.

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Jessica Jones, quant à elle, fait directement référence aux films noirs. Son personnage de détective privé blasé et alcoolique, l’emploi de la voix off et les questions sur la morale, tout contribue à renforcer cette appartenance à ce genre si particulier.

Donc, Jessica Jones, c’est avant tout un personnage. Détective privée qui en a marre des sempiternelles histoires d’adultère, elle est habituée à fréquenter les bas-fonds, que ce soit sur ordre des clients ou pour chasser son cafard à coups de whisky. Finalement, de tous les personnages des séries Marvel, elle est celle chez qui les pouvoirs restent les plus discrets. Elle a une force surhumaine, certes, mais la plupart du temps ça lui sert à briser des cadenas ou à sauter du cinquième étage sans une égratignure. Ici, pas de combats impressionnants, mais surtout des conflits psychologiques.

Conflits qui se déroulent surtout dans le for intérieur de la protagoniste. Les deux saisons nous montrent Jessica Jones en prise directe avec son passé. « Mon passé est en train de faire des morts », dira-t-elle dans la saison 2. Et cette résurgence du passé va amener la détective à se confronter directement à ses traumatismes.

Sur ce canevas de base, les deux saisons ont l’intelligence de partir dans deux directions très différentes. La première saison est un face-à-face, un affrontement au sommet entre deux personnages dotés de pouvoirs. Jessica Jones se retrouve face à Kilgrave, un homme qui a la capacité de contrôler les personnes autour de lui, y compris contre leur volonté. Il peut obtenir tout ce qu’il veut de tout le monde. Cela donne d’ailleurs des scènes impressionnantes, en particulier dans un commissariat (une des scènes les plus marquantes de la série). Le choix de David Tennant pour tenir le rôle de l’Homme Pourpre est idéal : le comédien britannique confère au personnage une sorte d’instabilité mentale qui en fait un danger permanent. On sent, à chaque instant, qu’il est capable du pire.

La deuxième saison part dans une direction très différente. Jessica Jones est à nouveau confrontée à son passé, mais cette fois-ci dans le cadre d’une enquête. L’énigme de ses pouvoirs remonte au grand jour. 17 ans plus tôt, suite à l’accident de voiture qui a décimé sa famille et a failli lui coûter la vie, la jeune Jessica a disparu pendant une vingtaine de jours. Déclarée morte, elle n’est admise officiellement à l’hôpital que 20 jours plus tard, et en ressort avec ses pouvoirs. La saison 2 part donc sur un mystère.

Dans les deux cas, Jessica doit affronter un traumatisme. Ancienne victime de Kilgrave, ancienne victime d’expériences interdites dans un laboratoire secret, ces deux enquêtes vont réveiller des douleurs enfouies et, en même temps, expliquer les malaises persistants de Jessica Jones. Et la détective est tiraillée entre deux attitudes : la confrontation ou la fuite. C’est là que la morale entre en ligne de compte.

Cette question morale, typique des films noirs, a une grande place dans la série. « Jusqu’où faut-il aller pour aller trop loin ? Et est-il possible de revenir en arrière ? » se demande Jessica. La saison 2, en particulier, nous montre une détective traumatisée par le mal qu’elle peut faire autour d’elle. Et si, pour résoudre une enquête, il fallait tuer quelqu’un ? Et si cette mort n’est pas évitable, est-elle pour autant justifiée ? Empêche-t-elle pour autant la mémoire du crime de revenir sans cesse dans les cauchemars ?

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A l’opposé de Luke Cage (un des personnages secondaires de la saison 1) qui obtient une reconnaissance de la rue en tant que super-héros et qui n’hésite pas un instant à assumer publiquement ce statut, Jessica Jones n’est pas une super-héroïne. Être dotée de ces pouvoirs apparaît bien plus souvent comme une malédiction que comme une bénédiction. Elle est rendue responsable de tout ce qui va mal autour d’elle, on la blâme quand elle n’agit pas, elle est perçue comme un monstre (y compris par elle-même) et, par-dessus tout, cela pourrit sa relation avec sa « sœur » Trish, jalouse de ces pouvoirs.

