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Une vie cachée de Terrence Malick : La splendeur du cinéma de l’Américain enfin retrouvée

Comme un très bon chien sans maître, le cinéma de Terrence Malick a connu des errements pas toujours plaisants à suivre. Avec Une vie cachée, il a retrouvé un sens, et redevient passionnant de bout en bout.

Synopsis : Inspiré de faits réels. Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

 Chemin de Croix

Depuis The Tree of Life, Terrence Malick semblait se chercher un nouveau souffle, avec un cinéma extatique mais sans grand impact finalement sur le spectateur. Même la Merveille du Mont-Saint Michel n’a pas sauvé le film du même nom d’un ennui patent, et ça n’a cessé de dégringoler depuis. Avec Une Vie cachée, il renoue enfin avec ce qui fait le sel de son cinéma, une ampleur, une beauté, des émotions qu’on peut traiter d’inégalées.

S’appuyant non seulement sur un vrai sujet, mais en plus sur des faits réels, le film de Malick s’ancre à nouveau sur du concret qui ne fait que mettre en valeur un cinéma qui sinon pouvait passer pour de vaines afféteries. L’histoire est celle de Franz Jägerstätter, interprété magistralement par August Diehl, un paysan objecteur de conscience autrichien qui a refusé jusqu’à en mourir de faire allégeance à Hitler. Le film dure près de 3 heures, le temps qu’il faut pour déployer le cheminement d’un homme qui avait tout pour être heureux et qui a choisi de mourir plutôt que de risquer de prononcer ce fameux serment, risque alors assez faible puisque nous sommes déjà en août 43, et de surcroît en travaillant potentiellement comme ordonnance en milieu hospitalier.

Ce cheminement est assez basique, dans le sens où son fondement n’est jamais questionné. (Vers la fin du film, Fani (Valerie Pachner), l’épouse de Franz, dira calmement « un jour, nous aurons l’explication de tout. De ce pour quoi nous vivons »). Et ce fondement, c’est la foi inébranlable, tant de Franz que de Fani, de fervents catholiques qui ne pensent qu’en termes de bien et de mal. De longues parties d’une Vie cachée sont consacrées à cette quête christique, méditations, prières, citations de la Bible, sans d’ailleurs que ça ne nuise à l’ensemble du dispositif du film. De fait le film est bien dichotomique, comme le bien et le mal. Une première partie irradiée de lumière dans les montagnes autrichiennes, un bonheur simple et pur pour ce jeune couple de paysans. La photo est toujours aussi magnifique, avec des grand-angles et des contre-plongées à foison ;  le montage toujours aussi impressionnant, comme dans cette belle scène de colin-maillard où  de deux enfants, la progéniture passe à 3 dans une sorte de continuum temporel autour d’un même jeu. Quand Franz est appelé et évidemment immédiatement jeté en prison pour insubordination, on passe à des tonalités beaucoup plus sombres, et de plus en plus sinistres, à chaque fois que l’administration pénitentiaire change Franz de cellule. La dichotomie est également dans l’utilisation surprenante de la langue : langue anglaise pour les époux, pour la voix off faite des échanges épistolaires des vrais Franz et Fani, et pour toutes les personnes empathiques de Franz dans son combat. Langue allemande vociférée et même pas traduite pour les « vilains » : les militaires, les villageois acquis à la cause d’Hitler, la cour martiale etc. Terrence Malick saura surprendre et tenir en éveil malgré l’introspection très prégnante dans le film.

Reconnu comme un martyr par l’église catholique, béatifié en 2017 par Benoît XVI, Franz Jägerstätter a tout d’un saint, y compris dans son entêtement quelquefois difficile à comprendre, dans un combat qui ne fait rien évoluer hélas, au prix de sa propre vie. Les trois heures servent alors à montrer  comment Franz et Fani , chacun de leur côté se martèlent l’unique et  bonne raison de résister à Hitler, « l’antéchrist » ; la bonne raison c’est le Christ, une figure autrement plus précise que le panthéisme habituel du cinéma malickien, bien que la nature un peu mystique reste très présente dans une Vie cachée. D’aucuns, hermétiques à ces questions pourraient donc trouver ce martèlement long, voire indigeste. Mais celui qui s’est -bien volontiers- laissé prendre dans les filets de Jägerstätter , et de Malick, fera le chemin de son ascension vers la sainteté en même temps qu’une apparente descente aux enfers, au même rythme que le protagoniste.

Une Vie cachée est  la preuve qu’en s’appropriant un sujet simple, un cinéma aussi tortueux et épiphanique que celui de Terrence Malick peut redevenir une œuvre merveilleuse que l’on portera longtemps après l’avoir visionnée, au même titre que Les moissons du Ciel ou la cultissime Ligne Rouge.

Une Vie cachée– Bande annonce  

Une Vie cachée – Fiche technique

Titre original : A Hidden Life
Réalisateur : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Interprétation : August Diehl (Franz Jägerstätter), Valerie Pachner (Fani Jägerstätter), Maria Simon (Resie Schwaninger), Karin Neuhäuser (Rosalia Jägerstätter), Tobias Moretti (Père Fürthauer), Ulrich Matthes (Lorenz Schwaninger), Matthias Schoenaerts (Capitaine Herder), Karl Markovics (Me maire Kraus), Bruno Ganz (Le juge Lueben), Michael Nyqvist (Monseigneur Fliesser)
Photographie : Jörg Widmer
Montage : Rehman Nizar Ali, Joe Gleason, Sebastian Jones
Musique : James Newton Howard
Producteurs : Josh Jeter, Grant Hill, Dario Bergesio, Elisabeth Bentley, Coproducteur : Jini Durr
Maisons de production : Studio Babelsberg, Elizabeth Bay Productions
Distribution (France) : UGC Distribution, Orange Studio Cinema
Récompenses : Prix François Chalais – Compétition officielle, Festival de Cannes 2019. National Board of Review, USA : Top 10 films indépendants.
Budget :  USD 7-9 000 000
Durée : 174 min.
Genre : Biographie | Drame | Romance | Guerre
Date de sortie : 11 Décembre 2019
Allemagne | Etats-Unis – 2019

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4.5

Critique de Adoration, un film de Fabrice Du Welz : Aimer à la folie

Avec Adoration Fabrice Du Welz termine sa trilogie ardennaise, débutée en 2004 avec Calvaire et poursuivie en 2014 par Alléluia, en signant une cavalcade déroutante où s’entremêlent la beauté macabre et le chaos d’un amour fou.

Synopsis : Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes…

Projet de longue date pour le cinéaste belge, sa trilogie ardennaise constitue le plus gros de sa filmographie qui oscille entre projets plus personnels et films de commandes. En 2004, lorsqu’il débute sa carrière, Fabrice Du Welz signe avec Calvaire un film d’horreur crasseux, sorte de Deliverance à la française, où l’on suit un jeune chanteur perdu dans un village des Ardennes dans lequel il sera pris pour la réincarnation de la femme d’un villageois qui va donc le séquestrer, le travestir et abuser de lui. De cette illusion improbable naîtra la principale thématique de la trilogie de Fabrice Du Welz, l’amour fou dans sa forme la plus littérale. Un amour qui consume jusqu’à la folie, ou alors une folie désespérée qui cherche à tout prix à s’extirper d’une solitude implacable. En 2014 avec Alleluia, il signe un film moins poisseux mais tout aussi macabre même s’il l’enlace dans une mélancolie parfois poétique. Fortement inspiré des « Lonely Hearts Killers », un couple de tueurs en série ayant sévi à la fin des années 40 aux États-Unis, il suit la folie meurtrière d’un petit escroc qui dépouille des veuves et de son amante, éperdument amoureuse de lui jusqu’à une jalousie maladive qui la poussera à assassiner les femmes qu’il escroque. Chez Du Welz l’amour étant définitivement une maladie aussi mystique qu’incontrôlable qui alimente autant la beauté des sentiments que le plus cruel des actes.

Avec Adoration, le cinéaste continue à suivre la même logique pour clôturer sa trilogie s’intéressant cette fois à un amour plus adolescent. Même si le film reste emprunt d’une certaine cruauté et d’un macabre assez trouble, il est parcouru d’une innocence juvénile et surtout dépeint la vision d’amour la plus pure de son cinéaste car non entachée par les perversions adultes. Paul, le protagoniste, est un adolescent timide et attentionné qui voue une passion pour les oiseaux et s’évertue à soigner ceux qu’il trouve blessés. Un peu simplet, on voit assez vite qu’il n’a que très peu été confronté au monde extérieur, vivant à côté d’un hôpital psychiatrique isolé où sa mère surprotectrice y travaille en tant que concierge. Une mère qui entretient avec lui une relation presque incestueuse qui crée chez le jeune homme un profond malaise. Lorsqu’il rencontre Gloria, une jeune fille de son âge récemment internée dans l’hôpital, c’est le choc pour lui qui n’a connu qu’un monde adulte qui ne l’a traité qu’avec dédain, les employés de l’hôpital, ou d’une affection déplacée, sa mère jalouse et possessive. Facilement manipulable, Paul tombera sous l’emprise d’une Gloria au comportement schizophrène qui oscille entre le calme et la fureur et n’aspire qu’à échapper d’un monde adulte qu’elle perçoit comme totalement perverti.

Jamais Du Welz ne nous explique la maladie qui ronge Gloria ou n’indique la vérité derrière les histoires qu’elle raconte, nous laissant comme Paul, démunis et soumis face à ces moments de folie incontrôlable. Rythmant la cavalcade des deux tourtereaux par les rencontres qu’ils sont amenés à faire dans leur fuite, Du Welz présente un monde décent loin de la perversion macabre à laquelle il nous a habitués avec ses précédents films. L’amour d’Adoration est épargné, car ce n’est pas lui qui est fou. La dévotion et l’adoration, dont vient le titre du film, que Paul exprime à Gloria est d’une innocence touchante. Son amour est pur, mais l’amour fou vient du fait qu’il tombe amoureux d’une folie. Pas dans un sens péjoratif, la représentation de la maladie étant ici hors de tout cadre clinique, et confronté à un regard enfantin et simple qui apparaît comme une folie. Parfois douce et parfois violente mais jamais Fabrice du Welz n’a le mauvais goût de diaboliser la maladie mentale. Même s’il a tendance à parfois marcher sur une ligne assez fine, il reste totalement lucide devant la complexité de son sujet et le traite avec une finesse émouvante. En ça, le dernier tiers du film où les deux adolescents se retrouvent chez un gardien de parc, magistralement interprété par Benoît Poelvoorde, est d’une vibrante poésie tant il conjugue à la fois la cruauté d’une inévitable réalité mais aussi l’espoir d’un amour capable de tout surmonter.

