« Falkland » : une guerre de diversion

La collection « Les Grandes Batailles navales » des éditions Glénat s’enrichit d’un nouveau titre portant sur l’archipel des Falkland. Britanniques et Argentins s’y sont affrontés durant plus de deux mois, pour des motifs controversés.

Rien ne laissait présumer que les Malouines, une terre aride et inhospitalière de quelques kilomètres carrés, allaient devenir le théâtre d’un conflit majeur de la fin du XXe siècle. C’est pourtant là-bas, très loin du continent européen, que les Britanniques, alors quatrième puissance militaire mondiale, vont mobiliser une imposante armada armée pour faire face aux prétentions territoriales argentines. En 1981, un proche de Videla s’empare du pouvoir en Argentine : le général Leopoldo Galtieri rappelle au monde que ce grand pays d’Amérique latine ne cesse depuis son indépendance de se mouvoir entre une démocratie de façade et une dictature de nature.

Comme l’expriment parfaitement Jean-Yves Delitte et Marco Bianchini, l’incompréhension et le désarroi sont de mise dans les rangs militaires, quel que soit le camp scruté. « Je pensais qu’ils étaient nos alliés et qu’ils partageaient nos idées… On m’a toujours dit qu’ils avaient mené une lutte sans merci contre tout ce qui ressemble à du communiste… », pense-t-on dans l’armée britannique. « Si nos généraux ont décidé d’envahir cette terre, c’est pour détourner l’attention du peuple », se dit-on parmi les soldats argentins. Et de fait, les Malouines répondent à un besoin criant de trouver une cause nationale permettant de reléguer au second plan les nombreux motifs de mécontentement populaire. « Notre beau pays est gangrené par une multitude de problèmes économiques », rappelle ainsi Agustin, un militaire incrédule.

C’est l’une des forces de Falkland que d’énoncer l’état d’esprit qui prévaut alors. Alternant points de vue britannique et argentin, l’album met en scène des hommes ordinaires rattrapés par une guerre en tout point absurde. L’un préférerait fêter l’anniversaire de sa femme au pays plutôt que de participer à ce simulacre belliciste coûteux en vies humaines, l’autre rechigne à courber l’échine devant des conseillers nazis accueillis à bras ouverts par ses dirigeants après la Seconde guerre mondiale. Certains demeurent sensibles à la propagande ou justifient leurs actes par des griefs annexes, d’autres appréhendent mieux les tenants et aboutissants de cette « ridicule aventure » motivée par la « stupide incompétence » de quelques politiciens manipulateurs (lesquels n’hésitent pas, par exemple, à recourir au napalm).

Marco Bianchini restitue très bien l’horreur des théâtres de guerre. Il suffit ainsi de se pencher sur la page 41 pour en saisir tout l’effroi : camions en ruines, cadavres jonchant le sol, matériel laissé à l’abandon… Si les justifications apportées à la guerre sont lacunaires et fallacieuses, la désolation qu’elle provoque n’en demeure pas moins bien réelle. Dans un dossier explicatif glissé en fin d’album, les auteurs rappellent ainsi comment des provocations maritimes ont pu déboucher sur une crise diplomatique et une invasion militaire. Le contexte y est exposé avec pédagogie, cela allant des escadrons de la mort et des prisonniers politiques argentins à la puissance de la Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher.

Falkland, Jean-Yves Delitte et Marco Bianchini
Glénat, juillet 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.