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Annihilation de Alex Garland : Le Pour/Contre de la rédaction

Une fois n’est pas coutume l’un des événements cinématographiques majeurs de ce mois n’a pas eu lieu dans les salles de cinéma, mais sur les plateformes de VOD. Débarqué sur Netflix le 12 mars après s’être vu refuser par la Paramount une sortie en salle, Annihilation est le deuxième film du Britannique Alex Garland. Après avoir fait forte impression avec son coup d’essai, Ex Machina, le scénariste de plusieurs films de Danny Boyle (28 jours plus tard, Sunshine) a-t-il réussi à renouveler son exploit. Rien n’est moins sûr, surtout lorsque l’on voit les deux avis diamétralement opposés de la rédaction.

Synopsis : Depuis des mois, Léna, professeur de biologie à l’université John Hopkins, n’attend plus son mari Kane, militaire parti en mission secrète et dont elle n’a plus aucune nouvelle. Convaincue de son décès, elle est d’autant plus surprise de le voir apparaître d’un coup à la porte de sa chambre. Mais il semble étrange, ses propos sont incohérents, il a même oublié comment il est arrivé là.

L’avis très enthousiaste de Hervé

annihilation-alex-garland-natalie-portman-tessa-thompsonLes premières minutes du film nous plongent d’emblée dans une ambiance de mystère qui restera un des points forts d’Annihilation. Léna (Natalie Portman) est interrogée par un homme en combinaison NBC dans une chambre d’isolement, et elle ne peut pas répondre aux questions qu’on lui pose. Pourquoi elle a disparu pendant 4 mois alors que, pour elle, seules 2 semaines se sont écoulées ? Pourquoi elle ne se souvient pas d’avoir mangé ? Où ont disparu les autres personnes qui l’accompagnaient ?

L’une des forces évidentes d’Annihilation, c’est d’avoir créé un univers énigmatique, un monde de tous les possibles. A partir du moment où l’équipe rentre dans la région du Miroitement, le monde semble échapper aux règles habituelles de la physique. Toutes les lois qui sont à la base de nos sciences modernes sont chamboulées. L’impossible se produit sans cesse, comme si la nature était atteinte de démence. L’ADN de plantes et d’humains se mélangent. Des animaux étranges et inattendus apparaissent, mariages improbables de races qui ne devraient pas aller ensemble.

Bien entendu, pour un cinéaste doté d’un tantinet d’imagination, un tel postulat de départ est un don du ciel. Et Alex Garland s’en donne visuellement à cœur joie, nous offrant des images magnifiques de plantes à forme humaine ou de cerfs blancs de toute beauté. Il sait tirer partie de la liberté visuelle que lui confère le scénario sans en faire trop, sans nous inonder de CGI, parce que là n’est pas le propos du film. Les trucages sont mis au service de l’histoire, et non pas l’inverse.

Mieux : Garland parvient à instaurer une ambiance à la fois poétique et inquiétante. Le film est en équilibre constant entre l’horreur et le contemplatif, le beau et l’angoissant. Et c’est justement par son questionnement, par son aspect énigmatique, que le film parvient à être aussi anxiogène. L’absence d’explications, l’ambiance musicale, la nature atteinte de folie, l’imprévisibilité, tout contribue à cette atmosphère morbide contrebalancée par les indéniables qualités esthétiques.

« C’était fantasmagorique.
_ Cauchemardesque ?
_ Pas toujours. Ça pouvait aussi être beau parfois. »

Annihilation joue aussi beaucoup sur une assimilation entre la nature et les personnages eux-mêmes, jouant sur une similarité entre macrocosme et microcosme. En gros, ce qui arrive en géant, au niveau de la nature, arrive aussi en petit au niveau des humains. Les mutations qui bouleversent les règles de la nature affectent aussi les humains.  Le code génétique des personnages change, les empreintes digitales bougent, même les entrailles sont en mouvement. La folie qui gagne la nature atteint aussi les humains ; des esprits habitués à un monde cartésien ne peuvent supporter que toutes les lois de la physique et la biologie soient changées d’un coup.

Là où l’assimilation entre la nature et les humains est la plus visible, c’est dans la comparaison avec le cancer. Au début du film, Léna donne son cours de biologie et on peut y voir des cellules qui se divisent. Symbole de la vie… ou de la mort, puisque ces cellules sont des tumeurs malignes. Et cette image de la tumeur cancéreuse qui se répand va être constamment associée aux personnages principaux (une fille morte de leucémie, un des membres de l’équipage mourant d’un cancer) et à la nature. « On parlerait de pathologie si on voyait ça sur un humain », dira Léna, avant d’affirmer, plus loin : « des mutations. Malignes, comme des tumeurs. » Ainsi, comme le cancer est une mutation des cellules vivantes, ce qui arrive dans le Miroitement est une mutation de la nature. Une forme d’auto-destruction inscrite en chaque cellule.

Cette folie semble carrément atteindre le film lui-même, en particulier dans sa gestion de la chronologie. On sait vite que le déroulement du temps est affecté sous le Miroitement, et tout cela semble avoir aussi de l’influence sur le récit. Les flashbacks viennent de façon imprévisible et illogique, comme si l’ensemble du long métrage était affecté également.

Hélas, il faut compter quand même quelques défauts au film de Garland. Les personnages sont trop transparents, dessinés d’un minuscule trait de plume. La fin est plutôt décevante aussi. Mais dans l’ensemble, Annihilation nous propose un voyage original, inattendu et beau dans un monde de folie et de poésie, et Garland nous montre avec plaisir ce qu’un cinéaste peut faire avec une telle liberté.

La déception amère de Maxime

annihilation-alex-garland-portman-jason-leigh-thompson-rodriguezDire que Alex Garland était attendu au tournant est un euphémisme, après le beau petit succès que fut Ex Machina. À cela s’ajoute les premières images prometteuses de Annihilation, le tout couplé à un pitch des plus énigmatiques. Si le deuxième essai du Britannique arrive à faire illusion quelques instants avec cette ONG au but mystérieux ou encore cet inattendu retour du mari perdu, l’esbroufe va très vite prendre le dessus. Cela se manifeste dès la mise en place du monde appelé le Miroitement. Un monde où tout être vivant semble pris dans un cycle de mutation et de mélange permanent, où l’ADN se réfracte (oui, oui , vous avez bien entendu, l’ADN a les propriétés d’une onde et peut se réfracter), les crocodiles se voient affublés d’une dentition de requin, les ours se mettent à pousser des cris de femmes en détresse ou les plantes développent un certain anthropomorphisme. Plus aucune règle scientifique ne semble être en vigueur et le pire, c’est qu’une biologiste soi-disant émérite comme le personnage de Lena incarnée par Natalie Portman semble très vite s’en accommoder. Il suffit de voir sa réaction lorsqu’on lui annonce que l’ADN se réfracte, on dirait qu’on vient de lui annoncer la météo.

C’est d’ailleurs assez cocasse de la part de Garland de traiter d’un univers appelé le Miroitement, alors que lui-même essaie de nous faire miroiter une impression de profondeur dans son film de science-fiction aussi subtil qu’un défilé du carnaval de Dunkerque. L’annihilation dans sa définition physique signifie la destruction totale, et la transformation de la masse en énergie. Alex Garland s’intéresse donc ici à la part auto-destructrice de chaque humain au travers de son commando spécial composé de 5 femmes. Là encore il suffit de voir la caractérisation des personnages pour s’apercevoir très vite que la fausse profondeur est une nouvelle fois de mise. Le développement des personnages hormis Léna qui en tant que personnage principal a quand même droit à un petit traitement de faveur, se résume la plupart du temps à une pauvre ligne expliquant un état de dépression, et de tendance à l’auto-destruction. Entre le personnage de Jason Leigh atteint d’un cancer, de celui ayant perdu sa fille ou encore de Tessa Thompson qui recherche la sensation d’être en vie au détour de scarifications, on doit se dire que là encore, on n’est pas allé très loin. Forcément, on leur ajoute encore une petite fonction scientifique pour faire illusion, comme la géomorphologue dont les talents auront été inutiles, avant de s’en débarrasser pour la plupart comme des malpropres.

Difficile donc de se sentir un tant soit peu concerné par l’expédition de ces 5 femmes dans le Miroitement. Là encore, Garland n’a pas vraiment eu la volonté de faire vivre cette aventure. En utilisant un schéma narratif vu et revu (Léna racontant ses péripéties en étant interrogée dans une salle d’isolement), le cinéaste britannique nous embarque dans un voyage qui devient très vite ronflant. Garland essaie tant bien que mal à nous sortir de la torpeur au travers de moments horrifiques mais qui semblent la plupart du temps inappropriés dans cette tambouille philosophique sur la vie et la mort. S’il arrive parfois à nous impressionner avec quelques idées visuelles sympathiques (on pensera au corps humain devenu une explosion fongique multicolore), certaines moments sont quant à eux plutôt gênants (on pensera par exemple aux séquences d’adultères ou encore à celle de la fusillade de l’ours).  Au niveau de la direction artistique là aussi, difficile de donner raison à ceux qui scandent haut et fort que Annihilation est l’un des plus beaux films de ce début de siècle. Encore une fois, ce petit filou de Alex Garland nous fait miroiter quelques petits effets chromatiques pour essayer de faire crier tout le monde au trip esthétique. Mais on n’est pas dupe et l’abondance de lens flares a certainement dû griller la rétine de bon nombre de spectateurs.

