Whaou ! est une comédie sans surprise qui se déroule comme une suite de sketchs plus ou moins réussis. Bruno Podalydès, malgré un superbe casting, nous a habitués à beaucoup mieux, plus mordant ou plus tendre… Ici, l’effet « whaou » attendu par le titre ne prend pas vraiment.
Visite non concluante
Avec les films Versailles Rive-Gauche (1992), Bancs Publics (2009), Comme un avion (2014) ou le plus récent Les 2 Alfred(2020),Bruno Podalydès nous avait habitués à des comédies un peu décalées, douces et amères à la fois, qui savaient observer la société. Or, avec Whaou !, le réalisateur offre presque une caricature de cinéma français dont le casting compte plus que l’intérêt du scénario. Ici, rien ne fonctionne (ou presque) : les scènes écrites comme des sketchs s’enchaînent avec un fil rouge finalement assez peu traité tant les situations sont parfois grotesques, souvent dénuées d’intérêt. La galerie de personnages autrefois bien amenés par le scénariste et réalisateur paraît ici bien artificielle. Il n’y a guère que le personnage de conseillère immobilière endeuillée et incarné par Karin Viard qui parvient à susciter de l’intérêt. Son rôle offre une véritable évolution, pour le reste c’est très lisse, daté et surfait.
Pourtant, l’idée de départ : deux maisons (un appartement et une demeure de charme) sont visitées par plusieurs acheteurs, tous un peu farfelus, était plutôt bonne. Or, même un épisode des émissions immobilières de la télé nous maintient un peu plus en haleine (achètera, achètera pas ?). Là, à part un intérêt certain pour le lieu, sa vie passée et son futur à venir, les plans s’enchaînent sans véritable idée de cinéma ou d’écriture. On devine très vite ce que les situations vont créer et cela n’a donc que très peu d’intérêt. D’autant que le métier même d’agent immobilier n’est que survolé et quand on assiste à l’une des scènes finales où les deux agents échangent sur leur vision du métier « finalement agent ce n’est pas faire de la thune, mais changer la vie des gens en leur faisait visiter leur future maison », on pense exactement la même chose que Madame Bourbialle : « tu n’y avais pas pensé avant? ». Le « tout ça pour ça » pointe le bout de son nez et ça n’est en général pas bon signe.
Promesse de vente ?
On peine ici à voir la promesse du film tenue, celle d’entrer dans l’intimité de gens comme des agents immobiliers. La faute à une écriture sautillante qui papillonne et ne parvient pas à se poser les bonnes questions, à rendre ses personnages attachants (exception faite de Karin Viard). On a souvent l’impression d’être face à un match d’impro en manque d’imagination ou carrément en roue libre. Les situations sont donc souvent très lourdes et répétitives. De l’aveu même du réalisateur, Whaou! a été écrit en un mois, dans l’urgence entre deux projets en quelque sorte. Malheureusement ça se sent et là où Bruno Podalydès voit de la légèreté, le spectateur voit du vide, des scènes qui semblent ne jamais finir, s’étirer sans fin. Un seul conseil, attendre le véritable projet de Bruno Podalydès, celui qui a dû être reporté : « j’étais dans l’urgence, je me suis autorisé la légèreté, une sorte de gratuité, sans chercher du sens ou de la morale. J’ai écrit dans l’ordre du film. J’entrais dans les scènes sans savoir comment je les finirai ; les personnages s’invitaient dans mon histoire, je n’avais pas de programme. C’est une expérience que j’aimerais reproduire. » (voir le dossier de presse du film) et passer son chemin. On dira « whaou » la prochaine fois.
Whaou ! Bande annonce
Whaou ! Fiche technique
Synopsis :Catherine et Oracio sont conseillers immobiliers et enchaînent les visites de deux biens : une grande maison bourgeoise « piscinable, vue RER », et un petit appartement moderne situé en plein triangle d’or de Bougival. Malgré des visites agitées, ils ne perdent pas de vue leur objectif : provoquer le coup de cœur chez les potentiels acheteurs, le vrai, l’unique qui leur fera oublier tous les défauts. Celui qui leur fera dire « Wahou ! ».
Réalisation : Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès
Interprètes : Karin Viard, Bruno Podalydès, Sabine Azéma, Agnès Jaoui …
Photographie : Patrick Blossier
Montage : Christel Dewynter
Durée : 1h30
Genre : Comédie
Date de sortie : 7 juin 2023
Distributeur : UGC Distribution
Production : Why Not Productions
Depuis quelques années, les grands films Hollywoodiens sont tous entrés dans une logique de franchise et tous les plus grands studios tentent d’imiter les formules qui marchent, que ce soit le succès du MCU chez Disney ou bien les films de Tom Cruise. Toutefois, cela s’avère rarement payant et cela relève du coup de poker pour la plupart des projets, bien loin d’un site de paris sportif au Québec.
Néanmoins, cela n’arrête pas les projets, parfois loufoques, parfois vraiment intéressants. Aujourd’hui, nous vous proposons donc une sélection des projets les plus intrigants qui pourraient bientôt remplir le box-office.
Quatre projets de suites à surveiller
Cliffhanger 2
Sylvester Stallone opère un retour en force depuis le succès de la série de films Creed, spin-off de Rocky. Fort des chiffres réalisés par ces films et la série Tulsa King (malgré sa qualité), Sly compte bien raviver un de ses films qui avait marqué un comeback à l’époque : Cliffhanger. Pour cette suite, 30 ans plus tard, Stallone va reprendre son rôle et sûrement introduire la relève, puisque la star compte s’inspirer de Top Gun Maverick, mais le film n’a pas encore de date de sortie.
Cette fois-ci, la star de Rambo travaillera avec Ric Roman Waugh, un réalisateur connu pour son travail sur des films tels que La chute du Président avec Gérard Butler et plus récemment Kandahar. Le réalisateur a confirmé que Gabe Walker, héros du premier film, aura une fille et un successeur. Ils travaillent tous dans une entreprise d’alpinisme situé dans les Alpes italiennes. Évidemment, des méchants vont pointer le bout de leur nez pour des scènes d’action vertigineuses.
Avatar 3
Si l’écart entre le premier Avatar et le second a pu faire penser que la franchise ne verrait jamais le jour, le succès du second film garantit la sortie rapide du troisième volet. Cameron a confirmé qu’Avatar 3 avait été tourné en même temps qu’Avatar 2 et il est actuellement en post-production.
Ainsi, si vous avez apprécié les effets spéciaux et le monde de Pandora, il ne faudra pas patienter longtemps avant de revoir les Na’Vi sur grand écran avec on l’espère des visuels encore plus impressionnants.
Beetlejuice 2
Michael Keaton est un acteur qui a eu une carrière intéressante, car suite au succès du Batman de Tim Burton, il a enchaîné les rôles avant de disparaître. Or, depuis Birdman et Spider-Man : Homecoming, l’acteur a connu une renaissance et il sera à l’affiche du film Flash de DC qui sort en Juin. Cela couplé au succès de la série Wednesday sur Netflix qui a remis Tim Burton à la mode, il n’en fallait pas plus pour que le réalisateur repasse derrière la caméra pour une suite de Beetlejuice.