D’ailleurs, dans Jessica Jones, il n’est pas question que des pouvoirs de la détective. La série nous propose différents personnages de femmes au pouvoir. Pouvoir médiatique avec Trish, pouvoir judiciaire avec Jeri Hogarth, etc. Des femmes de pouvoir, et des hommes qui essaient bien souvent de leur mettre des bâtons dans les roues : la série n’élude pas les questions politiques, qui sont traitées avec assez de finesse pour ne pas être caricaturées.

La saison 2 est clairement divisée en deux parties, séparées par un épisode pivot, le n°7, qui se déroule en flashback. La seconde moitié, radicalement différente de la première, traîne un peu en longueur. C’est peut-être là le seul vrai défaut de la série : les deux saisons sont un peu trop longues. Jessica Jones souffre de ce que l’on pourrait appeler « le dogme des 13 épisodes » : mise à part The Defenders, les autres séries Marvel se composent systématiquement de saisons de 13 épisodes, quitte, hélas, à étirer outre mesure l’intrigue et à combler les vides avec des arcs narratifs secondaires pas toujours passionnants. C’est déjà le cas vers la fin de la première saison, et cela se répète dans la seconde moitié de la deuxième saison.

Mais, dans l’ensemble, Jessica Jones constitue une série vraiment intéressante. Son personnage principal (interprété par une excellente Krysten Ritter, absolument idéale en héroïne à la fois cool et blasée) est un des meilleurs super-héros de l’univers des séries Marvel ; cela saute aux yeux dans The Defenders, où Jessica apporte sa touche d’humour indispensable dans un monde qui, sans elle, serait beaucoup trop sérieux. Jessica Jones, avec ses punchlines (« Si tu me sors qu’avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités, je te jure, je te gerbe dessus »), son amère mélancolie, son ambiance de film noir, constitue un des meilleurs divertissements parmi les séries Marvel.

Synopsis de la saison 1 : la détective privée Jessica Jones, de l’agence Alias, est engagée par un couple de parents qui veulent retrouver leur fille Hope Shlottman. Elle découvre alors que la jeune fille est sous l’emprise de Kilgrave.

Jessica Jones : bande-annonce

Jessica Jones : fiche technique

Créatrice : Melissa Rosenberg
Réalisation : John Dahl, Jennifer Lynch, Uta Briesewitz…
Scénario : Melissa Rosenberg, Brian Michael Bendis, Michael Gaydos…
Interprètes : Krysten Ritter (Jessica Jones), Rachael Taylor (Trish Walker), Eka Darville (Malcolm Ducasse), Carrie-Anne Moss (Jeri Hogarth), David Tennant (Kilgrave), Janet McTeer (Alisa).
Musique : Sean Callery
Photographie : Manuel Billeter
Montage : Michael N. Knue, Jonathan Chibnall
Production : Tim Iacofano
Sociétés de production : ABC Studios, Marvel Studios, Tall Girl Productions
Société de distribution : Netflix
Date de diffusion (saison 1) : 20 novembre 2015
Genre : drame, fantastique
Nombre d’épisodes : 2X13
Durée d’un épisode : environ 50 minutes

Etats-Unis- 2015

Minority Report de Steven Spielberg : un polar visionnaire sur la présomption d’innocence

Un an, à peine, après la sortie de A.I. intelligence artificielle, Steven Spielberg replongera dans l’univers de la SF et signera un trépidant et visionnaire polar d’anticipation avec Minority Report. Le cinéaste usera de son talent afin de nous questionner sur la place du libre arbitre dans une société pré ordonnée : une fausse utopie sans criminel.

Bien que Spielberg semble peu se soucier des répercussions de ce conditionnement social et judiciaire sur la population humaine, il met en scène un scénario brillant où la réalité virtuelle souligne le comportement d’une réalité calibrée sur une échelle de valeur qui n’est plus humaine. Grâce aux visions d’oracles qu’on nomme les précogs, les agents de police peuvent anticiper les meurtres. Dès lors les criminels sont arrêtés avant qu’ils n’aient réalisé l’acte. Sauf que cette technologie va se retourner contre l’agent Anderton, qui deviendra lui aussi un suspect.

