A travers la résurrection d’un genre qu’on croyait disparu depuis les années 1940, Spielberg et son comparse Lucas signent avec Les Aventuriers de l’Arche Perdue bien plus qu’un simple film d’aventure : un mythe traversant les âges, et l’iconisation d’un véritable héros de cinéma.
Synopsis : 1936. Parti à la recherche d’une idole sacrée en pleine jungle péruvienne, l’aventurier Indiana Jones échappe de justesse à une embuscade tendue par son plus coriace adversaire : le Français René Belloq.
Revenu à la vie civile à son poste de professeur universitaire d’archéologie, il est mandaté par les services secrets et par son ami Marcus Brody, conservateur du National Museum de Washington, pour mettre la main sur le Médaillon de Râ, en possession de son ancienne amante Marion Ravenwood, désormais tenancière d’un bar au Tibet.
Cet artefact égyptien serait en effet un premier pas sur le chemin de l’Arche d’Alliance, celle-là même où Moïse conserva les Dix Commandements. Une pièce historique aux pouvoirs inimaginables dont Hitler cherche à s’emparer…
Un plan d’ouverture sur une montagne au loin, se mouvant dans les formes du logo de la Paramount. Une silhouette vue de dos, affublée d’un chapeau, d’un révolver et d’un fouet. Un groupe d’hommes errant dans une forêt sombre, hostile, aux bruits inquiétants. En quelques plans judicieusement choisi, le mystère est lancé, le visage de notre héros sort de l’ombre : Indiana Jones ! Et il ne faudra que 10 minutes de plus en sa compagnie, rythmés par une chasse à la relique alternant pièges, un rocher qui écrase tout sur son passage, trahisons et fuite face aux indigènes, soulignés par la bande entraînante de John Williams et la somptueuse photographie de Douglas Slocombe, pour se rendre compte que l’on est face à un grand film. Et pas n’importe lequel : un grand film d’aventure ! Une pépite, un pur joyau cinématographie qui a profondément su redéfinir le genre. Ce qui peut sembler étrange vu la décrépitude de ce dernier au fil des ans, et surtout à l’époque des seventies – début eighties, où l’heure était plutôt aux polars, aux films d’action et à la consécration de la science-fiction.
La passion au service de l’Histoire
A l’origine du projet se manifeste avant tout la passion et la volonté sans faille de deux hommes : Georges Lucas d’abord, grand nostalgique des serials de son enfance, ayant envie de faire revivre ce genre d’aventures sur grand écran (entreprise déjà commencée avec son premier volet de ce qui allait devenir la saga Star Wars). Steven Spielberg ensuite, conteur parfois au ton grave mais ayant gardé une part de rêve et d’enfance. C’est ensemble et main dans la main qu’ils vont retranscrire leur rêve sur pellicule, sur la base d’un script de Lawrence Kasdan et Phillip Kaufmann. Ce scénario sera pour ainsi dire la clé de voûte du film, car de cette intrigue vont découler bon nombre d’éléments propres au genre du film d’aventure qui seront maintes fois repris et imités, mais jamais égalés.

L’un d’entre eux sera bien évidemment la quête du McGuffin. Terme d’abord instauré par Hitchock, il prendra bientôt la forme d’un objet rare et précieux, prétexte au bon déroulement de l’histoire puisque au centre de la quête de nos héros. Car ces derniers parcourent parfois une bonne partie du globe afin de le dénicher, d’où un exotisme prononcé et propre au genre, dont se réclamera bien évidemment Les Aventuriers de l’Arche Perdue, avec une quête transportant le spectateur du Pérou au Népal en passant par l’Egypte. Ici, il ne s’agira ni plus ni moins de l’Arche d’Alliance, le coffret biblique qui aurait transporté les Tables de la Loi par Moïse, les 10 Commandements. Et plutôt que d’en faire une quête superficielle aux enjeux amoindris (richesse et gloire personnelle, don à un musée…), Spielberg et Lucas décident de la réadapter dans un contexte bien déterminé : celle de l’avant-guerre en 1936, lors des prémices de l’avènement des nazis. Particularité scénaristique ne se justifiant que trop bien, puisque qu’il était bien ancré qu’Hitler était fasciné par les sciences occultes et les arts mystiques. Bien plus que la diversité des paysages et des décors, c’est par ce scénario que le film trouve sa richesse, symptomatique d’ailleurs d’une envie de Spielberg d’évoquer la Seconde Guerre mondiale. Même si la trame semble assez convenue et classique aujourd’hui, elle a été l’initiatrice de beaucoup de suiveurs, misant également sur ce cocktail exotisme/aventure, des plus réussies (La Momie de 1999, les deux Benjamin Gates…) aux plus ridicules (Alan Quatermain et la Cité de l’Or Perdu, Sahara…).
