Accueil Blog Page 261

« Elias Ferguson » : père et mers

0

Les éditions Glénat publient le premier tome d’Elias Ferguson, intitulé « 1937, l’héritier ». Le scénariste français Simon Second et la dessinatrice italienne Lender Shell racontent l’histoire d’un orphelin sur qui repose le lourd héritage d’un père scientifique dont les découvertes pourraient infléchir le cours de l’Histoire.

Au départ, il y a un deuil, inconsolable. Elias Ferguson apprend la mort « par suicide » de son père. Il maudit alors ce piètre scientifique aux idées farfelues qui l’a lâchement abandonné. Déjà, Simon Second et Lender Shell induisent une première fracture dans cette histoire filiale tourmentée : d’une part, en raison des dissonances entre les perceptions du fils, erronées, et la réalité du père, héroïque ; d’autre part, en vertu de l’héritage exigeant qui échoie soudainement à Elias, contraint de marcher dans les pas d’une éminence scientifique qui coordonnait l’activité d’ingénieurs, chimistes ou physiciens œuvrant de concert, dans le plus grand secret, à la préservation de l’humanité.

« 1937, l’héritier » est placée sous le sceau de cette histoire père-fils à fort relief émotionnel. Mais Simon Second et Lender Shell la fondent dans un contexte explosif, à l’aune de la Seconde guerre mondiale, à un moment où les Américains ne sont pas encore engagés mais où chacun pressent le désastre à venir. Avec un vrai sens du rythme et du dialogue, ce premier tome d’Elias Ferguson se confond bientôt avec une épopée initiatrice : celui qui se la coulait douce sur les bancs de l’Université, comme en témoigne une séquence d’introduction éloquente, doit désormais reprendre le flambeau d’une entreprise scientifique sur laquelle ont des vues, forcément antagoniques, Américains et Allemands.

Il n’en faut pas plus pour qu’Elias Ferguson se retrouve au beau milieu de jeux d’influence diplomatiques et militaires, qui font peser sur sa personne, mais aussi sur ses proches, des menaces potentiellement mortelles. Ce train sous-marin avant-gardiste dont on lui rebat les oreilles vaut-il vraiment toutes ces attentions ? Et quid de cette créature maritime qui apparaît dans toute son immensité à la fin de ce premier tome ? Ces deux questions sont appelées à irriguer la suite des événements, tout en assurant la transition entre le père, déchu, et son fils, en voie d’avènement. L’une des particularités de cet album tient à ses ruptures de ton, puisque la gravité des enjeux (deuil, guerre, assassinats…) est contrebalancée par des répliques souvent ironiques et fusantes.

Finalement, sans faire preuve d’une inventivité folle, Simon Second et Lender Shell parviennent à un équilibre plutôt encourageant. Ils brassent des thématiques variées, reprennent les codes de genre de l’espionnage et de la guerre, y ajoutent une dimension filiale appréciable et nappent le tout d’un récit d’initiation reposant sur un personnage peu en phase avec les attentes nouvelles dont il va bientôt faire l’objet. On attend la suite avec curiosité.

Elias Ferguson : 1937, l’héritier, Simon Second et Lender Shell
Vents d’Ouest/Glénat, juin 2022, 56 pages

Note des lecteurs1 Note
3.5

« Le Narcotrafic » à travers le prisme de la géopolitique

0

Les éditions Soleil publient le second tome de L’Aventure géopolitique, consacré au narcotrafic. De la cocaïne en Amérique (Bolivie, Mexique) à la culture du pavot en Afghanistan, Mister Geopolitix a mené, pour sa chaîne YouTube, une enquête périlleuse désormais restituée en bande dessinée.

Dans une vidéo intitulée Narcotrafic : immersion dans une production d’héroïne, Mister Geopolitix souligne à quel point l’existence peut être arbitraire et conditionnée par notre lieu de naissance. Ce constat transparaît clairement dans ce second tome de L’Aventure géopolitique, puisque les agriculteurs boliviens vivant de la feuille de coca, les préparateurs mexicains la mettant en poudre ou encore les cultivateurs afghans dépendant du pavot somnifère semblent n’avoir d’autre choix, pour éviter le dénuement, que de s’ériger en maillons d’une chaîne, plus que jamais mondialisée, du narcotrafic. Mister Geopolitix, Ludovic Danjou et Adrien Martin l’énoncent clairement, à plusieurs reprises : ces individus, somme toute ordinaires, ont été abandonnés par les pouvoirs publics, ont investi des champs d’activité très peu rémunérateurs et cherchent avant tout à arrondir leurs fins de mois avec des cultures plus rentables, mais illégales, dangereuses et propres à les soumettre au bon vouloir des cartels (en Amérique latine) ou des fondamentalistes religieux (en Afghanistan).

« Le Narcotrafic » est une enquête au long cours, dans les interstices du trafic de drogue, en début de chaîne, là où la cocaïne se négocie à quelques dollars le kilo, bien loin des prix fixés sur les marchés américains ou européens de consommation, où le gramme se monnaie chèrement. Le lecteur y croise des agriculteurs désabusés, des « cuistots » désireux de s’enrichir rapidement, pour sortir de la misère ou pour vivre à l’occidentale, mais aussi des mouvements intégristes dont la puissance militaire est indexée aux revenus tirés de la drogue (400 millions de dollars par an pour les talibans). C’est par l’intermédiaire de fixeurs que Gildas Leprince a pu approcher ses interlocuteurs et mettre à nu des pans entiers d’une économie souterraine et mortifère. Son récit, mis en musique par le scénariste Ludovic Danjou, est haletant et porte en son sein toutes les ambivalences d’une activité certes illégale, mais ô combien nécessaire à des populations vulnérables et laissées en jachère.

Un précieux dossier didactique vient compléter une lecture étayée et circonstanciée, déjà éloquente quant à l’organisation des filières du narcotrafic ou les relations étroites entre les mouvements religieux et l’opium en Afghanistan. Mister Geopolitix y distingue les drogues selon leur nocivité, leurs effets sur le corps ou leurs origines. Le YouTubeur-reporter revient sur les routes de la cocaïne et de l’héroïne, sur les organisations criminelles qui les chapeautent et sur les différences notables entre les substances d’origine naturelle (du tabac à la cocaïne) et chimique (des LSD aux méthamphétamines) en ce qui concerne leurs implications géopolitiques. Ce nouveau volume de L’Aventure géopolitique se montre aussi très critique vis-à-vis des institutions, présentées comme défaillantes ou démissionnaires en Amérique latine, prédatrices et hypocrites en Afghanistan. Car entre les lignes, ce que révèle le narcotrafic, c’est l’incapacité ou le manque de volonté des États à y faire face…

L’Aventure géopolitique : Le Narcotrafic, Mister Geopolitix, Ludovic Danjou et Adrien Martin
Soleil, juin 2022, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« La Fabuleuse Méthode de lecture du professeur Tagada » : accompagner le jeune lecteur

0

Les éditions Didier Jeunesse rééditent un succès de librairie s’étant écoulé à plus de 7000 exemplaires. La Fabuleuse Méthode de lecture du professeur Tagada est un outil didactique, mâtiné d’humour et enrichi de dessins, destiné à guider pas à pas les plus jeunes dans leur apprentissage de la lecture.

