Après Tokyo Tribe de Sono Sion, c’est une autre comédie musicale venue d’Asie qui sort en DVD et Blu-Ray chez nous, éditée cette fois par Carlotta. Point de gang débitant du rap nippon avec un débit de mitraillette ici, mais des hommes en costumes et femmes en tailleurs chantant les joies et les peines du marché néo-libéral. Avec Office, Johnnie To prouve que l’art de la mise en scène ne connaît pas la crise.
Synopsis: Hong Kong, 2008. Le jeune Lee Xiang et la surdouée Kat Ho font leurs débuts chez Jones & Sunn, une multinationale sur le point d’entrer en bourse. Le deux jeunes cadres vont peut à peu découvrir le monde extravaguant et artificiel de la finance, sous le regard « bienveillant » d’un PDG à qui l’on ne cache rien, pas même ses sentiments.
Sûrement à cause de sa provenance lointaine, Office est passé assez inaperçu en dans les salles françaises. Il faut dire aussi que la chine (particulièrement Hong-Kong) nous a plutôt habitués à des films d’arts martiaux nerveux ou des polars tendus. La comédie musicale est encore, dans l’imaginaire collectif, un genre typiquement américain, il est donc fort probable que la disponibilité du film chez nous ne tienne qu’a un nom, celui de Johnnie To, maître du polar précédemment mentionné (Breaking News, Élections).
Loin d’être un chef d’œuvre ou un retour en forme, Office est plutôt une curiosité à réserver aux amateurs du cinéaste ou aux insatiables curieux. Ceux qui attendent un La La Land à la chinoise peuvent passer leur chemin. L’intrigue sur fond de marché ouvert, d’introduction en bourse et de placements risqués ne risque pas non plus de passionner les amateurs de romances en-chantées. D’autant que le choix de placer l’action en parallèle de la crise mondiale de 2008 semble un peu daté et nuit grandement au potentiel de dénonciation du film.
Rappelons également que la comédie musicale induit d’embrasser une culture sonore nouvelle, en fonction du pays d’origine. Nous sommes habitués aux sonorités pop de la musique anglo-saxonne, mais si l’écoute de la bande son de Tokyo Tribe vous est insupportable, ou que vous ne goûtez pas vraiment les numéros dansés/chantés du cinéma Indien, nous ne pouvons que vous conseiller d’aller entendre ailleurs. La pop chinoise étant ce qu’elle est, soit on adhère, soit on a le poil qui frise et les oreilles qui sifflent.

Ceux qui ne seront pas découragés par ces quelques avertissements de rigueur pourront toutefois trouver un intérêt à cet objet atypique, venu d’un pays qui nous a trop habitués à des films approuvés par la machine politique chinoise. Derrière les chansons un peu niaises et la bluette entre deux stagiaires (qui ne semble pas intéresser To plus que ça), Office met en place un dispositif scénique pas trop mal huilé qui dévoile une véritable critique à charge du capitalisme et de la culture d’entreprise asiatique.
Dans un espace unique entièrement composé de lignes, de quadrillages et d’angles, les cadres en costumes et tailleurs défilent à la chaîne. Rien ne dépasse, rien n’est laissé au hasard, et surtout rien n’échappe au PDG (Chow Yun Fat). Dans son appartement au dernier étage, (seul espace clos auquel on accède par un ascenseur spécial) ce dieu néo-libéral garde le corps de sa femme sous respiration artificielle. Un acharnement thérapeutique qui n’est pas sans rappeler la dévotion avec laquelle nos financiers et traders s’échinent à maintenir en place un système économique qui ne fait qu’enchaîner les crises financières désastreuses.
En dessous, dans un open-space infini, qui intègre aussi le bar de la rue et les appartements des salariés, l’armée de comptables n’a qu’un but : faire prospérer l’entreprise, même au prix de leur vie personnelle. L’arrivée de deux stagiaires et leur idylle fera-t-elle comprendre à ce petit monde qu’il est dans l’erreur ? Même pas. La machine est trop bien huilée. La gigantesque horloge qui surplombe tout continue de tourner, et l’histoire ne fait que se répéter.
Le jeune couple qui se forme n’est finalement que l’embryon de celui de leurs supérieurs hiérarchiques, anciens idéalistes aujourd’hui rompus aux magouilles et aux coups bas. Les jeunes n’aspirent qu’a s’élever, tandis que les anciens sentent venir la chute (l’image récurrente de l’ascenseur qui monte pour certains et descend en chute libre pour d’autres).
