Comme chaque année, la ville rose accueille son célèbre festival de cinéma latino-américain du 16 au 25 mars 2018. Depuis maintenant trente ans, il est devenu un événement incontournable pour les cinéphiles de la région et s’étend dans toute l’Occitanie pour offrir une diversité culturelle à un large public. Avant que le festival ouvre ses portes dans quelques jours, voici l’occasion de revenir sur la grande sélection de films diffusés durant ces dix jours.
Pour ses trentièmes rencontres toulousaines, le festival s’offre la présence de l’actrice Paulina García Alfonso et de nombreuses personnalités françaises, ainsi qu’une programmation très riche pour rendre hommage à la belle variété que le cinéma d’Amérique du sud propose au monde entier. Le festival cinélatino a la particularité de mettre assez en valeur le travail des femmes dans sa sélection. Presque à la manière des Women in Motion de Cannes, Cinélatino a lui aussi décidé de rendre hommage à certaines figures féminines cette année. En mettant à l’honneur des actrices ou réalisatrices chiliennes, ces 30èmes rencontres diffuseront les films s’étant faits une place dans le cinéma international tels que La Novia del Desierto (Cannes 2017, Un Certain regard) de Cecilia Atlàn et Valeria Pivato, El presidente (Cannes 2017, Un Certain regard) de Santiago Mitre, ou encore Une femme fantastique de Sebastian Lelio.
Sa diversité, le festival la trouve également dans les jurys qu’ils convoquent pour différents prix. Des professionnels du septième art à la presse en passant par des cheminots, ou encore des étudiants, et même plus simplement, le public. Cinélatino ouvre ses portes à tout le monde et c’est là que réside sa force. Regrouper tout le monde au sein d’une même passion, et faire venir un public aussi divers que ce qu’il projette.
La compétition Fiction remettra 6 prix dont celui du Grand Prix Coup de Coeur.
– Azougue Nazaré, de Tiago Melo (Brésil)
– Cabros de mierda, de Gonzalo Justiniano (Chili)
– Candelaria, de Johnny Hendrix Hinestroza (Cuba)
– El silencio del viento, d’Álvaro Aponte-Centeno (Porto Rico)
– Matar a Jesus, de Laura Mora (Colombie)
– Mormaco, de Marina Meliande (Brésil)
– Princesita, de Marialy Rivas (Chili)
– Sergio y Serguei, de Ernesto Darañas Serrano (Cuba)
– Severina, de Felipe Hirsch (Brésil)
– Sinfonia para Ana, de Virna Molina (Argentine)
– Temporada de caza, de Natalia Garagiola (Argentine)
– Zama, de Lucrecia Martel (Argentine)
La compétition documentaire remettra 4 prix dont un par le public.
– A morir a los desiertos, de Marta Ferrer Carné (Mexique)
– Cocaine prison, de Violeta Ayala (Colombie)
– El silencio es un cuerpo que cae, de Agustina Comedi (Argentine)
– Primas, de Laura Bari (Argentine)
– Robar a Rodin, de Cristóbal Valenzuela Berríos (Chili)
– O Chalé é uma ilha batida de vento e chuva, de Letícia Simões (Brésil)
– Tierra sola, de Tiziana Panizza (Chili)
Et la compétition court métrage remettra 5 prix à travers 17 films divisés en 3 programmes dont deux de fiction et un de documentaire.
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» Apenas o que você precisa saber sobre min de Maria Augusta V. NUNES (Brésil)
» Hombre de Juan Pablo ARIAS MUÑOZ (Chili)
» La Duda de Juan CÁCERES (Chili)
» Lo que no se dice bajo el sol d’Eduardo ESQUIVEL (Mexique)
» Peñas de Sheila ALTAMIRANO (Mexique)
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» A passagem do cometa de Juliana ROJAS (Brésil)
» Damiana d’Andrés RAMÍREZ PULIDO (Colombie)
» Deusa de Bruna CALLEGARI (Brésil)
» Fantasma cidade fantasma d’Amanda DEVULSKY et Pedro B. (Brésil)
» Tierra mojada de Juan Sebastián MESA (Colombie)
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» Amor, nuestra prisión de Carolina CORRAL (Mexique)
» Boca de fogo de Luciano PÉREZ FERNÁNDEZ (Brésil)
» Como lágrimas en la lluvia de Milagros TÁVARA ESTELA (Pérou)
» El Viejo y la isla de Paul CORONEL (Mexique)
» Lupus de Carlos GÓMEZ SALAMANCA (France)
» Palenque de Sebastián PINZÓN SILVA (Colombie)
» Resistencia en paz d’Edison SÁNCHEZ CASTRO (Colombie)
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Ajoutées à ces trois compétitions, plusieurs sections parallèles seront l’occasion de faire de nouvelles découvertes inédites ou de ré-apprécier les incontournables de l’année aussi bien en documentaires qu’en films de fiction. Cinélatino présentera en avant première Les bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra, un film franco-brésilien qui dresse le portrait d’une relation entre deux femmes et explore le psyché. Pour ses 30 ans, le festival organise également beaucoup d’événements spéciaux comme de multiples cartes blanches à des invités qui ont eu la chance de choisir le film qu’ils voulaient faire découvrir au public toulousain. Notamment à travers une carte blanche à Nahuel Perez Biscayart, un des visages marquants de 2017, avec le film El auge del humano réalisé par Eduardo Williams. En octobre 2017, le public a voté pour une sélection de 16 films parmi 30 fictions et 12 documentaires qu’ils ont élu comme leurs préférés sur les 10 dernières éditions du Festival Cinélatino et seront projetés au public à l’occasion des 30 ans de l’événement. Parmi eux, il y a notamment 7 cajas de Juan Carlos Maneglia et Tana Schémbori qui raconte l’histoire d’un jeune de 17 ans embarqué dans un thriller malgré lui. De plus, pour fêter ces 30èmes rencontres toulousaines, le festival s’associe avec la Quinzaine des Réalisateurs pour diffuser La Primera carga al machete, un film cubain de Manuel Octavio Gomez présenté lors de la premièreédition de la Quinzaine en Mai 1969. Le délégué général Edouard Waintrop présentera d’ailleurs la séance ainsi que le livre « La Quinzaine des Réalisateurs : les jeunes années 1967 – 1975 » de Bruno Icher lors d’une rencontre spéciale à la librairie Ombres Blanches.
Tout comme cette année 2018, Spielberg était sur tous les fronts en 1993 où il assurait à la fois deux projets : Jurassik Park et La Liste de Schindler. Deux œuvres ambitieuses au ton radicalement différent, à l’image de Pentagon Papers et Ready Player One dont les sorties sont respectivement en janvier et mars 2018. La Liste de Schindler dure trois heures, mais regarder ce chef d’œuvre ne sera pas une perte de temps. En revanche, il faut avoir le cœur accroché parce que la partie de l’histoire que Spielberg choisit de raconter n’est pas la plus facile à supporter.
Synopsis : Évocation des années de guerre d’Oskar Schindler, fils d’industriel d’origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des Juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944 sauver huit cents hommes et trois cents femmes du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.
Dans La liste de Schindler, Spielberg prend son temps pour préparer le spectateur à ce qu’il va voir. Avec une première partie qui peut sembler un peu longue, le réalisateur ne néglige jamais les victimes de ce drame humain et nous présente d’ailleurs à l’ensemble de cette population pendant une bonne durée du film. L’œuvre est un hommage aux personnes disparues dans ces atrocités, un hommage froid rempli pourtant de délicatesse et de sobriété. Le metteur en scène plonge les spectateurs dans un noir et blanc dans lequel on lit tous les détails qui rendent aussi bien compte de la monstruosité de la guerre que de l’humanité persistante des Juifs. La sincérité avec laquelle Spielberg tourne ce film donne des images franches, brutes, souvent dures à regarder qui livrent unviolent aperçu de la réalité. Quelque chose d’assez spécial émane de ce film, on imagine une équipe de tournage silencieuse presque en deuil durant les prises à l’inverse de ce qui se déroule sous leurs yeux et de la violence des actions. On ressent à la fois une impression que beaucoup de bruits sont étouffés alors que ceux que l’on entend sont forts et atroces, comme le contraste entre la douceur de la neige et la cruauté des scènes qui s’y déroulent.
Mais si les émotions sont si grandes dans La liste de Schindler, ce n’est pas seulement dû à ce qui est montré, c’est aussi grâce à la charge émotionnelle que les acteurs provoquent. Liam Neeson prouve l’immensité de son talent dans ce rôle d’Oskar Schindler avec des expressions faciales grandioses. Spielberg a d’ailleurs ici l’intelligence de ne pas lisser son personnage en ne faisant pas uniquement de cet homme, un héros, mais aussi quelqu’un qui sert ses propres intérêts en aidant les Juifs. Neeson est accompagné de deux acteurs qui ne passent pas inaperçus dans des rôles littéralement opposés. L’humanité de Ben Kingsley est aussi brillante à l’écran que la barbarie de Ralph Fiennes qui n’est autre que le célèbre acteur jouant Voldemort.
Les mélodies de John Williams sont dramatiques et ne peuvent qu’appuyer le ton tragique du film. Plusieurs scènes relèvent du génie de Spielberg : l’erreur d’aiguillage renverse littéralement les émotions du spectateur qui comprend vite le problème. La scène de la douche est avec celle des corps exhumés l’une des plus fortes du film de par son intensité émotionnelle. On ne peut s’empêcher d’avoir des frissons sur toute la scène finale où l’on saisit toute l’émotion de Schindler, de qui la guerre a fait ressortir toute l’humanité. Pour en venir au titre, la liste est à la fois celles des noms des Juifs que Schindler sauve mais aussi celle que les Allemands font au début du film pour emmener les Juifs. Si dans cette dernière, elle les entraîne vers la mort, on essaiera de se concentrer sur celle qui les fait survivre.