Finement écrit, et impeccablement joué notamment par les incroyables performances de Thomas Gioria et Fantine Harduin, deux jeunes acteurs à suivre de près. Adoration est aussi un voyage onirique magistralement filmé par Fabrice du Welz qui signe son film le plus inspiré et contemplatif. Véritable mosaïque de couleurs, usant même de leur symbolique pour créer l’imagerie de son récit, il profite d’une photographie somptueuse pour magnifier ses décors dans des jeux de lumière qui créent un sentiment d’ailleurs. Les Ardennes se transforment en un Eden aussi indistinct que tangible qui perd prise avec la réalité. Du Welz n’aura jamais fait film aussi abstrait et poétique mais aussi un film aussi sensible qui même s’il est encore parfois rattrapé par la violence ou le macabre de certaines situations, reste dominé par son innocence enfantine. Le contraste n’en étant au final que plus marquant.

Adoration est une œuvre incroyablement forte par la dureté de ce qu’elle nous montre. Continuant à exprimer sa fascination pour un amour fou loin de tout ancrage dans le réel et de la bien-pensance, Fabrice Du Welz signe un récit fort et consumant dont la douce folie s’immisce pour créer une vraie fièvre de cinéma. Adoration est un film viscéral, éprouvant et déroutant mais qui fascine par son onirisme et la poésie qu’il dégage parvenant à exprimer avec une justesse sidérante ce que c’est que de tomber éperdument amoureux. Loin de toute rationalité, de toute logique, ne restent que les émotions vives, écorchées et mises à nue, et un besoin déchirant d’aimer. C’est avec ce bouillonnement chaotique d’émotions que l’on ressort d’Adoration, après avoir vécu cette incroyable traversée aux cotés d’un casting exemplaire mais surtout de personnages d’une humanité souvent bouleversante. Un très beau film.

Adoration : Bande annonce

Adoration : Fiche technique

Réalisation : Fabrice Du Welz
Scénario : Fabrice Du Welz, Vincent Tavier et Romain Protat
Casting : Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde, Laurent Lucas, …
Décors : Emmanuel de Meulemeester
Photographie : Manuel Dacosse
Montage : Anne-Laure Guégan
Musique : Vincent Cahay
Producteurs : Vincent Tavier, Manuel Chiche et Violaine Barbaroux
Production : Panique, The Jokers et Savage film
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers / Memento Films
Durée : 98 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 22 janvier 2020

Belgique – 2019

Note des lecteurs3 Notes
4

Star Wars Episode II, L’Attaque des clones, ou la résistible ascension d’un tyran

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Souvent attaqué, le deuxième épisode de la prélogie, L’Attaque des clones est cependant un film pivot, dont l’action tourne autour de la description politique d’un coup d’état constitutionnel.

L’introuvable planète, symbole d’un aveuglement collectif

Informé par l’inénarrable Dexter de l’existence d’un système Kamino, Obi-Wan Kenobi cherche dans les archives quel peut bien être l’emplacement de la mystérieuse planète.

Et il ne la trouve pas.

Il est pourtant convaincu qu’elle existe, et il a une confiance absolue en Dexter. Mais la gardienne des archives est formelle : si la planète n’est pas sur la carte, c’est qu’elle n’existe pas. Les archives ne se trompent pas. La République ne peut pas se tromper.

La scène est finalement asse symbolique de ce qui se passe dans cette République moribonde, dirigée par une administration tellement sûre d’elle qu’elle ne peut concevoir l’existence d’un danger à ses portes. Et c’est bien là que se joue une partie importante du problème.

Au bord du gouffre

Ce qui fait, en partie, la saveur de cet épisode deux, c’est de suivre Obi-Wan qui va, petit à petit, prendre conscience du gouffre au bord duquel se trouve la République, et dans lequel elle fonce pourtant tête baissée. Un piège élaboré il y a au moins une bonne décennie, et lentement arrivé à maturation dans le silence d’une lointaine planète océanique que l’on a pris soin de faire disparaître des cartes.

L’attaque des clones est le plus ouvertement politique des films de cette prélogie. La description de la chute, rendue chaque instant pus inéluctable, de la République, occupe une partie essentielle du film. Création de toutes pièces d’un ennemi intérieur qu’il faut combattre, méfiances mutuelles que l’on attise, croyance qu’un recours à la force est devenu inévitable, image du sauveur qui va se sacrifier pour sauver la nation en danger : tout le manuel du parfait petit coup d’état tyrannique est présent.

Ce qui rend le film d’autant plus savoureux, c’est le caractère tragique de ce qui se déroule. A moins d’avoir vécu en ermite stylite ces quarante trois dernières années, il est impossible d’ignorer que cette prélogie allait aboutir à la création de l’Empire et la victoire des Sith. Or, il est particulièrement plaisant de voir tout ce monde se mettre en place lentement, par petites touches successives. L’Empire ne surgit pas d’un coup, il arrive par vagues successives, se dévoilant un peu plus dans chaque séquence du film. Depuis l’armée de clones jusqu’à la colère qu’Anakin a de plus en plus de mal à réfréner, en passant par le début de la fin des Jedi, toutes les pièces du puzzle se mettent en place sous nos yeux (et, ne le cachons pas, cela procure un certain plaisir au spectateur, comme lorsque les premières notes de la marche impériale sont esquissées au détour d’une scène).

A qui la faute ?

Sur bien des aspects, l’enjeu politique de cette Attaque des clones nous parle encore actuellement. L’action nous montre des groupes (commerçants, banquiers…) qui, pour conserver leur statut privilégié, veulent se défaire du carcan égalitaire et légaliste de la République, pensant acquérir plus de « liberté (d’entreprendre ?) » par leurs propres moyens. Se rendent-ils compte qu’ils sont manipulés ? Et si oui, savent-ils qui est derrière tout cela ? L’action se complique comme le montage financier d’une multinationale qui veut frauder les impôts. Et c’est cet écheveau que doit démêler Obi-Wan.

Dans la liste des responsabilités, il faut souligner les erreurs (ou les fautes ?) commises par le Conseil des Jedi. Les maîtres, littéralement aveuglés par le côté obscur, ne voient même pas qu’ils plongent dans le panneau, au point de confier le pouvoir à Palpatine et de lui octroyer son armée. Et, une fois de plus, la démocratie est bousculée par celui qui prétend haut et fort vouloir la préserver…

L’une des forces du récit de L’Attaque des clones, c’est qu’il multiplie l’action. D’un côté Obi-Wan enquête sur les tentatives d’assassinat contre Amidala. D’un autre côté Anakin tente de protéger la (fort belle) sénatrice. L’action va se dérouler en même temps sur Coruscant pour son aspect politique, en partie sur Kamino pour l’enquête, sur Naboo qui sert de cadre idyllique à l’histoire d’amour interdit, sur Tatouine où semble se nouer la tragédie d’Anakin, puis tout ce beau monde se retrouve sur Geonosis pour le final.

Le film se permet même de lorgner du côté du polar : l’enquête d’Obi-Wan, sur les traces d’un tueur à gages, l’entraîne dans les bas-fonds de la ville ; nous avons aussi droit à une course-poursuite, à la visite auprès d’un informateur, etc. Cet aspect policier, inédit dans la saga, donne une saveur particulière au film.

Cette multiplication des situations et des décors permet de donner au film un très bon rythme, mais aussi de balancer des images souvent magnifiques (les scènes sur Kamino sont de toute beauté).

Un Anakin pas à la hauteur

Le défaut majeur du film repose sur l’acteur choisi pour tenir le rôle d’Anakin. Il est inexpressif, récite son texte sans avoir l’air engagé un seul instant dans son personnage. C’est d’autant plus dommage que le rôle qu’il tient est central dans la prélogie. La prélogie, c’est avant tout l’histoire d’Anakin devenant Dark Vador. Et cet épisode est central dans cette histoire douloureuse. Le scénario tente bien de nous montrer un personnage complexe et torturé, ayant en lui les qualités d’un homme bon et sensible, mais aussi une colère, une frustration qui le dévore. Sa soif inextinguible de justice l’incite, lorsqu’il le juge nécessaire, à s’affranchir des règles des Jedi, voire de toute règle sociale.

Au rayon des défauts, il faut aussi signaler un final sur Geonosis qui prend beaucoup trop l’allure d’un jeu video. Heureusement, cela se clôt sur deux scènes très importantes. Dans la première, nous voyons enfin Yoda lors d’un duel au sabre laser. Et force est de constater qu’il n’est pas maître jJdi pour rien…

L’autre scène, très brève mais d’une grande force, nous montre des troupes entières de ce qui n’est encore que « l’armée de la République » monter dans des vaisseaux de combats sous le regard de Palpatine. Un maillon essentiel vient d’être scellé.

Malgré ses maladresses, L’Attaque des clones est un film important dans l’univers Star Wars et il vaut beaucoup mieux que sa réputation faiblarde.

