Vanko 1848, du Monténégro à l’Amérique

Vanko 1848 inaugure un cycle de trois albums intitulé La fortune des Winczlav, en lien direct avec la série Largo Winch (voir le sticker sur la couverture). Joli coup éditorial ou production alimentaire ? La curiosité pousse évidemment à explorer l’album. On y trouve les nombreuses péripéties de Vanko Winczlav, médecin originaire du Monténégro (comme Largo Winch), fuyant son pays pour des raisons politiques.

L’album regorge de péripéties sur près de deux décennies (la belle affaire), puisqu’il commence en 1848 au Monténégro et se termine en Amérique, après la fin de la guerre de Sécession (1865). La narration s’intéresse essentiellement à Vanko et à tous celles et ceux qui constituent son entourage au fil des années. Et il faut dire qu’il bouge pas mal et pas seulement d’un continent à un autre. Les femmes lui tombent dans les bras, mais il doit faire face à de nombreuses situations tragiques. Il est notamment accusé de meurtre, ce qui lui vaudra la prison, puis une réquisition pour la guerre de Sécession. Même lorsqu’il croit pouvoir retrouver la liberté, il déchante, ce qui l’incite à choisir de disparaître au point de se faire oublier. Nous suivons donc ensuite les mésaventures subies par sa famille, sa femme et ses enfants (deux garçons) qui grandissent, jusqu’à atteindre l’âge adulte. Chacun ses aspirations et projets qui les mènent l’un dans l’ouest, l’autre dans le sud.

Scénario et dessin

Signé Jean Van Hamme, le scénario pourrait être le meilleur atout de l’album. En fait, il mêle quelques points forts, avec des repères historiques comme l’utilisation de la machine à coudre Singer et l’effervescence autour de l’exploitation pétrolière grâce à l’usage des derricks (même si on n’atteint pas ici une originalité extrême), ainsi que les très troubles relations autour du père de celle que Vanko épouse. Ces points ouvrent l’éventail des possibles pour les albums qui suivront, tout en enrobant le tout dans un ensemble survolant la période historique choisie. Sinon, on achève cet album avec la regrettable impression qu’en scénariste chevronné, Jean Van Hamme dispose d’un catalogue exhaustif de péripéties possibles à combiner et qu’il en arrange quelques-unes au gré de son inspiration, tout en gardant en tête les principes de base qui aboutiront à un album à succès, à savoir de l’amour (et ses multiples facettes possibles), des luttes de pouvoir et des personnages en quête de fortune, sans dédaigner bien sûr des scènes d’action et un soupçon d’exotisme. On peut donc dire que le scénario peut faire son effet pour des lecteurs/lectrices pas trop exigeant(e)s. Malheureusement, une lecture attentive laisse apparaître toutes les ficelles d’un album qui montre rapidement ses limites, en allant un peu vite pour enchainer les péripéties sur une période relativement longue. Il faut que cela bouge et qu’on ne s’attarde pas trop sur les différents alea. On a malheureusement l’impression que Philippe Berthet, le dessinateur, remplit un contrat. Ce qu’il propose, en accord avec le scénario, se révèle assez plat. On n’a pas le temps de s’attacher à certains personnages et le dessin lui-même manque de caractère. Tout est assez lisse et les couleurs (de Meephe Versaevel) assez décevantes (seules les scènes nocturnes ressortent vraiment). En dépit d’un travail soigné, on ne se passionne jamais pour ce que relatent les quelque 54 planches de l’album. À sa décharge, on peut imaginer que ce premier album soit le plus faible de l’ensemble, mais qu’il permette une présentation d’un univers avec une belle galerie de personnages qui devraient encore nous valoir un joli nombre de péripéties.

Le lien avec Largo Winch

N’oublions pas que cet album propose d’expliquer l’origine de la fortune des Winczlav, en prolongement de la série Largo Winch dont elle reprend quelques thèmes (héritage Van Hamme), mais diffère grandement par son dessinateur. Dessinée par Philippe Francq et scénarisée par Jean Van Hamme jusqu’au n°20, Largo Winch comprend un second cycle qui pour l’instant comprend les n°21-23, avec Eric Giacommetti comme scénariste. Ici, l’inspiration moyenne de Philippe Berthet transparaît par exemple dans les visages féminins : celle que Vanko épouse rappelle étrangement Dottie, l’un des personnages principaux de la série Pin-up (sur un scénario de Yann). Mon impression est donc que Van Hamme poursuit son exploration d’un bon filon, mais qu’il lui manque quand même un petit quelque chose pour renouveler son inspiration. De nouveaux personnages, cela ne suffit pas, surtout quand on tourne régulièrement autour des mêmes thèmes. Je qualifierai donc cet album de BD de scénariste, car elle est à mon avis un peu bavarde. Ce qui nous ramène à Largo Winch, dont il faut savoir qu’il s’agit d’une série adaptée de romans du même Van Hamme qui se montre insatiable pour mettre en valeur ses productions.

Vanko 1848 (La Fortune des Winczlav – 1), Jean Van Hamme et Philippe Berthet
Dupuis, mars 2021


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2.5

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