La Liste de Schindler : Bande-Annonce
La Liste de Schindler : Fiche Technique
Titre original : Schindler’s List
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Zaillan
Interprétation : Liam Neeson, Ben Kingsley, Ralph Fiennes
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams
Décors : Allan Starski, Ewa Braun
Costumes : Anna B. Sheppard
Producteur(s): Branko Lustig, Gerald R.Molen, Steven Spielberg
Société de production : Universal Pictures, Amblin Entertainment
Distributeur : United International Pictures (UIP)
Budget : 25 000 000 $
Récompenses : Oscars du meilleur film, réalisateur, scénario adapaté, photographie, décors, montage, musique / BAFTA meilleur, réalisateur, meilleur acteur dans un second rôle, scénario adapté, musique, photographie, meilleur film, montage / 3 prix aux Golden Globes 1994
Durée : 195 minutes
Genre : historique, drame, guerre, biopic
Date de sortie : 2 mars 1994
En orchestrant l’errance de deux hommes le long de la frontière inter-allemande, Wim Wenders signe, avec Au Fil du Temps, un de ses plus grands films, au croisement du portrait psychologique, du film politique et de l’hommage cinéphile.
Au départ, il y a la rencontre fortuite de deux hommes. Deux personnages tellement dissemblables qu’ils resteront longtemps sans trouver quoi se dire et qu’ils mettront même un long moment avant de se présenter. L’un s’appelle Bruno Winter (Rüdiger Vogler), il est projectionniste itinérant et passe sa vie dans sa camionnette, sur les routes de la frontière orientale de la RFA. L’autre, c’est Robert Lander (Hanns Zischler), il revient (à toute allure) de Gênes, où il a quitté sa femme. Malgré la quasi-absence de dialogues, on comprend vite qu’il est difficile de trouver deux personnages aux caractères aussi opposés. Bruno est un solitaire invétéré, une sorte d’ancien hippie vivant volontairement en marge de la société. Il va à son propre rythme, lent, contemplatif (comme le film). Robert, lui, ne tient pas en place. Il doit être constamment en mouvement. Pour lui, tout doit aller vite. Une image résume bien le personnage tel qu’il apparaît au début du film : il est sur un vélo et tente vainement de faire du sur-place. Mais il ne peut pas, et il aura ainsi beaucoup de mal à s’adapter au rythme de vie de Bruno.
Ce rythme lent et contemplatif, Wenders nous le fait adopter dès les premiers plans. Malgré sa durée (presque trois heures, quand même), Au Fil du Temps se laisse savourer avec un grand plaisir. L’errance des deux compagnons est filmée et montée avec un sens du rythme rare : c’est lent, certes, mais jamais ennuyeux. Chaque scène a son importance, chaque mot prononcé est chargé de sens (de plusieurs sens, même, dans certains cas), la longueur des plans est remarquablement calculée.
Donc, Au Fil du Temps peut se rapprocher d’un road movie. D’ailleurs, avec les deux films précédents de Wenders (Faux Mouvement et Alice dans les villes), il forme une sorte de trilogie de l’errance, et le même thème se retrouvera, bien évidemment, dans Paris Texas. Le travail d’adaptation d’un genre typiquement américain aux réalités de l’Allemagne des années 70 est un des points forts du film.
Ainsi, l’errance des deux personnages se déroule sur la frontière qui séparait, jusqu’en 1990, les deux Allemagne, la RFA et la RDA. Un tel choix scénaristique est, bien entendu, chargé de significations politiques. L’entrée en scène de Robert constitue en cela un symbole fort : sa voiture (une Coccinelle, donc une voiture allemande) fonce à toute vitesse dans les rues d’un village puis se jette dans l’eau de l’Elbe, rivière qui sert de frontière naturelle entre les deux États. Une barrière d’eau qui symbolise cette absurdité géopolitique d’un pays coupé en deux, séparé de lui-même. Une barrière contre laquelle on bute sans pouvoir la franchir, et que l’on se retrouve obligé de longer. Le voyage se fait asymptotique, comme attiré par cet autre côté, cet autre face de soi-même, sans jamais pouvoir l’atteindre. Il est significatif que l’une des dernières scènes importantes du film se déroule dans la cabane frontalière de soldats américains.
L’une des grandes qualités de ce film, c’est que Wenders est allé au bout de ses idées. Le parallèle entre les deux personnages et le pays coupé en deux est remarquable, et le cinéaste en tire tout ce qu’il peut. Ainsi, Bruno et Robert, si différents au début, se trouvent avoir, à la fin, de nombreux points communs. Les deux personnages sont côte à côte, apparemment opposés, en réalité identiques. Pour reprendre le titre d’un film ultérieur de Wenders : Si loin, si proches !
Autre fait important : l’indécrottable solitude des deux personnages. Même si Bruno affirme qu’il l’a voulue, elle est quand même subie, et elle s’inscrit dans le paysage. L’Allemagne de cette frontière fratricide est quasiment un no man’s land : personne dans les rues, aucun véhicule sur les routes, personne à la gare, et des salles de cinéma quasiment vides également. La camionnette traverse des villes fantômes et des lieux désolés. Nous sommes dans un monde de solitaires et de solitudes.
Il y a un aspect désabusé, désenchanté dans tout cela. Wenders sait magnifiquement instaurer une mélancolie douce dans les décors et chez les personnages. Dans cette Allemagne séparée d’elle-même, les personnages semblent tous être en manque de quelque chose.
Autre aspect essentiel qui relie les personnages et le pays : le rapport au passé. Les personnages sont marqués par un passé qui les retient et les empêche d’avancer. D’où ces deux scènes importantes du film : Robert et son père, et Bruno dans la maison. Scènes symboliques, une fois de plus, d’un pays qui, lui aussi, a du mal à se situer par rapport à son passé. Dès la scène de pré-générique, il est question du IIIème Reich et d’un directeur de salle de cinéma membre du parti nazi. Plus tard, on retrouve la tête de Hitler transformée… en briquet !
Le voyage géographique est donc aussi politique et historique, ce qui permet à Bruno de dire « Je me vois comme quelqu’un qui a vécu un certain temps. Ce temps, c’est mon histoire. C’est réconfortant ».
L’ensemble de ces mouvements se retrouvent aussi dans le domaine du cinéma. Au Fil du Temps est, bien entendu, un film de cinéphile, et cela se retrouve à chaque instant. Le cinéma, étymologiquement, est l’art du mouvement. Et ce mouvement est permanent dans le film. Mouvement dans le temps là aussi, avec des hommages au cinéma muet. Dans le pré-générique, on nous parle des Nibelungen ou de Ben Hur (celui de Fred Niblo), puis, plus tard, Wenders nous délivre une scène superbe en ombres chinoises, hommage évident aux films burlesques des années 20.
Mais ce qui est passionnant dans la façon qu’a ce film d’aborder le cinéma, c’est qu’il nous parle de ce que l’on voit rarement : diriger une salle, projeter un film, etc. Au-delà de l’art cinématographique, Au Fil du Temps est aussi un hommage aux métiers du cinéma. Il faut voir comment Wenders filme avec un amour évident les moindres faits et gestes de Bruno lorsqu’il projette un film, la pellicule, les bobines, les appareils eux-mêmes, etc. Des métiers là aussi changeant au fil du temps, et c’est toute une mémoire des artisans du 7ème art qui se met en place. Une mémoire indispensable pour pouvoir se situer soi-même dans le temps, trouver notre juste place.
Avec Au Fil du Temps, Wim Wenders nous donne un film remarquable, riche, dense, passionnant et émouvant. Un road movie sentimental, géographique, historique, politique et artistique de toute beauté. Le cinéaste allemand signe là une de ses plus belles œuvres.
Synopsis : Parcourant à toute vitesse les routes de la frontière orientale de la RFA, Robert Lander a un accident et sa voiture termine sa course folle dans l’eau de l’Elbe. Il est recueilli par un projectionniste itinérant, Bruno Winter. Ils font faire la route ensemble.
Au Fil du Temps : Bande-annonce
Au Fil du Temps : Fiche Technique
Titre original : Im Lauf der Zeit
Scénario, réalisation et production : Wim Wenders
Interprètes : Rüdiger Vogler (Bruno Winter), Hanns Zischler (Robert Lander)
Montage : Peter Przygodda
Musique : Axel Linstädt
Photographie : Robbie Müller, Martin Schäfer
Sociétés de production : Westdeutscher Rundfunk, Wim Wenders Productions
Société de distribution : Bauer International
Société de distribution (rétrospective Wenders 2018) : Les Acacias
Date de sortie en France : 26 mai 1976
Date de reprise : 14 mars 2018
Genre : drame, road movie
Durée : 169 minutes
Après un opus ayant prôné un exotisme quasi jusqu’au-boutiste (Indiana Jones et le Temple Maudit) et l’évocation d’une enfance meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale (Empire du Soleil), Steven Spielberg avait comme qui dirait besoin de rêver. A nouveau. Et quand le plus grand entertainer de la planète s’empare d’une relique mythique – le Graal – et en fait la clé de voute d’une réunion père-fils déterminante pour le salut du monde, ça donne Indiana Jones et la Dernière Croisade, divertissement habile, haletant & doublé d’une malice incroyable !
La carrière de Steven Spielberg a souvent été émaillée de films aux airs de réponses. Des réponses aussi bien adressées aux traumas que lui réalisateur a vécus, mais aussi à la société et ses dérives. Et si on peut citer son tout récent Pentagon Papers comme l’oeuvre incarnant la réponse à l’ère Trump sclérosée par les mensonges et fake news massivement véhiculés, il ne fait aucun doute que Indiana Jones et la Dernière Croisade se veut comme sa réponse à l’industrie dans laquelle il est né. Car dans les années 80, l’entertainer déjà bien dans ses bottes se cherche une certaine légitimité ; étant encore pour la critique ce golden-boy certes doué mais encore très puéril. Suivront alors deux films : La Couleur Pourpre (1985) et Empire du Soleil (1987). Deux opus à ranger dans la case sérieux du réalisateur qui n’auront toutefois pas l’accueil espéré et laisseront l’américain amer pour ne pas dire dépité. Et de ce désaveu naîtra paradoxalement l’un de ses meilleurs divertissements, sachant allier figure prégnante de sa filmographie – la quête du père- à tout ses talents de story-telling, le tout correctement assaisonné de malice : Indiana Jones et la Dernière Croisade.
Le top du divertissement !