L’humanité est si effrayée par sa propre mémoire, par son propre instinct et ses propres pulsions qu’elle doit négocier une réalité interrompue par des décisions qui modulent à la fois le passé et le futur. A travers ce récit de science-fiction, Spielberg nous interroge sur notre libre arbitre, sur la réalité même des images et de l’interprétation que l’on peut faire d’un instantané. Question qui est à la fois sociétale mais aussi religieuse. On pourra toujours se demander si le libre arbitre fait de cet avenir prédestiné une possibilité plutôt qu’une certitude : la vision des précogs est-elle exacte ou a-t-elle été altérée par l’apparition de leurs propres décisions ? La société est régie par une dialectique de pensée judiciaire qui devient un cercle vicieux.

Le libre arbitre, la présomption d’innocence n’existe plus : les oracles parlent. Derrière cette cavalcade policière et philosophique, Spielberg montre avant tout ses qualités de metteur en scène : comme souvent, le mouvement est important dans la genèse rythmique de son œuvre. Le charisme de Tom Cruise opère avec panache : il incarne un policier meurtri par la disparition de son fils, et devient l’arroseur arrosé d’un système à qui il a donné les lettres de noblesses. Minority Report de Steven Spielberg semble, visuellement, moite et décoloré. Derrière leurs sagesses, leurs candeurs, les oracles sont utilisées à des fins totalitaristes pour agencer un monde qui vous juge pour des actes que vous n’avez pas encore commis. De tels paradoxes et réflexions sont l’épicentre de Minority Report.

La course poursuite qu’est Minority Report n’est pas qu’une simple histoire de fugitif qui voudrait s’échapper et mettre la lumière sur son innocence mais se révèle être une course contre la montre d’une humanité qui se bat contre sa propre mort, pour rétablir un ordre de pensée qui soit réflexif et arbitraire plutôt que schématique et matérialisé à outrance. Minority Report contient des séquences exceptionnelles notamment lorsqu’Anderton saute à travers les voies de voitures à lévitation magnétique qui accélèrent à la fois horizontalement et verticalement dans un paysage urbain automatisé ou lorsqu’il se plonge dans une baignoire tandis que des araignées mécaniques tentent de l’identifier en scannant sa rétine – celle qu’il vient de se faire implanter.

Alors que Spielberg manipule son film entre les interstices de nombreux genres, allant de la science-fiction au thriller, du polar au récit politique, Minority Report est un étalon cinématographique : sa direction artistique d’anticipation est parfaite, nourrit la confusion et la proximité avec notre monde, ses scènes d’actions pleines d’envergure accentuent le suspense qui s’intensifie au fil des minutes. Minority Report est un condensé presque implacable de la filmographie de son réalisateur :  sous les déflagrations philosophiques et thématiques d’une intrigue retord, le cinéaste implante sa vision humaniste du monde dans les encablures d’une mise en scène souple et dynamique. Mais à l’instar d’A.I intelligence artificielle, Spielberg n’est pas si éloigné d’un Stanley Kubrick en oubliant peu à peu sa sympathie émotionnelle habituelle, et en acquiesçant des questionnements sombres, notamment ceux sur le deuil dans un environnement futuriste.

Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la « Précrime » devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n’a alors plus qu’à lancer son escouade aux trousses du « coupable »…
Mais un jour se produit l’impensable : l’ordinateur lui renvoie sa propre image. D’ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha.

Bande annonce – Minority Report

Fiche Technique – Minority Report

Titre original : Minority Report
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Scott Franck, Jon Cohen
Interprétation : Tom Cruise, Colin Farrell
Musique : John Williams
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Maisons de production : DreamWorks, 20th Century Fox
Distribution (France) : UFD
Durée : 145 minutes
Genre : Science Fiction, Polar
Date de sortie : 2 octobre 2002

Printemps du Cinéma 2018 : Trois jours d’évasion à 4 euros la séance du 18 au 20 mars

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La nouvelle édition du Printemps du Cinéma se déroulera en France du dimanche 18 jusqu’au mardi 20 mars 2018. Les tarifs des séances seront arrondis à la modique somme de 4 euros, pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Voici donc une très belle occasion de profiter des dernières nouveautés en amoureux ou de rattraper des séances entre amis.