Le casting est déjà fourni avec donc Michael Keaton, Jenna Ortega, Willem Dafoe, Winona Ryder, Catherine O’Hara et Monica Bellucci avec une bande-son composée par Danny Elfman. Le film sort en Septembre 2024 et sera une suite plusieurs années plus tard.
Sherlock Holmes 3
Les films Sherlock Holmes réalisés par Guy RItchie et avec Robert Downey Jr, dans le rôle du plus grand détective du monde, avaient rencontré un fort succès lors de leurs sorties. Auréolé du succès du premier Iron Man, accompagné par Jude Law et magnifié par la réalisation virtuose du réalisateur de Snatch, Sherlock Holmes avait captivé les foules.
Néanmoins, ce troisième film aura beau compter les mêmes acteurs, le film ne sera cependant pas réalisé par Guy Ritchie et c’est Dexter Fletcher qui lui succède. Celui-ci a réalisé Rocketman, le biopic sur Elton John.
La nostalgie est vendeuse !
Nous n’avons pas cité tous les projets, mais vous l’aurez compris, le concept de suite est une mine d’or pour les producteurs. Le public connaît déjà l’univers et les personnages et souhaite suivre la suite des aventures.
Nous n’avons pas tout cité, mais Indiana Jones 5 ou bien Qui veut la peau de Roger Rabbit 2 sont clairement pensés pour jouer sur notre nostalgie et vendre des tickets de cinéma. Dans le tas, il y a évidemment des projets excitants comme Beetlejuice 2 et d’autres qui font clairement craindre le pire. Toutefois, nous ne le saurons que lors de leurs sorties en salles.
Faire un biopic n’est pas chose facile. Si beaucoup ont essayé, résumer la vie d’une personne souvent hors-normes est quasiment impossible. Si des films comme Ray ou plus récemment Green Book sont parvenus à raconter une histoire touchante et ont été récompensés, il faut se rappeler qu’il s’agit d’exception, puisque même Ali avec Will Smith avait raté le coche.
Big Georges Foreman nous propose de suivre la carrière et la vie de George Foreman, l’un des plus grands boxeurs de son temps, éclipsé par le charisme de Muhammad Ali et surtout par sa défaite contre le « Louisville Lip ». Alors si vous êtes fan de sport, voici notre avis sur ce biopic et si vous aimez la boxe, vous pouvez également parier et vous amuser sur le meilleur site de paris sportif suisse.
Pourquoi la vie de George Foreman est parfaite pour un biopic
George Foreman est une personne qui a eu une vie déjà digne d’un film et l’adapter sur le grand écran semblait donc être l’idée du siècle. En effet, malgré son parcours, le boxeur qui s’était hissé au sommet a connu une chute éclair suite à son combat face au grand Muhammad Ali et sa vie personnelle a en conséquence pris un tournant inattendu quand Foreman s’est tourné vers la religion.
Ainsi, il incarne à lui seul tout ce que l’on peut attendre d’un drame. Un homme qui s’est fait à la force des poings pour retomber au plus bas avant de connaître une renaissance spirituelle et de connaître à nouveau le succès dans un domaine inattendu en lançant sa propre marque de grills. Cependant, le film se rate à tous les niveaux, la faute notamment à un budget ridicule pour un projet de ce calibre (seulement 32 millions de dollars contre 107 pour Ali).
Privilégiez des biopics mieux faits !
Big George Foreman est un film qui vous fera mal si vous êtes fan de l’homme et qui vous ennuiera si vous aimez les biopics. La cinématographie étant digne d’un film Netflix, n’espérez pas non plus vous raccrocher à la réalisation, d’une platitude sans nom.
Si vous désirez découvrir des biopics de qualité, nous vous conseillons de vous pencher sur d’autres films. Par exemple, Ray avec Jamie Foxx qui parvient à montrer la vie de l’artiste sans tomber dans le tire-larmes facile.
Dans un autre style, Ford V Ferrari avec Christian Bale et Matt Damon, capture le côté palpitant des sports mécaniques avec brio. Enfin, si vous aimez les histoires plus tragiques, Le dernier roi d’Ecosse, l’un des meilleurs rôles de Forest Whitaker, plonge dans la folie du dictateur Amin Dada et explore des thèmes politiques forts comme l’ingérence américaine.
En bref, Big George Foreman ne vous apportera pas le plaisir que l’on tire de ce genre de films et son écriture grossière ne fait pas honneur à la légende injustement méconnue d’un des meilleurs boxeurs de tous les temps.
Christophe Bec et Stefano Raffaele s’associent à nouveau pour le second tome d’Aurora. Choral et haletant, le récit fait germer le soulèvement des enfants de l’Aurore, dans une sidération quasi générale.
Sous la plume et les coups de crayon avisés de Christophe Bec et Stefano Raffaele se dresse l’univers inquiétant de la série Aurora. Le premier tome, judicieusement baptisé « Phénomènes », nous plongeait dans une énigme à travers laquelle 222 000 enfants, nés sous le signe d’une aurore boréale rouge, grandissaient en arborant des comportements à tout le moins singuliers. On pouvait percevoir en filigrane l’influence du cinéaste John Carpenter, et notamment du Village des damnés. Ces enfants se drapaient en effet d’une aura d’étrangeté, exhibant une intelligence hors norme, une asocialité préoccupante et une froideur paraissant déplacer les frontières de l’humain.
L’univers esquissé dans « Phénomènes » s’apparentait à une toile peinte de nuances sombres, au sein de laquelle se déployaient des scènes sanglantes et des événements troublants éclatant aux quatre coins du monde. Dans leur entreprise, Bec et Raffaele jouent habilement sur les textures narratives, révélant le passé de ces enfants extraordinaires à travers des flashbacks qui exposent leurs naissances. Le premier tome d’Aurora tenait ainsi de la fresque crépusculaire, caractérisées par de puissantes images et les actions de ces enfants de l’Aurore, dont la brutalité semble à la fois calculée et impitoyable.
Le lecteur était cependant laissé sur un palier d’anticipation, à l’orée d’un univers où les contours s’estompaient pour laisser place à l’inconnu. L’attente était de mise : celle d’un éclaircissement, d’une plongée plus profonde dans le monde esquissé qui, avec ses enjeux et personnages, semblait prêt à exploser. Le second tome, intitulé « Signal », se présente comme une mosaïque polyphonique de mystère et d’angoisse. La narration se fragmente et se reconstitue au gré de sauts temporels, alternant les perspectives, dans un ballet rythmique qui ajoute à la complexité de l’intrigue. L’ombre du film American Nightmare plane discrètement, suggérant l’ébauche d’une purge d’ampleur, orchestrée par ces enfants d’apparence glaciale mais dotés de talents insoupçonnés.
Bec et Raffaele déploient une riche palette de thèmes secondaires dans ce second tome, abordant des questions aussi diverses que la violence domestique, les pandémies ou le statut délicat de ces enfants de l’Aurore, victimes d’ostracisme, voire de maltraitance dans certaines régions du monde. Quand ils ne sont pas enfermés dans des centres d’expérimentation. À travers une suite de séquences sanglantes, le rythme du récit s’accélère encore, la tension monte graduellement, tandis que le lecteur est maintenu dans l’attente de révélations importantes. Les fils du récit sont tissés avec une habileté, même s’ils leur manquent, à ce stade, une motivation susceptible de rehausser encore l’intérêt du lecteur.