A l’époque, son objectif était clair : clore la trilogie. Et après un opus qu’il estime rétrospectivement raté – l’humour tache du personnage de Kate Capshaw et la veine sombre/horrifique étant trop éloignée de sa sensibilité-, Spielberg s’est mis en tête de revenir aux racines de son personnage. Le mythe de 1981 trouve ainsi un point de départ en une intro tonitruante grimée en flashback qui a vite fait d’illustrer avec toute la malice qui le caractérise, le génie du réalisateur pour la narration. Car en l’espace de 15 minutes, sublimées par un River Phoenix grimé en un jeune Indiana Jones, on apprend tout du personnage : sa peur chronique des serpents, l’origine de son Fedora, son attrait pour l’archéologie, sa faculté à foncer tête baissée et même l’origine de son fouet. Le tout emballé dans un montage énergique et déjà imprégné de la folie de son auteur. Car si on pouvait juger un certain réalisme dans les deux premières moutures de l’archéologue, ici, il semble délaissé au profit de l’humour. Et comme souvent chez lui, quand il injecte avec la même emphase, malice et humour, ça donne un cocktail furieusement drôle dans lequel il s’autorise tout, même des gros morceaux d’action à la limite du cartoon entre une poursuite en bateau dans un Venise de carte postale et une bagarre sur un char en état de marche. Mais l’immixtion du rire est surtout dûe à ce qui fait le sel du métrage et l’insère surtout dans la filmographie de son auteur : la relation au père.
La quête du père comme moteur narratif
Car là ou ce troisième opus innove, c’est en privilégiant l’effort de groupe et en joignant à la quête principale – celle du Graal- une autre éminemment plus personnelle pour Indy : celle de son père. Incarné par Sean Connery, il est au même titre que le Graal, un pivot narratif du film. Non seulement il motive l’intrigue générale (c’est son enlèvement au début du film qui convainc Indy de se rendre à Venise) mais en plus, c’est sa réconciliation avec Indy et leur duo qui procure les plus belles scènes (et les plus drôles). Rien qu’à l’écriture de ces lignes, on n’en oublie ainsi pas de penser à ces répliques scandées avec malice par Connery (« Ces gens essaient de nous tuer ! C’est nouveau pour moi ! », « Qu’est-ce qui se passe à 11h ? », « Elle parle en dormant »), ou la verve comique qui se dissimule un peu partout. Certains argueront que cette propension à insuffler un esprit de groupe et même de l’humour dessert le personnage, mais Spielberg fait tout l’inverse pratiquement : il injecte une dose d’humanité et de trauma à un personnage déjà passablement éprouvé par les pires rebuts de l’humanité – les nazis- ; tout en distillant au sein d’un divertissement populaire et accessible, son thème de cœur. Un bon moyen pour rendre le film non seulement drôle, ludique, accessible et son héros, universel et légendaire.
En injectant une dynamique de buddy-movie à une quête effrénée à un artefact légendaire, Steven Spielberg réussit à faire de Indiana Jones et la Dernière Croisade, l’opus le plus drôle, ludique, barré et accessible de la saga. Coup de maître !
Indiana Jones et la Dernière Croisade : Bande-Annonce
Indiana Jones et la Dernière Croisade : Fiche Technique
Titre français : Indiana Jones et la Dernière Croisade
Titre original : Indiana Jones and the Last Crusade
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Jeffrey Boam avec la participation non créditée de Tom Stoppard, d’après une histoire de George Lucas et Menno Meyjes
Casting : Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Julian Glover, Michael Byrne, River Phoenix, John Rhys-Davies, Alison Doody
Chef décorateur : Elliot Scott
Costumes : Anthony Powell et Joanna Johnston
Directeur de la photographie : Douglas Slocombe et Paul Beeson
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Producteur : Robert Watts
Producteurs délégués : George Lucas et Frank Marshall
Productrice associée : Kathleen Kennedy
Sociétés de production : Lucasfilm et Paramount Pictures
Sociétés de distribution : Paramount Pictures, United International Pictures
Budget : 48 000 000 $
Langue originale : anglais (quelques dialogues en allemand)
Format : Couleurs — 2,35:1 — Dolby — 35 mm
Genre : aventure, fantastique
Durée : 127 minutes
Tiré du livre éponyme qui raconte l’envers du décor du nanar The Room, The Disaster Artist est un éloge tendre à l’amitié et à la création mais aussi le récit de deux artistes ratés qui depuis l’humiliation vont créer l’un des plus mauvais films de tous les temps.
Tirer d’un des pires films de tous les temps un bon long-métrage : en voilà un défi curieux. Quand James Franco a annoncé s’atteler à l’adaptation du livre The Disaster Artist qui retrace les coulisses du nanar cinématographiqueThe Room, on pouvait craindre que le réalisateur en profite pour exposer son humour (parfois) lourdingue vue l’histoire improbable qui entoure The Room. Au début des années 2000, Tommy Wiseau, artiste raté à l’allure digne d’un méchant de film d’horreur, produit, écrit et réalise The Room (sur ses économies personnelles) dont il tient le rôle principal aux côtés de son ami Greg Sestero. Le résultat est si mauvais qu’il en devient culte. Aujourd’hui, The Room est un succès incroyable diffusé à travers le monde où le public récite chaque réplique par cœur à l’image des séances de minuit de The Rocky Horror Picture Show. En 2013 Greg Sestero, son plus proche collaborateur et meilleur ennemi/ami, écrit un roman : » The Disaster Artist » qui dévoile la personnalité lunatique de Wiseau et le tournage catastrophique. Le livre se fait très rapidement remarquer jusqu’à attirer l’attention de James Franco et sa bande. Avec l’accord de tout le monde, le projet est lancé.
Loosers magnifiques
Malheureusement, le film se rate dans sa tentative de produire un récit biographique et se montre bien trop creux sur cet aspect. Alors que Tim Burton plongeait dans la psychée d’Ed Wood pour décortiquer son oeuvre, The Disaster Artist ne s’attarde jamais sur les motivations et la vision de Wiseau et traite le personnage avec trop de distance pour le comprendre. Pourtant le long-métrage tire tout son intérêt dans la mention » inspirée d’une histoire vraie » qui finit par occuper tout l’écran. Si l’histoire n’était que pure fiction, l’excentricité de son protagoniste et la qualité douteuse de sa création ne relèveraient que de l’anecdote. Le problème est que The Disaster Artist ne se suffit pas à lui-même et ne semble s’adresser qu’aux fans de The Room. Ainsi, le néophyte qui se retrouve face au film est rapidement perdu face à la multiplication de références à Wiseau et son univers. Moins qu’un long-métrage autonome, The Disaster Artist est surtout un hommage bienveillant envers un nanar culte. Si les coulisses du navet constituaient à priori ce qui pouvait le plus intéresser le spectateur, le film se concentre bien plus sur l’amitié qui unit Greg et Tommy. D’un côté Wiseau, artiste misérable et pathétique dont on ne sait rien et de l’autre Sestero, jeune comédien trop timide. Les deux se rencontrent lors d’un cours de théâtre. La première apparition se concilie avec la manière dont le monde a découvert Wiseau, dans une performance minable mais passionnée. Les deux loosers magnifiques semblent aux antipodes et pourtant leur destin est encore intimement lié.
Une déclaration d’amour aux rêves
La description des coulisses ne devient finalement qu’un prétexte pour exposer la personnalité excentrique de Wiseau et sa relation avec Sestero, l’envers du décor comme présenté dans le long-métrage étant bien moins délirant que le fut la réalité. Dans le livre, on apprend que l’équipe a dû être changée 4 fois ou encore que l’interprète original de Mark a été viré au profit de Sestero. James Franco décide de filmer ces deux héros comme deux figures shakespeariennes prises entre leurs rêves et leurs illusions. Cette démarche atteint son acmé lors d’une joute verbale intense entre le duo lorsque Sestero veut confronter Wiseau à ses mensonges et à son caractère destructeur. The Disaster Artist est une véritable ode à la création et à l’amitié. Les deux hommes au cœur du film sont des ratés qui faisant face à l’indifférence de l’industrie cinématographique vont réussir en faisant tout à l’envers. En cela, il est totalement fascinant de voir comment ils ont su tirer un succès incroyable de ce qui aurait pu être une humiliation totale. James Franco signe une performance brillante (Golden Globe du meilleur acteur !) dans un exercice de mimétisme quasi-parfait. Aucun d’eux n’avait le talent nécessaire pour réaliser un film mais leur démarche semble finalement bien plus sincère que la plupart des grandes productions hollywoodiennes. Le véritable Tommy Wiseau a tout d’un personnage cinématographique. Comble pour lui, la meilleure histoire qu’il a su orchestrer est finalement sa propre vie.
Bande-annonce : The Disaster Artist
Fiche technique – The Disaster Artist
Réalisation : James Franco
Scénario : Scott Neustadter et Michael H. Weber, d’après le livre éponyme de Greg Sestero et Tom Bissell
Distribution : James Franco (Tommy), Dave Franco (Greg), Seth Rogen (Sandy), Alison brie (Amber), Zac Efron (Dan)…
Direction artistique : Rachel Rockstroh
Décors : Susan Lynch
Costumes : Brenda Abbandandolo
Photographie : Brando Tost
Montage : Stacey Schroeder
Musique : Dave Porter
Production : James Franco, Evan Goldberg, Seth Rogen James Weaver et Vince Jolivette
Sociétés de production : New Line Cinema, Good Universe, Point Grey Pictures et Rabbit Bandini Productions
Sociétés de distribution : A24 films (États-Unis) ; Warner Bros (France)
Genre : comédie dramatique biographique
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 7 mars 2018 (France)
Après un bilan mid-season mitigé malgré la reconnaissance de points forts et un haut potentiel pour la série, retour sur Star Trek Discovery et sa seconde partie de saison, très explicite quant à la direction prise par le show : la nostalgie.