L’opération du Printemps du Cinéma s’apprête à débuter ce week-end dans toutes les salles de cinéma en France. Les séances seront proposées au tarif exceptionnel de 4 euros. La manifestation culturelle va s’étendre cette année du dimanche 18 mars au mardi 20 mars 2018. La seule déconvenue pour le prix de quatre euros concernera les projections en 3D et au format Imax.

Ce week-end, le Printemps du Cinéma célèbre sa 19ème année d’existence. Cette opération est menée par la Fédération nationale des cinémas français. Les acteurs Elsa Zylberstein, Raphaël Personnaz et Franck Gastambide ainsi que les réalisateurs Jean-Paul Salomé et Nabil Ayouch font partie des parrains de la cuvée 2018.

Un clip promotionnel a été réalisé spécialement pour l’occasion afin de promouvoir la manifestation. Ce film a été réalisé par Jean-Paul Salomé (Je fais le mort, Arsène Lupin, Les femmes de l’ombre, Belphégor, le fantôme du Louvre). Les comédiens Zita Hanrot (Fatima, Le Gang des Antillais, K.O., La fête est finie, Carnivores) et Finnegan Oldfield (Marvin ou la Belle Education, Nocturama, Bang Gang – une histoire d’amour moderne, Les Cowboys) se retrouvent côte à côte dans une salle de cinéma. Les deux jeunes qu’ils incarnent se laissent emporter par la magie et la féerie du septième art, à l’occasion du Printemps du Cinéma.

Les grands gagnants du box-office de ces dernières semaines vont donc pouvoir réaliser de très belles performances lors de ces trois jours à prix réduits. Les chiffres pour Black Panther, La Forme de l’eau, Les Tuche 3, La Ch’tite famille, Belle et Sébastien, 3 Billboards et Cinquante nuances plus claires s’annoncent colossaux durant l’opération du Printemps du cinéma 2018. L’horreur à la française pourrait tirer son épingle du jeu avec Ghostland de Pascal Laugier et La Nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher, tout comme l’ovni de Samuel Benchetrit, Chien. Les plus geeks des cinéphiles vont pouvoir découvrir les nouvelles aventures de Lara Croft dans Tomb Raider à un prix modique également ! Le film de James Franco, The Disaster Artist, sur la genèse du tournage de The Room de Tommy Wiseau, pourrait enfin trouver son public. Ce biopic décalé a été plombé par un nombre dérisoire de copies dans l’Hexagone (seulement 63…) pour un total de 29 133 entrées sur 5 jours.

En 2017, le Printemps du Cinéma a attiré près de 2,8 millions de spectateurs dans les salles obscures en France. Selon les organisateurs, ces chiffres impressionnants témoignent d’une fréquentation en hausse de 13 % par rapport à l’édition 2016.

Le marché français est florissant. L’Hexagone représente le premier parc de salles de cinéma en Europe avec 5 843 écrans dans 2 045 cinémas. Pour l’année 2017, plus de 209 millions d’entrées ont été comptabilisées au cinéma. Ces chiffres constituent la troisième meilleure fréquentation depuis cinquante ans.

Le Printemps du Cinéma va donc se dérouler du dimanche 18 au mardi 20 mars avec un tarif unique de 4 euros la séance. Toute la rédaction de Cinéséries-mag vous souhaite donc de bonnes séances et de très belles émotions à l’occasion de la célébration du septième art durant ces trois jours !

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Film promotionnel pour le Printemps du Cinéma 2018 :

3 From Hell : Rob Zombie a débuté le tournage de la suite de The Devil’s Rejects

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Selon des informations de Bloody-Disgusting et de Dread Central, le cinéaste et musicien Rob Zombie aurait débuté le tournage de son nouveau long-métrage. Le réalisateur de 31 réserve une divine surprise aux amateurs de films d’horreur !