Comme on pouvait s’y attendre, tous ces défauts se rejoignent dans le climax du film. Outre le fait qu’il semble être une version S-F pompeuse de Possession de Zulawski, la fin du film enchaîne mauvais choix sur mauvais choix, mais le pire c’est que tout cela semble inévitable. Comme si le film lui-même était dès le départ pris dans un cycle d’auto-destruction, on pourrait presque se lever et saluer la performance méta de Garland. Au final la meilleure illustration de l’annihilation est Annihilation lui même.

Annihilation – Bande Annonce

Annihilation – Fiche Technique

Scénario et réalisation : Alex Garland, d’après le roman de Jeff Vandermeer
Interprétation : Natalie Portman (Léna), Jennifer Jason Leigh (Dr Ventress), Tuva Novotny (Sheppard), Tessa Thompson (Josie), Gina Rodriguez (Anya), Oscar Isaac (Kane).
Musique : Ben Salisbury, Geoff Barrox
Photographie : Rob Hardy
Montage : Barney Pilling
Production : Scott Rudin, Andrew Macdonald, Allon Reich, Eli Bush
Sociétés de production : DNA Films, Paramount Pictures, Scott Rudin Productions, Skydance Media
Société de distribution : Netflix
Date de diffusion : 12 mars 2018
Genre : fantastique
Durée : 115 minutes

États-Unis- 2018

Pour plus d’informations technique sur le film Annihilation

Jurassic Park : Analyse d’une saga mythique

Alors que  Jurassic World  2 arrive sur les écrans dans quelques mois, il est bon de revenir là où tout a commencé. En 1993, Spielberg sort l’un des films les plus cultes de tous les temps : Jurassic Park. Une vingtaine d’années plus tard, la saga compte trois suites qui n’arriveront jamais à retrouver la magie du premier volet. Analyse d’une franchise qui fera des créatures d’il y a 65 millions d’années la passion de toute une génération.

Oeuvre culte et succès commercial et critique depuis sa sortie en 1993, Jurassic Park de Steven Spielberg a fait des dinosaures un objet de fascination pour toute une génération mais s’est aussi imposé comme un long métrage intemporel dont la révolution des effets spéciaux numériques n’aura en rien fait vieillir le réalisme de ses créatures. Et pourtant, Jurassic Park est le pilier d’une saga qui n’arrivera jamais à retrouver la magie et le caractère de son premier opus. Sur les cinq films réalisés (Jurassic World 2 attendu pour le mois de Juin) autour du parc, seuls les deux premiers sont réalisés par Steven Spielberg Aujourd’hui son film sonne comme un long métrage qui ne peut exister qu’une fois, le si rare mélange entre prouesse technique et réussite émotionnelle. Mais que raconte finalement Jurassic Park ? Adapté de manière aseptisée mais fidèle du roman de Michael Crichton, le film raconte la première visite d’un parc d’attractions où Hammond, riche PDG  rappelant le tordu Dr.Moreau, a donné vie à tout un ensemble de dinosaures grâce à la génétique. Cependant, la nature trouvant toujours un chemin, les dinosaures ne tarderont pas à s’échapper de leur enclos.

samneill-enfant-jurassicpark-spielberg-course-dinosaureDe la course poursuite du T-Rex, des punchlines de Ian Malcolm ou du cache-cache avec des Raptor, Jurassic Park aligne les moments cultes comme si chaque réplique et chaque scène avaient conscience de l’impact qu’elles allaient avoir sur la culture populaire. En somme, un film qui se sait déjà culte avant de l’être. Plus qu’un spectacle émerveillant qui atteint une maîtrise totale de ses effets spéciaux, le long métrage façonna toute une décennie de cinéma de divertissement. Aujourd’hui, les technologies du 7ème art permettent de tout représenter mais manquent sévèrement de cœur. Et c’est ici qu’on trouve un des premiers parallèles entre Jurassic Park et l’histoire du cinéma. Dans le film, Hammond est un riche entrepreneur qui décide de réaliser l’impossible : insuffler la vie à des dinosaures. La création de ce parc est motivée par un fantasme capricieux mais surtout par un appât du gain. Comment ne pas faire la comparaison avec des blockbusters sans âme qui alignent tout de même les prouesses techniques ?

L’homme et la nature

velociraptor-enfant-jurassicpark-film-spielbergPlus loin qu’un constat anticipateur sur le cinéma, Jurassic Park propose surtout une réflexion sur l’ego terrible de l’homme et son désir excessif de vouloir contrôler la nature. Les dinosaures sont alors le symbole d’une faune que l’homme n’aurait jamais dû rencontrer. Le film ne raconte pas des monstres qui vont attaquer injustement des pauvres humains mais décrit des forces animales incontrôlables qui vont s’approprier un territoire acquis par l’homme. Les véritables vilains de l’histoire sont l’équipe de scientifiques qui ont voulu jouer aux dieux. Ainsi tous les hommes s’appropriant la nature seront punis durant le film. Dieu crée les dinosaures. Dieu détruit les dinosaures. Dieu crée l’Homme. L’Homme détruit Dieu. L’Homme crée les dinosaures.. Les Raptor et le T-Rex restent évidemment des créatures terrifiantes mais comment traiter de méchants des animaux qui ne font que reproduire le règne animal ? Le propos animaliste de Jurassic Park a cependant véritablement évolué dans la suite de la saga. Pour essayer de comprendre la direction qu’a prise la franchise, il faut désormais s’intéresser au Monde Perdu. Second volet sorti en 1997, Le Monde Perdu est un projet qui n’a jamais vraiment passionné Spielberg. Se sentant coupable de n’avoir jamais donné de suite à E.T, le réalisateur pensait qu’il devient bien à son public une suite au succès colossal de Jurassic Park. De l’autre côté, il sortait du tournage extrêmement éprouvant de La Liste de Schindler et était gêné de produire un blockbuster juste après un film tragique traitant de la Shoah. Comme si Spielberg avait fait un compromis avec lui-même, Le Monde Perdu est résolument plus sombre que son prédécesseur.  Et cela se ressent dès la première scène où une petite fille se fait dévorer par des Procompsognathus.

Plus de dents 

trex-lemondeperdu-spielbergDans ce second opus, Ian Malcolm se retrouve plus ou moins obligé d’aller dans une île voisine à Isla Nubar pour accompagner une nouvelle expédition auprès des dinosaures. De  » capitaliste à naturaliste  » Hammond aurait appris de ses erreurs et prétend simplement vouloir se documenter sur les créatures. Au casting, exit la fausse famille au cœur du premier film et bienvenue à un nouveau casting où seuls Attenborough et Goldblum ont rempilé. La fille de Malcolm s’invite au voyage, et son ex, interprétée par Julian Moore, est également présente. Le trio permet d’imposer une dynamique familiale agréable au milieu des militaires d’Ingen. Car comme on pouvait s’y attendre, l’expédition n’était finalement pas pavée de bonnes intentions. Ingen compte en réalité évacuer les dinosaures pour les amener dans un nouveau parc d’attractions sur le continent. Et à travers ce point continue la métaphore liée au cinéma et à l’histoire de la saga elle-même. La volonté d’Ingen d’étendre le parc fait écho à celle des producteurs de franchiser le premier film à travers de nombreuses suites et produits dérivés. Quant au message naturaliste du premier opus, la suite s’avère plutôt fidèle et dresse un portrait peu reluisant des militaires et grandes firmes prêts à piller les ressources de la planète pour des motivations lucratives et obscures.  Le film va d’ailleurs plus loin en traitant les dinosaures comme des animaux rares qui n’ont rien à faire dans des zoos. Se fait alors très facilement un parallèle avec les parcs aquatiques où des orques et dauphins sont confinés dans de tous petits espaces. Malheureusement malgré une mise en scène efficace, Spielberg n’arrive pas à faire retrouver au spectateur l’extase qu’il pouvait ressentir durant Jurassic Park. Si dans le premier opus les dinosaures étaient iconisés à chaque apparition, ils sont presque filmés comme des non-évenements dans Le Monde Perdu. Le film va même dans la surenchère en doublant le nombre de T-Rex, créature emblématique de la saga. Le long-métrage détient quand même des scènes spectaculaires comme l’attaque des Raptor en hautes herbes ou la sortie du T-Rex dans San Diego.