Star Wars Episode II : L’Attaque des clones : bande annonce

Star Wars Episode II : L’Attaque des clones : fiche technique

Titre original : Star Wars Episode II : Attack of the clones
Réalisateur : George Lucas
Scénaristes : George Lucas, Jonathan Hales
Interprètes : Ewan McGregor (Obi-Wan Kenobi), Hayden Christensen (Anakin Skywalker), Natalie Portman (Padmé Amidala), Christopher Lee (Comte Dooku), Ian McDiarmid (Palpatine), Samuel L. Jackson (Mace Windu).
Photographie : David Tattersall
Musique : John Williams
Montage : Ben Burtt, George Lucas
Production : Rick McCallum
Société de production : Lucasfilm
Société de distribution : 20th Century Fox
Date de sortie en France : 17 mai 2002
Durée : 142 minutes
Genre : science-fiction

Etats-Unis – 2002

Marriage Story : la redéfinition de l’amour d’un couple

Le couple. Son déchirement. Sa disparition. Son effacement. Marriage Story, avec son écriture, sa fine réalisation et son duo magistral (Scarlett Johansson et Adam Driver), nous dévoile avec un réel sens du naturel, les rouages d’un mariage qui se disloque avec le temps et qui fait face à la mécanique procédurale et carnassière qu’est le divorce. Sauf que l’amour ne disparaît jamais, mais prend une autre forme. 

Tout l’intérêt du film se déroule dans cette construction du désamour ou, inversement, dans la déconstruction de l’amour comme pouvait l’être Kramer contre Kramer. L’introduction du film est symptomatique de cette schématisation : devant un médiateur, le couple (Charlie et Nicole) doit se dire à haute voix les qualités qu’il trouve chez l’autre. A la fois pour mettre des mots sur un amour qui a existé il fut un temps et aussi pour commencer cette phase de deuil de leurdit couple, sous de meilleurs auspices. Cependant, Nicole, au dernier moment, se rétractera et verra cet exercice d’un mauvais œil, sans doute gênée par cet étalage public de sentiments liés à l’intimité seule d’un couple. Car, même s’il y a des choses que l’on voit, un couple gardera toujours pour soi son propre visage, et ses secrets les plus indéfectibles. 

Marriage Story n’est pas le fil conducteur d’un couple, de manière exhaustive, de son début jusqu’à sa fin ; non, le postulat est connu de tous et la séparation est actée. Mais le divorce, pas encore prononcé. Mais alors que les deux anciens amants pensaient régler cela à l’amiable, sans avocat et sans drame, les choses vont petit à petit se compliquer pour les amener vers la direction de l’aspect juridique de la chose, notamment pour des dissonances concernant la notion de foyer, les mensonges de Charlie et surtout, autour de cette bagarre pour la garde de leur enfant, Henry. Malgré des regards de travers, des non-dits qui dissimulaient des rancœurs profondes, le respect mutuel était de mise entre les deux. La complicité restait palpable malgré la fracture et le changement de vie qui allait en découdre. Marriage Story portraitise l’écueil des sentiments, l’importance (voire la dépendance) que l’on a pour l’autre et observe comment deux êtres qui ne faisaient qu’un, changent de regard l’un sur l’autre tout en voulant garder une osmose naturelle, un respect pour ce que la relation leur a apporté. 

C’est à partir du moment, où les avocats vont rentrer dans la partie, que la frontière entre bienveillance et haine va vite s’étioler, et faire resurgir les frustrations les plus enfouies, comme durant cette scène de dispute magistrale et terriblement spontanée et familière. Pourtant, durant de nombreuses scènes de tribulations juridiques, jamais Noah Baumbach ne se fera dénonciateur, ni montrera les avocats comme des oiseaux de mauvais augures, mais en fera des miroirs d’une bataille qui voit malheureusement l’autre comme un ennemi. C’est là toute la sève sincère de Marriage Story : sa capacité d’observation, son intelligence dans sa façon d’agencer le romantisme, son regard sur la déshumanisation presque dévorante de l’amour, et sa neutralité émotionnelle qui ne diabolise aucune camp ni n’amplifie aucun propos. 

Dans ce genre de couple, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, comme le voudrait un jugement. Juste un sentiment qui s’évapore mais qui n’efface pas tout. La réalité d’un quotidien est plus complexe et le cinéaste – et son scénario – l’a très bien compris. Aucune scène ne semble faire office de remplissage et aucune séquence ne semble surjouée dans la volonté d’accentuer l’émotion. Au contraire, l’émotion provient d’elle-même, dans l’idée que nous sommes face à Monsieur et Madame « Tout le monde » où l’identification en est presque un moteur sentimental. Au-delà de l’écriture, de ces multiples dialogues qui montrent que l’amour ne disparaît jamais réellement (les scènes de chant, magnifiques), au-delà des idées de cinéma qui grandissent durant tout le long métrage comme l’idée de faire se conjuguer l’introduction et la conclusion du film dans un flot de larmes éblouissant, Marriage Story tient aussi beaucoup sur les épaules de son actrice et son acteur principaux. 

Adam Driver, avec Paterson de Jim Jarmusch, avait déjà montré qu’il était un acteur somptueux lorsqu’il est mis dans un décorum naturel, qui ramifie les subtilités du quotidien. Pour Scarlett Johansson, après Her, elle démontre que son aura, sa voix, sa capacité à changer de registre font d’elle une actrice parfaite lorsqu’il s’agit d’amour contrarié. Et c’est d’autant plus remarquable, qu’au vu du film, nous n’avons pas l’impression de voir deux acteurs performants la fin d’un couple ; nous voyons littéralement une alchimie, un couple se dissoudre devant nos yeux, ou deux êtres se fondre l’un dans l’autre. C’est tel que même un laçage de chaussures devient un geste d’un rare romantisme. Toute la beauté du geste de Marriage Story se trouve dans cette équation : dessiner les traits de la mort d’un couple avec un rythme palpable et une vie si communicative. 

Bande Annonce – Marriage Story

Fiche technique – Marriage Story

Réalisateur : Noah Baumbach
Interprètes : Adam Driver, Scarlett Johansson, Laura Dern, Ray Liotta …
Scénario : Noah Baumbach
Montage : Jennifer Lame
Sociétés de production : Netflix, Heyday Film
Durée : 2h 17 minutes
Genre: Drame
Date de sortie :  6 décembre 2019 (Netflix)

USA – 2019

 

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4

Spetters : La règle du jeu de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven a toujours eu plusieurs longueurs d’avances sur les autres. Notamment lorsqu’il s’agit de déchainer les passions de ses contemporains. En effet, peu de cinéastes ont su comme lui identifier les frontières érogènes de la zone de confort du spectateur, délimitée par le consensus systémique prévalant à une époque donnée. A cet égard, Spetters constitue un marqueur charnière dans la filmographie du hollandais. Soit le film qui va trop loin pour ne pas être rejeté, et amorcera l’exil du cinéaste pour la Mecque hollywoodienne quelques années plus tard.

Dawa

Avant-dernier film tourné aux Pays-Bas avant son départ pour les Etats-Unis, Spetters est l’œuvre de la rupture pour Paul Verhoeven. Car jusque-là le monsieur était installé. Poil à gratter d’une société hollandaise qu’il se fait un point d’honneur à confronter à son refoulé, le cinéaste peut se targuer d’un soutien massif du public depuis son premier film, Business is business (Turkish Delights est toujours en tête des plus gros hollandais au box-office local). La vieille société battave ne l’aime pas, et il charrie son lot de controverses à chacune de ses sorties. Mais qu’importe : Verhoeven trouve pleinement sa place sur la photo de famille.

Le rebelle nécessaire, l’élément perturbateur que tout système se doit de préserver pour sa pérennisation, c’est lui.  Verhoeven est un réalisateur populaire, installé et établi dans son royaume, le doigt sur le Zeitgeist et l’oreille tendue vers une génération qui l’a désigné comme le messager de son besoin de confrontation avec l’ordre établi. Bref, il était en confiance.

C’est probablement à l’aune de cette position privilégiée qui fut la sienne qu’il faut appréhender Spetters. A cet égard, l’interview disponible sur le blu ray constitue un morceau de choix. Le réalisateur se remémore avec une candeur non feinte sa stupeur face au tollé monumental que souleva son film pour mesurer la sincérité de sa démarche. De fait, Spetters n’a rien du coup de Trafalgar d’un cinéaste en vue, désireux de s’épanouir dans le rejet. C’est le portrait entier et sincère d’un échantillon de la jeunesse prolétaire (« on voulait faire un film sur des gens qui ne deviendraient ni médecin ni avocat » dit Verhoeven), et la tension entre ses aspirations et les imprévus que la vie sème sur leur chemin.

Réalisme social

Comment devenir celui ou celle que l’on voulait être quand l’imprévu nous conduit vers quelque chose que l’on rejette ? Peut-on s’ajuster à cette collision violente entre le vouloir et la vie ? Cette problématique au cœur de la démarche de Verhoeven trouve dans Spetters son itération la plus romanesque.

Récit choral sur une galerie de personnages qui se croisent et se retrouvent au gré du sentier sur lequel la vie les pousse, le film rejette la tentation de la chronique naturaliste à laquelle les dogmes en vigueur le conditionnerait au regard du milieu dépeint. A l’instar de David Lean, influence qu’il n’a jamais cessé de revendiquer, Verhoeven est de ceux qui ne confondent pas le réalisme et observation de la réalité, et transforment les petites choses en épopées.

Preuve en est cette stupéfiante scène de course de motocross, que d’aucuns auraient réduit à une simple anecdote dans la peinture du quotidien. Mais pour Verhoeven, il ne s’agit pas de ramener l’action à un passe-temps accessoire. Le sport occupe trop de place dans la vie des protagonistes pour expédier la scène dans un passage obligé. La filmer (mais VRAIMENT la filmer) c’est se mettre à hauteur des personnages, et avec le public qui doit partager leurs sensations pour les comprendre. Le résultat ? Un ballet motorisé rien moins qu’épique, où le sens aiguisé du montage se conjugue à un engagement scénique, deux caractéristiques qui annoncent les fulgurances hollywoodiennes du monsieur.