Le cinéaste américain a publié cette semaine une photographie sur le tournage de son nouveau projet cinématographique : 3 From Hell. Le cliché en question a été dévoilé sur son compte Instagram. Ce long-métrage devrait être une suite de La maison des 1 000 morts (2003) et de The Devil’s Rejects (2005) !

https://www.instagram.com/p/BgRiVcJlOBN/?utm_source=ig_embed

Des rumeurs, au mois d’octobre 2017 à l’occasion d’Halloween, évoquaient la possibilité d’un nouveau projet cinématographique pour Rob Zombie. Le tournage de ce futur film était annoncé pour mars 2018. Rob Zombie a donc pu tenir son calendrier et mener son projet à bien. Le titre de ce futur film laisse envisager de terribles possibilités sur le sort des anti-héros, la famille Firefly, des films précédents.

Le bouquet final du chef-d’œuvre horrifique The Devil’s Rejects a envoyé les personnages principaux vers un funeste destin. A la manière du final de Jason va en enfer d’Adam Marcus où le tueur au masque de hockey est importuné par Freddy Krueger, les Firefly pourraient bien être tombés sur un os en toquant à la porte du Diable ! Ils sont susceptibles de faire leur retour sur Terre, sous la forme de damnés ! Cette suite risque de s’aventurer dans le domaine du surnaturel. Captain Spaulding (Sid Haig), Otis (Bill Moseley) et Baby (Sheri Moon Zombie) pourraient donc réapparaître miraculeusement !

Rob Zombie serait en négociations avec les sociétés Lionsgate et Saban Films pour la sortie du film 3 From Hell en salles, en VOD et pour une commercialisation en DVD et en Blu-Ray. Rob Zombie s’est attelé au scénario de cette suite tant attendue de The Devil’s Rejects. Aucune date de sortie n’a encore été annoncée pour 3 From Hell et le reste du casting est encore mystérieux.

The Devil’s Rejects constitue l’un des meilleurs films de la filmographie de Rob Zombie. La scène finale avec le titre « free bird » de Lynyrd Skynyrd est encore dans les mémoires de nombreux cinéphiles mordus de cinéma de genre et bis. Le réalisateur était malheureusement tombé dans les travers du « development hell » avec sa relecture de la franchise Halloween et avait baissé le pied avec The Lords of Salem. Son dernier film, 31, assez brouillon et digne des montagnes russes ou des trains fantômes, s’apparentait presque à l’adaptation non avouée et non officielle de Running Man de Stephen King ou du jeu vidéo ultra violent Manhunt des studios Rockstar Games.

Deux des acteurs de The Devil’s Rejects (Sid Haig et Bill Moseley) font également partie de la très belle aventure du film d’horreur indépendant Death House, signé Harrison Smith, qui va voir sa sortie étendue dans les salles obscures américaines le week-end du 16 mars 2018. Ce film réunit des légendes vivantes du cinéma d’horreur des années 1980 et 1990 dans une plongée démoniaque au cœur de l’enfer carcéral d’un établissement de haute sécurité de la Zone 51.

Les fans de la filmographie de Rob Zombie peuvent donc se réjouir. L’un des maîtres modernes de l’horreur a l’intention d’apporter un troisième volet à sa franchise culte après La Maison des  1 000 morts et The Devil’s Rejects. Le roi de l’horreur est de retour ! Hail to the King, Baby! Groovy!

A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg : une quête humaniste sur l’enfance

Décrié par beaucoup, A.I. est l’un des plus beaux moments de cinéma qu’a pu nous offrir Steven Spielberg. Suivant le pas d’un jeune robot en quête d’amour, le cinéaste mêle son aura populaire humaniste à une sphère cette fois-ci, plus intime et mélancolique dans laquelle le précipice de la mort n’est jamais loin.