Aurora : Signal, Christophe Bec et Stefano Raffaele Soleil, juin 2023, 64 pages
The Long Goodbye, l’adaptation la plus étrange de Raymond Chandler par un Robert Altman dans sa période faste. Et une illustration saisissante d’un changement d’époque.
Une adaptation tardive et difficile
Philip Marlowe, relativement peu connu en France, est une figure iconique de la culture populaire américaine. Apparu sous la plume du romancier Raymond Chandler en 1939 dans Le Grand sommeil, il figurera dans neuf romans et vingt-deux nouvelles, sans compter les œuvres écrites par d’autres à la suite de Chandler. Le cinéma s’intéressera assez tôt au personnage, officieusement en 1942 avec Le Temps de tuer d’après une nouvelle de Chandler, où le protagoniste est désigné sous le nom de Michael Shayne, et officiellement en 1944 avec Adieu ma jolie de Edward Dmytryk. Il apparaîtra dans onze films au cinéma dont, en 1946, La Dame du lac sera le premier long-métrage tourné entièrement en caméra subjective, sans compter les interprétations radiophoniques et télévisuelles. Il s’agit donc d’un personnage déjà bien ancré dans l’audiovisuel lorsqu’est lancé le projet d’adaptation du roman, alors le seul de l’auteur (avec Playback) à ne pas encore avoir été adapté au cinéma. L’histoire avait cependant fait l’objet d’une adaptation dans un épisode de la série Climax, interprété par Dick Powel.
En 1965, les droits sont achetés par les producteurs Elliott Kastner et Jerry Gershwin pour un tournage prévu l’année suivante à Los Angeles et Mexico. Mais les choses traînent en longueur. En 1967, le producteur Gabriel Katza en récupère les droits pour la MGM avec l’objectif de l’adapter conjointement avec La Petite sœur, autre roman illustrant une aventure de Marlowe, le scénariste Stirling Siliphant rédigeant un script. Mais le projet n’aboutit pas d’avantage et MGM perd les droits. Kastner les rachète de nouveau et passe un accord avec la compagnie de distribution United Artists pour produire le film. La scénariste Leigh Brackett, qui avait déjà scénarisé Le Grand sommeil avec Humphrey Bogart, est engagé pour écrire le scénario, un scénario qui trahit largement le roman de Chandler et voit Terry Lenox être le vrai coupable du meurtre de sa femme et se faire finalement tuer par Marlowe, après que ce dernier l’ait confondu. Brain G Hutton (cinéaste régulier pour Kastner), Howard Hawks et Peter Bogdanovitch sont envisagés comme réalisateur et déclinent. Bogdanovitch recommande alors Robert Altman auprès de la production. Ce dernier était alors au faîte de sa carrière après les succès de John McCabe et MASH. Le choix d’Elliott Gould dans le rôle du célèbre privé est compliqué du fait de la réputation d’acteur sur un précédent tournage au point que, après avoir finalement convaincu les producteurs de le prendre, l’acteur doit subir un test médical et psychologique. (United Artist voulait Robert Mitchum qui sera peu après le seul acteur à interpréter Philip Marlowe à deux reprises.) Il est aussi à noter que plusieurs membres du casting ne sont pas des acteurs professionnels : Jim Bouton est une star du baseball, Nina Van Pallandt une autrice et Mark Rydell est d’avantage connu comme réalisateur. On note aussi les débuts muets d’une future star du cinéma d’action, un certain Arnold Schwarzenegger.
Durant le tournage, Altman développe une méthode particulière, ne se basant que partiellement sur le roman de Chandler, déjà trahi par le scénario, ainsi que sur différentes lettres et écrits de l’auteur tout en introduisant des éléments personnels comme la présence du chat de Marlowe, ajoutant aussi les scènes du suicide de Roger Wade et de l’exécution de Lennox par Marlowe. Il utilise en outre un système dolby afin de garder la caméra en mouvement permanent et donne au film un ton pastel afin de compenser la grande luminosité de la Californie. La musique est assuré par l’immense John Williams. Tourné essentiellement à Los Angeles en juin 1972 et produit pour un peu moins de deux millions de dollars, le film sort en mars 1973. Relativement mal reçu par la critique, il ne rencontre pas non plus son public, la trahison de l’œuvre originale et son ton très particulier n’y étant sans doute pas étranger. Une tentative de ressorti a lieu six mois plus tard suite à une publicité intensive (coûtant la bagatelle de 40000 dollars) n’a pas plus de succès. Néanmoins, The Long Goodbye rencontre une forme de réhabilitation au fil des ans, notamment par le biais de critiques célèbres comme Pauline Kael et Roger Ebert, ainsi que l’auteur Stephen Jay Schneider.
Un Philip Marlowe hors du temps mais pas hors du coup
Robert Altman est un cinéaste éclectique qui s’est attaqué aux genres du western, du film de guerre, du drame social et du post-apocalyptique. Mais il l’a fait en gardant un style très personnel et identifiable au travers de différents axes : rythme plutôt lent, réalisme de l’action et des scènes de dialogue, aspect collégial avec la multiplicité des personnages, ruptures de ton brusques. Le cinéaste ne déroge pas à la règle avec cette tentative de thriller néo-noir, rompant ainsi clairement avec les adaptations précédentes et y intégrant une nonchalance et un ton à la limite de l’absurde, tantôt cocasse, tantôt choquant (l’agression physique du gangster Marty Augustine contre sa compagne pour un motif futile).
Mais ce qui distingue particulièrement le film est le parti pris de changer l’époque du roman, passant ainsi de 1953 à 1973 mais en conservant Philip Marlowe ancré en 1953. Il en résulte un décalage subtil et assez savoureux qui se retrouve dans une foule de détails : il conduit une Lincoln Continental de 1948 convertible, fume cigarettes sur cigarettes à une époque de sensibilisation au tabac, refuse les avances de ses jeunes voisines à moitié nues à tendance hippie et porte des cravates aux motifs du drapeau américain. Un parti pris osé et intéressant d’autant plus qu’Elliott Gould (déjà tête d’affiche de MASH) excelle dans la peau de ce personnage à la fois perspicace et maladroit, malmené par les péripéties mais déterminé à aller jusqu’au bout. Un véritable anachronisme vivant incarné qui traverse toute l’histoire avec sa nonchalance et son amoralité caractéristique. Il n’est pas le seul personnage marquant, il faut aussi signaler Roger Wade, incarné par l’ancienne star de western Sterling Hayden, qui nous livre une prestation saisissante en écrivain vieillissant et alcoolique, géant tragique en proie à ses démons et au désastre de sa vie personnelle. Sa performance hallucinée lors d’une réception fut largement improvisée alors que l’acteur était réellement ivre. Un personnage à l’issue très éloignée du roman mais dont la personnalité demeure paradoxalement assez proche.