Là encore, il ne s’agit pas d’un geste de formaliste mais d’une éthique de narrateur qui ne place jamais le spectateur à distance de ses personnages. Au cinéma, l’étude de caractères est affaire de ressenti, et l’esthétique « crue » de Verhoeven découle avant tout de son approche frontale de son sujet. Des velléités formelles qui déteignent volontiers sur les rapports humains. Opportunistes, calculateurs, vénaux… Verhoeven ne dépeint jamais les personnages plus sympathiques qu’ils ne doivent l’être. Pourtant ceux-ci ne se départissent jamais d’une sincérité candide.

Tout le monde se montre en effet conscient des règles du jeu social rugueux (comme une course de moto-cross finalement) qui s’appliquent à eux, et tout le monde y souscrit. L’âpreté des interactions constitue l’aveu d’honnêteté du cinéaste, soucieux de ne pas tricher par rapport au milieu qu’il dépeint.  Seuls les personnages du présentateur TV et le champion incarné par Rutger Hauer (tous deux issus de la bonne bourgeoisie locale) feront preuve d’une duplicité que Verhoeven se gardera pourtant de prendre à partie.

Transgression morale

Les germes du scandale ayant éclaboussé le réalisateur à la sortie du film résident probablement là. Verhoeven se met au diapason de la rudesse des destins des uns et des autres, y compris les plus difficiles. On pense au parcours douloureux de ce pilote promis à un avenir radieux qu’un accident de la route prive de sa carrière et de ses jambes. Mais aussi à la scène pour laquelle Spetters continue à faire parler de lui (y compris par ceux qui ne l’ont pas vu) à savoir la fameuse scène de viol collectif masculin. Mais étrangement, le moment se révèle finalement moins outrageant que salvateur pour le principal concerné, qui trouve ce qu’il était venu chercher.

On en revient à la brutalité du destin qui rattrape le déni des uns et les alibis des autres. Verhoeven ne filme pas un viol mais une libération, le « baptême  » symbolique d’un personnage qui renait dans la douleur. Le réalisateur n’est pas fasciné par la figure de Jesus pour rien, ni pour les allégories sulfureuses qui outragent ceux qui préfèrent attacher leur investissement dans l’action à la laisse de leurs certitudes morales. Réalisateur no limit, Paul Verhoeven ne demande pas autre chose à ses spectateurs. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas.

On n’ose imaginer la réception du film à notre époque qui encourage la transformation du  spectateur en procureur-inquisiteur , où la morale (aussi légitime soit-elle) se mêle de tout, surtout des domaines qui doivent lui échapper. Notamment la cohérence organique d’un film, y compris et surtout si celle-ci implique un état de transgression érigé en horizon nécessaire du récit. .

A cet égard, Spetters ne s’impose pas simplement comme le chant du cygne de la période hollandaise du réalisateur. Il s’agit une profession de foi filmique d’une puissance rare, cérémonie d’allégeance d’un artiste envers l’intégrité de son art qu’il renouvellera . Et tant pis pour le statu quo .

Information Technique sur la sortie en Blu-ray du film « SPEETERS » (1980) de Paul Verhoeven, que l’éditeur BQHL sort pour la première fois en Blu-Ray.

En 2016, BQHL avait déjà sortie en le film en DVD avec la la version intégrale non censurée restaurée en haute définition Eye Film Museum Institute (Pays-Bas).

Un film de Paul VERHOEVEN avec Hans Van Tongeren, Renée Soutendjik (Le 4e Homme), Toon Agterberg, Maarten Spanjer, Marianne Boyer, Jeroen Krabbé, Rutger Hauer (Blade Runner)

Sortie du Blu-ray : Septembre 2019  : Prix public conseillé : 19,99 €

« SPETTERS » : Pays-Bas / 1980 / 122 minutes / drame
Blu-ray : Format : Digipack / Format image : 16/9 compatible 4/3 / Langue : Néerlandais sous-titré français 2.0 dolby digital
Version intégrale non censurée, restaurée en haute définition par Eye Film Museum Institute (Pays-Bas)
Bonus : Interview de Paul Verhoeven

Editeur : BQHL (en partenariat avec les studios MGM)

Pour la 1ère fois, Blu-ray
BQHL avait déjà sortie en juin 2016 le dvd, « SPETTERS » (1980), le film extrême du futur réalisateur des films : Le QUATRIEME HOMME (1983), ROBOCOP, (1987), TOTAL RECALL (1990), BASIC INSTINCT (1992), SHOWGIRLS (1995) et ELLE (2016).

A sa sortie, SPETTERS provoqua un tel scandale qu’il poussa le réalisateur à envisager l’exil. Il commença ensuite sa carrière à Hollywood.

Une fable sociale filmée de manière crue, réaliste, et abordant entre autres les thèmes de l’ambition, la désillusion de la jeunesse, le handicap, la sexualité, l’homosexualité et la religion.

Résumé : Périphérie de Rotterdam, Pays-Bas, 1980. Rien (Hans van Tongeren), Eef (Toon Agterberg) et Hans (Maarten Spanjer) sont trois jeunes hommes issus de la classe ouvrière qui rêvent de gloire et de fortune, unis par leur passion du motocross et leur admiration pour la star nationale de ce sport, Gerrit Witkamp (Rutger Hauer).

Quand la belle vendeuse de frites Fientje (Renée Soutendijk) s’installe dans leur ville, elle aussi rêvant de fortune, elle jette son dévolu sur celui des trois amis semblant promis au plus bel avenir, Rien. Mais suite à un accident, celui-ci perd l’usage de ses jambes. Fientje décide alors de séduire Eef qui, de son côté et en secret, s’enrichit en dépouillant des gigolos…

Avant que BQHL édite le film en DVD, en 2016, le film n’avait pas été projeté en France depuis 12 ans (2004).

Autour du film :

« Ce n’est pas un royaume qu’obtient le héros, mais une friterie et une fille qui a de sérieux antécédents sur le plan sexuel. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne soit pas acceptable pour un jeune homme. C’est la vraie vie. Dans nos films, Paul et moi avons toujours lutté contre cette drôle d’idée qui voudrait que le véritable amour ne peut être qu’un amour romantique. »
Gerard Soeteman, scénariste de Spetters.

« Je déteste provoquer gratuitement. Tous les actes montrés dans le film, même les plus ignobles, ont leur raison d’être. Je ne cherche ni à dramatiser, ni à édulcorer. (…) Je voulais aller au-delà de ce qui était “normal ”, de ce qu’on voit d’habitude à l’écran. Je voulais montrer les choses vraies, mais généralement laissées de côté. J’avais envie de dire : “Si c’est vrai, je le filme et je le filme comme ça se fait. Je ne ferai pas d’ellipses et je ne filmerai pas de manière à ce qu’on ne voie rien, genre dans le noir ou la pénombre. Je filmerai tel quel. » (…) La vie réelle, quoi » Paul Verhoeven.

 

 

Brooklyn Affairs : Edward Norton plus doué pour ses talents d’acteur que de réalisateur

Le mercredi 4 décembre 2019, sortait en salles Brooklyn Affairs, un long-métrage réalisé par Edward Norton qui a, de surcroît, le rôle principal. Il s’agit d’un thriller américain dont l’action en demi-teinte a lieu dans le New York des années 50, un New York reconstitué et plus vrai que nature. 

Né le 18 août 1969 à Columbia, dans l’Etat du Maryland, Edward Norton monte précocement sur les planches, dès l’âge de cinq ans. Arrivé à l’âge adulte, il va voir, très vite, décoller sa carrière au cinéma. C’est Peur Primale (1996) qui le sort rapidement de l’ombre. Ce polar lui vaut même une nomination aux Golden Globes. Il focalise, dès lors, l’attention des professionnels du septième art. Il enchaîne succès sur succès. Nous pouvons retenir son rôle comme avocat dans Larry Flint de Milos Forman et sa prestation dans la comédie musicale Tout le monde dit I love you de Woody Allen.

En une année (1996), il devient ainsi un des jeunes acteurs les plus convoités et les plus prometteurs du moment. Parmi les films les plus adulés du grand public, où il joue avec brio, nous devons citer, par la suite, American History X (1998) et Fight Club (1999) : le premier des deux lui vaut d’ailleurs une nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Edward Norton passe alors derrière la caméra et nous livre son premier film Au nom d’Anna (2000). Il continue d’endosser divers rôles, véritable acteur caméléon, dans des registres vraiment variés : nous pouvons, en piochant dans une liste loin d’être exhaustive, mentionner le thriller Dragon Rouge, le drame La 25ème heure de Spike Lee, et le film historique Kingdom of Heaven. Il ne boude pas non plus les blockbusters, en acceptant d’incarner L’Incroyable Hulk, réalisé par le français Louis Letterrier, en 2008. Depuis l’époustouflant Birdman d’Alejandro González Iñárritu, sorti en 2014, Edward Norton, un temps plus rare sur le grand écran, signe enfin son grand retour, comme réalisateur et acteur, avec Brooklyn Affairs.

Brooklyn Affairs est une adaptation libre du roman Les Orphelins de Brooklyn (Motherless Brooklyn) de Jonathan Lethem publié en 1999. Edward Norton, qui pilote également le scénario, a préféré cependant transposer l’intrigue, fouillée à l’extrême, dans les années 1950 (au lieu de 1999 pour le livre) car c’est une période où le racisme était encore très prégnant, et la démocratie souvent mise à mal. Le pouvoir enivrant et l’argent au service de rêves grandioses, notamment l’urbanisation frénétique d’un New York aux autoroutes et ponts tentaculaires, se font au détriment de populations déplacées, dont la voix peine à se faire entendre, en dépit de la pugnacité, émanant surtout de femmes tenaces.