Un écriteau qu’on peine à décrypter, un menu impossible à démystifier, des livres à portée de main, posés sur des étagères, mais pourtant inaccessibles à la compréhension… Toutes ces situations occasionnent des frustrations à tous les enfants n’ayant pas encore été familiarisés avec la lecture. Christophe Nicolas et Guillaume Long ne s’y trompent pas en les incorporant dans une liste des choses rendues possibles à la faveur de son apprentissage.

Découpé en chapitres, gradué dans la difficulté, incorporant les pauses nécessaires à la bonne intégration des différentes matières, La Fabuleuse Méthode de lecture du professeur Tagada constitue un guide utile et pertinent pour accompagner les jeunes lecteurs dans leur initiation. Rendu ludique par le recours récurrent aux dessins et à l’humour, comportant plusieurs exercices récapitulatifs, cet ouvrage en neuf leçons passe par les étapes habituelles de l’apprentissage de la lecture : l’alphabet, les voyelles, les consonnes, les sons, les syllabes, la formation des mots… Il nécessite évidemment la coopération bienveillante d’un adulte, à même d’épauler l’apprenti lecteur et de lui apporter, si besoin, des explications complémentaires – bien que le guide soit, en ce sens, déjà très complet.

Doté d’un nouveau format et d’une maquette réinventée, La Fabuleuse Méthode de lecture du professeur Tagada se distingue avant tout par ses interactions idoines entre le sérieux des leçons prodiguées et la légèreté de l’humour qui y est dispensé. Cela concourt à dédramatiser les apprentissages, renforcés par l’aspect bon enfant de l’ouvrage et les associations d’idées – ou de motifs – qui y ont cours. Il y a fort à parier que les 4-8 ans (âge conseillé par l’éditeur) appréhenderont cette méthode de lecture autant pour sa dimension pédagogique que pour les nombreuses occasions de divertissement et d’amusement qu’elle comporte. Ça tombe bien, puisque c’était précisément l’effet escompté par ses auteurs.

La Fabuleuse Méthode de lecture du professeur Tagada, Christophe Nicolas et Guillaume Long
Didier Jeunesse, juin 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
4

« Dead Flag » : l’école du crime

0

Soleil Manga publie le premier tome de Dead Flag, du scénariste Holico et du dessinateur Jun Nishikawa. S’inscrivant quelque part entre Battle Royale, Squid Game et All of us are Dead, le récit, survivaliste, s’appuie sur une dimension gore et trash parfaitement assumée.

Dans la salle des professeurs règne une certaine stupéfaction. Tous relatent le même récit : leurs élèves, agglutinés autour des fenêtres, ont soudainement vu leur attention absorbée par la cour de récréation, pour y scruter… absolument rien. En réalité, un bateau pirate a fait une apparition remarquée au cœur de l’école, mais seuls les étudiants ont été en mesure de l’observer, puisque le navire et ses occupants demeurent invisibles aux yeux des autres. Holico et Jun Nishikawa opèrent ainsi un schisme entre les jeunes initiés et les autres, qui feront les frais de leur incrédulité. Ils ont surtout la bonne idée de portraiturer le méchant de l’histoire, le capitaine Gold Rich, comme une sorte d’oxymore personnifié, tant le décalage est grand entre son apparence grotesque et le jeu glaçant qu’il s’apprête à mettre en place.

Ce « cosplayeur du dimanche », comme le surnomment dans un premier temps ses interlocuteurs (avant de se raviser), impose le Dead Flag entre les murs du lycée. Le principe en est relativement simple : au bout d’un temps imparti, seuls les treize premiers d’un classement récompensant les actes de piraterie – vols, meurtres, violences, vandalisme – seront épargnés et échapperont à la mise à mort qui leur est promise. Partant, au-delà du spectacle et des images iconiques proposées, tout l’intérêt de ce premier tome tient dans le comportement d’adaptation qui va être adopté par les étudiants. Léo rêve de prendre la tête d’une armada se pliant de bonne grâce aux règles du jeu. « Prendre de force ce qu’on désire, c’est ça être un pirate », s’arroge-t-il en guise de devise. Au contraire, Tento fait montre d’une humanité le rendant incapable de la moindre cruauté. Et pourtant, comme dans le Hollow Man de Paul Verhoeven, l’invisibilité a un effet désinhibant criant : ne pouvant être vus de personne, les étudiants peuvent agir librement et se conformer s’ils le veulent aux règles du Dead Flag, sans qu’aucune autorité puisse entraver leur action.

Loin de les ménager, Holico et Jun Nishikawa poussent au contraire leurs protagonistes dans leurs derniers retranchements. Dans une course effrénée, caractérisée par les vignettes gores et les assassinats expéditifs, ils questionnent la nature humaine, élaborent une mythologie (aux bases déjà bien éprouvées) et font des questions de survie et de résilience les moteurs de leur récit. Si Dead Flag se parcourt avec plaisir et curiosité, il lui manque cependant, pour l’instant, l’épaisseur ou l’originalité des meilleurs mangas. Mais peut-être les auteurs puiseront-ils dans les interstices de ce survival initiatique ce qu’il faut de relief psychologique et d’enjeux pour le hisser parmi les grandes réussites du genre. Il faudra attendre la suite pour le découvrir.

Dead Flag, Holico et Jun Nishikawa
Soleil, juin 2022, 256 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Trixie » : le voile des illusions

0

Les éditions Soleil publient le second tome du diptyque Sideshow, qui met en lumière le personnage de Trixie, mais aussi la mission menée par Charly pour le compte de Mme Deacon…

Après un premier tome axé sur le personnage de Charly, c’est désormais au tour de Trixie de voir son passé éventé. Victime d’une mère pieuse à l’éducation trop stricte, cette dernière prend un jour le parti de s’émanciper. Fuyant le foyer parental, elle croise la route d’un homme, Rurik, qui la prend sous son aile et la couvre de tatouages de la tête aux pieds. Altruiste, ce dernier n’émet aucun jugement sur les mœurs légères désormais adoptées par celle qui a longtemps dû obéir aux diktats religieux et à l’oppression d’un conformisme bienséant. Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol façonnent ainsi un personnage aux fêlures béantes, pouvant rappeler, par exemple, la Nina Sayers du film Black Swan – elle aussi aux prises avec une mère psychorigide.

Figure énigmatique du premier tome, construit sur base de flashbacks (comme celui-ci), Charly n’est pas en reste dans ce second album. On découvre ainsi les tenants et aboutissants de la mission qu’il mène pour le compte de l’ambivalente Mme Deacon. Aux trousses d’une lamie, il finit par lever le voile sur les agissements sournois de celle qui l’a engagé. Mais finalement, ce que charpentent Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol, par-delà les monstres, les mythes et les fausses pistes, c’est une histoire d’amour contrariée, peut-être même impossible, entre deux êtres dysfonctionnels et héritiers, chacun à sa façon, d’un lourd passé.

Dans des planches à l’organisation sophistiquée, dessinées avec soin, les multiples inconnues du premier tome trouvent peu à peu leurs réponses. En cela, les auteurs relèvent un défi de taille : apporter une conclusion satisfaisante à un diptyque qui, à mi-chemin, laissait bon nombre de questions en suspens. Dans une ambiance volontiers noire, placée sous le prisme de la nostalgie, les caractères se dévoilent et les blessures intérieures s’énoncent. Sideshow façonnait un propos sur la tolérance et revisitait toutes sortes de mythes fantastiques dans sa première partie ; « Trixie » se rattache davantage à l’intimité et la psychologie de ses deux principaux personnages, abîmés et attachants. Une belle réussite.