Plus qu’une adaptation de Chandler, un film sur son temps
Les années 1970 ont été une décennie de bouleversements sur tous les plans : politiques, sociaux, culturels. Le cinéma n’y a pas fait exception, poursuivant une rupture déjà opérée durant la décennie précédente. Marquant à la fois la fin de l’ère des grands studios et l’émergence du Nouvel Hollywood, accompagné d’un fort renouvellement des thèmes abordés, cette évolution du Septième Art a préparé le cinéma moderne actuel. Plusieurs films de cette période aborde aussi directement ce thème du changement de société : Campus de Richard Rush, Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni ou le documentaire Woodstock de Michael Wadleigh. The long Goodbye participe au mouvement de manière plus subtile en montrant le décalage de Philip Marlowe, véritable Don Quichotte des années 1970 qui semble avoir bien du mal à communiquer avec ses contemporains et à comprendre son monde, tout aussi préoccupé de retrouver son chat que de résoudre une affaire de meurtre. Un parti pris original qui illustre bien les différences entre générations face à ces changements majeurs de société, aussi bien au niveau de l’âge des personnages (le vieux Marlowe face à ses jeunes voisines, le vieux Wade face à sa jeune épouse) mais aussi des univers cinématographiques : le film noir à l’ancienne des années 1940 face aux histoires de hippies et de libération sexuelle. Le décalage, souvent imperceptible, est néanmoins permanent et parfaitement voulue par le réalisateur, ce dernier insistant sur le côté malhabile, voire perdant, de son protagoniste. Durant le tournage, le personnage est ainsi rebaptisé Rip Van Marlowe, en référence à Rip Van Winkle, un personnage du folklore populaire américain imaginé par Washington Irving qui se réveilla après un sommeil de vingt ans et trouva un monde nouveau qu’il ne reconnaissait plus. Telle est bien l’impression voulue pour Marlowe qui semble avoir été extrait de l’année 1953 pour être ensuite parachuté vingt ans plus tard. Altman, conformément à l’esprit de MASH, a conçu son film comme une satire grinçante ayant pour but de « rappeler au public que, dans l’esprit de Marlowe, il y a un vrai monde dehors et c’est un monde violent ». Par ailleurs, le cinéaste a parfaitement assumé de trahir largement le roman de Chandler et de s’attirer les foudres de ses fans.
Le film conserve tout au long de l’histoire son ton doux-amer, désinvolte et un brin cynique, collant bien à son époque tout en se distinguant des films de ces années. Un ton très particulier, détaché, désabusé, caractéristique du réalisateur qui excelle toujours autant à brosser des portraits de la société américaine de son époque. On peut donc dire qu’Altman s’est réellement emparé de l’univers de Chandler et du personnage de Marlowe pour en adopter une vision très personnelle.
Bande-annonce : Le Privé (The Long Goodbye)
Fiche technique : Le Privé (The Long Goodbye)
Réalisation : Robert Altman
Scénario : Leigh Brackett
Interprétation : Elliott Gould (Philip Marlowe), Nina van Pallandt (Eileen Wade), Sterling Hayden (Roger Wade), Mark Rydell (Marty Augustine), Henry Gibson (Dr Verringer), David Arkin (Harry), Jim Bouton (Terry Lennox), Warren Berlinger (Morgan), Pancho Córdova (le docteur), Enrique Lucero (Jefe), Rutanya Alda (Rutanya Sweet), Jack Riley (Riley), Ken Sansom (le garde de la colonie Malibu), Jerry Jones (Insp. Green)…
d’après : le roman The Long Goodbye de Raymond Chandler
Image : Vilmos Zsigmond
Son : John Speaks
Montage : Lou Lombardo
Musique : John Williams
Producteur(s) : Jerry Bick, Elliott Kastner, Robert Eggenweiler
Distributeur : Capricci Films
2 novembre 1973 en salle / 1h 52min / Policier, Drame
Date de reprise : 28 juin 2017
La collection « La Bibliothèque de Daniel Clowes » s’enrichit d’un nouveau titre, avec l’excellent et multidimensionnel Patience.
Jack Barlow est un homme profondément meurtri par la perte de sa femme Patience, assassinée alors qu’elle était enceinte. Après sa mort en 2012, il vit une existence spartiate, empreinte d’amertume et concentrée uniquement sur la recherche de l’auteur des faits. Sa rencontre fortuite avec une prostituée le mène à l’inventeur d’un appareil permettant de voyager dans le temps, en lequel il voit une opportunité de résoudre le mystère entourant la disparition tragique de celle qui continue de l’obséder.
Patience permet à Daniel Clowes de broder autour des thèmes de l’amour éternel, de la vengeance et du destin. Jack Barlow est déterminé à résoudre le meurtre de Patience, même s’il en vient à s’interroger sur ses véritables motivations : s’agit-il de se donner une nouvelle chance de goûter à cette vie de famille qu’il désire tant, ou cherche-t-il, plus prosaïquement, à rétablir une virilité blessée ? Le récit est tapissé d’enjeux vertigineux : les conséquences du traumatisme et de la perte sur l’individu, les dilemmes moraux liés à la vengeance et à la justice, les impacts du voyage dans le temps sur la perception de la réalité et l’état physique et émotionnel de Jack, les effets de la violence et de l’abus sur les relations et l’identité personnelle…
Car en remontant le temps jusqu’à la jeunesse de Patience, Jack est témoin des actes d’abus commis contre elle par les hommes (tous plus pathétiques les uns que les autres). Ces expériences traumatisantes façonnent Patience en tant que personne et contribuent à asseoir sa caractérisation. À certains égards, on peut même déplorer que le portrait du personnage ne se résume en fait à ces blessures passées, puisqu’en dehors de sa grossesse (accompagnée de doutes), la jeune femme apparaît essentiellement dans des postures d’infériorité, soumise aux regards masculins et empêtrée dans les substrats économiques et sociétaux. Patience est vulnérable, pleine de secrets, assaillie de peurs menant à des impasses communicationnelles, chose qui tend, paradoxalement, à la rapprocher de Jack – incapable de lui révéler sa situation professionnelle.
Il est intéressant de mesurer de quelle manière les problèmes financiers influencent la vie des personnages de Daniel Clowes. Patience est contrainte d’abandonner ses études en raison de difficultés économiques, ce qui limite ses perspectives d’avenir et la maintient dans un cycle renouvelé de pauvreté. Les problèmes d’argent de Patience et Jack affectent ensuite leur relation et leur bien-être. Ils expriment des craintes légitimes quant à l’avenir de leur enfant et prennent conscience de la nécessité de s’insérer davantage dans la société, à travers le travail et la formation de capitaux bourdieusiens.
Jack, de son côté, semble déchiré entre son désir de sauver son bébé et sa quête pour revendiquer sa masculinité. Cela pourrait être interprété comme un conflit entre son « id » freudien, qui cherche à satisfaire ses désirs primaires, et son surmoi, qui cherche à agir de manière socialement acceptable. Ses voyages dans le temps supportent des questions philosophiques profondes, notamment sur la prédestination et le libre arbitre. Est-ce que le futur est déjà déterminé, ou est-ce que nos actions peuvent le changer ? Le roman graphique explore de bout en bout la nature de l’amour et de la mort. Jack est prêt à tout pour sauver Patience, ce qui montre la profondeur de son amour pour elle. Mais sa quête n’est-telle pas finalement vouée à l’échec, nappée d’une forme de fatalité ?
L’art de Clowes dans Patience a été décrit comme transcendant, avec des teintes vives et saturées et des séquences de voyage dans le temps marquées par des formes abstraites déformées se tortillant à travers les planches. Ses propositions graphiques se révèlent à la fois belles et dérangeantes, créant une atmosphère servant d’écrin idoine au récit. L’utilisation de la couleur et du langage dramatique, avec des dessins détaillés et expressifs, se fait toujours à bon escient. De quoi sublimer un album de grande qualité.