Edward Norton rêvait de réaliser ce long-métrage depuis les années 2000 et voit enfin son projet se concrétiser. Il nous sert un casting caviar avec des stars comme Alec Baldwin, Willem Dafoe, et Bruce Willis, sans oublier, de surcroît, d’excellents comédiens pour les seconds rôles. Si l’interprétation sonne juste, l’intrigue de Brooklyn Affairs demande une attention accrue, sinon on perd rapidement le fil conducteur de ce polar noir, qui a le don de nous égarer, entre les réminiscences à foison de Lionel Essrog, un souci peut-être trop prononcé du détail, et une durée de 144 minutes qui aurait pu être écourtée pour plus de percussion. Edward Norton incarne un détective privé, Lionel Essrog, souffrant du Syndrome de Gilles de la Tourette (il est donc bourré de tics dont nous sourions parfois), s’échinant à un jeu dangereux : comprendre pourquoi Frank Minna, son patron l’estimant à sa juste valeur, a été assassiné. Notons la présence du jazz qui s’invite dans ce long-métrage et renforce encore la qualité des décors et costumes d’une époque révolue mais reconstituée avec une qualité indéniable.

Synopsis : New York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. Grâce aux rares indices en sa possession et à son esprit obsessionnel, il découvre des secrets dont la révélation pourrait avoir des conséquences sur la ville de New York… Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn, jusqu’aux quartiers chics de Manhattan, Lionel devra affronter l’homme le plus redoutable de la ville pour sauver l’honneur de son ami disparu. Et peut-être aussi la femme qui lui assurera son salut…

Bande-annonce : Brooklyn Affairs

Fiche technique : Brooklyn Affairs

Titre original : Motherless Brooklyn
Réalisateur : Edward Norton
Scénariste : Edward Norton d’après l’œuvre de Jonathan Lethem
Interprètes : Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin, Willem Dafoe, Bruce Willis, Ethan Suplee, Cherry Jones, Bobby Cannavale
Photographie : Dick Pope
Montage : Joe Klotz
Musique : Daniel Pemberton
Costumes : Amy Roth
Décors : Beth Mickle, Kara Zeigon
Producteurs : Edward Norton, Bill Migliore, Gigi Pritzker, Rachel Shane, Michael Bederman pour Class 5 Films, Warner Bros. Pictures, MWM Studios
Distributeur : Warner Bros. France
Genres : Policier/Drame
Date de sortie : 04/12/2019
Durée : 144 minutes

Auteur : Eric Françonnet

Brooklyn Affairs : Edward Norton plus doué pour ses talents d’acteur que de réalisateur
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Critique The Mandalorian – Chapitre 5 : Le Mercenaire stagiaire

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Après son court séjour Airbnb sur Sangor, Pedro se faisait toujours chasser comme une sorcière et la partie de flipper entre planètes continue. Dans le Chapitre 5, Le Mercenaire, c’est sur une planète bien connue que le Mandalorian offre un joli stage à un chasseur de prime véreux … ou avide de réputation.

The Mandalorian est devenu une vraie partie de chasse à cour. À peine la planète Sangor quittée qu’un autre chasseur de prime vient le coller aux basques. Ou plutôt à l’arrière de son Razor Crest. L’agilité et la puissance de frappe du vaisseau ennemi met Pedro en porte-à-faux. Avoir un beau bolide qui crache du feu c’est bien, mais … ça vaut pas un Millenium Falcon quand il est question de se débarrasser d’un poursuivant indésirable. Mais, aux yeux de Pedro, on passe d’indésirable à carrément insultant quand il entend qu’on pique sa punchline.  » Je peux te garder au chaud, ou te refroidir « . C’en est trop, un coup de frein brusque à la Fast And Furious, deux tirs dans l’aluminium et voilà le Gad Elmaleh de la traque refroidi.

Gad Elmaleh fait mal à l’humour français et le chasseur en fait de même au Razor Crest de Pedro. Ce dernier doit donc atterrir sur une nouvelle planète (Oui, The Mandalorian, c’est un peu un road-trip de l’espace, on serait même pas étonné de croiser Rick chevauchant une version Blurg de Morty dans un futur épisode) qui nous semble assez … familière. Non pas parce qu’on y retrouve le sosie de Sigourney Weaver mais parce que le comité d’accueil est composé de droïdes réparateurs cyclopes dont la démarche hésitante titille notre nostalgie. Et l’autre chose qui chatouille, c’est le devis. Parce que là, on est loin d’un simple joint de culasse à changer.

Sauf que Pedro, il est rincé comme un torchon de restaurant. Alors, comme à son habitude, il se rend au même endroit dès qu’il débarque sur une nouvelle planète : la cantina du coin. Sur le chemin, il voit de beaux casques de stormtroopers plantés sur de jolies piques rouillées. Nul doute, cette planète est hospitalière. Car ni l’Empire, ni La Guilde ne met les pieds ici. En même temps, quand on a eu Skywalker père et fils à y grandir, les gens sur Tatooine en ont peut-être ras les blasters des querelles familiales. Pedro a donc ENFIN trouvé une planète où il peut être peinard. C’est con, il n’y a juste pas de taf pour lui. Pas de taf, pas de sous. Pas de sous, pas de réparations. Pas de réparations, pas de voyage.

Pas de taf ? C’était sans compter sur un petit caïd, Toro Calican. Ce petit cow-boy, qui se la joue Han Solo, se présente comme chasseur de prime. Un chasseur de prime assuré puisque le palet de traque est celui de Fennec Shand, un assassin dont la capture devrait être un  » jeu d’enfant  » pour lui.

Oui, mais d’un enfant, il n’a surtout que l’expérience. Pedro le recale direct. Lui sait que c’est une mercenaire d’élite et qu’elle ne fera qu’une bouchée de ce prétentieux. Pan, dans les dents Toro. Il doit finalement avouer, discrètement, que c’est sa première mission et qu’il a besoin de la réussir pour rentrer dans la Guilde. Pedro empoche la prime et peut faire réparer son Razor Crest. Toro fait son stage d’observation et rentre dans la Guilde. Tout le monde peut être content.

Allez hop, Toro ramène 2 bécanes pour une virée entre  » bffs  » dans le désert de Tatooine. Ils sont mignons à mettre des petits coups d’accélérateurs mais ça nous ferait plaisir que Toro se fasse renverser par un Sebulba. Mais ils vont tomber sur une autre genre de crapule : les sales gueules des pillards Tusken. Et là, stupeur ! On découvre qu’ils savent communiquer autrement qu’en gueulant ! Oui, ils savent négocier en langue des signes ! Si les Tusken en sont capables, peut-être que Mélenchon le sera aussi un jour qui sait. Et c’est comme ça que Toro se fait chourer sa belle paire de jumelles toutes neuves.

Deuxième embûche sur la route : un chasseur de prime qui bouffe le sable, chaussure à l’étrier de son dewback. On pense à une technique pour se déplacer tout en faisant une sieste sans risquer de tomber mais non. Quand une balle de sniper vient chatouiller le beskar de Pedro, on réalise qu’il vient tout juste de tomber sur Fennec qui s’entraîne pour la fête foraine de Mos Eisley.

Elle a beau se la jouer American Sniper, mais 2 balles de MK ne tuent même pas Pedro. C’est là qu’on comprend que le Beskar, c’est pas de la babiole. Il parait même qu’Elon Musk en aurait commandé pour son Cybertruck. Il arrive donc, en courant, à se planquer derrière une dune.

Sauf que problème : quand t’es dans un désert et que t’as que des dunes pour te mettre à couvert d’un sniper, c’est qu’il faut t’armer de patience. Pedro décide donc de taper la sieste jusqu’à ce qu’il fasse nuit pendant que son stagiaire fait le guet. Et oui, c’est comme ça aussi qu’on apprend.

Une fois les soleils couchés, c’est l’heure de l’offensive. Équipés comme des CRS et chevauchant leurs speeders, Pedro et son stagiaire se dirigent à toute berzingue vers le spot de campeur de Fennec. Bon, malheureusement, Pedro se retrouve à terre en se prenant des balles et c’est Toro qui vient faire un petit octogone contre Fennec. Entre un chasseur de prime stagiaire et une mercenaire d’élite, évidemment les mandales ne vont que dans un sens et il faudra le retour de Pedro pour l’arrêter et la menotter.

Capturée, mais pas encore livrée. Avec un speeder en moins, il faut trouver un autre moyen de la ramener en ville. Pedro se charge donc d’aller récupérer le dewback et laisse Toro seul avec Fennec. Maintenant qu’elle n’a plus la force pour jouer de ses arguments, c’est la fourberie qu’elle va utiliser pour arriver à ses fins : être libérée. Ayant eu vent des exploits d’un Mandalorian sur Nevarro, la planète des chasseurs dont Pedro avait réussi à s’enfuir dans le Chapitre 3, Le Péché, Fennec profite de l’absence du maître de stage de Toro pour l’influencer et s’en faire son allié.

En règle générale, un chasseur de prime, c’est 50 % thune, 50 % réputation. Donc si le petit n’est pas intéressé par la thune, une promesse de réputation suffira. Donc quand  elle lui dit que son nom devienne légendaire, après sa première mission, en livrant Pedro à la Guilde plutôt qu’elle, Toro a déjà des étoiles dans les yeux. Clairement sans expérience et avec des compétences au combat équivalentes à celles d’un Magicarpe, la meilleure solution pour lui est de se faire aider par Fennec. Mais non, il décide de la buter. Soit.

Évidemment, quand Pedro revient, Fennec git sur le sol et Toro a pris la poudre d’escampette. Pas d’autre choix que de rentrer comme un con en dewback, ce qui lui prend la journée entière. Une fois rentré au garage, le speeder de Toro est là, garé devant le garage, et ça sent pas bon.

Et, en effet, Toro a attendu toute la journée dans le vaisseau de Pedro, avec la belle tignasse version Ellen Ripley et Guizmoda en otage. Il joue les lurons en pensant pouvoir aussi prendre Pedro aussi en otage. Les leçons du stage n’ont apparemment pas été bien apprises. Grenade flash, petit pivot à 45 °C, un coup de blaster dans les hanches et hop, le stage est fini pour Toro. Encore un comportement qui va faire passer les stagiaires pour des boulets tiens.

Du coup, le seul job qui aurait pu lui payer ses réparations s’étant envolé, Pedro se sert directement dans le porte-feuille de Toro, mort. Son argent semble suffire à notre garagiste qui va pouvoir se payer un brushing chez son coiffeur et Pedro peut enfin repartir vers l’infini et l’au-delà.