Des suites en demi-teinte

alangrant-jurassicpark-spielberg-velociraptor-samneiilAujourd’hui que reste t-il de l’œuvre de Spielberg ?  Jurassic Park 3 sort sur les écrans en 2001. Au tout début, le film devait parler du personnage d’Alan Grant qui serait resté caché sur l’île pendant des années. L’idée fut abandonnée. Ensuite le projet passa par de nombreuses ré-écritures et Spielberg abandonna le poste de réalisateur et laisse la place à Joe Johnston, papa de Jumanji. Le tournage du film connaîtra de nombreux désagréments dont l’hospitalisation d’un cascadeur et des gros désaccords au niveau du script. Le long-métrage abandonne totalement la réflexion autour de l’éthique, de la science et de la nature au profit d’un film d’action pur. De ce fait, les dinosaures deviennent de simples monstres qui sont là pour servir les rebondissements du scénario. Pour donner un coup de jeune à la franchise, le T-Rex est remplacé par un Spinosaure jusque dans le logo du film. L’accueil critique est très mitigé pour un film qui n’aurait surement jamais dû exister. La saga connaîtra une suite quatorze ans plus tard avec la mise en chantier de Jurassic World qui ignore les événements du dernier film.

dinosaure-marin-jurassicworld-film-spielberg-Sorti au cinéma en 2015 et se déroulant une vingtaine d’années après les premiers films, Jurassic World connaît un succès commercial monumental. Réalisé par Colin Trevorrow, le long métrage n’échappe pas au fan-service et propose une réflexion méta sur la franchise. Représentation des fans de la saga, le personnage de Jake Johnson collectionne tous les goodies dérivées de l’univers et clame qu’aujourd’hui plus personne n’est impressionné par les dinosaures et qu’il faut donc surenchérir. Dans le film, le premier dinosaure (terrible Indominus Rex) créé entièrement par l’homme se présente comme plus grand, plus dangereux, plus fort, plus vicieux que tous ses prédécesseurs. Cela fait écho au film lui-même en disposant de toutes les nouvelles technologies du cinéma pour essayer d’émerveiller le spectateur dans un cinéma où les effets spéciaux ne surprennent plus. Là, le film se tire une balle dans le pied. Jurassic World est très formaté et joue sans cesse sur  la nostalgie mais n’arrive jamais à capturer l’esprit du premier opus. Le long métrage est devenu ce que critiquait Jurassic Park : un spectacle certes bluffant mais dénué d’âme et motivé par l’appât du gain. Réalisé par Bayona, la suite (selon les bandes-annonces) devrait considérer les dinosaures comme des créatures horrifiques mais conserverait un propos animaliste avec notamment une intrigue sur la militarisation des dinosaures. Dans Jurassic World, le scientifique Henry Wu dit :  » Vous n’avez pas demandé du réalisme, vous avez demandé plus de dents « . Alors pour la suite, on demande moins de dents et un peu plus de cœur.

Synopsis : Ne pas réveiller le chat qui dort… C’est ce que le milliardaire John Hammond aurait dû se rappeler avant de se lancer dans le « clonage » de dinosaures. C’est à partir d’une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d’espèces de dinosaures. Il s’apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c’était sans compter la cupidité et la malveillance de l’informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l’île…

Jurassic Park : Bande-annonce

Jurassic Park : Fiche technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénariste ; Michael Crichton et David Koepp, d’après le roman Jurassic Park de Michael Crichton
Avec Sam Neill, Laura Dern,  Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough…
Bande originale : John Williams
Direction artistique : John Bell et William James Teegarden
Décors : Jackie Carr
Costumes : Sue Moore et Eric H. Sandberg
Photographie : Dean Cundey
Son : Gary Rydstrom
Montage : Michael Kahn
Production : Universal Pictures
Production : Amblin Entertainment
Distributeur France : United International Pictures (UIP)
Date de sortie : 20 octobre 1993 (France)
Durée : 2h 02min
Genres : Aventure, Science fiction

États-Unis 1993

Tesnota de Kantemir Balagov : une fuite en avant électrique

Souvent âpre et à fleur de peau, Tesnota est le premier film du prometteur Kantemir Balagov. Avec sa mise en scène qui suinte l’urgence, Tesnota nous dessine les traits parfois sombres de la place de la femme dans une société émiettée par ses traditions et l’omniprésence du conflit religieux.

Alors que le petit frère d’une famille habitant le Nord du Caucase est kidnappé avec sa compagne, la famille va tout faire pour essayer de le retrouver et assembler l’argent pour la rançon. Par la suite, ce kidnapping deviendra une affaire de famille, un acte qui doit se régler en communauté. Tesnota n’est absolument pas un film policier ni de près ni de loin. Le point d’ancrage est plus globalisant que cela : le film est un portrait d’une société qui se terre dans ses travers communautaristes où le conflit de guerre est violent et déshumanisant. La toile de fond du film voit une tension religieuse dans la petite bourgade de Naltchik : entre la communauté juive à laquelle appartient Ilana et sa famille, et avec la population kabardienne à prédominance musulmane.

Dans cette liesse hypocrite et manipulatrice, où les enjeux deviennent familiaux, qui ne sont pas éloignés du réalisme social des frères Dardenne, Tesnota se concentrera sur Ilana. Dans son iconisation et sa représentation, Ilana ressemble un peu au personnage de Connie incarné par Robert Pattinson dans Good Time : elle a cette fougue, cette envie de liberté, isolée dans un cadre restreint, pauvre et poussiéreux et lacéré par une mise en scène furtive, qui fait de Tesnota une fuite en avant contre un système et un environnement refermé sur lui-même. Autour de ce dessein-là, Tesnota se fait magistral, de par son insistance visuelle sur les visages, son jeu de lumière inépuisable aussi naturaliste que chromatique et la symbolique du décorum social et religieux. Avec son blouson en jean et son sigle de lion qui rappelle le blouson chromé du Driver de Nicolas Winding Refn avec son scorpion, Ilana se détache de son monde, se mue en une femme qui a soif d’air, de lâcher prise, aussi antipathique que terriblement forte.

Elle fume, boit, aime les moteurs de bagnole, déteste les robes bariolées qu’on lui impose, aime les hommes rustres et ne baisse pas les yeux face au patriarcat dominant. Cette claustrophobie narrative s’étend au-delà du cadre même du film et se retranche dans sa mise en scène esthétique, en mouvement, avec des arguments picturaux jouant dans des appartements exigus qui donnent peu de places aux plans larges et à la respiration filmique. La lumière, qui se veut parfois éclatante, devient une sorte de motif, peignant souvent le décor en couleur lorsqu’elle filtre à travers des rideaux jaunes ou les sorties nocturnes à la Philippe Grandrieux. Le film entier est tourné dans un rapport d’aspect 4:3 étouffant, avec Ilana de plus en plus cadrée voire piégée dans des zones plus petites, ourlées par des objets qui soulignent souvent son visage.

L’atmosphère anxiogène générée par le réalisateur et la performance de Darya Zhovner sont impressionnantes, nous emmènent sur des montagnes russes émotionnelles. Parfois l’image se durcit, pour devenir acerbe notamment lorsque le réalisateur nous met à la place des personnages, lors d’une soirée arrosée, en train de regarder les images réelles de tortures et d’exécutions de guerre. Tesnota offre un regard différent sur le cinéma russe et son habitude à disséquer sa richesse et sa déshumanisation écrasante, et nous délivre un film organique, violent où la matière est en perpétuelle agitation et où la drame fraternel et communautaire à la James Gray éclabousse nos rétines.

Synopsis: 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie. 
Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l’équilibre familial.

Tesnota – Bande annonce

Tesnota – Fiche Technique

Titre original : Tesnota
Réalisateur : Kantemir Balagov
Scénario : Kantemir Balagov
Interprétation : Darya Zhovner
Photographie : Artem Emelianov
Montage : Kantemir Balagov
Maisons de production : Lenfilm studios
Distribution (France) : ARP Sélection
Durée : 118 min
Genre : Drame, Famille
Date de sortie (France) : 7 mars 2018

Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg : les silences aussi lourds que les bombes

Il faut sauver le soldat Ryan est le quatrième film de Steven Spielberg à mettre en scène la Seconde Guerre Mondiale. Après La Liste de Schindler, entre autre, en 1993, qui montrait l’horreur subie par les juifs, le réalisateur peint cette fois les sentiments des soldats pendant cette guerre avec une main de maître.

Synopsis : Alors que les forces alliées débarquent à Omaha Beach, Miller doit conduire son escouade derrière les lignes ennemies pour une mission particulièrement dangereuse : trouver et ramener sain et sauf le simple soldat James Ryan, dont les trois frères sont morts au combat en l’espace de trois jours. Pendant que l’escouade progresse en territoire ennemi, les hommes de Miller se posent des questions. Faut-il risquer la vie de huit hommes pour en sauver un seul ?

Techniquement, Il faut sauver le soldat Ryan est un bijou. Que ce soit le chef opérateur, le monteur ou bien le compositeur qui accompagnent le metteur en scène, ils sont toujours les mêmes et il est évident qu’il ne doit pas s’en séparer tant on s’est habitués à la qualité. Le directeur de la photographie Januzs Kaminski fait un travail remarquable et soigne les plans avec un goût du détail et du réalisme saisissant pour plonger le spectateur au plus près de l’action. Avec une scène d’introduction incroyable de par sa durée, il transcende littéralement le public qui ne peut qu’être emmené directement dans l’ambiance de la guerre. On imagine très bien Spielberg en chef d’orchestre durant ce tableau montrant le débarquement des américains parce qu’autant les images que le son font de cette scène l’une des plus célèbres de sa filmographie. Au sujet du son, il va de soi que le travail y est tout aussi exceptionnel : les bruitages, le bruit des armes, la musique aux allures un peu héroïques parfois mais aussi bien les moments de silence magistral créent un réalisme poignant. Que l’on soit spectateur de l’horreur ou embarqué dans les pensées des personnages, les silences ont autant leur rôle à jouer que le reste du travail sonore et c’est d’ailleurs là toute la qualité de l’oeuvre.