La Bibliothèque de Daniel Clowes : Patience, Daniel Clowes Delcourt, mai 2023, 184 pages
Signé par les scénaristes Serge Carrère et Gwenaël, illustré par Elisa Ferrari, Le Regard invisible nous entraîne dans un récit à la lisière de la paranoïa, mettant cinq jeunes adultes aux prises avec les fantômes de leur passé.
Les intentions de Serge Carrère et Gwenaël ne souffrent aucune ambiguïté : proposer aux lecteurs un voyage obsédant à travers le temps et les souvenirs de jeunes adultes, dont le passé refait surface de manière aussi inquiétante qu’insaisissable. Pendant leur adolescence, ces cinq amis ont vécu une expérience traumatisante dans les montagnes françaises. Ils en conservent des souvenirs douloureux, parfois mêmes des fêlures béantes, et manifestement des secrets bien enfouis qu’un mystérieux corbeau cherche à employer comme moyen de pression.
Le récit rappelle dans une certaine mesure les films de suspense psychologique d’Alfred Hitchcock. Il plonge le lecteur dans une angoisse diffuse, le laissant à la merci de mystères en passe d’être révélés. Ce versant de l’intrigue cohabite avec une affaire médiatico-politique impliquant des nostalgiques du Duce. Serait-ce pour se venger de ses succès juridiques que l’on fait pression sur une jeune avocate et ses amis, en faisant remonter de vieilles histoires qu’ils aimeraient voir oubliées ?
Le dessin quelque peu académique d’Elisa Ferrari offre un contrepoint visuel efficace à l’intrigue de Serge Carrère et Gwenaël. Mais malgré une trame qui tient en haleine, ce premier tome du Regard invisible peut manquer de nuances et de profondeur dans l’exploration de ses enjeux – encore en construction – et de ses personnages. Son intérêt principal réside dans le climat paranoïaque qui s’installe, avec ce quelque chose de grinçant qui reste en suspens. La dynamique du groupe, dont les membres s’étaient largement perdus de vue, ménage probablement quelques surprises, la tension agissant souvent comme un puissant révélateur.
Finalement, Le Regard invisible peut (pour l’heure) se lire comme une œuvre plurielle, qui navigue entre le thriller psychologique et le récit politique. Les lettres mystérieuses, les monstres hypothétiques et la montagne comme lieu reculé et obsédant du drame peuvent en plus faire écho à l’atmosphère des romans de Stephen King, dans lesquels le quotidien cède souvent peu à peu la place à l’extraordinaire et à l’horreur. Attendons de voir ce que nous réservent les auteurs.
Le Regard invisible, Serge Carrère, Gwenaël et Elisa Ferrari Soleil, juin 2023, 48 pages
La collection « Encrages » des éditions Delcourt accueille Hong Kong, révolutions de notre temps, des scénaristes Lun Zhang et Adrien Gombeaud et du dessinateur Ango, qui a vécu sur place. Ensemble, ils narrent l’Histoire récente de cette île à la fois si proche et si éloignée de la Chine continentale, qui cherche régulièrement à y exercer son emprise…
Un bref détour historique le rappelle. L’ancrage de Hong Kong en tant que colonie britannique a commencé à la fin de la Première Guerre de l’Opium (1839-1842) entre la Grande-Bretagne et la Chine de la dynastie Qing. Le traité de Nankin, signé en 1842, a cédé ce territoire, aujourd’hui parmi les plus densément peuplés au monde, à la Grande-Bretagne. En 1860, à la fin de la Deuxième Guerre de l’Opium, Londres a acquis les territoires de Kowloon et de Stonecutter’s Island en vertu du Traité de Pékin. Et en 1898, elle obtenait un bail de 99 ans sur les Nouveaux Territoires, ce qui signifiait une administration de Hong Kong jusqu’en 1997.
Après la Seconde guerre mondiale, l’île est devenue un important pôle industriel, puis un centre financier international, caractérisé par un port majeur, un paysage saturé de gratte-ciel et quelques réussites économiques dans le domaine technologique. Le « made in Hong Kong » inonde alors les marchés mondiaux. Le « miracle de Hong Kong » est en marche ; il voisine avec celui de la Corée du Sud ou de l’Indonésie. Mais le temps passe et la perspective de voir la Chine communiste reprendre la main sur l’île devient de plus en plus tangible. Leslie Cheung, une superstar de la musique et du cinéma, se suicide dans un geste de désespoir qui va profondément affecter la population locale et qui peut être appréhendé, avec le recul, comme un moment symbolique de rupture.
Car comme le rappellent les auteurs, en 1997, la Grande-Bretagne restitue Hong Kong à la Chine selon le principe « un pays, deux systèmes », garantissant l’autonomie de Hong Kong pendant 50 ans. Carrie Lam, future cheffe de l’exécutif de Hong Kong, devient une figure clé de cette période de transition et de l’administration post-rétrocession. Depuis lors, Hong Kong a connu plusieurs mouvements de protestation majeurs, sur lesquels cet album revient abondamment. En 2014, le mouvement des parapluies a éclaté en réponse à une décision du gouvernement chinois sur les réformes électorales à Hong Kong. Joshua Wong, un militant pour la démocratie, a alors émergé comme une figure de proue du mouvement.
Plus récemment, en 2019, des manifestations de masse ont eu lieu en réponse à un projet de loi sur l’extradition qui aurait permis le transfert de fugitifs à la Chine continentale. Le risque était grand de voir la justice chinoise, aux mains du pouvoir communiste, faire son œuvre sous des prétextes fallacieux à Hong Kong. Le projet a certes été retiré, mais les manifestations ont évolué en un mouvement plus large pour plus de démocratie et moins d’ingérence de la Chine. Hong Kong, révolutions de notre temps inscrit très bien le sens de la contestation et la quête de liberté au cœur de ce territoire-confetti marqué par des vagues d’immigrations successives et l’influence prégnante des Britanniques.
L’économie de Hong Kong a en tout cas considérablement évolué au cours de son histoire, passant d’un petit port de pêche à un centre industriel puis financier majeur. La libéralisation de l’économie et l’ouverture au commerce international ont même permis à Hong Kong de servir de modèle pour la réforme économique chinoise depuis la fin des années 1970. Mais la transition de Hong Kong vers un système plus démocratique a été houleuse et sanctionnée de tensions significatives. La préservation de l’autonomie et des libertés de l’île est devenue un symbole majeur pour les habitants comme pour les observateurs internationaux.
Un yuen yeung
Comme le yuen yeung, boisson locale mélangeant les saveurs de thé et de café, Hong Kong présente une dualité partagée entre élans occidentaux et racines sino-asiatiques. Des gratte-ciels modernes reflétant l’avenir aux temples séculaires empreints de tradition, de l’anglais couramment parlé aux signes indélébiles de la Chine continentale, Hong Kong incarne un singulier mariage de l’Orient et de l’Occident, un syncrétisme qui lui confère une identité propre et unique en son genre.
L’île est une toile sur laquelle se sont inscrites des vagues d’immigration successives, des réfugiés de la Chine communiste aux survivants de la guerre du Vietnam, créant de ce fait une mosaïque humaine riche de diversité et de résilience. L’héritage britannique de Hong Kong se retrouve dans l’architecture coloniale, l’éducation ou encore les institutions juridiques et politiques. Mais il apparaît encore plus profondément ancré dans l’aspiration à la liberté et à la démocratie qui pulse dans le cœur de ses habitants. Cet état de fait est martelé tout au long de l’album. Et les auteurs de souligner que Chris Patten, le dernier gouverneur britannique, a profondément marqué l’identité du territoire.