Sideshow : Trixie, Éric Corbeyran et Emmanuel Despujol
Soleil, juin 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Le Siège de Robin des Bois, bientôt en salle

0

robin-hood-image

IMAGE SOURCE: Pixabay.com

Attendu prochainement en salle, Le Siège de Robin des Bois fera réapparaître à l’écran le plus célèbre des hors-la-loi. Peut-on se lasser d’un tel personnage déjà apparu dans plus de 36 films depuis 1913 ? Revenons sur ce nouveau film d’action-aventure australien produit par Saban Films, qui donne un nouveau visage à ce héros légendaire si inspirant pour les productions contemporaines et le monde du divertissement.

L’histoire d’une revanche

Avec ce film, le spectateur est témoin d’une nouvelle version du conte originel. Alors que le shérif de Nottingham et ses hommes veulent éliminer Robin des Bois, ils tuent sa soeur à la place. Furieux, Robin réunit alors son équipe des Joyeux Compagnons, les « Merry Men » Petit Jean, frère Tuck et Freyda pour aller venger cette mort. Encouragé par le mage Merlin qui apparaît pour la première fois dans un film traitant de Robin des Bois, le héros se lance avec sa bande dans un assaut féroce contre la Couronne d’Angleterre et ses serviteurs.

Un casting international

Le scénario a été coécrit par Paul Allica et Don Macnab-Stark. On se souvient de ce dernier qui s’était fait connaître pour les scénarios de Stones en 2016 et d’Act like you love me en 2013.

Dans ce long-métrage de deux heures, Paul Allica incarne également Robin des Bois. Sont notamment mis en vedette Peter Roordink (Turkey Shoot) qui interprète Petit Jean, le guerrier au marteau géant, John Fallon (The Shelter) dans le rôle du sergent, ou Kahli Williams (Blood Hunt, The Doctor Blake Mysteries), redoutable combattante armée d’un bouclier et d’une épée. Celle-ci semble apparemment remplacer Belle Marianne. L’absence de cette dernière, traditionnelle fiancée de Robin, est particulièrement frappante pour un personnage aussi central dans tous les films précédents. On se souvient encore de ce rôle majeur joué par Cate Blanchett, dans le Robin des Bois de Ridley Scott réalisé en 2010, où elle donnait la réplique la réplique à Russel Crowe.

Le Siège de Robin des Bois est déjà disponible à l’achat ou à la location sur les plateformes Amazon Video et Vudu uniquement.

Des critiques mitigées

A ce jour, la critique est plutôt sévère à l’égard du film. La base de données IMDb lui attribue une note de 2,6/10, alors que CinéSéries lui donne 1,4/5. Il obtient toutefois un score très proche de celui d’autres films sur Robin des Bois, comme le film anglais Robin Hood : Origins (2,1/5) ou la comédie française Robin des Bois, la véritable histoire (2014), notée 1,5/5. Dans ce dernier film, contrairement à la réputation excellente dont jouit Robin traditionnellement, le hors-la-loi est dépeint comme un sale type, qui vole davantage les gens pauvres ou vulnérables.
Les notes du film de Paul Allica rappelées ici sont encore partielles, et susceptibles d’évoluer une fois le film sorti en salle. A titre de comparaison, le Robin des Bois de 2010 avait reçu la note moyenne de 3/5 sur Allocine après 24 830 votes.

Un article du site anglophone Voices from the Balcony spécialisé dans la critique cinématographique évoque une œuvre peu fidèle à la légende originelle. Il prend comme exemple la cabane qui a été choisie comme résidence de Robin des Bois, alors que la légende veut qu’il vive caché dans la forêt de Sherwood.

Robin des Bois, une popularité non démentie

L’industrie du divertissement est fascinée par le personnage de Robin des Bois depuis longtemps et continue à le faire vivre.
Sans surprise, le secteur des jeux vidéo est l’un des premiers à se passionner pour une telle figure, à l’instar des nombreux titres qui se sont succédé ces dernières décennies. Les joueurs ont par exemple assisté à la sortie de Robin Hood : La Légende de Sherwood en 2002, de Robin Hood : Defender of the Crown l’année suivante, ou de Robin Hood : The Return of Richard en 2010. Cet intérêt est encore bien d’actualité, puisqu’en 2021 sortait encore un tout nouveau jeu sur Robin des Bois, Hood : Outlaws & Legends, développé par Focus Entertainment.

Bien que le cinéma et le monde des jeux vidéo aient été les premiers à s’intéresser à l’univers de Robin des Bois, d’autres acteurs du divertissement, comme le monde de l’iGaming, ont progressivement été séduits par le personnage. La plateforme en ligne Betway propose ainsi une machine à sous thématique, Robin Hood : Shifting Riches, basée sur l’histoire du célèbre hors-la-loi qui se bat pour la dignité des plus pauvres.

La littérature, et en particulier la littérature anglo-saxonne, est naturellement très friande du héros originaire de Nottingham, comme en témoigne le livre Robin Hood and the Caliph’s Gold publié en 2020 par Angus Donald. L’Américain Nathan Makaryk a également réécrit le mythe de Robin des Bois dans son livre Nottingham sorti en 2019, dans lequel il donne la parole à ceux que l’histoire n’a jamais mentionnés. Il remet également en question l’identité du héros et du méchant.

Il y aurait encore tant à dire sur le personnage de Robin des Bois qui continue d’inspirer après plus d’un siècle de cinéma. Les cinéastes nous surprennent toujours davantage à revisiter des histoires bien connues, qui semblaient figées. Même les jeux vidéo suivent cette tendance et savent se renouveler, comme nous l’a fait pressentir le jeu Gangs of Sherwood dévoilé lors de la conférence Nacon Connect au début du mois de juillet. Restons attentifs à la sortie du Siège de Robin des Bois pour vérifier le bien-fondé des critiques.

Post written by Ana L.

 

Thor Love and Thunder de Taika Waititi : plus enclume que marteau

Note des lecteurs1 Note
1

Pour deux scènes (réjouissantes) conjuguant autant l’imaginaire de John Carpenter que celui de Fritz Lang (si si !), Thor Love and Thunder se borne le reste du temps à proposer une application (très) bête et méchante du cahier des charges marvellien, saupoudré du vernis faussement cool & désinvolte de la plus grande arnaque d’Hollywood : Taika Waititi…

Quitte à verser dans la référence, chose d’ailleurs fort à propos dans le cas de ce Thor Love and Thunder, on va oser une analogie. Si possible, avec une oeuvre décriée et donc plus sujette à la moquerie vu que ça a l’air d’être l’apanage du bonhomme. 

Prenons donc Prometheus. 