Synopsis : Dix ans avant les aventures de Kirk et Spock…Michael Burnham a été élevée selon la culture vulcaine par Sarek, père de Spock. Elle est la première humaine à avoir reçu l’enseignement du Centre de formation vulcain de l’Académie des Sciences. Quelques années plus tard, en 2256, elle est devenue Premier Officier modèle sur le vaisseau de Starfleet, l’USS Shenzhou, sous les ordres du Capitaine Philippa Georgiou. Lorsque le vaisseau est confronté aux Klingons, elle désobéit aux ordres de sa supérieure. Cela provoque la destruction du vaisseau et la mort de nombreux officiers, dont le Capitaine Georgiou. Michael est condamnée par la Cour martiale et exclue de Starfleet. Cependant, six mois plus tard, elle est transférée sur l’étrange vaisseau USS Discovery, tenu par le Capitaine Gabriel Lorca.
To boldly go where much has gone before : nostalgia galaxy
Multiples sont les séries Star Trek qui ont mis du temps à s' »installer », soit à trouver leur rythme, leur ambiance, leurs personnages, leurs intrigues, et leur inscription dans un univers lui aussi à expandre – approfondir, agrandir… Discovery a connu – comme expliqué dans le bilan mid-season – une production accidentée. A tel point que deux des grands artisans cinématographiques (et télévisuels) de la saga ont été appelés pour conseiller. D’un côté, Nicholas Meyer, à qui l’on doit le premier grand film de la franchise, Star Trek II La Colère de Khan, premier d’une trilogie qu’il supervisera avec Leonard Nimoy, l’interprète de Spock aussi réalisateur des troisième et quatrième volets. On doit aussi à Meyer le très beau Star Trek VI Terre inconnue. Pour l’anecdote, il est aussi le scénariste-réalisateur de C’était demain qui met en scène H.G. Wells (Malcolm McDowell) à la poursuite de Jack L’Éventreur (David Warner) à travers le temps. De l’autre, nous avons Jonathan Frakes, le Numéro 1 du Capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart), soit le génial William T. Riker de The Next Generation. Ce dernier a aussi réalisé le formidable Star Trek : Premier Contact, long métrage qui a propulsé l’équipage du Captain Picard sur grand écran après un ST Générations qui a divisé. Il réalisera l’imparfait mais bel épisode cinématographique, Insurrection, qui suivra son First Contact. Plus tard, Frakes œuvrera sur nombre de séries en tant que réalisateur, de Dollhouse à Castle en passant par La Treizième Dimension et nombre d’épisodes de Star Trek.
Ainsi les deux bonshommes ont été appelés pour conseiller et même travailler sur la production de certains épisodes. Meyer est crédité en tant que consulting producer sur treize épisodes, tandis que Frakes réalise le dixième volume de la saison, Malgré soi (Despite Yourself). L’arrivée de ces deux artisans va au-delà d’un nécessaire besoin de forces trekkiennes efficaces sur le show. Les deux hommes prêtent en effet leurs noms à Discovery. Le show, qui est loin de faire l’unanimité – notamment parmi les fans – peut ainsi compter sur ces deux noms pour sa promotion. Une utilisation publicitaire qui se base sur le gage de qualité que Frakes et Meyer représentent, et aussi et surtout sur la nostalgie qui entoure ces deux grands créatifs de la franchise (voir les articles liés aux deux noms dans le premier paragraphe et le screen ci-dessous pour vous faire une petite idée de l’énorme apport promotionnel permis par l’arrivée de Meyer et Frakes).
L’arrivée des grands noms de l’univers « Star Trek » Nicolas Meyer et Jonathan Frakes a apporté un regain d’intérêt pour ‘Discovery’.
La nostalgie porte nombre de remakes, suites, et reboots. Symptôme d’une incapacité à se tourner vers l’avenir et à avancer, la nostalgie occupe le grand écran comme les petits depuis un certain nombre d’années. De Jurassic World au retour de K-2000, l’incapacité d’imaginer à nouveau (soit inventer) ou ré-imaginer (déconstruire pour remodeler les formes) est aussi présente dans Star Trek Discovery. Il a été expliqué dans le bilan de mi-saison que beaucoup de fans avaient crié au scandale face à un certain nombre d’éléments nouveaux (ou semblant l’être) ou non-concordants avec l’univers original ou celui parallèle de J.J. Abrams. On peut par exemple citer le nouveau design des Klingons. Mais comme il a été démontré concernant le design du Discovery et des costumes de l’équipage, Discovery est loin de désobéir aux règles qui régissent le cosmos Star Trek. Et le déroulement des épisodes de la seconde moitié de saison était déjà annoncé par quelques épisodes de la première partie : Choisissez votre douleur (Ep. 05 : Choose Your Pain) et Troubler l’esprit des sages (Ep. 07 : Magic to Make the Sanest Man Go Mad). On retrouve dans les deux volumes le personnage de Harry Mudd qui, comme tout Trekkie le sait, en fera voir des vertes et des pas mûres au Capitaine Kirk et l’équipage de l’Enterprise dans la série originale. Ce qu’on peut considérait comme un clin d’œil adressé aux fans et une infirmation de voir Discovery comme une série véritablement inscrite dans l’univers était en fait un autre outil – tels les prête-noms Meyer et Frakes – du tournant nostalgique du show visant à accrocher le public de fans ne se retrouvant pas dans ce nouveau chapitre de leur univers fétiche.
L’épisode 07 va plus loin et place le spectateur dans une position rassurante pour tout adepte de la licence et plus généralement de science-fiction. Le Discovery est bloqué dans une boucle temporelle causée par Mudd qui échoue à prendre parfaitement le contrôle du vaisseau. Grâce à ses capacités développées via la technologie du déplacement par saut, le lieutenant Stammets a l’avantage de se souvenir des divers reboots causés par Mudd. Le but de l’équipage est alors de réussir à mettre hors d’usage sa technologie de voyage dans le temps et de le neutraliser. L’épisode, tel un autre culte de Next Generation (voir références ci-dessous), met à rude épreuve les compétences de chacun des membres de l’équipage pour mieux les unifier et exposer la force harmonique qui les pousse « au-delà du danger, vers l’inconnu ». Que ce soit dans Fringe (S2 – Ep. 18 : « Une tulipe blanche ») ou dans Star TrekThe Next Generation (S5 – Ep. 18 : « Causes et Effets »), ou plus tôt dans La Quatrième Dimension (S2 – Ep. 26 : « Peine capitale »), la boucle temporelle est un concept fondateur du récit de science-fiction/fantastique. Que Discovery s’en empare n’est pas un hasard. L’épisode peut alors réveiller la nostalgie de certains trekkies mais surtout, il plonge, comme dit plus haut, le spectateur dans un récit familier et donc confortable. Il réveille ainsi, quoiqu’il arrive, des affects « doudou » (concept de Nicolas Bonci mis en place en 2015 ici), des émotions agréables ressenties par le passé et qu’on désire/aime – consciemment ou inconsciemment – ressentir à nouveau tel un être cherchant à câliner à nouveau son doudou pour retrouver ses formidables sentiments d’enfant. Nous avons ainsi un récit classique de boucle temporelle qui en cache une autre chez le spectateur nostalgique.
L’envol du beau ‘USS Discovery’ (NCC-1031) n’a pas fait l’unanimité.
Le Discovery s’aventure bien plus loin dans le territoire obscur du fan service. De l’épisode 10 au 13, le show nous emmène dans l’univers parallèle bien connu de Star Trek. Dans celui-ci, les humains règnent sur un empire totalitaire xénophobe, raciste, et militarisé. Créé et mis en images dans le quatrième épisode de la saison deux de la série originale nommé « Miroir »(« Mirror, Mirror » en vo), cet univers parallèle avait été repris et retravaillé – en hommage à la série originale et non sans une grande dose d’amusement perceptible – dans les séries Deep Space Nine (S2 – Ep. 23 : « Entrelacs ») et Star Trek Enterprise (S4 – Ep. 18 & 19 : « Le côté obscur du miroir »). Discovery exploite cet univers avec le sérieux et le premier degré qu’on lui connaît. Sur-feuilletonesque, l’emploi de l’univers parallèle se fait sur plusieurs épisodes et poursuivront la saga soap opera du Discovery à coup de révélations et de twists mal fichus mais aussi de dialogues improbables : ainsi Lorca, l’un des meilleurs personnages – tordus – du show, est bêtement écarté ; et Michelle Yeoh fait un retour dans le rôle de Philippa Georgiou qui permettra à l’équipage de retrouver et confirmer rapidement (et sans nuances) l’esprit Star Trek du show lors du dernier épisode : non, l’équipage du Discovery n’est pas prêt à tout pour arrêter la guerre ; non, ça n’est pas une série dirigée par l’action et l’adrénaline puisque l’équipe va trouver une solution de diplomatie – tout de même musclée – pour mettre fin aux combats ; oui, le Discovery obéit aux idéaux de Starfleet, ainsi ils découvriront de nouvelles planètes et civilisations, protégeront les plus faibles, formeront des alliances sans attentes… Tout ce qui pouvait nuancer le tableau a été écarté ou annulé par quelques twists et décisions incroyablement lumineuses de la part de l’équipage. En bref, tout va bien qui finit bien pour le Discovery qui s’annonce être un vaisseau de Star Trek comme on en a déjà connu. Quant au plan du Klingon blanc pour gagner la guerre et se faire respecter par ses pairs, et plus largement tout ce qui touche au Klingon, tout a été écrit de telle sorte que leur parcours alien a perdu en importance (et en temps à l’écran), quand bien même certains thèmes sont approchés de manière intéressante, le conditionnement par exemple.
Conclusion dans les étoiles
Les fans ont donc été entendus. Aussi, affaiblie pas une production chaotique, Discovery, visuellement très réussie, s’est tournée vers la facilité en mettant fin à nombre d’intéressants éléments rafraichissants pour la franchise, et en se tournant vers la nostalgie en exploitant les renommées de certains et des concepts qui avaient déjà bien fait leurs preuves dans l’histoire de la franchise. Alors que nombre de fan-atiques se plaignaient de certaines nouveautés, de remodelages ou d’incohérences technologiques ou de manque de cohérence dans des designs bio-esthétiques, on remarque finalement que Star Trek Discovery est loin de tourner la franchise vers l’avenir comme J.J. Abrams l’avait réussi au cinéma en la relançant pourtant à son point de départ. Fan service, nostalgie et conforts sont les maîtres mots d’une énorme partie de la série qui, après un grand nombre de péripéties tantôt splendides tantôt ridicules ponctuées de dialogues parfois à la limite du possible malgré l’écriture formidable de certains personnages (Stammets en tête), est finalement rentrée dans les rangs. Le dernier plan de la série (voir extrait ci-dessous) confirme d’une manière spectaculairement explicite les dires qui précèdent.