Funambule sur le fil de l’histoire, Hong Kong jongle habilement avec deux mondes. La première génération de Hongkongais post-colonialisme en est peut-être plus consciente encore : leur île n’est ni la Chine ni le Royaume-Uni, mais quelque chose d’autre, de nouveau, de libre. C’est une entité dont l’identité est constamment redéfinie et réinventée, où le passé et le présent s’entrelacent de manière passionnante. Comme le yuen yeung, cette boisson locale si prisée, Hong Kong est une pluralité contradictoire et complexe, une fusion de cultures et d’idées. Cela, Hong Kong, révolutions de notre temps l’énonce très bien.
Hong Kong, révolutions de notre temps, Lun Zhang, Adrien Gombeaud et Ango Delcourt, mai 2023, 120 pages
Série de bandes dessinées belge créée par le scénariste Philippe Tome et le dessinateur Luc Warnant, Soda fait son grand retour, après des années d’absence, avec « Le Pasteur sanglant ». Le fidèle illustrateur Bruno Gazzotti s’associe à cette occasion à Olivier Bocquet.
La série est centrée sur David Solomon, alias Soda, un inspecteur de police exerçant ses fonctions à New York. La spécificité de Soda tient en un détail, riche en potentialités : pour ne pas inquiéter sa mère, cardiaque, Solomon prétend officier en tant que pasteur. C’est donc accoutré comme un homme de foi qu’il quitte chaque jour son immeuble pour se rendre au commissariat… Cette dualité est le principal axe narratif de la série ; elle débouche sur toutes sortes de situations comiques et dramatiques.
Comme ses prédécesseurs, « Le Pasteur sanglant » met en vignettes une ville de New York scorsesienne, où cohabitent espoir et désespoir, opportunités et misère. Érigée en personnage à part entière, elle recrache quotidiennement de quoi occuper notre faux pasteur-vrai policier, en conflit entre ses obligations professionnelles et personnelles. Car cela conditionne notre appréhension du personnage et une fois encore, à l’occasion de ce nouveau tome, Soda apparaît tiraillé entre son devoir en tant qu’officier de police et son rôle de fils aimant.
Dans un style expressif et dynamique, Olivier Bocquet et Bruno Gazzotti vont confronter leur héros aux troubles mnésiques. Tandis qu’un pasteur sème la mort dans les rues de New York, Soda perd la mémoire et voit chaque indice accréditer un peu plus l’hypothèse selon laquelle il pourrait en fait être lui-même le tueur en série… D’ailleurs, ne rêve-t-il pas chaque nuit qu’il assassine sa propre mère ? Mélangeant avec habileté des éléments de comédie et de drame, « Le Pasteur sanglant » portraiture un Soda vulnérabilisé, en doute, soit coupable (de crimes) soit victime (d’une machination).
En filigrane, Olivier Bocquet et Bruno Gazzotti dénoncent une société de consommation qui va à vau-l’eau. L’irruption soudaine d’un nouveau serial killer est aussitôt récupérée et exploitée par la sphère marchande, qui en profite pour écouler, aux côtés des déguisements typiques des films d’horreur, des tenues de pasteur ensanglantées. En revanche, la police demeure significativement sous-financée, comme en témoignent ces toilettes délabrées qui ne sont pas sans rappeler celles de la série The Shield. Les États-Unis sont une terre d’opportunités, mais probablement pas pour les fonctionnaires.
Sans faire preuve d’une grande inventivité, « Le Pasteur sanglant » s’inscrit dans une série qui a fait ses preuves et qui continue, presque quatre décennies après sa création, à divertir son public, avec une idée reine, la fausse identité, décidément inépuisable.
Soda : Le Pasteur sanglant, Olivier Bocquet et Bruno Gazzotti Dupuis, juin 2023, 56 pages
L’amour trouve ses couleurs au fil des saisons, c’est en tout cas ce que Rendez-vous à Tokyo soutient en auscultant la vitalité d’un couple qui s’aime passionnément, à la folie, voire plus du tout. Ce voyage à travers différents étés et une date emblématique tente ainsi de renouveler une passion à laquelle on s’accroche et qui n’a jamais de fin.
Synopsis : Les 26 juillet se suivent et ne se ressemblent pas… C’est le jour où ils se sont rencontrés, celui où ils se sont aimés, où ils se sont séparés. Sept rendez-vous entre un danseur professionnel et une conductrice de taxi dans le Tokyo d’aujourd’hui.
Cette nouvelle saison estivale d’Hanabi donne le ton d’une romance qui attend de trouver les écrans et la compétition du Festival de Cabourg. Daigo Matsui ne pouvait espérer mieux après un franc succès sur le territoire nippon. Le cinéaste s’est longtemps accroché à l’adolescence, ce qui transparaît dans les récits qu’il adapte ou qu’il crée de toutes pièces. Il s’épanouit largement dans le second cas dont fait partie Remain in Twilight, où six amis se remémorent leurs années de lycée, tout en célébrant leurs retrouvailles lors d’un mariage. Il en va de même lorsqu’il sonde les limites de comédiens de théâtre dans Ice Cream and the Sound of Raindrops. Nostalgie, deuil et mélancolie sont les arguments que l’on retrouve et qui traversent Rendez-vous à Tokyo, plein de promesses et surtout plein de sensibilité.
L’amour en 7 chapitres
Yo est chauffeur de taxi, tandis que Teruo est technicien lumière dans une salle de spectacle. Ils se cherchent l’un l’autre, mais sont-ils heureux ? Ce qu’ils désirent au fond d’eux est-il compatible avec les sentiments qu’ils partagent ? Ces protagonistes vont bien entendu répondre à toutes ces interrogations qui nous trottent immédiatement dans la tête, en regardant continuellement derrière leur épaule et donc en scrutant leur passé, de plus en plus merveilleux et douloureux.
Toute la force de l’intrigue réside dans ce point de vue, fragmenté en sept chapitres qui peuvent rappeler ceux d’une certaine Juliechez Joachim Trier. Cependant, nous comprendrons rapidement les inspirations d’une telle narration quand le personnage de Yo (Sairi Itō) trouve son écho dans celui de Winona Ryder dans l’emblématique Night On Earth de Jim Jarmusch, un film qui fascine d’ailleurs Teruo (Sosuke Ikematsu).
On se retrouve ainsi tous les 26 juillet, une date anniversaire où l’on se démène pour justifier la chute ou la réussite du duo. Les quotidiens entrent alors en résonance, si bien que ces héros passent à côté de leur ambition respective. Teruo est écarté de la scène pour une blessure à la jambe et semble résigné à observer de loin ce qu’il aurait pu être. Quant à Yo, elle crée l’illusion du mouvement mais ne sort pas de son taxi. Elle y vit, elle y mange et elle y fait des rencontres, mais juste assez pour partager un bout de chemin avec ses clients. Tous les deux cherchent ainsi une destination finale dans leur routine, à l’image d’un homme qui attend son amour assis sur un banc ou d’une ex-partenaire de danse qui refoule ses sentiments.