Harrison Ford ou la nouvelle incarnation du Héros
Cette incursion de la réalité dans le caractère purement fictionnel de la quête participe aussi à la caractérisation des méchants. Outre Wolf Kahler en général du IIIe Reich, c’est surtout Ronald Lacey qui marque la rétine. Homme de main du Führer, sa physionomie, son sourire sadique, ses lunettes derrière ses yeux menaçants, son accent à couper au couteau, et son costume noir surmonté d’un chapeau, font de ce personnage l’archétype du serviteur du diable, le parfait représentant de l’armée du mal. Mais il ne constituera pas l’antagoniste principal du long métrage. Ce dernier prendra les traits de René Belloq, archéologue français motivé par sa seule recherche de gloire et de célébrité. Ce personnage n’a cependant pas la même aura menaçante que ses confrères, l’interprétation tout en douceur orientée « force tranquille » de Paul Freeman y étant surement pour quelque chose. Il y apparaît même plutôt énervant par son opportunisme et sa chance, et ce, bien que ses envies primaires et son inexpérience le conduiront à sa perte. A ce titre justement, il constitue donc plutôt la parfaite antithèse de notre héros.

Et quel héros ! Si on ne le présente plus aujourd’hui, c’est que le personnage d’Indiana Jones a tout simplement marqué les esprits dès sa première apparition au cinéma. Se définissant d’abord comme un professeur et un académicien avant d’être un archéologue et un aventurier, le personnage du professeur Jones s’éloigne bien des standards de l’époque. Il n’est pas l’archétype du good guy infaillible, tirant d’abord et réfléchissant après, sous une montagne de muscles ou un physique d’athlète. Il n’hésite pas à prendre des coups, à accumuler les échecs et à faire preuve d’un humour léger et pince sans rire sans que la situation ne l’exige forcément. Et pour donner corps à ce personnage, il fallait bien la décontraction et la nonchalance d’Harrison Ford, qui, un peu à la manière d’un Han Solo, bouscule la conceptualisation de ce qui se faisait en matière de héros dans les années 80. Un exemple parmi tant d’autres : la manière dont il tue un assaillant faisant une démonstration de sabre des plus chorégraphiées. Son impassibilité, causée d’ailleurs par une turista générale survenue pendant le tournage, a participé à l’humour et au rendu culte de la scène !

Un personnage haut en couleurs se devait de l’accompagner afin de lui tenir tête en tant que comparse ! Interprétée par Karen Allen, Marion sera la meilleure des Indiana Girl de la saga. Garçon manqué maniant aussi bien le couteau que l’ingurgitation d’alcool fort, elle ne sera pas seulement le faire valoir d’Indiana Jones, mais bien un personnage féminin fort au caractère bien trempé. Ce qui là encore à l’époque n’était pas une évidence sur les pellicules.
Une équipe artistique au sommet de sa forme
Et en termes d’innovations, il faudrait bien plus qu’une critique pour énoncer et décrire les nombreuses scènes cultes parsemant Les Aventuriers de l’Arche Perdue, où chaque plan et prise de vue semble avoir été millimétré, médité, réfléchi. Toute la partie au Caire lors de la découverte du tombeau où se trouve l’Arche d’Alliance, bien qu’accusant un ralentissement du rythme, en témoigne : la découverte de l’emplacement exact grâce au rayon du soleil, les ouvriers travaillant sous un soleil couchant, la descente dans le tombeau encerclé par des centaines de serpents … Mais c’est surtout la séquence finale qui marquera les mémoires : l’ouverture de l’arche et le déchainement infernal qui s’ensuit. Véritable malstrom visuel et sonore qui a très bien réussi l’épreuve du temps, renforcé par des effets de maquillages du plus bel acabit (jamais on n’aura trouvé de « face melting » plus convaincant, même dans le cinéma d’horreur), la scène démontre tout le savoir-faire de son réalisateur coordonnée avec celle de son équipe artistique. Les morceaux de bravoure ne sont d’ailleurs pas en berne. Outre la séquence d’ouverture, les combats et courses poursuites s’enchaînent à vitesse V. Que ce soit une fusillade dans un bar népalais, une course poursuite avec des paniers en osier sur les marchés du Caire, un duel entre les hélices d’un avion, ou la prise d’un camion transportant l’Arche, la mise en scène est d’une précision et sans conteste d’une technicité avant-gardiste. On vous l’a dit : souvent imité, jamais égalé !
C’est par tous ces éléments que Les Aventuriers de l’Arche Perdue a pu faire renaître le genre : considéré à ce jour comme un des meilleurs blockbusters de tous les temps, il consolide un scénario bien écrit, une mise en scène novatrice, une équipe artistique mobilisée, et la passion de ses pères fondateurs, Georges Lucas et Steven Spielberg. Grâce à eux, une nouvelle icône est née, tant et si bien qu’un thème musical signé John Williams lui sera propre. En 1981, l’aventure a désormais un nom : Indiana Jones !
