L’héritage Jedi dans Star Wars : des idéaux dépassés ?

Dans ce mois consacré à l’univers de Star Wars, et en attendant la sortie de l’épisode IX, intéressons-nous aujourd’hui aux règles fascinantes et rigoureuses de l’ordre Jedi. Rempli de sagesse, mais aussi de faiblesses et d’échecs, l’enseignement Jedi, qui a connu son âge d’or à l’ère de la seconde trilogie, semble dans les derniers films en danger d’extinction. Retour sur les préceptes, les limites et le devenir de ces traditionnelles valeurs Jedis, à l’héritage incertain.

Les principes du Code Jedi, idéaux spirituels

Assise en tailleur, le corps relâché, les yeux fermés, la silhouette du Jedi dans Star Wars, symbole de la force tranquille, continue à inspirer. Soldat de la paix, intérieure comme extérieure, l’Ordre Jedi véhicule de véritables valeurs spirituelles. Plus que de simples guides, ces idéaux sont devenus des règles à respecter, un code à appliquer, dont le Conseil des Jedis censure sévèrement la violation.

Les films de la saga Star Wars maintiennent une certaine opacité, une forme de mystère autour de ces préceptes Jedis, souvent évoqués mais rarement détaillés. Comme si l’univers hermétique, secret des Jedis peinait à se laisser appréhender dans sa globalité et ne pouvait se dévoiler à un public étranger que par touches partielles et progressives.

Pour mieux comprendre les leçons Jedis, il convient de revenir à la source même de leur fondement, un mantra écrit par Odan-Urr et précisant : « il n’y a pas d’émotion, il y a la paix. Il n’y a pas d’ignorance, il y a la connaissance. Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité. Il n’y a pas de chaos, il y a l’harmonie. Il n’y a pas de mort, il y a la Force ». Ces maximes, jamais citées à part entière dans les films, se retrouvent cependant dans le comportement des Jedis tout au long de la saga.

Ainsi les Jedis agissent avec sagesse, raison, sans se laisser dominer par des sentiments ou des impulsions. D’où l’élaboration de plans parfaitement concertés et étudiés par le Conseil des Jedis, qu’il s’agisse de mettre à jour la trahison de la Fédération du commerce (Star Wars épisode I : la menace fantôme), de protéger la reine Amidala (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes), ou encore de combattre le général Grievous (Star Wars épisode III : la revanche des Sith).

Les Jedis privilégient l’acquisition de connaissances pour affronter tous les défis, la patience et le calme aux combats désordonnés. C’est pourquoi la formation des Jedis reste si particulière, un maître étant chargé de l’éducation d’un seul et unique padawan. Surtout, la mort ne marque pas la fin de l’existence, mais un retour à la Force. Ce qui permet à Obi-Wan Kenobi et à Yoda de continuer à communiquer avec les vivants, même après leur mort, et de réapparaître sous la forme d’étranges hologrammes, projections directes de leur esprit réuni avec la Force.

Au-delà de ces valeurs, les Jedis doivent bien évidemment se conformer à la discipline de leur ordre. Les padawans obéissent à leurs maîtres et les respectent. Obi-Wan Kenobi n’hésite donc pas à réprimander Anakin lorsque celui-ci le contredit lors d’audiences publiques dans L’Attaque des clônes. En échange, les maîtres encouragent leurs padawans. Encore plus important, les Jedis honorent l’Ordre et le Conseil Jedi, chacune de leurs actions pouvant donner une mauvaise image politique et morale de leur organisation. Les décisions du Conseil de l’Ordre, qu’elles portent sur l’élaboration d’un plan, l’affectation d’un membre à une mission, la formation d’un futur Jedi ou le passage au rang de Maître, doivent être rigoureusement respectées. On le constate notamment dans le refus initial du Conseil d’accepter le jeune Anakin comme padawan (Star Wars épisode I : la menace fantôme) et de le nommer Maître (Star Wars épisode III : la revanche des Sith).

Pour s’épanouir pleinement, les Jedis apprennent à vaincre leurs défauts, en particulier l’arrogance évoquée par Maître Yoda comme l’un des défauts les plus répandus (Star Wars épisode II : l’attaque des clones), et qui peut facilement conduire à de dangereux excès de confiance ou à de l’égoïsme. Ils s’exercent également à maîtriser leur curiosité, source potentielle de graves imprudences, et surtout leur agressivité, car cette dernière mène au côté obscur. Comme le résumait si bien Maître Yoda : « la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine à la souffrance » (Star Wars épisode I : la menace fantôme).