Le Discovery tombe sur le fameuxUSS Enterprise, alors dirigé par le Capitaine Pike, soit l’officier que l’on a connu dans l’épisode pilote de la série originale, La Cage, qui a un accueil mitigé lors de sa diffusion mais autour duquel se développera un culte. Une mythologie vint aussi apporter de l’épaisseur à Pike, qui fut remplacé au poste de Capitaine de l’Enterprise – à la télévision comme dans l’histoire diégétique de Star Trek – par un certain bonhomme nommé James T. Kirk. Ce plan vient une nouvelle fois rassurer – et brosser doucement et gently dans le sens des poils – les fans en leur confirmant l’inscription du show dans la timeline classique Star Trek (mais tout de même, le retcon faisant de Burnham la fille adoptive de Sarek et donc la demi-soeur de Spock reste à véritablement à construire tant il est inadmissible d’incohérences). En bref, « nostalgia galaxia, en avant-toute monsieur Saru… »
Bande-Annonce : Star Trek Discovery
Fiche Technique : Star Trek Discovery
Création : Bryan Fuller, Alex Kurtzman d’après l’œuvre de Gene Roddenberry
Showrunners : Gretchen J. Berg & Aaron Harberts
Avec : Sonequa Martin-Green, Doug Jones, Shazad Latif, Anthony Rapp, Mary Wiseman, Jason Isaacs, Michelle Yeoh
Directeurs de la photographie : Colin Hoult, Glen Keenan, Guillermo Navarro, Darran Tiernan
Direction artistique : Matt Middleton, William Budge, Jody Lynn Clement, Greg Chown, Jean-Andre Carriere, Mark Steel
Décors : Mark Worthington, Tamara Deverell, Todd Cherniawsky, Mark Steel, Peter P. Nicolakakos
Costumes : Gersha Phillips
Maquillages : Nicola Bendrey, Chris Bridges, Kevin Carter, Graham Chivers, Paul Jones, Olga Kirnos, Michele Monaco, Michael O’Brien, Shane Zander…
Éffets spéciaux : Alchemy Studios, Crafty Apes, Gentle Giant Studios, Legacy Effects, Pixomondo, Spin VFX
Montage : Jon Dudkowski, Andrew Coutts, Scott Gamzon, Steve Haugen, Cecily Rhett
Compositeur : Jeff Russo
Producteurs/trices : April Nocifora, Aaron Baiers, Kevin Lafferty, Ted Miller, Jill Danton, Thom J. Pretak, Geoffrey Hemwall
Production : CBS Television Studios, Living Dead Guy Productions, Roddenberry Entertainment, Secret Hideout
Distribution : CBS All Access (USA – video/VOD), CBS (USA – TV), Crave TV (Canada – vidéo/VOD), Netflix (UK, Japon, Pays-Bas, France, Singapour), Space (Canada – version anglaise), Z (Canada – version française)
Genre : Science-fiction, Aventure
Empire du soleil s’inscrit dans la lignée des films de guerre de Steven Speilberg, à l’instar de 1941, La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan ou encore Cheval de Guerre. Mais ici, Spielberg y incorpore un autre de ses thèmes fétiches : celui de l’enfance. En choisissant de raconter un épisode sombre de l’Histoire à travers les yeux d’un jeune garçon, il tombe alors dans le récit d’apprentissage teinté d’aventure et opte pour faire de la guerre une sorte de terrain de jeu à ciel ouvert. Un postulat ennuyeux.
Synopsis : Fils de riches citoyens britanniques expatriés à Shanghai, James Graham, jeune garçon de 13 ans, mène une existence privilégiée au milieu de toute la haute société anglaise installée en Chine. Mais, en décembre 1941, alors que le Japon déclare la guerre aux Etats-Unis et ses alliés, Shanghai bascule soudain dans l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale. Lors d’une émeute particulièrement violente, James perd ses parents de vue et se retrouve seul. Rapidement, il est arraché à son confort puis fait prisonnier. L’enfant doit désormais apprendre à survivre dans un monde hostile, ravagé par la guerre.
Les limites de la démesure
Empire du Soleil s’impose d’emblée comme une fresque guerrière à l’ambition épique et spectaculaire. La démesure des décors et des paysages par rapport à la petitesse d’un enfant, -centre de gravité de l’intrigue-, nous plonge rapidement dans une atmosphère apocalyptique qui nous dépasse, et qui défie même les limites du rationnel. Souvent, il semble que la question de l’échelle se pose : le petit avion en métal avec lequel Jim joue, se retrouve soudain comparé à la carcasse géante, grandeur nature, d’un avion bombardé. La confrontation entre ces deux objets résume à elle seule un des principes fondateurs du film (à mon sens) : le choc de deux mondes. D’un côté, celui de l’enfance, de l’innocence, où tout semble joyeux, léger, petit et sans conséquence ; de l’autre, celui de la guerre et de la cruauté qui ne s’explique pas, ce phénomène de destruction massive dont l’ampleur ne s’inscrit dans aucune logique. Cela ne rentre pas dans le cadre : c’est hors limite, ça ne peut pas être appréhendé. Souvent, Christian Bale est filmé seul, au milieu du chaos. Qu’il s’agisse d’un terrain vague encerclé par des soldats japonais, d’un mouvement de foule qui engloutit tout sur son passage, ou d’un ciel ravagé par les bombes, l’univers dans lequel s’engouffre Jim est terrifiant, et bientôt, les frontières de ces deux mondes s’effacent. Tandis qu’au début, Jim restait dans des zones sécurisées, délimitées par des lignes, des portes, des clôtures, des barrières, tout finit par voler en éclats, et plus rien n’a de forme, de contours. Plus rien n’a de sens ou de raison.
Problème : si, sur le principe, cette intention est louable voire fameuse, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Première raison, l’enfant, rarement attachant, si ce n’est jamais, en fait. En grande fan de Christian Bale, j’ai réellement tenté de ressentir de l’empathie pour ce jeune garçon déboussolé dont les certitudes volent en éclats en même temps que son monde disparaît. Vraiment. Pour un premier rôle, pour un jeune comédien de 12/13 ans, c’est un défi de taille que de faire tenir un film d’une telle envergure sur ses épaules, transmettre un souffle épique, faire passer une évolution, véhiculer, dans sa prestation, l’idée d’un bouleversement identitaire profond, violent et irréversible. C’est démesurément ambitieux, peut-être trop. Car très vite, on se dit que ce garçonnet est un fils de riches capricieux qui n’a aucun sens des réalités, et qu’une piqûre de rappel ne lui ferait pas de mal. Triste à dire, mais vrai. Dès le départ, son caractère ingrat pose le spectateur en antagoniste. On ne pleure pas pour lui, jamais. Par la suite, on se lasse de ses « aventures » de guerre, la manière dont il tente de survire dans ce monde régi par des adultes, où l’individualisme règne en maître. On se fatigue de le voir courir, s’agiter, grimacer, crier, gesticuler, s’exciter en vain. C’est assez usant. Dommage, quand on sait que le périple de cet enfant est le socle narratif de tout le récit. Les émotions ne passent pas : ni quand il tente, impuissant face à la mort, de réanimer frénétiquement une femme (prise de conscience importante voire décisive) ; ni quand il pleure le visage de sa mère dont il ne se souvient plus, et non plus lorsqu’il reçoit enfin l’affection de Miranda Richardson, substitut de figure maternelle dans cet enfer. On est indifférent. Jamais on ne vibre, jamais on ne s’attendrit, jamais on ne ressent.
Et si on jouait à la guerre ?
Second problème de taille, le traitement de la guerre, qui semble toujours vouloir éviter le sérieux et le drame. Le fait de voir ces événements atroces à travers les yeux d’un enfant transforme rapidement l’action en aventure, où tout est prétexte à faire de ces paysages en ruines et ces camps de prisonniers un terrain de jeu géant. Difficile de comprendre où Spielberg a voulu en venir. A l’instar de La vie est belle de Benigni, le cinéaste américain traite la guerre avec désinvolture, de manière décalée, et adopte un ton qui ne convient pas à ce qu’il porte à l’écran. Quand la tentative d’évasion du camp prend des allures de parcours ludique, ou que chaque objet que récolte Jim prend des airs de chasse aux trésors, on se demande où l’on va… Même constat pour les personnages secondaires, dont les motivations restent floues. A quoi sert exactement John Malkovich ? On aurait pu penser qu’il ferait office de guide pour Jim, mais ça n’a pas l’air d’être le cas. Gentil ? Méchant ? On en vient à se poser des questions bêtes et réductrices pour tenter d’identifier et de cerner les personnages, qui n’ont pas de but ni d’intérêt réel dans cette histoire où tout sonne creux. Finalement, tous les protagonistes sont réduits à être ou non « les amis » de Jim, dans sa quête de survie, et encore, même si Christian Bale fait l’effort de paraître plus négligé, échevelé, maigre et sombre au fil du film, on se demande dans quelle mesure il est véritablement atteint par les horreurs de la guerre. Il s’amuse, joue à faire semblant d’être mort, rampe, court, se cache… Même sa sauvagerie finale (la faim et la souffrance l’on transformé en bête) est poussée à l’extrême pour un résultat sans âme. On ne sait pas où le film veut en venir. Du moins, ce n’est pas (à mon sens une fois de plus), le récit d’apprentissage puissant et déchirant que cela aurait pu être.
En conclusion, Empire of the Sun est un film d’une facture impressionnante qui est écrasé par le poids de ses ambitions et qui se fourvoie. Long, ennuyeux, vain, parfois invraisemblable voire ridicule, le métrage souffre d’un traitement qui ne fonctionne pas et d’un héros auquel on ne s’attache pas, sans parler d’un manque cruel d’émotion. Ce film de guerre grandiloquent, à la croisée d’A.I. (pour la quête identitaire de l’enfant seul qui se confronte aux ruines d’un monde) et d’Indiana Jones (pour le côté aventure), n’a pas l’étoffe de la démesure qu’il nous promet.