Les étirements matinaux ne peuvent les soulager de tout le poids qu’ils trainent depuis l’été dernier. Les chansons, de plus en plus mélancoliques, ne cachent rien dans les paroles. Il s’agit de renoncer à quelque chose que l’on a perdu, tel est le fardeau de ces deux êtres qui ont du mal à respirer hors de l’eau. Daigo Matsui évoque d’ailleurs l’onirisme de son récit, en saisissant à feu vif cette humanité au quotidien, essentiellement dans les espaces publics, là où les gens se croisent, se rencontrent, entrent en collision, s’attirent, se repoussent et se promettent d’y revenir.
Il n’y a nul besoin de (500) jours ensemble pour saisir toute la mélancolie qui s’empare de Yo et Teruo, que l’on découvre à travers sept journées passionnantes, car la véritable étincelle se lit dans le regard qu’ils échangent et qu’ils ne rendront jamais, quoi qu’il advienne. Rendez-vous à Tokyo cristallise ainsi toute la complexité et la sincérité d’une relation dans le temps, quitte à opposer les saveurs douces et amères, tel un gâteau d’anniversaire que l’on déguste seul et entre deux souvenirs, l’un merveilleux et l’autre désenchanté.
Bande-annonce : Rendez-vous à Tokyo
Fiche technique : Rendez-vous à Tokyo
Titre original : Chotto omoidashita dake Réalisation & Scénario : Daigo Matsui Scénario : Daigo Matsui Photographie : Hiroki Shioya Musique : Yûta Mori Production : Daisuke Wada, Satoshi Sawamura Pays de production : Japon Distribution France : Art House Durée : 1h55 Genre : Romance, Drame Date de sortie : 26 juillet 2023
Bien qu’en anglais, le titre est très parlant. Ce que nous annonce Fukada, c’est sa foi en la vie et l’amour, même si Love life nous montre que la vie n’est pas qu’une succession de bons moments à côtoyer celles et ceux qu’on aime.
Le film est centré sur Taeko (Fumino Kimura, impeccable), charmante jeune femme de 34 ans mariée depuis peu avec Jirô Ozawa (Kento Nagayama, un peu neutre). Avec eux, vit Keita (Tetta Shimada, parfait de naturel), un garçon de 6 ans. On comprend rapidement qu’il n’est pas le fils de Jirô, bien qu’il l’appelle papa. Cette famille vit dans un appartement relativement petit mais bien arrangé (à l’occidentale, notamment pour la table où la famille prend ses repas) et lumineux, dans un grand ensemble où les communs (escalier et couloirs) sont en extérieur. Il semble que cela contribue à un certain état d’esprit, car on observe Taeko échanger quelques mots avec une voisine d’en face. C’est même assez étonnant dans un film japonais, car Taeko crie pour se faire entendre. Autre détail surprenant, cette femme demande à Taeko si son mari est chez elle, comme s’il avait l’habitude de venir voir la jeune femme. En fait, il s’agit de la mère de Jirô et elle se demande si le père n’est pas venu voir son fils. D’ailleurs, autre détail qui a son importance, l’appartement appartient aux parents de Jirô.
La première partie du film
Quasiment parfaite, elle montre la vie de la famille Ozawa. On découvre en particulier la belle complicité entre Taeko et le petit Keita qui affiche déjà une étonnante personnalité. Ainsi, il fait remarquer à sa mère que, régulièrement, elle se montre un peu distraite, ce qu’il a remarqué sur un détail qui s’est déjà renouvelé trois fois depuis le début de l’année. Avec un certain amusement, elle s’obstine à nier. Par contre, lui se souvient des noms des collègues de Jirô invités au mariage, sauf Yamazaki malade ce jour-là. Et puis, Keita vient de remporter une compétition d’Othello, un jeu de société combinatoire abstrait qui se joue sur un échiquier classique avec des jetons bicolores (une face noire, l’autre blanche), ce qui rend les parties compréhensibles pour tout spectateur connaissant les règles du jeu. Keita s’entraine sur ordinateur et joue régulièrement avec sa mère. Cela donne lieu à une scène très amusante, car tous deux communiquent par signes, le sous-titrage nous permettant de comprendre pourquoi Keita préférerait ne pas jouer avec Jirô. On comprendra plus tard comment et pourquoi ils ont pris cette habitude d’utiliser un langage à destination des sourds et muets. Dans la famille, quelque chose se prépare plus ou moins discrètement : l’anniversaire du père de Jirô. Ce jour-là, avec sa femme, ils arrivent à l’appartement, invités pour le déjeuner. Mais on sent rapidement le malaise. En effet, le père de Jirô en veut beaucoup à Taeko, au point qu’il se montre incapable de lui faire face, même en s’asseyant à table. À vrai dire, on sait déjà pourquoi, grâce à ce qu’on a vu et entendu dans quelques scènes précédentes. Sauf que c’était toujours par des échanges entre collègues de Jirô et par des phrases du type « il paraît que… » ou « tu savais que… ? » qui pouvaient très bien être prises pour des ragots. En fait, Taeko commence à peine à faire la conquête de son beau-père quand l’imprévisible se produit. Cela entraine une rupture totale de ton dans le film qui, jusque-là, est bien en rapport avec l’affiche : coloré, lumineux, enjoué, avec une caméra discrète qui met bien en valeur les lieux et les déplacements des personnages, passant avec une grande aisance de l’un à l’autre. Tout aussi remarquable sur cette première demi-heure environ, le scénario (signé Koji Fukada) apporte très naturellement les informations permettant de comprendre les enjeux posés.
Deuxième partie
La suite va nous confirmer que derrière cette ambiance agréable, des zones d’ombres subsistent et peuvent apporter de graves nuisances à un équilibre fragile. Taeko pensait pouvoir profiter d’une vie de famille épanouissante, aussi bien pour elle que pour Keita et Jirô. En fait, elle pensait pouvoir oublier le passé. Mais, au vu des circonstances, elle se montre bien obligée d’admettre que Jirô n’est pas le père de Keita. Or, ce père, Park (Atom Sunada) réapparaît et ce n’est évidemment pas par hasard. Que cet homme fasse bien pâle figure auprès de Jirô n’a qu’une importance toute relative, car sa position de père parle pour lui. Sans compter tout ce qu’il a vécu avec Taeko. Ainsi, par la force des choses et parce que les circonstances l’y incitent, Taeko se rapproche à nouveau de lui. En fait, Taeko ne supporte pas de le sentir en position de faiblesse et elle cherche à comprendre pourquoi il l’a quittée (allant jusqu’au divorce). Et c’est pour des raisons assez similaires que, de son côté, Jirô se rapproche de Yamazaki, sa collègue qu’il devait épouser. On comprend d’ailleurs que le gentil Jirô et la douce Taeko ne sont pas si clairs que cela, car tous deux sont capables de mentir, au moins par omission (et je ne parle même pas de leur rapprochement aboutissant au mariage que l’on sait, laissé à notre imagination).