Alors, que va nous réserver le chapitre 6 ? Pedro va-t-il enfin trouver une planète paisible où il va pouvoir mettre Guizmoda en sécurité ? Et qui est ce chasseur de prime qui suivait aussi la trace de Fennec ? Quand va-t-il s’acheter son jet-pack pour ne plus avoir à rentrer de soirée en dewback ? Réponses dans le prochain épisode !

L’héritage Jedi dans Star Wars : des idéaux dépassés ?

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Dans ce mois consacré à l’univers de Star Wars, et en attendant la sortie de l’épisode IX, intéressons-nous aujourd’hui aux règles fascinantes et rigoureuses de l’ordre Jedi. Rempli de sagesse, mais aussi de faiblesses et d’échecs, l’enseignement Jedi, qui a connu son âge d’or à l’ère de la seconde trilogie, semble dans les derniers films en danger d’extinction. Retour sur les préceptes, les limites et le devenir de ces traditionnelles valeurs Jedis, à l’héritage incertain.

Les principes du Code Jedi, idéaux spirituels

Assise en tailleur, le corps relâché, les yeux fermés, la silhouette du Jedi dans Star Wars, symbole de la force tranquille, continue à inspirer. Soldat de la paix, intérieure comme extérieure, l’Ordre Jedi véhicule de véritables valeurs spirituelles. Plus que de simples guides, ces idéaux sont devenus des règles à respecter, un code à appliquer, dont le Conseil des Jedis censure sévèrement la violation.

Les films de la saga Star Wars maintiennent une certaine opacité, une forme de mystère autour de ces préceptes Jedis, souvent évoqués mais rarement détaillés. Comme si l’univers hermétique, secret des Jedis peinait à se laisser appréhender dans sa globalité et ne pouvait se dévoiler à un public étranger que par touches partielles et progressives.

Pour mieux comprendre les leçons Jedis, il convient de revenir à la source même de leur fondement, un mantra écrit par Odan-Urr et précisant : « il n’y a pas d’émotion, il y a la paix. Il n’y a pas d’ignorance, il y a la connaissance. Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité. Il n’y a pas de chaos, il y a l’harmonie. Il n’y a pas de mort, il y a la Force ». Ces maximes, jamais citées à part entière dans les films, se retrouvent cependant dans le comportement des Jedis tout au long de la saga.

Ainsi les Jedis agissent avec sagesse, raison, sans se laisser dominer par des sentiments ou des impulsions. D’où l’élaboration de plans parfaitement concertés et étudiés par le Conseil des Jedis, qu’il s’agisse de mettre à jour la trahison de la Fédération du commerce (Star Wars épisode I : la menace fantôme), de protéger la reine Amidala (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes), ou encore de combattre le général Grievous (Star Wars épisode III : la revanche des Sith).

Les Jedis privilégient l’acquisition de connaissances pour affronter tous les défis, la patience et le calme aux combats désordonnés. C’est pourquoi la formation des Jedis reste si particulière, un maître étant chargé de l’éducation d’un seul et unique padawan. Surtout, la mort ne marque pas la fin de l’existence, mais un retour à la Force. Ce qui permet à Obi-Wan Kenobi et à Yoda de continuer à communiquer avec les vivants, même après leur mort, et de réapparaître sous la forme d’étranges hologrammes, projections directes de leur esprit réuni avec la Force.

Au-delà de ces valeurs, les Jedis doivent bien évidemment se conformer à la discipline de leur ordre. Les padawans obéissent à leurs maîtres et les respectent. Obi-Wan Kenobi n’hésite donc pas à réprimander Anakin lorsque celui-ci le contredit lors d’audiences publiques dans L’Attaque des clônes. En échange, les maîtres encouragent leurs padawans. Encore plus important, les Jedis honorent l’Ordre et le Conseil Jedi, chacune de leurs actions pouvant donner une mauvaise image politique et morale de leur organisation. Les décisions du Conseil de l’Ordre, qu’elles portent sur l’élaboration d’un plan, l’affectation d’un membre à une mission, la formation d’un futur Jedi ou le passage au rang de Maître, doivent être rigoureusement respectées. On le constate notamment dans le refus initial du Conseil d’accepter le jeune Anakin comme padawan (Star Wars épisode I : la menace fantôme) et de le nommer Maître (Star Wars épisode III : la revanche des Sith).

Pour s’épanouir pleinement, les Jedis apprennent à vaincre leurs défauts, en particulier l’arrogance évoquée par Maître Yoda comme l’un des défauts les plus répandus (Star Wars épisode II : l’attaque des clones), et qui peut facilement conduire à de dangereux excès de confiance ou à de l’égoïsme. Ils s’exercent également à maîtriser leur curiosité, source potentielle de graves imprudences, et surtout leur agressivité, car cette dernière mène au côté obscur. Comme le résumait si bien Maître Yoda : « la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine à la souffrance » (Star Wars épisode I : la menace fantôme).

Forts de ces idéaux, les Jedis défendent la paix, la justice et protègent le Sénat de la République. Respectueux de la vie, ils cherchent à maintenir une harmonie dans tous les confins de la galaxie. Ils luttent ainsi contre les inégalités, la violence, l’asservissement des peuples, et bien entendu, les serviteurs du côté obscur de la Force. Pourtant, les préceptes Jedis semblent parfois insuffisants, inadaptés, obsolètes pour affronter toutes les situations.

Les valeurs Jedis, un carcan abscons et inefficient ?

Les règles Jedis sont parfois ambiguës, complexes à appréhender et se prêtent alors à différentes significations. Citons par exemple la célèbre prophétie relative à « l’élu » qui doit rétablir l’équilibre de la Force. Maître Yoda concède à Obi-Wan que cette légende a très bien pu être mal interprétée (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes). Plus frappant, Anakin démontre toute l’ambivalence des principes Jedis lors d’une discussion avec Padmé. Si les Jedis n’ont pas le droit de se marier, de fonder une famille, ou même de s’attacher, l’ordre Jedi prône l’altruisme et la compassion. Anakin en conclut que les Jedis sont en réalité encouragés à aimer (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes).

Les règles Jedis, en plus d’être difficiles à saisir, peuvent devenir de véritables poids, des boulets qui enchaînent les chevaliers et les empêchent d’agir. On apprend ainsi que Qui-Gon, le maître d’Obi-Wan, aurait à de nombreuses reprises défié le Conseil.

Cette rigidité conduit les chevaliers à méconnaître le code Jedi, ou pire, à basculer du côté obscur. Anakin épouse Padmé en secret et mène avec celle-ci une vie cachée. C’est en grande partie le refus de reconnaissance des Jedis et leur déloyauté envers le Chancelier suprême qui le conduira ensuite vers l’autre côté de la Force. En effet,  lorsque le Conseil des Jedis lui demande de surveiller le Chancelier Palpatine, Anakin considère cette mission comme une infraction aux règles Jedis, un ordre déloyal, voire même une trahison.

Les valeurs Jedis, par leur manque de souplesse, leur contradiction, leur désuétude, se révèlent incapables de sauvegarder la paix. A la fin de l’épisode III, les Jedis ont échoué et leur ordre est pratiquement anéanti. Leurs préceptes appartiennent désormais à un passé révolu avec lequel seul Luke Skywalker pourra renouer.

L’enseignement Jedi, un héritage en perdition ?

Les épisodes IV à VIII de Star Wars montrent la finitude et les essais de renouvellement de l’enseignement Jedi. Dans la première trilogie, Luke Skywalker découvre l’univers des Jedis à travers les leçons d’Obi-Wan Kenobi puis de Maître Yoda. Il s’approprie la Force et les idéaux Jedis tout en apprenant la vérité sur son père. A la mort de Dark Vador, il devient le dernier des Jedis et reçoit l’ordre par Yoda de transmettre ce qu’il a acquis. Un nouvel espoir est donc né pour la survivance des valeurs Jedis.

Une nouvelle étincelle bien vite éteinte par l’échec de Luke Skywalker, effrayé par le pouvoir grandissant de son neveu attiré par le côté obscur. Kylo Ren, déchaîné après la peur et le rejet de son maître, élimine la nouvelle génération de Jedis, emboîtant ainsi le pas à son grand-père qui avait détruit le temple Jedi. Face à sa honte, sa culpabilité, ses remords, Luke se ferme à la Force et renonce à enseigner jusqu’à l’arrivée de Rey.

Pour Luke aussi désormais, les fondements de l’enseignement Jedi sont dépassés et à oublier. Dans Star Wars épisode VIII : le dernier Jedi, d’ailleurs polémique sur ce point, tous les symboles de l’ordre Jedi restent rejetés ou détruits. Dès le début du film, Luke lance dans le vide le sabre laser que lui tend Rey, remplie d’espérance. Maître Yoda brûle volontairement l’arbre sacré abritant les livres fondateurs de l’ordre Jedi, après en avoir vivement contesté l’intérêt. Un plan du film révèle cependant que Rey avait emporté ces ouvrages dans le Faucon Millenium.

Faut-il dont laisser mourir le passé, comme le suggérait Kylo Ren à Rey ? Accepter la fin, semblant presque inévitable, de l’ordre Jedi ? Ou plutôt réformer et renouveler les croyances ? Après la mort de Luke, ce sera maintenant à Rey, et peut-être aussi à Kylo Ren, de sceller le destin définitif des Jedis dans le très attendu Star Wars épisode IX : l’ascension de Skywalker.

 

Quel est ce secret que Minnie va chercher à Yellow Rock ?

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La collection des aventures des héros Disney s’agrandit, avec un deuxième album proposé par Cosey : Le Secret de Tante Miranda (après Une mystérieuse mélodie – 2016). Un cadeau de Noël… L’album pourrait plaire aussi bien aux petits qu’aux plus grands. La recette du bonheur ?