Forts de ces idéaux, les Jedis défendent la paix, la justice et protègent le Sénat de la République. Respectueux de la vie, ils cherchent à maintenir une harmonie dans tous les confins de la galaxie. Ils luttent ainsi contre les inégalités, la violence, l’asservissement des peuples, et bien entendu, les serviteurs du côté obscur de la Force. Pourtant, les préceptes Jedis semblent parfois insuffisants, inadaptés, obsolètes pour affronter toutes les situations.

Les valeurs Jedis, un carcan abscons et inefficient ?

Les règles Jedis sont parfois ambiguës, complexes à appréhender et se prêtent alors à différentes significations. Citons par exemple la célèbre prophétie relative à « l’élu » qui doit rétablir l’équilibre de la Force. Maître Yoda concède à Obi-Wan que cette légende a très bien pu être mal interprétée (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes). Plus frappant, Anakin démontre toute l’ambivalence des principes Jedis lors d’une discussion avec Padmé. Si les Jedis n’ont pas le droit de se marier, de fonder une famille, ou même de s’attacher, l’ordre Jedi prône l’altruisme et la compassion. Anakin en conclut que les Jedis sont en réalité encouragés à aimer (Star Wars épisode II : l’attaque des clônes).

Les règles Jedis, en plus d’être difficiles à saisir, peuvent devenir de véritables poids, des boulets qui enchaînent les chevaliers et les empêchent d’agir. On apprend ainsi que Qui-Gon, le maître d’Obi-Wan, aurait à de nombreuses reprises défié le Conseil.

Cette rigidité conduit les chevaliers à méconnaître le code Jedi, ou pire, à basculer du côté obscur. Anakin épouse Padmé en secret et mène avec celle-ci une vie cachée. C’est en grande partie le refus de reconnaissance des Jedis et leur déloyauté envers le Chancelier suprême qui le conduira ensuite vers l’autre côté de la Force. En effet,  lorsque le Conseil des Jedis lui demande de surveiller le Chancelier Palpatine, Anakin considère cette mission comme une infraction aux règles Jedis, un ordre déloyal, voire même une trahison.

Les valeurs Jedis, par leur manque de souplesse, leur contradiction, leur désuétude, se révèlent incapables de sauvegarder la paix. A la fin de l’épisode III, les Jedis ont échoué et leur ordre est pratiquement anéanti. Leurs préceptes appartiennent désormais à un passé révolu avec lequel seul Luke Skywalker pourra renouer.

L’enseignement Jedi, un héritage en perdition ?

Les épisodes IV à VIII de Star Wars montrent la finitude et les essais de renouvellement de l’enseignement Jedi. Dans la première trilogie, Luke Skywalker découvre l’univers des Jedis à travers les leçons d’Obi-Wan Kenobi puis de Maître Yoda. Il s’approprie la Force et les idéaux Jedis tout en apprenant la vérité sur son père. A la mort de Dark Vador, il devient le dernier des Jedis et reçoit l’ordre par Yoda de transmettre ce qu’il a acquis. Un nouvel espoir est donc né pour la survivance des valeurs Jedis.

Une nouvelle étincelle bien vite éteinte par l’échec de Luke Skywalker, effrayé par le pouvoir grandissant de son neveu attiré par le côté obscur. Kylo Ren, déchaîné après la peur et le rejet de son maître, élimine la nouvelle génération de Jedis, emboîtant ainsi le pas à son grand-père qui avait détruit le temple Jedi. Face à sa honte, sa culpabilité, ses remords, Luke se ferme à la Force et renonce à enseigner jusqu’à l’arrivée de Rey.

Pour Luke aussi désormais, les fondements de l’enseignement Jedi sont dépassés et à oublier. Dans Star Wars épisode VIII : le dernier Jedi, d’ailleurs polémique sur ce point, tous les symboles de l’ordre Jedi restent rejetés ou détruits. Dès le début du film, Luke lance dans le vide le sabre laser que lui tend Rey, remplie d’espérance. Maître Yoda brûle volontairement l’arbre sacré abritant les livres fondateurs de l’ordre Jedi, après en avoir vivement contesté l’intérêt. Un plan du film révèle cependant que Rey avait emporté ces ouvrages dans le Faucon Millenium.

Faut-il dont laisser mourir le passé, comme le suggérait Kylo Ren à Rey ? Accepter la fin, semblant presque inévitable, de l’ordre Jedi ? Ou plutôt réformer et renouveler les croyances ? Après la mort de Luke, ce sera maintenant à Rey, et peut-être aussi à Kylo Ren, de sceller le destin définitif des Jedis dans le très attendu Star Wars épisode IX : l’ascension de Skywalker.

 

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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