Dans un monde où les robots sont créés pour palier à des économies énergétiques, environnementales et la survie du monde moderne, David est unique. Unique en son genre parce qu’il est le premier robot à être programmé pour aimer. Non pas pour être aimé mais pour aimer, pour rendre à un couple un amour disparu que leur propre progéniture ne peut plus leur donner. Le film de Spielberg est un être schizophrène, projet désarticulé de Stanley Kubrick (qui devait initialement le réaliser) et de Steven Spielberg qui commence par de la science-fiction cérébrale, intime et sociale dans une famille en reconstruction avant de basculer brusquement dans un conte de fées déchirant évoquant Le Magicien d’Oz et surtout Pinocchio.

Au-delà du fait que le décorum visuel soit somptueux et d’une inventivité féconde, s’appropriant notre modernité contemporaine à celui de l’imaginaire d’anticipation, le cinéaste offre un véritable bijou de mise en scène qui s’attaque à la thématique du regard. Alors que l’un de ses autres films de science-fiction Minority Report se triturait les méninges avec intelligence sur le poids des images, les conséquences de nos actes, la valeur de notre pensée, A.I. différencie sa propre réalité et sa « fausseté » entre l’étroite frontière entre les humains organiques et les robots « méchas ». Mais au lieu de jouer la carte de l’esbroufe esthétique pour initier une confusion des genres, Steven Spielberg se veut plus imaginatif dans son design ou plus concis dans son dispositif de mise en scène pour que l’émotion imprègne mieux l’imaginaire du spectateur mais aussi celui des personnages.

Le réalisateur jouera beaucoup avec le cadre, les miroirs, les flous, l’espace pour agencer la plénitude du film du cinéma de genre à l’image du premier plan qui nous dévoile David : une lumière blanche aveuglante rejaillit comme si un alien allait apparaître. Suite à des problèmes liés à la jalousie du « vrai » fils du couple et à la méfiance du mari, il est rejeté par « sa mère adoptive » dans une forêt au lieu d’être détruit alors qu’il commençait à être aimé par sa « mère ». Il tentera ensuite de réconcilier ses problèmes d’abandon en cherchant la fée bleue pour devenir un « vrai petit garçon » au milieu de paysages aussi délabrés que futuristes envahis par des méchas rejetés de la même manière. La science-fiction de Steven Spielberg est humaniste mais ne perd pas de vue qu’elle existe toujours sous le prisme de la peur et du manque de l’humain.

Derrière la création, derrière ce questionnement quasi religieux qui s’insère dans l’œuvre avec puissance et justesse, il y a toujours une sorte d’alibi, une cassure chez l’humain qui le pousse à vouloir créer ou à détruire : la perte d’un fils est l’épicentre du film. Tout est lié à l’amour avec un grand A : David qui est un robot pionnier, un fils de substitution à bien des égards, ou Joe qui vit pour donner du plaisir aux femmes. Il y a cette servitude émotionnelle qui lie les humains aux robots. Mais cet amour est souvent dysfonctionnel : par cette forme de rejet, par cette peur de l’inconnu, par cet inconscient de la différence. A.I. s’érige comme une expression terriblement angoissée de rejet, de solitude et d’amour sur l’incohérence de notre monde.

Comme en témoigne toute cette séquence dans ce sanctuaire de la mort des robots, qui ressemble trait pour trait à un stade pour « bikers » dans lequel on torture et tue les méchas sous les applaudissements effrénés d’une foule en délire. Sauf que lorsque le jeune David, avec son allure de petit garçonnet, arrive sur le bûcher pour être victime de ces atrocités, le public semble perdre toute notion de réalité, sur qui est humain et qui ne l’est pas. C’est là que tient toute la force centrifuge de A.I., dans cette manière d’accompagner la croyance même aveugle de ce jeune « mécha » qui ne se pose jamais la question de sa condition, dans un monde violent dans lequel les Hommes tentent tant bien que mal d’échapper à leurs propres problèmes : la mort physique de l’humanité mais aussi et surtout, l’effondrement de leurs sentiments.