Dans la mouture signée Ridley Scott, l’antipathique David (Michael Fassbender) justifiait ses actes par une tirade aux airs de leitmotiv : « les grandes choses ont de petits commencements » On passera sur le sens de ladite phrase, a priori compréhensible par toutes & tous, pour n’en retenir que son application concrète. Car il suffira seulement d’un plan de cône de glace (!!) pour cerner l’étendue du problème qui semble gangréner de l’intérieur ce Thor Love And Thunder. Puisque en utilisant le gantelet de Thanos, responsable rappelons-le d’un génocide planétaire dans le dyptique Avengers Infinty War/Endgame, comme logo d’une enseigne de glace, Taika Waititi fait plus qu’affirmer sa voix dissonante au sein du MCU. Non, il en sape sciemment toute la gravité et instaure la désinvolture comme mètre-étalon de son récit. D’aucuns répondront que c’est précisément cette formule, largement usitée dans Thor Ragnarok, qui avait transformé le film en l’un des plus appréciés du MCU. Et ils auront raison car cette relecture gonzo de l’Odyssée d’Ulysse appelait de tout son être l’humour justement. Or, dans le cas de Thor Love and Thunder, la donne a changé : point question d’une apocalypse ancestrale ici mais bien la fusion de 2 des arcs les plus dramatiques du Dieu du Tonnerre. D’abord, l’arc Mighty Thor (où l’ex-amour du roi d’Asgard, condamnée par un cancer, se transforme en égal du Dieu nordique) puis l’arc Gorr (ou un humanoïde extraterrestre se décidait au moyen d’une arme redoutable à dessouder toutes les figures divines de la galaxie).

Tiens, Valhalla du boudin…

2 arcs a priori irréconciliables avec le ton rigolard et faussement béta déployé par Waititi que ce dernier va pourtant tenter de fusionner. Las, Waititi n’est ni Midas ni Prométhée. Incapable de transformer en or son scénario de plomb & encore moins de retrouver le semblant de feu sacré qui faisait justement le sel de son Ragnarok, il va ainsi s’échiner 2 heures durant à prouver toute son incompétence à construire une dramaturgie. Car c’est peut-être bien sur ce point-là que le ratage se révèle le plus foudroyant. Incapable d’assembler correctement ses inspirations (qui lorgnent autant du coté du SNL que d’Ingmar Bergman) & ses envies de cinéma au cahier des charges du studio, Thor Love And Thunder semble ainsi d’emblée évoluer en pilotage automatique. A l’exception notable de l’ouverture (réussie) sur Christian Bale, l’entame brille ainsi par sa désinvolture. Entre SFX bazardés sur l’autel du rire, introduction au forceps (& donc inutile) de la clique des Gardiens de la Galaxie) & scènes d’actions dévitalisées, tout sonne terriblement faux. Un constat d’autant plus renforcé quand Korg (un alias de Waititi) se la joue narrateur de la vie du Dieu nordique pour les rares du fond n’étant pas au fait des 28 films précédents de la firme. Ça pourrait éventuellement passer pour le compte d’une blague à l’image du film, conscient de lui-même et bardé d’orgueil, mais ce simple rappel agit déjà comme une redite mais surtout un déni. Puisqu’à détricoter tout ce qu’Avengers Endgame a fait du personnage pour en donner un énième reboot, Waititi se refuse à donner à son héros et au lore qui l’entoure, l’évolution qui pourrait transformer l’entreprise en projet qui vaille un minimum la peine que l’on s’y intéresse. Difficile dès lors de donner du crédit au spectacle qui défile sous nos yeux. Trop timoré pour convaincre et trop benêt pour susciter le rire, le film égraine ses rares bonnes idées sans le moindre génie (on soulignera un joli passage en N&B que n’aurait pas renié Fritz Lang). Mais à ce stade, difficile de feindre la surprise à la vue de ce naufrage tant la messe a déjà été dite avec Ragnarok, qu’il duplique sans âme. On compile ici & là des hits sentant bon les 80’s (dont 4 des Gun’s & Roses), des scènes d’action très colorées à grands renforts de fonds verts disgracieux et on ose verser dans la gravité lors du dernier quart d’heure, mais ça sera insuffisant pour distiller de la nouveauté sur ce morne divertissement qu’il serait préférable d’oublier fissa…

A l’exception d’un 3ème acte qui parvient un temps (seulement) à donner l’illusion que Taika Waititi a repris les rennes de la nouvelle mouture du MCU, Thor Love & Thunder est peut-être le signe annonciateur d’une phase inéluctable dans le grand édifice marvellien : la lassitude. C’est en tout cas la seule chose qui puisse expliquer le ratage foudroyant de cette 4ème aventure du Dieu du Tonnerre qui échoue sur tous les plans et nous laisse craindre le pire pour la suite de la phase IV. 

Thor : Love And Thunder : Bande-Annonce

Thor : Love And Thunder : Fiche Technique

Réalisateur : Taika Waititi
Scénario : Taika Waititi & Jennifer Kaytin Robinson
Casting : Chris Hemsworth (Thor), Nathalie Portman (Jane Foster/Mighty Thor), Christian Bale (Gorr), Tessa Thompson (Valkyrie), Taika Waititi (Korg), Jaimie Alexander (Sif), Russell Crowe (Zeus), Chris Pratt (Star-Lord), Pom Klementieff (Mantis), Dave Bautista (Drax), Karen Gillan (Nebula), Bradley Cooper (Rocket), Vin Diesel (Groot),
Musique : Michael Giacchino
Photographie : Barry Baz Idoine
Montage : Maryann Brandonn
Production : Kevin Feige & Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studio Productions
Durée : 119 minutes
Genre : Super-héros

Etats-Unis – 2022

Note des lecteurs1 Note
1

« Falkland » : une guerre de diversion

0

La collection « Les Grandes Batailles navales » des éditions Glénat s’enrichit d’un nouveau titre portant sur l’archipel des Falkland. Britanniques et Argentins s’y sont affrontés durant plus de deux mois, pour des motifs controversés.

Rien ne laissait présumer que les Malouines, une terre aride et inhospitalière de quelques kilomètres carrés, allaient devenir le théâtre d’un conflit majeur de la fin du XXe siècle. C’est pourtant là-bas, très loin du continent européen, que les Britanniques, alors quatrième puissance militaire mondiale, vont mobiliser une imposante armada armée pour faire face aux prétentions territoriales argentines. En 1981, un proche de Videla s’empare du pouvoir en Argentine : le général Leopoldo Galtieri rappelle au monde que ce grand pays d’Amérique latine ne cesse depuis son indépendance de se mouvoir entre une démocratie de façade et une dictature de nature.

Comme l’expriment parfaitement Jean-Yves Delitte et Marco Bianchini, l’incompréhension et le désarroi sont de mise dans les rangs militaires, quel que soit le camp scruté. « Je pensais qu’ils étaient nos alliés et qu’ils partageaient nos idées… On m’a toujours dit qu’ils avaient mené une lutte sans merci contre tout ce qui ressemble à du communiste… », pense-t-on dans l’armée britannique. « Si nos généraux ont décidé d’envahir cette terre, c’est pour détourner l’attention du peuple », se dit-on parmi les soldats argentins. Et de fait, les Malouines répondent à un besoin criant de trouver une cause nationale permettant de reléguer au second plan les nombreux motifs de mécontentement populaire. « Notre beau pays est gangrené par une multitude de problèmes économiques », rappelle ainsi Agustin, un militaire incrédule.