Les Aventuriers de l’Arche Perdue : Bande Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=KjuhSnOZn0A
Les Aventuriers de l’Arche Perdue : Fiche technique
Titre original : Raiders of the Lost Ark
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Lawrence Kasdan, Philip Kaufman et George Lucas
Interprétation : Harrison Ford (Indiana Jones), Karen Allen (Marion Ravenwood), Paul Freeman (René Belloq), Denholm Elliott (Marcus Brody), Ronald Lacey (Toht), John Rhys-Davis (Sallah), Alfred Molina (Sapito), Anthony Higgins (Gobler)…
Photographie : Douglas Slocombe
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Direction artistique : Leslie Diley
Production : Franck Marshall, Howard G. Kazanjian, George Lucas, Robert Watts
Studios de production : LucasFilms Ltd., Paramount Pictures
Genre : Aventure
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 16 septembre 1981
États-Unis – 1981



Une histoire qui manque cruellement de substance et s’enfonce bien trop souvent dans les longueurs au cours de l’errance peu palpitante de son protagoniste. Le film sera trop souvent à l’image de son héros, superficiel, à côté de ses pompes et qui n’a pas grand chose à dire. Avec la caractérisation maladroite des personnages, où le personnage principal souffre d’être muet et de son appartenance Amish pour la seule justification de ralentir le récit plus qu’à apporter un sens à l’intrigue, et des développements hasardeux dans son dernier tiers, Mute n’évite jamais les erreurs
La réalisation technique connait aussi quelques maladresses notamment avec des effets spéciaux d’un autre temps et des fonds verts bien trop visibles qui peinent à rendre l’univers visuel du film crédible. C’est d’autant plus regrettable que cela amoindrit des idées de mise en scène plutôt bien senties qui donnent un côté halluciné eu récit. Duncan Jones jouant avec les focales pour donner un air disproportionné à son héros qui devient une forme géante qui se balade dans un monde où il n’a pas sa place, une force de la nature muette mais inébranlable. Son handicap est d’ailleurs jusqu’au bout traité comme tel, où dans ce monde futuriste où quasiment tout passe par la voix celui-ci se trouve incapable d’évoluer dans son environnement. Son errance en devient onirique et Jones arrive à travailler une atmosphère vite envoûtante aidé par le score musical planant et inspiré de
Lady Bird est l’histoire d’une jeune fille de 17 ans qui renie son prénom, tient fortement tête à sa mère (jusqu’à se jeter de la voiture en marche pour la contredire, première séquence – déroutante et hilarante – du film), et surtout cherche son identité. Un peu comme la Frances Ha interprétée par la réalisatrice du film, Greta Gerwig, Lady Bird alias Christine est encore incomplète. Elle ne prend pas de chemin de traverse pour aller vers sa vie d’adulte, mais plutôt des détours. Si l’adolescence était un grand désert à traverser, Lady Bird serait en quête d’une eau plus spéciale que les autres pour se désaltérer, avide de mirages et de fantasmes. Des fantasmes ou autres attendus des films d’adolescence que Greta Gerwig s’attache à détourner. Fantasme de la première fois idéalisée (par Lady Bird surtout qui dira préférer finalement « être pelotée »), fantasme de la sentimentalité des filles adolescentes (il y a autre chose dans la vie de Lady Bird) , fantasme des garçons virils (ils sont ici homosexuels refoulés ou faux « beaux » en quête de douceur), fantasme des amitiés quasi indestructibles et des familles solides (la question de l’argent étant au centre, quand c’est l’amour filial qui compte finalement). Ici, tout est déconstruit, en puzzle, ce qui donne lieu à un joli film choral où chaque acteur peut déployer son jeu, son personnage. Mais ce qui frappe surtout c’est la capacité de Greta Gerwig à distiller du fantasque (qui n’est pas que dans les cheveux rouges de son héroïne), de la sensibilité et de la nostalgie dans un film doux-amer.
La grande force du film est de contredire un destin tout tracé. En parlant d’elle à travers une fiction, Greta Gerwig parle d’art, d’émancipation, mais aussi de territoire. Sacramento, la ville soi-disant détestée, est en fait le centre de ce film, son cœur battant. On pense assez souvent à la série Gilmore Girls qui racontait le quotidien d’une mère et de sa fille dans une petite ville de banlieue américaine. Si ici il est plus question du conflit mère-fille, on retrouve les thèmes du désir d’être ailleurs tout en étant attachée aux siens. Ce qui impressionne dans le film, c’est son mouvement permanent alors qu’il s’agit plutôt pour Lady Bird de se recentrer sur elle-même tout en s’ouvrant au monde, comme