Il-faut-sauver-le-soldat-Ryan-Tom-Hanks-Matt-Damon-Edward-BunsMais Il faut sauver le soldat Ryan n’est pas seulement un film de guerre ou du moins Spielberg aborde bien d’autres thèmes à travers ce sujet. Les intermèdes calmes où l’art renforce les liens entre les soldats amènent un peu d’air dans tout ce drame. À travers les chansons d’Edith Piaf ou grâce à leurs dialogues où chacun raconte des fragments de vie, le réalisateur ne se contente pas de dépeindre le côté dramatique de la guerre mais de livrer l’humanité persistante dans ces atrocités. C’est rarement l’aspect guerrier et enragé qui prend le dessus mais bel et bien la loyauté, le respect de la hiérarchie et la sensibilité des soldats. Les émotions de la guerre sont vraiment livrées devant le spectateur dans les deux camps : le soldat allemand refuse de tuer Upham et les américains ne cèdent pas à la vengeance quand ils en avaient l’occasion. Le patriotisme que l’on pourrait reprocher au film peut aussi être perçu comme un bel hommage aux américains morts pour servir leur pays.

Il faut sauver le soldat Ryan peut aussi être considéré comme l’amorce de futurs projets de Spielberg : que ce soit avec la relation de Tom Hanks et Matt Damon qui fera penser à celle voyant le jour entre Hanks et Di Caprio dans Arrête moi si tu peux, mais aussi avec le papier glissé dans la poche du capitaine Miller qui est une citation de Lincoln sur qui il fera un biopic quinze ans plus tard.

Il faut sauver le soldat Ryan est donc un des plus grands chefs d’œuvre de Steven Spielberg aussi bien sur le point technique que scénaristique. John Williams donne le ton au film avec sa musique que les images de Janusz Kaminski ne font que sublimer. 

Il faut sauver le soldat Ryan : Bande-annonce

 

Il faut sauver le soldat Ryan : Fiche Technique

Titre original : Save Private Ryan
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Robert Rodat
Interprétation : Tom Hanks, Matt Damon, Tom Sizemore, Edward Buns, Barry Pepper, Vin Diesel
Image: Janusz Kaminski
Effet spéciaux : Stefen Fangmeier, Neil Corbould, Roger Guyett
Montage: Michael Kahn
Musique : John Williams
Son : Ronald Judkins, Gary Rydstrom, Andy Nelson, Gary Summers
Décors : Lisa Dean Kavanaugh, Thomas E. Sanders
Producteur(s): Steven Spielberg, Gary Levinsohn, Mark Gordon (II), Ian Bryce
Société de production: Ambin Entertainment, DreamWorks SKG, Mark Gordon Production, Mutual Films Company, Paramount Production
Distributeur: United International Pictures
Budget : 70 000 000 $
Récompenses : Meilleur son et meilleurs effets visuels (BAFTA Awards) – Meilleur réalisateur, son, photographie, montage et montage sonore (Oscars/Academy Awards) – Meilleur film dramatique, réalisateur (Golden Globes)
Durée : 163 minutes
Genre : drame, guerre
Date de sortie : 30 septembre 1998

Etats Unis – 1998

 

La nuit a dévoré le monde : le film de zombies réinventé

Avec La Nuit a dévoré le Monde, Dominique Rocher signe un premier long métrage fort et poignant où le spectateur est confronté à la solitude d’un homme sur fond d’apocalypse de zombies. Ce huis-clos intimiste, presque gênant parfois, nous prend aux tripes avec un minimalisme maîtrisé qui concentre la majorité de son action dans un immeuble haussmannien à l’abandon, pour un résultat remarquablement poétique.

Synopsis : Sam, un trentenaire taciturne, se rend à une soirée organisée par son ex pour récupérer des cassettes audio qui lui appartiennent. Il s’isole dans une pièce pour fuir le chahut, et s’endort pour se réveiller le lendemain au beau milieu d’un appartement haussmannien sans dessus dessous. Il constate alors qu’il est l’unique survivant d’une apocalypse de zombies.

Autant prévenir tout de suite : pour tous ceux qui s’attendent à du spectaculaire, de l’hémoglobine et des montées d’adrénaline avec poursuites de zombies endiablées, morsures, cris et terreur, passez votre chemin. Ici, pas de jump-scare, pas de maquillage outrancier, ni de money shot ou même d’action soutenue. On observe plutôt l’errance d’un homme seul, livré à lui-même dans un immeuble parisien décimé par une étrange apocalypse. Que la survie commence !

Seul au monde 

D’entrée de jeu, le héros, Sam, nous est présenté comme un étranger taciturne, qui ne se mêle pas aux foules, ne participe pas aux fêtes, ne se mélange pas au monde. Il est entouré, pourtant, il préfère s’isoler. Il s’endort dans un appartement vibrant de vie et d’effervescence pour se réveiller au milieu du chaos : en une soirée, la nuit a dévoré le monde. Les gens sont zombifiés, l’existence a été anéantie, et il semble être le seul survivant. D’emblée, ce qui frappe dans le traitement du récit, c’est le minimalisme et l’économie de tout. Peu de moyens certes, mais aussi peu de décors, peu de mouvements, peu de dialogues, et peu de préambule. On rentre rapidement dans le vif de l’action, plongés en même temps que ce héros taiseux, dans un univers rongé par la mort. Le plus étonnant, c’est que le personnage principal semble comprendre immédiatement ce qui lui arrive. Pas d’incrédulité, pas d’analyse de situation, pas d’hésitation. Il observe, encaisse, et agit. Il passe en mode survie.

la-nuit-a-devore-le-monde-dominique-rocherA partir de là, on verra peu ces créatures assoiffées de sang, si souvent représentées dans les films et les séries. Quelques plans sur le dehors, un bout de rue hanté par des silhouettes désincarnées, voilà plus ou moins à quoi se résument les zombies, dans ce film singulier qui préfère assister à la métamorphose d’un homme ordinaire propulsé dans l’extra-ordinaire. Comment survivre, dans un monde où il ne reste plus rien ? Pris au piège d’un immeuble haussmannien, le héros, Sam, s’organise méthodiquement. Il nettoie sa surface habitable, et part bientôt en expédition, en quête de vivres, sans jamais quitter le lotissement dans lequel il est bloqué, se contentant de faire des repérages et de s’introduire chez les gens, de pénétrer dans leurs vies, dont il ne reste que des souvenirs. C’est ici que La Nuit a dévoré le Monde devient intéressant : on est coincé, seul face à un héros condamné à vivre avec lui-même. On le verra revivre les traumatismes de son enfance, faire de l’exercice, rationner ses quantités, parler à un zombie pour ne pas sombrer, créer aussi, et perdre pied. Il fouillera chez les autres comme il fouillera en lui, et comme lui, le public entre par effraction dans l’intimité d’un homme.

Un film d’horreur d’auteur

Le film, en installant son intrigue dans la capitale française, se joue des codes et revêt des allures de film d’auteur, mélange des genres aussi inattendu qu’efficace. Il est par exemple étonnant de voir comment l’instinct animal primaire de Sam (manger, boire, sauver sa peau) est transposé dans un cadre civilisé, très connoté. Sam part « en expédition », il se met en « chasse », allant d’appartements en appartements, chez la concierge, dans la cage d’escaliers… Environnement très urbain qui évoque bien sûr la vie dans les grandes villes, mais décor labyrinthique qui se prête bien à l’exercice de genre. On est désarçonné à plusieurs reprises, dans le bon sens du terme. On est curieux de voir ce que Sam va faire ensuite, pour pallier les problèmes les plus basiques : pénurie alimentaire, eau courante coupée, absence de chauffage. Il déploie alors des mécanismes primitifs qui le font retomber dans un mode de vie primaire, mais toujours dans un lieu aussi évolué, sophistiqué. Le paradoxe surprend et interpelle, c’est intéressant.

Le rythme est assez lent, le film prend le temps de suivre son héros et, progressivement, on pénètre dans son intimité, on se fond en lui de manière troublante et poétique, on se laisse porter par son errance. A ce titre, on peut souligner la performance intrigante d’Anders Danielsen Lie, qui compose un personnage très humain, glissant graduellement vers la folie. Il est livré à lui-même, et on est avec lui sans qu’il ne le sache, ce qui nous donne parfois le sentiment de lui voler des instants de vie très privés, très intimes, nous mettant dans la gênante position de voyeur. Mais la question de l’observation et de l’espionnage est latente dans ce film, qui se base sur un jeu de fenêtres (on épie ses voila-nuit-a-devore-le-monde-zombiessins d’en face), à l’aide de jumelles ou encore d’un appareil photo qui capture des clichés personnels, pris en cachette, sur le vif, à l’insu de. L’altérité devient vite une forme d’intrusion à part entière, et on se sent parfois de trop, quand le protagoniste se laisse aller à l’émotion ou la démence, à la colère ou bien même à la créativité (quand il compose des morceaux de musique en enregistrant les sons du quotidien, par exemple). On se sent en trop, dans ce film. C’est rare et perturbant.

Au final, La Nuit a dévoré le Monde reprend bien les codes du film de zombies pour se les approprier avec une beauté singulière et fascinante. Le film nous questionne sur l’altérité, la solitude et l’identité, à travers une histoire humaine qui ébranle et qui nous touche, notamment grâce au personnage de Golshifteh Farahani, apparition salvatrice qui va délivrer le héros de sa paranoïa et de sa peur, pour le pousser à sortir de son monde et faire exploser ses barrières, enfin. On tient ici une œuvre profonde.