Le recours à la comédie musicale prend finalement tout son sens, tant le genre est le monde de l’artificiel et de l’utopie. Spécialisée dans la cosmétique, l’entreprise est un empire du faux où tous les coups sont permis. Les moments musicaux ne sont finalement qu’une façade supplémentaire, derrière laquelle Johnnie To se cache pour dérouler sa critique féroce d’un système qui a tout d’une machine infernale.
Office – Bande Annonce
Suppléments : Les deux formats (DVD et Blu-Ray) s’accompagnent d’un court Making-Of promotionnel de 12 min (divisé en plusieurs micro-parties et où le son craque un peu), avec des interviews de l’équipe du film, et une bande-annonce. A noter que la version Blu-ray semble proposer une version 3D (le film a été tourné pour ce format).
Infos techniques :
Format : 2.39/16/9 (compatible 4/3 pour le DVD)
Audio : Dolby Digital 5.1 (DVD)/ DTS-HD 7.1 (Blu-Ray)
Langue : Cantonais
Sous-titres : Français
Durée du film : 114 mn (DVD)/119 mn (Blu-ray)












Immédiatement assimilable à la nouvelle vague roumaine amenée par les Cristi Puiu et autres
Pour en arriver à ce paroxysme, Pororoca chemine presque continuellement avec Tudor, d’abord quand il est en famille, puis, petit à petit, quand tout se délite autour de lui, et qu’il se retrouve seul face à son obsession, celle de trouver, coûte que coûte, le coupable de la disparition de sa fillette. Constantin Popescu déroule patiemment son film. Les routines de la vie quotidienne se répètent inlassablement, de plus en plus vides de sens à mesure que les jours passent. L’après- midi joyeux au parc du début de métrage est un incroyable plan-séquence de plus d’un quart d’heure, où le spectateur, sentant le drame arriver par de petites touches de mise en scène très habiles (le balancement terrifiant d’un manège vide, les allers et retours de Maria et d’Ilie entre les aires de jeux et leur père), se surprend à fureter dans tous les coins, découvrant une scène avec un couple et leur bébé par-ci, une dispute à propos d’un chien par-là. La musique est quasi-inexistante, le bruitage de tous ces pans de vie est un personnage à part entière, très présent. Ces sons contrasteront plus tard avec le désespoir de Tudor, avec la douleur de Cristina, avec la tristesse d’Ilie.
Bogdan Dumitrache est fantastique dans Pororoca. Jouant tour à tour les fils docile (Mère et fils de Călin Peter Netzer) ou rebelle (
Si la niaiserie était l’égale de la platitude cinématographique alors Le Cercle littéraire de Guernesey serait un exemple hyperbolique du genre. Bien sûr l’histoire romanesque pouvait intriguer dans les pages d’un livre, mais au cinéma cela donne un plat
Là où le film pêche c’est dans l’originalité de son récit et la profondeur de sa mise en scène. Cette dernière est réduite à néant et paradoxalement dans les moments forts, comme lorsque Mark surprend le début d’une étreinte entre Juliet et son beau correspondant. Aucune profondeur, aucun enjeu dans la manière dont les personnages sont mis en scène, placés dans le cadre et mis en action surtout, car les corps au final importent peu. Mais d’autres scènes sont ratées par leur platitude ou leur côté attendu : celle de la rencontre entre Juliet et Dawsey, rencontre avortée parce que les deux ne se reconnaissent pas. Ils seront dès lors toujours confrontés et présentés de la même manière dans les plans : face à face, sans enjeu réel. Pour le reste, des flashbacks qui ne font qu’illustrer ce qui est dit et dont la valeur est donc purement informative ou larmoyante, c’est selon puisque plus on avance dans le récit plus on s’enfonce dans les clichés. Côté prestations, rien à dire tant la fadeur de Lily James, tout en mimiques surjouées, et l’inefficacité des caractères de chaque personnage rendent le tout insipide. Au final, on ne sait pas vraiment si Le Cercle littéraire de Guernesey est une adaptation fidèle du roman des amateurs d’épluchures de patates, mais une chose est sûre, ce n’est pas un bon film, tout juste un divertissement bâclé mettant laborieusement en scène des enjeux sentimentaux et de bons gros sentiments.
Pourtant, quelque chose se dégage de cette histoire. Le calme avec lequel tout se joue et se développe est assez admirable, tout est fait de manière silencieuse, il règne une certaine pudeur mais surtout beaucoup de quiétude alors que tout explose autour des personnages et toutes les tensions familiales ressortent. L’ambiance de deuil se veut responsable de cette étrange sensation que tout semble endormi, tel un matin enneigé alors qu’à l’intérieur de chaque personnage, les têtes implosent secrètement.