C’est l’une des forces de Falkland que d’énoncer l’état d’esprit qui prévaut alors. Alternant points de vue britannique et argentin, l’album met en scène des hommes ordinaires rattrapés par une guerre en tout point absurde. L’un préférerait fêter l’anniversaire de sa femme au pays plutôt que de participer à ce simulacre belliciste coûteux en vies humaines, l’autre rechigne à courber l’échine devant des conseillers nazis accueillis à bras ouverts par ses dirigeants après la Seconde guerre mondiale. Certains demeurent sensibles à la propagande ou justifient leurs actes par des griefs annexes, d’autres appréhendent mieux les tenants et aboutissants de cette « ridicule aventure » motivée par la « stupide incompétence » de quelques politiciens manipulateurs (lesquels n’hésitent pas, par exemple, à recourir au napalm).

Marco Bianchini restitue très bien l’horreur des théâtres de guerre. Il suffit ainsi de se pencher sur la page 41 pour en saisir tout l’effroi : camions en ruines, cadavres jonchant le sol, matériel laissé à l’abandon… Si les justifications apportées à la guerre sont lacunaires et fallacieuses, la désolation qu’elle provoque n’en demeure pas moins bien réelle. Dans un dossier explicatif glissé en fin d’album, les auteurs rappellent ainsi comment des provocations maritimes ont pu déboucher sur une crise diplomatique et une invasion militaire. Le contexte y est exposé avec pédagogie, cela allant des escadrons de la mort et des prisonniers politiques argentins à la puissance de la Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher.

Falkland, Jean-Yves Delitte et Marco Bianchini
Glénat, juillet 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Un dernier soir à Pékin » : en quête de souvenirs

0

Les éditions Glénat publient Un dernier soir à Pékin, de Golo Zhao. Le scénariste et dessinateur livre un récit intimiste, construit sur base de flashbacks, tous associés à des plats alimentaires.

He Liu sillonne un Pékin enneigé en compagnie de sa petite amie. Pour la première fois, il va véritablement se livrer à elle, s’épancher sur son passé. Golo Zhao nous présente ces confessions sous forme de quatre flashbacks intimement liés à des spécialités culinaires locales. Et le premier récit est déjà l’occasion de prendre le pouls des mutations sociales et économiques à l’œuvre dans un pays-continent désormais confortablement installé parmi les géants de ce monde.

En sa qualité de narrateur et personnage principal, He Liu raconte une ville industrielle typique de celles qui ont « raté le virage du changement » et qui produisent désormais en jet continu « des travailleurs condamnés à une vie de misère ». « Une ville furieusement bâtie autour de l’industrie, qui a connu son heure de gloire au siècle dernier, dans les années 1970 et 1980 », et qui ne s’est jamais vraiment remise de l’épuisement pourtant prévisible des ressources minières. Aux bouleversements économiques s’ajoutent pour celui qui n’est alors encore qu’un adolescent les traumatismes familiaux : He Liu vit la plupart du temps seul dans le « vieil appartement glacial » de son père, accaparé par son travail, et fraîchement divorcé. « Pour échapper à cette ville, il ne nous reste que les études », lui souffle-t-on comme un avertissement, à lui qui n’a pas le moindre projet d’avenir, qui passe ses journées à traîner avec le peu fréquentable Li Junji. Heureusement, le jeune garçon fera une rencontre formatrice avec un père de substitution. C’est cette dimension filiale qui confère à ce premier flashback toute sa poésie et sa tendresse. Mais Golo Zhao va toutefois outrepasser ce cadre, puisqu’il expose les affres du capitalisme à la chinoise, auquel il n’oublie pas d’adosser les injections autoritaires – à travers par exemple les affiches destinées à promouvoir la politique de l’enfant unique ou l’autonomie ouvrière.

Les autres récits sont à l’avenant, bien qu’ils paraissent à la fois plus ouverts (quant à leur interprétation) et moins denses (quant à leur transversalité, notamment sociopolitique). On y découvre « Bouboule », spécialiste des jeux d’arcade doublé d’un médiateur obstiné dans les conflits de genre des cours de récréation, et dont la scolarité est menacée par la maladie. On y suit les aventures de He Liu et Zuo Ya, laissés seuls, et occupés à voler de la nourriture dans une cantine pendant que leurs pères se tuent à la tâche. On y apprend enfin que la petite amie à qui ces histoires sont contées a vécu une enfance difficile : il lui fallait, au prix d’une longue marche, traverser les montagnes pour se rendre à l’école et, plus tard, elle prétexterait un régime draconien pour expliquer qu’elle ne mange dans les restaurants collectifs qu’avec parcimonie, et seulement les aliments les moins onéreux, faute d’argent.

Un dernier soir à Pékin n’a rien de spectaculaire, ni dans le propos ni dans le dessin. Il s’agit de récits échappant à toute linéarité temporelle, portés à hauteur d’homme, de femme, d’enfant, verbalisant leurs (més)aventures dans une Chine en pleine mutation, où le chômage, l’indigence, la criminalité, le communisme, les valeurs morales et familiales (en déclin) tendent à s’entremêler jusqu’à former une bouillie quasi indéfinissable – et pourtant parfaitement verbalisée par Golo Zhao. La dimension douce-amère de ce gigantesque pays, son rapport dysfonctionnel au capitalisme, ses existences parfois laissées en jachère trouvent une formidable chambre d’écho dans les allégories saisonnières et alimentaires inscrites au cœur de l’album. Entre sensibilité et satire.

Un dernier soir à Pékin, Golo Zhao
Glénat, juillet 2022, 256 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Avoir du génie ou en crever ! » : L’Œuvre, d’Emile Zola

L’Œuvre, c’est le roman sur la création artistique. Pour ce quatorzième roman du cycle des Rougon-Macquart, Zola prend exemple sur son ami d’enfance Cézanne, mais se met aussi lui-même en scène dans un livre sombre, marqué par la mort et la désillusion.