Bande-annonce : La Nuit a dévoré le Monde 

Fiche technique – La Nuit a dévoré le Monde 

Réalisation : Dominique Rocher
Scénario : Guillaume Lemans, Jérémie Guez et Dominique Rocher, d’après le roman homonyme de Pit Agarmen
Distribution : Anders Danielsen Lie (Sam) ; Denis Lavant (Alfred le zombie) ; Golshifteh Farahani (Sarah)
Direction artistique : Sidney Dubois
Son :  Nassim El Mounabbih
Costumes : Caroline Spieth
Photographie : Jordane Chouzenoux
Montage :  Isabelle Manquillet
Musique : David Gubitsch
Production : Carole Scotta
Sociétés de production : Haut et Court
Sociétés de distribution : Haut et Court Distribution
Genre : horreur, drame
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 7 mars 2018

France – 2018

Le final de la saison 3 de Gomorra programmé jeudi 22 mars 2018 sur Canal +

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Les téléspectateurs français s’apprêtent à vivre deux semaines à couper le souffle sur les antennes de Canal +. Les quatre derniers épisodes de la saison 3 de la série Gomorra seront diffusés en exclusivité sur les antennes de la chaîne cryptée.

La saison 3 de Gomorra touche bientôt à sa fin dans le cadre de sa diffusion dans l’Hexagone. La chaîne cryptée de Vincent Bolloré diffuse actuellement en exclusivité la série policière italienne qui a révolutionné les codes du genre, tout en renvoyant les intégrales des séries comme The Wire ou Les Sopranos sur les rayons du marché de l’occasion chez les vendeurs et revendeurs de DVDs et de Blu-Rays.

La série Gomorra a connu un succès impressionnant lors des diffusions en novembre et en décembre dernier en Italie. De nouveaux records d’audience ont été battus après les cartons fulgurants des deux premières saisons. Gomorra a notamment bénéficié de soirées de lancement avec des séances dans des salles de cinéma et des soirées red carpet (avec le tapis rouge) en Italie. Lors des diffusions chez nos voisins transalpins, Gomorra a même réussi à battre les audiences de Game of Thrones.

Ce programme télévisé ultra réaliste, qui dévoile l’emprise de la Camorra dans les quartiers populaires et à la périphérie de Naples, à Rome, à Barcelone et au Honduras, est en réalité adapté de l’enquête de Roberto Saviano. Ce journaliste et auteur italien est menacé de mort par la mafia. Il vit sous protection policière depuis la publication de Gomorra.

Canal + va donc programmer les épisodes 9 et 10 de la saison 3 de Gomorra le jeudi 15 mars 2018 dès 21h. Le grand final, l’apothéose de la rivalité au cœur du Système camorriste, sera diffusé le jeudi 22 mars 2018 avec les épisodes 11 et 12 à 21h. La rivalité entre Genny, le clan Savastano, les sécessionnistes des places de deals et Ciro di Marizo initiée depuis les tragédies de la saison 1 et de la saison 2 ne va pas laisser les téléspectateurs français indifférents.

L’intégralité de la saison 3 de Gomorra est accessible sur l’application et via la plateforme MyCanal. Ce dispositif (entièrement gratuit, sans frais supplémentaire) est accessible pour tous les abonnés de Canal + sur télévision, tablette, ordinateur, téléphone et consoles de jeux. Les saisons 1 et 2 sont également disponibles à la demande et via l’interface MyCanal. Une saison 4 est officiellement prévue pour Gomorra. Roberto Saviano travaillerait également sur l’écriture d’une série télévisée sur le colonel Mouammar Kadhafi.

Canal + va aussi diffuser, dès le lundi 12 mars 2018 à 21h, sa nouvelle création originale, Knox, une série policière étouffante de six épisodes avec Nathalie Baye et Maïwenn.

Undone : La future série des créateurs de Bojack Horseman pour le compte d’Amazon

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Le géant américain Amazon vient de signer un important accord avec Raphael Bob-Waksberg, le créateur de Bojack Horseman. La firme américaine verra donc une série animée pour adultes, Undone, débarquer sur sa plateforme de SVOD, Amazon Prime, en 2019.

Raphael Bob-Waksberg (scénariste et producteur de Bojack Horseman, la suite de La Grande aventure Lego) et Kate Purdy (scénariste et productrice pour Cougar Town, The McCarthys, Bojack Horseman) vont donc développer une nouvelle série d’animation pour adultes mais pour le compte d’Amazon cette fois-ci, selon des informations d’IGN France. Undone sera diffusée sur Amazon Prime en 2019. Quelques éléments ont été dévoilés sur ce programme qui devrait s’apparenter à « une comédie dramatique animée qui se penche sur l’élasticité de la réalité par l’intermédiaire d’Alma, son personnage principal ». La jeune femme en question a survécu à un terrible accident de voiture qui va lui faire revoir son rapport au temps. Grâce à cela, elle va tenter de comprendre les raisons de la mort de son père. Les amateurs du jeu vidéo Life is Strange (bientôt décliné en série télévisée) sur la destinée, l’adolescence et les accidents de la vie devraient notamment apprécier ce nouveau programme développé par les créateurs de Bojack Horseman.

Le casting vocal de la série Undone va réunir Angelique Cabral (Life in Piece) et Rosa Salazar (bientôt à l’affiche d’Alita : Battle Angel). Ce partenariat avec Amazon ne devrait pas compromettre, fort heureusement, le grand retour de Bojack Horseman sur Netflix pour une cinquième saison. Les studios d’animation français seraient bien inspirés de se lancer également dans des projets ambitieux similaires . Les chaînes qui financent l’industrie du cinéma comme Canal +, France Télévisions, Ciné + n’ont pas encore été à l’origine de créations originales animées pour adultes ces dernières années.

Rester vivant – méthode : Iggy Pop et Michel Houellebecq dans un documentaire bien barré !

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L’écrivain français Michel Houellebecq et le chanteur américain Iggy Pop vont être réunis dans un même film. Cet incroyable casting est au cœur du documentaire Rester vivant – méthode (To Stay Alive – A Method) des néerlandais Erik Lieshout et Reinier Van Brummelen.

Selon des informations d’Allocine, le chanteur Iggy Pop et l’écrivain Michel Houellebecq seront prochainement à l’affiche d’un documentaire néerlandais, Rester vivant – méthode. Le titre de ce film est une reprise directe de l’œuvre de Michel Houellebecq, publiée en 1991 aux éditions La Différence puis en 1999 et en 2010 chez Flammarion.

Méthode de survie au milieu des pensées molles et des contorsions théoriques actuelles, ce texte, ici suivi d’articles parus dans la presse, possède la force et la précision d’un projectile… Un regard féroce sur tous les aspects de la modernité.

Dans ce film entre documentaire et fiction, Iggy Pop présente une méthode pour rester en vie dans un monde impersonnel. L’essai Rester vivant : méthode de Michel Houellebecq et les expériences personnelles d’Iggy Pop sont les points de départ de cette quête qui s’intéresse au rôle du poète, aux artistes en difficulté et aux problèmes de santé mentale. Ce projet atypique s’apparente à un feel good movie sur la souffrance.

Un poète mort n’écrit plus, d’où l’importance de rester vivant.

Rester vivant : méthode (To Stay Alive – A Method) était initialement attendu en France pour le 11 avril 2018 au cinéma. Une nouvelle date de sortie officielle a été fixée pour ce docu-fiction fascinant qui réunit ces deux monuments de la littérature, de la poésie et de la musique ! Rester vivant : méthode va finalement débarquer dans les salles obscures françaises le 09 mai 2018, selon des informations d’Allocine 

Iggy Pop avait dévoilé son admiration pour l’écrivain Michel Houellebecq dans le cadre de l’album « Préliminaires » en 2009. Ce disque était inspiré du livre « La possibilité d’une île », paru en 2005 aux éditions Fayard.

Guillaume Nicloux avait déjà immortalisé l’écrivain français dans son propre rôle avec L’enlèvement de Michel Houellebecq. Le romancier, de son côté, avait courageusement adapté son récit La Possibilité d’une île dans une œuvre singulière avec Benoît Magimel, Ramata Koite, Patrick Bauchau, Jean-Pierre Malo, Serge Larivière ou bien encore Arielle Dombasle en 2008. Michel Houellebecq est également apparu dans les films de Benoît Delépine et Gustave Kervern (Saint-Amour et Near Death Experience).

Le film est réalisé par Erik Lieshout, Arno Hagers et Reinier Van Brummelen. Le scénario a été écrit par Erik Lieshout d’après l’essai éponyme de Michel Houellebecq, publié aux Éditions La Différence en 1991. Le casting réunit Iggy Pop, Michel Houellebecq, Anne Claire Bourdin, Jérôme Tessier et Robert Combas notamment. Le montage a été assuré par Arno Hagers et Reinier van Brummelen. Iggy Pop a composé la musique originale de ce film produit par AT-Doc, Serious Film et la RTBF. La durée de ce documentaire est de 1h10. Les passionnés de musique et de littérature vont donc guetter la sortie de Rester vivant – méthode, le 09 mai prochain dans l’Hexagone.