A.I. est ambitieux, personnel et révélateur, une œuvre qui parle de la souffrance sous l’égide de la naïveté. David veut devenir un enfant et seulement un enfant. C’est en s’écartant de l’habituelle quête existentialiste des robots que A.I. pousse sa profondeur dans des contrées jamais jalonnées sur la misère humaine. C’est un film sur l’enfance, qui oscille entre le béatement enfantin de Spielberg et le cynisme de la violence humaine de Kubrick, pour conforter autant qu’il désarçonne. La fin, quant à elle, a fait grincer des dents mais est d’une beauté et d’une tristesse infinie sur l’image du monde solitaire qu’est l’enfance.

Synopsis: Dans un XXIe siècle où la fonte des glaces a submergé la majorité des terres habitables et provoqué famines et exodes, les robots sont devenus une composante essentielle de la vie quotidienne et assurent désormais la plupart des tâches domestiques.
Pourtant, le professeur Hobby veut aller encore plus loin en créant le premier androïde sensible : un enfant capable de développer un vaste répertoire d’émotions et de souvenirs. Peu après cette annonce, David, un robot de onze ans, fait son entrée chez Henry et Monica Swinton, un couple dont le jeune fils a été cryogénisé en attendant la découverte d’un remède pour guérir sa grave maladie. Bientôt abandonné par sa mère adoptive, David entame un périlleux voyage à la recherche de son identité et de sa part secrète d’humanité.

Bande Annonce – A.I. Intelligence artificielle

Fiche Technique – A.I. Intelligence artificielle

Titre original : A.I. intelligence artificielle
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Steven Spielberg, Ian Watson
Interprétation : Haley Joel Osment, Jude Law
Musique : John Williams
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Maisons de production : DreamWorks
Distribution (France) : Warner Bros France
Durée : 155 min
Genre : Biographie, Histoire
Date de sortie : 24 octobre 2001

L’État des Choses, de Wim Wenders : le temps suspendu du cinéaste

Devenu célèbre avec des films comme Au Fil du Temps ou L’Ami Américain, Wim Wenders revient, avec L’État des Choses, sur la passion pour le cinéma, son intérêt pour les voyages et sa façon toute personnelle de montrer le passage du temps.

Dès la scène d’ouverture, L’État des Choses nous propose les deux thèmes majeurs de la filmographie de Wim Wenders, le cinéma et le voyage. Dans ce pré-générique, le cinéaste allemand nous plonge dans un film à l’intérieur du film, sorte de mise en abyme qui sera un des procédés majeurs de ce long métrage. Ce film, intitulé The Survivors, est manifestement une œuvre de science-fiction post-apocalyptique où un groupe de survivants voyage tant bien que mal au milieu des restes cadavériques d’une civilisation dévastée. Un voyage qui a un but, arriver à l’océan, synonyme de survie. C’est là que le voyage et le tournage s’interrompent de concert.

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Comme dans la grande majorité des films de Wenders, le personnage principal de L’État des Choses est un voyageur. Il le dit lui-même, vers la fin du film : « Je ne suis chez moi nulle part, dans aucune maison, dans aucun pays ». Mais ici, le voyage se brise brutalement sur une plage du Portugal. Le producteur du film a disparu, l’équipe est à court de pellicule, le tournage est donc suspendu jusqu’à nouvel ordre. Et c’est cette suspension qui constituera la majeure partie de L’État des Choses. L’équipe du film, désœuvrée, doit passer son temps comme elle le peut dans un hôtel qui ressemble à un bunker abandonné.

Après cette séquence d’ouverture qui nous montre The Survivors, le film va donc se diviser clairement en deux parties d’inégales longueurs. Dans la première, la plus longue, Wenders va prendre son temps pour nous montrer les réactions de ses personnages face à cette situation si spécifique. Le rythme, très lent, colle parfaitement à l’état où se trouve l’équipe du film : un état d’attente où le temps semble s’étirer de façon insupportable pour certains. Chacun essaie de faire passer le temps, au sens propre de l’expression, mais la situation extrême où ils se trouvent plongés bien malgré eux entraîne forcément des questionnements, voire des accusations.