Il y a plusieurs façons d’aborder L’Œuvre, quatorzième roman des Rougon-Macquart, placé entre deux des romans les plus marquants du cycle, Germinal et La Terre.
D’un côté, on peut, bien entendu, le prendre dans l’économie du cycle de Zola. Le personnage principal ici est Claude Lantier, le frère d’Etienne (le protagoniste de Germinal) et le fils de Gervaise (de l’Assommoir); nous avons même, dans les ultimes pages du roman, une petite figuration d’Octave Mouret, cousin de Claude Lantier et protagoniste de Pot-Bouille et Au Bonheur des dames. Nous sommes là dans ce que l’on peut considérer comme une des phases les plus puissantes du cycle : une écriture forte, des images terribles, une volonté de ne rien cacher, y compris des choses les plus horribles et tristes. Comme dans les meilleurs Zola, L’Œuvre est un roman qui secoue, qui remue, dont le lecteur est dans ses petits souliers tout du long. C’est superbement écrit, mais c’est du brutal, du tragique (on le sent dès le début, que ça finira mal, et les théories pseudo-médicales qui servent de bases scientifiques au cycle romanesque laisse peu de place au doute quant à l’issue du roman).
L’Œuvre est d’abord le portrait d’un homme. Claude Lantier est avant tout un artiste, un homme qui voit le monde à travers le prisme du regard créateur. Il faut le voir, lors d’une promenade avec sa femme bien-aimée, s’arrêter brutalement, littéralement happé par une vision de la ville, voyant le monde comme une œuvre potentielle qu’il n’aurait qu’à recueillir pour le déposer sur une toile. Cette vision artistique du monde est soulignée par les extraordinaires descriptions écrites par Zola. L’auteur, par la force de ses mots, transforme les paysages en œuvres d’art. Il invoque la lumière, les ombres et les couleurs pour dessiner le monde comme une succession de sublimes tableaux. Dès le premier des douze chapitres, Zola nous montre un Paris inédit, fantomatique, presque terrifiant, éclairé à la seule lumière d’un monumental orage. Dans ces descriptions, le souci de réalisme disparaît sous le regard de l’artiste. Le prisme de la création artistique projette sur le monde la vision subjective d’un créateur. L’ensemble du monde est devenu une œuvre d’art (Proust aura parfois des pages similaires, quelques décennies plus tard).
Mais l’art, pour Claude, n’est pas seulement une façon de voir le monde. L’art est la vie entière du peintre. Claude est un personnage qui préfère les œuvres d’art à la réalité. Car cette confrontation entre le réel et sa représentation est un des thèmes majeurs du roman. Au moment du Salon qui occupe le dixième chapitre, Sandoz, l’écrivain ami de Zola, explique : avant, aucun tableau ne pouvait rivaliser avec la nature, alors que de nos jours, certains tableaux lui tiennent tête. C’est représenter la réalité de la façon la plus juste qui est en jeu ici. L’un des problèmes de Claude, surtout du grand tableau qui l’occupe pendant des années dans la dernière partie du roman, c’est de chercher à ajouter à la nature, de ne pas se contenter de la montrer mais de créer des symboles qui alourdissent l’ensemble et le rendent incompréhensible.
Les preuves du rapport compliqué qu’entretient Claude avec l’art et la réalité se trouvent symboliquement réunis dans la scène de la mort de Jacques. Le garçon meurt, et Claude, pour tout sentiment, prend une toile et peint le cadavre de son fils. Cette toile sert littéralement d’écran pour Claude : un écran placé entre lui et son fils, pour masquer la réalité et réguler l’expression de ses émotions. La tristesse de Claude n’aboutit pas à des crises de larmes comme le fait sa femme, mais à un tableau rempli de pathos.
Claude propulse ses émotions, mais aussi ses désirs, ses envies, sur les toiles. Ses tableaux sont l’expression directe de ses mouvements intérieurs. Le problème, c’est que les toiles en viennent à remplacer la réalité. Ainsi, il avoue tranquillement qu’il préfère le tableau représentant Christine, à ce que la même Christine est devenue dans la réalité. Zola emploie un vocabulaire plein de sensualité pour parler des femmes présentes dans les tableaux (là où Claude avoue lui-même que ses relations avec les femmes dans la vie réelle sont pour le moins compliquées, et qu’il n’est absolument pas attiré par elles). Ce n’est pas un hasard si, petit à petit, Christine va voir la peinture comme une concurrente amoureuse, et va développer une jalousie à son égard.

Mais l’art va petit à petit devenir pour Claude une obsession confinant à la folie. Les ultimes chapitres sont terribles : le peintre perd le sens des réalité, il est hanté par la toile que laquelle il travaille depuis des années maintenant, au point de devenir une sorte de fantôme obnubilé par le tableau. Il croit même entendre la femme à demi-peinte l’appeler. On atteint alors un sommet dans la coupure avec la réalité : tout est sacrifié sur l’autel de l’art, au nom de ce tableau synonyme de folie.

Claude est un personnage paradoxal. D’un côté, il est le génie, le précurseur, l’artiste novateur. Dans le Salon du chapitre 10, il voit à quel point il a inspiré toute une génération d’artistes. Même ceux qui le rejetaient dans le passé le suivent désormais. Sous certains aspects, il a tout réussi, allant jusqu’à transformer la peinture. Son génie transparaît très vite : ses ébauches sont superbes…
… mais il semble incapable de finir un tableau correctement. Une fois le premier jet lancé sur la toile, il gâte tout en cherchant à créer des effets, à insérer des personnages qui n’ont rien à faire là, etc. Claude est un génie et un raté à la fois. Il est rejeté, isolé, moqué, malgré son influence, ou peut-être à cause d’elle d’ailleurs : il faut voir l’attitude ambivalente de Fagerolles, qui s’est toujours considéré comme l’élève de Claude, son disciple, et qui a garde constamment comme une gêne, presque une rancune, surtout au sommet de son succès.
Au demeurant, aucun des personnages du roman ne semble avoir réussi. Si L’Œuvre est centrée autour de Claude, toute une constellation d’artistes gravite autour du peintre : l’écrivain Sandoz, l’architecte Dubuche, le peintre Fagerolles, le sculpteur Mahoudeau et plusieurs autres. Un groupe qui apparaît soudé et plein des promesses, mais aussi des intransigeances de la jeunesse au début du roman. Sur ce plan, l’Œuvre est construit sur un jeu de miroir, au deuxième chapitre répond le onzième et avant-dernier : tous les deux montrent un dîner qui réunit les amis d’enfance. La première scène montre un groupe complice partageant les mêmes préoccupations, les mêmes discours sur l’art, la même vision de la création et, pour beaucoup d’entre eux, une enfance commune. La seconde scène montre un groupe qui se déchire, qui renie son passé, qui passe son temps dans la haine mutuelle, la rancœur de n’avoir pas réussi, de n’avoir pas accompli son œuvre maîtresse, de ne pas s’être fait une place. L’échec est collectif, mais un collectif fait d’individualités désormais éparses et opposées. Seuls Sandoz et Claude restent amis.
Cette scène, terrible, s’inscrit dans tout un final marqué par le spectre de la mort, et qui occupe quasiment le dernier tiers du roman. Mort de l’enfant et mort d’un couple (mais y a-t-il vraiment eu un couple ?), mort de l’amitié, qui signe la coupure définitive avec un passé chaleureux, mort des ambitions artistiques et des rêves de grandeur, mort de la passion créatrice, etc. Même le sort réservé au tableau de Claude, exposé à un endroit où personne ne peut le voir, est pire que celui du Salon des refusés au début du roman : au moins, à ce moment-là, on le voyait, il attirait l’attention et les commentaires, alors qu’à la fin il est tout simplement inexistant, au point que même ses amis n’arrivent pas à le trouver.
Cette mort artistique est, peu ou prou, celle de quasiment tous les personnages du roman, sauf l’écrivain Sandoz. Dubuche, dont les constructions sont irréalisables, avoue qu’il a raté sa vie. La Baigneuse de Mahoudeau s’écroule et finit rapetissée, ridicule. Même ceux qui semblent connaître la réussite dissimulent mal les fêlures qui vont sous peu se transformer en gouffre.