Rester Vivant – méthode – Bande-annonce :

Hook ou La Revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg : Le syndrome de Peter Pan

En un peu plus d’un siècle, on ne compte plus les adaptations du Peter Pan de James Matthew Barrie. Et encore moins celles qui ont fait date. Aux côtés du film animé de Disney (qui popularisa massivement le personnage), Hook ou la revanche du Capitaine Crochet tient en ceci une vraie place de choix. Et s’il n’est assurément pas le blockbuster le plus convaincant de son auteur, il est sûrement l’un des plus personnels.

Hook est un film mû par une idée formidable, offrir une suite à l’histoire de Peter Pan. Idée formidable mais pas forcément inédite puisque J.M Barrie lui-même en posa les bases. En effet, quatre ans après la production de Peter Pan (qui fut une pièce avant d’être un roman), il ajoute une scène intitulée Après coup dans laquelle Peter revient chercher Wendy. Cette dernière mariée et mère ne peut le suivre et il propose alors à Jane, la fille de Wendy de le suivre. On apprend alors qu’un cycle éternel se met en route où chaque descendance de Wendy sera amenée au Pays Imaginaire. Les plus attentifs auront reconnu le point de départ du très mauvais Peter Pan 2 – Retour au Pays Imaginaire produit par Disney en 2004.

Hook prend aussi pour base ce dernier chapitre mais le fait dériver par un « What if ? » des plus savoureux. Et si Peter Pan était tombé amoureux de la petite-fille de Wendy ? Et si il avait décidé de ne plus jamais retourner au Pays Imaginaire ? Initié par Spielberg lui-même, le projet nait en 1985 chez Disney. Pensé comme une suite au film d’animation, et non au roman, Hook se rêve d’abord en comédie musicale. Et pour jouer Peter, qui mieux que la star la plus représentative du syndrome de Peter Pan : Michael Jackson ! Intéressé, il refuse finalement car la vision d’un Peter ayant oublié son passé ne lui convient pas. On murmure que David Bowie était aussi envisagé en Crochet.

Le projet mute alors et passe chez Paramount avec un scénario de James V. Hart et Dustin Hoffman pour tenir le rôle de Crochet (dans une performance cabotine restée dans les mémoires). Alors que la pré-production est entamée, Spielberg quitte le navire pour se consacrer à son premier enfant, Max. Il estime ne plus jamais y revenir après Empire du Soleil en 1987 où il pense avoir fait le tour du sujet de l’enfance. Entre-temps, le projet continue avec un nouveau scénariste et un nouveau réalisateur, Nick Castle (LE Mike Myers de Halloween). Hoffman toujours à bord, c’est Robin Williams qui signe pour le rôle de Peter Pan mais tous les deux ont des différends créatifs avec Castle. Spielberg fait alors son retour, modifie le script et se lance dans l’aventure Hook pour Tristar Pictures. Pour anecdote, certains dialogues de La Fée Clochette sont ré-écrits par la regrettée (et non-créditée) Carrie Fisher. A Hoffman et Williams s’ajoute Bob Hoskins en Mouche et Julia Roberts en Fée Clochette (surnommée Tinkerhell sur le plateau pour ses caprices) pour le casting.

hook-ou-La-Revanche-du-Capitaine-Crochet-steven-spielberg-robin-williams-famille-retro-spielbergHook conte ainsi l’histoire de Peter Banning, orphelin recueilli à Londres par Wendy et marié depuis à sa petite-fille Moïra. Vivant désormais aux États-Unis, il est devenu un avocat de 40 ans obsédé par son travail et père de deux enfants qu’il néglige. Alors que la famille part pour les vacances de fin d’année à Londres, notamment pour un gala en hommage à Wendy, les enfants de Peter sont kidnappés par le Capitaine Crochet. Wendy révèle alors à Peter ce qu’il a oublié, à savoir qu’il est Peter Pan et qu’il doit aller au Pays Imaginaire sauver ses enfants.

Steven Spielberg n’aime pas Hook. L’affirmation peut choquer mais elle provient de Spielberg lui-même qui déclare en 2013 : « Je veux revoir Hook encore car je n’aime tellement pas ce film que j’espère qu’un jour, je le reverrais et aimerais quelque chose. ». Les propos sont durs mais déjà amorcés en 2011 quand Spielberg, durant une interview pour Tintin, déclare ne pas être fier des séquences au pays Imaginaire. Il n’aime notamment pas la direction artistique choisie où son imagination s’est résumée à construire des décors et peindre des arbres en bleu et rouge. Il regrette de ne pas avoir eu la technologie lui permettant de créer digitalement le Pays Imaginaire.

En vérité, Spielberg a partiellement raison. Si l’emploi des effets pratiques et les décors monumentaux créés pour le film font mouche, Hook souffre d’un univers paradoxalement limité par les murs de son gigantesque studio dans une époque déjà passée à autre chose. Le film ressemble à l’attraction Pirates des Caraïbes, il est fastueux, fourmille de détails mais n’offre aucune ligne d’horizon au-delà de sa charmante artificialité. Pire, Hook est probablement l’unique film de Spielberg contaminé par l’esprit marketeux des costards-cravates. Pensé pour coûter 50 millions, l’économe Spielberg (peu habitué des dépassements) reconnaitra avoir merdé sur Hook en ayant pris plus de temps que d’habitude à tourner. Le film finira par coûter entre 60 et 80 millions, une somme colossale pour l’époque. En son temps, il sera l’un des cinq films les plus chers de tous les temps.

Dès lors, Hook ne devait pas se planter et le pacson de produits dérivés l’accompagnant devait être soutenu par un film commercialement efficace. Ainsi, dans un souci d’identification au public des 80’s-90’s, Hook fait des concessions et imagine des enfants perdus jouant au basket, des pirates en partie de base-ball, un punk asiatique du nom de Ruffio faisant de la voile sur un monorail de parc d’attractions,… Autant d’éléments faisant pénétrer crassement le contemporain au Pays Imaginaire, dont l’identité est paradoxalement d’être un espace immuable et imperméable au monde extérieur.

Grosse machine commerciale s’il en est, craftée cependant par le maître du divertissement, Hook marche finalement un peu sur la tête en s’avérant à la solde de ce(ux) qu’il(s) dénonce(nt). En transformant Peter Pan en Peter Banning, l’enfant qui ne voulait pas grandir en pirate de la finance, Hook part bien sûr avec l’intention de ramener l’enfant dans l’adulte. Paradoxalement, Hook s’avérera alors le véhicule d’une idéologie qui ne coïncide pas avec son statut de blockbuster prévu pour vendre des jouets McDo. Il est plutôt le (gentillet) début d’une escalade merchandising très 90’s dont on perçoit encore les secousses aujourd’hui. D’autant plus que Hook, s’il ne sera pas un échec, verra ses résultats en deçà des attentes espérées.

Mais le plus grand drame de Hook, c’est finalement de ne jamais se remettre (comme beaucoup d’œuvres sur Peter Pan) de son incroyable premier acte. Car on peut aimer ou non le film, ces 40 premières minutes sont tout bonnement exceptionnelles. Legacyquel tordu avant l’heure, Hook pose brillamment ses personnages et retraverse le mythe de Peter Pan avec l’émotion et la mélancolie du conte d’origine. Ce dernier est d’ailleurs présent et existant dans l’univers du film (On cite Barrie, le film s’ouvre sur une représentation de la pièce,…), nourrissant plus qu’habilement le script.

Il faut voir une Maggie Smith bouleversante en Wendy âgée, portant les yeux sur son amour de jeunesse ou bien ce senior orphelin cherchant désespérément ses billes pour mesurer la déférence et l’amour à l’œuvre de Barrie. Le tout confluant dans l’une des plus belles scènes de la carrière de Spielberg où, lors du discours hommage de Peter à Wendy, de vieux monsieurs se lèvent pour envoyer des baisers à travers la salle. En 40 minutes brillantes, Spielberg offre une leçon absolue de story-telling, de mise en scène, de direction d’acteurs qui bifurquera ensuite vers son schéma plus spectaculaire et un tantinet plus convenu. Non sans avoir offert avant une séquence d’enlèvement traumatique (et ses conséquences), source de nombreux cauchemars.

La réflexion sur le mythe de Peter Pan ne sera pas reléguée aux oubliettes pour autant, le film connait sur le bout des doigts son sujet et travaille en profondeur les figures et thématiques de Barrie. Peut-être trop finalement, au point de ne pas avoir grand chose à raconter en dehors. En cela, il existe des scènes formidables dans la seconde partie de Hook mais aucune n’a vraiment trait au plaisant mais convenu film d’aventures en jeu. Toutes sont ainsi des scènes d’émotions pures enrichissant les figures bien connues : Crochet suicidaire et obsédé par le temps qui passe, l’amour de Clochette pour Peter, le regard d’un enfant sur Peter, comment Peter s’est retrouvé à Neverland,… Hook comprend Peter Pan à un point atteint par aucune autre œuvre sur le sujet, mais sans vraiment pouvoir cohabiter avec les impératifs de divertissement en jeu. C’est là où le bât blesse.