Entre ombre et lumière
Bien entendu, les jeux de l’amour et du hasard qui gouvernent nos vies se retrouvent ici. Ceci dit, les errements de Jirô et Taeko ne surprennent pas tant que ça, surtout dans un film de Koji Fukada qui, au début de sa carrière, fut présenté comme une sorte de Rohmer version japonaise (illustration de la fascination réciproque entre les cultures japonaise et française). Le meilleur est donc à mon avis dans la première partie, même si Fukada s’arrange ensuite pour apporter beaucoup d’émotion. Le cinéaste nous faire sentir qu’il faut du temps et probablement des erreurs pour accepter le destin et retrouver le goût de la vie suggéré par le titre et mis en évidence par la chanson au titre éponyme, interprétée par Akiko Yano. Vrai regret quand même, l’origine et la personnalité du père de Keita auraient mérité un développement plus approfondi. Au crédit du réalisateur, ajoutons sa capacité à nous montrer son pays par petites touches, aussi bien physiquement (quelques intérieurs, mais aussi des extérieurs, diurnes et nocturnes), que psychologiquement (dans la cellule familiale ainsi qu’au travail). Enfin, le Japon compte lui aussi des sans-abri et des services d’action sociale.
Bande-annonce : Love Life
Fiche technique : Love life
Réalisateur : Koji Fukada
Scénariste : Koji Fukada
Sortie française : le 14 juin 2023 – 2h04
Coproduction : Nagoya Broadcasting Network – Chipangu – Comme des Cinémas
Musique originale : Olivier Goinard
Distribution : Art House Films
Avec :
Fumimo Kimura : Taeko
Kento Nagayama : Jirô
Tetta Shimada : Keita
Atom Sunada : Park
Hirona Yamazaki : Yamazaki
À l’heure où les portraits marquants de femme au cinéma voient de plus en plus le jour, Marinette rejoint la danse, captée par le regard féminin de Virginie Verrier. L’occasion de découvrir une figure emblématique du football, qui n’a visiblement pas bénéficié de la même exposition que celle de ses homologues masculins.
Tiré de l’autobiographie de la star en question, le film ouvre une fenêtre sur le monde du football féminin et sur le manque de considération qui y règne. Poignant et nécessaire.
Résumé
Marinette n’a pas le temps.
Elle court, court – elle ne peut pas, ne veut pas s’arrêter.
Courir après le ballon rond, courir pour fuir les brimades, courir loin d’un passé familial violent.
Marinette n’a pas le temps et elle va le prouver : c’est son moment.
Parcours d’une femme extraordinaire…
Le(s) début(s) de Marinette fait partie de ces scènes d’ouverture réussies.
Cadrée sur ses pieds de petite fille, Virginie Verrier débute son film par une course.
Celle-là même qui va dicter le destin du personnage tout au long du récit et de sa vie.
Marinette court à perdre haleine, sa mère peinant à la suivre derrière. Elle va vers ce qui l’appelle : un stade de foot, où de jeunes joueurs s’entraînent. Elle observe, attentive, calme, l’oeil enflammé par la curiosité.
En marge du terrain, comme reléguée au rôle de remplaçante, un coach la repère. Et l’invite à jouer.
« J’peux pas j’suis une fille » lâche-t-elle de son franc parler. Mais sa mère et le coach ne sont pas d’accord : le foot, c’est pour tout le monde. Marinette fait alors ses premiers pas, sous deux regards bienveillants qui la suivront tout au long de sa vie et de sa carrière. Les bases sont posées, Marinette jouera au foot. De ses cinq ans filmés à hauteur d’enfant à son âge adulte, la caméra ne la lâche pas. Et nous la montre dans tous ses états, la suivant au travers de tous ses combats.
Car Marinette, avant tout, c’est ça : une jeune fille qui devient femme par le foot, par l’amour de sa mère, par la découverte de son homosexualité. Garance Marillier, déjà vue dans Grave de Julia Ducournau, campe de tout son être cette femme qui se bat pour être reconnue telle qu’elle est. Du harcèlement ignoré à la Fédération Française à l’alcoolisme violent de son père, la vie à la dure, Marinette, elle la connaît. Tantôt vulnérable, tantôt armée jusqu’aux dents pour se défendre contre une vie qui la teste sans cesse, Garance Marillier transpire la rage de vaincre et fait naître une empathie complète pour le personnage.
Suant corps et âme, toujours prête à tout donner, elle préfère se voir privée de sa passion pendant six mois plutôt que de renoncer à sa dignité…
… avec un traitement un peu trop linéaire
Si le film bénéficie d’interprétations impeccables (Émilie Dequenne, toujours aussi bouleversante) et évite l’écueil du « film de foot », il souffre un tantinet d’un traitement chronologique un peu trop linéaire.
En voulant montrer l’évolution de Marinette à travers le temps, Virginie Verrier a pris le parti de faire défiler les années et d’annoncer celles retenues par de fugaces titrages. Assez efficaces et loin d’être lourds, ils ne suffisent pourtant pas à combler des manques évidents de transition d’une séquence à l’autre.
En choisissant de faire plusieurs ellipses plutôt brusques, le montage oublie de raccorder les ponts d’une période à une autre, sacrifiant des éléments de narration essentiels qui nous laissent confus.
La mère de Marinette, si présente à ses côtés tout au long de sa vie, disparaît d’une séquence à l’autre sans qu’on sache pourquoi ; la transition États-Unis-retour en France est maladroitement amenée ; et ses relations amoureuses sont vite brossées et assez peu creusées.
Dommage, car le film fait montre d’intelligence et de subtilité dans beaucoup de ses scènes. Notamment, celle de sa première fois avec un garçon, qui montre son détachement évident et augure de la suite.
Mais il pêche à d’autres occasions, comme dans la présentation de ses relations – et surtout, dans la rencontre de deux des amours les plus marquants de sa vie. Vite captés dans un échange de regards, ils manquent un peu de substance et de toile de fond à leur exposition.
… mais pour un film nécessaire
Pour autant, ces quelques maladresses n’enlèvent rien à l’émotion procurée par ce parcours hors du commun.
À l’heure où les droits des femmes sont encore et toujours plus menacés, Marinette réaffirme une urgence.
L’urgence d’être soi, celle de se battre pour la reconnaissance des femmes et leurs combats.
En ce sens, la scène de fin où Marinette raccroche le tablier est une des plus marquantes.
Si Marinette admet que « le foot lui a tout donné », elle ajoute qu’elle aussi « lui a tout donné ».
Tout comme ces autres femmes, derrière elle, sur le terrain. La caméra s’arrête alors sur chacune d’entre elles, qui jongle entre petits boulots et passion du ballon rond dans l’espoir d’un jour être considérée comme une pro. Rarement on aura capté comme des instantanés ces portraits de femmes qui pourraient être nos proches.
Marinette est ainsi un film nécessaire, d’autant plus quand on sait qu’encore aujourd’hui, on refuse à ces joueuses un statut professionnel…
Bande-annonce : Marinette
Fiche technique : Marinette
Réalisatrice : Virginie Verrier
Scénario : Virginie Verrier, d’après l’autobiographie Ne jamais rien lâcher de Marinette Pichon
Interprétation : Garance Marillier (Marinette Pichon), Émilie Dequenne (La mère de Marinette), Fred Testot (Coach Brienne), …
Directeur de la photographie : Xavier Dolléans
Montage : Jérôme Bréau
Compositeur : Jean-Fabien Dijoud
Sociétés de Production : VIGO Films, Pictanovo Région Hauts de France, France 3 Cinéma
Distribution (France) : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h36 min
Genre : Biopic
Date de sortie : 07 Juin 2023
France/États-Unis – 2023