L’Œuvre est un roman marqué aussi par une description très réaliste de la pratique de l’art. Le monde des peintres bohèmes est ici débarrassé de tout apparat romantique. L’artiste est constamment pris entre ses idées, sa volonté d’appliquer ses théories, et le monde commercial qui se nourrit sur les artistes eux-mêmes. Il y a d’un côté la volonté d’une intransigeance, d’une pureté théorique, et de l’autre la nécessité de gagner sa vie et qui aboutit souvent à des concessions dont tous ont honte. Parmi ces acteurs importants du monde de l’art, Zola met en scène la presse et les critiques, le Salon et ses jurés (qui se livrent à des tractations dans lesquelles l’esthétique n’a finalement que peu de place), les institutions officielles qui définissent ce que doit être le bon goût national, les marchands d’art, etc. L’auteur de L’Œuvre fait un tour d’horizon complet des enjeux modernes de la création artistique.
À cela s’ajoute, comme toujours chez Zola, un réalisme documentaire né d’une observation minutieuse. Les techniques employées par les peintres ou les sculpteurs sont décrites ici avec une précision rare.
Enfin, L’Œuvre est un des rares romans dans lesquels Zola intervient lui-même comme personnage. Sandoz, c’est Zola. L’écrivain ne laisse aucun doute là-dessus : ainsi, Sandoz présente son grand projet littéraire qui n’est autre que les Rougon Macquart, l’histoire d’une famille sous plusieurs générations permettant d’illustrer des théories sur la transmission de caractères, mais aussi de dresser un portrait de la France du Second Empire en mettant en lumière les différentes couches sociales du pays. À partir de là, Zola va calquer le destin du personnage sur le sien : les critiques violemment braqués contre ses romans, la célébrité et la fortune, etc. Tout concorde pour dire que Sandoz est un personnage autobiographique.
Cela ne donne que plus de valeur aux propos de Sandoz lorsqu’il parle des affres de l’écriture. À travers ce paragraphe, c’est Zola lui-même qui parle de son art :

« Le travail a pris mon existence. Peu à peu, il m’a volé ma mère, ma femme, tout ce que j’aime. C’est le germe apporté dans le crâne, qui mange la cervelle, qui envahit le tronc, les membres, qui ronge le corps entier. Dès que je saute du lit, le matin, le travail m’empoigne, me cloue à ma table, sans me laisser respirer une bouffée de grand air ; puis, il me suit au déjeuner, je remâche sourdement mes phrases avec mon pain ; puis il m’accompagne quand je sors, rentre dîner dans mon assiette, se couche le soir sur mon oreiller, si impitoyable, que jamais je n’ai le pouvoir d’arrêter l’oeuvre en train, dont la végétation continue, jusqu’au fond de mon sommeil… Et plus un être n’existe en dehors, je monde embrasser ma mère, tellement distrait, que dix minutes après l’avoir quittée, je me demande si je lui ai réellement dit bonjour. Ma pauvre femme n’a pas de mari, je ne suis plus avec elle, même lorsque nos mains se touchent. Parfois la sensation aiguë me vient que je leur rends les journées tristes, et j’en ai un grand remords, car le bonheur est uniquement fait de bonté, de franchise et de gaieté, dans un ménage ; mais est-ce que je puis m’échapper des pattes du monstre ! Tout de suite, je retombe au somnambulisme des heures de création, aux indifférences et aux maussaderies de mon idée fixe. Tant mieux si les pages du matin ont bien marché, tant pis si une d’elles est restée en détresse ! La maison rira ou pleurera, selon le bon plaisir du travail dévorateur… Non ! Non ! Plus rien n’est à moi, j’ai rêvé des repos à la campagne, des voyages lointains, dans mes jours de misère ; et, aujourd’hui que je pourrais me contenter, l’oeuvre commencée est là qui me cloître : pas une sortie au soleil matinal, pas une escapade chez un ami, pas une folie de paresse ! Jusqu’à ma volonté qui y passe, l’habitude est prise, j’ai fermé la porte au monde derrière moi, et j’ai jeté la clef par la fenêtre… Plus rien, plus rien dans mon trou que le travail et moi, et il me mangera, et il n’y aura plus rien, plus rien ! » (chapitre IX)

Même dans la réussite, le travail artistique reste brutal et envahissant. Peu de romans présentent une vision aussi sombre du processus de création artistique.

Tom et Lisa 1910 et jusqu’après la Grande guerre

0

Ce deuxième tome de La fortune des Winczlav suit donc Vanko 1848 toujours sur un scénario de Jean Van Hamme et des dessins de Philippe Berthet. Il nous apprend enfin l’origine annoncée de la fortune des Winczlav et s’intéresse à la descendance de Vanko.

L’album commence par un terrible accident qui décime toute une famille, faisant de Tom (Tommy) – fils de Milan et donc petit-fils de Vanko – l’héritier d’un véritable empire, celui bâti par la famille O’Casey propriétaire de la marque de whiskey irlandais du même nom. Le tout représente une somme très importante ainsi qu’une magnifique propriété. Si Tom hérite de tout cela, en réalité seul l’argent l’intéresse, car il laisse un fondé de pouvoir diriger cet empire. Tom envoie quand même des nouvelles à sa mère (Julie), partie depuis longtemps (il était tout petit), en Europe avec sa fille (Lisa), qui est donc la sœur de Tom. Julie voulait protéger sa fille de l’influence regrettable de Milan, son père. Avec les nouvelles, Tom envoie un gros chèque qui profite à sa sœur qui a le pilotage d’avions comme passion, ce qui nous vaudra un certain nombre de planches en vues aériennes. De plus, Lisa participera à la Grande guerre et rencontrera même le fameux pilote allemand surnommé Le Baron Rouge. Une idylle aurait pu se nouer mais Le Baron Rouge se fait abattre un beau matin, alors qu’il avait à peine 25 ans. Le scénario de Jean Van Hamme joue sur le fait qu’on n’a jamais pu identifier avec certitude qui avait réussi à abattre le pilote allemand.

Exploration de thèmes rebattus

Encore une fois, on sent que cet album était prévu à la base comme un roman, en particulier lors des longs échanges épistolaires entre Lisa et sa mère qui séjourne aux États-Unis. Comme dans l’album précédent, les péripéties sortent du chapeau de Van Hamme sans qu’il réussisse à nous passionner. Même les parties aériennes restent assez plates, malgré quelques combats (les manœuvres des pilotes restent bien vagues), la crédibilité venant essentiellement des décors (tranchées, dirigeable, etc.). En dehors de cette partie, l’essentiel tourne encore une fois autour de l’argent et de l’amour (disons surtout de la séduction). Un des points fondamentaux du récit concerne une découverte que Tom fait dans la propriété dont il hérite, en découvrant une grotte obstruée dont il ne peut résister à l’envie de comprendre pourquoi elle reste ainsi (suite à une sorte d’interdit toujours respecté jusque-là). Les lecteurs-lectrices du premier album comprennent immédiatement ce qui s’est passé quand Tom fait la découverte de ce qui était caché aux yeux de tous depuis fort longtemps. L’album est quand même un peu plus agréable que le précédent, en particulier grâce aux séquences aériennes qui aèrent l’ensemble et procurent de l’action bienvenue. Mais Van Hamme ne peut pas s’empêcher d’exploiter ses connaissances pour multiplier les points d’accroche dans l’intrigue. Ainsi, il fait de Lisa une employée de Louis Blériot, ce qui nous vaut une nouvelle histoire de gros sous liée à l’évolution des entreprises qui s’intéressent à l’essor de l’aviation. Et n’oublions pas la Prohibition (survolée).

Tom

En début d’album, Tom vit avec Sandy, une jeune brune mignonne et arriviste, très calculatrice au caractère autoritaire. De plus, elle considère que l’argent lui donne tous les droits. Et comme tout sera à son nom, elle va tout diriger à son idée, faisant de Tom un homme entretenu, ce qui convient bien à ce grand dadais un peu naïf et qui aime se la couler douce. Mais leur rachat d’un saloon en début d’album tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, car le scénario néglige d’expliquer comment et pourquoi ils en sont arrivés là. Une fois dans la peau de l’héritier, Tom s’éloigne de Sandy et se montre insensible à ses soucis.