Pour ne pas trop prendre de risque comparatif (vis-à-vis de vieux souvenirs concernant Mickey que tout le monde connaît), Cosey choisit de se contenter de Minnie comme personnage central. Minnie, c’est l’éternelle fiancée de Mickey, qu’elle regarde d’ailleurs à la télé. L’aventure commence quand elle reçoit une carte postale de sa tante Miranda, postée au San Soledad. Très surprise de recevoir de ses nouvelles, Minnie apprend que tante Miranda, 104 ans mais l’esprit incroyablement vif (même si elle avoue se sentir incapable de retrouver le prénom de sa nièce), a décidé de se retirer de la vie publique. Tante Miranda a vendu sa maison de Yellow Rock et abandonné ses recherches scientifiques pour soigner ses rhumatismes au soleil.

A la recherche du calepin noir

Dans l’esprit de Minnie, les souvenirs remontent. Avec ces souvenirs arrive un constat : il faut absolument retrouver le calepin noir ! Surexcitée (elle parle toute seule et ne veut pas le reconnaître), Minnie annonce alors à son amie Clarabelle son intention de partir à la recherche de ce calepin. Elle demande le secret à Clarabelle. Par contre, tante Miranda avait autre chose d’important à dire à Minnie, mais annonce ne pas s’en souvenir.

Yellow Rock

Voilà Minnie en route pour une région montagneuse et enneigée où elle risque de rencontrer des grizzlis et autres animaux plus ou moins dangereux. Heureusement, elle va rapidement s’apercevoir qu’elle n’est pas seule pour affronter les imprévus (et il y en aura).

Minnie Mouse par Cosey

Cette aventure en 68 planches (pour un format assez large inhabituel : 28 x 24 cm avec les bords légèrement arrondis à l’ancienne) fleure bon la nostalgie, car les décors et accessoires (véhicules par exemple) nous ramènent quelques décennies en arrière, soit à la grande époque des aventures de Mickey. Cosey se fait plaisir en imaginant (scénario, dessin et couleurs) une aventure à des personnages qu’il connaît depuis l’enfance. Pour notre plus grand bonheur, le dessinateur suisse les entraîne dans une aventure en montagne, nous proposant des décors qui rappellent ses meilleurs moments (A la recherche de Peter Pan et certains épisodes de sa série Jonathan auquel on pense inévitablement dès l’illustration de couverture montrant Minnie et Clarabelle sur un side-car). Et il joue avec une référence monumentale (Tintin au Tibet), à sa manière et sans trop la singer. Et puis, on retrouve avec grand plaisir son goût pour l’utilisation des couleurs, notamment le blanc immaculé de la neige et le jaune des lumières dans la nuit. Globalement, l’album est organisé sur une base de trois bandes sur la hauteur d’une planche (bonne lisibilité d’ensemble), ce qui n’empêche pas quelques vignettes de plus grandes tailles, dont quelques dessins pleine planche. On remarque cependant que le trait est moins fin qu’à sa meilleure période.

Pat Hibulaire, le chasseur d’or défend son territoire

Si l’aventure est centrée sur la recherche de Minnie, elle permet également de faire intervenir Clarabelle et surtout Pat Hibulaire (mais presque…), ainsi que Mickey, Pluto et Dingo pour l’épilogue : un repas de Noël à l’ambiance joyeuse (en début d’album, Minnie se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir trouver comme cadeaux de Noël originaux). En arrivant à Yellow Rock à la recherche du calepin noir, l’intrépide et dynamique Minnie va de surprise en surprise. Elle découvre la légende du Bigfoot qui l’entraîne dans des épisodes typiques de l’univers Disney, avec les actions qui la voient affronter Pat Hibulaire (à qui Minnie reproche surtout son haleine… manquant de fraicheur !) Minnie se met en tête de cuisiner un snowcake qui a l’air délicieux. C’est la disparition du gâteau qui nous vaut les rebondissements les plus marquants de l’album, même si le scénario manque alors un peu de cohérence (à certains moments, Cosey utilise des raccourcis, comme dans un dessin animé).

Un nouveau venu dans l’univers Disney

Avec cet album qui se lit rapidement (le dixième de cette collection consacrée à l’univers Disney), les Éditions Glénat fêtent leur cinquantième anniversaire. Même s’il ne s’agit clairement pas du meilleur Cosey (prix du « Meilleur album » en 1982, puis du « Meilleur scénario » en 1993 au festival d’Angoulême), il permet de passer un bon moment. Les plus petits aimeront l’ambiance s’ils sont disposés à considérer que La Reine des Neiges ne fait pas tout l’univers Disney. Les fans de cet univers y retrouveront avec plaisir quelques-uns de leurs personnages préférés dans une aventure inédite et originale. Une aventure où les générations plus anciennes s’amuseront des références qu’ils y trouveront.

Minnie et le secret de Tante Miranda, Cosey
Glénat Disney, novembre 2019, 72 pages

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De Sang et de lumière, la poésie humaniste et militante de Laurent Gaudé

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Le 6 novembre est paru en format poche, chez Actes Sud, le premier recueil de poésie de Laurent Gaudé, De Sang et de lumière. Huit grands et beaux textes s’inscrivant parfaitement dans l’œuvre d’un écrivain qui développe ici ses thèmes de prédilection sous un angle nouveau.

La littérature de Laurent Gaudé, c’est une littérature de la prise de parole, de la voix. D’abord sur la scène du théâtre : on oublie trop souvent que le théâtre constitue une part essentielle de la bibliographie de Gaudé. Puis dans ses romans, qui sont souvent constitués de témoignages imbriqués, de paroles enchevêtrées.

Du coup, il était tout naturel que l’écrivain, un des plus grands en France actuellement, se tourne aussi vers un genre oral par excellence, la poésie. Sa poésie, d’ailleurs, offre à nouveau une grande place à l’oralité, à la déclamation. Mais surtout la question de la voix, de la parole, est essentielle au recueil. Gaudé se met clairement en position d’être la voix des sans-voix, de porter la parole de ceux que l’on n’entend pas, que l’on n’entend plus ou que l’on n’a peut-être même jamais écoutés. Le poète a une mission claire : mettre à la lumière les situations intolérables vécues par les différents peuples au fil du temps. Sa poésie n’a pas de frontières, ni géographiques ni chronologiques. Il est constamment aux côtés de victimes martyrisées, que ce soient des Kurdes, des esclaves, des migrants parqués à La Grande Synthe ou des victimes de terrorisme.

Il est aussi celui qui fait sortir de l’oubli. Celui qui perpétue la mémoire. Dans le deuxième poème du recueil, « Le Chant des sept tours », il symbolise notre oubli (bien pratique) des horreurs de l’esclavage par un arbre ; les esclaves tournaient autour pour disparaître des mémoires, et le poète fait le tour en sens inverse pour recueillir tous les souvenirs, tous les noms, toutes les souffrances de millions de personnes arrachées à leurs racines et enchaînées…

« De partout sortent des souvenirs,
Cris,
Chants,
Appels de la mère à l’enfant,
Promesses,
Noms des dieux,
Des villages,
De partout,
La mémoire qui rayonne,
Douloureuse mais fière
Qui dit simplement qu’ils ont été
Hommes et femmes écrasés, coupés, soumis »

Avec ce recueil, Laurent Gaudé se propose de poser les yeux « sur tous ceux qui vivent et meurent dans l’indifférence du temps ». Il s’agit de se faire porte-parole des vaincus, de ceux qui doivent fuir, de ceux qui sont massacrés. Sa poésie prend du coup une forte dimension politique. Gaudé n’est pas seulement le gardien de la mémoire des peuples, il est aussi l’accusateur, aussi bien des tortionnaires que de ceux qui préfèrent regarder ailleurs.

« Maudits soient les hommes qui prient Dieu avant de tuer »

écrit-il dans « Le serment de Paris », poème final centré sur un thème essentiel à la bibliographie de Laurent Gaudé : la survie, le retour à la vie après la mort (voir les romans La porte des enfers ou surtout le magnifique Danser les ombres).

Le poème qui donne son titre au recueil, De Sang et de lumière, le plus autobiographique, se fait aussi accusateur de l’Europe, cette Europe à laquelle Laurent Gaudé est fortement attaché (comme le montre son livre Nous, L’Europe) tout en déplorant qu’elle soit devenue un lieu de frilosité et de repli sur soi, une forteresse où des privilégiés vivent entre eux et se coupent du monde :

« L’Europe
Qui, aujourd’hui, a des airs de vieille dame frileuse.
Chacun fait ses comptes,
Chacun se demande s’il y aurait moyen d’avoir un rabais,
Payer moins que celui d’à côté.
On veut bien ouvrir ses frontières si cela fait rentrer l’argent,
Mais à tout prix les fermer devant les réfugiés.
L’Europe sans joie, sans élan, sans projet
Comme un bâtiment vide.
L’Europe,
Et ma génération qui la croyait acquise
Sera peut-être celle qui l’enterrera. »

La poésie de Laurent Gaudé est une poésie de colère, une poésie d’engagement, une poésie de lutte. Mais, comme toujours chez ce grand écrivain, c’est aussi une poésie lyrique, forte, émouvante, et une poésie d’espoir. Gaudé montre ceux qui continuent à se battre. Il chante ceux qui se relèvent, ceux qui se redressent. Il est le chantre de ceux qui sont invaincus, bien qu’apparemment soumis.

De Sang et de lumière nous propose avant tout une poésie humaine, des rencontres avec des personnes ou des peuples. Ce sont des instants partagés, paradoxalement chaleureux. C’est l’émotion de ces personnes qui se battent pour leur dignité.

De Sang et de lumière, Laurent Gaudé
Actes Sud (collection Babel), novembre 2019, 105 pages

« Hitchcock, la totale » : une vie de producteur d’images

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David Fincher, Brian De Palma, Roman Polanski, François Truffaut : tous sont redevables, d’une manière ou d’une autre, à Alfred Hitchcock. Le cinéaste britannique a traversé les époques (du muet en noir et blanc au parlant en couleurs), les genres (du thriller à l’horreur) et les continents (de la Grande-Bretagne à Hollywood). À chaque film, il a un peu plus marqué le septième art de son empreinte. Forcément majuscule.