Et il y a bien sûr Spielberg, qui parle ici de lui à cœur ouvert, exorcisant dans la relation entre Peter et son fils Jake son propre rapport à la paternité. D’une part, lui, ayant souffert d’un père obsédé par son travail. D’autre part, en forme d’avertissement à lui-même, jeune papa, sur le besoin de rester un enfant et de ne pas complètement devenir un adulte au risque d’être un pirate (ce que Wendy verbalise). Dans une ironie toute Hollywoodienne, Spielberg est ce mogul du cinéma, pourvoyeur d’un imaginaire gouleyant et c’est sur Hook, probablement son œuvre la plus commerciale, qu’il se met en garde à ne pas devenir Crochet. Le financier successfull doit rester autant que possible ce petit garçon qui rêve, être aux côtés de ses enfants et ne pas se laisser avaler par son propre empire. Dans un exercice d’auto-analyse fait film, que ses quelques lignes ne feront qu’effleurer maladroitement, Spielberg se projette comme jamais dans Peter Banning. Au point de lui donner un visage très similaire au sien dans cet homme-enfant qu’était le regretté Robbie Williams.

Hook est aujourd’hui une madeleine de Proust pour toute une génération, fortement attaché au culte actuel de son époque de production. Finalement plus intéressant et vertigineux dans son fond qu’il n’est efficace ou réussi en termes de divertissement, il a le mérite d’éclairer sur son auteur à un moment précis de sa carrière. Tout en offrant au mythe de J.M Barrie l’une de ses plus belles lettres d’amour.

Franchement, pour un ratage, Steven, c’est plutôt un beau ratage !

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet : Bande-annonce

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet : Fiche Technique

Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jim V Hart, Malia Scotch Marmo, Nick Castle, J.M. Barrie
Interprétation : Dustin Hoffman, Robin Williams, Julia Roberts, Bob Hoskins, Maggie Smith
Image : Dean Cundey
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Société de production : Tristar Pictures, Amblin Entertainment
Durée : 195 minutes
Date de sortie : 1 avril 1992

États-Unis – 1991

Munich, les hommes de l’ombre de Steven Spielberg reviennent en Blu-ray

Ce mardi 6 mars est ressorti en Blu-ray le film Munich de Steven Spielberg. Le long métrage sorti au cinéma en 2006 suit l’opération « Colère de Dieu » soit la traque de plusieurs responsables palestiniens liés à l’attentat meurtrier de Munich par un groupe mené par un agent du Mossad.

Synopsis : Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l’organisation palestinienne Septembre Noir s’introduit dans le Village Olympique, force l’entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. Vingt et une heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme. Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d’otage, le gouvernement israélien de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée « Colère de Dieu ». Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d’une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l’attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l’ombre…

Avant-propos : si cet article revient sur Munich pour sa ressortie Blu-ray, n’hésitez pas à ouvrir votre expérience spielbergienne en consultant les articles de la rétrospective dédiée au maître sur CineSeries-Mag à l’occasion des deux importantes sorties cinématographiques du réalisateur en janvier puis en mars, Pentagon Papers et Ready Player One.

« En 1972, le monde apprenait l’assassinat de 11 athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich. Ce film raconte la suite. »

– lisible sur l’affiche du film –

La suite des événements a été, on le sait, relativement imaginée. Comme le dit Steven Spielberg dans un making of du film, tout n’est pas clair concernant ce qui a pu se passer après le lancement de la tristement réelle opération « Colère de Dieu ». Aussi « (Munich) n’est pas un documentaire. Ce n’est pas censé en être un. C’est une histoire qui s’inspire d’un événement de l’Histoire. La finalité n’est pas de faire un portrait net et précis de ce qui s’est passé car même dans le livre de Jonas (Vengeance, qui a inspiré le film), tout n’est pas clair. » Cette obscurité du réel a permis au réalisateur et à ses scénaristes Tony Kushner et Eric Roth de dresser le portrait d’ombres. On en compte cinq, aux visages bien humains, de nationalités différentes, et chacune avec des compétences bien spécifiques. De confession juive, ils doivent accomplir une mission qui saura mettre à mal leurs convictions et les emplir de doute et d’effroi. La mission même sera remise en question. Nous sommes juifs, nous ne devons pas faire ça, ça n’est pas comme ça qu’on m’a élevé, dit l’opérateur des explosifs interprété par Matthieu Kassovitz. Mais la vengeance d’Israël doit être livrée quoiqu’il arrive. Avner doute et dans un élan de colère, demande à son responsable si ça n’est qu’une affaire de vengeance ou si ça ne cache pas autre chose : ont-ils coupé des têtes pour les remplacer par d’autres ? « Pourquoi coupe-t-on ses ongles ? » lui répond son responsable/intermédiaire interprété par Geoffrey Rush. Les agents de l’ombre voient de plus en plus flou concernant leur mission. Alors que le groupe doute chaque jour un peu plus du bien fondé de leur objectif, ce dernier est loin de servir le plan établi par leurs chefs qu’il pensait clair et net.

Ainsi Munich dresse l’obscur portrait d’une sombre histoire d’ombres. Un tableau dominé par une teinte qu’a souvent interrogé Steven Spielberg : la violence. « Ne vous méprenez pas, ce film n’est pas une attaque envers Israël. En aucun cas. C’est un sujet très difficile et on a décidé de l’aborder honnêtement et sans complaisance. On tente d’observer la politique qu’Israël partage avec le reste du monde, et de comprendre pourquoi ce pays a estimé que la violence était la meilleure réponse à la violence. En tant que réalisateurs on utilise l’empathie. C’est normal, on fait preuve d’empathie pour tout, car on ne peut pas comprendre les motivations humaines sans ça » explique le réalisateur. Ainsi, l’empathie/le cinéma est l’outil qui permet à l’artisan juif qu’est Spielberg de questionner cette violence mise en place par le gouvernement d’un peuple pacifiste. Le plan final sur les deux tours élargit le propos en l’associant au lendemain guerrier du 11 Septembre 2001 que lancera George Bush. Et de façon plus générale, Spielberg pose justement à nouveau l’une des questions morales les plus simples mais essentielles de l’humanité : pourquoi la violence ? Et puis, spielbergement logique, la violence ne mène-t-elle pas à la violence ? Un élément de réponse de la bouche du maître s’invite alors ici : « Ce film ne prône pas la passivité. Au contraire, il montre que la réaction qui pourrait être la bonne nous met face à des situations très difficiles. Quand on doit répondre à la terreur aujourd’hui, l’important, c’est de passer par un processus minutieux. Pas pour nous paralyser ou nous empêcher d’agir, mais pour s’assurer que les résultats produits sont ceux escomptés. Ce sont les résultats fortuits qui nous tourmenteront le plus. Avec ce film, on ne veut pas dire qu’il faut ou non des attaques ciblées. Ce que je mets en valeur ici, ce sont ces dilemmes et ces problèmes dont il faut parler. Ce film est un drame humain ce que ces gens ont subi et qui fera réfléchir, je l’espère. »

Munich, une édition Blu-ray typique d’Universal

Réédition de la précédente édition Blu-ray sortie en 2015 chez Universal, on note que l’image et la piste originale sonore sont toujours soignées. On remarque à nouveau l’absence d’une piste vf HD. Comme d’habitude chez Universal, la piste vf est reprise du DVD. Quant aux bonus, on attendait quelques compléments récents revenant alors douze ans après sur l’un des longs métrages importants du Master Spielby. Que neni ! Universal a simplement repris les bonus d’anciennes éditions DVD/Blu-ray. Certes, ces derniers sont plutôt riches, mais on en attendait davantage pour cette ressortie Blu-ray Spielbergienne probablement liée aux sorties récentes et rapprochées de Pentagon Papers (janvier 2018) et Ready Player One (fin mars 2018). Ainsi cette réédition est clairement recommandable si vous n’avez acheté la précédente et surtout à la vue de son prix de vente raisonnable de dix/quinze euros selon les revendeurs.

Bande-Annonce – Munich

INFORMATIONS TECHNIQUES

Munich – 1 Blu-ray – 164 minutes – Master HD – 16/9ème compatible 4/3 format d’origine respecté 2.35 :1

Date de sortie : 06.03.18

Prix public indicatif : 14,99 €

Always – Pour toujours de Steven Spielberg : Comme un avion sans ailes

Rares sont les réalisateurs pouvant se vanter de n’avoir fait que des grands films. Fort d’une carrière de près de 30 longs-métrages, l’immense Steven Spielberg ne fait pas exception à la règle. Si un Steven moyen (Lincoln, Le Monde Perdu) voire mauvais (Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal) vaut nombre d’autres métrages, il est pourtant difficile de sauver Always, le vilain petit canard.

Always – Pour toujours est un remake de Un nommé Joe de Victor Fleming (Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent). Sorti en 1943, avec – excusez du peu – Dalton Trumbo au scénario, Un nommé Joe conte l’histoire d’un pilote américain tête brûlée qui meurt lors d’une mission durant la seconde guerre mondiale. Désormais fantomatique, il devient l’ange gardien d’un jeune pilote tout en observant la femme qu’il aime…tomber amoureuse de ce pilote !