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La seconde partie découle logiquement de la première : le réalisateur, Friedrich Munro (Patrick Bauchau), au lieu d’attendre inutilement un retour plus qu’hypothétique du producteur, décide de partir à sa recherche à Los Angeles. Le voyageur reprend la route dans l’objectif de sauver son film. Le rythme change catégoriquement, les scènes sont plus courtes, tout semble s’accélérer alors.

Film sur le voyage, L’État des Choses est aussi un film sur le cinéma. Et là, Wenders ne se contente pas de filmer une équipe en train de faire un film. Il fait petit à petit disparaître les frontières entre fiction et réalité, entre le film et le vrai monde.

D’abord, c’est la frontière entre le film The Survivors et la réalité de l’équipe qui devient poreuse, lorsque l’un des techniciens affirme : « ce sont nous, maintenant, les Survivants ».

Mais surtout, c’est la distinction entre la fiction de L’État des Choses et notre réalité qui s’efface. Ainsi, le directeur de la photographie, Joe Corby, est interprété par Samuel Fuller. Mais Wenders joue sur la confusion entre le personnage et son interprète, et, au détour d’une scène, on retrouve Corby en train de raconter le tournage des 40 Tueurs, de Samuel Fuller. Il est intéressant de constater également l’abondance d’appareils photo et de caméras : de nombreux personnages prennent les autres en photo ou posent pour des vidéastes amateurs. Un des membres de l’équipe s’amuse à raconter son enfance en la jouant de façon comique. Deux gamines parcourent tout l’hôtel en se prenant pour des héroïnes de films. Mieux : une partie des événements qui se déroulent dans cet hôtel semble être adaptée d’un roman, et pas n’importe lequel : The Searchers (La Prisonnière du Désert) d’Alan LeMay.

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Ainsi, L’État des Choses est un film de cinéphile. Les références abondent, à commencer par la présence de Samuel Fuller et Roger Corman. Le nom du réalisateur, Friedrich Munro, est une allusion transparente à F. W. Murnau, le réalisateur de Nosferatu et L’Aurore, mais le cinéaste est également surnommé Fritz (ce qui renvoie à l’autre géant du cinéma germanique, Fritz Lang). Nous avons des clins d’œil aussi bien au western qu’au film de gangsters, au road movie et à la science fiction des années 50.

L’ensemble fait de L’État des Choses un film surprenant et inattendu. Un hommage au cinéma aussi bien qu’une mise en garde contre une « hollywoodisation » à outrance du 7ème art, où des producteurs pas toujours scrupuleux prendraient l’avantage sur les réalisateurs et les dépouilleraient des moyens nécessaires pour pratiquer leur art.

Synopsis : une équipe internationale tourne un petit film de science-fiction, The Survivors. Mais on apprend que le producteur a disparu avec une partie du budget et que, faute de pellicule, le tournage est interrompu. Toute l’équipe s’installe dans un hôtel sur une plage du Portugal.

L’État des Choses : bande-annonce

L’État des Choses : fiche technique

Titre original : Der Stand der Dinge
Réalisateur : Wim Wenders
Scénaristes : Wim Wenders, Robert Kramer
Interprètes : Patrick Bauchau (Friedrich Munro), Isabelle Weingarten (Anna), Jeffrey Kime (Mark), Paul Getty III (Dennis), Roger Corman (l’avocat), Allen Goorwitz (Gordon), Samuel Fuller (Joe Corby)
Photographie : Henri Alekan, Fred Murphy
Montage : Barbara Von Weitershausen
Musique : Jurgen Knieper
Production : Chris Sievernich
Sociétés de production : Gray City, V.O. Filmees, Road Movies Filmproduktion, Wim Wenders productions, Pro-ject Filmproduktion, Pari Films, Musidora films, Film International, Artificial Eye, Zweites Deutsches Fernsehen.
Société de distribution : Pari Film
Société de distribution de la reprise : Les Acacias
Date de sortie en France : 20 octobre 1982
Date de sortie de la reprise : 14 mars 2018
Genre : drame
Durée : 125 minutes

RFA – 1981