Empire du soleil : Bande-annonce
Empire du soleil : Fiche Technique
Titre original : Empire of the sun
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Tom Stoppard et Menno Meyjes, d’après le roman de J. G. Ballard
Casting : Christian Bale (James « Jim » Graham) ; John Malkovich (Basie) ; Miranda Richardson (Madame Victor) ;
Nigel Havers (Dr. Rawlins) ; Joe Pantoliano (Frank Demerest) ; Leslie Phillips (Maxton) ; Masatô Ibu (Sergent Nagata)
Photographie : Allen Daviau
Montage : Michael Kahn
Décors : Norman Reynolds
Costumes : Bob Ringwood
Musique : John Williams
Producteur(s) : Kathleen Kennedy, Frank Marshall et Steven Spielberg
Production : Warner Bros. ; Amblin Entertainment
Distributeurs : Warner Bros.
Genres : Guerre, drame
Durée : 2h 34 min
Date de sortie en France : 16 mars 1988
Exaltant, poignant et inspirant, La Couleur Pourpre dissimule sous forme d’un long métrage, une avalanche de sentiments : rires, pleurs, colère, tristesse. On passe par toutes les émotions dans cette production signée Steven Spielberg et qui marque le lancement des carrières de Whoopi Goldberg et Oprah Winfrey, inconnues à l’époque mais déjà prometteuses.
La Couleur Pourpre est inspiré du roman épistolaire éponyme d’Alice Walker (lauréat du prix Pulitzer en 1983). Sorti en 1985 aux États-Unis, il succède aux films E.T. L’Extraterrestre (1982), Rencontres du Troisième Type (1978) et Les Dents de la Mer (1975). Adaptation cinématographique, le film s’éloigne pourtant légèrement dans sa forme du livre de Walker et aborde différents thèmes (viol, inceste, pédophilie, sexisme, racisme, violence, etc.) au travers de l’histoire de Celie, une jeune afro-américaine qui endure tout au long de sa vie des sévices de la part des hommes qui l’entourent, à savoir son père, puis son conjoint.
Acclamé par certains, critiqué par d’autres, La Couleur Pourpre ne laisse personne indifférent. Et l’on doit cela à son sujet controversé et ses personnages brillamment interprétés. Dès les premières minutes du film, notre sympathie et notre compassion vont directement au personnage de Celie dont on découvre rapidement que son innocence lui a été volée très tôt dans son enfance. Il ne s’agit que d’une enfant, qui a l’habitude de jouer dans la prairie avec sa sœur, mais elle a de particulier qu’à seulement 14 ans, elle est enceinte de son second enfant. Le géniteur n’étant rien d’autre que son propre père. Celie vit un enfer, et son seul rayon de soleil est sa petite sœur, Nettie (Akosua Busia), une vraie force de la nature qui est la seule à lui donner le sourire. L’insécurité et le sentiment d’infériorité qui transpirent du personnage de Whoopi Goldberg forcent le public à s’attacher à elle. On pleure avec elle, on rit avec elle, on s’énerve avec elle, on grandit avec elle, on triomphe avec elle. Celie devient nous, et nous elle. C’est ainsi que l’on devient témoin de toute la force de caractère déployée par cette jeune femme du fin fond du sud des États-Unis.
La Couleur Pourpre n’est pas un film historique, c’est un film sur des êtres humains. Un film humain dont la beauté est dévoilée un peu plus à la découverte de chacun de ses personnages. Nettie par exemple, clé de voûte dans la vie de Celie, nous marque à chaque passage où on la voit, par sa bravoure et son intelligence. Elle est la première personne dans la vie de Celie à avoir fait preuve d’indépendance en quittant le foyer familial où son père menaçait de plus en plus de lui réserver le même sort que sa grande sœur (viol). Ensuite, on a Shug Avery (Margaret Avery), une chanteuse de bars dont Mister (Danny Glover), l’époux de Celie s’est amouraché ; et Sophia (Oprah Winfrey), épouse d’Harpo (William Pugh), fils de Mister. L’une est belle, libre, bi-sexuelle ; et l’autre est grande gueule et féministe à souhait. Ces deux grandes figures finissent d’achever l’émancipation de la douce Celie qui découvre le plaisir sexuel et le féminisme chez chacune d’entre elles. Celie s’affirme, se rebelle, devient une femme libre aux yeux de tous, et c’est beau à voir.
Toutes les femmes de sa vie me direz-vous, oui, car La Couleur Pourpre se révèle rapidement être un film sur les femmes, pour les femmes, et noires de surcroît. Les hommes du film (Mister, Harpo, Pa’, etc.) ne sont que secondaires. Le film, adapté du best-seller de Walker, raconte le vécu d’une minorité de la population américaine dans les années 1900 et ça en a dérangé certains lors de s a sortie en salles. Accusé de raciste et de caricatural pour sa représentation négative des hommes noirs et du foyer familial afro-américain (esclavage de noirs sur noirs, dérives sexuelles : pédophilie, viol), le contrecoup médiatique enduré par le versatile Spielberg lui causa d’être snobé aux Oscars cette année-là, malgré 11 nominations.
Ainsi, après le raz-de-marée Black Panther et la prise de conscience du manque de représentation des noirs dans les films hollywoodiens, aujourd’hui encore, La Couleur Pourpre (sorti en 1985) paraît précurseur dans le genre. C’était irrémédiablement un risque pour Spielberg de faire un film pour les noirs, avec un casting presqu’entièrement noir à cette époque. Mais il l’a fait et le sujet abordé, plus que difficile et sensible, donne tout de même à réfléchir sur la condition de la femme noire dans sa propre communauté dans les années 1900. Certes, le trait mélodrame est tiré à fond à certains moments du film, mais il reste contre-balancé par des scènes cartoon-esques qui ont clairement pour but de détendre l’atmosphère. La Couleur Pourpre n’est pas tout noir, et ses personnages ne sont ni anges, ni démons. La Couleur Pourpre est un film d’espoir qui captivera quiconque le verra, par la beauté de ses images et sa musique soul-esque concoctée par le vénérable Quincy Jones.
Synopsis : L’histoire de deux sœurs, Celie et Nettie, et de leur famille qui a la particularité d’être de couleur noire au cours de la première moitié du XXème siècle dans le sud des États-Unis.
La Couleur Pourpre – Bande Annonce
La Couleur Pourpre – Fiche Technique
Titre Original : The Colour Purple
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Menno Meyjes, d’après le roman La Couleur Pourpre d’Alice Walker
Distribution : Whoopi Goldberg (CelieHarris-Johnson), Margaret Avery (Shug Avery), Oprah Winfrey (Sofia), Akosua Busia (Nettie Harris), Danny Glover (Albert « Mister » Johnson), William E. Pugh (Harpo), Adolph Caesar (le père d’Albert), Rae Dawn Chong (Marie-Agnès « Squeak »), Dana Ivey (Miss Millie), Laurence Fishburne (Swain), Susan Beaubian (Corrine)
Direction Artistique : Robert W. Welch sous la direction de J. Michael Riva
Décors : Lindda DeScenna et Virginia L. Randolph
Costumes : Aggie Guerard Rodgers
Maquillage : Ken Chase
Coiffures : Robert Stevenson et Lola Kemp
Photographie : Allen Daviau
Ingénieur du Son : Willie Burton
Effets Spéciaux : Matt Sweeney
Musique : Quincy Jones
Producteurs : Jon Peters, Peter Guber, Steven Spielberg, Kathleen Kennedy, Frank Marshall, Quincy Jones et Carol Isenberg
Sociétés de Production : Waner Bros., Amblin Entertainment et Guber-Peters Company
Distributeur : Warner Bros. Pictures
Budget : 15 000 000 dollars
Genre : Drame historique
Date de Sortie France : 10 septembre 1986
Ce mercredi débarque pour la première fois en vidéo en France UTU. Réalisé en 1983 par le Néo-Zélandais Geoff Murphy, le long métrage nous plonge dans les dernières années des Guerres de Nouvelle-Zélande et suit la désertion puis la vengeance du caporal Te Wheke, un guerrier maori alors prêt à tout pour exterminer les britanniques.
Synopsis : Nouvelle-Zélande, 1870. Te Wheke, un éclaireur maori des troupes coloniales, retrouve sa tribu massacrée par l’armée – et notamment son colonel – pour laquelle il travaille. Trahi et étreint par la douleur, il jure d’infliger le même châtiment – Utu soit vengeance en maori– aux Pakeha (les Néo-Zélandais d’origine européenne)…
« On a une Histoire qui est à tous » – Geoff Murphy
La citation du scénariste et réalisateur du film est conséquente pour approcher UTU. Si le synopsis suggère un revenge movie suivant Te Wheke, le long métrage suit différents points de vue. En effet, le film va capter les parcours de différents personnages pris dans la tourmente des combats et de la vengeance du Maori. Williamson, un mari venant de perdre sa femme assassinée par Wheke, part alors à sa poursuite en quête de vengeance ; un jeune officier aux tactiques prometteuses ne cesse de voir son habilité au combat remise en question par son supérieur ; ce dernier, colonel, est un crétin arrogant pédophile qui n’a d’yeux que pour la gloire ; Wiremu, un officier maori au service des Britanniques, ouvert au monde et connecté à ses racines et à sa terre, accomplit son devoir sans oublier le sens de la justice ; une jeune Maori jongle entre le camp de Te Wheke et celui des British, elle se rapprochera d’ailleurs du jeune officier ; un des soldats de Wheke est fidèle à son poste puis sera blessé au cours d’une bataille pour être assassiné par son propre leader… Autant de regards croisés qui vont venir construire le périple historique et donc collectif d’UTU.