C’est sur le tournage des Dents de la Mer que Steven Spielberg et Richard Dreyfuss échangent sur ce film qu’ils adorent. Nait alors l’envie commune d’en faire un remake, avec Dreyfuss dans le rôle titre, qui se concrétisera 20 ans plus tard, en 1989. Ce à une époque où Spielberg est incontournable de l’industrie, par ses succès et ses nombreuses productions mainstream, mais où il s’affirme également sur des projets plus risqués (La Couleur Pourpre, L’Empire du Soleil). Au sortir de cette décennie très chargée, revenir à Always apparait dès lors comme une récréation très personnelle, un gentil caprice à 30 millions. Et qui peut refuser quelque chose au King en 1989 ?

Sur le papier, le projet semble d’ailleurs taillé pour Spielberg. Remake (son seul) d’un film qu’il adore, postulat entre fantastique et émotion mais surtout la présence de gros navions, une des obsessions les plus larvées de son auteur.

Kamikaze américain dans 1941, socle des rêves d’un enfant dans L’Empire du Soleil, phobie du héros de Hook, faux métier de Abagnale dans Arrête-moi si tu peux sans oublier appel de l’aventure dans Indiana Jones ou Tintin, l’univers de l’aviation tient une place à part chez Spielberg. Ce depuis ses lectures de jeunesse, notamment les comics de guerre.

Always aurait d’ailleurs pu s’inscrire dans le contexte de l’original mais transpose finalement l’intrigue de nos jours chez les pompiers de l’air. L’occasion pour Spielberg de déployer son talent dans des séquences d’incendies impressionnantes et millimétrées. En l’absence de CGI, Always  force d’ailleurs le respect quant à la gestion technique de ces plans aériens ou impliquant des avions en manœuvre. On note même pour l’époque quelques audaces comme cette caméra portée hyper dynamique suivant les pompiers au sol bien avant que McTiernan n’utilise cette forme (aujourd’hui usitée ad nauseum) dans Une Journée en Enfer.

Mais vous me direz alors, en quoi Always est mauvais ?

Vous le savez sans doute, nos chaines télé regorgent l’après-midi de téléfilms irregardables conçus pour une audience peu exigeante. Quand ces derniers ne racontent pas l’histoire d’amour entre une workhaolic et le père Noël, ou le combat d’une mère pour son fils autiste, on peut trouver des choses comme Always. Grosso-modo, des histoires à faire pleurer Margot, à base d’êtres aimés en phase terminale ou déjà décédés et de comment c’est triste, comment c’est dur… Bref, tout ce qu’il faut pour que la ménagère avale ses cachetons dans son plaid avec les yeux bouffis au milieu des Kleenex.

Always, c’est ce même genre de téléfilm, mais sur deux heures (sic) avec pour seule plus value d’être filmé par Spielberg. Ce qui en soi pourrait effectivement suffire à réhausser le bouzin mais non. Car Always est tout bonnement soporifique enfilant les passages obligés vers une fin complètement attendue. Ce sans péripéties, sans enjeux, sans conflits (du moins véritablement écrits) mais aussi sans charme compensatoire. Le spectral Richard Dreyfuss à beau nous affubler de son sourire le plus sympathique, son personnage crâneur ne l’est pas vraiment (ni intéressant d’ailleurs). Idem pour les bons John Goodman, Holly Hunter et Audrey Hepburn dont la performance en Ange Gabriel new-age sera, bien malheureusement, la dernière prestation. Mais encore ici parlons nous de vrais acteurs…

Puisque il reste un personnage, le plus horripilant de tous : Ted Baker, le jeune pilote protègé par Dreyfuss. Ce bellâtre au charisme d’endive est probablement le personnage le moins intéressant de la planète. Mais quand, en plus il est incarné par Brad Johnson, anomalie de vidéoclub dont la présence au casting est un mystère (ou une arnaque savante), on tient une vraie performance d’enclume. Littéralement puisque suivre son parcours durant une heure, où il plante des avions et dragouille sans le savoir la nana de son ange gardien, tient du lourd calvaire. On se fout de ce personnage (des autres aussi mais de lui surtout), on veut le voir disparaitre très vite mais on nous l’impose en simili-naïf maladroit au grand coeur avant de le transformer, de façon peu crédible, en nouveau Maverick.

Est-ce que tout est donc à jeter dans Always ? Non bien évidement puisque Always reste la preuve que même avec un script fade et inintéressant, Spielberg est cependant un puissant créateur d’images. On parlait des séquences d’incendie mais on peut aussi souligner un traitement intéressant de la figure fantomatique (en présence / absence) ainsi que quelques séquences d’émotion réussies. On pense notamment au moment où Goodman vient récupérer Hunter dans sa chambre ou de ce plan-séquence final de Dreyfuss parlant à Hunter qui s’avère le seul grand moment d’acting du film.

On notera également que même dans ses films les moins convaincants (Indiana Jones 4 le confirmera), Spielberg dispose d’un nez incroyable pour la tendance de l’époque. En effet, moins d’un an après sortira Ghost de David Zucker, gros carton à l’histoire similaire qui engendrera quantité de films, séries et téléfilms dans cette veine « fantômes et calins ».

Ça console mais ne vous oblige certainement pas à découvrir ce film quelque peu oublié de Spielberg (coincé entre Indiana Jones 3, Hook et Jurassic Park), anomalie téléfilmesque qui viendra à bout même des plus grands fans du réalisateur. Et on vous dit ça en sachant très bien qu’Indiana Jones 4, c’est nul.

Always – Pour toujours : Trailer

Synopsis : Un as des « pompiers volants », Pete Sandich, pilote d’élite et casse-cou invétéré accepte, de devenir un « rampant » sur les instances de sa compagne. Il s’envole pour une ultime mission dont il ne reviendra pas. Quelques mois plus tard, il se réveille dans une foret carbonisée ou l’attend une femme tout de blanc vêtue. Cette bonne fée le renvoie sur terre… « Always est l’histoire d’une passion. Il parle de la vie, de l’amour, de l’influence posthume des êtres que nous avons aimés. L’idylle de Pete et Dorinda se situe à la fois dans le présent et l’au-delà. »

Always – Pour toujours : Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénariste : Chandler Sprague, David Boehm, Dalton Trumbo, Frederik Hazlitt Brennan, Jerry Belson
Distribution : Richard Dreyfuss, Holly Hunter, Audrey Hepburn, Brad Johnson, John Goodman, Roberts Blossom, Marg Helgenberger, Keith David…
Directeur de la photographie : Mikael Salomon
Monteur : Michael Kahn
Conception générique : Joe Johnston
Compositeur : John Williams
Production : Universal Pictures
Genres Romance, Fantastique
Durée : 2h 04min
Date de sortie 14 mars 1990

 Etats-Unis – 1990

Bertrand Bonello, Président du Jury de la Cinéfondation et des courts métrages

Alors que la rédaction vous livrait un article sur le renouveau du cinéma français il y a deux jours, le Festival de Cannes a annoncé ce matin que Bertrand Bonello serait le président du Jury de la Cinéfondation et des courts métrages pour sa 71ème édition. Le réalisateur est tout à fait à sa place dans le rôle de celui qui récompensera le renouveau et l’envie de la jeunesse.

La création cinématographique est en constante évolution et c’est ce que cette sélection révèle au grand public. Bonello apportera son œil de cinéaste aguerri pour porter au plus haut les nouvelles inventions des jeunes réalisateurs. Habitué à la Croisette depuis 2003 pour son film Tiresia retraçant l’histoire d’un homme transexuel, puis pour L’apollonide – Souvenirs de la maison close ou encore pour Saint Laurent en 2014, il est évident qu’il sera dans son élément. Toutefois, Bertrand Bonello n’a en son palmarès remporté qu’un seul prix sur 47 nominations au Festival de Cannes. De fait, on espère qu’il sera plus lumineux de l’autre côté de la compétition. D’autant plus que son rapport au corps est passionnant et se voit dans son cinéma : il se plaît à explorer les pensées humaines dans leur plus profonde obscurité, mais aussi dans toutes leurs complexités. C’est en tout cas ce qui émane de sa filmographie. bertrand-bonello-festival-cannes-2018

Dans le communiqué du Festival de Cannes, le réalisateur de Nocturama déclare « Qu’attendons-nous de la jeunesse, des cinéastes inconnus, des premiers films ? Qu’ils nous bousculent, qu’ils nous fassent regarder ce que nous ne sommes pas capables de voir, qu’ils aient la liberté, le tranchant, l’insouciance et l’audace que parfois nous n’avons plus ». Phrase qui prouve son amour de la découverte, des expériences cinématographiques et surtout son envie de porter fièrement le rôle qu’on lui a confié.

C’est toujours un honneur de voir le cinéma français dans les plus grands festivals, Cannes offre ainsi une belle vitrine à Bonello mais aussi au cinéma auquel on l’associe et à l’art qu’il représente. Après l’échec relatif de son dernier film (Nocturama), le revoir à Cannes rassure sur l’avenir du cinéaste. C’est en tout cas un sans faute pour le prestigieux festival qui après avoir nommé Cate Blanchett présidente du jury de la compétition officielle démontre à nouveau son envie de récompenser les grands cinéastes de notre époque.

La Cinéfondation fête ses 20 ans cette année. Créée en 1998 par Gilles Jacob, qui n’a pas changé de rôle, elle fait émerger les nouveaux talents du septième art sur la scène internationale. Cette année, l’atelier de la Cinéfondation a sélectionné 15 films venus de pays différents. De tous les horizons, les projets promettent de belles générations de cinéastes pour les prochaines années.