Secrets de tournage, genèse, distribution et réception des films, photogrammes, images inédites, affiches, portraits, focus, motifs récurrents, détails biographiques, analyses, anecdotes diverses : Hitchcock, la totale est une invitation à redécouvrir, de fond en comble, l’œuvre de l’un des cinéastes les plus influents de l’histoire du cinéma. Cinquante-sept films et vingt épisodes télévisés sont passés en revue, examinés et auscultés jusqu’à en saisir l’essence.

« Alors, pourquoi Hitchcock aujourd’hui ? Justement parce qu’il est inépuisable, donc toujours à reprendre. Parce que son nom est devenu synonyme de son art, lui qui, formé au temps du muet, ne cherchait à s’exprimer qu’en termes visuels (« pure cinema », selon son expression). Parce que l’influence de son œuvre est gigantesque et dépasse de loin tous les remakes et relectures conscientes de ses films. À jamais, Hitchcock a jeté les bases d’une transformation des règles du divertissement contemporain. Il n’est pas un thriller hollywoodien, des exploits de James Bond à Steven Spielberg, pas un film d’aventure ou d’horreur, aux États-Unis, en Italie ou en Corée, qui ne paie un tribut à l’auteur de Psychose. »

Cela, il fallait bien un ouvrage collectif volumineux (648 pages, 210 X 270 mm) pour l’expliciter. Car Hitchcock n’est pas qu’un profil caractérisé par l’embonpoint, quelques caméos, un présentateur de série télévisée, voire un « génie publicitaire ». C’est aussi un réalisateur prolifique, séminal, criblé d’obsessions qu’il met en images avec une science éprouvée. Prolifique, on l’appréhende aisément en parcourant les fiches de ses films (sans compter ses projets non réalisés). Séminal, il suffit de se reporter au chapitre sur sa postérité pour s’en convaincre ; ce dernier nous mène de Brian De Palma à Claude Chabrol, de François Truffaut à Mario Bava, de Gus Van Sant à Roman Polanski. Ses obsessions sont nombreuses, contagieuses et effeuillées d’un bout à l’autre : faux coupables, policiers, blondes, crimes parfaits, escaliers, dualité… Quant à la science de l’image d’Alfred Hitchcock, on en obtient un merveilleux condensé dans la célébrissime scène de la douche de Psychose, qui fait l’objet d’une entrée à elle seule, intitulée « 78 plans et 45 secondes qui ont changé l’histoire du cinéma ». Par elle, le maître du suspense déconstruit les conventions hollywoodiennes – en tuant prématurément son héroïne –, se joue des interdits en matière de représentation de la nudité et de la violence – en montrant peu et en suggérant beaucoup – et fait preuve d’une inventivité folle – les coupes, les axes, les décadrages, le décor amovible, etc.

Les compagnons de route 

Hitchcock, la totale s’applique à offrir à certains partenaires d’Hitchcock la place qui leur revient de droit. Ainsi, Saul Bass, graphiste, affichiste et cinéaste ayant signé trois génériques pour le maître à la fin des années 1950, fait l’objet d’une entrée révérencieuse. Il est présenté comme le réinventeur du générique, le premier à l’appréhender comme un avant-propos et une énigme. Les formes, les couleurs, les prises de vues réelles intégrées, la typographie servent toutes à concevoir et sublimer des génériques au sein desquels les idées de Saul Bass se fondent jusqu’à graver la mémoire des cinéphiles : le nom d’Anthony Perkins écartelé (schizophrénie), celui de Janet Leigh coupé en deux (meurtre au couteau), la spirale dans Vertigo (obsessions), etc.

Le « grand stratège » Lew Wasserman, parfois surnommé « roi de Hollywood », a été l’agent d’Alfred Hitchcock et son dernier producteur. C’est lui qui a façonné une partie de sa carrière américaine. Chargé de la prospection de nouveaux clients pour l’agence artistique MCA, il facilite notamment la présence de James Stewart dans La Corde, en le convainquant de préférer un pourcentage sur les profits futurs du film plutôt qu’un cachet qui aurait été impayable pour Transatlantic Pictures, la compagnie de production d’Hitchcock. L’agent permettra par ailleurs au cinéaste britannique de s’enrichir considérablement avec Psychose. Revers de la médaille : à la fin de la carrière du maître, Wasserman lui imposera ses choix (notamment de comédiens) et l’empêchera de mener à bien des projets qui lui tiennent à cœur (dont Kaleidoscope).

Bernard Herrmann figure évidemment en bonne place parmi ces compagnons de route dont le nom est indissociable de celui d’Alfred Hitchcock. Huit films et dix ans de collaboration unissent les deux artistes. La musique d’Herrmann n’est pas une doublure, mais une œuvre à part entière, un « inconscient musical » qui communique de manière autonome, par exemple les entrelacs de La Mort aux trousses ou le danger imminent de Psychose. Après Bernard Herrmann, Hitchcock se désintéresse quelque peu de la musique de films : le compositeur le plus talentueux de Hollywood laisse derrière lui un vide que personne ne pourra combler.

De nombreuses autres personnalités se trouvent mises à l’honneur dans les pages de cet ouvrage à l’exhaustivité appréciable : les comédiens Ingrid Bergman, James Stewart ou Cary Grant, Robert Burks (chef opérateur), Alma Reville (la femme d’Hitchcock), le producteur David O. Selznick, etc. Toutes ces personnalités ont eu pour Alfred Hitchcock une importance d’autant plus capitale qu’il ne dissociait pas – ou très peu – sa vie privée et professionnelle, comme en témoignage cette citation emblématique : « Je suis devenu un corps de films, pas un homme ; je suis tous ces films. »

Hitchcock, la totale, ouvrage collectif dirigé par Bernard Benoliel
E/P/A, novembre 2019, 648 pages

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« Les Étoiles du football » : voyage à travers les stades

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Larousse publie un ouvrage de Rodolphe Gaudin portant sur les footballeurs qui ont marqué la saison 2018-2019. Le grand reporter à France Télévisions évoque plus de 70 joueurs, toujours sur une double page aux trois quarts dédiée à l’image.

C’est le propre de tout exercice de ce genre : la sélection opérée dans cet album est naturellement sujette à discussion. Probablement à moitié par chauvinisme à moitié par souci commercial, les footballeurs français phagocytent un espace déjà relativement restreint (168 pages). Alphonse Areola est présent dans l’ouvrage, mais pas Jan Oblak ou Ter Stegen, les gardiens respectifs de l’Atletico Madrid et du FC Barcelone. Benjamin Pavard occupe une double page qui aurait en toute logique dû revenir à son coéquipier Joshua Kimmich, peut-être le meilleur latéral et donneur d’assists au monde actuellement. Thomas Lemar et Anthony Martial sont de la partie, mais on ne pipe pas mot au sujet de Serge Gnabry – successeur d’Arjen Robben et auteur d’un récent quadruplé en Ligue des Champions sur la pelouse du dernier finaliste en date, Tottenham –, de Jadon Sancho – jeune pépite anglaise qui a imprimé sa marque sur la Bundesliga la saison passée – ou de Riyad Mahrez – vainqueur de la CAN et dixième au dernier classement du Ballon d’Or. On notera aussi les absences notables de Thiago Alcantara, de Sergio Busquets, de Jordi Alba, de Miralem Pjanic, de Christian Eriksen, de Donny van de Beek, de Hakim Ziyech, de Raheem Sterling, de Niklas Süle, alors que des Blaise Matuidi ou des James Rodriguez, pourtant bien moins en vue la saison passée, figurent en bonne place dans cet ouvrage. Quant à Mario Balotelli, on se demande si ce sont ses frasques – les feux d’artifice tirés depuis sa salle de bain lui ont valu un incendie à 600 000 livres – ou ses quelques piges en Ligue 1 qui justifient son évocation. Parce que sur le pré (et dans l’ouvrage), on le troquerait volontiers contre Ciro Immobile, Timo Werner ou Zlatan Ibrahimovic.

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Extrait de l’ouvrage « Les Etoiles du football ». Crédits : Larousse éditions.

Ces réserves mises à part, on ne peut que saluer le rapport qualité/prix de ces Étoiles du football. Ce bel album en papier glacé est joliment conçu et remarquablement écrit. Certes, la place dévolue au texte est relativement chiche, mais cela n’empêche pas Rodolphe Gaudin d’évoquer avec passion – et avec force anecdotes – les conflits entre Kevin De Bruyne et José Mourinho ou Ousmane Dembélé et Rennes/Dortmund (il a failli tout claquer à 18 ans), l’arrivée difficile de Coutinho à Barcelone (blessure, cambriolage), le triplé d’Eden Hazard contre Nancy sans avoir fermé l’œil de la nuit et en quasi-état d’ébriété, l’importance de Sadio Mané à Liverpool observée en janvier 2017 alors qu’il était à la CAN, les injections d’hormones de Lionel Messi durant sa jeunesse, les présidentielles égyptiennes qui voient Salah, même pas candidat, pointer à la deuxième place… On apprend également que Manuel Neuer, Robert Lewandowski et Bernardo Silva auraient pu être recalés pour des considérations physiques ou médicales, que Ronaldo fut recruté sur insistance des joueurs de Manchester United auprès de Ferguson après un match amical, que Son a utilisé le football pour échapper au service militaire dans son pays, que Maradona a pris un jour Thomas Muller pour un ramasseur de balles, etc.

Préfacé par Laurent Blanc, Les Étoiles du football devrait susciter l’enthousiasme de tous les amateurs de ballon rond, et a fortiori s’ils supportent l’équipe de France. Sur un ton léger, sans jamais succomber aux analyses techniques rébarbatives, Rodolphe Gaudin y raconte avec talent quelques-unes des plus grandes stars du football mondial.

Les Étoiles du football, Rodolphe Gaudin
Larousse, octobre 2019, 168 pages

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