‘UTU’, un western néo-zélandais de Geoff Murphy
Cette expérience plurielle de l’Histoire trouvera son point culminant dans l’émouvante scène finale du film (attention, les lignes qui vont suivre risquent de vous spoiler la fin du métrage). Te Wheke est blessé puis arrêté après une importante traque et un tumultueux gunfight. Le veuf, qui n’aura cessé de s’armer lourdement (on le retrouvera dans le dernier acte avec un fusil à quatre canons), réclame la vengeance. La cousine du soldat de Wheke assassiné, qui est aussi la mère de la jeune amoureuse qui aura aussi été tuée des mains de Te Wheke, veut elle aussi se venger. Le jeune officier, qui préside un tribunal militaire de fortune, déclare l’inculpé coupable, mais il désire surtout le voir mort parce qu’il a perdu son amour maori. Multiples sont les individus qui cherchent à mettre en œuvre leur vengeance, soit Utu. C’est l’officier Wiremu qui leur fait remarquer cela. Ils sont aveuglés comme Wheke a pu l’être. Oui, ce dernier est coupable : il a assassiné des innocents, tué ses pairs pour leur fragilité ou par paranoïa… L’officier explique alors qu’il est le plus impartial juge d’entre tous, quand bien même il serait le grand frère de Te Wheke. Il a d’ailleurs abattu le colonel en pleine bataille sans qu’il soit reconnu par un soldat. Car il fallait rendre justice. Le colonel était responsable du massacre et de la destruction du village, cause de la quête de vengeance de Te Wheke. A ce propos, ce dernier, lors de son périple vengeur, a rendu coup pour coup, a pris un civil pour un Maori tué, et caetera. Mais il est allé bien au-delà. Ainsi justice doit être rendue. Si celle-ci sera executée par un coup de fusil, Wiremu la rendra dans la paix via un rituel maori que toutes et tous partageront.
Cette merveilleuse séquence met en avant l’harmonie d’hommes et femmes de groupes différents et aux objectifs propres conséquents. Tous réussissent à aller au-delà, pour se réunir autour d’un rituel qu’ils partagent et qui leur appartient à tous. Murphy met ainsi fin aux violences de son western en mettant face à l’Utu qui traverse l’ensemble du film une réunion harmonique néo-zélandaise. Les combats continueront même dans cent ans, déclarait un jeune Maori au service des Anglais. Peut-être, nous répond le film, mais savourons ce moment de paix. Enfin, Wimeru confirme à Te Wheke qu’il ira au paradis malgré tout. Car Utu est un mal bien humain et qui n’a pour l’instant cessé de hanter les esprits. Mais lorsque les ténèbres nous aveuglent, n’oublions pas ce qui est juste, le dialogue, la communion avec l’autre et notre espace… N’oublions pas de faire exister la paix.
Une édition vidéo soignée
La Rabbia propose de découvrir le film dans une édition vidéo soignée, que ce soit en DVD ou en Blu-ray, malgré une certaine instabilité visuelle sur certains plans et quelques flous. Grâce à un remaster formidablement réussi, le grain est préservé sans être envahissant. Au niveau sonore, le film, à nouveau grâce au remaster, a bénéficié d’une piste 5.1 supervisée elle aussi par le réalisateur. Du côté des bonus, vous trouverez un making of inédit fort intéressant d’une durée de quarante minutes, ainsi que l’éternelle présence de la bande-annonce du film. Ces deux éléments sont complétés par un livret empli de « photos inédites » et de textes revenant entre autres sur l’intrigante histoire de la tumultueuse remasterisation du film. La Rabbia propose ainsi une excellente édition pour découvrir ce monument néo-zélandais dans une version redux supervisée par l’équipe d’origine. Ainsi la version proposée ici n’est pas celle (d’origine) qui a pu être vu au Festival de Cannes en 1983 et en Nouvelle-Zélande à l’époque mais elle porterait la vision « ultime » d’UTU, dixit son scénariste-réalisateur Geoff Murphy : « Le film est plus âpre, plus intelligent, ce qui le rend plus fort. Nous avons retiré des choses qui à l’époque étaient drôles ou pertinentes mais qui, trente ans plus tard, n’ont plus aucun sens. Le travail de Weta Digital sur l’image est incroyable. Elle est plus belle que lors de la sortie initiale du film. Quant au son, il a été remixé en stéréo 5.1. C’est une toute nouvelle expérience. Je suis fier d’y avoir participé. » Quant aux scènes retirées du montage original, ou aux scènes déjà coupées à l’époque, aucun élément n’est présent dans les bonus de l’édition.
Bande-Annonce – UTU, ressortie vidéo chez la Rabbia
INFORMATIONS TECHNIQUES
Langue : Maori et Anglais – Sous-titres : Français – Son : Dolby Digital et DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 – Image : 16/9 – 1.85 – Couleur – Durée : 1h48
SUPPLÉMENTS
Le making of de 1983 réalisé par Gaylene Preston (42 mn) – La bande-annonce version restaurée – le livret de 40 pages
36 ans après sa sortie, que reste t’il à dire d’E.T – L’Extraterrestre ? Que peut-on bien ajouter aux milliers de papiers d’analyse et de louanges de ce film culte ? Et surtout, qui ne l’a pas vu ? Alors plutôt que d’en remettre une couche sur l’évidence, racontons les petites histoires d’un grand film…
Traumatisé(e) ? On n’en serait pas moins quand il y a quelques années émergeait ce concept-art reptilien du bon E.T sur Internet. Car, effectivement, le tendre film de votre enfance aurait pu ne jamais voir le jour si, quelques années plus tôt, un autre projet de Spielberg s’était concrétisé.
Intitulé Night Skies, le projet produit par Columbia Pictures est conçu comme une réponse horrifique à Rencontres du troisième type. Soit le débarquement de cinq aliens plus ou moins malfaisants et leur confrontation à une famille de fermiers. Au-delà du budget exponentiel alloué aux effets spéciaux (confiés à Rick Baker pour un tiers du budget global), c’est bel et bien Spielberg qui est de moins en moins convaincu par le traitement de l’histoire, la partie qui l’intéresse le plus étant finalement la plus tendre, soit l’amitié entre Buddee, un gentil extraterrestre et un enfant autiste.
Night Skies n’aboutit donc pas pour toutes ces raisons. Mais Spielberg parle du projet à la regrettée scénariste Melissa Mathinson (qui signera aussi son segment pour La Quatrième Dimension ainsi que Le BGG). Elle développe un script entièrement basé sur la relation entre un extraterrestre et un enfant : E.T and me. Spielberg trouve le scénario parfait et revient donc vers Columbia Pictures qui n’est pas convaincu par le ton enfantin et très Walt Disney. D’autres sources rapportent cependant que Columbia, développant un autre film similaire à l’époque (Starman de John Carpenter) préféra privilégier ce dernier.
Quoi qu’il en soit, la suite, on la connait, Universal reprend le bébé et Columbia s’assoit sur le plus gros succès de tous les temps avant qu’un certain Jurassic Park le détrône en 1993. Au-delà des chiffres mirobolants qu’il alignera, de l’amour que le public lui portera, l’impact de E.T se mesurera surtout à l’aune de son rayonnement dans le champ culturel. Si on ne compte plus les reprises du plan iconique du vol devant la lune (devenu logo de la bien aimée Amblin) ou de la réplique « ET téléphone maison », on compte aussi quelques anecdotes savoureuses :
Ainsi, dans le monceau de produits dérivés (livres, figurines, attraction,…), un jeu Atari fut créé à la va-vite en cinq semaines. Considéré comme l’un des pires jeux de tous les temps, nombre d’exemplaires invendus du titre furent enterrés dans le désert du Nouveau-Mexique. Certains voient d’ailleurs dans l’échec du jeu la mort d’Atari. L’exhumation des cartouches en 2014 donnera lieu au documentaire Atari – Game Over.
De même, un succès n’allant pas sans sa cohorte de procès pour plagiat, citons le réalisateur indien Satyatij Ray, soutenu par Martin Scorsese, et son script The Alien écrit en 1967. Citons aussi le procès perdu de Lisa Litchfield accusant Spielberg d’avoir plagié sa comédie musicale Lokey from Maldemar. Plus proche de nous, la française Yvette de Fonclare nota l’étrange similitude entre son roman L’Enfant des Etoiles et le script d’E.T. D’autant plus qu’elle avait envoyé son roman en 1981 chez Disney, compagnie pour laquelle travaillait Mathison à l’époque. L’ironie est qu’on retrouve la « colonne vertébrale » d’E.T dans nombre d’œuvres depuis 1982, jusque dans le récent La Forme de l’Eau de Guillermo Del Toro.
A noter aussi qu’en 1982, il fut un temps envisagé une suite à E.T par Melissa Mathison et Steven Spielberg qui en écrivirent d’ailleurs le premier traitement. Intitulé E.T II – Nocturnal Fears, cette dernière renouait avec l’esprit de Night Skiesen voyant Eliott et ses amis kidnappés par des aliens malfaisants et appelant E.T à l’aide. Spielberg décida de ne pas poursuivre le projet, estimant qu’elle ne ferait qu’enlever la pureté de l’original. Une chose assez ironique quand on sait la polémique qui entoura la réédition augmentée du film en 2002 (dans le même esprit que George Lucas et les Star Wars originaux). Abus d’images de synthèses, remplacement des armes par des talkies-walkies, rajouts inutiles,…. Devant le tollé, Spielberg prit publiquement la parole pour s’excuser, comprenant ce qu’il avait altéré pour les fans. A sa demande, les ré-éditions les plus récentes ne comportent même plus la version de 2002.
Couronné de quatre Oscars, 800 millions au box-office mondial depuis 1982, près de 10 millions de spectateurs en France, E.T est encore l’un des rares exemples d’un succès critique et public immédiat qui n’aura pas eu besoin des années pour accéder au rang d’œuvre culte et intemporelle de l’histoire du cinéma. Alors après tous ces tours et ses détours pour ne pas tartiner davantage sur ce que tout le monde sait, parlons très simplement du film et demandons-nous pourquoi ce succès ?
Est-ce parce qu’il convoque nombre des figures du cinéma d’un réalisateur essentiel (la parentalité, l’émerveillement, la candeur) ? Parce qu’il fait figure de film formellement parfait ? Parce qu’il recèle à tout niveau de fabrication une pureté totale ?
Non, nous savons tous parfaitement pourquoi. C’est parce qu’il a fait lever au monde entier des yeux humides vers le ciel, attendant de revoir un jour cet ami extraordinaire venu des étoiles. Nous intimant que tout était possible, surtout l’impossible.
Et cela, nous avions, avons et aurons toujours besoin de l’entendre.