Julie

La réception du gros chèque de Tom incite sa mère à revenir en Amérique, où un certain Eamon Flanagan lui explique la situation financière florissante de l’entreprise O’Casey et le je-m’en-foutisme de Tom qui se contente de profiter de son héritage. Comme par hasard, Flanagan se révèle être un ancien admirateur de Julie du temps où elle participait au show de Buffalo Bill en tirant à la carabine et il n’aura de cesse de la séduire. On note donc les liens toujours aussi forts de l’intrigue avec la séduction et l’argent (au détriment de l’aspect humain). Le thème de l’argent (majeur, omniprésent) revient avec le crack boursier de Wall street (1929), qui amènera finalement Tom à trouver sa voie, de façon très pragmatique, pour ne pas dire cynique.

Promotion

Pour conclure ces observations sur le deuxième tome de La fortune des Winczlav, impossible d’échapper à l’analyse du titre, qui, aussi simple qu’efficace, laisse entendre qu’il est essentiellement question d’argent (plus que de bonne fortune), dans ce diptyque qui montre l’ascension d’une lignée, avec tout ce que cela peut entraîner sur les individus la composant. À noter également la campagne publicitaire autour de ce diptyque, puisque de grands panneaux (estimation 4 m x 3 m) sont visibles dans certaines stations du métro parisien, montrant en grande taille les couvertures des deux albums sur fond d’une vignette agrandie autant que possible du drame humain (mais anonyme) lié au crack de Wall street. Une telle campagne publicitaire pour de la BD reste encore tellement rare. Elle dénote à mon avis un objectif élevé au niveau des ventes. Ceci dit, il existe tant d’autres albums qui mériteraient une meilleure diffusion. Il semblerait qu’on applique un principe simple, à savoir que l’argent attire l’argent.

Tom et Lisa 1910 – La fortune des Winczlav (tome 2), Jean Van Hamme et Philippe Berthet
Dupuis, mai 2022

Note des lecteurs0 Note
3

Vanko 1848, du Monténégro à l’Amérique

0

Vanko 1848 inaugure un cycle de trois albums intitulé La fortune des Winczlav, en lien direct avec la série Largo Winch (voir le sticker sur la couverture). Joli coup éditorial ou production alimentaire ? La curiosité pousse évidemment à explorer l’album. On y trouve les nombreuses péripéties de Vanko Winczlav, médecin originaire du Monténégro (comme Largo Winch), fuyant son pays pour des raisons politiques.

L’album regorge de péripéties sur près de deux décennies (la belle affaire), puisqu’il commence en 1848 au Monténégro et se termine en Amérique, après la fin de la guerre de Sécession (1865). La narration s’intéresse essentiellement à Vanko et à tous celles et ceux qui constituent son entourage au fil des années. Et il faut dire qu’il bouge pas mal et pas seulement d’un continent à un autre. Les femmes lui tombent dans les bras, mais il doit faire face à de nombreuses situations tragiques. Il est notamment accusé de meurtre, ce qui lui vaudra la prison, puis une réquisition pour la guerre de Sécession. Même lorsqu’il croit pouvoir retrouver la liberté, il déchante, ce qui l’incite à choisir de disparaître au point de se faire oublier. Nous suivons donc ensuite les mésaventures subies par sa famille, sa femme et ses enfants (deux garçons) qui grandissent, jusqu’à atteindre l’âge adulte. Chacun ses aspirations et projets qui les mènent l’un dans l’ouest, l’autre dans le sud.

Scénario et dessin

Signé Jean Van Hamme, le scénario pourrait être le meilleur atout de l’album. En fait, il mêle quelques points forts, avec des repères historiques comme l’utilisation de la machine à coudre Singer et l’effervescence autour de l’exploitation pétrolière grâce à l’usage des derricks (même si on n’atteint pas ici une originalité extrême), ainsi que les très troubles relations autour du père de celle que Vanko épouse. Ces points ouvrent l’éventail des possibles pour les albums qui suivront, tout en enrobant le tout dans un ensemble survolant la période historique choisie. Sinon, on achève cet album avec la regrettable impression qu’en scénariste chevronné, Jean Van Hamme dispose d’un catalogue exhaustif de péripéties possibles à combiner et qu’il en arrange quelques-unes au gré de son inspiration, tout en gardant en tête les principes de base qui aboutiront à un album à succès, à savoir de l’amour (et ses multiples facettes possibles), des luttes de pouvoir et des personnages en quête de fortune, sans dédaigner bien sûr des scènes d’action et un soupçon d’exotisme. On peut donc dire que le scénario peut faire son effet pour des lecteurs/lectrices pas trop exigeant(e)s. Malheureusement, une lecture attentive laisse apparaître toutes les ficelles d’un album qui montre rapidement ses limites, en allant un peu vite pour enchainer les péripéties sur une période relativement longue. Il faut que cela bouge et qu’on ne s’attarde pas trop sur les différents alea. On a malheureusement l’impression que Philippe Berthet, le dessinateur, remplit un contrat. Ce qu’il propose, en accord avec le scénario, se révèle assez plat. On n’a pas le temps de s’attacher à certains personnages et le dessin lui-même manque de caractère. Tout est assez lisse et les couleurs (de Meephe Versaevel) assez décevantes (seules les scènes nocturnes ressortent vraiment). En dépit d’un travail soigné, on ne se passionne jamais pour ce que relatent les quelque 54 planches de l’album. À sa décharge, on peut imaginer que ce premier album soit le plus faible de l’ensemble, mais qu’il permette une présentation d’un univers avec une belle galerie de personnages qui devraient encore nous valoir un joli nombre de péripéties.

Le lien avec Largo Winch

N’oublions pas que cet album propose d’expliquer l’origine de la fortune des Winczlav, en prolongement de la série Largo Winch dont elle reprend quelques thèmes (héritage Van Hamme), mais diffère grandement par son dessinateur. Dessinée par Philippe Francq et scénarisée par Jean Van Hamme jusqu’au n°20, Largo Winch comprend un second cycle qui pour l’instant comprend les n°21-23, avec Eric Giacommetti comme scénariste. Ici, l’inspiration moyenne de Philippe Berthet transparaît par exemple dans les visages féminins : celle que Vanko épouse rappelle étrangement Dottie, l’un des personnages principaux de la série Pin-up (sur un scénario de Yann). Mon impression est donc que Van Hamme poursuit son exploration d’un bon filon, mais qu’il lui manque quand même un petit quelque chose pour renouveler son inspiration. De nouveaux personnages, cela ne suffit pas, surtout quand on tourne régulièrement autour des mêmes thèmes. Je qualifierai donc cet album de BD de scénariste, car elle est à mon avis un peu bavarde. Ce qui nous ramène à Largo Winch, dont il faut savoir qu’il s’agit d’une série adaptée de romans du même Van Hamme qui se montre insatiable pour mettre en valeur ses productions.

Vanko 1848 (La Fortune des Winczlav – 1), Jean Van Hamme et Philippe Berthet
Dupuis, mars 2021


Note des lecteurs0 Note
2.5