E.T. : Bande-annonce
E.T. : Fiche Technique
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Melissa Mathison
Interprétation : Dee Wallace, Henry Thomas, Peter Coyote, Drew Barrymore
Photographie : Allen Daviau
Montage : Carol Littleton
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Melissa Mathison et Steven Spielberg
Studios de production : Universal Pictures
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 1 décembre 1982
Diamétralement opposé au premier volet par sa noirceur et un côté exotique moins prononcé, Indiana Jones et le TempleMaudit n’en demeure pas moins une suite d’excellente facture. Cette suite ne fait que confirmer les fondements solides d’une saga devenue culte et intemporelle grâce à son personnage principal.
Synopsis:L’archéologue aventurier Indiana Jones est de retour. Il poursuit une terrible secte qui a dérobé un joyau sacré doté de pouvoirs fabuleux. Une chanteuse de cabaret et un époustouflant gamin l’aideront à affronter les dangers les plus insensés.
Qu’il est difficile de passer après un très bon premier film. Surtout si le premier film en question, Les Aventuriers de l’Arche Perdue, initiateur de la résurrection du genre aventure, est considéré comme culte aujourd’hui. Au-delà de l’impatience des fans de la première heure qu’il fallait combler, l’objectif premier était d’offrir avec Indiana Jones et le Temple Maudit une aventure digne de ce nom à notre héros, sans pour autant afficher une volonté de surfer sur la vague et d’opportunité commerciale. Pari à première vue réussi dès sa sortie en 1984 : le film trouve son public, et rapporte plus de 330 millions de dollars au box-office mondial, tout en convainquant de façon plutôt homogène la presse. Et pourtant …
Rejeton renié
A l’occasion de la sortie d’Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989, soit 5 ans après son exploitation en salles, un déferlement de critiques négatives heurtent le film. Et ces dernières pour la plupart ne proviennent pas de n’importe qui : en l’occurrence du propre père d’Indiana Jones, Steven Spielberg himself. Il déclara lors d’une interview accordée au Sun Sentinel qu’il n’est « absolument pas content de ce second film », le trouvant » trop sombre, trop souterrain, et vraiment trop effrayant », le jugeant « même pire que Poltergeist » (qu’il a produit), et « n’y décelant rien comme apport personnel ». Il déclara dans cette même interview que le film n’était qu’une commande après le succès du premier opus, n’était qu’une démonstration de son savoir-faire en tant que réalisateur, et n’était alimenté que par les décisions et prises de position de son comparse George Lucas. En résumé : il s’agit selon lui de son pire film !
Même le mal aimé Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, signant le retour de l’archéologue sur les écrans après quasi vingt ans d’absence, n’a pas connu un tel dénigrement. On ne peut donc que rester circonspect face à ce désaveu le plus total de la part de tonton Spielberg. Si la majorité de ses arguments sont contestables, on ne peut nier qu’Indiana Jones et le Temple Maudit concentre des défauts que le premier volet ne présentait pas, nuisant un chouïa à la qualité de l’ensemble.
Steven Spielberg affirme que le seul bon point qu’il trouve à ce deuxième film est le fait d’y avoir rencontré et épousé sa femme de l’époque, Kate Capshaw, qui campe Willie Scott, chanteuse de cabaret et comparse malgré elle d’Indiana durant cette aventure. Paradoxalement, cela sera un des principaux reproches faits au film. Bien loin de la témérité et de la force de Marion Ravenwood dans le précédent volet, Capshaw est l’archétype même du personnage féminin accessoire des années 1980. Gesticulant tous azimuts, criant (« le problème avec elle c’est le bruit ! » attestera Indiana), se plaignant du manque d’un certain confort, elle sera à l’origine d’une ambiance somme toute machiste où Indiana Jones s’imposera en mâle alpha sans subtilité, particularité ne collant pas forcément au personnage, ni au contexte du film. On se souvient plus précisément de cette scène finale où le personnage attrape Scott au lasso et l’amène vers elle afin de lui soutirer un baiser. On a donc l’impression qu’elle soit davantage présente pour ses attributs physiques que pour sa participation au bon déroulement de l’intrigue.
Cette dernière est le deuxième bât qui blesse : dès la découverte du temple, le sentiment de surplace pré pondère. Contrairement à la première demi-heure, où nous vadrouillons à toute berzingue entre les rues de Shanghai aux forêts indiennes en passant par des montagnes enneigées, le film semble prendre en otage le spectateur pour l’enfermer dans un seul et unique décor, celui du temple en question, et y concentrer son intrigue. Privée de la magnificence des paysages indiens, cette deuxième partie se passe essentiellement sous terre et rejoint ainsi l’argument de Steven Spielberg (« trop souterrain »), participant également au côté trop sombre de l’ensemble. Mais ce dernier point constitue-t-il un argument convaincant ? Pas vraiment !
Une aventure entre noirceur et légèreté
Car ne nous volons pas la face : la violence a toujours plus ou moins implicitement fait partie de l’identité de la saga Indiana Jones. Bien que le Temple Maudit monte le cran au-dessus niveau noirceur (le film a d’ailleurs entraîné la création de la classification PG-13 aux États-Unis), tous les autres opus de la saga présentent certaines scènes au caractère graphique à ne pas mettre sous les yeux du jeune public. Qui n’a jamais été impressionné par l’extermination des nazis lors du final des Aventuriers de l’Arche Perdue ? Ou bien des têtes coupées et la mort de Donovan dans La Dernière Croisade ? Ou dans une moindre mesure, de l’attaque des fourmis dans Le Royaume du Crâne de Cristal ? Une violence certes aseptisée dans les deux derniers opus suite à la mauvaise surprise du rendu final du Temple Maudit, mais présente tout de même. Le côté trop sombre reproché au film est par conséquent un faux problème.
Premièrement, il lui donne en conséquence un visage qui lui est propre au sein de la saga : jamais un épisode ne connaîtra une atmosphère aussi dérangeante que celui-ci. Le Mal prendra la forme d’une secte dirigée par un impitoyable gourou, maître ès sciences occultes et magie noire, pratiquant rituel et autres sacrifices, et réduisant de jeunes enfants à l’état d’esclaves, sans lésiner sur les coups de fouet. Il est incarné par un Amrish Puri des plus effrayants, et en fait le meilleur méchant de la saga. Parfaitement représentative du personnage, la scène du sacrifice, dont le point d’orgue reste le cœur enflammé de la victime au creux de sa main accompagné d’un rire sadique, glace le sang. De même, Harrison Ford apporte une dimension nouvelle au personnage éponyme, plus complexe qu’il n’y paraît. Voulant récupérer les pierres pour son gain personnel, il fera de cette quête une affaire personnelle lorsqu’il s’agira de délivrer les enfants. Défenseur de la veuve et l’orphelin, père de substitution au personnage de Demi-Lune (la seule apparition à l’écran de Jonathan Ke Khan avec Les Goonies !) passant à un moment du côté obscur, le développement du personnage dans cet opus en fait un héros des plus complets.
Deuxièmement, cet aspect sombre est amoindri par une légèreté que l’on ne soupçonnait guère et que bizarrement beaucoup de spectateurs oublient au premier abord. Le personnage de Demi-Lune, qui a marqué des générations entières, s’éloigne du côté purement sidekick rébarbatif en offrant beaucoup de tendresse, surtout vis-à-vis de sa relation avec le docteur Jones, se mêlant à de vrais moments comiques. D’ailleurs, Spielberg va même plus loin en entremêlant souvent de l’effroi avec de purs instants de comédie. Et ce parfois dans le même plan. La scène du dîner au temple en est le parfait exemple. Entourée de mets plus que douteux, entre des serpents, des araignées et de cervelles de singes, Kate Capshaw demande à un serveur une simple soupe. Cette dernière, visiblement ravie de la recevoir, se met à la touiller … avant de trouver des globes oculaires y baignant.
En résulte en définitive un blockbuster très bien mené, au rythme mené tambour battant, et aux allures de véritable roller coaster, à l’image de l’hallucinante poursuite en chariots de mine à la fin du long métrage. Car dans le difficile exercice de la suite, Indiana Jones et le Temple Maudit s’en sort très bien. Bien que désavoué par Tonton Steven, il reste ce qui se faisait de mieux en matière de divertissement pop-corn dans les années 80. Et l’ensemble porte malgré tout la patte de son auteur.
Indiana Jones et le Temple Maudit : Bande Annonce
Indiana Jones et le Temple Maudit : Fiche Technique
Titre original : Indiana Jones and The Temple of Doom
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Williard Huyck, Gloria Katz
Interprétation : Harrison Ford (Indiana Jones), Kate Capshaw (Willie Scott), Jonathan Ke Khan (Demi-Lune), Amrish Puri (Mola Ram), Roshan Seth (Chattar Lal), Philip Stone (Le Capitaine Blumburtt)…
Photographie : Douglas Slocombe
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Décors : Eliott Scott
Production : Franck Marshall, Kathleen Kennedy, George Lucas, Robert Watts
Studios de production : LucasFilms Ltd., Paramount Pictures
Genre : Aventure
Durée : 118 minutes
Date de sortie : 12 septembre 1984
Concours Hostiles de Scott Cooper (Crazy Heart, Les Brasiers De La Colère, Strictly Criminal) : A l’occasion de la sortie du film le 14 Mars avec au casting Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi et Timothée Chalamet et en partenariat avec Metropolitan Films et Mensch Agency, gagnez 5×1 places pour aller voir le film au cinéma.
SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE
En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple. Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.
Titre original : Hostiles
Réalisation : Scott Cooper
Distribution : Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adam Beach, Ben Foster, Timothée Chalamet, Q’orianka Kilcher, Adam Beach, Rory Cochrane, Paul Anderson, Stephen Lang, Scott Wilson, Bill Camp, Peter Mullan, Ryan Bingham…
Scénario : Scott Cooper, d’après une histoire de Donald E. Stewart
Direction artistique : Elliott Glick
Décors : Donald Graham Burt
Costumes : Jenny Eagan
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : Tom Cross
Musique : Max Richter
Sociétés de distribution : Metropolitan Filmexport (France)
Genre : western
Durée : 134 minutes
Dates de sortie : 14 mars 2018
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